Tag Archives: comédie horrifique (cine)

FEAST **

7 Juil

feast wallpaper

3sur5  La genèse de Feast est carrément fumeuse. Aux Etats-Unis l’émission de télé-réalité Project Greenlight proposait de suivre la fabrication d’un film, en invitant des professionnels de la profession, acteurs, réalisateurs, etc. Les deux premiers scénarios élus donneront deux films tombant dans l’anonymat, à l’instar de cette émission inconnue hors des Etats-Unis d’Amérique. La seconde édition aboutira à Feast, film de genre féroce et badass, largement distribué cette fois et soutenu par une quinzaine de producteurs. Parmi eux, Wes Craven, Matt Damon ou encore Ben Affleck, lesquels ne sont parfois que de vagues intervenants passant déclamer un petit commentaire dans l’émission.

 

Le film est présumé détourner le western typique comme l’a fait Carpenter au début de sa carrière (Assaut). Avec le siège d’un bar par ses créatures monstrueuses et très puissantes, Feast s’inscrit dans la tradition de l’horreur animalère semi-burlesque (Arachnophobia comme grand classique ; Horribilis ou Arac Attack plus récemment) et notamment à Tremors. C’est du bon travail, efficace, assez dantesque à son niveau. Le maquilleur Gary J.Tunnicliffe, collaborateur récurrent de la société Dimension Films et intervenant notamment sur des suites de Hellraiser, fait des merveilles.

 

La faiblesse de Feast est dans son manque d’ambition. La rage de la mise en scène compense son caractère assez anodin. Plutôt Z, les personnages sont tous introduits au début avec leurs profils, leurs aspirations et leurs espérances de vie déclinés dans un texte concis. L’humour est globalement navrant, allant souvent dans un univers de blagues pour machos fainéants et autres buveurs de bières invétérés. Il y a toutefois quelques petits éclats bien joués, comme la dimension pour le moins troll de ce mec hurlant « bullshit » alors qu’il sert de bélier pour les monstres, manifestement stratégiques et déterminés.

 

Feast remplit son contrat et se montre remarquablement généreux et bien équipé par rapport aux productions habituelles de la galaxie horrifique. Il aura deux suites, bien côtées par leurs spectateurs, également tournées par John Gulager.

Note globale 57

 

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Suggestions… 2e sous-sol + Triangle + Les Ruines + Cujo

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GET OUT ***

30 Mai

3sur5  Un thriller malicieux et ambitieux, fût-il conçu par une gloire moyenne locale (Jordan Peele, humoriste connu notamment via la série Key & Peele), n’est pas armé pour faire s’ébaubir l’intelligentsia, les twittos, convaincus de tous horizons et professionnels de la profession – et battre les records au box-office de l’Horreur américaine. Get Out est manifestement né au bon moment au bon endroit – les pays directement subordonnés aux émulations des États-Unis, comme la France, ont suivi le mouvement, d’après les chiffres c’est évident, d’après les commentaires moins éloquent. Lorsque la hype sera digérée, Get Out pourra encore s’imposer grâce à ses qualités et une en particulier, qui déguise habilement ses pudeurs et ses angles morts : l’ambiguïté.

Trois parties distinctes et inégales quadrillent le film : une première plutôt conventionnelle, une seconde audacieuse, abattant sereinement ses cartes, puis une dernière virant au grand-guignol (un peu d’élan et le remake non-autorisé de Martyrs déboulait). Les enjeux en ‘seconde lecture’ évoluent avec. Ainsi le malaise des classes prend le pas sur les résidus de racisme malgré le repentir exubérant (l’adoration d’Obama étant le stigmate ultime), avant que l’eugénisme n’exulte à l’écran. Toutes ces catégories et ces boussoles sont solidaires et cette harmonie est du meilleur effet pour le plaisir pervers du spectateur et pour lui donner du grain à moudre. La foire du dernier acte une fois achevée, la grande question en suspens passe au premier plan : que cherche Get Out ? Dénoncer le racisme qui s’entretient ; se transforme ; la perte d’une identité, de traditions ‘noires’ ? Disserter le sentiment de néantisation face aux fantaisies de la domination ? Tous les thèmes embarqués trouvent une belle illustration, pas nécessairement à l’image, mais bien dans l’ambiance, les urgences de tel passage.

Mais le défaut d’engagement profond devient handicapant lorsque le scénario seul doit mener la barque (en terme de divertissement c’est moins vrai, pour l’impact immédiat c’est presque le contraire), celui-ci étant moins autonome et large ‘d’esprit’. Le basculement (vers l’opération et les coulisses) et le dénouement sont forts en horreurs, les révélations dépourvues d’approfondissements. Le niveau descend à l’étiage d‘une série TV impulsive pendant la conclusion taillée à l’arrache. Globalement, le film se sera laissé aller à quelques facilités, mais pour doper l’action ou l’intensité davantage que se justifier ; il récupère des clichés de l’horreur contemporaine (les jump scare, le cerf sur la route) puis envoie ces ingrédients dans la farce afin de rendre les menaces et le macabre plus dérangeants, plus près de l’odieux et de l’ironie abjecte mais apprêtée. La mise en scène est remplie de bonnes idées sur les ambivalences et le cynisme autour de l’identité, notamment avec les domestiques, avec leur style de schizos en représentation, contraints et sarcastiques. Le spectateur entre en empathie grâce à la communication de ce sentiment d’aliénation, en train de se frayer un chemin vers la conscience ; les personnages en eux-mêmes, leur éventuel charisme, ne sont pas des leviers essentiels.

Si les idées ne sont pas poussées à bout, Get Out (pour lequel Jordan Peele mentionne Night of the Living Dead de Romero comme influence) pose au moins un diagnostic précis qui vaut mieux que des parti-pris. Il pointe la nocivité du black-friendly obstiné, pire qu’un black-bashing car malhonnête, court-circuitant les discussions et donc les confrontations comme la reconnaissance commune de l’objectivité. Get Out identifie, avec intuition plutôt qu’analyse, cette escroquerie majeure, inhérente aux progressismes et aux pacifications. Et cette ‘vertueuse’ arnaque ne se passe pas de masochisme ! Ni de préjugés, certes retournés : à un niveau drôlement pitoyable, à un degré mondain (au sens fort et étendu, sociétal), puis finalement à une extrémité qu’il ne faut pas spoiler (« Behold the coagula »). Get Out n’attaque pas sur le plan intermédiaire ; cette omission était sans doute la condition de son épanouissement, voire celle de sa naissance.

Outre les récupérations, Get Out pourra aussi nourrir la paranoïa à l’égard des blancs. Ceux du film représentent un ‘establishment’ sans être liés aux pouvoirs officiels. Ces blancs riches et cultivés sont en rupture avec la société, mais par le haut et par la ‘réaction’ sinon par les voies sulfureuses du passé. Ce sont des Henry de Lesquen résignés à la mode mais pas à la mort. Le gouvernement et les autorités légales ne subissent pas l’hostilité, ce qui pourra agacer les ‘indigènes’ ombrageux et les zélateurs du peuple sans tâche. Cette représentation s’accorde bien (mais passivement) avec celles des American Nightmare (dont le troisième opus a sombré dans la démagogie violente et l’autoritarisme ‘bienveillant’), une des sagas phares de la maison de production commune, Blumhouse (responsable des Paranormal Activity & Insidious). Plus directement et peut-être consciemment, Get Out valide la confusion entre les clivages sociaux et ethniques, en tout cas dans son espace doublement étroit (car il ne prétend pas montrer la société dans son ensemble et tend au ‘huis-clos’ déguisé, où la détention est effective bien que jamais prononcée).

Note globale 68

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Suggestions… Eyes Wide Shut + Hellraiser II + Dark Skies + Le cas 39 

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (4), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

Note arrondie de 69 à 68 suite à la mise à jour générale des notes.

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LE DENTISTE & SA SUITE **

1 Mai

LE DENTISTE ** 

3sur5  Chronologiquement à la croisée des chemins entre les bons films de Yuzna et la débandade complète, Le Dentiste (1996) n’est pas une grande réussite et conserve une certaine notoriété essentiellement grâce à ses amoureux de la première heure. Il fait partie de ces classiques du bis par lesquels de jeunes cinéphiles ont commencé à écumer la galaxie de l’horreur.

Le Dentiste suit Alan Feinstone pendant les quelques journées le séparant du pétage de plomb intégral. Dentiste réputé, c’est un hygiéniste moral, sentant la corruption lubrique et l’infection partout (« la fenge » répète-t-il). Yuzna donne dans la légèreté pittoresque et y va franchement. C’est Re-Animator chez Melrose Place. La réalisation est étrange, entre De Palma et le téléfilm US sulfureux des 90s ou des 2000s.

Les désordres psychiques du docteur prennent une grande place et rendent le spectacle plus fourni. La prestation de Corbin Bernsen est admirable, il est un psycho-killer digne de Patrick Bateman (celui de American Psycho). L’horreur en deviendrait presque seconde si la violence festive n’était pas de la partie, servie par des maquillages étonnamment soignés.

Le Dentiste n’est pas un film réaliste. Tout est vraisemblable mais corrompu. Les manières de Yuzna sont habiles. Il le fallait car le postulat de base n’emmène pas loin, même si le film repose sur de bonnes initiatives (un tel sujet n’a jamais ou presque été considéré au cinéma). Néanmoins cet essai aurait du dissuader d’une suite, car le potentiel, mis à l’épreuve, montre tout de suite ses limites.

Note globale 56

 

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LE DENTISTE 2 **

2sur5 On est pas passé loin du pur naufrage, quelques petites qualités inopinées et un dernier tiers enflammé surnageant. Suite directe du Dentiste, ce second et dernier opus toujours réalisé par Yuzna voit le docteur Feinstone s’évader de prison puis s’installer dans une petite ville rurale. Il emprunte un faux nom (Lawrence Caine), se forge une excellente réputation et devient un professionnel important pour la petite communauté. Mais bien sûr ses démons et obsessions l’ont poursuivi.

D’abord complètement invraisemblable, l’intrigue devient insignifiante. Yuzna s’amuse avec un patchwork d’idées kitschissimes et de morceaux de bravoure laborieux. Il en rajoute dans le délire du docteur puritain, pataugeant dans les marécages du bis honteux. Quelques séquences oniriques et outrances gores renvoient à l’ère des Freddy. Yuzna emmène son docteur loin dans la folie mais cela ne change rien à la sensation d’assister à une sequel en DTV de Hellraiser – jusqu’à une citation finale, parodique et brutale, fidèle au reste.

Il n’y avait rien à faire de nouveau, ou alors rien de brillant. Le Dentiste 2 est un simple nanar volontariste, par ses dialogues et scénario notamment (humour et métaphores consternantes). L’idylle avec Bev est incongrue et sous-exploitée. Côté réalisation c’est mieux, avec un certain soin en particulier dans les séquences carnassières. Mais l’esthétique générale est aléatoire, se perdant dans des emphases ridicules, comme la vignette du dentiste raffiné et impitoyable écoutant des airs d’opéra pendant son temps libre.

Note globale 38

 

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HOUSEBOUND ***

31 Déc

3sur5  Le premier film du néo-zélandais Gerard Johnstone ne propose rien de neuf, mais il vaut largement Hot Fuzz, Zombieland et les autres comédies horrifiques célébrées au cours de la décennie écoulée. Sorti chez les anglo-saxons, en Allemagne et au Koweït, il a du se contenter comme beaucoup dans sa catégorie du DTV en France. Dès l’ouverture, le ton se veut grave, les manières scrupuleuses, le grotesque s’infiltre l’air de rien. Les canons du thriller et du film de maison hantée sont honorés avec intelligence, une espèce de bouffonnerie sûre d’elle-même et de son bon droit huile les rouages.

C’est un pastiche avec ses excentricités propres, en constant équilibre entre normalité en déroute et décalage ordinaire. Bizarrement, cela donne une ambiance aimable, fluide, opérationnelle sur tous les plans. Grâce à la pluralité du langage, l’acceptation de choses invraisemblables passe mieux, les pics d’effroi font leur effet, avec une énergie élégante. Le film a beau être habité par une sorte de second degré, il est sérieux dans son exécution, sa conception et son ‘élocution’ (le gros gag ne demande pas de sacrifices, s’accommode du pathétique ou du gore) ; il n’est pas ‘parodique’ ou voué à l’humour spécifiquement. Ce pittoresque moderne tirant sur le WTF serein renvoie plutôt aux rejetons des délires de Peter Jackson (comme Black Sheep), à Scream lui-même (pas à son ‘esprit’ interprété avec le recul) et par endroits à l’ironie présente chez Barry Sonnenfeld (adaptations La Famille Addams et trilogie Men In Black).

Les protagonistes sont tous consternants a-priori, à cause de leurs défauts criants ou de leur manière gauche ou désuète de s’approprier une fonction sonnant ‘cliché’. Mais leurs personnalités sont trop criantes et ils inspirent tous rapidement une vive sympathie ; la compassion pour leurs drames et leurs ridicules rend réjouissante une pluie de détails qui sans doute passeraient pour neutres s’il n’y avait eu ce mouvement. La confrontation des hystéries et idiosyncrasies est jubilatoire ; ‘l’héroïne’ Kylie (Morgana O’Reilly), poussée à bout dans le seul costume demeurant conventionnel (l’ado attardée, sombre et mesquine), doit composer avec un entourage bien plus dissident (malgré, presque à chaque fois, une posture sociale très carrée). À ce jeu, la mère Miriam surpasse les deux ou trois bêtes de foire grâce à son décalage constant malgré tout ses efforts pour être une personne limpide et équilibrée ; et aussi grâce à la dégaine de Te Wiata Rima, digne d’un reflet champêtre embarrassant pour Edina Monsoon (AbFab).

Note globale 69

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Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

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MEET THE FEEBLES ***

20 Déc

3sur5 Le Muppet Show remastérisé par Peter Jackson première époque. Après le folklorique Bad Taste, le futur réalisateur du Seigneur des Anneaux réalisait le Téléchat néo-zélandais ; à Kermit et ses collaborateurs ravis de la crèche se substitue une troupe de marionnettes aux mœurs outrancières et trash, collaboratrices dans le cadre d’une comédie musicale. La caricature véhémente du show-business est nuancée par l’attention accordée aux personnages, chacun suivant son propre parcours. Peter Jackson y trouve l’occasion d’incruster des flash-backs mais aussi de proposer une relecture abracadabrantesque de Voyage au bout de l’enfer.

Culte et hautement recommandable à tous les amateurs de pellicules déjantées et hors-circuit, Meet the Feebles est un sidérant défilé de mauvais goût festif, tendance farce obscène et glauque surréaliste. Malgré les réserves, renforcées par le regard rétrospectif probablement blasé du cinéphile aguerri, c’est une généreuse et méchante plongée dans les coulisses, valant son pesant de prestations grand-guignoles et de douces transgressions burlesques.

Toutefois, celui qui accordera une fibre contestataire ou un sens de l’ironie affûté aux Feebles ne peut être qu’un intégriste du bis qui tâche ou un ramolli, à moins qu’il ne se moque de vous. Plus encore que Braindead (le troisième film qui suivra), Les Feebles est une pantalonnade exubérante et volontariste ; et c’est en tant que tel qu’il a de la valeur et tire sa légitimité. Peter Jackson n’a jamais été un auteur profond ou un subversif : c’est un technicien original et virtuose sachant discipliner ses caprices.

Ce n’est pas une surprise si la limite de Meet the Feebles est dans son postulat vacant et ses caractères éculés (bien que croqués efficacement). Pour autant, l’euphorie générale contamine, avec probablement même plus de facilité que pour Bad Taste ; reste que, moins trash, les réalisateurs de South Park ont pourtant su réaliser, avec Team America, un véritable film de poupées réformées pour enfants turbulents. Ce qu’omet Peter Jackson, comme toujours dans son œuvre (à l’exception possible de ses drames comme Créatures Célestes), c’est de conférer un sens et des convictions (pas seulement des anecdotes ni un profil qui tâche) à sa trame et ses personnages ; il faut une matière, pour pouvoir s’en moquer ou la torturer. On ne peut pas rire sur du vide et des farces ne renvoyant toujours qu’à elles-mêmes. Les péripéties exhibées font leur effet mais ne suffisent pas à compenser ce manque.

Malgré tout les Feebles traverseront encore les âges grâce à leurs exploits d’adolescent crade et sans tabous (mention spéciale au fourrage par inadvertance de Arthur) et à sa galerie de portraits parfaitement aberrants, à l’instar de Robert, le petit hérisson innocent ; d’Eye Fly, reporter intrusif dans le corps d’une mouche à merde ; ou encore de Mademoiselle Heidi, la diva hippopotame boulimique, trahie par son manager et perpétuellement humiliée à son insu. Les fans et autres traumatisés consentants de la première heure ajouteraient à cette liste synthétique les numéros musicaux abondants de moqueries gratuites mais aussi ambigus dans leur rapport au premier degré.

Note globale 63

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