Tag Archives: violence

HITCHER ****

22 Avr

hitcher

4sur5  Hitcher est un thriller (tendant vers l’horreur) respecté, dont le nom est connu de la plupart des cinéphiles mais demeurant peu regardé et attirant peu de louanges. Cette destinée bizarre est probablement due à l’absence de saga autour de ce film, dont le concept ne saurait être décliné à l’infini ; de plus, le réalisateur Robert Harmon est très peu cité. Christine par exemple, si brillant soit ce divertissement, aurait peut-être connu le même sort s’il n’était pas signé Carpenter : toujours présent dans l’esprit des cinéphiles mais étrangement contourné, isolé.

Hitcher mérite davantage que son statut d’idole mineure. Dans la galaxie de l’Horreur et du thriller violent, il incarne ce mélange de subtilité et d’intempérance propre aux productions les plus corsées et impressionnantes, celles où la virtuosité technique et une inspiration maline sont mises au service du dépaysement (comme Haute Tension, The Incident). Le film s’ouvre sur la prise d’un auto-stoppeur par un jeune homme en route vers la Californie. Nous sommes dans le désert et le passager s’avère être un psychopathe. Jim réussit à s’en débarrasser, mais John Ryder le porusuit.

Il ne va pas le tuer tout de suite : il préfère rendre Jim coupable de ses crimes aux yeux de la poursuite, celui-ci étant alors doublement poursuivi, dans un univers hostile et aride où il n’a qu’une seule alliée. L’obsession de Ryder pour ce jeune homme cultive quelques ambiguïtés Les faux-semblants qu’il insinue rendent le film extrêmement tendu et intense, entraînant une cascade de rebondissements : les faits importent moins que la position dans l’environnement. C’est une descente aux enfers jubilatoire pour le spectateur.

La mise en scène est admirable et évoque le meilleur de Carpenter. Les plans d’ensemble ou de demi-ensemble sont somptueux et la course est dopée par un sens visuel percutant et raffiné. Hitcher ressemble souvent à un drame prenant les habits d’un conte sans embrasser ses illusions, flirtant au passage avec l’épique dans un cadre inattendu. Harmon et son équipe semblent plus mal à l’aise dans les espaces confinés, comme au tout début dans la voiture, leur talent s’épanouissant pleinement dès que les personnages deviennent les acteurs de tableaux somptueux.

Note globale 78

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Hitcher (2007) + Le peuple des ténèbres + Duel + Kalifornia + Point limite zéro

Voir le film

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.

Publicités

CLASS 1984 **

1 Avr

class 1984

3sur5  Basiquement, c’est un drame en milieu scolaire ; pourtant Class of 1984 est souvent classé en science-fiction. Cette catégorisation hasardeuse va dans le sens dans son idéologie. Ajoutée à son issue extrême, celle-ci fit scandale et attira les foudres de la critique. Class of 1984 est très engagé : contre la délinquance juvénile, le laxisme dans l’éducation – personnelle et à l’école. C’est aussi un thriller redoutable et assez novateur à sa sortie (1982), démarrant très cheap, gagnant en puissance à mesure qu’il déploie les facettes de son logiciel. À la croisée du vigilante movie (dont le phare est Un justicier dans la ville avec Bronson) et du cinéma de violence urbaine décrivant un présent maudit (Les Guerriers de la nuit, L’ange de la vengeance), il met en lumière la dégradation de l’enseignement et la menace représentée par des tribus de jeunes sans foi ni loi. Il anticipe l’introduction des détecteurs de métaux sur les campus américains et se fait pionnier d’une vague de films sur le délitement et la violence scolaires (dont 187 code meurtre est un extrait fameux mais tardif). Pour les qualités visionnaires qui lui sont parfois prêtées depuis, pour son état d’esprit alarmiste et enfin pour sa synthèse des genres (et la présence de plusieurs références à des films impliquant une violence fatale – comme l’écho à Carrie et son bal ensanglanté), il est devenu un film culte.

Le profil d’Andy Norris est intéressant. Le spectateur débarque à Lyncoln puis traverse les épreuves avec lui. Le point de vue adopté se confond avec le sien, la seule marge étant dans sa réticence à accepter l’inéluctable ; sinon, son acharnement est salué en toutes circonstances. Ce nouveau prof est un  »idéaliste » et surtout un novice (dans ce genre de bahuts). C’est un bon bourgeois, bienveillant et confiant jusqu’ici, passant à la réalité la plus poisseuse et restant solide face à l’adversité. En d’autres termes, Andy Norris est le potentiel  »bobo bien-pensant » mûri par sa confrontation honnête et virile avec la violence, atteint par elle dans son idéal, dans son mode de vie et dans sa chair. Andy Norris est un intello doublé d’un organisateur (son action est aussi positive, comme en atteste l’orchestre) et c’est le prof idéal, celui que des chantres de l’ordre et de la répression accueilleront avec jubilation. C’est le bon gauchiste du droitiste, apte à requinquer les réactionnaires esseulés. Il a la vocation quand les autres sont usés ou complaisants. Démissionnaires, ils surveillent (car ils sont présents, après tout) et ne font rien. On ne s’étonne plus dans les rangs : les adultes savent que la loi couvre les jeunes, le flic est abattu, le proviseur stoïque (au plus fort il accepte encore tranquillement la situation : « le vandalisme n’a rien de nouveau monsieur Norris »).

Pire, le système se retourne contre celui qui remue le statut quo (c’est-à-dire la décadence) : un jeune s’abîme lui-même pour le faire accuser et l’administration menace Norris. Dans ces conditions, les profs ne peuvent que s’effacer ou suivre la politique de l’autruche. Pas de zèle : sans trop laisser-aller, il faut maintenir à flots, suivre l’exemple du proviseur qui se contente de tasser toute secousse et pense à sa future affectation. Et lorsqu’ils ne tiennent plus, leur pétage de plomb légitime se retourne forcément contre eux. La riposte d’Andy marque donc un sursaut de morale et de bon sens : un élan héroïque à son échelle, où l’individu droit s’avoue l’échec de son monde et du système dominant pour s’engager comme un éclaireur ; sa vendetta a des vertus sociales, c’est la réaction de l’homme sain cessant de louvoyer et purgeant ses tensions comme celles d’un monde en déliquescence. Andy réplique en jouant hors-piste lui aussi : on ne traite pas les voyous en prenant des gants, quand eux utilisent le système contre vous et alors que tout le monde prend leur parti, par résignation, cécité volontaire ou parce qu’on est un autre maillon de leur démence. Toutefois, même si le film prend son parti, il suggère les drames engendrés par ce climat de déchéance morale et sociale. D’ailleurs le leader de la bande de punks révèle son génie au piano ; c’est déjà trop tard, il est perdu. On laisse apercevoir les complexes de certains d’entre eux, leur dimension pathétique ; l’urgence et la brutalité des situations rendent la compassion inappropriée. Pas de rémission pour ces anarchistes dévoyés. Class 1984 montre l’impossibilité de raccommoder et ignore sciemment toute  »excuse » potentielle.

Les intentions du film sont toujours explicites et ses méthodes outrancières. Si l’aspect pataud heurte à l’ouverture, la charge générale et la puissance logée dans les caricatures changent vite la donne. Alliée à la démarche cathartique, cela peut rendre le spectacle jubilatoire, en tout cas lui conférer un charme supplémentaire, une densité dans sa texture vintage. Visuellement, c’est pas somptueux, la mise en scène manque d’intuitions sophistiquées mais pas de panache, la photographie est standard et sans grâce ; c’est bien ce volontarisme et cette colère qui rendent la séance si efficace, mais aussi un brio narratif. Mark L.Lester (auteur trois ans plus tard de Commando avec Schwarzenegger – un autre genre de kitsch ahurissant) laisse dans l’incertitude et met sous pression : le discours est tranché mais rien n’est acquis d’avance dans le récit. À moins d’être braqué la séance coule sans entraves, parle aux tripes et met au défi la raison face à des arguments obscènes : c’est Eden Lake avant l’heure, corrigé par une hystérie solennelle. Certains spectateurs marqués idéologiquement seront nécessairement outrés, même en y allant avec bonne volonté.

Note globale 63

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Harry Brown + New York 1997 + Orange mécanique + L’aventure du Poséidon + Dredd + Cobra + Inspecteur Harry + Mad Max + Le droit de tuer ? + L’Emmurée vivante + Hitcher/1986 + Légitime Violence 

Caractérologie de Le Senne : Le film lui-même est, sinon exécuté par des Passionnés (conservateurs) très émotif, en tout cas imprégné d’un tel caractère. Andy Norris est un passionné (à la limite, Sentimental parapassionné se confondant avec les actifs) ; le directeur, un Flegmatique ; le leader des jeunes, un Colérique pré-actif, avec une Primarité modérée par rapport à ses camarades.

Scénario & Ecriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (3), Ambition (4), Audace (5), Discours/Morale (3), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

.

PAT GARRETT ET BILLY LE KID ****

15 Déc

pat garrett peckinpah

4sur5  Peckinpah a commencé à remuer le western dès 1962 avec ses Coups de feu dans la Sierra assez décalés. Il va ensuite réformer le genre et amener la domination du western crépusculaire dans les années 1970, après celle du western spaghetti dans les années 1960, laquelle balayait déjà les westerns classiques et optimistes de l’ancien Hollywood. Par sa violence omniprésente et sa noirceure sans nuances, La Horde Sauvage (1969) marque l’embaumement de tout un genre en même temps que celui d’un monde. Patt Garrett et Billy le Kid s’inscrit dans la même mouvance sans être si sombre.

Dans La Horde sauvage, il n’y a plus de cadre de référence, tout s’effondre ; c’est tout le contraire dans Pat Garrett, également loin de l’horreur de Chiens de paille (1971). Il y a un équilibre, parfois cruel mais harmonieux ; cet équilibre tellement fort et saillant commence à s’effriter. Les cycles traditionnels s’érodent et Pat Garrett comme Billy le Kid leur appartiennent. Ils ne s’effacent pas, mais sont mis en concurrence avec un progrès galopant. Pour autant la violence demeure, avec sa présence naturelle, fatale : pas de haine ni de rage chez les protagonistes de ce film. Leur violence est inéluctable, indépassable, elle accompagne la vie et l’encadre.

L’absence de suspense quand à l’issue du duel reflète cette fatalité. En effet le film se base sur des personnages réels, bandits ou aventuriers déjà traités dans le cinéma, en 1930 par King Vidor (Billy the Kid) par exemple ou même quatre ans plus tôt par George Roy Hill (Butch Cassidy et le Kid). La conquête est toujours possible dans Pat Garrett, mais elle est sans illusions, sans surprises ou rêves démocratiques. Ce monde reflète ce qu’est une mélancolie sans tristesse ni chute de tension ; la mélancolie d’une vieille âme sans espoirs de renouveau mais néanmoins vive et fondamentalement satisfaite par l’état des choses.

Tonalité acide mais sereine ; et cette fois Peckinpah laisse passer des éclairs de beauté foudroyants. Il livre une balade cynique et par moments enchanteresses, appuyée par la BO de Bob Dylan, comprenant son fameux Knocking on Heaven’s door. C’est toujours un film rude, mais l’odeur de mort est secondaire et le contentement domine. La vie au Far West n’est jamais totalement sûre ni très morale, mais les avantages qu’elle offre valent le coup ; c’est presque une sinécure, sauf qu’on peut mourir à tout instant. Toutefois le progrès arrive pour imposer des compromis sans grâce et sa corruption, en ne laissant plus de place aux libertés naturelles, aux codes de l’honneur et à une certaine justice.

Note globale 79

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Voir le film

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.

ICHI THE KILLER ***

14 Juin

3sur5 Ichi the Killer est une sorte de produit star d’un hypothétique marché destiné à soulager ses perversions, voir en découvrir de nouvelles au passage. Ce marché existe, c’est même le rayon dominant de celui de la vidéo au Japon ; et une telle vocation est devenue le rôle officieux de la catégorie 3 à Hong-Kong dans les 1990s, avec des climax comme Untold Story ou Ebola Syndrome. En terme d’effusions gores, de violence et de vices méchants, Ichi the Killer est un gros concurrent.

 

Loin d’atteindre le niveau de son autre film-phare, Audition, Ichi the Killer est extrêmement agressif et libéré. Le goût de la transgression de Miike atteint ici son paroxysme, de même que sa propension au grand-guignol. Au-delà des hectolitres de sang et de la décoration refaite couleur boyaux, les excès sont partout ; dans la violence irréelle surtout, mais aussi dans les attitudes et les conditions de vie des protagonistes ou encore via les effets techniques incessants. Le premier quart-d’heure est assez décourageant en raison de ce trop-plein de bruitages semi-industriels.

 

Il faut franchir ce cap, car dans l’ensemble le film dépasse toujours la simple réalité de défouloir ; et puis la séance est suffisamment dépaysante pour en valoir la peine, ne serait-ce que pour cet onirisme inédit (la rencontre avec la femme battue). Miike se lâche sur les gimmicks fous (les frères) et adopte une attitude proche de Tarantino par son goût de la surenchère et sa complaisance aveugle, mais est plus sombre, profond et concerné par la violence et et ses implications. C’est ainsi qu’il transforme son métrage en espèce de roman psychologique brûlant, montrant une compréhension subtile et très subjective du sadomasochisme.

Note globale 64

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Old Boy + 946 Pinocchio + Marebito + Cannibal Holocaust

Voir le film sur StreaMafia ou StreamingClic


Voir l’index cinéma de Zogarok

.

UROTSUKIDOJI : LE FILM, LA SAGA, LA MARQUE

17 Nov

urotsu 11

Les Urotsukidoji sont une saga d’anime parfois classés hentai, mais constituant de véritables films, avec même des histoires assez riches. Les deux premiers opus jouissent de qualités techniques supérieures et dans l’ensemble, les scénarios sont bons, la forme élaborée même si sa qualité est propre à son époque.

Seul le premier Urotsukidoji est parfois référencé dans les bases de données (Allocine ou Sens Critique notamment) et les autres opus ne sont normalement pas cités lorsqu’on évoque le nom de Urotsukidoji.

Voici comment se décline le label Urotsukidoji – et ce sujet a un grand besoin d’éclaircissement :

 

Manga papier.

La série d’anime (OAV) . Treize épisodes ; puis trois dans la « Nouvelle saga » de 2002. La durée et la cible des épisodes n’ont pas de continuité, sauf dans le cadre des six films singuliers qu’elles composent.

Les six films (rassemblant les 16 épisodes).

Dès le second opus, les OAV sont conçues en vue d’être restituées dans le cadre du long-métrage – et sont connues principalement par ce biais. Sauf confusion des encyclopédies, on note six films mais pas 16 opus.

 

.

 

urotsukidoji 1

UROTSUKIDOJI 1, LA LEGENDE DU DEMON ***

4sur5  Sade et Paprika se sont coalisés pour engendrer ce monstre. Urotsukidoji est d’abord un manga hentai conçu en 1986 pour une revue de mangas pour adultes (des seinen) par Toshio Maeda. Contrairement à ses pairs, Maeda est capable de donner du sens à ses dessins érotiques, d’y apporter du soin et une certaine vraisemblance. Mais son manga n’aurait jamais été célèbre sans l’adaptation animée.

Entre 1987 et 1989, trois anime portent son œuvre sur grand-écran. Ils seront fusionnés en un film, nommé La légende du démon pour l’exploitation française. Dans ce dernier, de nombreuses séquences sont coupées : les 23 minutes d’ultraviolence. Urotsukidoji devient néanmoins culte et un quart de siècle plus tard la version non-censurée du film est relativement accessible, sans avoir à passer par les épisodes. Par la suite, cinq autres films réuniront une dizaine de nouveaux épisodes, mais le premier Urotsukidoji est considéré comme le meilleur et la marque Urotsukidoji est généralement citée en référence à lui seul.

Urotsukidoji, c’est la perversion des anime japonais à son paroxysme. Le personnage principal, Nagumo, loser voyeur au début, devient le réceptacle d’un démon dont le but est de rassembler  »les » trois mondes. Et déjà les démons et jiyujinkai s’abattent sur le monde des humains pour semer le chaos dans leurs villes et surtout violer leurs jeunes représentants avec une préférence quasi exclusive pour les filles innocentes et pures. Lorsque la fusion des trois mondes sera accomplie, le Nouveau Monde sera un gigantesque parc trash où ces créatures prédatrices pourront exulter dans l’horreur, comme elles le font déjà dans ces 23 minutes.

Lors de ces séances d’extase morbide, les cibles passives reçoivent une décharge agressive sans commune mesure. C’est là que se généralise un élément dont la galaxie hentai ne se remettra jamais : les tentacules en guise de phallus mutants, armes sexuelles plus sensuelles que la foreuse pénienne de Tetsuo mais à l’hostilité subtile et illimitée. Ces tentacules s’inscrivent dans un lot de séquences érotico-gore, quasiment porno-gore même, manifestant une grande puissance d’imagination. Urotsukidoji est un spectacle extrême et brutal, comprenant le sens et la source de ces extases terrifiantes.

Cette conversion d’instincts primaires et antagonistes en déchaînement exotique et raffiné a une vertu : elle représente toute la branche sexuelle et sadique d’un éventuel Apocalypse. Cette jouissance dans un contexte sans limites est justement le meilleur argument promotionnel de tout chantre de l’Apocalypse, du chaos ou de la dégradation. Cette dimension ne se cantonne pas aux fameuses séquences de sexe, dont la proportion dans le métrage est dérisoire par rapport à un hentai traditionnel. Dans Urotsukidoji, le trash et l’invention s’insinuent dans chaque angle du cadre pour doper le tout : et à chaque instant. Le spectacle est vicieux jusqu’au-bout, l’outrance en fait partie également.

Il y a la part vulgaire : les culottes d’étudiantes, le héros minable, les phrasés aussi basiques que les les expérimentations sont raffinées. Mais le véritable sujet c’est cette intempérance absolue, cette furie blobesque, transgression par-delà la vulgarité ou l’élitisme. Face à ce délire visuel dément, Maeda a fait part de sa stupéfaction et de sa révolte tout en reconnaissant être admiratif. Le réalisateur Hideki Takayama dira lui : « Rien ne provoque une réponse aussi forte chez l’être humain que le sexe ou la violence. La fusion des deux est donc très puissante. » Il a raison et son œuvre est au-delà du désespoir car elle déroule le programme d’un Enfer compensatoire pour les déçus de l’Humanité aux appétitis impertinents ; mais aussi au-delà de l’horreur car elle constitue sinon une délectation malsaine, au moins un motif de sidération qu’aucun curieux ne peut bouder.

Note globale 76

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Perfect Blue

Voir le film sur YouTube : FRANCAIS, ANGLAIS

.

.

UROTSUKIDOJI 2, L’ENFANT ERRANT **

4sur5  La suite directe de Urotsukidoji est moins connue mais parfaitement à la hauteur. Les viols tentaculaires, attaques sur la ville, crises organiques et autres orgies sadiennes sont à nouveau au programme. L’histoire se déroule peu après celle du premier opus et en reprend quelques personnages, dont Nagumo et la mascotte (l’espèce de singe).

Urotsukidoji avait une option : la surenchère. Il en prend le parti et se montre encore plus machiavélique, violent et explicite, cela dès sa redoutable intro de 8 minutes. Urotsukidoji 2 ne fait pas que persévérer dans la quantité ou la radicalité. Là où le premier opus était déjanté et très éparpillé, celui-ci se montre plus concentré et structuré.

Les scènes érotico-gores sont plus lisibles. L’aspect estudiantin et léger est plus présent, vire parfois à la grivoiserie, sans être aussi expressément vicieux que dans le premier opus ; d’ailleurs, l’allégresse est répandue quand le Monde est préservé des caprices sadiques. Ceux-là justifient des séquences très virulentes, où s’impose une broyeuse pénétrant puis finalement atomisant ses victimes. La fantaisie est totale : cette fois, Hitler et Satan, carrément, sont sur la rampe. Préférant toujours les instincts dévoyés à l’usage de la matière grise, Urotsukidoji 2 manie un certain langage théologique ou occulte et là aussi, se montre plus accompli et précis que son prédécesseur.

Le Graal représenté par le Nouveau Monde est affiché au grand jour, lui qui permettra une domination notamment sexuelle, une emprise sur les corps et une annihilation des esprits. Avec cette plus grande attention pour les motivations des démons et autres obsédés de la réunion des trois mondes, Urotsukidoji 2 fait écho aux théories complotistes. Il reflète les fantasmes alimentant le mythe des reptiliens mais aussi toutes sortes d’aspirations ésotériques qui ont pu occuper quelques hommes de pouvoir les plus haut placés.

Note globale 75

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Voir le film sur YouTube : FRANÇAIS  

.

.

UROTSUKIDOJI 3, LE RETOUR DU DÉMON ***

3sur5 Le troisième opus de la saga marque une rupture. Le niveau est moindre, la fièvre aussi retombe un peu. Il n’empêche que le spectacle vaut largement la peine de sacrifier 3h30, si on a été convaincu par les deux premiers essais. Urotsukidoji 3 se partage entre 4 épisodes cumulant 210 minutes, dont 56 pour le premier. Il chasse la plupart des protagonistes de référence jusqu’alors ainsi que leurs intrigues pour se situer dans un univers déjà acquis aux lois des démons, où certaines forces travaillent là aussi à rassembler les trois mondes.

La plupart des créatures et éléments introduits dans ce film sont totalement étrangers au manga originel et il en sera de même par la suite désormais. Urotsukidoji 3 est une mutation achevée vers le soap opera, voir le space opera. Il est très ambitieux et cela vaut dans un premier temps un retour à l’éparpillement de La légende du démon, décuplé par 10. Les 4 épisodes marquent quatre temps différents, bien marqués ; dans le second, la tragédie romantique occupe l’essentiel du terrain. Dans un climat mélangeant étrangement langueur et fureur, de nombreuses thématiques malines sont traitées.

Parmi les prédicateurs du Nouveau Monde, le nouveau Nagumo mise sur la séduction pour asservir et accomplir ses desseins, distribuant les plaisirs et laissant croire à ses sujets qu’il a pour eux un semblant d’affection ou d’amour. C’est un portrait du Mal très ingénieux, reflétant certainement le lot commun des gourous, mais surtout le mode de domination le plus répandu dans les périodes où règnent démoralisation, divertissement et immanence la plus bête et sommaire.

Au niveau narratif, ce troisième opus casse ce qui distinguait Urotsukidoji pour rejoindre un semblant d’heroic fantasy. L’univers reste toutefois trop singulier pour diluer Urotsukidoji dans une sous-galaxie précise. Les scènes de sexe sont plus rares mais basculent clairement dans le porno désormais, avec des séquences particulièrement odieuses (la longue tournante avec les monstres du troisième épisode) et d’une inventivité formidable ; intérieur des organes et phallus inside, voici la pénétration vue de l’intérieur – vingt ans avant Enter the Void.

En marge du défouloir, un romantisme cabalien. Le sentimentalisme de Urotsukidoji 3 est adulte et déviant, il est aussi omniprésent. Une certaine tendresse est là, au milieu de la haine et des ignominies. L’idylle entre la princesse et sa bête puissante et protectrice elle aussi vise nos instincts primaires, pour le meilleur et le pire. Toutefois la belle Alector n’est pas cernée seulement par son amant rebelle Buju, car un papa possessif est également de la partie. Ce climat incestueux se consacrera lors d’une abominable scène de freak porn, gargantuesque et repoussante contrairement aux autres.

Dans l’ensemble, Urotsukidoji 3 est un grand plaisir, quelquefois hagard (premier des quatre épisodes), avec des morceaux de bravoure touchés par la grâce, peut-être une once de gras en trop. Il est objectivement plus calme et tempéré, d’ailleurs du gore et de la mort, c’est surtout l’odeur qui répond présent. Une violence inouïe est cependant omniprésente, au travers de chacune des scènes, alors que les deux premiers opus avaient leurs séquences purement réalistes, même si c’étaient souvent des intersections plutôt que des séquences valant pour elles-mêmes.

Note globale 69

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Voir le film sur CineMay

.

.

UROTSUKIDOJI 4, APOCALYPSE *

2sur5 Après la confirmation du second opus et la transformation valable du troisième, les restes. Apocalypse pour la France, Inferno Road ailleurs, Urotsukidoji 4 s’étale sur plus de deux heures et comprend trois épisodes. Il propose une version rabougrie de ce qui a été connu jusqu’à ce jour et emmène la marque vers l’anecdote. Le trip soap opera occupe la moitié de la place, les affaires du gang du Village des Damnés en prennent un tiers, le reste est sexe laborieux.

Il y a quelques beaux plans, comme celui de la jeune fille au clair de lune (partie 3) ou la balade dans ce grand château enveloppé dans une nuit bleue. Une inspiration du côté de Alien et Giger se fait sentir. Le versant graphique du film est de loin son meilleur atout. Pour le reste, le rapport avec la marque s’en tient aux pénétrations par tentacules et à la reprise de quelques personnages clés dont Nagumo.

C’est routinier, aseptisé, sans violence. Limite paisible. Le film aligne des scènes X tout à fait conventionnelles, avec une espèce d’orientalisme de circonstance pour l’orgie du début. L’intérêt est nul (comme l’essentiel de la partie 2) et même sur son terrain graveleux, le film fait défaut. En effet les spectateurs tomberont normalement avec des copies où les recoins explicites sont floutés – ce qui est pour le moins ballot pour cet hentai softcore.

Note globale 39

Page Cinemasie & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Guinea Pig 4  

Voir le film sur VoirFilms ou CineMay

 

.

.

UROTSUKIDOJI 5, THE FINAL CHAPTER **

3sur5  Urotsukidoji 5 est un opus à part. Il contient un seul épisode (de 60 minutes), est quasiment introuvable, pas référencé même sur les sites spécialisés (comme Cinemasie) et il y a très peu d’informations sur lui. Il reprend à partir d’une scène du premier opus, La légende du démon, où Nagumo se transforme alors qu’il fait l’amour à une camarade timide.

Le film a de franches qualités formelles et plastiques. Dans la franchise, la bande-son a souvent été assez envoûtante, stéréotypée aussi : ici elle est à son meilleur, plus expressive et sensuelle que jamais. Quand à la qualité de l’image, elle situe ce cinquième opus au-dessus du lot ; les deux premiers opus n’ayant pas subis une remastérisation qui serait bienvenue, les 3 et 4 souffrant et profitant à la fois de la désuétude du trait, tandis que le 6e est très vaguement semi-numérisé et utilise des couleurs pastelles criardes.

Il s’agit bien de la propreté de l’image : sur le plan esthétique, abstrait et concret, Urotsukidoji 5 est également compétitif ! Il offre quelques effets de perspectives gratuits, de jolis aperçus caverneux et son mysticisme accru lui profite. En effet, si à l’heure de lutter contre les créatures du Mal, les scènes  »hentai » se raréfient, le film dégage beaucoup de force et d’imagination. Urotsukidoji 4 a volé son titre  »Apocalypse » à celui-ci !

Car c’est dans The Final Chapter que s’abattent sur la ville les monstres grotesques aperçus au début de la saga, que vient l’heure de tous les accomplissements. Certaines créations du film évoquent Laloux qui aurait croisé le chemin d’un Gilliam d’humeur grivoise, comme le vaisseau avec son vagin géant. De manière générale, le film est audacieux ; à un degré plus anecdotique, il sort de l’exclusivité hétéro des cinq autres.

Si on retrouve les échanges de fluides interespèces (monstres/ humaines), l’originalité tient aussi à la présence de cet androgyne à temps partiel. Pour le reste, Urotsukidoji 5 décevra les amateurs de chair fraîche, lesquels se régaleront dans les opus 4 et 6. De plus, comme pour le 4e opus et en raison de la commercialisation très limitée de The Final Chapter, les parties intimes en émulation apparaîtront normalement floutées.

Note globale 59

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… La Planète Sauvage

Voir le film sur MyHentaiOnline  

.

.

UROTSUKIDOJI 6, NOUVELLE SAGA **

2sur5  Après Kenketsu Hōrō hen (Apocalypse) et Kanketsu Hen, Urotsukidoji 6 est le dernier opus de la saga. Il la fait reprendre en 2002 après six ans de vide. Argument : c’est un reboot du premier volet (La légende du démon), composé de trois parties durant ensemble 131 minutes. Comme les deux premiers opus, celui-ci se veut donc directement lié aux mangas de Toshio Maeda (les trois précédents s’en étant affranchis).

Concrètement, cette nouvelle version est très différente. Il y a beaucoup d’éléments nouveaux et d’orientations à contre-courant. Une personnification de la Mort s’invite, un gang en lien avec le démon déguisé en Ozaki investi le troisième épisode. Les scènes légères sont beaucoup plus présentes, toutes liées à un sentimentalisme débridé, renforçant les contrastes entre l’innocence et la malveillance. Les enjeux sont différés, les forces du Mal moins virulentes que dans les deux premiers opus : sur l’échelle du malsain en revanche il n’y a pas de retard.

Plus de scènes érotico, mais sans gore : sauf celles reprises à La légende du démon. La seconde partie s’ouvre sur une longue scène purement porno. Nouvelle Saga adopte un nouveau look très commun, ne réserve pas de soin particuliers aux dessins, opère quelques petites modifications : les traits de Nagumo tirent vers le renard, la petite mascotte volante est passée du bleu ou noir. Pour les scènes faisant écho au premier opus, la forme est différente, plus expéditive et crade encore. Mais quelle marge dans leurs puissances respectives ! C’est le prix ingrat de cet abattage banal et ce remplissage.

Une scène sur deux lorgne vers le soap insipide, l’autre vers la SF pataude ou les morceaux de bravoure. Par contre il y a le cas Ozaki. L’homme par qui l’apocalypse arrive a changé depuis 1987. Possédé par le démon, il reste toujours lui-même la plupart du temps. Ce personnage ambigu est à jeu égal avec Nagumo. C’est sur ce terrain, celui des individus et même du reflet d’une Humanité basique, sensorielle, que Nouvelle Saga tire son épingle du jeu. Le spectateur est ainsi plus proche des victimes, au lieu de simplement les voir objetisées par les créatures.

Par exemple ici, lors de la dernière agression spectaculaire, plan de la fille : de près, à scruter son visage, entendre sa déglutition. Ce petit aparté laisse le temps d’apercevoir la réalité d’une personne et de sa chair. Dans le premier Urotsukidoji, l’hégémonie du Mal se manifestait par-dessus tout et on voyait à peine ces gens, finalement. Ici on les voit avant qu’ils ne soient sacrifiés ; comme on suit les errances de l’amoureuse d’Ozaki. Entre perversion effroyable et sensiblerie, cet opus s’approche du niveau du précédent, mais son lot de surprises (comme le phallus doré) est moindre et l’effet yo-yo garanti.

Note globale 53

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Voir le film sur StreamGratos

.

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.