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THE LAST FRONTIER / LA CHARGE DES TUNIQUES BLEUES ****

7 Juil

4sur5 Un western un peu bizarre, relativement à huis-clos comme les opus mielleux de John Ford (Rio Bravo en tête), mais aussi une espèce de drame psychologique espiègle prenant le parti de la liberté, observant le cynisme et la lâcheté avec sérénité. Le titre VO ‘The Last Frontier’ est donc un meilleur indicateur que celui générique de la VF. Les démonstrations, heureusement douces, au service des oppositions ne sont pas mirobolantes – ce clash sauvagerie/civilisation avec le petit discours questionneur assorti. Elles restent fondées et sérieuses dans ce contexte américain avec les débuts de la Guerre de Sécession et donc la marche vers l’unification (au contraire de la simple aspiration romantique – d’ailleurs le mythe du ‘bon sauvage’ n’a pas sa place ici et nous sommes donc plus près de Sergio Leone dans quinze ans que de la concurrence contemporaine dans le domaine du western).

Le film est plus riche et étonnant sur les enjeux moraux et les prétentions de façade de cette communauté improvisée. Il accepte les ambiguïtés et reconnaît en elles des compromis, non la manne d’un flou artistique ou de la ‘nuance’ gratuite. On voit le prix du consentement ou de l’acceptation, la relativité de l’idéal du courage et de la noblesse des questions dites d’honneur, l’importance des instincts égoïstes ou grégaires, les diverses sortes d’avidité et de ‘territorialité’ chez les quatre principaux personnages (le crasseux, le mauvais et les deux planqués tirant leur légitimité de leurs charmes). C’est là que le regard du marginal apporte une contribution sérieuse et plus globale, car il est lucide sur son compte et attaché à ses ‘privilèges’ naturels, peut apprécier les dons de la civilisation sans avoir reçu son instruction ni avoir été ajusté par elle. Pourtant aujourd’hui il est attiré par les beautés de l’ordre communautaire (la femme et l’uniforme), prêt à des efforts et sacrifices pour y accéder – or il risque d’y mourir à plusieurs degrés et ne pas trouver d’écho auprès de gens plus équilibrés et insérés donc plus dépendants et hypocrites.

Ces conflits entre devoirs, traditions et désirs, ne relèvent que de choses classiques mais sont difficilement dicibles et admissibles en-dehors de films spécialement sombres ou lourds, ou bien traités de façon moins mature. L’issue est un peu schizophrène et primesautière puisqu’elle mêle à la fois le ‘happy end’ imposé de l’extérieur et la sur-normalisation de l’exclus, donnant un air de conformisme à la fois sain et ironique (on respecte les formes sociales pour un retour sur investissement) et impropre (on rentre effectivement dans le moule et soudain il n’y a plus d’adversité même intérieure, c’est la réconciliation au pays de Candy amoral mais sans reproches). C’est toujours plus honorable que la complaisance envers l’auto-destruction du rebelle dans Seuls sont les indomptés (lequel a le mérite d’être cohérent en intégralité puisque dès le départ le protagoniste est un suicidé déraciné, avant d’être un inadapté).

Note globale 78

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Suggestions… Vorace + Jeremiah Johnson

Les+

  • personnages, dialogues
  • contexte et mise en scène
  • regarde honnêtement l’humanité

Les-

  • la musique (relativement au reste)
  • fin un peu régressive, comme d’habitude

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LES HOMMES PRÉFÈRENT LES BLONDES ***

28 Oct

les hommes préfèrent les blondes

4sur5  En 1953, le réalisateur de Rio Bravo, Scarface ou encore du Port de l’Angoisse réalise son unique comédie musicale : Les hommes préfèrent les blondes avec Marilyn Monroe et Jane Russell, amies dépareillées en croisière. La brune charme les hommes, la blonde en fait des laquais exaltés. Au-delà de ce thème enfantin, celui de l’argent et du statut est traité avec une certaine rudesse, celui du sexe de façon couvée même s’il est omniprésent.

Tout en étant vaguement candide et extrêmement superficielle, la blonde est d’un cynisme total. Elle cherche un mariage d’intérêt pour se donner le loisir d’aimer : seul l’argent justifie les fantaisies et les sentiments. Il faut être une dame, avoir ses mobiles de drama-queen conforme sur tout. Ce n’est pas tant le prix du confort qu’une fin en soi, quoique les diamants sont encore au-dessus de toutes les priorités.

La brune est un personnage plus complexe, au charisme fort, assez offensive et têtue, ne se prêtant au jeu de la séduction que si elle est sincèrement intéressée. Elle n’accorde pas de considération aux barrières sociales ou culturelles et reste toujours distante avec son environnement, même lorsqu’elle est à l’avant-scène. D’ailleurs, la concurrence de son amie Lorelei Lee lui rappelle combien son recul est approprié.

Gentlemen prefer Blondes est manifestement sous l’inspiration de la screwball comedy (années 1930-1940) et jouit de sa liberté de ton. Cette comédie musicale est donc passablement old school dès sa sortie par son genre, elle est aussi d’un culot assez rare, adoptant un ton cru sans sacrifier l’élégance. En plus de sa drôlerie, le show est assez euphorisant, bien plus qu’un film de Blake Edwards (Diamants sur canapé, La Party), plus lucide que lui surtout (sans recul sur son racisme social permanent).

Note globale 71

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Suggestions…

 

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Hawks sur Zogarok >> Les hommes préfèrent les blondes + Scarface/1932

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LE CRIME ÉTAIT PRESQUE PARFAIT ***

26 Juil

le crime était presque parfait

4sur5  Appartenant à la période de l’Hitchcock classique, grand maître, Dial M for Murder sort en 1954 et se situe juste avant Fenêtre sur cour et La main au collet. Manifestement moins ambitieux que d’autres, c’est pourtant l’un des meilleurs opus hitchcockiens, en tout cas l’un des plus délectables. Craignant une séparation qui le mettrait financièrement dans l’embarras, Tony Wendice contraint un homme à tuer sa femme. Mais celui-ci rate son assassinat et Margot Wendice se défend si bien qu’il meurt un ciseau planté dans le dos.

Le mari est alors au téléphone à l’extérieur. Il doit rejoindre sa femme à leur domicile : comment la gérer, comment se protéger et orienter la police qui arrive ? Le spectacle est assez balourd au départ, quoique le face-à-face du commanditaire et de l’exécutant forcé corrige rapidement le tir en mettant au placard les discussions oiseuses. Lorsque l’unique véritable criminel est le seul (avec nous spectateur) à connaître la menace pesant sur lui et devoir la déjouer, le film devient passionnant. Puis le piège se referme sur sa femme et arrive le climax du film, où la victime manipulée est doublement bafouée.

Le spectacle charme énormément par sa précision retorse et l’aspect ludique de sa construction. Son tournage en quasi huis-clos lui apporte plus que sa 3D (dont quasiment personne n’a pu profiter pendant une cinquantaine d’années, en-dehors des festivaliers). De l’aveu du réalisateur lui-même, peu d’effets se fondent sur le relief (les remarquables sont relatifs à des gestes manuels), mais Le crime était presque parfait a ainsi l’honneur de figurer parmi les premiers à employer le procédé. Le film profite de ses excellents personnages (Grace Kelly, l’inspecteur) et notamment de son criminel quasi parfait.

En dépit du risque d’échec pesant sur lui tout le long du film, Ray Milland est un stratège et acteur brillant, d’autant plus inquiétant qu’il ne souffre d’aucun trouble intense ni d’aucune culpabilité (seulement l’anxiété du dissimulateur). Sa position d’aliéné modéré et son élégance, face à un amant plus grossier (dont la perspicacité sonne faux), le rendent plus sympathique que les autres protagonistes, dont l’enthousiasme creux et la froideur mondaine semble être devenue une seconde peau ‘sincère’ : le spectateur voit une hypocrisie et un maillon (faible et moralement abject, pourtant sans méchanceté) qui ne s’en accommode pas. En dernière instance son obscurité est plus digne que leurs couleurs pastels – c’est un franc antihéros, les autres sont rangés aux mesquineries ordinaires. C’est aussi un vrai sujet de tragi-comédie tant il est objet d’ironie ; il fait entrer le Mal dans la maison, évidemment pour son propre compte, or il travaille au succès des besoins amoraux de ses adversaires, qui demeurent les gentils de l’affaire.

Note globale 72

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Suggestions… Hannibal + Douze hommes en colère

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

Critique complétée suite à un second visionnage en janvier 2019.

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L’HOMME QUI EN SAVAIT TROP (HITCHCOCK) : LES DEUX VERSIONS **

8 Mai

l'homme qui en savait trop 1934

L’HOMME QUI EN SAVAIT TROP (1934) **

2sur5  Premier film d’Hitchcock pour la Gaumont British Picture Corporation, L’Homme qui en savait trop est son premier grand succès en 1934. L’auteur s’installe dans l’univers qui sera le sien pour l’ensemble de sa carrière, au point d’être tenu pour le « maître du suspense ». Toutefois, The Man Who Knew Too Much est souvent égratigné, car il souffre de sa comparaison au remake américain réalisé par Hitchcock lui-même en 1958. Il est d’ailleurs beaucoup moins connu que celui-ci, ‘véritable’ Man who knew too much dans la mémoire cinéphile.

Avant d’être un véritable thriller, avec de nombreuses percées humoristiques, le film démarre sous le sceau de la comédie, assez cash. Comme en matière de boxe avec Le ring (1927), Hitchcock aime cogner. Par la suite, il chahute sans cesse son intrigue en introduisant des gags à foison, se permettant une scène de pure farce à la messe auprès des adorateurs du Soleil. C’est d’ailleurs à ce moment que le film coule. Fort en gueules (le méchant est Peter Lorre, le ‘héros’ de M le Maudit), L’homme qui en savait trop est d’une intensité faible et surtout plombé par un scénario difficilement tenable.

Tout est limite et le sacrifice de la vraisemblance s’opère pour des petites bagatelles sans effet. Le film ne décollera jamais vraiment. La scène de l’opéra annonce une certaine accélération mais précède une scène de gunfight finale anormalement posée. Le remake l’omettra, pour une issue plus tendue, clou du spectacle. Ici, l’affaire est classée bien trop facilement et jamais Hitchcock ne profite du complot, plus attiré par des rebondissements sauvages. Le climat est légèrement excentrique mais trop versatile et la courte durée (soixante-douze minutes) empêche définitivement Hitchcock d’être plus concluant.

Note globale 53

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Suggestions… Marathon Man

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l'homme qui en savait trop 1956

L’HOMME QUI EN SAVAIT TROP (1956 – REMAKE) **

3sur5  En 1956, Hitchcok vient d’acquérir la nationalité américaine. Le réalisateur britannique dirige alors lui-même le remake de L’Homme qui en savait trop, son premier franc succès dans le policier/film à suspense. Contrairement à son modèle bien trop court et éparpillé, la version présente développe abondamment ses personnages et se centre sur le couple dont l’enfant est pris en otage. Une nouvelle fois, les parents sont réduits au silence par des terroristes alors que le mari (James Stewart) détient des informations cruciales en mesure de sauver la vie d’un diplomate.

Comme dans l’opus originel, Hitchcock dresse un portrait très social de ses principaux protagonistes, du moins au début. C’était alors une ribambelle de gens honorables ridiculement euphoriques pendant leur voyage en Suisse ; cette fois, l’intérêt se porte sur eux deux, bourgeois cyniques et un peu médiocres. Loin de verser dans la comédie véritable, le film se caractérise par la présence de personnages tous idiots ou antipathiques, sauf quelques-uns très secondaires. Tout en jouant de la paranoia et de la confusion des parents éplorés, l’intrigue piétine et le spectacle est assommant pendant une longue partie.

Hitchcock joue et s’étend trop. Ce n’est qu’au moment où les ravisseurs sont repérés que le film gagne en puissance, les personnages eux-mêmes en profitant, Doris Day (la mère) en particulier. Sa solitude face aux policiers devant l’église ou la séquence où elle perd le contrôle à l’opéra sont des moments forts. Bien plus trépidant et complexe que dans le film de 1934, le long dénouement se situe au même niveau. C’est peut-être le film où Hitchcock s’amuse le plus en important une foultitude de détails gratuits et pittoresques. Les amateurs seront ravis, ils en font d’ailleurs un de ses chefs-d’oeuvre, pourtant cette légèreté éclatante a un prix : un fond fantôme et des caractères parfois proche de l’incohérence.

Note globale 57

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LA SOIF DU MAL ***

18 Avr

3sur5  Dernier film américain d’Orson Welles, La Soif du Mal est considéré comme le dernier grand film noir, refermant en 1958 la belle époque d’un genre inauguré par Le Faucon Maltais (1941). Le réalisateur est entré en conflit avec les studios mais a pu présenter plus tard sa version propre, plus longue d’une dizaine de minutes. La Soif du Mal réunit de grandes stars de l’époque, Charlton Heston, Janet Leigh et même Marlene Dietrich dans le rôle d’une tenancière de bordel désabusée.

Le protagoniste le plus intéressant dans A Touch of Evil est ce vieil inspecteur blasé et très grossier, interprété par Orson Welles (Citizen Kane) lui-même, obèse et enlaidi pour l’occasion et dans lequel il se reconnaît apparemment. Depuis la mort de sa femme, Quinland glisse tranquillement vers les terres du Mal. Un certain génie dans sa profession reste à cet homme ravagé par les vices, employant des méthodes déloyales pour parvenir à ses fins. Face à lui, Vargas est un inspecteur incorruptible, peu réceptif au Mal, laborieux aussi.

Vargas est un bon citoyen et un bon flic, mais son respect borné des codes et son éthique naïve en font un personnage assez creux et souvent inefficace. Face à l’attitude démoralisante et malveillante de Quinland, il oppose sa rectitude et sa foi dans les idéaux américains. L’ironie, c’est qu’il est mexicain, comme est supposée en attester la fine mais dense moustache de Charlton Heston. Dans A Touch of Evil, Welles se comporte comme un virtuose et comme un théoricien trivial.

Son regard moral relève du manichéisme  »autre », où les protégés du vice le doivent finalement à leur égoïsme, leur manque de vision ou de consistance. Welles n’en fait pas de mauvaises personnes pour autant, mais signale que la vertu n’est pas le propre des esprits brillants ni des prophètes. Il se permet une approche originale du policier et signe un film transgenre. Parfois le film flirte avec la comédie légère, remplie d’individus aux mœurs nonchalantes ou d’ahuris comme le veilleur de nuit, protagoniste dont le délire est peu communicatif.

L’embarras est là, dans cette espèce de désolation, de champs ouverts que le cinéaste abandonne, pour le meilleur et pour le pire. Le pire, c’est lorsque ses personnages bavardent autour de cet hôtel. Le mieux, c’est le glissement constant vers la farce philosophique, ce ton légèrement fantasmagorique. Le traitement des personnages laisse pantois, les principaux étant brillamment caractérisés, celui de Dietrich étant sous-exploité, d’autres étant d’une inanité remarquable malgré des intentions probablement exotiques.

Le film reste très célèbre pour sa mise en scène. En premier lieu, il y a le fameux plan-séquence d’ouverture de plus de trois minutes, où Welles étale les grands moyens mis à l’œuvre. Grâce à son séjour en France et à certains perfectionnements, Welles repousse les limites de l’époque ; son film est le premier où toutes les scènes en voiture se déroulent sans ces transparents typiques, mais alors que l’acteur conduit réellement. Les effets sonores du final sont également souvent soulignés. Enfin le goût de l’insolite, des décors impromptus, font le charme de ce film inspiré mais parfois bancal.

Note globale 66

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