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THE DISASTER ARTIST ***

25 Oct

3sur5  Cette farce en dit davantage sur l’appréciation des nanars que sur Tommy Wiseau et son soit-disant ‘Citizen Kane des mauvais films’ (The Room, ‘nanar’ le plus connu aux USA). La nanardophilie mesquine est à son comble avec Disaster Artist, excellente comédie et brillant prétexte à une performance d’acteur à défaut d’être une bonne investigation. Elle se présente sous une forme conventionnelle de biopic complaisant, en affichant la quasi démence de son personnage principal – son ego est délirant, comme l’ensemble de ce qui le caractérise. Il ne s’agit pas seulement de moquer l’hurluberlu – son décalage et son jusqu’au-boutisme le rendent passionnant et méritant, comme le pseudo-Cloclo de Podium ou le saint-patron officiel du nanar américain soit Ed Wood.

Les hymnes kitschs des 90s, alimentant des mèmes d’aujourd’hui, ne trompent pas sur la volonté de dérision (Rythm of the Night, ‘sa’ chanson qu’il est prêt à faire ‘leur’) ; pour autant accabler ne semble pas la priorité, ainsi l’affiche publicitaire est moins sordide que la vraie, certains détails clés du mythe sont négligés. Le nanardophile obsédé par les erreurs aura son compte, le curieux des créateurs déviants ou déficients l’aura plus encore. L’auto-satisfaction propre à Wiseau évacue les pudeurs et, avec sa participation indirecte [à la préparation et à la promotion], rend le diagnostic plus clément – sauf l’intro avec happy few, le film est peu condescendant, plutôt fasciné (et amusé) par les extravagances de Wiseau – en gardant les crocs limés. Sa parenté avec Patrick Sébastien (responsable de T’aime), en se prenant pour un être exclusivement et extraordinairement bon, sensible et positif (forcément raillé et rejeté par les méchants), révèle sa dimension tragique même si comme le reste elle est moins honorable que folklorique.

Même si le tournage occupe la moitié de la séance, celle-ci se concentre sur l’amitié entre Wiseau et Sestero, les deux compères de The Room. Franco adopte une approche à la Paul Thomas Anderson – à son niveau et avec un degré anormal de décontraction. Le point de vue partagé du jeune favori amène de la douceur au programme – à lui de porter l’admiration et la compassion ressenties, éventuellement avec un certain désarroi, pour le phénoménal Wiseau. On jouit de sa mythomanie et sa mégalomanie, de son déni grotesque à propos de son accent, qu’il empire en adoptant des dictions aberrantes, de son jeu affecté d’épave sûre d’elle-même et malheureusement en pleine possession de ses moyens douteux. On est sidérés par son attitude possessive, sa quête d’amour et ses signaux lourds envoyés à « Baby Face » (le sommet étant son happening nu sur le plateau juste après le départ annoncé de Greg – le film étant notamment un prétexte pour souder le tuteur et son favori absorbé par Amber).

Il n’est pas nécessaire d’avoir vu The Room pour découvrir Disaster Artist, tant celui-ci se montre pédagogue et parfois même mimétique, en plus de s’intéresser au relationnel des deux héros, contempler plutôt qu’élucider la folie et la biographie du principal. Aucun secret n’y sera révélé, sinon quelques anecdotes du livre The Disaster Artist (de Sestero et Tom Bissell – 2013) sur lequel se base ce premier essai salué de James Franco (après une dizaine d’adaptations littéraires et de biographies de grands artistes presque confidentielles, n’existant que dans les festivals). C’est ainsi qu’on verra, présent à la première personne dans cette épopée, Bryan Cranston, le père dans Malcolm à l’époque, invitant l’acolyte de Wiseau pour un petit rôle dans la série culte.

Une petite dizaine d’autres grands noms traversent le film pour des sortes de cameo : Bob Odenkirk (actuellement porté par Better Call Saul) en professeur de l’Actors Studio, Sharon Stone en dirigeante féroce d’une agence de mannequinat où Sestero se fait embaucher, Zac Efron en figurant et spectateur consterné, etc. Des trublions d’Hollywood et des vieux routiers aux multiples dérapages sont invités à la foire – c’est là que le parti-pris devient faible. Lors de l’intro notamment avec le faux hommage au travail de Wiseau (par d’ex-jeunes gens du cinéma tels Kevin Smith ou JJ Abrams), ce ne sont pas nécessairement des génies, ce sont même des auteurs nanardesques à leurs heures (ou pire, naveteux) qui s’expriment. Et si drôle soit Disaster Artist, l’exercice semble finalement assez vain – il est techniquement bien équipé, mais sans fulgurances, la reconstitution est solide mais aussi peu constructive que les bouts de culture mis en avant par Wiseau/Franco. En même temps c’est du fan service pertinent puisqu’il s’offre au fan endormi ou en devenir autant qu’à l’amateur de The Room et de son mystérieux roi-bouffon.

La part de gêne est atténuée par cette sympathie réelle pour Wiseau. On se le paie mais se retrouve en lui, ou du moins apprécie ce type audacieux, indifférent voire partisan du ridicule. Dans tous les cas les auteurs s’estiment plus doués ou lucides (même sans le brandir, ça dégouline), mais exorcisent manifestement leurs tensions à travers cette idole. Pour James Franco c’est une sorte de double, un reflet guignol, son ‘beauf’ intérieur, son équivalent en roue libre – qu’il sait ridicule mais aussi entier, jamais compromis par des inhibitions, des savoirs contraires, des éclairs de conscience parasitaires. La méchanceté et la complicité deviennent difficiles à démêler – elles fonctionnent ensemble pour acclamer la victoire du perdant et extraterrestre personnifié. Il est venu annoncer au monde que le succès et la reconnaissance sont ‘relatifs’ (tant pis si la qualité reste accrochée à des critères absolus). À l’époque du sarcasme roi et du second degré, la médiocrité ultime peut amener au triomphe – même sale, c’en est bien un ; au pire reste la notoriété.

Note globale 68

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Ed Wood + Dans l’ombre de Mary + Boogies Nights + The Master + Three Billboards + Wonder Wheel + The Mule/Border Run + Panic sur Florida Beach + The Rocky Horror Picture Show + Les Idiots/Von Trier

Scénario/Écriture (7), Casting/Personnages (7), Dialogues (7), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (6), Visuel/Photo-technique (6), Originalité (5), Ambition (6), Audace (6), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (7)

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MAN ON THE MOON ***

30 Juil

4sur5  Auteur de Hair, Amadeus et Vol au-dessus d’un nid de coucou, Miloš Forman a offert à Jim Carrey son rôle le plus intéressant avec Man on the Moon. Ce biopic est librement inspiré de Andy Kaufman, comédien américain mort à 35 ans et revendiquant une forme d’anti-humour, bien qu’il soit perçu et acclamé en tant que comique, d’un genre singulier. Man on the Moon est à la hauteur de cette démarche. Ce n’est pas une partie de plaisir et ce n’est pas vraiment drôle : il y a même de quoi se braquer. Car Andy Kaufman par Jim Carrey est un performer, donnant dans l’absurde et la manipulation, étant son propre cobaye.

 

Dans un premier temps, Andy Kaufman semble simplement au mauvais endroit, pressé de s’acquitter d’une mission de comique conventionnel auquel il échoue totalement. Tire-t-il son échec ou a-t-il prémédité dès le départ la duperie ? Toujours est-il qu’avec son personnage de l’étranger, il va faire rire de lui à ses dépens (mais à un degré factice), en faisant croire à l’authenticité de son apparition et la transparence de son inspiration. À ce moment tout de même, il reste un enfant.

 

Puis il devient un vrai troll. Profitant de son ascension et d’une large exposition médiatique (présence au Saturday Night Live, émission spéciale), il part en roue libre. Provoquant de grands moments de silence et de gêne là encore, il arrive à de vraies performances et s’épanouit en bouffon total. Il n’est pas là pour faire rire les familles et regrette d’être coopté par des séries burlesques grossières. Il est là pour jouer des tours : c’est un farceur, au machiavélisme innocent (le coup de la télévision) mais extrêmement ambitieux.

 

En inventant des personnages irrespectueux de leur vocation (Toni le crooner misérable et connard mégalo), pantins de son agressivité indirecte, Andy Kaufman est plus qu’une tête à claques ridicule, c’est un orfèvre de l’anti-entertainment. Il vient saboter tout en direct, se consume et emporte avec lui toute l’assistance : il la diverti par l’implication dans une réalité déviante construite, pas en l’amusant simplement tout en la laissant tranquille dans son espace propre. Et il a raison, car il n’aurait été qu’un comique besogneux et poussif sinon.

 

Au fur et à mesure, avec ses personnages et surtout ses canulars, Kaufman se libère, alors qu’il aurait pu devenir l’égal de son personnage originel (« très merci beaucoup »). Il subissait et restait invisible, maladroit, or maintenant, il tourmente en étant dans une position distanciée d’autant plus jouissive que les autres n’ont aucun recul face à ses conneries et sur-réagissent. Lorsque cette attitude se retourne contre lui et qu’il finit par prendre au sérieux la réalité, sa nature le dépasse.

 

Atteint par un concer, croyant sincèrement à sa promesse de repentance, il va effectivement faire la démonstration d’une plus grande chaleur et travailler dans le but de répandre la joie. Mais il n’en est pas moins monstrueux ! Au soir de sa vie, Kaufman réussi à marier sa malice avec de bonnes intentions et met son talent de performer contrariant au service de pieux semi-mensonges. Il en arrive à se tromper lui-même : le passage aux Philippines est brillant. Grave et recueilli, il s’accroche à son issue de secours et finalement, éclate de rire en constatant qu’il est tombé sur des farceurs opportunistes à sa mesure.

 

Forman traite cette démarche avec une absence totale de jugement et ne cherche jamais à faire apprécier son personnage, ni à expliquer sa démarche. Il met à son service ses moyens et surtout sa technique, son talent éprouvé de cinéaste. Sans initiatives particulières d’un point de vue graphique, Forman fait la démonstration de sa supériorité par la direction d’acteurs et l’amalgame entre tragédie et distanciation pittoresque.

 

Ce spectacle ambigu mais transparent aspire dans la spirale de Kaufman, son industrie suicidaire et taquine. Le film raconte une fuite par le faux-semblant, qui en cache un autre et ainsi de suite, comme un processus de mystification/révélation en poupées russes, mais opérant des allez-retours au lieu de suivre une ligne descendante. La fureur trollistique du principe est hilarante, y faire face est prodigieusement irritant.

Note globale 76

 

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Suggestions… Auto Focus 

 

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LES HEURES SOMBRES **

13 Avr

3sur5 Darkest Hour est un biopic efficace, capable de susciter la joie et l’indulgence, sans intérêt documentaire. Il ne ment pas ou jamais de façon flagrante. C’est une représentation idéaliste, au sens où elle veut tirer la réalité vers le haut, en trouvant des arrangements pour éviter de la nier carrément (à l’instar de Churchill lui-même concernant les informations à transmettre au public). Pour peindre un chef charismatique bien que faillible et lointain, c’est une réussite. Le contexte devient presque dispensable, même s’il est scrupuleusement respecté pour et dans la forme. C’est aussi un film partisan de l’effort – de guerre, de cohésion, d’enthousiasme ; presque un hommage à la ferveur militante et grégaire dans l’absolu, en outrepassant les motifs clivants.

Le film sait balayer les différentes échelles, se référer aux manigances de partis, à la place des personnes. Aucune interaction avec les décideurs étrangers n’est à l’écran, à l’exception d’une délégation française au champion mal bâti. Le déroulement est habile et conventionnel, on laisse une petite place aux antagonistes. Les pacifistes ou Conservateurs hostiles tiennent le mauvais rôle mais ont le droit de placer, très vite, leurs arguments (la petite sentence sceptique du vicomte d’Halifax au moment où Churchill est acclamé unanimement au Parlement est une souillure dérisoire).

L’exercice, ici comme en général, n’est pas exempt d’admiration béate, donc d’un certain esprit de servilité, ou du moins d’enfant optimiste et confiant. Les enjeux le justifient mieux que pour Pentagon Papers (où l’absence de toute ‘crise’ dans le regard est le plus grave). Ce ne sont pas juste les observateurs encartés du pouvoir ou les représentants de ces derniers qui tremblent et sont en effervescence ; la nation est menacée et l’avenir complet du (‘Vieux’) continent dépend de sa réaction. Darkest Hour prend sa part de larbinisme mais celui-là est positif, sert la communauté, donne au minimum l’illusion d’une cohésion, d’un destin historique incluant les forts comme les faibles, au profit d’un ‘quelque chose’ qui les dépassent – le commun des mortels s’évite une prison de plus et ses dirigeants visibles gagnent une entrée dans la légende et une multiplication anormale en démocratie de statues à leur effigie. The Iron Lady sur Thatcher est également loin, car Darkest Hour reste concret et sur-politique (ou politique au sens fort du passé). Il n’a surtout pas besoin de sublimer son champion, qui a déjà la popularité et le bilan en sa faveur (pas la peine de faire un grand plongeon façon Nixon de Stone, il n’y aurait que de la frustration et de l’incompréhension à récolter).

Ce film constitue donc une propagande bénéfique à un niveau global, idéologique, comme à un niveau restreint, portant sur une page précise de l’Histoire à faire fructifier. Avec Dunkerque de Nolan, sorti l’été précédent, il apporte un témoignage favorable au Royaume-Uni concernant son rôle dans la seconde guerre mondiale. Avec l’escapade de Churchill dans le métro, un certain populisme libéral ou de doux centriste atteint son paroxysme. Dupont-Aignan était le cœur de cible de ce film et voilà qu’on utilise les arguments d’Alexandre Jardin (ou de Kociusco-Morizet quand elle a retrouvé la forme). Il y a même un noir cultivé pour clore la réplique pendant une citation de Hamlet (de quoi soulager la BBC).

En contrepartie, Churchill a ses faiblesses. C’est un homme parfois buté, même renfrogné, pas toujours éloquent, rattrapé par le doute, capable de perdre de sa force y compris celle des convictions. Il ment par pragmatisme et parce qu’on lui souffle que c’est préférable (sa femme notamment : « Il y aura un temps pour la vérité »). Il semble sentir le devoir d’y croire, mais le franc-tireur sous le fonctionnaire n°1 s’en veut (il est revenu des Libéraux peu avant de devenir le locataire du 10 downing street – un de ces détails cités et peu étayés dans le film). L’effet du pouvoir est souvent négatif sur lui. On voit plutôt son poids – autrement dit, il est absout de ses fautes. Au départ il apparaît plus ouvertement méchant, puis est secoué par l’ampleur de sa tache et de ses engagements. Son impulsivité d’abord aggravée se trouve mieux cadrée. La narcotisation la dissipe probablement – elle doit avoir boostée son image pour la postérité (il est bon d’aimer un « petit porcelet » impérial et généreux, par rapport à toutes ces figures sèches et manifestement autoritaires). L’alcoolisme et l’exhibitionnisme font partie de ces défauts qui au fond n’en sont pas tant, surtout s’ils appartiennent à une personnalité énorme ou brillante.

Note globale 58

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Suggestions…

Scénario/Écriture (6), Casting/Personnages (7), Dialogues (7), Son/Musique-BO (6), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (5), Ambition (8), Audace (5), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (6)

Ennea : Tritype 874 (‘Le messager’). Le 8 et ses deux ailes sont visibles.

Note arrondie de 60 à 58 suite à l’expulsion des 10×10.

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LE ROMAN D’ELVIS ***

7 Nov

le roman d'elvis

3sur5  Le roman d’Elvis est une rareté des débuts de Carpenter, tournée juste après son premier (immense) succès, Halloween. Entre deux films d’épouvante, Big John travaille ainsi pour la seconde fois sur une œuvre destinée à la télévision, dans un registre étranger à ses habitudes, contrairement à Meurtre au 43e étage un peu plus tôt (1978). Tourné pour ABC, Le roman d’Elvis est un biopic sur le premier roi du rock, d’une durée initiale de 168 minutes. Il est sorti en salles dans quelques pays (dont la France) dans une version de 115 minutes, sans attirer l’attention hors des Etats-Unis. Cette version pour le cinéma est celle communément vue en Europe et traitée par les cinéphiles.

Au-delà du caractère improbable de l’investissement de Carpenter sur un tel projet, l’approche elle-même est une relative surprise. Le roman d’Elvis est un biopic classique, passant l’essentiel en revue, faisant énormément profiter de la musique du King (avec quelques autres morceaux lors de sa rencontre romantique). Il élude les travers connus du personnage (sa violence physique) et sa décadence finale, pour achever le spectacle sur une victoire d’Elvis malgré les difficultés extérieures et les doutes intimes. Carpenter évoque les traumas du King, sa solitude malgré l’argent et le succès, mais n’opère pas un grand plongeon en eaux troubles.

Et cette relative superficialité sert le film, ou au moins n’entame pas ses qualités, son rayonnement tranquille. Rétrospectivement, on peut affirmer que Carpenter en sentimental est bon : il n’est pas profond, juste bon et Starman sera assez délicieux. Simple et percutant, Le roman d’Elvis apporte une joie paisible, surtout dans sa première partie. On apprécie le personnage, garçon naïf et brave, avançant avec vigueur et sincérité ; on apprécie aussi sa relation avec sa mère et elle-même, débordée par les changements et les soins que son fils célèbre peut lui offrir.

C’est parfois un peu mou, mais attachant, mielleux sans être niais, un plaisir. Elvis Presley en sort grandi, pas comme un héros, mais comme un bonhomme très innocent, prévenant. Sa nature profonde d’ataraxique touche d’autant plus qu’il n’est jamais dans le déni de la réalité, ni un être rondouillard et effacé ; au contraire, il inspire le contentement. Ce très joli mélo, sobre voir un peu minimaliste, dénote par rapport aux visions ‘décadentes’ ou bêtement hagiographiques devenue les seules options par la suite. Il marque aussi la première collaboration de Carpenter avec Kurt Russell, parfait en Elvis et bientôt acteur fétiche du maître de l’Horreur.

Note globale 69

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Suggestions… Boogie Nights

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John Carpenter sur Zogarok >> The Ward + Ghosts of Mars + L’Antre de la Folie + Le roman d’Elvis + Halloween la Nuit des Masques + Dark Star 

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REUSSIR OU MOURIR **

5 Sep

2sur5  Jim Sheridan est connu et respecté pour Au nom du père, film engagé contre les exactions du système judiciaire britannique dans le conflit avec les rebelles de l’IRA (en Irlande). En 2006, il présente Réussir ou mourir, spectacle à la gloire de 50 cent, représentation du fantasme de réussite par le rap pour des exclus sociaux et démonstration par l’exemple (le meilleur, donc) du libéralisme des rappeurs US. Ce dernier leur est souvent reproché mais n’enlève rien à leur progrès objectif par rapport à des conditions de départ défavorables sinon misérables.

50 cent apparaît donc comme l’un d’eux, un petit black des ghettos ordinaires, s’arrachant à la mélasse grâce à l’économie souterraine. Et c’est en transgressant la loi et affirmant sa volonté qu’il finit par être un vainqueur, auquel la société américaine n’a rien à opposer. Dès l’enfance, juste après la mort de sa mère Katrina, Marcus/50 cent part contrôler le monde extérieur. Il intègre les gangs de rue, monte dans la hiérarchie et mène sa propre équipe. Il l’emporte au culot, en ne craignant pas d’être ridicule ou de se mettre en danger : porté voir aveuglé par son désir d’affirmation, il n’a pas d’objectif précis en tête, mais surtout pas de doutes, d’états d’âmes ou de conscience.

Get Rich or Die Tryn’ déroule le programme classique du petit mafieux devenant entrepreneur respectable. Par contre, nulle flamboyance. Ce n’est ni Casino ni Scarface, même pas Spring Breakers. Marcus/50 cent est un pragmatique, pas un jouisseur ; et c’est un individualiste brut, véritable, pas quelqu’un cherchant à se venger d’une société qui l’aurait méprisé. Ce n’est simplement pas son sujet, le sien étant : auto-préservation et expansion. À la différence des gens de son milieu et par exemple de son oncle, il ne veut pas rester un « nègre de seconde classe ».

Il se heurte donc à l’hostilité des jaloux et des corporations illicites, puis accélère le mouvement de façon imprévue grâce à son talent dans la musique, où il exprime des vérités de son milieu, renvoie à des expériences et événements vécus, à la limite de la dénonciation déguisée et du règlement de compte. Il est sans foi ni loi sans être chaotique et malgré la valeur objective de ce qu’il incarne politiquement, il n’a aucune structure idéologique. C’est un mégalo sans manières et à la force tranquille, il a voulu être un fort et en est un. C’est tout et peu importe si le monde continue à tourner ou pas autour de lui.

Le portrait brossé par Jim Sheridan est aussi sec que ça, inapte à creuser le sujet, un peu mièvre sous ses dehors catégoriques. La réputation du film est très mitigée et il a obtenu peu de critiques favorables parmi les professionnels et les cinéphiles. Si Get Rich ne tient en effet que sur des lieux communs, c’est plus que la vitrine commerciale de 50 cent. C’est un brouillon de  »bible » du logiciel mental de ce rap US cynique et foncièrement droitiste ; adhérant aux principes du survival of the fiftest et acceptant le monde comme une jungle hostile.

Note globale 51

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Le Bûcher des Vanités

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