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LE DERNIER REMPART **

1 Sep

3sur5 Après J’ai rencontré le diable, l’auteur de A Bittersweet Life s’est lancé dans un nouveau projet : le film d’action Le dernier rempart, son premier long-métrage américain. Gage de l’importance acquise par Kim Jee-Woon, Schwarzenegger repasse derrière la caméra pour l’occasion et interprète le rôle principal pour la première fois depuis Terminator 3 (2003), c’est-à-dire dix ans. The Last Stand marque ainsi sa reprise après un double-mandat à la tête de la Californie.

Le spectacle est vain comme on pouvait s’y attendre, son intensité modérée en revanche est déroutante. The Last Stand est indigne de son auteur et l’aligne sur toutes les conventions des action-movie US expédiés à l’aveuglette (ce que lui n’est pas – les turbulences sont toujours lisibles), avec cette espèce d’énergie neutre soutenue par le cahier des charges. Kim Jee-Woon, metteur en scène maniant le froid et l’uppercut de manière exemplaire, se fourvoie, quoique par contraste la légèreté du produit valorise sa direction. Si la dose de comédie induite renvoie à son Le Bon, la Brute et le Cinglé, Le dernier rempart est surtout sujet à un esprit trash familial à la Die Hard 3 ou 5. On abouti à une espèce de second degré inaccompli et sans vie, servi par des corps ou interprètes de qualité.

Le risque pour cet auteur éclectique était de se galvauder en se réduisant à l’état d’exécutant de commande efficace. Ce risque s’est concrétisé, Le dernier rempart est un produit banal et impersonnel, juste un divertissement opérationnel et secondaire – techniquement impeccable voire relativement beau. Le début est même inquiétant (le scénario a encore trop d’importance), puis il y a aura quelques scènes d’actions féroces et stylées pour rassurer. Le dernier rempart a néanmoins le mérite d’amener les arguments de Fast & Furious aux abords du western. On éprouve une vague et surtout très laconique satisfaction, comme à zapper sur un film d’exploitation corsé et sans âme.

Note globale 56

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Suggestions… Transformers 2 + Last Action Hero + Terminator + Running Man + Deux sœurs

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (5), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (8), Originalité (3), Ambition (7), Audace (5), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (6), Pertinence/Cohérence (3)

Note passée de 51 à 56 suite à une revoyure. Critique légèrement modifiée et ajout du tableau à l’occasion (janvier 2019).

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PANDÉMIE ***

13 Avr

3sur5  Film de catastrophe épidémiologique coréen, Pandémie ne met pas l’accent sur la survie ou la sauvagerie, mais sur les aspects politiques et la gestion de crise. Il remplit largement son contrat, d’abord en tant que divertissement, de façon plus relative pour la mise en conditions. Le traitement est simple mais généreux, le pop-corn movie pas paresseux. Les solutions échouent (l’hystérie du passeur de clandestins en est la pire responsable), les difficultés se multiplient, le film brassant de nombreuses confusions, intérêts, etc.

Un esprit bon-enfant (et même comique au départ) domine, avec des poussées ‘bigger than life’ bien Z (comme la scène des explosions simultanées). Les personnages peuvent être idiots mais finissent par s’épaissir et devenir aimable, ou occuper des fonctions significatives dans le cas des divers gestionnaires. Les deux secouristes ne sont pas lumineux, n’ont jamais vraiment conscience des situations, mais leur disposition apporte un contrepoint apaisant et encourageant. La mère et la fille sont atypiques à cause de leur dureté, ou d’une sentimentalité froide mais explosive dans le cas de la gamine.

La première qualité du film est son haut niveau d’intensité, sa faculté à garder le rythme trépidant et à générer des émotions nettes et fortes rapidement. Une fois que ces effets retombent ou sont mis de côté, de nombreuses failles apparaissent, comme la dépendance du film aux standards du genre (un des morceaux est très proche du theme de 28 jours plus tard) ou certaines zones grises frisant l’incohérence ou la négligence compartimentée (tout ce qui concerne le porteur d’anticorps – d’ailleurs sa mort est un problème, mais il a été tué, la santé n’est donc pas en cause et cette piste, vraie ou fausse, ne sera pas éclairée). Mais il reste encore le mérite de montrer des réactions réalistes, malgré le goût prononcé pour les actions symboliques. Les implications sont précises : établissement de camps, isolement de la population et intrusion chez chacun, élimination des infectés.

Mais la profondeur n’est pas de mise et l’approche reste généraliste : ainsi le film sert la bonne blague du cynisme politicard, avec le premier ministre s’appuyant sur l’opinion publique pour défendre l’autorisation de tirer ; s’il s’agit de pointer une bonne blague justement, alors cet argument est recevable, sinon c’est de l’indignation de zappeur ou de novice. Les autres passages obligés dans le registre sont cohérents, par exemple les violences militaires – il y a des salauds plus assumés que d’autres et un président obstiné pour tenir le beau rôle, mais pas de diabolisation. Finalement cet opus vaut Busan, sans subir les limites spatiales ; il a bien plus de mordant que l’américain Contagion, centré sur la paranoïa plutôt que les menaces et effets concrets.

Note globale 68

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Suggestions… Snowpiercer

MBTI : Exemplaires de Se et Te bien marqués.

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (2), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

Note arrondie de 69 à 68 suite à la mise à jour générale des notes.

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LE RENARD JAUNE *

3 Oct

2sur5  En 1967, Mocky l’ex-acteur était un jeune réalisateur décalé en pleine ascension. À ce moment il doit tourner Le renard jaune avec Maurice Chevalier, Bourvil, Francis Blanche et Signoret. Comme Les carrossiers de la mort la même année, ce projet est abandonné au profit de La Grande Lessive, premier grand succès populaire du réalisateur. Le scénario est ressorti une quarantaine d’années après – Le furet (2003) est peut-être dans ce cas, vu son anachronisme. À la mi-2012, Mocky tourne son Renard jaune en une semaine. Le film se déroule principalement dans le bar éponyme, repose sur ses interprètes et un moralisme anar peu lisible et encore moins concluant.

Mocky fait défiler des « vaincus de la vie », avides de célébrité ou d’affection, pour lesquels il éprouve une tendresse vacharde. Le film se veut burlesque et ubuesque mais est plombé par une exécution et une conception à l’arrache de A à Z. Sa nature théâtrale semble plutôt une affaire de réflexes, car ni les limitations ni les appuis naturels d’un tel dispositif ne sont intégrés. Les répliques sont souvent stupides, les plus significatives arrivent à être pompeuses en restant cheap, en visant trop haut par rapport à la situation et surtout aux caractères (« c’est un artiste il est au-delà du bien et du mal »). L’investigation par les flics ou les journalistes emmène déjà bien trop loin par rapport à ce que l’écriture peut soutenir.

Les acteurs ont de la latitude pour faire leur petit numéro mais manquent de place, de substance et de moyens pour décoller une fois à l’écran. Les excentricités sont surjouées, parfois cartoonesques sans avoir les ressorts adéquats (la crispation faciale de Léo/Duléry). Marie-Thérèse Lavanant est très forte dans son personnage de grandiloquente mais vraiment blasée, mais son fardeau est lourd et ingrat ; la télé tant critiquée lui aura sûrement offert mieux. Béatrice Dalle est intéressante à retrouver dans un rôle posé de mélancolique ‘forcée’, mais sa partition s’enlise très vite. Lonsdale est le seul élément tenant bon et même mûrissant pendant le film. Avec sa diction bizarre et son costume de demi-fondu au grand cœur, il laisse d’abord circonspect.

Qu’il grille le suspense du film (et ses cartouches en général) lui est bénéfique ; ainsi l’attention se concentre sur ses manœuvres, ses motivations, à un degré sentimental et non factuel ou psychologique. C’est l’atout sensible et la réussite du film, le seul aussi finalement à épaissir ces péripéties et nourrir une tension, ou du moins une attente. Le reste est un fatras décousu, avec une avalanche de bourrasques émotionnelles aberrantes, comme les confessions crachées sans raison ou les assertions impromptues. Là-dessus Mocky essaie d’être grinçant et émet quelques pics ‘engagés’ anti-autoritaires. Ces façons sont résumées par l’instant où Leo se met à chouiner sur son statut caché d’immigré – sans lien avec (ni renforts pour) ce qui se dit et se passe vingt secondes avant et après.

Note globale 36

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Suggestions…

Scénario & Écriture (1), Casting/Personnages (2), Dialogues (1), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (1), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (3), Ambition (2), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

Passage de 35 à 36 avec la mise à jour de 2018.

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ENGLISH REVOLUTION *

31 Août

1sur5  Film de charlots fort en gueule, English Revolution est une arnaque extrêmement astucieuse et probablement efficace, se donnant un bon potentiel d’évolution. Après Kill List puis Touristes et avant la collaboration avec Ballard (monsieur Crash) pour High-Rise, Ben Wheatley compose un nouvel attrape-gogo de haut niveau. English Revolution est au fond un banal trip sous champis doté d’un arrière-plan historique (la Révolution anglaise des années 1640), étirant sèchement et goulûment ses pauvres arguments. Avec pour seules armes l’entretien de la confusion et une sophistication presque sans matière (enjeux, scénario, univers), Wheatley opte pour la mystification radicale bien qu’insouciante pour marquer le maximum de points et donner l’illusion de fabriquer quelque chose de grand ou d’inédit.

Au menu pour épicer : bavardages perchés aux champs grisés. Les laïus impénétrables ou décousus pleuvent régulièrement pour garder le spectateur (surtout s’il demande trop de concret) à flot et relancer ses spéculations les plus folles. Les fatras religieux sont mis à profit, sans doute pour être ‘interrogés’ (allons-y c’est gratuit ; pour une approche ‘réflexive’ serait pas mal aussi), avec une connivence manifeste pour les égarements païens et les délires de druides. Wheatley est un malin et un agitateur avisé (auteur de vidéos virales au départ), c’est aussi manifestement un obsédé des religions et surtout des rites peu courants ou révolus (tout comme Pascal Laugier est un obsédé des projets occultes et des recherches de ‘la cause profonde’). L’important c’est les gestes lourds et l’opacité, le génie ce serait de les mêler avec des objections improbables tout le long de la séance.

C’est donc la fête du scato ‘raffiné’, des discussions de poivrots amphigouriques et en costumes. Voilà l’heure aussi de revisiter l’Histoire sous un angle potache et progressiste, ce qui ne signifie pas, du moins intentionnellement, ‘la refaire’ (autre ambition, bien plombante en général). Surgit alors une perspective contemporaine, vulgaire dans les mots, inconsistante mais criardes par ses réflexions à la façon d’un laboratoire d’idées livré à des barbares, puis surtout maniérée dans la forme. Tout ce programme repose sur une structure originale, toute en expectative simulée, avec vues impressionnistes en filtres colorisés, noir et blanc pour l’ensemble, effets tapageurs et ambigus (ralentis lyriques ‘ironiques’, flash et passages au stroboscope). Les séquences ‘creepy’ transparent s’accumulent discrètement pendant les deux tiers, massivement ensuite.

Quelques fixettes (ajoutées au jargon) donnent au film un aspect liturgique puissant et très subjectif (façon bâtard paumé de Begotten, ou poseur de La Montagne Sacrée). Cela concerne l’astre noir mais aussi le traitement des humains, via les plans sur la bouche ou ceux tambourinant la tronche devenue amorphe de Michael Smiley. Au milieu des cris, de l’agitation et des zooms béats, se dresse une seule direction et finalité : la mort violente des personnages, dérouillés par un autre. Les tueries se chargent de simuler la crise et l’intensité, lorsque le réservoir de gadgets est bouché. Avec le sinistrisme appliqué au cinéma, cette farce sans panache sur-jouant (avec une intelligence dévoyée, ou un opportunisme très sale) sa pauvre excentricité pourra passer pour un chef-d’œuvre incompris après quelques années, ou plus sûrement devenir l’objet d’un ‘culte’ marginal. Elle apparaît comme la version psychédélique oklm mais masquant son apocalypse de ce qui sera Il est difficile d’être un Dieu, sans la charge ‘idéologique’ nette toutefois.

Note globale 23

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Suggestions… Gerry

Scénario & Écriture (1), Casting/Personnages (1), Dialogues (1), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (1), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (3), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (1), Pertinence/Cohérence (1)

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THE LORDS OF SALEM **

1 Août

lords of salem

3sur5  Après Halloween 2, son film ‘malade’, profondément original et impressionnant, Rob Zombie aggrave son cas. Lords of Salem, son cinquième long-métrage, est un délire d’aspect tellement brouillon qu’il en deviendrait hermétique. Ce programme inspiré du procès des sorcières de Salem (1692) a reçu un accueil très mitigé et réussi à rendre perplexes les fans d’Halloween ou de Devil’s rejects. Il n’est même pas sorti en salles chez les bouffeurs de grenouilles. Le dédain des distributeurs pour le cinéma ‘de genre’ va donc jusqu’à inclure son élite ; The Lords of Salem n’est pas une réussite catégorique, mais il est tout de même le fruit d’une sommité et la signature est bien là.

C’est d’ailleurs elle qui donne à Lords of Salem tout son éclat de blockbuster du bis hargneux, où la sorcellerie est une religion rédemptrice pour marginaux. Le programme est assez random : à certains moments Rob Zombie s’amuse à rendre les enchaînements précipités, prenant la lisibilité avec désinvolture. Il ne floue pas directement les repères, mais l’effet est similaire. Cette négligence dans la structure, en tout cas dans la narration, est à la mesure du brio et de la précision dans l’exécution. Zombie a une intelligence visuelle inouie et sait engendrer des images malicieuses et puissantes. Cette aptitude se ressent en toutes choses, notamment la façon de poser de poser les scènes : des situations parfois idiotes ou triviales fonctionnent grâce à ce flair.

Zombie travaille des rythmes mais délaisse leur coordination. Lords of Salem évite toujours, éventuellement de justesse, l’ennui mais son manque de liant plombe toute tension de fond. Cette œuvre flamboyante recèle de grandes inspirations, une folie maîtrisée, mais manque de substance et Zombie se retrouve à triturer en tous sens de maigres gimmicks. Le résultat a un goût paradoxal, tendant à la gaminerie, mais présentant un folklore sur-mesure, aussi voisin du poisseux rutilant d’un Toolbox Mulders que de la subversion maniérée d’un Kenneth Anger. La libération des démons en bout de course permet à Zombie d’exulter sa générosité ; le film tenait du Ken Russell très modéré à l’ère d’American Mary, il s’embarque dans des échappées carrément dignes, en terme d’effusions, d’Au-delà du réel ou des Diables.

Note globale 57

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Suggestions… The Frame + Only lovers left alive + Sinister + Shining

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