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LA ROUTE ****

25 Fév

4sur5 John Hillcoat est l’auteur d’un cinéma classiciste, incisif et limpide, envisageant avec simplicité l’essence de l’homme (de la rudesse mainstream de La Proposition à la simplicité flamboyante de Lawless), ostensiblement acquis à l’idée que la nature et en particulier la sienne le rattrape et le précède toujours. Un cinéma organique, philosophiquement essentialiste et conservateur dans la pratique, dont le fatalisme est nuancé par une certaine joie, une sérénité. La Route n’affiche pas, dans son ensemble, la même confiance ; au contraire, cette adaptation d’un roman de Cormac McCarthy plonge le spectateur dans un contexte post-apocalyptique où un père et son fils garantissent leur survie sans autre but, simultanément en proie à une morosité interne et à l’angoisse liée à un environnement terne et assassin. La candeur, l’élan à faire le bien de l’enfant sont un contraste lumineux par rapport aux paysages ravagés d’où surgissent des prédateurs affamés et victimes égoïstes ; mais il n’est qu’un leurre délétère et comme tout désir fraternel s’introduisant là où n’est question que de survie, il ne fait que précipiter vers un plus grand vertige face à son dépouillement global. Pour autant, cette aspiration au dépassement s’avère la meilleure des vertus et la condition de la croissance.

La préoccupation fondamentale dans La Route, c’est la condition humaine réelle ; la dévastation, le chaos ne font que la mettre en relief. En l’absence de civilisation, l’homme n’est plus qu’un animal errant – quand bien même il jouit de facultés mentales optimales. Sans culture ni lien social, il est simplement fonctionnel ; si le troupeau ne l’aliène plus, c’est la nature furieuse et indifférente qui le harcèle et l’emporte dans ses tourments. Cette vision, relativisant les valeurs et les croyances de société, tout en assimilant leur imprégnation, mais aussi en leur accordant des intentions lumineuses, concilie deux prises de conscience. Celle, d’abord, d’une certaine virginité, voir d’une vacuité originelle et viscérale ; avec la reconnaissance que la construction d’une identité sur la base d’intérêts et de perspectives communes permet la mise en forme de l’individu, l’arrachant à la confusion mais aussi au parasitisme.

Le cas échéant, c’est la guerre de tous contre tous. Sans ordre commun ni concessions réciproques permettant un équilibre structurel, il n’y a qu’une humanité paranoïaque, remplie de faibles gonflant le torse, attaquant pour ne pas être décimé, avec au milieu la re-formation de quelques hordes primitives. La Route envisage le monde comme un territoire menacé ; la constitution d’une société comme une exigence, qu’elle soit un mal ou bien ; la morale non strictement comme une construction mais comme l’émanation d’un épanchement sincère de l’âme.

Pour l’auteur du roman et pour le cinéaste, il ne s’agit pas d’évoquer comme le poids d’une société peut causer du tort (elle n’existe pas là où nous atterrissons) ; il s’agit d’aller à la source, là où tout est déconstruit et il ne reste qu’à explorer, mais sans aucun moyen ni de s’approprier ni de forger les éléments du monde. Le regard est profondément individualiste tout en réfutant l’idée d’une  »liberté » innée, dévoilant comme ce postulat est évanescent. Sitôt qu’il se heurte à la pratique du réel, une seule chose compte : que puis-je maîtriser ?

Matérialiste et métaphysique, La Route est comme navré de ne pouvoir se fixer aucun idéal, mais dans le même temps, un vœu de transcendance, ainsi que l’intuition de régularités universelles, habitent le film et ses personnages. Une conception du monde se joue, par-delà la stimulation de l’instinct de survie et la confrontation aux impératifs primaires, ceux qui précèdent et modulent l’action de chacun.

Il y a aussi un constat absurde, entre optimisme et raison anxiogène : d’une part, le regard est rationnel et instinctif, percevant la sécheresse d’un monde indompté avec éclat. D’une autre, l’acte de fonder, un groupe, une unité sociale, à terme une civilisation, est perçu comme un triomphe de la volonté et de la chaleur humaine ; l’éveil de la passion est chéri parce qu’il apparaît comme la solution permettant la trahison de la misère d’être venu au monde sans passé et sans avenir. Intrinsèquement, l’œuvre envisage qu’un mélange d’idéalisme spontané et de résignation bienveillante (d’un angle négatif, on parlera d’hypocrisie ou d’opportunisme) est nécessaire à l’accouchement d’une structure par laquelle l’homme est sécurisé, valide et prompt à s’épanouir.

Note globale 82

Page Allocine

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Aspects défavorables

Aspects favorables

* ceux qui croient que l’homme n’est pas pré-déterminé seront heurtés à leur pire cauchemar

* joyau brut et chef-d’œuvre métaphysique et essentialiste

* une conception de l’homme, de la nature, de la société, qui n’est  »pessimiste » que dans l’œil de ceux qui choisissent de le percevoir ainsi

* invite dans un monde nu, vierge et horizontal, où le désir d’édifier est un idéal doublé d’une exigence

* solennité, entre fable spirituelle et rude action-movie

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WEEK-END (Godard) **

11 Fév

2sur5  Sorti après l’échec et l’impact tourmenté de La Chinoise, Week-end est un méchant piège monté par Godard. L’homme de Pierrot le fou est alors au sommet de sa gloire et surtout de sa visibilité – il sera marginalisé absolument dans une décennie. Au départ dans Week-end il semble faire vaguement semblant de réaliser un film normal, avec narration continue et événements ou buts clairs. Pourtant la musique intervient à des moments incongrus, puis s’étale, couvre des dialogues en plein milieu de séquence. Et ça dure et les dialogues continuent ; décousus, des logorrhées à base d’expériences sexuelles, où le locuteur rebondit sans fin et sans intensité.

Ce n’est pas toujours bien audible et lorsqu’on tend l’oreille il n’y a rien à y gagner. Le film sera une succession de moments longs souvent volontairement irritants. L’exemple le plus édifiant est au début : c’est le temps de l’embouteillage et des klaxons sur la route (avec post-synchro crispée édifiante pour insister sur l’absurdité dévastatrice). La trame est idiote et aurait pu servir à une comédie, comme le tandem principal : Jean Yanne (futur Boucher) et Mireille Darc, populaires et aux costumes habituellement positifs ou gentiment appréciables. Jeunes adultes bénis des Trente Glorieuses et bourgeois aux avant-postes pour profiter de la société de loisir qui s’ouvre, ils traverseront la France sans prêter attention aux troubles sociaux et aux revendications omniprésentes (la dernière partie est braquée sur une insurrection dans les bois avec hippie-punks coco-primitivistes).

C’est la jeune droite molle qui ne sent peut-être pas et dans tous les cas se fout du vent qui souffle dans la vie sociale et politique – sinon dans l’Histoire ; elle n’en retient que les bénéfices présents et s’y abonne doctement. Ceux qui s’agitent ne valent pas nécessairement mieux. Ils sont accrochés à des combats plus qu’intéressés et n’ont pas de problème pour faire preuve d’hypocrisie ; Yanne et Darc ont le tort d’être indifférents mais au moins ils ne perdent pas de temps à faire la leçon et ne s’étalent pas en démonstrations. Cet opus est hautement politisé mais guère militant, loin de Deux ou trois choses que je sais d’elle produit au même moment. C’est surtout un objet d’amusement (le pic humoristique est la séquence du ‘stop’ après l’accident), avec citations à foison, plus pour faire de l’effet et remplir la barque qu’approfondir ou défendre. Quand les échanges se font distinctes, c’est pour accoucher ce genre de niaiseries : « il a dit ‘on est tous frères’ » ; « c’est pas Marx, c’est un autre communiste qui l’a dit : c’est Jésus ».

Au milieu des banalités utilitaires et exclamations foutraques, les exhumeurs devront apprécier quelques bons mots et des laïus éparses sur le christianisme, la morale et la lutte des classes. Le soulèvement Noir et la projection assortie couperont quelques instants les fadaises de doctrinaires gauchistes. Ce chaos posé bien que teigneux est une première vision d’apocalypse ordinaire par Godard avant ses exploits de fin de carrière (et de vie) Film Socialisme et Adieu au langage, costauds en terme de désintégration assumée. Godard l’avant-gardiste voyait déjà en 1967 les nouvelles ligues gauchistes comme des gesticulateurs aux chances d’accomplissement nulles, régression et endormissement bruyant mis à part. Si cette déglinguerie multiple laisse froid -et il y a de quoi- il faudra se satisfaire des performances ahuries et des joies neurasthéniques, avec Mozart à la ferme ou la pouffe parisienne en sang et en furie contre le prolétariat franchouillard.

Note globale 52

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Crash/Cronenberg

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Note arrondie de 51 à 52 suite à la mise à jour générale des notes.

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SÉANCES EXPRESS n°21

25 Nov

> Daisy – 2006 ** (61) drame/romance sud-coréen

> Cannibal -2010* (38) épouvante/romance belge
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DAISY (ANDREW LAU) **

3sur5 Dans la carrière de Andrew Lau, Daisy est l’escale sentimentale au milieu d’un déluge d’action, de suspense et de drames pessimistes. Le réalisateur hong-kongais est notamment l’auteur (avec Alan Mak) de la célèbre trilogie Infernal Affais, dont le premier opus a été remaké par Scorsese via Les Infiltrés.

C’est une histoire de destins liés par un triangle amoureux et une enquête : un détective et un tueur professionnel amoureux d’une artiste de rue. L’action se déroule à Amsterdam aux Pays-Bas (où l’intégralité du film est tournée), avec des expatriés est-asiatiques et joue sur les deux tableaux : sentimental appuyé de flash-backs et policier allant jusqu’aux gun-fight gratinés. Le ton est délicat et plein de regrets, une pointe de morosité et de fatalisme étreint les personnages.

Très bien accueilli, Daisy réitère les manies esthétiques à l’œuvre dans Infernal Affairs, à savoir un classicisme proche de la pruderie affectée, oscillant entre retenue formelle et revendications émotionnelles saillantes. Andrew Lau traduit à merveille l’état de ses héros, guidés par leurs aspirations, bloqués par leurs peurs et devoirs ; au-delà de la love story très soignée, c’est l’atmosphère de recueillement, presque d’embaumement d’un amour impossible, qui donne au spectacle une tonalité unique. Par sa qualité et sa conception savante, c’est un mélodrame qui pourrait convaincre au-delà des initiés.

Note globale 61

Page Allocine  + Zoga sur SC

Fiche IMDB : FR/EN

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CANNIBAL (2010) *

2sur5 Premier long-métrage de Benjamin Viré, ce film d’horreur belge, évoquant vaguement à son meilleur le potentiel d’un Calvaire, suscite une certaine langueur mais souffre de ses approximations. Viré y consacre ses efforts à créer une atmosphère glauque et décalée, mais ne prend pas la peine de fabriquer un scénario et d’étoffer ses arguments, se contentant de jeter des thèmes, des tics et des promesses (la romance dégénérée, la métaphore vivante de la mante religieuse) qui ne trouvent pas d’ancrage et donc qu’un écho maladroit. En marge, Cannibal cherche à pencher vers le film d’action voir le gangster-movie, opposant deux cadres : mafia urbaine et ermite paumé des bois. Naturellement, il ne tire rien de ce supplément, se contentant d’additionner ce qui, en soi, ne suffit à fournir des points. De la même manière, la BO aux accents torturés et mélancoliques ne contribue pas à enrichir le film ; c’est simplement un bon élément placé là, sans qu’il y ait d’interaction dynamique (idem pour la prestation de Philippe Nahon, sympathique anecdote en elle-même, indifférente en l’état).

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D’abord rigide et confus, Cannibal semble engager des pistes mais renonce aussitôt, s’égare dans des private joke (« junette », « jonathan » – on voit mal le but) et des petits coups pour rien (fausse prise de contact, pétage de gueule gratuit…). Entre morceaux de bravoure grossiers, discussions torsadées et non-sensiques (que de cafouillages avec au milieu des phrases définitives, « je vie seul car on aime qu’une fois »), Cannibal cherche à attiser le mystère mais ennuie plutôt : si la photographie, les contextes, aguichent, le spectacle est orphelin. Il manque des morceaux, pas seulement dans le scénario, mais dans le montage voir dans les dialogues. De toute évidence, Cannibal a été conçu pour contenir les lubies d’un jeune cinéaste et son entourage : leur bébé réunit de jolis moyens et de notables démonstrations, mais ce n’est pas pour autant qu’il a de la gueule, encore moins un sens. On le regarde avec une curiosité décroissante et sans plaisir particulier. Un produit bis, expéditif et respectable mais manquant cruellement de maturité, d’intensité et même, de sujet et de matière.

Note globale 38

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Fiche IMDB

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Suggestions : 13 Tzameti

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Toutes les « Séances Express » : 22, 20, 19, 18, 17, 16, 15, 14, 13, 12, 11, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1

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CANNIBAL HOLOCAUST **

1 Avr

« Est-ce qu’il est nécessaire de montrer aux hommes l’enfer pour qu’ils croient un peu en leur bonheur !? »

2sur5  Cannibal Holocaust est l’un des films les plus controversés de tous les temps ; et si ce statut sulfureux lui est toujours accordé, c’est autant pour ses images peu ragoutantes que pour trois accusations majeures. Elles se concentrent sur : l’hypocrisie de sa dénonciation de la violence, le degré atteint par cette violence, le caractère injustifiable de la mise à mort réelle d’animaux(la tortue, le rat d’eau, le porc – exclusivement des animaux consistants et mignons, dont le massacre, si bref soit-il, est pénible – et, pendant ces courts instants, nourri de dégoût et de colère à l’égard du film et ses protagonistes).

D’autres au contraire y voit un chef-d’œuvre et sont subjugués, d’abord naturellement par son commentaire social, ensuite par sa double audace : représentation sans interdits et regard pessimiste sur les hommes, allant jusqu’à mettre en doute la validité du contrat social. Le rapport de force entre ces deux blocs antagonistes débouche sur une situation paradoxale : numériquement, la majorité continue à vomir le film, y compris les écumeurs de pièces underground les plus téméraires. Mais une véritable  »minorité agissante » de cinéphiles ne cesse de le ramener sur le tapis et mettre en évidence son génie.

D’abord un produit typique !

Tourné en 1979, Cannibal Holocaust est la seconde incursion dans l’univers des tribus cannibales de Ruggero Deodato, déjà auteur deux ans auparavant du Dernier Monde Cannibale. Le cinéaste bis italien se rendait cette fois en Colombie pour ce qui restera sa réalisation notoire – le reste de sa carrière, hormis peut-être La Maison près du parc, n’ayant valeur que d’anecdote.

En fait, Cannibal Holocaust n’est pas un monstre sorti de nulle part. C’est plutôt un sommet du film de cannibale et surtout, sa vocation était d’une part de pousser le genre à son point limite ; d’une autre, d’être un méta-film, accessoirement une dénonciation  »participative » de la violence façon Funny Games. Et c’est par là qu’il se distingue du tout-venant du film du cannibale ou du cinéma d’exploitation.

Innovation narrative et esthétique

La vraie force de Cannibal Holocaust, celle qui justifie sa place dans l’Histoire du cinéma, est formelle. Le film nous amène dans « l’enfer vert » de deux façons : dans la première partie, une équipe de secours part retrouver dans la jungle amazonienne une expédition partie il y a deux mois, sans donner de nouvelles depuis. Dans la seconde, occupant environ les deux tiers de l’heure et demi, des journalistes et responsables médias visionnent le reportage enregistré par cette fameuse équipe, qui a fini par connaître une mort violente auprès des tribus sauvages qu’elle partait découvrir. Cannibal Holocaust utilise ainsi de fausses images  »trouvées » (sur laquelle se pose une BO divine, combinant douce mélopée et synthétiseurs effroyables) pour amplifier le réalisme et la banalité de l’ambiance, générant ainsi une plus grande proximité avec l’horreur.

En se présentant ainsi, Cannibal Holocaust emploie un langage cinématographique rare, résolument premier degré, aux apparences impersonnelles et spontanées ; par conséquent, particulièrement offensif. Avec son ambition de « cinéma-vérité », le film a eu des répercussions considérables sur le « found footage movie », dont il est l’un des ancêtres, sinon la matrice contemporaine. Le filmage  »documentaire » artificiel a notamment engendré Le Projet Blair Witch, qui lui-même a crée un véritable genre, aujourd’hui parodié jusqu’à la saturation par les consternant Paranormal Activity.

Les polémiques connues à l’époque peuvent paraître insensées vues d’aujourd’hui : Cannibal Holocaust était suspecté de montrer des humains tués réellement (donc d’être un cas de snuff, légende urbaine qui commence à s’imposer dans les 70s) et Deodato a été porté devant les tribunaux. Il a du faire la preuve des trucages et présenter, devant la justice et à la télévision (totale ironie) ses acteurs qu’on croyait sacrifiés. Malgré tout, le film est de toutes façons censuré voir banni dans plusieurs pays européens.

Une philosophie garantie sans humanisme

Deodato défend son film comme une représentation de la délétère course au scoop des journalistes ; dans son pays, ce sensationnalisme aurait atteint son point culminant avec l’attrait des médias italiens pour la violence dans l’affaire des Brigades Rouges. Toutefois lorsqu’il met en exergue ce journalisme racoleur et immoral, Cannibal Holocaust use des mêmes ficelles et dépasse très largement son accusé – au point de se demander si celui-ci n’est pas avant tout un prétexte. Mais ce point a été largement évoqué, servant sans relâche de motif ultime d’un dénigrement contagieux, sans doute un peu aveugle (à l’image du racisme qui lui est prêté – alors que ce sont les pervers de la partie, ceux du reportage, qui le sont).

Il faut reconnaître à Cannibal Holocaust que sa réflexion s’étend plus loin. Dans la vision délivrée par le film, le monde moderne est aussi sauvage que celui des tribus primitives et refoulées ; finalement, les hommes sont tous des animaux dans une jungle (le parallèle est dressé explicitement par le montage lors du générique d’exposition). Naturellement c’est très con. Et puis c’est vrai, ça l’est suffisamment en tout cas. Tout comme la dure loi de la jungle, qui presse à sacrifier et à attaquer lorsque le contexte ne laisse que ce genre d’urgences. Mais cette loi imprègne d’autant plus les hommes qu’ils tentent de dompter la nature ; si les reporters engendrent le conflit et font entrer le mal dans l’eden tribal, c’est parce que eux-mêmes ont été préalablement corrompus par les mensonges et l’ordre factice de leur civilisation (tandis que les indigènes sont d’abord plus raisonnables et pacifiques, en tout cas envers les étrangers – tout en vivant au quotidien et exultant dans leurs rites la violence que ces étrangers ne connaissent plus).

Un passage obligé au musée de l’inouï et du scandale

S’il a toujours un pouvoir traumatisant, c’est pour ces éclats de violence laconiques et ultra-réalistes (le viol-sacrifice (punition pour adultère), le corps empalé (souvent repris en guise d’affiche)  ; plutôt que pour sa posture ou ses intentions. Évidemment, la dimension psychologique n’existe pas, sinon pour les démonstrations d’humanité primaire. Cannibal Holocaust n’est jamais plaisant ou divertissant, sans quasiment une once d’humour [volontaire – il y a tout de même la première partie, assumée comme une mise en scène], mais tout de même férocement complaisant – et il rejoint A Serbian Film dans sa promesse, accomplie, d’éprouver et d’emmener le plus loin possible.

Et ainsi le film n’est jamais une escroquerie ; au contraire, il a toute sa place comme classique du grotesque macabre, à l’ultra-réalisme près. Même s’il semble surfait, il parvient à être ce qu’il veut : une odyssée folle, abjecte, fascinante. Creuse aussi, mais pas vide (et d’ailleurs, tellement surchargée). Deadato a mis tout ce qu’il voulait dans Cannibal Holocaust et en dépit de tous ses défauts (graphiques et narratifs – ou moraux), celui-ci dégage bien ce climat de pellicule transgressive allant peut-être là où il ne faut pas ou peut-être n’importe comment, mais y allant, avec quelque chose de suicidaire et enflammé dans le geste. L’ensemble n’en est pas moins besogneux et extraordinairement immonde (avec notamment le démembrement final).

Il suscite encore les passions, soulèvent les cœurs, enflamme les plumes et les esprits. C’est, trente-trois ans après, encore un « on le hais ou on l’adule ». L’indifférence ou la modération semblent exclus ; c’est pourtant bien là que je me situe, pour ce film aussi important qu’ennuyeux. Et si les scandalisés, comme ceux qui crient au chef-d’œuvre, prolongeaient le  »sens » de Cannibal Holocaust en se triturant en vain, voir en galvaudant l’esprit critique ?

Note globale 49

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VIRUS CANNIBALE *

2 Mar


2sur5  « De toutes façons cette histoire ne vaudrait pas un clou à la télévision ». Oui, la VF insiste bien pour enfoncer. Virus Cannibale est considéré comme l’un des plus gros nanars de tous les temps, au côté de Turkish Star Wars, rien de moins. Baptisé à sa sortie Hell of the living dead, c’est une des créations de l’inénarrable Bruno Mattéi, orfèvre du nanar extrême, empruntant le pseudonyme de Vincent Dawn pour l’occasion.

Virus Cannibale sort en 1980, deux ans après le triomphe du Zombie de Romero qui a engendré une vague de zombie movie (la première avant celle des années 2010). Le film reprend des préoccupations de l’époque (crise écologique, surpopulation, danger et nocivité des énergies actuelles) pour faire de ce Soleil Vert cheap dont tout le bis des 70s-80s en est rempli. Dans Virus Cannibale, une journaliste part avec son cameraman et quatre soldats d’élite en Papouasie-Nouvelle-Guinée, où un programme d’eugénisme se préparerait dans une centrale nucléaire. En effet, en revenant à la vie pour prendre celle des autres, les zombies sont censés régler les problématiques évoquées plus haut.

Aucun style, aucun talent et, pire car c’est la base, aucune matière ni fluidité. Bruno Mattéi est juste un mec qui filme des histoires abracadabrantesques et basiques. Les acteurs sont figés, la réalisation consternante, incapable de ménager le moindre effet. La caméra est fixe, en plans larges, essaie deux-trois contre-plongée, mais jamais elle n’assiste l’action. Elle est absolument objective, alors que ce qu’on voit est parfaitement artificiel et vide. L’attaque des zombies est hilarante, donnant lieu à de consternants amalgames d’hystérie et d’inertie. Virus Cannibale c’est aussi un défilé de gore absurde, de plus en plus corsé (si nanardeux soit-il, le final est généreux et trash comme il faut).

Comme souvent avec ce genre de produit, on est relativement déçu car son label semble excessif. Virus Cannibale n’est pas incroyablement nul, il est juste prodigieusement nase, avec des prétentions morales pour souligner et renchérir cette médiocrité. C’est un film Z entré dans la légende et il y a de quoi, mais des aberrations dans ce genre se comptent par dizaines. Contrairement à d’autres « films les plus mauvais de tous les temps », on se plaît assez à suivre celui-ci (il est aberrant mais limpide, concentré, ce n’est pas le cas par exemple avec Zombie:la création, dernier de Mattéi). Il est vain au point d’en devenir irritant, mais son jusqu’au-boutisme dans des logiques sans aucun sens le rend assez spectaculaire, comme lorsqu’un membre de l’équipe nargue les zombies pendant que tous ses camarades sont partis se réfugier dans le camion. Ça dure au moins cinq minutes, ça s’explique dans le contexte, mais enfin qu’est-ce que c’est que cette connerie ?

Note globale 38

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Suggestions… L’Enfer des Zombies + L’Avion de l’Apocalypse + La Terreur des Zombies 

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