Tag Archives: SF (science-fiction)

REALIVE **

25 Déc

2sur5  Encore un exemplaire du genre aux fortes promesses et à l’emballage relevé conduisant lentement mais droitement vers la banalité et le triomphe sans partage de la nostalgie personnelle. Accrocheur et efficace à défaut d’être convaincant ou étoffé, Realive choisi tout seul de réduire son propos, l’ampleur de ses acteurs, l’usage de ses ressources – au profit d’un ‘essentiel’ lui-même décroissant. La mise en scène est donc alignée sur cette volonté d’indiquer un futur pas si incroyable ni formidable – ils ont encore des voitures et pas de soucoupe volante (quelle blague effectivement) ! Afin d’éviter les questionnements et surtout les obstacles trop compliqués, on se repose sur un protagoniste candide et pétris de pensées moyennes, fidèles aux repères triviaux. De quoi soupçonner une façade, mais non, c’est bien lui – un homme pourtant assez dégourdi et audacieux pour s’engager dans une aventure post-mortem aussi grave et impressionnante que la cryogénisation, après option suicide millimétré.

Realive assimile tellement bien le credo ‘Je suis un homme, pas un numéro’ qu’il en est arrivé au stade ‘Je suis une boule de sentiments irréductibles, pas un numéro’ – il marque un point pour ça, n’en rate peut-être aucun, passe à côté de tellement ! Après avoir pris connaissance des tentatives ratées, il devient le défenseur symptomatique de l’individu sensible de l’ère humaniste, certes moins évolué, mais pas plus indigne pour autant ! C’est la réduction de trop de la part de ce film, c’est même une demi-surprise qu’il se contente d’un recours aussi facile. Pour l’apprécier il faut savoir le reconsidérer ; c’est une œuvre existentielle, sur le suicide, la dépression, plus largement qu’un film de science-fiction – bien que cette couverture demeure jusqu’au-bout. À un niveau général, où les prospectivistes n’ont rien à apporter de plus pertinent, il nous alerte sur les difficultés à vivre encore après avoir accepté sa mort, ou du moins liquidé l’essentiel de sa vie bien jolie et bien remplie. À un niveau plus spécifique et raccord avec son étiquette, Realive plaide contre l’immortalité. Elle n’est qu’un enfer, car nous serions accrochés à nos petits bouts de temps et nos émotions présentes ou révolues – et quasi exclusivement les révolues lorsqu’on a fait un trop grand voyage. Le point de vue régressif offert par ce film gagnerait à se confronter aux autres, y compris en y allant avec hypocrisie pour s’assurer de les diminuer ou les refuser. Un peu de distance par rapport à l’attitude de Marc (Tom Hughes) aurait été bénéfique également – il est curieux que le scénariste de Tesis et Ouvre les yeux soit devenu si humble et indifférent en passant à la réalisation. Tout se produit dans une bulle ; sortis de la ronde des souvenirs de Marc, on ne fait qu’apercevoir l’extérieur dans un plan peu lisible, en convier une portion d’élite, donc lissée et excentrique en une occasion (la présentation aux investisseurs). Le probable petit budget peut expliquer partiellement ces manques et ce maintien de tant d’angles morts.

Le film pourra agacer à cause de la faiblesse de ses réponses et de leur portée ; le cheminement se défend, mais perd aussi de sa valeur à l’aune des prudentes conclusions. Que Marc exprime ses états d’âme, c’est mieux que les réprimer ; mais qu’il refuse catégoriquement devrait se discuter. Car il n’est pas seul dans cette affaire, il y a d’autres personnes et surtout d’autres enjeux – il est l’outil d’un programme révolutionnaire ; sa situation est désespérante mais il a quelques façons de la rendre un peu agréable, il a le nécessaire pour la rendre vivable. Garder ce focus sur sa situation de « cobaye » est une manière de justifier sa dérobade – en même temps, c’est bien ce qu’il est et ce que nous pouvons devenir : des cobayes. Si on suit la logique du film, nous ne faisons qu’un tour de piste et l’hypothèse est rationnelle ; mais sa façon d’envisager une vie bonne est plus délirante et inquiétante. Sans bonheur ni plaisirs, la vie ne vaudrait plus la peine d’être vécue ?! Realive n’a pas l’air soucieux de simplement euthanasier les égarés, les vieux esseulés et les jeunes déprimés, il semble tenir pour normal d’anesthésier toutes les parties de la vie déplaisantes, sérieusement imprévisibles (il n’est pas question de ‘réalités inconvenantes’ ou immorales, ce filtre-là n’est pas le sien, tout comme l’intention d’éviter la vie aux plus faibles ou aux nouveaux-nés mal lotis appartient à une autre galaxie que la sienne). Les ouvriers du futurs et les acteurs du passé comme du présent sont tous rendus là. La vie ‘parfaite’ de Marc, d’après ses souvenirs, est équilibrée entre celle vantée par la publicité et celle vraiment intimement désirable ou agréable ; elle est sans heurts, ne contient que des bonheurs, des petits chocs ou semi-traumatismes insignifiants. Un tel paradis laisse deux effets majeurs : il se fait regretter ; il conduit à ne pas trouver la vie si puissante qu’on pourrait le croire, ou alors faite de frustrations et d’un ennui massifs dès que les cadeaux se sont émoussés. À la place de Marc, on est poussé à jouir de la vie, partager cette jouissance et son innocence, puis sortir quand ce n’est plus possible – hors du bonheur terrestre et intérieur, point de salut.

En suivant toujours la logique ou du moins les préférences (spontanées et revendiquées) du film, il y a de quoi se demander : un suicide universel serait-il préférable à une aliénation renouvelée ? L’espèce dira toujours non, les seuls vrais accidents sont les ‘oui’. Il reste simplement à s’éteindre avec sa génération pour éviter la submersion ; sur ce point le film a raison, évitons de nous placer à l’avant-garde. Mais l’attention exclusive à quelques pages de sa vie, adulte(s) de surcroît, sera toujours une erreur ; c’est le romantisme aberrant à son maximum. Pour l’individu générique ou pour l’individu Marc, pour forger ce film, c’est encore une erreur manifeste. C’était donc un nouveau double épisode de Black Mirror – gros synopsis, se laisse regarder, puis joue la facilité tout en ouvrant à des champs et des questionnements prolixes, sur lesquels il se garde d’avoir plus qu’un engagement émouvant, restreint, et/ou prudent.

Note globale 54

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Suggestions…

Scénario/Écriture (6), Casting/Personnages (5), Dialogues (5), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (6), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (5), Ambition (7), Audace (4), Discours/Morale (5), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (6)

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DARK STAR **

16 Juil

dark star

2sur5  L‘intérêt principal de Dark Star, c’est d’être le premier film de John Carpenter, réalisateur de The Thing, Halloween, L’Antre de la Folie ou encore Christine. Il s’agit d’un film de fin d’études, tourné en 1974 alors que Carpenter a 25 ans. Il devait d’abord durer quarante minutes, puis a été allongé au double grâce à la contribution d’un contributeur, amenant le budget à hauteur de 60.000 $. Le contexte est un pot-pourri de la SF éprouvée, empruntant modestement aux produits du passé sans forcément s’approcher de quoi que ce soit.

Sans doute drôle, ennuyeux certainement, Dark Star est un film quasi Z, cheap à mort, à la mise en scène sans génie particulier, donnant dans la surenchère que ses moyens et une fibre trollesque permettent. L’ensemble est proche du gag agrémenté de réflexions philosophiques sans jugement : profondes, sincères, chiquées, peu importe pour le cinéaste. La première demie-heure est juste soporifique, jusqu’à l’entrée du ballon extraterrestre (28e minute). Il y aura de bons moments, comme celui de l’ascenseur (mais s’étalant bien trop) ou le détournement de Figaro (45e).

Malheureusement l’espèce de coccinelle croisée Blob disparaît rapidement et la balade dans l’Espace vire encore aux flottements hagards, jusqu’à ce final avec le glaçon. Ce fut du branque de grande ampleur, qualifié plus tard d’En attendant Godot dans l’Espace par son réalisateur. Ce machin pittoresque était sans doute amusant à concevoir, pour l’écriture comme le tournage, mais c’est d’un faible intérêt sinon. Il y a les prémisses d’Alien dans le scénario et c’est normal puisque Dan O’Bannon réalise lui aussi sa première contribution sur un film.

Mais les idées sont courtes et Carpenter aura tourné son nanar, avec des acteurs interchangeables, ses potes sans doute. Le temps du sérieux viendra rapidement puisque Assaut, c’est dans deux ans, Halloween, dans quatre. Nanar, soit, mais là il n’y a aucune signature, presque rien n’identifie Carpenter. Avec Les aventures d’un homme invisible, cela demeure le boulet (voir hors-piste) total de la carrière de Big John. Il a circulé dans les festivals en 1976 (donc tardivement), est sorti en France en 1980 (moment de Fog) grâce aux premiers succès de Carpenter et est finalement sorti en vidéo en 2014.

Note globale 52

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Suggestions…  Réincarnations/Dead & Buried 

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ANNIHILATION **

15 Mai

3sur5  Ce film fait chauffer les claviers et les compteurs Youtube car tant de monde s’acharne à vouloir apporter des explications [de scénario] quand lui les refuse. Annihilation lance de nombreuses pistes, fournit de la matière à étayer ; ce qu’il est aussi doit compter et il n’y a pas de raison que les ambiguïtés gâchent l’identité ou la qualité d’un film. Si on souhaite tirer des déterminations d’Annihilation, cerner ce qu’il propose (et pas seulement ce qu’il effleure ou convoite), il faut y lire des allégories et évaluer son message, plutôt que chercher des solutions à cette aventure. Son espèce de méga-cancer, poids lourd amorphe reflétant et absorbant, permet d’appliquer une profondeur ‘mathématique’ à l’ego ou théorique à l’humain. Puis il cultive ses propres mystères plutôt que se mettre en quête de vérités ou de dimensions inédites ou mal comprises – ou alors, la quête repousse tout ce qui n’est pas (soumis ou) elle-même.

Un substrat biologiste enveloppe le film au bénéfice d’une cosmologie incertaine – même si Annihilation donne la première impression de procéder en sens inverse, avec une action commandée par les aléas du concret (pendant qu’un projet ou mécanisme surnaturel étend ses filets – et doit être maîtrisé à double titre car l’essentiel est la conservation de ce monde, de ce couple). En bon organisme en expansion, le miroitement (« the shimmer ») procède par mutation (expéditive grâce à la ‘réfraction’) et sélection. Celle-ci est généralement aberrante car inutile – mais jamais au point de rendre dysfonctionnel ou de produire des effets ‘trop’ sidérants sur les humains, ce qui plongerait vers le nanar. Sauf sur le plan de l’esprit (que justement elle écrase) et du maintien de la vie organique (mais à terme, au prix de déclins ou de pertes de fonctions parfois et même si celle-ci doit être aseptisée). L’une des principales questions du film (non résolue – évidemment) porte sur la part de volonté que peut avoir l’individu sur son irrésistible transformation génétique ; dans quelle mesure la conscience de soi permet-elle d’instrumentaliser sa réalité et de se corriger. Le sens et la vocation ne sont pas au programme, qui exclue l’élan religieux et rétame ses prétentions, ne serait-ce que par omission. La spiritualité peut demeurer mais elle se passe de l’élan de ses sujets, rendus à l’état de simples outils, dont les désirs personnels mais aussi la compréhension ou l’adhésion au ‘miroitement’ ont la même incidence que des ingrédients inertes pour une recette.

Le film est très ouvert, y compris pour rationaliser (sur le plan de certaines hésitations ou lenteurs à conclure) et recomposer l’expédition sous nos yeux (apparemment loin de durer près d’un an comme celle des militaires). Les légèretés curieuses dans l’organisation devraient gâcher la crédibilité du film. Mais en utilisant l’inconnu comme un mur ne laissant passer que les interprétations et les discussions (et justement, ne les laissant que passer), il s’évite d’être pris en défaut. La narration est d’une fluidité étrange, digne d’un épisode de Druuna (série de BD érotiques exhibant les joies malsaines d’un univers post-apocalyptique). Le montage et la répartition cérébrale l’emportent (sur l’émotion, le récit), les matérialisations et symboles aussi (le signe de l’infini/l’ouroboros est placé pour s’assurer de passer l’information aux retardataires ?). Quelques bizarreries, par exemple la contre-offensive face au crocodile, peuvent dès lors être de vraies ou fausses négligences (et vraies ou fausses naïvetés lourdes – comme le côté sombre et tourmenté réduit et surligné des participantes). Les allers-retours récurrents dans le temps pourraient avoir des intentions non ‘performatives’ – on ne pourra justement que spéculer, en d’autres termes les digressions qu’on aurait pu pratiquer, le film nous suggère fortement de les appliquer et de les associer à l’expérience de visionnage (et non aux méditations qui peuvent se greffer dessus). Les décors sont sophistiqués (les bâtiments sont des reflets explicites et conventionnels des états des cinq femmes, leurs absorptions ‘sur-mesure’ sont plus subtiles) sans être nécessairement beaux, même si les amateurs de psychédélisme seront clients. L’analogie avec Stalker est inévitable car dans les deux films des voyageurs viennent trouver une révélation dans une zone désolée. La nature et l’aspect varient déjà, la zone dans Annihilation est plus colorée et surtout animée. Puis à la chute existentielle et au vertige subjectif du film de Tarkovski, Annihilation préfère une issue du style d’Aronofsky, avec un aperçu de ‘dark enlightment’ au goût lovecraftien.

Ce qui génère frustration voire malaise avec Annihilation, c’est son obstination à compliquer le tableau et insérer des indices non-concluants. Il garde une part d’obscurité en s’appuyant sur trois méthodes : en faisant rideau, en ne s’engageant pas, en détournant sur les accessoires et une cohérence formelle (en cultivant des points discrets dans la mise en scène ou certaines caractéristiques des personnages – silencieuses, ‘clignotantes’ ou les deux mêlées). Il ne rentre pas dans l’obscurantisme dans la mesure où il n’est que marginalement ‘positif’ au test – il ne répand pas de fausses théories construites, de clés certifiées pour emprisonner. Par contre il enfile de grands desseins en se gardant bien de prendre un point de vue ou en préférer un ; s’il en a c’est sans l’affirmer. À terme si on interroge le film ou ses questions, il apparaît creux (bien qu’il soit rempli à ras-bord et réfléchi). Il n’éclaircit rien concernant les profits ou les vices de ces mutations, l’après lointain ; la victoire objective de Lena mène au malheur quand même – mais nous n’avons pas tous les éléments, seulement quelques-uns appuyés lourdement, alors nous flottons. Ce qui dégouline en revanche, c’est que l’évolution pourrait ne servir qu’à mourir plus à fond ! Annihilation laisse ce paradoxe à l’écran et s’attache à ce qu’il y a en chemin, les peurs comme les enthousiasmes – il ne discute pas ce paradoxe, c’est ce que ramasseront ses personnages, mais lui n’en répond pas.

Certains acteurs des réseaux sociaux ont décrété que ce spectacle illustrait les ressentis de la dépression ; c’est possible. Sa nature dépressive elle est catégorique (sauf si on le regarde en se faisant abstraction de notre animalité et de notre humanité, mais hors de ces formes la notion de dépression perd justement de sa pertinence). Sans spoiler Annihilation, il promet à l’espèce la défaite ou un avenir pourri (même quand les situations sont matériellement positives et les entités opérationnelles). Dans tous les cas, le film se solde par l’effacement fatal de l’humanité et de l’environnement humain ; il s’épuise s’il ne sait pas s’adapter, se converti de force au point de disparaître sinon. La seule conclusion réaliste, ne dénaturant pas le film et ne parlant pas à sa place, unissant ses expressions, c’est cet effacement. Qu’on gagne sur ses mauvaises tendances ou se laisse couler, qu’on aime ou se dessèche, on s’éteint, n’en a pas le temps ou la chance, puis on se dissout. Il faut grandir pour mourir. Les progrès ne sont pas simplement empoisonnés. La vie et la conscience humaine sont des passages. Et quand ils s’usent, comme pour la jeunesse et l’ignorance heureuse, il n’y a pas de remède. Moralité : en dernière instance, la nullité de l’intelligence humaine et de ses fruits l’emporte sur toutes autres considérations. Mieux vaut alors s’éparpiller en idées, possibilités, degrés de perception et réalisations qui démentent cette impuissance fatale (ou meublent agréablement). C’est la façon radicalement pessimiste mais toujours ‘pro-vie’ de concevoir l’essence humaine. Le big boss d’Ex Machina (déjà le faciès d’Oscar Isaac se prêtait au vendu de l’espèce alternative) donnait crédit à quelque chose de ressemblant dans ses moments de dépit, mais il avait à côté une démarche entreprenante et positive qui factuellement et philosophiquement rabrouait ce fatalisme – par contre dans les deux cas, l’Homme est obsolète, a suffisamment joué, pourrait bien céder la place à une forme de vie supérieure (sans ‘âme’ de préférence).

Les hypothèses psychologiques ou métaphysiques germent inévitablement. Le gommage (lui-même pas strictement avéré) des frontières spatiales et temporelles (jetant un flou supplémentaire sur la place de Kane et son existence) peut soutenir les constructions de nombreuses imaginations. Malheureusement il semble fonctionner selon les besoins du scénario et de l’avancée dans la jungle (est-ce le sacrifice nécessaire sans lequel le film deviendrait inintelligible et plus près du grand clip ou d’une œuvre musicale ? – ç’aurait le mérite d’une radicalité accomplie et d’une cohérence ‘achevée’). Si la pensée et le caractère doivent commander la réalité, les quatre femmes autour d’elle seraient les boulets de Lena. Elles incarnent différentes tendances ou pentes de sa personnalité, deux immatures (l’impulsive et l’intello suicidaire, celles qui se situent émotionnellement pour se définir et se sentir vivre), deux matures (la mère ‘orpheline’ et la directrice scientifique, celles qui comprennent et savent subordonner leur subjectivité), toutes déjà obsolètes pour avancer vers la mutation disponible aujourd’hui. Malheureusement ce dépassement n’implique pas en bout de chaîne un épanouissement. L'(affreuse) option ‘tout ça est rêve/une création’ est disponible également. Elle accrédite l’idée que les compagnes de voyage sont des Lena alternatives ou particulières. Cette explication rebattue mais bien cachée justifierait le recours à des stéréotypies et ramènerait les fantaisies génétiques dans le champ de l’esprit – divagant. Vient une hypothèse qui en rajoute derrière celle-ci et se mêle à ces caprices temporels : la vie que nous connaissons est ‘artificielle’ – une brèche vient annoncer son origine extraterrestre à une population qui sera bientôt prête à s’accepter objet (car elle sera modifiée, non parce qu’elle succombera à la beauté d’une proposition ou d’une prophétie), tout en ayant son fond de vécu humain, ses souvenirs et ses attachements, qui feront de chacun une particule avec ses nuances et ses propres élans, tout en participe passivement à la grande masse dont le miroitement est le moyen de locomotion.

Là encore, cela donne un renouvellement de l’Humanité, de sa religiosité (qui ne convergera plus vers un Dieu, des rituels ou un culte classique, anéantira le cœur et l’esprit de ses fidèles plutôt qu’elle ne les aliénera), un apaisement de ses tensions en les liquidant. La mort elle-même mute. La nouveauté disparaît au rayon humain, le goût des expériences et les émotions eux ne se renouvellent pas. Hors accidents, cet état amélioré et nettoyé empêche la prolifération des toxiques, mais compresse le passé au lieu de carrément le supprimer. Il peut donc encore diminuer l’individu, surtout qu’il ne développe plus de réponses ou moyens appropriés à ces questions ‘primaires’ du vécu, des sentiments, des affections. Dans tous les cas, les humains et leur cadre de vie sont appelés à se fondre. Et s’ils y résistent ou s’ils s’accrochent, ce qui est quasiment inévitable tant que l’oubli de ‘soi’ n’est pas plus puissant, ils souffriront et s’annuleront simplement. Être absorbé est inévitable, l’intégrité n’est pas possible. De quoi idéalement anéantir la crainte du mensonge et de la corruption (d’une personne, d’un rapport au monde), car ils ne sont que les véhicules de ces transitions (ça en revanche ce ne sera pas révolutionnaire). La perspective reste pessimiste, même en mettant de côté les sentiments ou instincts archaïques. Si Lena a la possibilité d’agir sur ‘la chose’ (dans sa rencontre finale), sa domination ne consiste qu’à détruire. En tout cas pour le moment – on en revient éternellement à ces manques délibérés du film.

La fin (de ce film dont les événements se situeraient après ceux d’un Life origine inconnue) est à la fois ce qu’il y a de plus ‘ouvert’ et de plus banal, au niveau du scénario et des considérations pragmatiques. Nous allons potentiellement vers la propagation d’un virus étranger et surtout d’une nouvelle façon de diriger sa vie, vers l’immortalité grâce à l’ADN métamorphosé, ou à défaut un nouvel état biologique optimisé. Il peut carrément se profiler une invasion extraterrestre, comme dans une série B ou un SF trivial (qui dans ses belles heures livre du Body Snatchers). Avec cette dernière piste (ou dernier degré d’acception) le film est plus ouvert à une suite. C’est d’autant plus défendable qu’il n’est supposé adapter (certes en le trahissant allègrement) que le premier opus d’une trilogie (sauf que la trahison le coupe des deux opus suivants). Alex Garland n’aurait rien prévu de tel. Peut-être que des opportunistes ou des motivateurs seront sur les rangs, leur principal défi sera d’allouer le budget qu’avait accordé la Paramount (celle qui a décidé de ne pas diffuser Annihilation en salles hors des USA, du Canada et de la Chine, laissant Netflix prendre la relève).

Note globale 58

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Suggestions… Under the Dome + Solaris + Premier contact + Under the Skin + The Lost City of Z + Cold Skin + Alien le huitième passager + Le Labyrinthe de Pan + Le Blob + Le Mur invisible + Okja + Dreamcatcher + The Descent + Les Ruines

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (6), Dialogues (5), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (6), Ambition (7), Audace (6), Discours/Morale (6), Intensité/Implication (5), Pertinence/Cohérence (6)

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INCEPTION ****

2 Fév

inception-wallpaper

4sur5  À l’instar des coups-d’éclats antérieurs de Nolan (Batman Begins, Memento), Inception donne une idée de ce que pourrait être le divertissement formaté et grand-spectacle de demain : ludique toujours, mais aussi plus tortueux, se permettant davantage d’audaces dans ses postulats. C’est une probabilité, pas une destinée.

 

Inception est en tout cas le blockbuster parfait, revivifiant les principes de James Bond, de Matrix et De Palma (Blow Out, Les Incorruptibles) simultanément. Nolan exploite à merveille son concept de l’extraction et crée un dédale de niveaux de réalité très vaste et jamais fumeux, où chaque porte mène à un espace-temps autonome. On y contemple et explore l’effet de la modification de quelques propriétés de la réalité objective. C’est à la fois limpide et vertigineux. Inception donne l’impression d’être inépuisable, ce qui est bien plus important qu’être insaisissable.

 

En l’occurence, une influence parasite dans le subconscient de Dom Cobb, leader de l’opération commandée par un milliardaire, va contraindre le spécialiste et son équipe à une fuite en avant où les limites de l’extraction sont dangereusement abattues. Nolan s’en donne à cœur joie pour créer des espaces mentaux où dominent des alternatives et des passions secrètes. La pression est décuplée tout le long qu’évoluent spectateurs et protagonistes dans ce grand système complexe et dynamique.

 

Le film se donne à vivre comme rarement. Il a l’évidence de ces coups de génie qui amènent cependant avec leur potentiel des angles morts. Théorique et intense, Inception est moins pertinent dans le registre de l’émotion conforme à son cahier des charges. La trajectoire de son couple virtuel et fantôme subjugue, mais les critères de film à Oscar viennent alourdir le trait. Résultat, la dernière demie-heure est à la fois merveilleuse et entravée ; idem en ce qui concerne la manipulation des rêves et la conclusion de l’affaire Fischer, où une sorte de censure semble précipiter la fermeture des options.

 

Inception n’en demeure pas moins un blockbuster visionnaire (pour une fois, reconnu à juste titre), l’exception, le petit miracle comme on a quelquefois. Sauf que c’est Nolan, donc c’est aussi simplement le sommet qu’il devait inéluctablement accoucher.

Note globale 79

 

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Suggestions… Le Prestige + J’ai rencontré le Diable 

 

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EDEN LOG ***

20 Jan

3sur5  Dans la foulée de Chrysalis et Dante 01 est sorti cet autre essai français radical à l’esthétique audacieuse et la réception catastrophique. Eden Log est le premier film de l’assistant réalisateur Franck Vestiel, réputé dans sa profession et qui a travaillé sur des projets expérimentaux (Blueberry, Saint Ange) ou des produits de genre (Nid de guêpes, Ils) relativement importants dans l’Hexagone, même si là encore leur cote n’est pas flamboyante.

L’immersion dans un certain Enfer fait la force de Eden Log. Aux côtés de Clovis Cornillac, le spectateur se retrouve enfermé sous une montagne de décombres apparemment organisés, contraint d’errer dans ce monde sans fin, avec ses promesses en écho. C’est bien une idée de l’Enfer : un endroit chaotique, cauchemardesque, sans nuance véritable, sans une seule zone d’ouverture et de repos ; sans aucune satisfaction ni aucun possible.

La démarche est radicale, perfectionniste (même si fauchée) et aborde la science-fiction avec une certaine pureté, rappellant Le dernier combat de Luc Besson voir THX 1138 de George Lucas, tout en s’inspirant probablement des travaux d’Aronofsky comme The Fountain ou Pi. Eden Log, c’est aussi le cyberpunk importé et Tetsuo après la fin des temps. Mais si le film est visuellement intéressant et la quête obscure fascinante, sa puissance est régulièrement plombée par la rigidité extrême de la narration.

À son moins bon, Eden Log gomme la nuance entre vice régressif et style extatique façon Stalker. Le vice consiste à s’attarder sur des situations déjà réglées. La dynamique de jeu vidéo s’en trouve anémiée. L’impression d’un aboutissement impossible est illustrée à merveille, elle rend aussi la séance douloureuse par endroits. Le spectateur est plongé dans l’état d’esprit du héros hagard et se noie avec lui dans des séquences comme la visualisation de la mémoire, mais des moments intenses (l’ascenseur) et un lot de surprise (le concepteur, la force vitale, l’arbre) viennent compenser.

Note globale 67

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Suggestions… Necromentia + 28 semaines plus tard + Resident Evil 

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