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ROUBAIX UNE LUMIÈRE **

11 Sep

3sur5 Arriver devant Roubaix une lumière en connaissant son supposé sujet principal devrait être une garantie d’ennui. Avec une attente précise, la tendance du film à louvoyer apparaîtra rapidement. Dans le cas inverse, la mise en scène immersive et la vivacité des affaires courantes meublent assez l’esprit pour qu’on ait plus qu’à constater sans dommages (et sans regrets si on savait qu’on venait chez le réalisateur d’Un conte de Noël) que finalement ce film n’avait rien de costaud dans son scénario.

Pendant une heure Roubaix est un digne successeur du L.627 de Tavernier. Éclaté entre différentes sortes d’enquêtes et d’interventions, il évoque à l’occasion Melville et Simenon, avec un encart dans la gaudriole via Philippe Duquesne (mais peut-il surgir pour autre chose ?). Deux affaires mineures surnagent, puis on s’oriente discrètement vers un dossier qui occupera tout l’espace pendant une demi-heure. Comme le signale la mention initiale le film se veut respectueux des faits et nous épargnera donc au maximum les perversions de l’imagination et du suspense. Logiquement le résultat devrait chuter près de la masse des reportages vulgaires et des productions télé policières, mais une trop forte pulsion anti-naturaliste le lui interdit. On la sent au travers de nombreux mouvements de caméra ou de petites choses appuyées. Toutes pointent vers une aspiration au dépassement de cette immanence puante et lasse au bénéfice d’un point de vue cajolant, aveugle comme une morale sans jugement. La mise en scène alourdit constamment et installe une certaine urgence sentimentale, en laissant couler les enquêtes, d’où la possible impatience d’une partie même complaisante a-priori du public et l’adhésion un peu romantique de beaucoup d’autres. La bande-son est pleine d’embardées à contre-temps, par moments Hetzler semble aspirer à la résurrection d’Hitchcock, or le ‘film noir’ va accoucher d’un mélo.

Ce qui peut passer pour une faute est revendiqué par Desplechin : dans son film, comme le commissaire, on ne cherche pas le pourquoi, seulement le comment. Afin d’aider les gens à nommer les choses, en évitant de les juger et les blesser, tout en recadrant et s’acquittant de son devoir de policier. On ne veut pas s’expliquer les motivations, mais tutoyer les âmes. Notre émissaire est un curé caché sous son costume de flic taciturne et irréprochable. C’est un héros au sens fort, y compris celui d’un roman : le commissaire déclare toujours deviner la culpabilité et l’innocence ; on consent, la réalisation ne viendra que le saluer. Elle ne le conteste pas lorsqu’il se fait paternaliste gâteux avec la gamine. Une certaine proximité physique et relationnelle le légitime sur le plan matériel, les démonstrations empathiques lui donnent carte blanche. Ces élans mielleux sont autant d’accomplissements de ce film de doux. Quelque soient ses qualités il ne peut s’empêcher d’emmener tout le monde vers sa glu sereine, accorder sa compassion avec facilité et heureusement sans s’engager – comme si la lumière avait traversé les heureux témoins. Voilà un film d’assistante sociale libérée des pesanteurs du devoir et sans autres responsabilités que celles soufflées par leur brave cœur – dans ce menu-là c’est un cœur raffiné, même si lors de l’épuration du sang mauvais quelques fonctions vitales ont dû morfler.

Il faudrait donc saluer cette volonté de trouver ou diffuser de la lumière là où un esprit sensé et soucieux d’efficacité éprouverait de l’agacement, de la morgue et de la tristesse. Malheureusement l’amour est facile lorsqu’il se donne à des sujets dont on ne regarde que l’innocence brisée et face auxquels on est en position de supériorité, apte à moduler la distance ou le rapprochement comme l’envie nous le dicte. Fatalement le récit en souffre. Les marges de progression sont réduites, tout ce qu’il y a à faire est consoler ou canaliser des sujets infantiles, avec plus ou moins de tendresse au moment de les emprisonner ou de les renvoyer. Le nouvel arrivant récupère les fruits gentiment moisis de tout cet état d’esprit. Avec son timbre et ses réflexions efféminées, c’est un paroxysme de ces flics touristes qui auraient manifestement dû être psy pour élèves ou moniteur de colo (ceux de Perdrix sont de graves nihilistes répressifs à côté). Il a pourtant une fibre investigatrice et passablement voyeuse, mais cette dimension pointe sans être assumée – et le tartinage de ses bons et loyaux efforts l’envoie aux oubliettes. Il échoue à atteindre le niveau de maturité de Yacoub Daoud car il n’est pas prêt, encore trop attaché et trop exigeant envers ses cibles. Et peut-être car il est religieux même si son culte est gentil – c’est par excellence le type maintenu enfant à l’âge adulte grâce à son angélisme et ses petits rites soufflés par le catholicisme.

Le film doit l’essentiel de ses points et de sa faculté d’absorption aux ressources humaines. Les amateurs renforcent le programme grâce à leur naturel, ne se jouent pas eux-mêmes comme le font souvent des non-professionnels soudain figés par la caméra, ou bien tout patauds et hystérisés. On doit à Léa Seydoux la surprise du film. Souvent contestée, probablement à raison, surtout depuis que les auteurs s’obstinent à lui attribuer des costumes inadaptés, elle est ici parfaite en déchue menteuse et manipulatrice. On sent que son personnage n’a pas admis sa condition de rebut et lutte entre s’accrocher à son image valable de soi et s’adapter pour ne pas finir épave complète, comme celles qu’elle fréquente et probablement cherche à contrôler. Son acolyte est encore plus frappante – pauvre punaise presque émouvante car née cassée, seule à inspirer immédiatement des sentiments marqués (du dégoût jusqu’à la pitié, voire la honte qu’on peut ressentir en étant attendri mais pressé de fuir devant un cas humain si désespéré). Cette prestation de Sara Forestier semblerait extravagante sans l’ancrage terre-à-terre et les connexions attenantes. L’actrice avait fait forte impression dans Le nom des gens mais finalement c’est en jouant brillamment les crasseuses et diminuées qu’elle est devenue sérieusement intéressante.

Note globale 62

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LES Y A-T-IL UN FLIC ? **

16 Mar

Focus sur la trilogie des ZAZ avec Leslie Nielsen en vedette. 

L’opus bonus, Y a-t-il un flic pour sauver l’Humanité ?, n’appartenant pas à cette saga, il sera abordé à part.

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flic sauver reine

Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER LA REINE **

3sur5  En 1980, les ZAZ se réunissent pour réaliser Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Cette comédie connaît un grand succès et transforme la carrière de Leslie Nielsen. Cet acteur discret révèle son talent comique au grand jour dans la peau du docteur Rumack. Il devient extrêmement populaire et abonné aux parodies, dont une grande partie est identifiée en VF par le Y a-t-il… Les opus les plus fameux de ce catalogue sont contenus par la trilogie des Y a-t-il un flic (Naked Gun), où Nielsen incarne l’inspecteur Frank Drebin.

Le film démarre sur une réunion de chefs d’états, une sorte de cousin éloigné des Guignols pas tout à fait hilarante, interrompue par l’entrée haute-en-couleur de Leslie Nielsen ! La classe américaine en prend un coup, de la fonction de gardien de l’ordre au film noir pastiché avec brutalité. C’est d’une témérité et d’une générosité remarquables, n’ayant d’égal que le mauvais, mauvais goût. La suspicion est forcément de mise et au départ on peut ‘s’accrocher’ pour rire.

Cela semble improbable a-priori, mais sitôt qu’on a accepté le ‘délire’ ça peut marcher. Il y a même de quoi y voir un avant-goût, plus souriant, plus visuel d’American Dad. La relation amoureuse de Nielsen et Priscilla Presley dope énormément le film. Au fur et à mesure que la séance progresse, Naked Gun gagne en valeur et en ampleur dans ses performances. L’humour des ZAZ n’est pas juste ‘gras’, c’est un déversoir de délires systématisés plus ou moins percutants, plus ou moins intelligents à leur façon, toujours grossiers.

Ce spectacle n’est donc pas glorieux et manque d’ambition en-dehors de la bouffonnerie, mais dans ce registre il pousse le vice à un degré intimidant. Le clip et la séquence de glaviots en série sont les climax de qualité au rayon lourdeur absolue. On ne sait plus trop s’il faut être un adulte en régression ou un enfant vicelard pour apprécier. En tout cas c’était moins saoulant que Y a-t-il un pilote dans l’avion ?, sans doute parce qu’il y a ici plus de liberté, plus de gueules et un côté nanar exalté catégorique.

Note globale 60

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Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER LE PRÉSIDENT **

3sur5  Le second Naked Gun est plus carnassier que les autres. Ce film marche au culot, certes à un niveau bon enfant et transparaissant moins avec le recul des années. Le ton est légèrement politisé, à un niveau anodin là encore ; ce qui l’est moins c’est cet humour grivois très agressif. Y a-t-il un flic pour sauver le président est plus direct et plus adulte que son prédécesseur.

L’inventivité est toujours de mise, avec une avalanches de dialogues malicieux et notamment ce spot en faveur de l’énergie nucléaire. En revanche le scénario est terriblement con, mais agile. Indépendamment de la qualité de ses punchline ou de ses gags, ce Naked Gun est plus rempli que son prédécesseur, sans une seconde de répit.

Parfois surgissent des choses trop ridicules (la souris..) où l’emporte une certaine infantilité (le public endormi, etc) – innocence plombante voir fatale quand on vise déjà si bas. Les références culturelles sont nombreuses, parfois trop spécifiques pour être reconnues (running gag ou clins-d’œil à des choses comme Beverly Hills), bien que dans l’ensemble la parodie se concentre sur des films issus de la culture de masse (Ghost, ET..).

Il y a toujours une gêne au lancement, amplifiée par le générique avec la sirène de police. Les motifs de cette gêne seront confortés mais la séance passe plutôt bien, pourvu qu’on ait l’esprit léger. Et puis la beauferie obstinée c’est exotique. Dans ce domaine, les trois Y a-t-il un flic font partie de l’élite, leur contribution est même rafraîchissante, limite novatrice.

Note globale 56

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Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER HOLLYWOOD **

2sur5  Troisième et dernier Y a-t-il un flic, juste à temps. Les deux premiers utilisaient la série Police Squad comme justificatif de départ, cette dimension-là s’éloigne maintenant. La parodie se concentre cette fois sur Hollywood et se repose sur une foule de citations, comme du Tarantino ou bien du Scary Movie avant l’heure (saga reprise en mains par les ZAZ à partir du troisième opus). Sont convoqués Les Goonies (les bandits), Les Incorruptibles (et la scène de l’escalier reprenant elle-même Le Cuirassé Potemkine), La Grande Evasion, Thelma & Louise, etc.

Le film est très efficace et conserve un rythme hystérique, mais il crée facilement la distance. Avant la prison, c’est limite, de façon encore plus marquée que dans les deux précédents opus. Les running gag avec les bébés et les échauffements autour de la libido tiennent du beauf ronflant. Les délires très systématisés caractérisant les deux précédents sont moins présents dans cet opus, mais il va en revanche très loin dans le scabreux sur le plan sexuel ou dans les grossièretés, de Mamy destroy aux jurons des familles. Les dialogues sont plus abondants, les phrases potentiellement cultes fusent ; les fans se régalent assurément, même si cet opus est reconnu comme un peu moins bon en général.

Certains moments sont franchement drôles, notamment lors de la remise des prix avec Nielsen/Drebin usurpant la fonction du présentateur. Il n’y a pas trois secondes sans gags, mais le manège est violemment kitsch, parfois vraiment trop lourdingue sur le plan visuel : le mélange de candeur extrême et de brutalité interdit toute élévation, dans quelque domaine que ce soit. Il faut être prêt à voir une comédie triviale mais néanmoins compétitive dans l’absurde, comme un Ace Ventura ou Police Academy de rang très supérieur.

Note globale 47

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ASSURANCE SUR LA MORT ****

9 Déc

assurance sur la mort

4sur5  Double Indemnity est l’un des meilleurs films noirs, sinon le meilleur ; et un film noir véritablement noir, pour le coup ! Réalisé en 1944, il se place loin du machiavélisme parfois enfantin de ses homologues, adoptant un ton parfaitement adulte et sinistre, suave et extrêmement fataliste, jugé de ‘mauvais goût’ à l’époque, tout en étant copieusement récompensé. La dynamique de ce policier ne repose pas sur l’identité du tueur et le point de vue de la victime est délaissé ; nous sommes du côté des assassins et c’est eux qui vivent dans la crainte.

L’excellent suspense caractérisant Double Indemnity vient de cette condition des amants criminels sous pression permanente, exposés par leur faute à un monde dont l’hostilité vient de se réveiller. Dès son quatrième film, Billy Wilder (Boulevard du crépuscule, Certains l’aiment chaud) innove tout un genre et propose une construction permettant d’évacuer les petits mystères, sans pour autant mettre le spectateur dans une position de supériorité comme souvent chez Hitchcock. Dans les premières séquences, le spectateur voit un homme manifestement acculé se confesser à un microphone pour un ami.

Le film sera donc un long enchaînement de flash-back et dès le début nous savons que la vérité va éclater ; nous savons que le destin est écrit, mais nous voulons et pouvons encore croire à une alternative, même pas sinueuse, il suffirait d’un bon concours de circonstances ou même de nouveaux méfaits ; et les amants seraient libérés, n’auraient plus à douter d’eux-mêmes ni de l’autre ni des contingences, s’épanouiraient sans avoir à se justifier. Ces criminels ont beau être froids et mauvais, dans la méthode et dans une certaine mesure dans leur être, Wilder cultive l’empathie à leur égard.

Pourtant, Walter Neff est un vrai anti-héros, très sombre, calculateur, avec les traits durs de Fred MacMurray et cette face de sadique oscillant entre certitude et anxiété. Apparemment plus douce et surtout plus animée, sensible, Phyllis Dietrichson (Barbara Stanwyck) se trouve transformée en femme fatale. Ces deux acteurs mettent alors leur image en danger ; pour MacMurray, il s’apprêtait à rejoindre un nouveau studio et la Paramount tenait à casser son crédit en l’assimilant à un produit sulfureux. Elle l’a poussé à prendre le rôle le plus important de sa carrière.

Malgré et même avec ses petits côtés amphigouriques du départ, Assurance sur la mort est globalement un thriller remarquable, un classique et une expérience vibrante dans ce domaine, par-delà la catégorie spécifique des films noirs. Sur ce terrain-là, entamé en 1941 par Le Faucon Maltais et refermé par La Soif du Mal en 1958 selon les acceptions puristes, Double Indemnity règne sans partage, faisant également de l’ombre au Troisième Homme. Seul La Nuit du Chasseur le surpasse mais il ne saurait lui voler le statut d’emblème ou dominant du genre compte tenu de son caractère iconoclaste ; Assurance sur la mort au contraire honore les traditions du film noir tout en assumant sa sève la plus sulfureuse.

Loin du simple cynisme maniéré et poseur de ses camarades, c’est aussi une tragédie romantique ne disant pas son nom, reflétant la fuite en avant du tandem Walter/Phyllis. Des ambitions dangereuses et sentiments amoureux les travaillent, mais sont complètement étouffées ou dépassées par la jouissance puis le vertige ressentis dans un engrenage hors-de-contrôle. Il faut toujours négocier la sortie ou lutter contre l’implacable échec. Ces sentiments sont si contrariés et les comportements des deux personnages si mécaniques que le pacte se conclue sur un baiser à la fois fougueux et très raide. Il ne serait pas crédible, si ce n’était pas celui de deux pantins torturés, deux tyrans possédés par leurs passions.

Note globale 84

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GARDE À VUE ***

25 Nov

garde à vue

3sur5  Réalisé au début de sa carrière, Garde à vue est resté le film le plus apprécié et reconnu de Claude Miller (L’Effrontée, Mortelle randonnée, La petite voleuse). Il sort en 1981 et réunit deux monstres sacrés de l’époque, Lino Ventura et Michel Serrault, pour un face-à-face judiciaire. Michel Serrault est Martinaud, notaire accusé du viol et du meurtre de deux petites filles. Lino Ventura est Gallien, le policier le maintenant en garde à vue la nuit du 31 décembre, décidé à trouver les preuves allant à son encontre. Dès le début, cet acharnement est indiqué au spectateur, cependant la culpabilité de Martinaud semble toujours probable.

À moins qu’il ne soit qu’un salaud ou même « un médiocre » auquel les autres médiocres en veulent car lui a réussi, alors qu’il est des leurs. Ce propos est explicité dès le départ et malgré tous les niveaux de lectures qui vont se succéder, c’est toujours lui qui va présider la suite. Dans Garde à vue, Martinaud est coupable de toutes manières, il ne faut que des preuves. Le film pointe du doigt la confusion entre ce que laisse supposer le caractère de quelqu’un ou ses secrets et ce qu’il fait concrètement. Martinaud est dans un continuum entre la saleté et le crime. Et s’il se moque de ces flics cherchant à mettre le grappin sur un gros poisson, il est sans cesse contraint de redéfinir sa déposition car les incohérences sont partout.

On ausculte la bête, pas une vraie bête immonde, juste un notable dérisoire, plein de vices et de tics minables, voir bientôt de perversions en germe. Les auteurs cherchent à le rendre agaçant : il est arrogant, joueur ; il est sans illusions aussi et cruel envers lui-même comme envers les autres ; il rappelle le droit et l’utilise pour se planquer, pour montrer qu’il a le droit d’être cynique sans que cela constitue un motif suffisant contre lui. La démonstration est à la fois maline et lourde, le point de vue d’un moralisme douteux : les gens seraient donc des chiens prêts à fondre sur un bouc-émissaire et tout lui faire payer, aucune faute ne nous est jamais pardonné. Sauf que nous ne sommes pas nécessairement des veaux hargneux et bas-de-front, que Martinaud/Serrault ne nous a pas nécessairement paru un monstre quand bien même il serait imbuvable.

La mécanique du film est très réussie, mais cette façon qu’a Miller de revendiquer l’empathie et l’objectivité face aux autres, les vrais salauds mais déguisés, alourdi son propos. La mise en accusation de ces éléments externes (la lourdeur de l’institution, la collusion avec le moralisme, les opportunismes mesquins et la tentation du raccourci) pesant une Justice honnête sert autant le message que le thriller. Mais la posture de bien-pensant toisant tout ce manège avec supériorité pose problème, quand le bien-pensant lui-même ne s’applique qu’à démontrer la fourberie ou la bêtise des antagonistes de Martinaud (c’est-à-dire tout le monde). Systématique et simplificateur, Garde à vue s’inscrit dans l’inversion accusatoire : quelle malice, quelle acuité providentielle ! Malgré le double-malaise que cela engendre, le film captive par sa réflexion et sa frontalité. La parade est soutenue par les brillants dialogues de Michel Audiard, pour lesquels il obtiendra le seul César de sa carrière. C’est d’ailleurs lui qui aurait trouvé le livre Brainwash ! et lancée l’idée de l’adaptation.

Note globale 63

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Suggestions… Le Limier + L’Important c’est d’Aimer   

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LES MANIAC COP **

26 Sep

Les Maniac Cop forment une trilogie mêlant policier et horreur. Ces films de 1988-1993 sont des produits typiques du bis de l’époque et de son rayon épouvante/fantastique en particulier. Le premier film avait une certaine identité mais pas le potentiel d’une franchise, si resserrée soit-elle.

Nicolas Winding Refn préparerait en ce moment un remake/reboot.

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MANIAC COP **

2sur5  Produit et écrit par Larry Cohen, mis en scène par le réalisateur de Maniac (William Lustig), Maniac Cop est un film culte mineur, ou film grindhouse (d’exploitation) majeur. Il mêle action, policier et épouvante. Dans les rues de New York, un mystérieux flic sème la mort. Jack Forrest est accusé à tort pour ses meurtres ; avec son amante et un collaborateur bienveillant, il va tâcher de réunir des preuves contre Matt Cordell et l’arrêter dans ses massacres. Matt Cordell, leur coupable présumé, était un homme vertueux : aujourd’hui, c’est un fantôme aveuglé par la colère.

La séance est sympathique mais le mythe balayé. Découvrir Maniac Cop trente ans après sa sortie et en connaissance du bis amène à s’interroger sur le destin de ce produit. Sa réputation est probablement dû à la présence de Tom Atkins et Bruce Campbell, le héros de Evil Dead adulé par certains fans du gore et de l’épouvante. Malgré le charme de certaines prises de vue, de la capture de ce New York mal fâmé des années 1980, Maniac Cop reste un film au développement laborieux. Les auteurs y enfilent les lieux communs avec une candeur déconcertante, lorgnant vers le Z notamment au début du métrage.

Globalement, c’est un mélange d’énergie et de fabrication poussive : la gestion du suspense est réfléchie et relativement percutante, l’intrigue est pauvre et bâclée à un point limite. Les personnages sont très mal écrits mais le casting est inspiré, sauf pour les seconds rôles tirant vers le nanar. Par exemple, l’inspecteur Frank MacCrae est un protagoniste agaçant et l’handicapée assez improbable, mais leurs interprètes savent le dissimuler. Le film aura deux suites et les flash-back oniriques en prison (avec le filtre bleu nuit typique) servent de choc matriciel à la petite saga. Notons le cameo de Sam Raimi.

Note globale 53

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Suggestions… Street Trash + Der Todesking + Le Dentiste + Wolfen

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MANIAC COP 2 *

2sur5  Maniac Cop 2 reprend les choses à zéro, avec de nouveaux personnages (seul Campbell est encore là) et en semblant ignorer les événements du premier opus. Cette impression est peut-être la résultante de la confusion du scénario. Quoiqu’il en soit, peu d’éléments en font une suite et Maniac Cop 2 apparaît presque comme un reboot de son prédécesseur. Lustig et ses producteurs essaient de prendre le chemin des sagas fétiches de l’époque, Vendredi 13 notamment.

Leur bébé a le côté random et fauché de cette dernière, avec cette même rigueur bizarre donnant la sensation d’assister à des rushes abondamment retouchées et reliées à l’arrache. D’un point de vue technique, Maniac Cop 2 est supérieur, avec quelques mouvements de caméras ambitieux. Il est plus soigné et haut-en-couleur, plus lisse dans son visuel comme dans l’intrigue, resserrée. Celle-ci demeure remplie d’incohérences, mais exclue tout flottements ou dérives bizarres ; on progresse au ras-du-bitume avec des propos insensés, mais la ligne est droite.

L’œuvre est plus spectaculaire, avec cette séquence enflammée en fin de métrage. L’anxiété a laissé la place au ludique. C’est toutefois peu divertissant. Il est temps de s’en tenir là : Lustig a tenté d’ouvrir un mythe, il s’est rétamé en douceur, la manne est trop vaine. Vendredi 13 n’est pas supérieur, mais se poser comme son concurrent direct n’a rien de glorieux. En gonflant l’histoire de Matt Cordell (avec ses traumatismes et son masque), Lustig ne fait que s’installer dans le nanar pompeux. Il est regrettable que l’auteur du brillant Maniac se soit fourvoyé dans ce truc digne d’un Universal Soldier sans la profusion.

Note globale 41

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Suggestions…  Birdy 

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MANIAC COP 3 *

2sur5  Le troisième opus des Maniac Cop amène la petite saga sur les terres de la série B policière quelconque, mais fantaisiste. Tenu comme très inférieur aux deux premiers opus, Badge of Silence confirme l’inanité du label Maniac Cop et présente peu d’intérêt, sans sombrer pour autant dans la médiocrité. William Lustig est toujours aux commandes et partage son poste avec Joel Soisson, réalisateur qui réapparaîtra en 2005 pour s’illustrer dans les suites de sagas horrifiques bien plus mineures que celle-ci : Pulse et The Prophecy.

Avec Maniac Cop 3, le spectateur se retrouve face à un policier très sérieux. La BO est grave, quelquefois sensuelle et constitue l’atout majeur du produit. Loin de la  »flamboyance » du 2 comme du côté grouillant, un peu punk, du 1, Maniac Cop 3 déroule un programme propre et ennuyeux, où un vaudou rejoint la galerie. Les efforts pour noircir le tableau sont omniprésents mais le regard est peu convainquant, qu’il s’agisse des journalistes totalement cyniques ou des avocats dans le même registre.

C’est Bad Lieutenant via une poignée de one-line et de belles gueules de connards arrogants : et c’est faible. Une poignée de séquences à la lisière du psychédélique vient ponctuer l’enquête au climat très lourd et la double romance de circonstance. Lustig emploie toujours cette séquence bleutée en prison, y ajout l’incendie de la fin du second opus. La franchise voulait se hisser auprès des sagas de l’époque et cette fois c’est plutôt Freddy qu’elle cherche à tutoyer, par exemple avec ce cauchemar nuptial. Sans destin mais pas mal-aimable.

Note globale 39

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Suggestions… Massacre à la tronçonneuse 3   

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