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MINI-CRITIQUES 11 (2019-2)

15 Juil

Sans toit ni loi *** (France 1985) : Une vagabonde et parasite authentique, donc puante, égocentrique, insensible et désagréable, avec une tendance au chapardage et à l’ingratitude. Heureusement pour tout le monde rien n’est trop appuyé. Les acteurs ne sont pas brillants mais Macha Méril fait une excellente surprise (elle qui a pu nuire quelquefois, peut-être à cause de rôles trop laconiques et excentriques). Inhabituellement froid et mesuré de la part de Varda, sans spécialement imposer de distance (pour certains ce sera même ‘brûlant’ – d’autres égarés ou des femmes rétives qui s’y reconnaîtraient). Les bulles face caméra de Yolande Moreau brisent la cohérence et l’efficacité du film, ramenant le niveau vers l’art et essai balourd et superflu. Malheureusement la séance se traîne sur la fin – un écho volontairement ‘gauche’ de plus au parcours débile de cette fille. (64)

Flic Story ** (France 1975) : Une des collaborations Delon-Deray, où Delon pourchasse Trintignant, sombre crapule. Bien foutu ; finalement très routinier et prosaïque. (58)

La veuve noire *** (USA 1987) : Une enquête dans la première partie, une affaire personnelle dans la seconde. Chez les riches et dans des décors exotiques. Du kitsch de qualité et de compétition, bien de cette époque radieuse (fin des années 80 et années 90). Tension sexuelle et corruption autour de la veuve noire. L’instrumentalisation de la relation entre les deux femmes est le plus vicieux – il y a artifice mais la motivation n’est jamais sûre (‘acheter’ la concurrente, la bloquer, la donner en pâture pour se protéger – profiter de ses charmes et de sa personne, sincèrement ou pas). (72)

Cléo de 5 à 7 ** (France 1962) : Excellent casting féminin, les mecs sont bien lourds en moyenne. Contient le court Les fiancés du Pont Macdonald. Le temps resserré ne m’est pas paru évident, avant la rencontre avec le légionnaire – peut-être à cause de nombreux essais similaires convaincants réalisés depuis. (62)

Préjudice *** (Belgique 2015) : voir la critique. (64)

Ready Player One * (USA 2018) : voir la critique. (26)

The Wicker Man * (USA 2006) : Passable mais confus à force de vouloir enfler le mystère. Animé par un Cage ne calculant rien (quand il hurle et court tout le sérieux de l’affaire est ruiné – la fin contient de délicieux moments, celui où il se déplace en combinaison d’ours a ma préférence). Des pans importants de l’original (tourné en Écosse) ont disparu – le truc de la virginité éclispé. Des faux suspenses étranges (notamment celui de la paternité), des questions longues à sortir et mal posées, des réponses fragmentaires et inadéquates. Effets un peu cheap, la bizarrerie et la brutalité les sauvent – ou les enfoncent aux yeux des nanardophiles compulsifs. Dialogues WTF plus qu’à l’occasion. Beaux décors situés dan l’état de Washington. (42)

The Lobster ** (Irlande 2015) : Cette farce sinistre est ma meilleure expérience avec Lanthimos, même si les deux autres opus sont finalement plus intéressants (Canine et Mise à mort) et qu’au moment de dresser les comptes celui-ci n’est pas beaucoup moins désespérant.

La voix-off et les notions curieuses de ce monde tirent vers le conte, les dialogues et situations vers la comédie. Les personnes s’expriment candidement, presque sans états d’âme ni arrière-pensées – c’est la franchise formelle, aliénée (on est franc mais intégralement prisonniers). Ce décors rappelle The Invention of Lying. Les gens ont quand même plus de latitude pour calculer ou retenir ce qu’ils disent, le mensonge reste possible. Les émotions sont réprimées mais pas supprimées – rares remontées de spontanéité et micro déviances (la gifle d’une condamnée à son amie).

Je suis peut-être indulgent avec ce film tant la deuxième partie n’est qu’un dégonflage sans fin. S’y ajoute l’incongruence : étrange que ces gens des bois ne soient pas repérés, leur couverture et probablement leurs moyens étant faibles et flous. Et puis Léa Seydoux en leader : non.

Dans les deux contextes la hantise du conformisme chez Lanthimos trouve à se nourrir : la résistance est stérile face à un ordre social accompli, la secte répressive et ‘libératrice’ se charge aussi de vous annihiler ; enfin le couple exige de lourds sacrifices. Lanthimos ne croit pas aux évasions romantiques ni à la possibilité d’une ‘liberté’ pour les pauvres humains. Il fait partie de ces gens qui se replient sur les galeries d’art et probablement les perspectives de socialo-communistes sans rêves ni espoirs, du moins concernant l’humain. (46)

Dans la maison *** (France 2012) : Avec du voyeurisme avançant sous le masque de l’amour de l’art, de l’envie mal placée (d’être un mentor, de compenser ses impuissances et de se rapprocher très fort de sa cible) sous la vertueuse prétention à jouer le tuteur. L’ado vicieux à face angélique et à l’imaginaire sadique m’en rappelle confusément d’autres – thrillers teen, We need to talk, variations sur les thèmes de Bel-Ami. Il utilise son monde, se colle à un prof aigri et un camarade falot, tous les deux dans l’attente sans le pouvoir de réclamer. Le traitement des proches en personnages de fiction et l’interpénétration sont stimulantes pour les manipulateurs comme pour les spectateurs (les personnages restent longtemps à ré-évaluer). Les deux aspirants écrivains se dopent à l’imagination pour entrer par effraction dans la réalité et la maîtriser. Le résultat est plus agréable que véritablement concluant, comme souvent chez Ozon ; l’issue sera décevante. Bien qu’effectivement c’est la plus sinon la seule soutenable, elle est un peu grossière et réductrice concernant les jeux dramaturgiques. Casting excellent, le couple prof/galeriste sonne vieux semi-socialistes devenus réacs à temps complet. (68)

Some Freaks *** (USA 2017) : Point de vue honnête et empathique sur des pas beaux donc marginaux. La fille est la plus digne et intéressante du trio, elle m’est devenue spécialement sympathique après que sa défensive et ses phrases théâtrales m’aient gavé. Blasé et cynique concernant les humains et notamment son exemplaire le plus ‘libre’ [de croire en sa force] donc cruel, la jeunesse. (74)

Effraction ** (USA 2012) : Mise en scène positivement lourde pour cette sorte de double-épisode de série policière pour la télé, en plus libre et coloré. Généreux en rebondissements avec une tendance à titiller l’invraisemblance. C’est une façon de compenser le peu de progressions voire de véritables événements – la violence concrétisée est rare, les preneurs d’otage sont finalement trop [durablement] inhibés pour que le film soit crédible – d’où des répertoires limités pour les acteurs (heureusement les Nico sont attachants et excellents dans l’absolu). Les flashback censés nous plonger dans le doute concernant la volonté et les liens de deux personnages sont trop kitsch. (54)

Greystoke **** (UK 1984) : Un gros défi relevé du mieux possible : l’accommodement avec les animaux est remarquable. Lambert paraît tout de suite plus crédible et intéressant si on le voit commencer sa carrière ici – je vivais inconscient ! Jane est probablement trop en retrait par rapport à ce qu’on pourrait espérer, mais cet affichage modeste n’est pas aberrant (les pesanteurs culturelles s’ajoutent aux barrières plus primaires). La descente du vieux dans l’escalier est d’une débilité épique (avec un goût de Fanny et Alexandre) et abouti à une des morts les plus joyeusement consternantes du cinéma, près de celle du spécialiste dans World War Z. (78)

Embrasse-moi vampire *** (1988) : Original et excentrique avec des séquences magiques et la source préhistorique de l’usine à même>département Nicolas Cage. Engage une approche humble, passionnée et pertinente de la folie. Le ‘nanar’ est proche, je ne sais trop à quel point ; évidemment les pitreries du pseudo-vampire semblent en relever et l’indifférence du film aux bornes et à un scénario bien ‘fixe’ l’amène dans les contrées incertaines ; le ridicule en est décuplé. Cette tentative sans psychologie, pièces rapportées ni grosses pudeurs et craintes pour le prestige ou la crédibilité est excellente car elle nous rapproche du réel et de la subjectivité d’un individu loin de la terre ferme. (76)

Douce nuit sanglante nuit *** (1984) : Rend son tueur attachant et pathétique en montrant les deux traumatismes de son enfance. Peut-être un ‘nanar’ et sûrement un slasher réussi. De l’horreur parfaitement premier degré, sérieuse et décontractée, permissive comme sa catégorie ‘bisse’ l’y dispose. La violence graphique reste modérée, trois effeuillages sont à relever. Les diverses figures d’autorité et les adultes apparaissent non-fiables et diversement pervers ou stupides. (72)

La vérité de Bébé Donge **** (France 1952) : Couple Gabin-Darrieux. Pas spécialement engageant au départ mais captivant à partir de la concrétisation de leur relation. Sobre et mordant. À ce stade je vais devoir tenir Henri Decoin pour une valeur sûre (j’ai peut-être eu tort de retenir ma note sur Les amoureux sont seuls au monde). (78)

Boyz’n the Hood, la loi de la rue ** (USA 1991) : Casting 100% noir avec de futures têtes bien connues (Laurence Fishburne, Cuba Gooding Jr et Angela Bassett) et le rappeur Ice Cube (vu dans 22 jump street et Ghosts of Mars). Curieusement compte tenu de son statut ‘culte’, c’est un exemplaire du cinéma conventionnel de l’époque – musiques, mouvements de caméra, enchaînements sont joyeusement datés. Gentiment pertinent, aucunement délirant ou hargneux, pas mal chialeux. Une séance cool et grossièrement mélo. (48)

La piste des éléphants ** (USA 1953) : Scénario soigné mais finalement pointant pas grand chose. Taylor et l’exotisme souvent artificiel des décors sont les vrais arguments. (48)

La planète blanche *** (France 2006) : Bande-son curieuse et souvent déplaisante, parfois d’une originalité relativement raccord (notamment sous l’eau, par exemple avec les bélugas). Il faut reconnaître un certain culot à balancer du Bjork dans un film pour la famille et les enfants. Sujets magnifiques et quelques plans excellents. Commentaires pas fortiches et heureusement rares, mais à quoi bon ces tentatives de créer du suspense et d’instrumentaliser si c’est pour s’arrêter toujours si vite ! Autrement dit pourquoi prendre un pouce de La Marche de l’empereur – autant tout laisser de côté. Sur le plan documentaire les propos sont un peu stériles. (64)

Les Lois de l’hospitalité / Our Hospitality ** (USA 1923) : Muet avec Buster Keaton et second long où il est (co-)crédité à la réalisation (après The Three Ages). Commence dans la tristesse voire l’effroi. Carré et fluide sinon, capable de toucher sans trop ébranler, à défaut d’employer en profondeur des ressorts ‘universels et transgénérationnels’. Joliment restauré. (62)

Between Worlds ** (USA 2018) : Réjouissant ! Cage à son apogée post-respectabilité : en slip, en T-shirt crocodile (l’acteur est fan de reptiles, d’où probablement leur présence dans Bad Lieutenant NO). Devient direct un de mes ‘nanars’ préférés. Au sommet avec trois autres : Les Gaous, Kill for Love, T’aime. Le premier produit hors de l’Hexagone ! (62)

Le Livre d’image ** (Suisse 2018) : Reste aberrant mais, quand on connaît le Godard récent, c’est facilement regardable, quoique plus haché qu’Adieu au langage et Film Socialisme, vu qu’on se rapproche de l’ambition de Fast Film. On redécouvre éventuellement et sans fards le gauchisme de Godard, qui s’attarde chez les arabes jusqu’à déclarer qu’il sera « toujours du côté des bombes ». (38)

Le Livre de la jungle *** (France 1967) : En-dehors de l’air principal, les musiques ne me resteront pas, bien que je les ai appréciées. Aucun personnage ne me marque ou me plaît suffisamment, contrairement à Robin des Bois vu il y a cinq mois. (72)

Quasimodo / The Hunchback of Notre Dame ** (USA 1939) : Visuellement irréprochable et techniquement sophistiqué. Quelques horreurs [principalement] grâce au ‘freaks’ porté par Charles Laughton. Personnages et axes narratifs globalement statiques, les interprétations s’en ressentent. Cela fait de beaux tableaux et une séance à la fois remarquablement ‘facile’ pour un film de 80 ans, en même temps pas forcément passionnante. Claude Frollo est un homme de l’establishment fanatique, sombre et engourdi. Son frère est aussi un homme de pouvoir et d’Église – je n’ai pas lu le livre mais dans Notre-Dame de Paris de Delannoy (1956) il n’a aucune importance. Louis XI est un vieux débonnaire et un roi libéral, encourage les progrès techniques et sociaux – mais il n’est pas nécessairement pro-actif, compose avec les superstitions (s’en remet au hasard lors du procès) et paraît presque niais face à l’adversité. (62)

Drôle de frimousse *** (USA 1957) : Lent. J’ai aimé mais sans accrocher comme devant Charade ou Chantons sous la pluie. (66)

Les Triplettes de Belleville **** (France 2003) : Animation soigneusement déglinguée avec un goût pour le grotesque et la sublimation de l’hideux. La toute dernière minute est décevante et la musique de générique écœurante. D’ailleurs l’album reprenant la bande-originale est pollué par les passages chantés. (80)

Summer of 84 *** (USA 2018) : Réalisé à la façon d’une grosse pointure américaine des années 1980, évoque Body Double et Stand by Me. Dégage un réel charme nostalgique qui a autant à voir avec la jeunesse, le franchissement des interdits, le maintien de craintes vaguement ‘magiques’ et bien charnelles. De lourds clichés répondent présent et le récit a tendance à flatter les fantasmes du protagoniste, avec la grande fille complaisante à son égard, presque centrée sur lui ou du moins sa réalité. La musique est parfaitement raccord : sur-appuyée à l’occasion pour des effets éculés mais sentant bizarrement le frais. Puis ce film flirte sérieusement avec le registre horrifique et se distingue in fine des Stranger Things et Super 8, en se montrant peu mélo et pas trop gâteux. Un point négatif : l’ouverture et la fermeture sont d’un ringard et d’une ‘coolitude’ standard un peu trop plombants. (68)

Battleship Island *** (Corée du Sud 2018) : Opte avec succès pour un registre épique ; efficace même si je ne fais pas partie des publics pour qui ce sera mémorable. À voir si vous avez aimé Dunkerque ou Pandémie. (68)

Moi, Tonya *** (USA 2018) : Empathique mais sans complaisance ni intrusions vicieuses ou oiseuses (beaucoup de parties, notamment l’amitié entre Tonya et Nancy, sont quasiment invisibles). J’ai aimé que ce ne soit pas engagé ni manichéen ; ce film est comme l’avocat de Tonya en ‘off’. On voit les responsabilités, les pièges, les ornières de la championne ; son entourage la rattrape et saccage sa vie jusqu’au-bout. Sa mère indigne en premier lieu – celle qui trouve enfin la force de la féliciter quand le monde aussi l’a cassée pour de bon. Je regrette seulement quelques manières laides parmi la série d’effets brisant le quatrième mur et/ou simulant le reportage – notamment cette intro qui a failli me faire fuir. Recommandé à ceux qui ont apprécié Dallas Buyers Club pour l’immersion réaliste bien que toujours sensationnelle chez les rednecks. (74)

Upgrade *** (Australie 2018) : Ne m’évoque pas tant Black Mirror que la SF américaine des années 1990 (comme Stranger Days ou plusieurs rôles fracassants de Schwarzenegger). Aussi un cousin pas du tout intimiste de Realive. Bon film d’action, avec quelques détails flottants dans le scénario justifiés in extremis. A des chances de rejoindre le club des films du genre qu’on retiendra de la décennie, avec Looper et Ex Machina, mais plane clairement moins haut. (68)

L’autre côté de l’espoir * (Finlande 2017) : Le cinéma placide, léger et lourdement engagé, d’aspiration poétique, de Kaurismaki. Il ne semble jamais assumer sa tentation du burlesque mutique, reste lunaire. Tout en silence et personnages flegmatiques. Plus vieillot et délavé que d’habitude, ce qui commence à placer haut le curseur. Les autorités finlandaises sont froides et prudentes ou indifférentes – elles n’ont pas la méchanceté compulsive des françaises dans Le Havre. Les seuls méchants agissant ouvertement comme tels sont les videurs ou skinheads, à la présence marginale. Plusieurs bizarreries d’enfant-citoyen curieux du monde, comme le troupeau d’asiatiques lors de la conversion ‘sushi’ du restaurant (car c’est présumé à la mode, donc pas à cause d’une forte présence ethnique). Je le range dans le dernier tiers du réalisateur ; c’est peut-être l’opus le plus lent et soporifique, heureusement plus tonique à partir de l’embauche (donc pour à peine quarante minutes). (28)

La ballade de Buster Scruggs ** (USA 2018) : Démarrage à l’enthousiasme contagieux. Finalement plus de gueule et de compétences que d’histoires à raconter. Notes des six segments : 7, 6.5, 6.5, 6.5, 7, 5.5. (66)

L’homme au pistolet d’or *** (UK 1974) : Dernier des quatre signés Hamilton ; son premier, Goldfinger, est mon James Bond préféré à ce jour (devant les deux premiers et Sa Majesté). Celui-ci (où je découvre Roger Moore) le rejoint quasiment grâce à tous ses atouts criards ou exotiques et ses nombreux aspects pittoresques. À force de flirter avec la gaudriole et le nanar de luxe le film touche aussi ses limites – les scènes de bagarre avec les chinois sont trop longues. Déconseillé aux femmes. (58)

L’impossible monsieur Bébé ** (USA 1938) : Loin de m’avoir ennuyé comme La dame du vendredi. Bien que certains de ses élans restent désuets, infantiles et surfaits (Hepburn jouant la fille de la rue à la fin), c’est à peine gênant. (58)

Les galettes de Pont-Aven *** (France 1975) : Un road-movie franchouille et un sinon le film emblématique avec Marielle en macho volage. Excessif et ridicule mais pas nécessairement irréaliste. (68)

L’innocent *** (Italie 1976) : J’ai été peu réceptif à ce dernier film, sorte de résumé tragique et régressif de l’œuvre de Visconti. La nostalgie s’y fait amère, se démystifie, comme la et les valeurs du monde aristocratique dont vient le réalisateur. Acteurs excellents bien qu’ils aient offert le principal angle d’attaque des critiques à l’époque et malgré leur provenance ‘populeuse’. (58)

Vilaine * (France 2008) : Une gentille comédie pas spontanée et totalement rabougrie dans sa seconde partie. Marilou Berri et deux des trois fées sont correctes, le reste du casting à la ramasse ou enfermé dans d’inévitables surjeux. (34)

Hamlet *** (Allemagne 1921) : Adaptation pour le moins ‘libre’ car Hamlet est une femme et les personnages sont et agissent différemment, peuvent être plus engagés ou malveillants. Relativement facile à voir aujourd’hui. Les interprétations ne sont pas loufoques ou exagérément expressives bien que nous soyons encore dans le muet. La performance d’Asta Nielsen (actrice suédoise célèbre à l’époque) vaut mieux que le scénario, léger mais pas fin. Les adeptes du trouble dans le genre pourront y trouver une belle ambition. La séance est censée durer 2h11 mais les copies visibles semblent toujours amputée de 20 minutes. En introduction, un texte récapitulant les points de vue de grands penseurs et auteurs sur la pièce et le personnage crées par Shakespeare. (66)

3h10 pour Yuma *** (USA 1957) : Western atypique puisqu’on y trouve du positif et des libertés inimaginables chez John Wayne (sur les relations hommes-femmes, entre le camp des gentils et des hors-la-loi). Un ‘héros’ simple et en difficulté subjugué par un chef de gang de passage (Glenn Ford, le poison dans Gilda) – trop roublard et en même temps trop offrant. Mise en scène très soignée, peu d’artifices. Seconde adaptation (connue) d’Elmore Leonard, qui signera plus tard directement le scénario de Joe Kidd et a donné les bases de Jackie Brown et Hors d’atteinte. (68)

Un pont trop loin *** (USA 1977) : Film à gros budget et énorme casting (De Niro et Steve McQueen ont refusé un rôle – et Aldrich la réalisation). Porte à l’écran l’opération ‘Market Garden’, une offensive britannique (aux Pays-Bas en septembre 1944) qui s’est soldée par un échec face au Reich. Au lancement des opérations montre doucement le cynisme des généraux ; vers 1h35 une séquence où le sergent Dohun [James Caan] menace un médecin en pleine bataille pour examiner un capitaine apparemment mort qu’il vient de ramener d’une zone où le camp Allié s’est fait atomiser. Grosse ampleur et mise en scène moins inspirée pour les espaces confinés ou intérieurs. Un peu long avec ses 2h50. Plusieurs éléments du casting sont finalement peu exploités et je ne comprend pas pourquoi Redford a décroché plus d’un million pour de telles apparitions éclairs et non décisives. L’ensemble est plus proche de Dunkerque que ne l’est Week-end à Zudycoote. (66)

Wolfskinder / Les enfants-loups ** (Allemagne 2014) : Synopsis, démarrage et contexte prometteurs. Un peu mou quand même ; peut-être trop fixé sur la fratrie et ses retrouvailles ; peut-être que je n’étais pas le public idéal. Le titre n’est pas une référence poétique mais la citation directe d’un sinistre phénomène à l’est de la Prusse-Orientale. (56)

Films apparentés : Les Évadés/Téchiné, Le bois lacté, Le mur invisible.

Aileen : life and death of a serial killer *** (USA 2003) : Documentaire sur celle dont la vie et l’œuvre servent de base au film Monster. Broomfield est assez complaisant envers cette multi-damnée fascinante – repoussante et pathétique. Loin d’être exhaustif mais aussi significatif que possible dans la poignée d’entrevues et de vidéos qu’il nous rapporte. Par sa face Aileen a parfois des côtés Dumberette, mais elle tient une couche mystique comme en atteste cette fascinante prémonition : l’Irak envahissant les USA en l’an 2019 – dommage ! (68)

La bataille d’Angleterre *** (UK 1969) : Vaut surtout pour son esprit et pour les scènes d’action (aviation). Plus court et ‘lié’ qu’Un pont trop loin, mais c’est aussi la vertu d’un scénario plus humble. Excellente bande originale. (68)

Gloria ** (USA 1980) : Une réalisation plus conventionnelle de la part de Cassavetes. La vraisemblance n’est pas la priorité, de même que la richesse et la bonne tenue du scénario ; si les mafieux laissent à ce point filer Gloria tout en sachant la localiser, c’est qu’il faut servir la volonté du film de bâtir une femme forte (entre autres messages explicites – le machisme inculqué à l’enfant mâle étant pas mal surligné aussi). Les quelques faux raccords ou étrangetés s’amalgament avec cet ‘oubli’ des réalités. Séance agréable dans tous les cas. Les décors et les deux protagonistes sont joliment filmés. (58)

Autres films de Cassavetes : Shadows, Faces, Minnie et Moskowitz, Meurtre d’un bookmaker chinois, Une femme sous influence, Opening Nights.

Pauvres millionnaires * (Italie 1959) : Comédie parfois burlesque de mongolos bien éduqués ou d’humbles de bonne foi, aux âmes guillerettes et puériles, aux préoccupations triviales – puis sentimentales. Avant cette évolution, le truc de l’amnésie ne donne lieu qu’à des situations criardes et paresseuses. Certains gags sont d’une nullité qui donne envie de mourir passé sept ans. Les personnages sont trop gentillets et insipides, le scénario et les agissements de même, la mise en scène est pour le moins minimaliste et souvent relève du théâtre ‘effervescent’ et certains acteurs, notamment masculins, jouent les retardés modérés d’une manière plus convaincante que dans Dumb et Dumber (Salvatore a un air de crétin bien au-delà du nécessaire et du raisonnable). Impossible de s’y intéresser, sauf si on est client du genre, si on a une connexion spéciale (une nostalgie ou une culture adaptée). Heureusement il y a la musique – de quoi entrer un peu dans l’ambiance – par un orteil peut-être. Et surtout le dernier tiers, avec le réengagement du couple, devient regardable ! La sortie du délire, avec la résolution indigne de la pire parodie hypothétique de Mars Attacks ou d’un épisode de Bean, dope aussi l’attention : bien sûr il ne servait à rien de se réveiller car pour se tirer d’un tel niveau de niaiserie on replonge simplement dans la logorrhée insignifiante et les farces de cour de récré. Je commence aussi mal la filmo de Dino Risi que j’avais entamé celle de Kaurismaki (avec Le Havre). (24)

In Dreams / Prémonitions *** (USA 1999) : J’ai apprécié le plan et son exécution ; le scénario n’est pas épais mais il est juste. Bande-son excellente. Décors/photos : un style particulier et d’époque, dont je suis client. Les délires des vingt dernières minutes et surtout leur géniteur peuvent laisser dubitatif : il ne faut pas être allergique au grotesque. Christian Rea pas à son meilleur, desservi par son personnage superficiel en plus d’avoir le ‘mauvais rôle’. (68ou72) schizophrénie, maternité,

Films apparentés : Le témoin du mal, Dogville, Le silence des agneaux, Jigsaw, Chucky, Blue Velvet.

Meurtres sous contrôle ** (USA 1976) : Original en mode nanar ambitieux, convaincu par son cahier des charges mais sans foi authentique. À la fois saoulant (presque ennuyant quand démarre l’enquête) et valant le coup-d’œil pour sa bizarrerie et son culot. Le contexte de production manifestement légèrement cheap n’empêche pas une bonne mise en scène – moins pour les scènes de rue et en admettant de courts passages plus confus (l’escalier dans la pénombre, illisible). Très inégal au niveau des interprètes ; petit côté cronenbergien à la fin ; musique perce-tympans. (58)

Films apparentés : Visiteurs extraterrestres, Panics, Tarentula.

Bellissima * (Italie 1951) : Troisième fiction de Visconti qui par ses gueules, ses sujets et ses manières ressemble à d’autres de cette époque (celle du néoréalisme et du développement des affinités avec les américains) et peu à Rocco (sans parler du Guépard et de l’après). Les postures sont respectables mais la séance est imbuvable, à cause de cette femme qui n’en finit pas de brailler – l’environnement a pu l’y prédisposer mais elle est facilement la championne. Tous les autres personnages, même récurrents ou hystériques, restent à l’état de figurants. (42)

Gambit / Un hold-up extraordinaire ** (USA 1966) : On a d’abord droit à vingt minutes où tout est fluide et élégant, la fille mutique et appliquée (d’une inertie presque surnaturelle) ; à la fin, quand vient le moment de lui remettre les 5.000 et alors qu’elle passe à côté d’un grand destin, on se dit pour de bon ‘dommage’ : or c’est maintenant que le film commence. Succession d’accroches au lancement du plan, puis tangente dès la rencontre avec Shahbandar. En-dehors de ce trio remarquable et de l’excellent tour du départ, pas grand chose à signaler. A eu son remake avec Cameron Diaz en 2013. (52)

Alibi.com ** (France 2017) : Comédie chargée en gras avec quelques gros morceaux (comme le gode avec belle-maman, la branlette de l’ami de famille). Interprétations parfois médiocres et accumulation d’incohérences ou incongruités, au-delà de la grosse farce nécessairement peu crédible. Quelques passages ringards en musique (en plus l’âge des titres est raccord) – mais cette ringardise pourrait être courante dans le genre, je ne suis pas assez connaisseur. Didier Bourdon (après Madame Irma et son rôle ‘sombre’ dans une fiction télé) s’actualise avec un tel film, Nathalie Baye semble davantage en terre inconnu – la scène de la salle de bains est d’une bassesse dans laquelle elle a rarement dû tremper. Enfin le postulat renvoie à un genre d’idées bête mais excellentes, qu’il va devenir urgent d’aborder, au sérieux comme pour assaisonner nos bouffonneries de masse. (36)

Saint Jack / Jack le magnifique *** (USA 1979) : Un joli film sur la corruption avec une bonne bande-son. Ressemble à du Cassavetes en mieux foutu et surtout plus aimable – peut-être car je me sens moins étranger à Gazzara ici que chez lui. Ne pas s’attendre à beaucoup d’intensité ou d’événements, seulement aux déambulations et petites affaires d’un type sans destin qui a su amortir sa perdition – je suis sceptique concernant le ‘Saint Jack’ car en quoi serait-il déchu ou plus noble qu’un autre ? Signé Bogdanovich, de retour sous le chapeautage du producteur Roger Corman (dans la maison ‘New World Pictures’), après des échecs commerciaux. (64)

Nevada Smith ** (USA 1966) : Un western qui a de la gueule et des interprètes convaincants, son lot de rocambolesque, mais aussi un ton foncièrement enfantin malgré les multiples meurtres. Paresseux pour assurer la crédibilité de ses bons sentiments et de son humanisme pratique ; le soit-disant mixage génétique n’est pas évident contrairement à ce qu’on y prétend (ni le côté jeune premier du protagoniste). Steve MacQueen campe un bon héros pour le public américain, pour bien d’autres et pour celui bercé par l’idéologie de Victor Hugo : pauvre analphabète braquant une banque par nécessité, impliqué dans des rixes, mais bien entendu avec bon cœur donc pas si coupable. Musique niaiseuse à souhait. (52)

Main basse sur la ville ** (Italie 1963) : Cynique et transparent dans sa dénonciation de la pourriture politique et de la pourriture mêlée à la politique. De bonnes illustrations des palabres et petites plaisanteries ou hypocrisies publiques des professionnels du milieu. Le tout sans recourir à la violence physique et aux grosses démonstrations mafieuses ; urbanité oblige. Les notables et même les religieux sont là pour aseptiser et valider le ‘projet’ devant les yeux de la foule. Malheureusement c’est bavard et à l’occasion lourdement démonstratif ou pédagogique sans avoir beaucoup à présenter – ne serait-ce qu’en anecdotes. Et ça croit en la gauche ou du moins en l’authenticité de son champion et de son discours au Parlement (comme dans Le président avec Gabin pour les populistes-réacs), quand chez les autres un type est prêt à compromettre son fils pour se sauver. Quoiqu’il en soit la gauche est exclue de l’accord de ce panier de crabes-ci où s’associent droite et centre [ces trois termes sont ceux des sous-titres]. (62)

Alexandre le bienheureux ** (France 1968) : Une comédie bucolique simplette avec un humour redondant, comme l’ensemble des réalisations dans son registre ; mais pas spécialement criant sur ce terrain et contient un lot décent de petits conflits. Plusieurs allusions graveleuses.

Ce n’est pas tant l’attitude d’Alexandre que la vie rurale qui paraît ‘facile’ et simple. Sa paresse exagérée fait partie des éléments dignes d’une fable ou une BD. Sa préférence constante pour une existence amorphe ressemble bien à un gâchis : il est fort physiquement, il a des terres, du matériel et un savoir-faire à portée de mains – et sans autres obstacles que la volonté. La résistance passive-agressive (à son maximum quand il suit bêtement les consignes de sa femme pour noyer l’outil de travail) se comprendrait mieux pour un salarié abruti, dépossédé et/ou limité, dans un cadre plus moisi, urbain, hiérarchique, complexe ou bureaucratique.

Cette façon d’être a tout de même une valeur – petite : celle qu’on peut accorder à un anarchisme/hédonisme doux et spontanément mis en œuvre. Sans être un activiste ou un convaincu, ce bienheureux est insoumis et anticonformiste. Il ne se laisse pas bouffer par l’environnement, sa morale, ses institutions ; l’embourgeoisement et le mariage s’avèrent une menace et comme d’habitude il sait y échapper. Tout ça ne se produirait pas si notre oisif n’était pas un propriétaire paysan – en train de probablement laisser pourrir son héritage, mais le film s’arrête bien avant que la situation soit critique ou compromettante pour lui. Ses démonstrations de générosité vireront-elles à l’exhaustif ? (56)

Mr.Holmes *** (UK 2015) : Un récit calme et sentimental sur la vieillesse, la douleur de l’attachement, le détachement raisonnable. Adaptation du roman Les abeilles de monsieur Holmes, un meilleur titre ; la mise en scène est classique mais le film pas si dérisoire. Déconseillé tout de même aux allergiques aux téléfilms sur grand-écran. Moins flamboyant que les autres versions certainement, moins lourd aussi sûrement. Sherlock sans son chapeau n’est pas un homme à femmes – il est gentleman bien après son rôle d’intellectuel. Tourné par un réalisateur auquel on a auparavant confié Twilight 3 et 4, Bill Condon. (68)

L’avocat de la terreur ** (F 2007) : Malheureusement c’est un documentaire générique, croulant sous les témoignages, certains de gens peu impliqués ou de journalistes. Il est pédagogique avec ses petites indications colorées ; mais pas très bien conçu, en donnant une part démesurée au dossier Carlos et aux terroristes gauchistes. Ce n’est même pas un portrait (ni une biographie) du clown passablement diabolique. Les spectateurs contemporains aux affaires apprendront peu sinon rien. Ce qui s’est produit chez les Khmers rouges et dans d’autres périodes louches : nous n’en sauront rien, sauf l’avis des autres. Quelques archives laconiques et des démonstrations en louvoiement de toute beauté par l’avocat bouchent les trous. (62)

Rosita ** (USA 1923) : Une comédie romantique dans un contexte historique, avec le roi d’Espagne épris d’une chanteuse de rue. Son petit amant est désargenté mais quand même aristocrate – le politiquement ‘libertaire’ superficiel est possible mais la bluette pour jeune princesse candide sort indemne. Propre et sans grand intérêt, aurait probablement gagné en allant sur le terrain de la fable, où sa mièvrerie aurait pu se répandre sans complexe. À la place on sent plutôt l’origine théâtrale (la source est une pièce française de Frédérick Lemaître). Le personnage de Mary Pickford est gamin, d’une vulgarité bien savonnée pour la rendre aimable au salon. Pour le reste, le casting compte des gueules communes mais flasques ou satisfaites dignes de bouffonneries italiennes des années 1960-80 ; comme les moches et les pauvres n’ont pas l’air trop indignes ou malheureux, la médiocrité des interactions a une saveur ‘moderne’. Le scénario et surtout sa résolution imposent cette même niaiserie égalitaire – il n’y a même pas d’hypocrisie là-dedans. Réalisé par Lubitsch (encore allemand) à son arrivée aux États-Unis. (46)

Much Loved ** (Maroc 2015) : Assez pauvre dès qu’on met de côté le contexte de production et se préoccupe de scénario, mais convaincant notamment grâce aux acteurs. Proche du reportage plutôt que du documentaire ; prend la vie telle qu’elle vient maintenant (pas de passé ou de psychologie) – en fait un catalogue, d’où l’aspect forcé et exhaustif. Je n’aurais pas deviné que le réalisateur est le même que pour Les chevaux de Dieu. Analogue à Divines sans partager sa douce beauferie bling-bling ; vue plus placide de la ‘liberté’ et des im/possibilités. Les gentils et les progressiste voyant en ces filles des ‘femmes fortes’ ont besoin de sortir de l’hypocrisie, du déni ou de la soumission aux femmes/à leur idée des femmes. Ces putes ont probablement une meilleure vie que leurs mères et surtout une vie plus rentable, mais ce n’est pas encore suffisant pour leur tailler un caractère spécialement fort ou indépendant, ni des personnalités de conquérantes ; ce sont des professionnelles dans un domaine embarrassant pour la société. (52-)

Madame Sans-Gêne ** (France 1961) : Un brave divertissement ; assez difficile de s’y laisser prendre au départ. Il se traîne de nombreux défauts inhérents à sa légèreté. L’interprète de Lefebvre (Robert Hossein !) ne se foule pas pour jouer ce ‘bon bougre’. Sophia Loren est une ex-prolo au teint parfait : on patauge en pleine caricature de dérive fictionnelle et mieux vaut tolérer l’extravagance, y compris historique. La fille du peuple finira par tutoyer, comme au temps où il n’était pas grand chose, l’empereur Napoléon ; dommage que tout s’arrête alors. Ce film ne vaut peut-être pas grand chose mais il est assez curieux, amusant et racoleur pour surnager. (56)

Christophe Colomb * (UK 1949) : Une vision méchamment biaisée et consciencieusement niaiseuse du cas Colomb. Le film est pompeux avec, pour défendre le projet de Colomb, une pédagogie lourdingue (comme d’habitude) et bas-du-front digne d’un produit destiné aux écoles primaires. Le développement a sa part de réalisme : dans un premier temps, les intérêts, les questions de statut, de placement de soi et de son argent s’opposent à la détermination du navigateur ; plus tard c’est l’équipage sceptique prêt à la mutinerie. Mais ce film ne met l’accent sur des aspects cyniques (et les motivations essentiellement financières à la cour) de l’environnement que pour mieux mythifier son sujet. Le débarquement à San Salvador est un gag involontaire imaginable seulement dans une satire aujourd’hui ; les autochtones viennent se soumettre avec candeur puis se laissent gentiment réformer, diriger et déguiser. C’est la belle harmonie et le multiculturalisme à une voie : du colonialisme pour ravis de la crèche. Le pacifisme catho s’oppose à la logique du commerce ou de la guerre, aux préoccupations triviales et égocentriques des petits (marins) comme des nantis : il est en mouvement pour convertir, donc certainement pour sauver et protéger. Le gros interprète de Francisco de Bobadilla tient tous les mauvais rôles du réac cynique défendant sa bourse et l’ordre établi, d’ignare satisfait et impatient, d’orgueilleux vivant sur de vieilles gloires qui moralement ne devraient pas en être. À la fin, Colomb lésé par les seigneurs, les ‘bureaucrates’ etc, malgré l’amitié de la reine (une noble sentimentale raccord avec son idéalisme) ; vieux et rabougri, il sort en prétendant qu’on se souviendra de lui pendant ces siècles contrairement à ces idiots. Le visionnaire sort de scène, « Fin ». (38)

Téléfilm> Sharknado * (USA 2013) : Le pilier du courant des nanars volontaires avec requins exploités dans toutes les positions. Du cinéma bourré de compétition diffusé sur Syfy puis projeté dans quelques salles à cause d’une demande euphorisée. Ce qui m’a le plus marqué est son sens des proportions aberrants, ainsi que le quasi surplace d’un plan à l’autre lors de fuites. La réactivité régulièrement décalée, les actions incohérentes et les enchaînements aberrants sont légion. Les faux raccords sont constants et on a droit à une avalanche de trucs clichés : le vieux trauma de la fille déjà liée au sujet, les scènes sentimentales et familiales ‘obligées’. Même si je n’en suis pas fan, c’est du lourd et sûrement plus ‘pertinent’ dans son registre que la plupart des concurrents, car cet opus ne suggère pas. Il donne de quoi rire. Ce n’était peut-être pas une raison d’en tirer une si longue saga (avec des suites et déclinaisons). Le requin à cinq têtes est moins débile et moins fourni en bouffonneries mais j’avais autant aimé. (28)

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Autres Mini-critiques : 10, 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 3, 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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MANDY **

30 Déc

3sur5  Cosmatos fils confirme son identité de réalisateur avec ce film de genre caricatural virant au nanar volontaire explosif. Référencé à outrance (avec ses motards issus d’Hellraiser et Mad Max 2, sa proximité avec Winding Refn), Mandy s’avère plus incarné et vivant que Beyond the Black Rainbow, même si lent. Le scénario est grotesque, les clichés abondants, par exemple au début avec les parlottes sur l’oreiller entre Red et Mandy. Elles participent à répandre un peu de symbolisme utile pour la suite – à l’instar de la corne d’Abraxas et autres breloques.

Grâce à quelques expressions même confuses ou noyées dans la bizarrerie camée ou hippie, le film cultive une certaine force émotionnelle. Suffisamment pour soutenir la pose et digérer des moments de langueur excessifs. Le couple reste parfaitement creux, tandis qu’on trouve un peu plus d’épaisseur (même peut-être ‘psychologique’) du côté de la secte (avec son gourou tyrannique et la vieille assistante énamourée). La direction artistique est brillante même si ses dettes sont abyssales. Le rendu [‘evil psychedelic’] est généreux et généralement accompli, sauf pour les passages sous forme de bande-dessiné (évoquant Métal Hurlant), sans évolution notable à partir du premier plan.

Le son fait partie des meilleurs points. Le compositeur Johann Johannson (qui s’est précédemment illustré dans Sicario) amalgame des genres profonds mais non-extrêmes du metal avec du King Crimson ou du Vangelis revisités. Mais le meilleur vient du pétage de plombs de Nicolas Cage (en amant tragique puis en Michael Myers à Ghost Rider), permettant simultanément une prise de distance et un encouragement du ‘délire’. Après sa forge façon Conan, il part en roue libre – et le film avec dans le road-movie horrifique folklorique. Sa démarche épique de bonhomme déglingué pourrait sérieusement convaincre, ses effusions aberrantes rendent la séance jubilatoire – l’humour et la légèreté, absents de Beyond, permettent à cette séance-là de devenir séduisante.

Note globale 62

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Suggestions… Mother !, Annihilation, Hérédité, Tous les garçons aiment Mandy Lane, Revenge, The Devil’s Rejects

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (5), Dialogues (4), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (6), Ambition (6), Audace (7), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (6), Pertinence/Cohérence (3)

Les +

  • direction artistique
  • Nicolas Cage
  • les excentricités des acteurs, de paysages ou de citations
  • bon équilibre grâce à l’inclusion de l’humour

Les –

  • scénario et caractères assez misérables
  • souvent traînard, d’où une perte d’intensité
  • pas lumineux
  • passages BD timorés

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LES AILES DE L’ENFER **

12 Août

ailes de l'enfer

2sur5  Con Air sort en 1997, période des bourrins sur laquelle règne Emmerich (Independance Day) et Michael Bay (Rock, Armageddon). Un cortège de stars est réuni autour de Nicolas Cage, armé d’une des coiffures les plus aberrantes de sa carrière. Il incarne un taulard embarqué malgré lui dans la tentative d’évasion d’un groupe de grands criminels. Cameron aimerait juste finir sa peine et retrouver sa famille : mais le repenti au grand cœur va devoir exalter sa fibre badass pour composer avec cet imprévu.

Voilà un produit massif et con, avec montage saccadé, images ‘fortes’ (reposants sur les lieux), punchlines gentiment trash. Quelques symboles lourds traînent ainsi que des émotions bien marquées ; tout est expédié et on a, heureusement, pas le malheur de contempler la stupidité de l’histoire. À l’inverse des faiblesses du gang de criminels piégé en haute altitude. Entre gros durs, histrions WTF et psychopathes folkloriques, Les ailes de l’enfer fourni au spectateur une généreuse brochette de fous dangereux.

Malheureusement tout les portraits restent médiocres et le ridicule personnage de Cage a pour lui sa cohérence grotesque, vivement valorisée par contraste. Le malheur des Ailes de l’enfer c’est d’être finalement assez rapidement gonflant. La promesse d’un pop-corn movie explosif est tenue, le divertissement réel lui n’est pas garanti. Trop lapidaire, trop décérébré, trop blasant. Les poussées d’adrénaline ne sont pas partagées, l’intensité modeste : un produit comme Daylight est supérieur à tous points de vue. En-dehors des pirouettes dans les grands espaces, tout ça n’est pas vraiment stimulant.

Note globale 47

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Suggestions… Le Cinquième Élément 

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Scénario & Ecriture (1)

Acteurs/Casting (3)

Dialogues (3)

Son/Musique-BO (2)

Esthétique/Mise en scène (2)

Visuel/Photo-technique (3)

Originalité (2)

Ambition (3)

Audace (2)

Discours/Morale (-)

Intensité/Implication (2)

Pertinence/Cohérence (1)

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BIRDY ***

7 Déc

3sur5  C‘est un poème cinématographique par Alan Parker, le brillant metteur en scène de Pink Floyd The Wall, Midnight Express et Angel Heart. Il y raconte une histoire d’amitié compromise par l’expérience de la guerre et le traitement mesquin accordé à ses victimes. Puis aussi par la folie d’un homme dont le rêve est de voler comme un oiseau ; et qui passe désormais ses journées prostrés dans sa cage à espérer rejoindre le ciel.

Le sujet objectif, sinon le prétexte, de Birdy est l’impact de la guerre. Adapté du roman éponyme de William Wharton, il en délaisse cependant le cadre, pas seulement pour passer de la seconde guerre mondiale au conflit du Viet-Nam de 1968. Le traumatisme exprimé dans Birdy est celui d’un homme que le monde extérieur n’a pas réussi à percer et se retrouve enchaîné et brimé avant de pouvoir s’épanouir. Birdy évoque la confiance en ses rêves de façon figurative et explicite.

Birdy est un spectacle très original, reposant beaucoup sur l’émotion, apparaissant conventionnel de loin et totalement inimitable de près. C’est une des caractéristiques du cinéma de Alan Parker, tout comme cette photographie légèrement granuleuse et saturée. Le message du film est à la fois minuscule et fondamental, il pourra donc sembler ridicule ou être un enchantement, parfois à la même personne. Dans tous les cas, les prestations de Matthew Modine (le rôle phare) et de Nicolas Cage (Al Columbato, brave gars et ami de Birdy) rendent le film aimable.

Birdy jouit de toute façon d’une facture technique élaborée. L’OST de Peter Gabriel amène un climat hybride, aérien puis oppressant, mais aussi très vivace. Elle amalgame des sons d’oiseaux, des rythmes indiens et une pop adaptée aux besoins du film. Ensuite, Birdy s’octroie les ressources pour aller au bout du rêve de son héros et propose une vision subjective en vol d’oiseau marquant le premier usage au cinéma de la skycam.

Note globale 68

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Suggestions… Un homme d’exception + Forrest Gump

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A TOMBEAU OUVERT **

26 Mai

3sur5  C‘est avec Shutter Island un de ces films prestigieux de Scorsese, aux prétentions un peu nouvelles de sa part, amenant son entreprise à bon port tout en étant plombé par un concept vite épuisé. Dès le départ A tombeau ouvert inspire un sentiment mitigé. Nicolas Cage (pas plus génial que sa moyenne) y incarne un pompier harcelé par la vision des morts sur les lieux où il intervient.

 

Scorsese a fait un sous-Bad Lieutenant, en bien propret et mixé par ses manies éprouvées pour conduire les films de mafieux ou de gloire et décadence dans lesquels il s’est illustré. Ici ça ne cadre pas, d’ailleurs elles ont du mal à entrer. Aussi le réalisateur cherche à tutoyer un sens de l’abstraction, voir un certain mysticisme, auquel personne ne croit malgré une réalisation élégiaque.

 

Cage finit par péter les plombs et faire, comme les autres, la morale aux gens à secourir, par ne plus supporter leurs souffrances et leur faiblesse. À tombeau ouvert raconte donc l’apprentissage d’un certain cynisme, d’une distance rigolarde sur la vie impitoyable ; puis de son corollaire heureux, non plus l’espoir ou le volontarisme, mais l’amour. Y compris avec une femme au bord du gouffre (Patricia Arquette). Tant qu’on peut s’oublier ensemble.

 

Comme s’il avait honte d’allez sur ce terrain, à raison vu les propos stériles sur la religion, Scorsese s’empresse de faire demi-tour et de laisser barboter ses personnages. La construction d’ensemble demeure orientée par une interprétation de la morale chrétienne, où Cage, martyr ordinaire ne recevant rien en retour de ses services, trouve finalement refuge dans une position de témoin, en tachant d’évincer l’aigreur et rester compassionnel. Pour la symbolique, Scorsese sort l’artillerie lourde, mais dans le détail, il se montre superficiel, englué, justement, dans les témoignages patauds et sans recul d’hommes agissant sans plus rien voir.

Note globale 57

 

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Suggestions… Lord of War + Midnight Express

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