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SHAUN LE MOUTON LA FERME CONTRE-ATTAQUE ***

4 Nov

4sur5 Ce second film a probablement plus de personnalité et de capacité à rester en mémoire. Le scénario est plus soutenu et au lieu d’explorer la ville des humains Aardman a davantage misé sur le dépaysement. La place importante d’un ami venu d’ailleurs y est pour beaucoup. LU-LA a l’air d’un gadget moche héritier des Télétubbies ou d’un programme télé débile du matin, mais les animateurs ont su le rendre sympathique pour un public élargi grâce à sa vivacité, sa part d’exploits et de secrets.

Contrairement à il y a quatre ans les références abondantes sont discrètes ou introduites à des moments moins évidents. Elles restent classiques ou vulgaires et forcément nous avons celle à ET sur son vélo devant la lune. D’autres sont plus subtilement amenées comme le code d’ouverture sonnant comme l’air propre à Rencontres du troisième type. L’ensemble des aspects de la mise en scène sont opportunistes dans le sens créatif du terme, que ce soit en terme d’agencements du décors ou des perceptions (la fente d’une poubelle donne l’occasion d’adopter un format de pellicule plus ‘cliché’ du cinéma). D’ailleurs le bonus en générique de fin vaut la peine de rester contrairement à celui d’Angry Birds 2.

C’est donc un film d’action dynamique sans être hystérique, ne véhiculant pas la niaiserie des autres à son niveau de visibilité, mais il ne s’aventure pas vers les efforts de profondeur ou de sentiments d’un Mystère des pingouins. C’est plutôt une Soupe aux choux actualisée et spielbergienne, boostée par une culture audiovisuelle et musicale anglaise. Son grand talent est dans la fusion et la réinvention (on voit une base souterraine à la On ne vit que deux fois, une antagoniste avec un air d’agent Scully), or l’originalité pure étant rarissime c’est déjà excellent. Puis la première des qualités reste esthétique car au-delà de la beauté diversement appréciable, on peut toujours apprécier la mobilité des traits : rien là-dedans ne semble ‘objet’ et on se sent plus proche du film ‘live’ que de l’animation artificielle.

Note globale 72

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Suggestions… X-Files

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THE GHOST WRITER ***

8 Oct

the ghost writer

4sur5  Avec ce thriller glacial, enclin à décourager le spectateur et pourtant étrangement grisant, Polanski apporte une noblesse au genre, d’une manière équivalente (en proportions) à celle du Fincher des bons jours. Il rompt avec le conformisme du Pianiste et d’Oliver Twist pour offrir un de ses meilleurs opus des années 2000-2010, à la mise en scène extrêmement sophistiquée et dont l’élégance contraste avec le caractère plus dissipé de Shutter Island de Scorsese (sorti la même année et avec un dispositif comparable, mais en visant ailleurs). C’est aussi un tremplin pour Ewan McGregor, alors en pleine mue et dont la présence relativement insignifiante se découvre une certaine pertinence (c’est le cas la même année dans I love you Philipp Morris).

Polanski trouve dans le roman de Robert Harris un excellent support pour rejouer ses thèmes fétiches ; cette variante met l’accent sur la toute-puissance du cynisme. Ewan McGregor est le ‘nègre’ dépêché pour rédiger l’autobiographie du premier ministre britannique (reflet politique mais pas caractériel de Tony Blair, incarné par Pierce Brosnan). Il se trouve convié avec l’équipe du gouverneur sur une île en Nouvelle-Angleterre. L’espace et le hors-champ sont remplis de suggestions implacables et de révélations ‘cryptées’ mais criantes. Une oppression silencieuse est en cours, une absorption du ‘nègre’ au camp (voir au ‘monde’) de la corruption s’opère de façon lisse et néanmoins brumeuse et à mesure que son investigation approche son but une tension mortelle se clarifie.

La réalité prend des atours surréalistes (en mode Cul-de-sac) pendant que la certitude du pire s’épanouit (à un degré géopolitique et personnel) ; l’intensité de Rosemary’s Baby et le climat mystique empoisonné de La Neuvième porte ne sont pas là, mais la paranoia est peut-être plus éclatante, absolue et surtout confortée. En effet l’actualité politique est prise pour contexte, le cadre est vraisemblable ; les soupçons ne germent que par la force de l’évidence ou de la logique, non par le trouble ou la fantaisie. Il est d’ailleurs étonnant que le ‘ghost writer’ campé par Ewan McGregor soit à ce point suspendu au doute et à une retenue extrême. À ce personnage principal peu dégourdi (option originale mais aux résultats mitigés) s’ajoute certains enchaînements dont la praticité se fait quasiment au prix du sérieux.

Cela conduit d’ailleurs à un final se justifiant assez mal (quand McGregor savoure sa victoire et le fait savoir), sauf dans la mesure où il exprime un rapport de force inéquitable où les ressources se déploient de manière occulte. Les habitants de Ghost Writer ne sont pas toujours très bien taillés, leurs actions pas forcément cohérentes, mais le film est tout de même très loin de l’inanité foncière du cinéma de Mireilles. Polanski dénonce ouvertement l’impérialisme américain et le consentement des gouvernements européens. C’est une position assez rare pour un cinéaste de son ampleur. Il la prend au moment où se réveille son affaire de détournement de mineurs, période au terme de laquelle il conçoit un Carnage bien rance.

Note globale 72

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Suggestions… The Constant Gardener + Swimming Pool + Pas de printemps pour Marnie

Scénario & Ecriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (4), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

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GOD BLESS AMERICA *** (seconde édition)

18 Sep

Nouvelle critique pour un film déjà traité il y a quelques années (première critique au bout de ce lien). C’est la première fois que je propose une ‘seconde édition’. La plupart du temps, je ne reviens pas sur les films, mais les listes de mini-critiques consacrées aux « Films Revus » pourraient à l’avenir intégrer ceux déjà critiqués. En général je n’ai ni envie ni intérêt à revoir des films pour lesquels j’ai déjà réalisé une critique, même Mini, à moins qu’ils revêtent pour moi une qualité ‘culte’.

4sur5 Quelques films me posent problème et me laissent ambivalent, souvent car ils le sont eux-mêmes ou cèdent à des bassesses sans devenir déplorables pour autant. Récemment The Square est venu gonfler cette courte liste dont God Bless America est un des membres les plus éminents. Il le reste suite à ma redécouverte où j’ai pu constater ce qui me fait accrocher et permet d’avouer et dépasser les errances et contradictions : le personnage de Franck. Même si sa démarche est idiote j’éprouve forcément une tendresse pour quelqu’un s’efforçant d’être droit, aspirant coûte que coûte à un monde propre et harmonieux, reprochant à son prochain son égoïsme par souci de la dignité humaine et non par volonté d’éteindre l’ego d’autrui pour mieux imposer (ou seulement consoler) le sien.

Ceux qui dénoncent les facilités de ce film sont évidemment dans le vrai ; ses amateurs revendiquant leur satisfaction de voir dégommées des vedettes de la télé-réalité gagneraient souvent à évaluer leurs propres compétences, y compris en matière de civilité. Pourtant je suis dans le camp de ceux qui notent plutôt haut God Bless America. Je ne l’aime pas tellement mais le trouve significatif et pertinent, en plus de fournir des héros attachants. En revanche même avec les circonstances atténuantes de la satire ou des petits moyens, la forme reste routinière voire vulgaire. Ironiquement sa laideur est cohérente avec son esprit pollué : le film se débat dans ce qu’il méprise et pour s’exprimer est tributaire des modes de son époque, auxquelles il cède avec plus ou moins de complaisance (plus dans les gunfight). D’ailleurs il est meilleur dans sa première heure en brossant un tableau rempli d’inconséquents et d’égocentriques amorphes mais criards, où les gens se font écho des ragots people et divertissements avec attardés, mais ne savent pas s’expliquer suite à une petite ambiguïté et s’en remettent alors à l’autorité (d’où le renvoi pour harcèlement supposé par une hiérarchie qui peut-être profite des peurs irrationnelles). L’absence généralisée de considération et même de responsabilité (de la part du médecin), la diarrhée de caprices combinée au respect acharné de croyances molles et de règlements inadaptés, engendrent un univers digne d’Idiocracy sans passer par la SF.

Un peu à l’image de Fight Club, c’est parce que God Bless America tape sur de bonnes cibles mais en vain qu’il me paraît valable. S’il portait un discours unilatéral, en supposant toutes choses inertes par ailleurs, il mériterait la poubelle ; s’il était simplement cette récréation trash, on pourrait le laisser s’en tirer (il n’a pas la fureur de Tueurs nés mais c’est déjà un gros défouloir, cousin sans prétention des tarantinades). En plus (et pas ‘au lieu’) de ça on voit la vanité de zigouiller les crétins – et les gens de mauvais goût ou aux opinions incorrectes selon Roxy. Les nouveaux Bonnie & Clyde commettent la même sombre niaiserie que les jeunes intellectuels universitaires du Dernier souper abattant des variétés de droitards – sauf que leur cible est beaucoup plus large et qu’ils évitent absolument de prendre le temps d’en connaître les représentants, donc de les humaniser et sentir le poids de leurs actes.

Avec son style de petite psychopathe enjouée la fille pourrait figurer dans un remake souriant de Funny Games. Son laïus d’adolescente allumée typique en guise de justification lors d’une révélation aux trois quarts du film reflète le fond du délire et éventuellement le public, ramené à la réalité d’amateur de sensations fortes gratuites et scotché dans une existence insipide. Son sentiment de supériorité et son impulsivité ne l’amènent pas à enrichir le monde. Ce qui se rapproche le plus d’une proposition pacifique et constructive n’est qu’un petit lot de références de culture populaire, comme Alice Cooper dont elle reconnaît pourtant les liens et l’influence sur ce qu’elle honnit. Quand à Franck, aux besoins de soulagement et d’intégrité alourdis par sa vie pourrie, il est toujours prompt à déballer un monologue éthique. Son logiciel est peut-être sain ou éclairé mais il est figé et extrêmement parcimonieux, donc nécessairement pauvre en bonnes réponses face à l’incohérence, la méchanceté et l’adversité. God Bless America offre donc un regard nihiliste en nous collant au point de vue de ces deux-là, avec un mélange ne conduisant qu’à plus de cynisme et au suicide social. Ça n’empêchera pas d’y trouver une espèce de manifeste légitime et en général le film reste un peu planqué dans la mesure où le public ‘adulescent rebelle’ pourrait ne pas l’entendre et où les cibles (à moins d’aimer les armes et la violence) ne seront pas au rendez-vous pour se faire vomir dessus donc riposter.

D’un point de vue strictement calculateur le film est habile et pour se tailler une réputation durable peut compter sur une niche d’edgelord et d’aliénés à mi-chemin entre conformisme malheureux et excentricité, sans compter les anars et les snobs énervés ou frustrés. Néanmoins il avait de quoi mettre dans l’embarras le monde du cinéma indépendant et ses amateurs ; et l’a peut-être davantage huit ans plus tard, où le développement de l’agenda progressiste révèle sèchement ses failles dans un supposé logiciel de gauche, qu’on aura pu lui prêter puisqu’il cogne sur l’ordre établi. En vérité ce film crée un pont entre réactionnaires, ‘social justice warrior’ et libertaires de toutes sortes et de toutes hygiènes, ce qui explique probablement à la fois son succès, la gêne et le dégoût qu’il a obtenu. Les considérations sur les enfants, leurs attitudes et leur éducation sont raccords avec l’ensemble des discours réacs, donc avec ceux des fondamentalistes ou des patriotards grotesques et haineux beuglant sur les plateaux ou à la radio.

Conclure avec un concours dégueulasse est excellent et la façon dont il est torpillé met tout au clair. Contrairement à Little Miss Sunshine on ne le gâche pas sur un mode simplement inclusif et égalitaire rejetant la compétition au nom de ses déficiences auxquelles on invente un charme et une valeur. Au lieu de cette pommade moisie nous récoltons la révélation de la vanité et futilité de cette rébellion. Chute élémentaire : on ne soigne pas la connerie en brusquant ni simplement en le désirant. Franck et son amie sont les idiots ultimes et défaitistes de cette boue. Sans contre-modèles et sans perspectives plus large que leur morale ils viennent compléter l’inanité. Bien sûr ils ont plus de conscience que la moyenne (et vont refléter les snowflake et les réfractaires communs se satisfaisant de leurs distinctions minimales), mais ils ne sont pas visionnaires. Nous sommes dans la grosse bêtise humaine et les anti-cons sont encore des demi-cons – et d’ailleurs le ‘demi’ épargné ne porte pas de bons fruits. Au moins Franck et Roxy ne seront ni des parasites ni des insulaires piégés : ils sont des météores. Comme l’aspirant aventurier d’Into the Wild, ils ont le mérite d’aller au bout de leur décrochage fou, ont des convictions entières aux répercussions regrettables mais en paient le prix et en démontrent tout : l’intégrité, l’élan fondé, la stupidité, les limites tragiques.

Je vois donc en God Bless America un film amoral par dépit. On peut le regarder avec rage, dérision, empathie. En dernière instance il raconte l’absurdité et l’impuissance de gens dans lesquels le commun des spectateurs heurté par une bêtise omniprésente pourra se retrouver, ou du moins qu’il pourra entendre. Il peut être pénible car il en vient nulle part ou dans le mur ; les solutions sont à chercher ailleurs et c’est correct, car aucune œuvre n’est mandatée pour s’en soucier. Donner à contempler cette absurdité spectaculaire dans laquelle les anti et les outragés s’insèrent malgré eux vaut toutes les prescriptions qu’une simple séance de cinéma pourrait fournir. La faiblesse persistante du film est finalement plus prosaïque : pour une ivresse radicale afin d’en finir avec ce monde qui ne leur convient (répond) pas, nos héros pouvaient mettre la barre plus haut.

Note globale 72

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Suggestions…   Killer Joe + Serial Mother + Le plein de super + Caligula + Chute libre

Publié initialement le 17 septembre, repoussé le 18 au 18 pour éviter le cumul sur une journée.

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WEDDING NIGHTMARE / READY OR NOT ***

14 Sep

4sur5 Fantaisie horrifique goulue et carnassière curieusement équilibrée. Dans l’absolu Wedding Nightmare n’innove en rien et si on devait l’éplucher pour le considérer morceaux par morceaux, il y aurait de quoi nourrir le scepticisme, douter de la pertinence d’assortir telle outrance et tel pastiche. Certains de ces morceaux sont excellents, d’autres moyens ou succincts (l’ouverture indiquant un traumatisme appelé à se reproduire est aussi fracassante que commune, surtout au niveau sonore), l’alchimie est brillante. Le fond du film décuple cette tendance : le propos est franchement idiot et le postulat délirant, pourtant l’approche fonctionne. Elle accepte une normalité grotesque et laisse place aux sentiments de révolte, d’attraction et d’empathie, dans des décors naturels somptueux (en employant de véritables domaine et château).

Malgré son esprit digne du bis le plus déchaîné et sa proximité avec le vieux cinéma gothique, Ready or Not évite les effets lourds et faux, les dérives du second degré ou de la désinvolture, mais pas le maniérisme. Il est vraisemblable dans l’exécution, ce qui permet de digérer son extravagance. Il n’utilise pas les ressorts débiles comme la succession de choix foireux du gibier humain. Comme il repose sur une seule victime a-priori, nous devinons qu’elle doit durer peu importe son état, ou bien le film devra nous livrer un épilogue conséquent. Le suspense devrait en prendre en coup or la séance garde toujours un haut niveau d’intensité, dans le pire des cas grâce à son héroïne, avec ou pour laquelle on souffre facilement. Le début est d’autant plus angoissant en sachant quelle menace pèse ; ensuite nous aurons un survival efficace où l’humour, nécessairement noir, éventuellement ‘jaune’ car odieux, se déploie plus ouvertement, en ne risquant plus d’alléger l’impact de cette traque.

Le style comique n’est pas détaché ou superposé et son insertion ne torpille ou abaisse pas le programme, ce qui distingue cette séance de nombreuses concurrentes. Il est toujours lié au malaise et à la terreur, relève du sarcasme ou d’une tentative frustrée de nier ‘l’impossible’. La femme en violet en est la manifestation la plus frappante : une vieille fille puriste, méchante et mystique, à la limite du gimmick et de la parodie. C’est une sorcière trop sinistre et absurde pour avoir sa place chez Tim Burton, mais ses racines sont parfaitement humaines. Sa détermination sera d’autant plus désarmante. D’autres membres de la famille, aux manières les plus vulgaires, serviront cette fibre comique de façon plus triviale : Émilie l’ignoble imbécile et son conjoint le balourd à cravate scotché à son iphone. Comme quoi à un certain degré l’entrée dans la famille est ‘démocratique’. La brune guindée représente l’arriviste accrochée à sa place avec autant de détermination que l’héritière à la vie frustrée tient à son énorme destinée ; elle gagne en beauté tout au long du film, comme si le déclassement de la nouvelle arrivante (sur laquelle elle portait un jugement emprunt de jalousie) la revivifiait.

Une foule de références viennent à l’esprit : forcément The Purge avec sa traque élitiste (élevée au rang de religion dans le 3) et où l’ultimatum est aussi à l’aube, puis Society qui pourrait maintenant être perçu comme un Ready or Not de la génération précédente. Deux satires des rites d’initiation des riches où on envie l’intégration familiale mais se heurte à des valeurs intéressées affreuses poussant le protagoniste vers l’échafaud. Bien entendu même ‘evil’ le traditionalisme a sa souplesse et si la situation craint trop pour ceux qui tiennent le jeu on pourra tordre la loi. Les spectateurs aux préoccupations sociales ou abstraites y verront l’illustration du mépris de toute équité de la part de privilégiés prêts à tout pour conserver leurs avantages, quitte à mourir – l’ironie du possédant. Le luxe est une bénédiction et une malédiction (on sent une réticence généralisée d’individualiste obstiné, partenaire et modérateur de la démagogie : même le mariage pourrait faire partie de ces cadeaux empoisonnés, rien ni personne n’est là pour (ré)assurer et s’y déshabituer c’est se livrer aux loups). Sur un plan immédiat, la flexibilité du mode opératoire (heureusement sans rupture de cohérence interne), le flou dans la carte, dopent l’inquiétude, la colère et le dégoût, tandis que le conflit de loyautés ou simplement de sympathies éprouvé par le mari et quelques autres membres souligne l’aliénation des ‘coupables’. Nous avons les bénéfices sensoriels d’une lutte manichéenne sans sa fermeture et sa bêtise psychologique. Le dénouement est bon car il valide le jeu et ne se laisse pas guider apparemment par les préférences idéologiques ; il pouvait être plus remuant avec un autre choix plus raisonnable au retentissement apocalyptique, mais on y perdait probablement en intégrité.

Note globale 72

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Suggestions… Midsommar + Carrie + You’re next + Would you rather + La Cabane dans les bois + Eyes Wide Shut + The Voices + Rosemary’s Baby + The Game + Kill Bill + Le Limier + MAT

Les+

  • alchimie réussie
  • photo et style, décors et couleurs
  • l’héroïne accroche immédiatement, le casting est excellent

Les-

  • pouvait aller plus loin et éviter certaines banalités ou surlignages
  • peu original pris bout par bout et dialogues restrictifs

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LE MYSTÈRE DES PINGOUINS ***

16 Août

4sur5 Ce film d’animation s’intéresse au développement de l’enfant sans le ramener compulsivement aux adultes et aux normes. Ou du moins il s’en donne les moyens en se concentrant sur un protagoniste plus doué et pressé que ses camarades, encore sous influence des représentations niaises mais déjà peu impressionnable. Ce gamin à l’esprit scientifique, ambitieux, arrogant et droit montre du sang-froid face aux épreuves et de la gêne devant la révélation de ses envies et petites faiblesses. Victimisé par une brute, il saura la duper et garde son répondant en toutes circonstances. Son intelligence et sa curiosité sont encouragées ou du moins pas refrénées.

Tout dans ce caractère est valorisant et juste pour les enfants. On s’inscrit dans le culte du ‘petit génie’ à l’heure de la valeur refuge et narcissique du ‘surdoué’ (le fruit faux et normal du malaise quand règne la foi dans la compétition), mais le film évite de se fourvoyer en incitant à l’empathie avec la personne plutôt qu’avec son ego. Son copain est un froussard et son entourage n’est pas brillant mais rien ni personne n’est rabaissé, aucune justification émotionnelle ou biographique tortueuse n’entre en compte pour le flatter. Il sert plutôt de modèle, humain donc animé, limité mais déterminé, d’autant plus méritoire.

Le film prend son jeune cœur de cible au sérieux et élève le niveau du scénario et des sentiments, à mille lieux des gros tirages américains du moment, de leurs gags et de leurs connivences vaseuses. Sans être renversant pour les adultes, notamment ceux qui auront grandi devant les Miyazaki, il sait aussi leur parler et potentiellement les divertir. Il peut être rapproché et favorablement comparé aux œuvres d’Hosoda (plus directement percutantes et tire-larmes).

L’animation numérique est posée et ravissante, riche en détails, le dessin exploite toutes sortes de nuances de bleu (du vert au violet jusque dans les yeux), le style est enveloppant, aérien tout en restant matérialiste. Un court passage dans une ville fantôme de type méditerranéen évoque la peinture symboliste et surréaliste (la référence pour une fois n’est pas galvaudée). Seule fausse note : les sons d’ambiance sont décents mais la musique atrocement aiguë et le tout bien lisse (aussi, « jeune homme » devient lassant la 20e fois en VF).

L’explication du mystère ouvre à d’autres totalement laissés de côté à ce stade. L’enquête occupe l’ensemble de la séance et les découvertes sont relativement cohérentes ou indépendantes ; les réponses sont a-priori valides mais un peu alambiquées, car les buts demeurent obscurs. Il y a là-dessous des motivations plus poétiques et intimes – comme si la part ‘rationnelle’ devait conduire à cet essentiel. Le film apparaît alors définitivement comme un rêve d’enfance issu d’une époque d’éveil décisif et enrobé par une fantaisie bien défendue. On flirte avec la science-fiction or c’est bien Un été 42 pour enfants qui s’est joué (avec pour climax la sorte de dépucelage accompagnant la révélation concernant les canettes).

Note globale 72

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Suggestions… Le Blob + The Stuff + Piano Forest + Le garçon et la bête + Solaris + Les maîtres du temps

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