LA FUREUR DE VIVRE ***

1 Août

la fureur de vivre

3sur5  Sinon quatre films un peu plus tôt dans lesquels il faisait des apparition non créditées, James Dean n’a tourné que dans trois : A l’est d’Eden, La fureur de vivre puis Géant. Les deux premiers sont sortis en 1955, l’année de sa mort, un mois avant la sortie de La fureur de vivre. Avec ces deux rôles, James Dean devient une icône présumée incarner le désarroi de la jeunesse occidentale. Ils sont tous les deux nommés aux Oscars, fait doublement unique en raison du caractère posthume et la précocité de la nomination (tous premiers rôles).

La Fureur de Vivre est le plus représentatif. Alors qu’A l’Est d’Eden d’Elia Kazan suit son héros dans les rues, ici le rebelle aux tourments existentiels vit dans les beaux quartiers. La représentation de la délinquance dans ce film du cinéaste ‘liberal’ Nicholas Ray (Johnny Guitar) peut sembler d’un non-sens affolant et d’une bêtise socio-politique à toute épreuve. Mais ce réel grotesque est en plein dans son sujet : Rebel without a cause met en relief les rebellocrates de son temps, c’est-à-dire les rebelles de confort, dont les tourments sont tout à fait authentiques par ailleurs.

Leur expression pourrait même être facilitée par ce vide entre liberté et conformisme que peuvent alors éprouver les jeunes générations appartenant aux classes non-exclues aux USA. Non seulement Jim n’est pas un dur, mais en plus c’est un faux rebelle : c’est un idéaliste, rebelle dans les circonstances et presque par maladresse. Il aimerait être vertueux dans un monde qui le serait également et porte sur lui une espèce de culpabilité universelle. En même temps il refuse la résignation adulte, comme il refuse les masques sociaux. Il est en dissonance avec ses parents fuyards, lesquels déménagent constamment, affirmant que c’est à cause de lui et ses petits délits, ou bien de la faute des voisins.

Face à lui, Jim fait face à une bande de bourgeois assumant clairement leur position et jouissant de repères clairs. Un petit gang de vainqueurs sociaux aux tentations criminelles est mené par Marlon Brando, le représentant de la jeunesse rebelle d’alors (bien qu’âgé de près de 40 ans). James Dean apportait justement un contraste, opposant à la puissance univoque et abrasive de celui-ci ses traits d’introspectif torturé. Jim est souvent en train de s’excuser car il est foncièrement gentil, limite faible de caractère. Se tenant à l’écart des jeunes de son âge, il est bruyant lui aussi, mais plus sensible et ses refus sont bien plus larges, car il n’a pas de pilier ni d’espoir : aussi il n’a aucun plan.

La Fureur de vivre est assez déroutant, à la fois aberrant et audacieux. Il semble être déconnecté des réalités sociales parce que son optique est inhabituelle, puisqu’ici les voyous sont nantis : ce sont des étudiants vivant à plein leur jeunesse avant de rentrer dans le rang, alors que déjà ils ne défient aucune forme d’autorité, tâchant plutôt de s’aligner et de la récupérer à leur profit. Marlon Brando est un héritier, c’est un fils à papa, dont on ne voit pas le père, parce que celui-ci n’a d’ailleurs aucune importance : il attend son heure et sa vie sera celle d’un vainqueur, c’est tout.

la fureur de vivre 2

 

Quand à Jim, son portrait est paradoxal. C’est un jeune perdu et pourtant il attire deux âmes féminines en quête d’un papa de substitution. Et pourtant il est à un moment qualifié de « petit garçon » par Judy (Natalie Wood), la fille éprouvant un amour excessif envers son papa. D’ailleurs les trois personnages principaux aimeraient plaire à papa et attirer sa reconnaissance, voir simplement sa présence. Cela concerne aussi ce brave Plato, personnage totalement foutraque, autre gosse nanti mais orphelin de père légèrement efféminé et totalement dévoué. Le film est à la limite de la subversion et de l’étude de mœurs borderline : ironiquement tout passe proprement grâce à la limpidité de ses symboles (tous reliés à l’Oedipe), mais aussi ses approximations pour tous les éléments les relayant.

En effet il y a trop d’inconsistances dans le scénario, dans les personnages. Tirer une sève toujours cohérente et achevée de ce film est difficile, car il y règne une certaine confusion, dans les valeurs prêtées à ses héros comme dans ce qui est censé être démontré. Ce côté lacunaire n’est cependant pas un hasard, c’est même une trace d’accomplissement pour le film. Il sert à merveille le point de vue sur une adolescence particulière, idéaliste, dans un monde à la fois oppresseur et démissionnaire en raison de son cynisme mou, de ses habitus plombants et trivialement conservateurs. Rebel without a cause s’installe dans une zone bizarre entre l’irrésolu flirtant avec l’ineptie et le génie. La séance est fascinante, inspire méfiance, douce consternation tout en titillant une ivresse de l’âme significative et assez intrigante chez ses personnages.

À l’est d’Eden employait des paraboles lourdes ; ici elles sont pachydermiques mais peuvent se rétracter ; enfin, la confusion s’ajoute à la grossièreté (obscurcie, donc). Mais ça a le goût et l’esprit d’un conte adolecent et c’est peut-être représentatif socialement. Après tout viendront les hippies ensuite pour enfin apporter à l’Amérique post-1945 des rebelles avec une cause, or ce mouvement perdra rapidement sa substance idéologique pour s’embourgeoiser, sauf pour quelques chapelles de puristes, puis avant de susciter des réactions autrement violentes, philosophiquement parlant en premier lieu (l’ère punk). L’absence de cause collective en tout cas a bien gagné et la solitude morale de l’adolescent accroché à l’idéalisme enfantin peut s’étaler, tandis que la crise d’adolescence devient une philosophie.

La société nouvelle de la jeunesse en rupture n’a pas de plan et ne se réalise pas, ou finalement de façon douce et tiède, un peu compliquée en vain, or c’est conforme à sa nature. Elle a un manque viscéral et celui-ci est contenu dans Rebel without a cause, frappé peut-être par la grâce et sûrement par les vices et vertus du  »flou artistique », dans un cadre à l’intersection du vieux monde (et du vieux cinéma) et d’un élan réformateur mais dont les valeurs profondes sont chétives. Ce manque de solidité permettant justement à l’ordre établi de persévérer bien qu’il ne déchaîne plus d’enthousiasme profond.

Note globale 68

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Steak + Pas de printemps pour Marnie

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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