Tag Archives: Cine 2014

POLE EMPLOI, NE QUITTEZ PAS **

15 Oct

3sur5  Documentaire honnête sur une énième bureaucratie laborieuse et écervelée. Sa réalisation est effacée et laisse juger. Il faut le voir comme une bonne farce car on y trouvera des perles, modestes et remarquables à la fois. Ceux qui ont de la compassion pour ça, à trouver du malheur et des pénibilités des deux côtés (inscrits et employés) s’abîment en vain ; il n’y a que des tocards du métier, des perdus qui ne trouveront rien ici – rien qu’une comédie qui s’ignore – que le spectateur fait bien de reconnaître sans quoi il sera devant un prolongement gonflant du film social français.

C’est déplorable de tous les côtés. Des illettrés améliorés se font entendre via les lettres des candidats, une des conseillères nous fait la démonstration de ses difficultés de lecture. Le cynisme, le formalisme de mollusque intégriste et l’apathie odieuse atteignent leur paroxysme avec une espèce d’amorphe égocentrique heureuse de décoller en fin de séance. Les petites crypto-instits jacassent et se répandent en réunions débiles, sont chapeautées par une directrice au baratin et aux grands mots grotesques (sa blasitude policée ne l’honore pas mais la sauve peut-être). Lors d’une espèce de cérémonie où des jeunes hommes non-qualifiés sont engagés par la municipalité pour des petites besognes, un notable pond son laïus pathétique où bien sûr il évoque les difficultés « accentuées par la crise actuelle ».

Naturellement si la tête est pourrie en-dessous ça ne saurait être plus frais. Un des agents est capable de balancer à usager que sa recherche se fera ‘en fonction de [ses] compétences intellectuelles et professionnelles’ ; un autre chie à un demandeur « rien ne vous empêche de vous les trouver et de vous les financer – vos formations » – bravo champion, merci pour le dérangement ! Ce genre de conneries tombe régulièrement : le pire c’est que ces types se croient peut-être pertinents et utiles ! Comme leurs supérieurs ils répètent les consignes et les éléments de langage, puis déplorent des résultats bien tièdes – quand ils ont à s’en soucier. Nous sommes en France, c’est certainement le-manque-de-moyens-!- ! (et de considération ?). Vivement la robotisation, la privatisation et la simple remise de chèques sous conditions, ce sera plus digne, les crasses ne se feront plus sur le prétexte des ‘missions publiques’ et bien sûr il y aura moins de temps perdu.

Note globale 58

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Suggestions…  Moi Daniel Blake, Merci patron, Les Nouveaux chiens de garde

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (7), Dialogues (7), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (3), Ambition (-), Audace (5), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (6), Pertinence/Cohérence (6)

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THE MAGDALENE SISTERS ***

22 Déc

magdalene

3sur5  Récompensé du Lion d’Or à la Mostra de Venise en 2002, le film de Peter Mullan (surtout connu en tant qu’acteur) a crée la polémique en étant accusé d’être un brûlot contre l’Eglise. De quoi renforcer son pouvoir d’attraction, malgré le démenti du réalisateur, assez pleutre alors que son film peut être aisément taxé d’anticléricalisme, primaire éventuellement compte tenu du manichéisme exprimé. Rien ne rachète les sœurs du Magdalene Asylum, toutes des bourreaux, leur directrice en particulier.

Cette univocité reste une composante du film, dont la démarche est somme toute assez facile. Elle nourri cependant la dénonciation de deux systèmes concentrationnaires, l’un de nature religieuse donc, l’autre psychiatrique. Ces deux fonctions se chevauchent et le film montre ainsi à quel point la psychiatrie, au cours de son histoire sinon à la racine, est un cancer potentiel et le prétexte des tyrans. Religion et psychanalyse peuvent facilement être employés par des salauds troquant le courage de surmonter les épreuves de l’homme ordinaire pour des grilles de lecture livrées sans ménagement.

Celles-ci referme alors tous les questionnements, y compris sur soi-même et donc la faculté à s’améliorer fondamentalement ; et autorisent à exercer une emprise sur les faibles qui vous sont confiés, si le pouvoir (ou au moins l’autorité) sont complaisants voir du côté de ces systèmes. Mullan ausculte cet abus de position d’autorité et filme minutieusement le quotidien et les états d’âmes des victimes. Il prend leur parti mais ne déguise rien. En revanche, il perd cette combinaison de sympathie ostensible et neutralité dans l’exécution pour diaboliser les figures négatives, lesquelles n’existent que par leurs exactions ou, comme la mère supérieure, ne font que découvrir des couches supplémentaires de nocivité.

Sa vision est telle qu’on croit souvent assister à une série B horrifique, d’ailleurs la mise en scène s’y prête, tout en excluant bien sûr gore et autres manifestations franches. C’est donc un film coup-de-poing dont la valeur est plutôt sentimentale et physique, la critique sociale vers laquelle il tend, peut-être opportunément plus que fondamentalement, étant désuète et fragile. Le label « based on a true story » ne suffit pas à universaliser le propos, sauf, définitivement, s’il s’agit de montrer comme les individus peuvent se rassembler au sein d’organisations malveillantes en se déguisant derrière des postures normatives respectées ou acceptées par la société. Enfin le film doit beaucoup à ses actrices.

Note globale 69

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Suggestions… Dog Pound + Salo ou les 120 journées de Sodome + Boys don’t cry + Boy A + Tyrannosaur 

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BLACK COAL **

2 Avr

2sur5  Ce thriller chinois s’inscrit dans la lignée des films de genre coréens pleuvant depuis une quinzaine d’années. Il reprend directement le film noir anglo-saxon (de la ‘grande’ époque), avec les codes et les grandes lignes en intégralité, quelques scènes de classiques au détail. Le scénario contient quelques emprunts au Faucon Maltais, à La Soif du Mal et au Troisième Homme (les deux précédents impliquent Orson Welles).

Rien de sérieusement original ou intense au programme. Black Coal [Thin Ice] est un exercice de style valable et même très respectable, à apprécier dans son cadre strictement délimité. Les afféteries visuelles sont dans l’air du temps – occidental, avec ces néons et autres lumières éclatantes, ces échappées à demi-glauque dans un total luxe d’arrière-cour. Le petit supplément ‘social déshérence’ peut donner un semblant de contenu politique – là aussi l’ambition tient à la pose.

L’isolement et les galères individuelles face aux rêveries consuméristes et aux fantasmes de bien-être sont plus sûrement illustrés. Quelques scènes d’égarements random viennent égayer la séance : Zhang exalté de façon gênante sur la piste, le plongeon de la vieille hôtelière mélancolique mais heureusement tirée d’affaire. Tout cet attirail peut envoûter un public neuf ou au contraire en quête d’exotisme totalement sous contrôle, déjà plié et achevé – c’est une définition du kitsch ; le rapprochement est contrariant pour un film si austère et maniéré. Comme les vérités de ses protagonistes ou de l’enquête, il se donnera par morceaux.

Note globale 48

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Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (2), Ambition (4), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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OPEN WINDOWS **

28 Jan

3sur5  Nacho Vigalondo persévère dans les films à concept après le sinueux Timecrimes et l’imbécile Extraterrestre. Open Windows est livré au spectateur par un biais original : l’ensemble du film est une succession de vues sur ordinateur, généralement celles de Nick et de son appareil personnel. Ce fanboy d’une actrice, interprété par Elijah Wood (le Frodon du Seigneur des Anneaux) à la période où il se déguisait en psycho-killer pour le nouveau Maniac, est manipulé par un hacker qui se sert de lui pour atteindre la star.

Cette dernière est interprétée par l’actrice porno Sasha Grey, alors en transition vers le cinéma ‘traditionnel’ et d’autres travaux plus ‘sérieux’ (les magazines pour kikoos informés et contemporains louent sa culture, sa normalité tranquille et son intégrité). Les multiples possibilités vicelardes induites seront négligées, au profit de l’action et du suspense. La slut de prestige (pas de luxe) dévoilera tout de même ses arguments, ce qui fera revoir leurs jugements à ceux qui se contentent de la tête de la cliente. Cette gâterie fait partie des charmes caustiques d’Open Windows ; sa liberté et ses accointances avec les errements joyeux de DePalma (voire les prétentions à son baroquisme – l’âge Body Double) engendrent le meilleur de ce qu’il à donner.

Le film n’est pas visionnaire mais tient ses paris. Ses gadgets dopent l’attrait de la séance, soutenue également par des rebondissements constants. Les coupures imitant bruyamment l’arrêt des flash de photo peuvent être pénibles mais ont le mérite d’être inhabituelles. L’usage du streaming tournant en direct ou de la webcam n’est pas propre au film mais ils sont encore rares à les avoir amenés sur grand écran, surtout à cette ampleur. La réussite est modeste, les plus hauts scores concernent la fluidité et l’impact ‘à chaud’. Open Windows est divertissant, pertinent au passage quand c’est possible, mais on en tirera pas de substance bien solide (sur la technologie, la criminalité informatique ou la nature humaine).

Note globale 55

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Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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TOKYO TRIBE *

8 Jan

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2sur5  Depuis Love Exposure, Sion Sono multiplie les films principalement voire exclusivement pour les ados (ou jeunes adultes régressifs). Il s’est confirmé en nouveau Takishi Miike (Audition, Visitor Q), avec la passion de la débilité en plus. Il voulait remuer la société nippone, a pondu Suicide Club. En 2014 il en est rendu à faire une comédie musicale criarde et juvénile : Tokyo Tribe, à base de rap/hip-hop et de clash entre clans, dans les bas-fonds bling-bling d’un futur à petit budget.

Le délire a un côté peine-à-jouir en surcompensation, mais c’est du phallique agressif véritable, avec une avalanche de jets et quelques éclats notables voire restant un peu alléchants, si on passe les demi provocations et l’overdose de vulgarité. D’ailleurs ces excès sont presque fades – il ne peuvent que meubler comme le reste des gadgets. Tout est composé à l’arrache, « dans l’instant » comme certains de ses ‘héros’ le proclament ; What don’t you play in hell était plus construit et varié. Quand aux secousses que pouvait produire Cold Fish ou à la jubilation induite par Guilty of Romance, l’écart est trop grand et le rappeler ne fait que signer le plantage fondamental ou la décadence d’un auteur – pris dans un activisme prodigue mais j’men foutiste, mélange souvent fatal.

Mais Tokyo Tribe atteste toujours d’un certain génie. Siono a au moins une qualité : il sait rendre une débauche lisible, aligner des mouvements de caméra ambitieux et prendre des risques mesurés dans la structure. L’écriture est superficielle et recycle habilement des clichés, quelques rimes malines sont à noter, les joutes sont plus pauvres et finissent par s’échouer avec pour seul référent d’avenir la compétition de bites. L’humour et les aventures sont aussi courtes que les poussées d’érotisme (parfois coriaces, elles) ; des déjections rigolardes et stylisées, sitôt crachées sitôt balayées. Ça affecte et donne quasiment de rien – quoiqu’il y ait la tête de marcassin du roi Bubba, théoriquement remarquable vu la transe furieuse et la joie malsaine qu’elle fait passer.

Note globale 36

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Suggestions…

Scénario/Écriture (1), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (1), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (2), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

Passage de 35 à 36 avec la mise à jour de 2018.

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