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SHANGHAI EXPRESS (1932) **

10 Déc

shanghai express

3sur5 Quatrième des sept films du tandem Sternberg/Dietrich, dont la collaboration démarre en 1929 avec L’ange bleu. C’est le premier grand succès en tant que réalisateur pour Sternberg, déjà remarqué pour Les damnés de l’océan en 1928, encore en muet. C’est aussi à cet Ange bleu que Marlène Dietrich doit sa célébrité, au point que Sternberg prétendra dans ses mémoires qu’il en est le créateur du phénomène. Il ne s’est jamais remis de sa trouvaille et estime que le cinéma s’est arrêté pour lui en 1935, date de La femme et le pantin, leur dernière collaboration.

Shanghai Express sera accueilli de manière ardente à sa sortie en 1932. C’est pourtant un produit bien faible en dépit de sa contribution à  »la légende ». Le meilleur dans cette romance agitée (et semi-policière) le temps d’un voyage en train vers Shanghai, c’est le style. Les décors, la reconstitution du train, les costumes, puis la photographie d’une grande beauté et précision, à un degré rarement atteint à l’époque. Shanghai Express vaut pour cette grâce formelle, pour la surface pure ; et donc les instants où Dietrich fait ses apparitions toutes en retenue, en arborant ce mystérieux sourire doux et narquois.

Succès commercial et film à Oscars de son temps, c’est court (1h19), charmant et on entend Dietrich parler en français à la fin. Il faut aimer les jolies balades, les belles poses d’acteurs (Ana May Wong, Clive Brook) ; et si on veut s’extasier un peu, être un fanboy de Dietrich. Car c’est très léger et on ne verra que cela sinon.

Note globale 60

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LA CHAMBRE DES MORTS **

28 Mar

3sur5  Au début du film les deux fauteurs de troubles taggent un message sur les murs de Thilliez Electronics. Le nom de cette entreprise est un clin-d’œil à Frank Thilliez, auteur de romans noirs et polars, juste un peu moins (re)connu que Chattam en France. Sa Chambre des morts (2006) a été un très gros succès, lui permettant d’abandonner son poste d’informaticien pour se consacrer à l’écriture. Si Thilliez a au moins une vertu c’est de ne pas retenir ses coups et la première adaptation cinéma en atteste.

La Chambre des morts profite d’un scénario tortueux, de gueules cassées taillées au burin et d’une mise en scène simple et généreuse. Elle est à la limite du criard mais le film sait presque toujours s’arrêter à temps avant de se perdre dans le grotesque, un peu moins au niveau de la complaisance lourde dans le malaise (quand Lellouche et Zaccai prennent l’écran). Rien de neuf mais une belle efficacité. Ce thriller français case les références (Silence des Agneaux & cie sont au rayon culture) et les clichés du genre en vigueur depuis une quinzaine d’années, sans trop explorer de leurs côtés.

Ce sont des béquilles, voire un postulat dans le cas dans la petite nouvelle brillante et mystérieuse, au passé ravageur qu’on ne manque pas de signaler, mais sur lequel on ne fera pas trop miroiter au spectateur. Le film s’occupe de tas de postures pour habiller un corps banal et doper l’essentiel : un travail d’ambiance et de nerfs. Car La chambre des morts est léger, il est animé mais ne creuse rien, ses personnages virent insipides ; mais il ne louvoie pas, offre régulièrement des recadrages puissants (et Mélanie Laurent a une composition intéressante). L’énergie candide du film lui vient aussi de son acceptation de la réalité, du bitume et de la vulgarité : commissariat sans afféteries, flics aux brainstormings normaux, excentriques de profession.

Le sensationnaliste, le bigger-than-life, c’est pour les scènes de crimes et pour la perversité – abondamment citées, rarement montrées mais souvent suggérées. Avec son affaire ‘bonus’ en parallèle (qui rejoindra la principale de façon astucieuse) et ses quelques raccords ambigus, La Chambre des morts ressemble à un très bon téléfilm pressé, s’autorisant des largesses (sans valoir Trouble ou Dédales). Un divertissement qui ne laisse pas de traces, mais a réveillée la poupée Annabelle sept ans avant qu’elle soit le sujet du spin-off de Conjuring. La Chambre des morts n’a pas à rougir face à ce genre de productions.

Note globale 60

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Suggestions… Le Pacte des Loups

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (2), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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PERFECT BLUE **

25 Mar

perfect blue

3sur5  Premier long-métrage d’un génie de la japanim, mort avant d’élever sa notoriété au niveau de Miyazaki ou Takahata, Perfect Blue est une démonstration remarquable mais aussi un spectacle intensément frustrant. La découverte d’un style neuf et une intelligence roublarde font de ce film une référence classique de l’animation japonaise mais un parfum d’escroquerie flambante reste. Inspirant considérablement Black Swan de Arronofksy, Perfect Blue renvoie lui-même à des références très fortes : De Palma et surtout David Lynch.

Satoshi Kon crée une atmosphère lynchéenne, casse les repères, instaure une ambiguité avec la réalité, d’autant mieux cultivée que l’héroine doit créer un rapport à son nouveau milieu (une chanteuse passant au cinéma). La dépersonnalisation connue par l’héroine sert cette démarche tout en donnant à ressentir la condition d’idole, la puissance acquise par son image, la perte de soi et les menaces de cette exposition. Satoshi Kon se réfère à cette catégorie comme à une institution impersonnelle et durable, ce que ses figurants ne sont pas.

Audacieux en apparence, l’édifice est fragile et l’originalité chiquée. Le film s’appuie sur des images sensationnelles, parfois brillantes, mais vides ; tisse son histoire sur des clichés culturels, mais aligne de jolis motifs en faisant de la schizophrénie latente une méthode de mise en abyme. Néanmoins les ficelles sont trop volumineuses et l’agacement règne, même si une tension très esthétique maintient l’intérêt en toutes circonstances. À ce moment-là, cet ambitieux bricolage ne fait pas seulement la synthèse de Lynch, il se rapproche (et sans doute se nourrit) fortement du De Palma le plus théorique et clinquant.

Les références sont spécifiquement Body Double et Dressed to Kill. Même aspiration au calcul virtuose, au film de malin étourdissant et implacable ; même propension kitsch malgré une prodigieuse élégance, ou au moins une tension vers elle. Perfect Blue n’a pas leur grâce et son intelligence apparaît du coup plus frelatée, le tour de magie plus grossier. À la place, Perfect Blue est plutôt le Machinist de la japanim : un délicieux objet laqué, puissamment stylé, doté d’un certain pouvoir d’envoûtement, si creux malheureusement, si pâle fondamentalement tant il investi des sentiers éculés comme un fantôme arrogant aux parures luxueuses.

Les autres réalisations de Satoshi Kon seront généralement plus convaincantes que cette œuvre-clé là. Le Satoshi Kon expérimental et conceptuel a toujours été plus pesant et Millenium Actress, malgré son initiative lumineuse, sera assez pénible tout en suscitant le respect. Au contraire, Tokyo Godfathers, simple chronique avec des marginaux est un spectacle grisant et émouvant, un film de Noël exceptionnel. Puis Paprika sera le chef-d’oeuvre, où la dialectique sert la profusion et non la supercherie virtuose. La mort prématurée de Kon en 2010 est tragique car elle coupe dans son élan ce qui s’annonçait, dès ce Perfect Blue adulte et introspectif quelque soit ses défauts, comme un nouveau maître de l’animation, tout court.

Note globale 60

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Suggestions…

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MIRRORMASK **

10 Fév

mirrordask

3sur5  Auteur de bande dessinée, Dave McKean est plus largement dessinateur et graphiste ; il a signées des pochettes d’albums de plusieurs célébrités comme Alice Cooper ou Tori Amos. En 2006 il réalise un film en collaboration avec Neil Gaman, auteur de romans de SF et de fantasy, dont un des travaux est la source du film Coraline. En avant-première au festival de Sundance, le résultat est très apprécié. Prévu pour le marché de la vidéo, MirrorMask se voit promu en salles. Mais la critique est froide, le succès éclair et le film vite délaissé par le public ; il trouve une poignée de fans et devient un produit marginalement ‘culte’.

MirrorMask est un produit lounge, pour le meilleur et le moins bon. L’histoire est un patchwork d’inspirations (cinéma et littéraires) et de décalque des fondamentaux du jeu-vidéo. Le spectacle manque de synthèse, la continuité est lâche. La narration gravement décousue, sans que le film verse dans le contemplatif ou ne s’écarte de toutes ces ‘missions’ poussives ou ces enjeux à la grandiloquence banale. Néanmoins MirrorMask n’est pas bon à jeter, loin de là et même si ses boucles sont sans issue il s’améliore en cours de route. Il y a quelques moments planants (le moment de la transformation), les effets les plus douteux étant pour le début et la ‘réalité’.

L’univers en lui-même est parfois assez indistinct ; il y a là une méthode quasi gilliamesque, dans le mauvais sens du terme ; cette manie de se laisser porter par l’inspiration. Mais McKean bute sur des murs énormes et se retrouve à sec, ce qui n’arrive pas avec Gilliam. Le sens artistique est parfois vicié par une animation défaillante. L’effet jeu vidéo est garanti, avec des particularités qui ne s’excusent que dans ce monde-là et au début des années 2000 : par exemple, les problèmes d’incrustations des personnages secondaires et certains mouvements. Avalon pouvait avoir les mêmes défauts a-priori, mais il y a le génie (d’Oshii), un goût plus prolixe et cohérent à la fois, une démarche assurée et visionnaire qui font toute la différence.

Après tout, le monde parallèle arpenté par Helena se nomme Dark Lands – quand même. Les idées travaillant le film ne sont pas mirobolantes. Émotionnellement le programme est assez criard, mais là encore s’améliore au fur et à mesure, laissant les personnages autour de l’ado tourmentée en guise d’héroïne passer du stade de misères à celui de sparring partner de caractère. Avec son état d’esprit cheap et sa part de lucidité molle, le ‘fond’ est en adéquation avec la forme. S’exprime la défiance envers l’ascendant des parents, les regrets sur son attitude passée ; sorte de grand méli-mélo pas dégrossi ni approfondi, avec ambivalence entre démangeaisons passives-agressives et désir de réconciliation.

Bref, spectacle charmant en tant que réservoir passif d’illustrations pour adeptes d’Art Nouveau appliqué à du néo-Jim Henson (Labyrinth, Dark Crystal) ; fébrile mais décent voir aimable comme film de cinéma ; essai aux grandes ambitions sans tripes, peut-être exécuté trop vite. La consécration est passée avant l’inspiration.

Note globale 60

Page Allocine & IMDB ou Metacritic  + Zoga sur SC

Suggestions… Ink + Le Labyrinthe de Pan + La Cité des Enfants Perdus + Matrix Reloaded + Millennium Actress

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Scénario & Ecriture (2)

Acteurs/Personnages/Casting (2)

Dialogues (2)

Son/Musique-BO (3)

Esthétique/Mise en scène (4)

Visuel/Photo-technique (3)

Originalité (3)

Ambition (4)

Audace (2)

Discours/Morale (2)

Intensité/Implication (3)

Pertinence/Cohérence (2)

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POSTMAN **

3 Fév

3sur5  Voilà le Mad Max de Kevin Costner, colosse paisible (probablement davantage qu’il ne le voudrait) de quasiment trois heures. Au début pendant presque une heure Costner est sujet et otage dans le groupe des méchants, reliés aux nazis. Ils sont racistes, anti-nègres et ambivalents. En effet ils ont quelques préoccupations culturelles, malgré leur mépris général pour ce domaine de feignasses subversives – forcément (ils brûlent des livres comme dans Fahrenheit 451). Ainsi ils aiment Shakeaspeare et plus encore le cinéma – se passent des films en grand comité, adorent vieux westerns et La mélodie du bonheur.

Leur chef était un vendeur de photocopieuses avant « la guerre » (la troisième, celle qui marque la fin de la rigolade et des ‘j’apprends de mes erreurs’) : il semble que les moments graves de l’Histoire, ses accidents, permettent aux hommes forts mais entravés de s’affirmer enfin. Le ‘Gouverneur’ dans Walking Dead (saison 3) aura un profil et une destinée similaires. Ce féodal déclaré prône le culte de la force et s’oppose aux résidus des États-Unis – car le camp des bons est éclaté mais encore mobilisé, les graines sont là, en attente d’hommes providentiels et tolérants pour germer. Car le « représentant des États-Unis restaurés » est en vérité un pieux menteur ; à tous les groupes qu’il croise il fait miroiter un réveil de la civilisation, des repères du passé. À force il s’est pris au jeu et pourrait même l’emporter – et quand il a des doutes, ses petites ouailles sont là avec leur volonté saine et candide, pour relancer sa foi.

Ce besoin d’un guide pour restaurer la liberté (qui semble pourtant désirée – recherchée, plus modestement) est une des légèretés (incohérences ?) du film – lequel puise dans les tropes optimistes habituels. Les crétins héroïques défilent et les conduites inadaptées se multiplient, le pacifisme irréaliste voire débile irradie – des traits courants dans ce cinéma transformant les ‘traditional warrior’ (éventuellement néo-) en réconciliateurs des communautés et rédempteur des opprimés, sans que les dégâts ou les méthodes cyniques ne viennent salir leur chemin. Postman a son charme, il est religieux – en tronquant les dogmes sévères et l’autoritarisme pour un humanisme très large et quelque peu régressif. C’est un joli essai sur les hommes de l’Histoire, qualifiés d’imposteurs, bons ou mauvais.

Note globale 60

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Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (2), Ambition (5), Audace (2), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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