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GOD BLESS AMERICA *** (seconde édition)

18 Sep

Nouvelle critique pour un film déjà traité il y a quelques années (première critique au bout de ce lien). C’est la première fois que je propose une ‘seconde édition’. La plupart du temps, je ne reviens pas sur les films, mais les listes de mini-critiques consacrées aux « Films Revus » pourraient à l’avenir intégrer ceux déjà critiqués. En général je n’ai ni envie ni intérêt à revoir des films pour lesquels j’ai déjà réalisé une critique, même Mini, à moins qu’ils revêtent pour moi une qualité ‘culte’.

4sur5 Quelques films me posent problème et me laissent ambivalent, souvent car ils le sont eux-mêmes ou cèdent à des bassesses sans devenir déplorables pour autant. Récemment The Square est venu gonfler cette courte liste dont God Bless America est un des membres les plus éminents. Il le reste suite à ma redécouverte où j’ai pu constater ce qui me fait accrocher et permet d’avouer et dépasser les errances et contradictions : le personnage de Franck. Même si sa démarche est idiote j’éprouve forcément une tendresse pour quelqu’un s’efforçant d’être droit, aspirant coûte que coûte à un monde propre et harmonieux, reprochant à son prochain son égoïsme par souci de la dignité humaine et non par volonté d’éteindre l’ego d’autrui pour mieux imposer (ou seulement consoler) le sien.

Ceux qui dénoncent les facilités de ce film sont évidemment dans le vrai ; ses amateurs revendiquant leur satisfaction de voir dégommées des vedettes de la télé-réalité gagneraient souvent à évaluer leurs propres compétences, y compris en matière de civilité. Pourtant je suis dans le camp de ceux qui notent plutôt haut God Bless America. Je ne l’aime pas tellement mais le trouve significatif et pertinent, en plus de fournir des héros attachants. En revanche même avec les circonstances atténuantes de la satire ou des petits moyens, la forme reste routinière voire vulgaire. Ironiquement sa laideur est cohérente avec son esprit pollué : le film se débat dans ce qu’il méprise et pour s’exprimer est tributaire des modes de son époque, auxquelles il cède avec plus ou moins de complaisance (plus dans les gunfight). D’ailleurs il est meilleur dans sa première heure en brossant un tableau rempli d’inconséquents et d’égocentriques amorphes mais criards, où les gens se font écho des ragots people et divertissements avec attardés, mais ne savent pas s’expliquer suite à une petite ambiguïté et s’en remettent alors à l’autorité (d’où le renvoi pour harcèlement supposé par une hiérarchie qui peut-être profite des peurs irrationnelles). L’absence généralisée de considération et même de responsabilité (de la part du médecin), la diarrhée de caprices combinée au respect acharné de croyances molles et de règlements inadaptés, engendrent un univers digne d’Idiocracy sans passer par la SF.

Un peu à l’image de Fight Club, c’est parce que God Bless America tape sur de bonnes cibles mais en vain qu’il me paraît valable. S’il portait un discours unilatéral, en supposant toutes choses inertes par ailleurs, il mériterait la poubelle ; s’il était simplement cette récréation trash, on pourrait le laisser s’en tirer (il n’a pas la fureur de Tueurs nés mais c’est déjà un gros défouloir, cousin sans prétention des tarantinades). En plus (et pas ‘au lieu’) de ça on voit la vanité de zigouiller les crétins – et les gens de mauvais goût ou aux opinions incorrectes selon Roxy. Les nouveaux Bonnie & Clyde commettent la même sombre niaiserie que les jeunes intellectuels universitaires du Dernier souper abattant des variétés de droitards – sauf que leur cible est beaucoup plus large et qu’ils évitent absolument de prendre le temps d’en connaître les représentants, donc de les humaniser et sentir le poids de leurs actes.

Avec son style de petite psychopathe enjouée la fille pourrait figurer dans un remake souriant de Funny Games. Son laïus d’adolescente allumée typique en guise de justification lors d’une révélation aux trois quarts du film reflète le fond du délire et éventuellement le public, ramené à la réalité d’amateur de sensations fortes gratuites et scotché dans une existence insipide. Son sentiment de supériorité et son impulsivité ne l’amènent pas à enrichir le monde. Ce qui se rapproche le plus d’une proposition pacifique et constructive n’est qu’un petit lot de références de culture populaire, comme Alice Cooper dont elle reconnaît pourtant les liens et l’influence sur ce qu’elle honnit. Quand à Franck, aux besoins de soulagement et d’intégrité alourdis par sa vie pourrie, il est toujours prompt à déballer un monologue éthique. Son logiciel est peut-être sain ou éclairé mais il est figé et extrêmement parcimonieux, donc nécessairement pauvre en bonnes réponses face à l’incohérence, la méchanceté et l’adversité. God Bless America offre donc un regard nihiliste en nous collant au point de vue de ces deux-là, avec un mélange ne conduisant qu’à plus de cynisme et au suicide social. Ça n’empêchera pas d’y trouver une espèce de manifeste légitime et en général le film reste un peu planqué dans la mesure où le public ‘adulescent rebelle’ pourrait ne pas l’entendre et où les cibles (à moins d’aimer les armes et la violence) ne seront pas au rendez-vous pour se faire vomir dessus donc riposter.

D’un point de vue strictement calculateur le film est habile et pour se tailler une réputation durable peut compter sur une niche d’edgelord et d’aliénés à mi-chemin entre conformisme malheureux et excentricité, sans compter les anars et les snobs énervés ou frustrés. Néanmoins il avait de quoi mettre dans l’embarras le monde du cinéma indépendant et ses amateurs ; et l’a peut-être davantage huit ans plus tard, où le développement de l’agenda progressiste révèle sèchement ses failles dans un supposé logiciel de gauche, qu’on aura pu lui prêter puisqu’il cogne sur l’ordre établi. En vérité ce film crée un pont entre réactionnaires, ‘social justice warrior’ et libertaires de toutes sortes et de toutes hygiènes, ce qui explique probablement à la fois son succès, la gêne et le dégoût qu’il a obtenu. Les considérations sur les enfants, leurs attitudes et leur éducation sont raccords avec l’ensemble des discours réacs, donc avec ceux des fondamentalistes ou des patriotards grotesques et haineux beuglant sur les plateaux ou à la radio.

Conclure avec un concours dégueulasse est excellent et la façon dont il est torpillé met tout au clair. Contrairement à Little Miss Sunshine on ne le gâche pas sur un mode simplement inclusif et égalitaire rejetant la compétition au nom de ses déficiences auxquelles on invente un charme et une valeur. Au lieu de cette pommade moisie nous récoltons la révélation de la vanité et futilité de cette rébellion. Chute élémentaire : on ne soigne pas la connerie en brusquant ni simplement en le désirant. Franck et son amie sont les idiots ultimes et défaitistes de cette boue. Sans contre-modèles et sans perspectives plus large que leur morale ils viennent compléter l’inanité. Bien sûr ils ont plus de conscience que la moyenne (et vont refléter les snowflake et les réfractaires communs se satisfaisant de leurs distinctions minimales), mais ils ne sont pas visionnaires. Nous sommes dans la grosse bêtise humaine et les anti-cons sont encore des demi-cons – et d’ailleurs le ‘demi’ épargné ne porte pas de bons fruits. Au moins Franck et Roxy ne seront ni des parasites ni des insulaires piégés : ils sont des météores. Comme l’aspirant aventurier d’Into the Wild, ils ont le mérite d’aller au bout de leur décrochage fou, ont des convictions entières aux répercussions regrettables mais en paient le prix et en démontrent tout : l’intégrité, l’élan fondé, la stupidité, les limites tragiques.

Je vois donc en God Bless America un film amoral par dépit. On peut le regarder avec rage, dérision, empathie. En dernière instance il raconte l’absurdité et l’impuissance de gens dans lesquels le commun des spectateurs heurté par une bêtise omniprésente pourra se retrouver, ou du moins qu’il pourra entendre. Il peut être pénible car il en vient nulle part ou dans le mur ; les solutions sont à chercher ailleurs et c’est correct, car aucune œuvre n’est mandatée pour s’en soucier. Donner à contempler cette absurdité spectaculaire dans laquelle les anti et les outragés s’insèrent malgré eux vaut toutes les prescriptions qu’une simple séance de cinéma pourrait fournir. La faiblesse persistante du film est finalement plus prosaïque : pour une ivresse radicale afin d’en finir avec ce monde qui ne leur convient (répond) pas, nos héros pouvaient mettre la barre plus haut.

Note globale 72

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Suggestions…   Killer Joe + Serial Mother + Le plein de super + Caligula + Chute libre

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WEDDING NIGHTMARE / READY OR NOT ***

14 Sep

4sur5 Fantaisie horrifique goulue et carnassière curieusement équilibrée. Dans l’absolu Wedding Nightmare n’innove en rien et si on devait l’éplucher pour le considérer morceaux par morceaux, il y aurait de quoi nourrir le scepticisme, douter de la pertinence d’assortir telle outrance et tel pastiche. Certains de ces morceaux sont excellents, d’autres moyens ou succincts (l’ouverture indiquant un traumatisme appelé à se reproduire est aussi fracassante que commune, surtout au niveau sonore), l’alchimie est brillante. Le fond du film décuple cette tendance : le propos est franchement idiot et le postulat délirant, pourtant l’approche fonctionne. Elle accepte une normalité grotesque et laisse place aux sentiments de révolte, d’attraction et d’empathie, dans des décors naturels somptueux (en employant de véritables domaine et château).

Malgré son esprit digne du bis le plus déchaîné et sa proximité avec le vieux cinéma gothique, Ready or Not évite les effets lourds et faux, les dérives du second degré ou de la désinvolture, mais pas le maniérisme. Il est vraisemblable dans l’exécution, ce qui permet de digérer son extravagance. Il n’utilise pas les ressorts débiles comme la succession de choix foireux du gibier humain. Comme il repose sur une seule victime a-priori, nous devinons qu’elle doit durer peu importe son état, ou bien le film devra nous livrer un épilogue conséquent. Le suspense devrait en prendre en coup or la séance garde toujours un haut niveau d’intensité, dans le pire des cas grâce à son héroïne, avec ou pour laquelle on souffre facilement. Le début est d’autant plus angoissant en sachant quelle menace pèse ; ensuite nous aurons un survival efficace où l’humour, nécessairement noir, éventuellement ‘jaune’ car odieux, se déploie plus ouvertement, en ne risquant plus d’alléger l’impact de cette traque.

Le style comique n’est pas détaché ou superposé et son insertion ne torpille ou abaisse pas le programme, ce qui distingue cette séance de nombreuses concurrentes. Il est toujours lié au malaise et à la terreur, relève du sarcasme ou d’une tentative frustrée de nier ‘l’impossible’. La femme en violet en est la manifestation la plus frappante : une vieille fille puriste, méchante et mystique, à la limite du gimmick et de la parodie. C’est une sorcière trop sinistre et absurde pour avoir sa place chez Tim Burton, mais ses racines sont parfaitement humaines. Sa détermination sera d’autant plus désarmante. D’autres membres de la famille, aux manières les plus vulgaires, serviront cette fibre comique de façon plus triviale : Émilie l’ignoble imbécile et son conjoint le balourd à cravate scotché à son iphone. Comme quoi à un certain degré l’entrée dans la famille est ‘démocratique’. La brune guindée représente l’arriviste accrochée à sa place avec autant de détermination que l’héritière à la vie frustrée tient à son énorme destinée ; elle gagne en beauté tout au long du film, comme si le déclassement de la nouvelle arrivante (sur laquelle elle portait un jugement emprunt de jalousie) la revivifiait.

Une foule de références viennent à l’esprit : forcément The Purge avec sa traque élitiste (élevée au rang de religion dans le 3) et où l’ultimatum est aussi à l’aube, puis Society qui pourrait maintenant être perçu comme un Ready or Not de la génération précédente. Deux satires des rites d’initiation des riches où on envie l’intégration familiale mais se heurte à des valeurs intéressées affreuses poussant le protagoniste vers l’échafaud. Bien entendu même ‘evil’ le traditionalisme a sa souplesse et si la situation craint trop pour ceux qui tiennent le jeu on pourra tordre la loi. Les spectateurs aux préoccupations sociales ou abstraites y verront l’illustration du mépris de toute équité de la part de privilégiés prêts à tout pour conserver leurs avantages, quitte à mourir – l’ironie du possédant. Le luxe est une bénédiction et une malédiction (on sent une réticence généralisée d’individualiste obstiné, partenaire et modérateur de la démagogie : même le mariage pourrait faire partie de ces cadeaux empoisonnés, rien ni personne n’est là pour (ré)assurer et s’y déshabituer c’est se livrer aux loups). Sur un plan immédiat, la flexibilité du mode opératoire (heureusement sans rupture de cohérence interne), le flou dans la carte, dopent l’inquiétude, la colère et le dégoût, tandis que le conflit de loyautés ou simplement de sympathies éprouvé par le mari et quelques autres membres souligne l’aliénation des ‘coupables’. Nous avons les bénéfices sensoriels d’une lutte manichéenne sans sa fermeture et sa bêtise psychologique. Le dénouement est bon car il valide le jeu et ne se laisse pas guider apparemment par les préférences idéologiques ; il pouvait être plus remuant avec un autre choix plus raisonnable au retentissement apocalyptique, mais on y perdait probablement en intégrité.

Note globale 72

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Suggestions… Midsommar + Carrie + You’re next + Would you rather + La Cabane dans les bois + Eyes Wide Shut + The Voices + Rosemary’s Baby + The Game + Kill Bill + Le Limier + MAT

Les+

  • alchimie réussie
  • photo et style, décors et couleurs
  • l’héroïne accroche immédiatement, le casting est excellent

Les-

  • pouvait aller plus loin et éviter certaines banalités ou surlignages
  • peu original pris bout par bout et dialogues restrictifs

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LE ROI LION ***

20 Juil

4sur5 Cette version ‘live’ tient ses promesses, en premier lieu celle d’un visuel sublime. C’est bien une sorte de reboot plutôt qu’une actualisation ; le souci de correction et de ne fâcher personne ne renvoie pas spécialement à aujourd’hui. Certains points forts ont tout de même été ripolinés voire évacués : les êtres et les relations sont désexualisés, la relation entre Nala et Simba y perd. Les féministes apprécieront peut-être qu’elle se montre sarcastique (sans connotation d’aigreur) et batte trois fois son inlassable ami-amant ; elles pourront aussi relever la chef des hyènes, distinctement au-dessus des autres, posée et intelligente, l’allure souffrante et profonde, quand Shenzi n°1 était davantage pleutre, geignarde et roublarde.

Il n’y a qu’un seul sacrifice sévère mais c’est un des plus énormes imaginables : Soyez prêts est réglé en une minute de basse intensité. Il faut reconnaître que la danse, l’ambiance dionysiaque lugubre et le défilé auraient été compliqués à intégrer dans un contexte hyperréaliste (comme la descente dans les épines, sûrement une source de sensations trop agressive). Tout est moins théâtral et les envolées cartoonesques ne sont plus au rendez-vous ; les scènes poignantes le sont encore mais aucun moment ne se détache absolument (peut-être la course dans les adventices). En contrepartie Le roi lion sert des fantaisies crédibles (évidemment pas vraisemblables), des figurants ravissants et se permet quelques séquences de doc naturaliste enjoué (la souris menant à Scar) ou péripéties silencieuses façon Minuscule (la touffe de Simba témoin d’une destinée moins mystique). Même la VF (où Jean Reno paraît sur le point de mourir plutôt que d’éduquer et où reprendre Semoun aurait été aussi bien) ne saurait gâcher les instants de ravissements ou de contemplation (pas tous délicats puisque certains auraient leur place dans Rage ou Mad Max).

C’est dans le son qu’on trouve les points faibles, voire les fautes empêchant la séance d’être parfaitement magique – un moment d’évasion ou d’abrutissement heureux accompli. Toutefois si le chant explosif de l’ouverture ne vous gâche pas le plaisir, les deux heures devraient se passer sans gêne. Les ajouts conséquents sont rares mais du plus bel effet : les lionnes sous le règne de Scar avec ses servantes en patrouilles permanentes, toute la faune amicale incarnant la philosophie du Hakuna Matata dans une sorte de paradis mi-hippie mi-individualiste acharné. Ces deux bouts du film ouvrent à des univers déjà présents en 1994 mais de manière synthétique et toujours centrée sur la poignée de protagonistes clés ; aujourd’hui ils sont superficiellement étoffés (le retour compulsif à la résistance passive du conseil des lionnes peut frustrer, même si Sarabi rationalise efficacement avec son sens du devoir ; l’égoïsme revendiqué des nihilistes contredit leur facilité à partager). Disney comme le reste a tendance à se reposer sur des marques établies, alors on peut craindre ou rêver des prolongations dans cet eden libertaire.

Rétrospectivement les ellipses étaient nombreuses dans l’original, alors qu’ici on s’étend copieusement. L’exemple relativement malheureux est le retour de Nala et Simba, occasion de servir un dégueulis girly égalant le pire de La reine des neiges (auquel au doit sa notoriété). Certains cas ou personnages semblent négligés (les déçus a-priori diront placés par obligation) puis réintègrent le cycle avec force : c’est le cas de Rafiki (chaman génial et farceur devenu une figure paternelle décontractée). Les hyènes et leur environnement sont bien plus sinistres. Seul l’humour très appuyé autour du débile de la bande (davantage un dépendant pathétique qu’un attardé achevé) adoucit le trait. L’humour est justement le second témoin ou réceptacle des limites du film, après la musique : il n’est pas spécialement balourd mais donne quand même dans un second degré plombant à l’occasion. Lors des logorrhées de Zazou on perd en charme sans y gagner en drôlerie ; celles de Timon et Pumbaa sont convaincantes (Ivanov était un choix excellent pour réformer Pumbaa). Une fois que la glace a été trop vite brisée ils poussent la décontraction assez loin pour ne pas inspirer de regrets (cela implique malheureusement une démonstration bruyante qu’un Norbit lui, par sa vocation, n’avait pas le droit d’éviter).

Enfin le sous-texte politique est plus explicite et brouillé : la philosophie des doux anars est précisée et son illustration attractive, les marginaux sont devenus carrément écœurants mais ils sont plus blessés que ridicules, on entend leur amertume autant que leur envie. Ils sont mal-nés certes et pas moins irrécupérables – et d’aspect ingrat (Scar décharné, affublé d’une piteuse crinière). Leur détresse a le tort de les avoir endurcis plutôt qu’invités à l’acceptation du bel ordre du royaume (la résilience ne fait pas partie des concepts envisagés). Sur ce plan Le roi lion n’est pas plus conservateur qu’il y a 25 ans, il a simplement perdu de son sens mystique (dans les processus comme dans les symboles) ; il est davantage ‘bourgeois matérialiste et réactionnaire’ (d’où cette moindre aisance lors de l’apparition du spectre bienveillant). Car le problème désormais est autant économique que dynastique. Comme autrefois Scar fait des promesses d’abondance et parasite son propre domaine – lui et sa horde sont des chasseurs irresponsables dignes de Cersei dans GOT. Leur manque de conscience et de culture commerciale doublé de leur avidité les poussent à croire qu’il n’y a qu’à se servir, dans un lieu de paradis où les denrées sont inépuisables – mais seraient confisquées arbitrairement. Quoiqu’il en soit cette seconde mouture ne fera pas de l’ombre à l’original concernant les dialogues et chansons cultes ; même des enfants enclins à fuir une animation dépassée devraient trouver les anciens plus percutants.

Note globale 72

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Suggestions… Alice au pays des merveilles/Burton + Un amour de coccinelle

Les+

  • visuellement et techniquement brillant
  • une foule de figurants adorables
  • effort de vraisemblance pour les déplacements des animaux
  • des ambiances sévères et tristes
  • plus grande possibilité d’expression et plus d’humanité pour les méchants
  • pas trop guilleret ou niaiseux
  • le nouveau Pumbaa et sa VF

Les-

  • son, musiques
  • des détails bâclés ou éludés
  • les phrases cultes coulent avec le reste
  • des demi-copies pas du meilleur effet (comme l’amour sans étoiles)

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LES CHATOUILLES ***

20 Mar

4sur5 Andréa Bescond est une danseuse et actrice pour le théâtre qui s’est faite auteure afin d’exposer une expérience traumatique infantile. Son film présente les faits (les cruciaux et ceux d’une vie) le plus directement possible, pour en témoigner et surtout pour les insérer dans une espèce de programme thérapeutique, renvoyant à un travail accompli, toujours vivace. Les Chatouilles est donc une histoire bête et crue doublée d’une rémission : l’actrice-réalisatrice y reprend le chemin de l’acceptation et de l’affirmation d’une réalité pédophile vécue par une ancienne petite fille – réhabilitée et soignée sinon en voie de [perpétuelle] guérison. La mise en scène est explosive, laisse place à l’humour sans se fourvoyer dans la négation (car il y a des erreurs et des ‘fatalités’ drôles surtout après-coup). Cette version cinéma importe et sublime des croisements spatio-temporels issus du théâtre, laisse seulement entrevoir le monde intérieur et les zones d’évasion de la petite fille (comme les rêveries à l’opéra – une défense obsolète pour la grande fille qui se la remémore avec jubilation et tendresse).

Elle représente les moments charnières et surtout leurs effets – déstructurants : elle devient une alcoolique et droguée, est vulgaire, outrancière, ‘borderline’, ses effusions n’aboutissent à rien de solide, parfois elle laisse passer ou procrastine devant les meilleures opportunités. Elle embrasse les libertés primaires qui n’en sont pas, comme le font de nombreux perdus et les victimes de brimades ou pressions excessives. Qu’il soit égocentrique ou plus largement renseigné le film semble bénéfique, car il montre des aspects ‘concrets’, décelables du pédophile en action, comme ces petits cadeaux de Gilbert, les actes de la gamine lorsqu’elle le quitte. On constate ou se rappelle que les agresseurs d’enfants (les réguliers en tout cas, la majorité probable) se rendent populaires dans l’entourage de leur cible (qui a déjà, par son état, peu de moyens de la ramener). On pourra retrouver au travers de ces signaux de nombreuses familles à problème, les viols/attouchements étant une sorte de cristallisation extrême de tous ces dysfonctionnements (eux peuvent concerner plus d’1 enfant sur 5, chiffre présumé des victimes de « violences sexuelles », donné au terme de la séance). On voit un père bon mais impuissant, quasiment protégé par sa fille. Lorsqu’il la ‘dépose’ à la chambre de bonne à Paris, elle lui pardonne de pas savoir la défendre ; ce qui en fait une de ces enfants qui ‘portent’ leurs parents ou un des parents (en plus de le couvrir sur une affaire précise où il est défaillant). Le déni généralisé (y compris chez le pédophile) est plus diffus à mesure qu’on s’écarte du criminel [quoique sa propre famille soit à peine aperçue], davantage noyé dans la pure inconscience – tout se passe en secret et se devine sous les yeux des parents et des autres adultes, à condition d’être déniaisé du regard ce que la proximité interdit souvent.

La mère exprime une position en partie compréhensible (au moins pour le souci de stabilité – la crainte du jugement social n’est pas simplement une moutonnerie de personne faible ou superficielle), en plus grande partie obscure (serait-elle remplie de haine envers sa progéniture ? Ou de jalousie ?), dans tous les cas odieuse – il est possible qu’elle marchande sa fille, qu’elle soit le prix de son attachement à ce Gilbert ; elle a besoin de se convaincre du caractère bénin de la souffrance de son enfant, à moins de la souhaiter carrément, d’y trouver un exutoire à la sienne. Il est regrettable que le film ne poursuive pas sur cette pente – la généalogie de la souffrance, la reproduction des erreurs ou des fardeaux que les membres d’une tribu se croient obligés d’endosser – ou plutôt qu’ils ont endossé malgré eux au point de ne plus pouvoir les chasser une fois adulte, autrement dit une fois qu’ils ont les armes et l’entière légitimité pour les rabattre. À de nombreux égards Les chatouilles paraît braver des difficultés parmi les pires pour finalement laisser sur les germes de nombreuses prises de conscience – ce pourrait être par prudence, pédagogie, ignorance ou négligence.

Enfin ce film convaincra moins les gens réfractaires à l’exhibitionnisme, aux performances tapageuses et aux approches ‘individualistes’ – d’éventuels défauts soutenant ici habilement le propos comme la séance, car à défaut de modération et de catalogage exhaustif, le film n’est pas aveuglé par un message, une rancœur, un point particulier – au point de laisser répondre la psy « Il n’y a pas de petites douleurs » à sa patiente raillant la clientèle obèse. Derrière le relativisme abusif, on peut entendre une voie reconnaissant les chaînes multiples embrigadant les êtres, tout en les désacralisant, barrant donc la route à la surenchère et aux autres complaisances victimaires – encore des limites à repousser. D’où cette séquence invraisemblable où un prof de danse confond la douleur manifeste d’Odette en la Shoah – rangeant derrière une horreur ‘ultime’ et collective une autre triviale et personnelle (quoiqu’un consentement à cette idée du prof soit possible – peut-être car c’est un film à deux têtes – le partenaire est Eric Métayer) ; à ce moment ni elle ni lui n’est capable de purger ce lourd dossier, chacun s’en va dans ses grands plans hors-sujets, sa fuite dans un ‘avant’ factice (modèle explicatif simpliste et globalisant, existence dissolue et turbulente).

Note globale 72

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Suggestions… Mysterious Skin

Scénario/Écriture (6), Casting/Personnages (7), Dialogues (7), Son/Musique-BO (5), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (6), Originalité (6), Ambition (8), Audace (7), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (8), Pertinence/Cohérence (7)

Note arrondie de 70 à 72 suite à l’expulsion des 10×10.

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THE PROPOSITION ***

10 Mar

4sur5  Bien qu’arrivé au bout de son Histoire, le western continue à exister. Pendant la première décennie des années 2000, quelques films marquants s’en revendiquent, reprenant le genre avec déférence. Ils ont tendance à être des calques assez lisses, comme le remake de 3h10 pour Yuma, ou à extrapoler le désenchantement voir le nihilisme exprimé dans les westerns dit « crépusculaires » comme ceux de Peckinpah et dans une moindre mesure Eastwood. The Proposition pourrait être en tête de cette seconde catégorie, avec There Will Be Blood.

Il nous propose un périple dépressif aux allures post-apocalyptiques. Les gens y vivent dans un monde sec et infini, sans relation avec la civilisation, mais certainement pas en sauvages pour autant. Ils règlent leurs affaires et ont l’horizon et l’éternité pour eux, à défaut d’avoir le salut. La philosophie de John Hillcoat s’exprime ainsi, emballée par un style éblouissant et ancrée dans l’outback australien à la fin du XIXe. Le film a été largement omis à sa sortie (2004), avant que Hillcoat ne signe l’adaptation de La Route (2009), puis Des hommes sans loi, ce qui amena la critique à en dresser les louanges et reconnaître que The Proposition valait bien L’assassinat de Jessie James.

The Proposition recycle les arguments classiques du western avec une grâce totale. Le scénario de Nick Cave (également compositeur) est sans surprise mais impeccable, intègre des archétypes plus ou moins affinés. Moins : le frère attardé, ce gimmick digne d’un cartoon mais rebattu sans humour ici. Plus : cet autre gimmick, celui du vieux fou de service, malin et relativement visionnaire, même si son génie n’est pas perçu. John Hurt campe le personnage le plus stimulant de ce film, où peu sont aimables ou valorisés. Le casting est particulièrement brillant, Ray Winstone en particulier – Guy Pearce plus acteur que personnage comme à son habitude, avec cette faculté de rester détaché sans être décalé.

Note globale 71

Mise en scène 8, Propos 7, Scénario 6, Esthétique 7, Bande-son 8, Acteurs 7

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