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MIDSOMMAR ***

8 Août

4sur5 Le successeur d’Hérédité procède par envoûtement. Il relève brillamment le défi de rendre des horreurs éventuellement acceptables intellectuellement [les penseurs et transgresseurs tout émoustillés de malmener un Christian les admireront certainement], à défaut de permettre une isolation/abstraction ; tout en ménageant un certain stress quand à la suite des événements et alimentant les attentes plus primaires, plus ‘foraines’. Le suspense est pourtant passablement éventé d’entrée de jeu, mais les qualités immersives en sortent indemnes. Il doit bien y avoir un prix à ce tour de force, c’est peut-être pourquoi les personnages sont si crétins ou évanescents, malgré l’écriture d’excellente tenue. Le spectateur risque peu de les estimer et manque d’éléments pour s’y projeter profondément. La monstruosité du film et de la communauté en est atténuée, en même temps que les individualités sont dissoutes – parfaitement raccord avec cette aliénation tempérée par l’inclusion.

Les rejets aussi sont spontanés et épidermiques, car ce n’est pas seulement un film d’horreur ou d’épouvante, mais d’abord une sorte de reportage romancé (et secrètement romantique) sur cette communauté. Le public sent cette invitation dans une normalité qu’on sait (et que le film lui-même reconnaît) anormale. D’où probablement ces explosions de rire excessives dans les salles lors des scènes de copulation (éructations certainement embarrassantes pour les pauvres personnes encore persuadées ou désireuses de trouver chez la masse des Hommes des créatures matures). Dans ces manifestations on retrouve la gêne normale dès qu’on s’oriente sous la ceinture, l’amusement face au grotesque de la scène, puis surtout une occasion vigoureusement saisie de ‘soulagement’. Tout ce monde-là est quand même déplorable ou invraisemblable, cette outrance permet de casser l’hypnose et de minimiser le malaise (la résistance et éventuellement le caractère obtus des rieurs les valorisent donc finalement, en les distinguant des dangereux sujets fascinés ou pire, volontiers complices).

Or à quelques angles morts près le tableau est irréprochable. Dans les premières minutes Dani baigne dans un monde gris, plus ou moins lot de l’écrasante majorité des spectateurs, intellectuels avides y compris. Il lui manque un entourage au sens complet ; c’est pourquoi ces étranges mais pas surprenantes scènes d’hystéries sont le comble du spectacle et non une gâterie pittoresque (ce que sont les exploits gore). Ces primitifs en costumes immaculés n’ont rien à dire aux individualités (sauf dans leur chair angoissée demandeuse de protection, guidance et soutient), mais ils sont capables d’empathie pour les animaux ou païens blessés en grand désarroi. La simulation, à l’usure et en concert, devient un soutien réel et approprié pour la personne ciblée ou la foule impliquée. Les imbéciles journalistes (et beaucoup moins les critiques officiels – eux, comme le reste, se contentent de galvauder les mots et les définitions) nous rabattent les oreilles avec la ‘folk horror’, en louant l’originalité du film mais en le saisissant pour faire part de ce genre venu de loin et prétendument incroyablement prolifique ces temps-ci (il est déjà bien tard pour abandonner tout espoir de consistance de la part de ces gens, mollusques émotionnels et buses mentales, capables d’être raccords qu’avec la publicité, la pensée pré-mâchée et les indications des acteurs ou prospectivistes en chef du milieu). Midsommar s’inscrit effectivement sur ce terrain mais il est aussi sur celui, général, de la religion, dans son optique régressive puisque nous avons à faire à un culte sectaire (et meurtrier). Peut-être ne veut-on pas simplement l’apprécier comme tel car beaucoup de gens instruits d’aujourd’hui sont sensibles aux fumisteries totalitaires et à l’abrutissement par la magie, y retrouvant ce dont ils se privent en arrêtant l’Histoire au présent (voire à l’actualité) et confiant servilement le futur aux experts et aux chimères. Peut-être que les observateurs éclairés sont encore habités par la foi dans le sacrifice et les vertus de l’absolutisme, que les humanistes avancés éprouvent une attirance inconcevable pour ce qui nie ou écrase l’humain.

Bref dans Midsommar les détails sont soignés et significatifs, pour affermir le scénario, les thèmes et l’univers, spécialement pour représenter les stigmates banales ou curieuses du fondamentalisme. Le freaks du club s’avère le chaman à la dégénérescence voulue ; il cumule tous les paramètres requis pour n’être « pas obscurci par la connaissance » et avoir un accès aux « à la source ». Ce goût dévoyé de la pureté se retrouve dans une des dernières scènes où les deux volontaires n’ont apparemment pas reçu l’anti-douleur qui leur était promis pour mieux accueillir les flammes (le lieu et ses moments renvoient à Mandy – par ailleurs l’à peine moins frais The Witch a pu venir à l’esprit). On peut apercevoir plusieurs fois un blond extatique et débile en arrière-plan. Voilà une illustration tout juste exotique d’un ‘ravi de la crèche’, toujours exalté pendant les célébrations. C’est lui qui perd tout contrôle lorsqu’un innocent agresse l’arbre de l’ancêtre ; car son bien-être et sa conviction absolue sont brisés. Seule la colère, la violence et d’autres poussées irréfléchies peuvent émaner d’un tel type face à la crise. Car pendant qu’on s’extasie, on est moins enclin à progresser et s’armer – s’armer intellectuellement (ce dont on peut se passer) mais aussi sur les autres plans (et ça l’héroïne doit le sentir compte tenu de sa difficulté de se laisser-aller). Le film s’avère juste également dans ses passages les plus familiers : ces trucs de couples, de jeunes, d’étudiants universitaires, sont absolument banals mais conçus sérieusement. Sur le papier ils pourraient servir de matière à une sitcom mais ils semblent trempés dans le réel, comme ces sentiments lourds et idiots, ces relations navrantes – éventuellement comiques mais jamais grotesques ou exagérées. Le portrait d’une fille dévorée par ses peurs et anxiétés (et sûrement d’autres choses) est le premier atout par lequel le film convainc (à moins de ne supporter l’exposition de femmes ou filles faibles, compliquant vainement les choses, trop pénibles pour que leurs qualités soient encore manifestes). Le premier par lequel il se déshabille aussi : grâce à Dani, incurable en l’état, j’ai grillé la fin et l’essentiel dès le départ.

Car Dani est comme la borderline de La Maison du diable (film d’épouvante mésestimé et tenu pour un trivial ancêtre des débiles trains fantômes gavés de jump scares – l’habituelle cécité et mauvaise foi des cinéphiles), soumise à la panique, dépendante et en quête constante de réassurance. Elle est peut-être un peu plus individualiste (en pratique – c’est-à-dire qu’elle s’y efforce ou y est forcée) mais aucunement plus résiliente. Il lui faut trouver une famille ou une communauté, un cadre stable avec des liens collectifs infrangibles, confortés et animés par des traditions. Avant d’y parvenir la suspicion demeure, l’enfonce dans sa maladie psychologique et son impuissance à régler ses besoins. Sa conscience de soi éprouvante la conduit près de la paranoïa – la scène avec le groupe de ‘moqueuses’ lors de l’arrivée l’illustre de façon directe et brillante. Plus tard ces portions d’images mouvantes relèveront davantage du gadget raffiné et séduisant. Ces ressentis flous sont la meilleure justification de la passivité et de la confusion des invités à Harga. Les plans ‘vomitifs et anti-épileptiques’ (latéraux, circulaires, semi-perpendiculaires, renversés) du début ne sont pas si pertinents ni originaux – heureusement il s’agit d’une version tout-public, loin du niveau d’une expérience avec Noé (Enter the Void, Climax), plutôt voisine des effets d’un Jordan Peele (Get Out, Us).

Le seul point où le film omet la logique (outre la lenteur des produits importés n’ayant d’égal que celle du développement) doit lui être accordé sous peine de tout annuler. Car une communauté, aussi atypique et située dans le monde occidental aujourd’hui, se crée une menace en procédant ainsi (même les Amish, relativement conventionnels et fiables, se compromettraient en démarchant des visiteurs). Son élite ne semble pas assez naïve ou démente pour l’ignorer.. à moins que le groupe apporte effectivement une sensation d’invincibilité, que le culte et la bulle les ait convaincus d’être rendus ‘intouchables’. En revanche il aurait été intéressant d’en savoir sur les relations entre ce monde clôt et le monde extérieur. Il déborde au travers du terme « matcher » (utilisé, en référence aux profils astrologiques, par la patronne pour convaincre le piteux amant de livrer sa semence), de la référence aux enfants regardant Austin Powers et au petit équipement électronique sur la cheville d’une fille. Sauf qu’il doit être bien plus étendu puisque nous en sommes là ; sur ce point The Cage’s Wicker Man (le costume d’ours est probablement une référence appuyée davantage que le fruit de sages recherches sur l’occultisme) était plus solide et généreux, tout en ne précisant quasiment rien.

Note globale 74

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Candyman + L’Heure du loup + Mort à Venise + Persona + Nicky Larson et le parfum de Cupidon

Ennéagramme : Elle 6 (ou 9 désintégrée), son copain 9w8 à défaut d’une meilleure hypothèse, le black 5, le roux 7w6. Le suédois plus difficile à cerner, avec son milieu d’origine obscurcissant encore la donne : 2, 9w1, 6w7 ?

 

Les+

  • exigence de la mise en scène
  • qualités esthétiques
  • de beaux morceaux
  • sait garder l’attention malgré des manques et des surcharges qui devraient y nuire

Les-

  • longueur certainement inutile (le défaut est courant)
  • des invités bien lents et complaisants ; une communauté aux contours flous et aux relations extérieures opaques, qui pourraient bien anéantir toute crédibilité
  • prévisible

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US *

19 Juil

1sur5 Les gens sceptiques concernant Us en raison des déclarations et préférences racistes de son réalisateur oublient l’essentiel : ce film est mauvais. Est-il raté ou simplement bâclé ? Son inconséquence et son martelage de propos stériles l’empêchent d’être pertinent. Il y a bien cette représentation de la difficulté à s’approprier la parole et éviter le ridicule voire l’étrangeté lorsqu’une ombre revient dans le monde, le reste est affaire d’imaginaires privés. C’est évidemment un alter ego de Parasite ou un Body Snatchers très synthétique dans un îlot verni, mais c’est aussi un peu tout ce qu’on veut, s’est fait et se fera. Us se planque dans la confusion des genres pour assumer son ambition esthétique et politique tout en restant ‘fun’ et disponible aux interprétations engagées : à elles d’aller au bout de ses intentions (sans doute nobles, l’objet de l’empathie étant le même que dans Metropolis).

Le style est criard, les voisinages et références multiples. Us est principalement fait à l’ancienne et pas en ramassant le meilleur. Il ose des clichés dépassés comme la coupure électrique en 2019, reprend les gimmicks des vingt dernières années (comme les chants saccadés effrayants). On se rend compte [au plus tard] dans la seconde maison que les doubles au costume rouge lorgnent sur Funny Games. Juste avant cet énième contraste de bourrin sarcastique et mélodramatique que le cinéma ‘choc’ nous sert depuis Orange mécanique – un air des Beach Boys sur une scène sanguinolente avec la victime en train de ramper.

Le programme est convenablement justifié si on est coulant, au seul niveau de la structure : la réalisation aligne les présages, les symboles pleuvent. Concernant les raisons des événements, leur origine et les motivations des envahisseurs, c’est calamiteux. Sur la gestion de ces souterrains et l’ensemble des questions matérielles, le niveau zéro est atteint. Même les Freddy les plus extravagants s’arrangeaient pour que leurs folies aient une cohérence interne. Le petit nombre d’éléments curieux et la bonne facture technique peuvent donner l’impression de flotter près d’eaux potables mais même le potentiel est surfait. Il n’y a ici que de l’image ‘forte’ à prendre et pour ça les bande-annonce font déjà le travail ; quand à l’ensemble du récit il pouvait être tassé en une trentaine de minutes sans rien sacrifier d’unique, d’important ou de stimulant.

Et c’est le pire malaise : tous les arrangements servent l’idéal de train fantôme, mais tout est voyant, creux et à peine efficace. Les personnages sont en retard sur le spectateur. L’humour, les sous-entendus, les clins-d’œil sont balourds et futiles. Les amateurs pourront apprécier la petite patte dans le ‘yo mama’ et le potache grâce à papa ESFP. Comme on pouvait s’y attendre après Get Out la séance est gratinée en bouffonneries glauques mais au lieu d’un festival nous avons droit aux répétitions et aux langueurs rendant définitivement la séance impossible à prendre au sérieux. Le summum est naturellement la rencontre avec la mère alternative (dont la VF est un comble). À force de la jouer sous-blockbuster ce film s’interdit tout ce qui fait la qualité d’une série B et accumule les manières d’un nanar sans s’en attribuer le charme.

Il reste simplement à spéculer tout le long, où l’absence de nouveaux éléments à une exception près permet de maintenir son point de vue sur la chose et rester ouvert en vain. Le face-à-face final entre néo-slasher d’il y a 20 ans et pitreries depalmaesques redonne des couleurs à cette fantaisie – si prévisible. Puis un grand malheur se produit : la fin est reportée. L’occasion de déballer de nouvelles bizarreries dont on ne peut trop savoir si elles sont bien les pures incohérences dont elles ont l’air ; sans éclairer cette ‘affaire’ parallèle et les motivations (en-dehors de celles indispensables et kitschouilles des jumelles maléfiques). Par contre on nous pond de beaux travellings jusqu’à l’annonce d’une révolution, avec en ornement des œillades invitant à se re-palper le menton. Prenez plutôt le risque de (re)découvrir Society, lui aussi ne redoutait pas le ridicule (ni d’avoir l’air soap) ; ou bien Killer Klowns et Le sous-sol de la peur si vous placiez vos espoirs dans la déglinguerie horrifique.

Note globale 32

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… La prisonnière du désert + Disjoncté + Wonder Wheel + Abandonnée + The Mirror/Oculus + It comes at night + Caché/Haneke

Les+

  • certainement tourné et produit par des gens doués..
  • l’image (même ce + est tiède)
  • le culot inoffensif d’un film faisant n’importe quoi
  • de l’idée mais on est encore scotché aux germes
  • casting ok

Les-

  • .. mais sur ce coup soit cyniques soit irréfléchis
  • nombreux dialogues et personnages déplorables
  • ironie plate et bruyante
  • débile
  • ringard et actuel à la fois
  • même pas original
  • ennuyeux malgré le grabuge et l’enfilade de conneries
  • mystères foireux
  • incohérences probables dans le délire
  • des postures physiques et des réactions qui font douter du sérieux au montage et au scénario
  • osons couper le son !

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LE DIPTYQUE HOSTEL

12 Fév

En 2009, mes idéaux étaient un peu différents [=le « politiquement correct » agissait encore comme un lambeau de Surmoi par endroits] et j’étais bien gêné par cet Hostel, dont la beaufitude et la démagogie n’entravaient pas le pouvoir de séduction ; mieux, auquel elles collaboraient. Hostel est curieux car il répond à plusieurs espérances contradictoires ; et son esprit même est contradictoire. Il y a autant de génie que d’opportunisme ou de tendances sulfureuses là-dedans. Mais la Nature elle-même choisit la facilité et ses orientations sont sujettes à polémique ; et le résultat est un organisme parfait. 

Même au plus gras, Hostel est un film d’esthète. Et un programme pertinent. En dépit d’un rejet construit, rationalisé par les valeurs ou un refus de ces « facilités » (flirter avec un genre bas-de-gamme, donner dans le racolage, laisser passer la misogynie ou l’auto-défense), Hostel s’insinue en nous parce qu’il cogne avec une maestria exemplaire. Il est trivial aux entournures mais percutant ; et sa suite touche plus profond encore, socialement et moralement. C’est trop pour en faire un simple « coup » vicieux. 

Il y a bien sûr cet Hostel III, il aura son heure.

HOSTEL ***

4sur5  Dans l’ère du torture porn des années 2000s ouverte par Saw, Hostel a été l’un des plus gros morceaux. L’énorme buzz du film, de sa promotion assurée par le label Tarantino (se dévouant producteur après être tombé amoureux de Cabin Fever, premier film de Eli Roth) à son succès miracle au box office (leader des entrées aux USA pour son premier week-end) repose sur les arguments les plus putassiers. Hostel est un film odieux bien sûr, mais il ne l’est pas seulement par sa prodigieuse violence. Deux choses, majeures : c’est un voyage au bout de l’enfer, un vrai ; c’est l’horreur vivante, consistante, réfléchissant son époque ; accessoirement, écumant son genre en le dépassant sur le plan des idées, de la performance et du style.

S’il a reçu de bonnes critiques et un accueil public enthousiaste, Hostel contient ce qu’un film d’horreur a de plus révulsant pour les phobiques, tandis que sa démarche peut être ressentie comme détestable. Tout ce qu’on peut reprocher à Hostel se retourne en sa faveur et c’est justement le problème et le génie de ce spectacle fascinant. Éventuellement on peut le tenir en plaisir coupable et se flageller ou minimiser ; mais il y a bien mieux à faire, c’est avouer toute la richesse du matériel, de son sujet, toute la consistance et le (bon) goût du raconteur d’histoires et mythologue à l’œuvre. Qu’on lui reproche ses côtés rustauds, barbaques ou démagos (la vengeance légitimée, le cynisme profond), Hostel est brillant et c’est très agaçant.

La première richesse c’est cette ambiance… fabuleuse ! Même dans la première moitié, vulgaire et outrancière, Hostel est virtuose et enchanteur. Quelque chose couve, le drame affreux négocie sa place dans la comédie, un conte tisse sa toile. Dans les intervalles entre les moments les plus sombres, des zones d’humour grotesque apparaissent et Eli Roth invente presque le survival cartoonesque tandis que le mystère s’épaissit et l’explicite devient subtil. Le récit est simple mais excellent, ménage la suggestion et la démonstration. Tout est techniquement impeccable, en particulier la très belle photo. Eli Roth fait preuve d’un art du suspense et plus encore d’une aptitude à générer l’ambivalence admirables.

Il joue avec les fantasmes, clichés mais surtout réalités dont le contexte est mal éclairé. La Slovaquie de Hostel est une contrée paupérisée, sinistre, abandonnée aux forces du mal et de la dégradation. Cette confusion est à l’image de l’ivresse nauséeuse qu’inspirent l’amalgame des peurs, des faits et des croyances. La conformité documentaire importe peu, la vraisemblance est parfaite. Nous savons qu’il existe des perversions et  »extases » secrètes pour ceux qui sont prêts à en payer le prix. Si nous ne le savons pas, nous ressentons la possibilité, voir la fatalité de ces trafics souterrains, des humains et même de leur mort.

Cette marchandisation des individus est un sujet de fond et de forme. Souvent les slashers manifestent une orientation puritaine en créant un lien de causalité entre plaisir transgressif même mineur et retour de bâton par la mort. Hostel va plus loin car elle représente la contamination de l’irresponsabilité et du désir muselé seulement par l’argent ; les trois jeunes américains sont venus passer du bon temps, sans égards pour les territoires qu’ils foulent, sans la moindre inhibition ; mais il y a d’autres touristes avides. Et eux ont du pouvoir, pire, ils ont des pouvoirs organisés avec eux. Toutes ces pistes, Hostel II va les mener à leur terme en élaguant le chemin.

Note globale 76

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… The Conspiracy + saga Guinea Pig + Tokyo Gore Police

Note passée de 73 à 76 le 22 avril 2018 suite à une nouvelle séance.

 

hostel 2

HOSTEL II ****

4sur5  Le succès de Hostel appelle une suite, sortie un an après. Hostel ne deviendra pas une saga fleuve comme Saw ou Destination finale ; un petit Hostel III est sorti, certes, mais il n’est pas signé Eli Roth, ni produit par Tarantino et est perdu dans les bacs à direct-to-video miteux.

Supérieur au premier opus sans le diminuer, il est lui aussi un film d’horreur, parfois gratuit ou sarcastique, mais d’horreur profonde et absolue. Parce qu’il fait du premier degré bien sûr, parce qu’il montre l’horreur vraie surtout, celle qui reflète les pires hantises de n’importe quel esprit sceptique et paranoïaque. C’est ce que montre Hostel II, un envers du monde, sans morale ni Droit, basé sur des intérêts malsains et des lois inhumaines.

Cette fois, l’escapade implique un groupe de filles et la première partie s’avère nuancée. Hostel II gomme les scories de son prédécesseur, règle les affaires laissées en suspens et engage directement le processus. Il n’y a plus de American Pie glissant vers l’immonde. C’est le cauchemar déclaré de A à Z (mais avançant maquillé, en laissant échapper des indices), avec toujours ce talent pour le portrait, ce raffinement esthétique et des belles idées visuelles.

Elles comprennent la démonstration d’actes de violence extrêmement choquants (la baignoire de miss Bathory), mais aussi des instants magiques où des lieux pittoresques semblent à la lisière du fantastique. On retrouve aussi ces tics de nerd, avec la déférence à Tarantino (l’extrait de Pulp Fiction réapparaît) et des clins-d’œil pour les légions averties (le cameo de Ruggero Deodato, réalisateur de Cannibal Holocaust).

Nouveau cap et point de vue audacieux : montrer les motivations alimentant le Mal absolu, entrer dans l’intimité mentale de ceux qui le choisisse ; et surtout montrer ce Mal comme un commerce scientifique. Ce n’est pas le fruit d’une simple impulsion, ni d’errances isolées ; et c’est ce qui le rend plus effrayant. Il n’y a rien de plus intolérable que ce qui est désigné dans ce film.

Une simple secte improvisant ad hoc serait moins effrayante qu’un système rationnel qui exerce son emprise. Hostel était une prise de conscience de cette affreuse réalité industrielle, Hostel II montre les à-côtés. L’un des tours de force de Eli Roth est de mettre en scène deux héros de Desperate Housewives en clients de la boucherie sur-mesure. Le tourisme sexuel a trouvé un partenaire le surpassant dans l’abjection. Une séquence brillante montre des yuppies miser sur une condamnée aux quatre coins du globe. Les diables sont ici.

Deux choses, d’une part, la désignation d’un vaste réseau mondialisé et la captation des perversions par le business ; les frontières sautent ensemble. À côté de cet aperçu social, la réalité psychologique des protagonistes. Qu’est-ce qu’un individu impliqué dans un tel processus ? Eli Roth imagine donc toute la démarche vers cet éveil sordide, exigeant une initiation pratique. Un univers avec ses rituels et contraintes (le tatouage pour sceller à jamais), ses promesses : alors que l’un des deux tueurs novices est réticent et impressionné, son ami est extrêmement enthousiaste.

Il perçoit l’opportunité d’un dépassement de soi. Son attitude est celle d’un affranchi mesurant ses performances. Il vient pour inscrire une dimension supérieure à celle des simples mortels dans ses instincts. C’est là aussi que Hostel II est complet dans sa vision : il y a la dérive de l’hédoniste et du chasseur de sensations, mais la frustration et l’échec sont aussi des moteurs. Nanti certes, Stuart le bon père de famille est aussi une victime et un minable, dominé par les convenances, par sa femme, jouet de son environnement. Dans les deux Hostel, la dégradation de la vie exerce sa menace partout. L’innocence ne peut qu’être une vue de l’esprit et elle est obsolète.

Ce n’est pas un cinéma intellectuel ou conceptuel ; c’est un cinéma d’artisan euphorique, téméraire, capable d’assumer son choix de prendre aux tripes. Certains ont trouvé comme motif de rejet, « arnaque ». Soit mais.. la matière est là pour les amateurs (de pellicule hargneuse, de terreur et de gore), pour les autres ou ceux dotés d’exigences particulières en terme d’ambitions, le film dépasse les espérances. Alors film roublard oui, escroquerie en rien. Film de terreur, physique, morale, sociale, donc film modèle.

Note globale 82

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Suggestions… Hellraiser le Pacte

Note arrondie de 81 à 82 suite à la mise à jour générale des notes.

 

 

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BORDERLAND ***

14 Juin

3sur5 Réussite notable dans son genre, Borderland va peut-être dérouter ceux qui l’approchait en espérant un authentique et unilatéral torture porn (il est pourtant bien question de sacrifices humains par une secte satanique aux abords de la frontière mexicaine). Tout en alignant quelques séquences gores intenses mais somme toute très sobres (aussi insolentes que hors-champ), Borderland séduit surtout par son aptitude à concilier éclats de violence exorbitée à dose homéopathique et flirt avec l’exotisme trash pour fil conducteur, stimulant la confrontation avec l’énergie vitale à chaque instant (tant sur le plan des questionnements humains que du combat pour la survie). Classiciste, lucide avec une pointe de trollerie premier degré (on se pince-sans-rire à propos du réel, celui des adultes), Borderland écrase tous les Destination Finale, Saw 3 et consorts, non par une trouvaille fulgurante, mais par son traitement vif et fonctionnel. Zev Berman opte pour un sérieux assumé, prend son temps pour développer l’intrigue et les personnages, nuance le trait en empruntant le détour de l’enquête policière.

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A ce titre, l’introduction est monstrueuse d’efficacité. Tendue, raffinée, tout en utilisant des méthodes largement éprouvées. Déjà s’imposent deux points forts qui sont autant de victoires : une photographie chaude et satinée, une gestion du suspense brillante. Celle-ci n’empêchera pas pour autant certaines anticipations, cependant l’attention ne décroît jamais : comme dans un bon film d’exploitation racé, le spectateur a ses points de repères et tout le loisir de savourer les détours et originalités stylistiques. Et Zev Berman affirme une touche, introduisant habilement son argument « based on a true story » pour accroître le frisson, impliquant le spectateur dans un contexte réaliste et fort. L’essentiel du métrage se déroule de nuit, au milieu d’un désert urbain crasseux et agité, où anges gardiens et tarés écument les mêmes plate-bandes.

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Notamment sur le plan humain, sa façon de reprendre le pitch le plus commun est élégante et inattendue. C’est l’occasion de présenter un triangle amical original, usant autant, sur le papier, des dualités et réflexes triviaux (partir pour la baise et l’éclate) que de complémentarités relationnelles et choc des caractères assez subtils, les personnages conciliant des visions du monde tranchées. Ces étudiants fuyant les oppressions ordinaires pour jouir de leur jeunesse suscitent l’empathie grâce à la finesse de l’approche psychologique et sociale (d’autant plus valide comparativement aux mœurs de l’horrifique contemporain). Il ne se contente pas de ressasser l’éternel cahier des charges : il traduit les réalités que le genre survole, donnant une forme à la fois réaliste (au point de rappeler au spectateur ses propres voyages ou expériences) et purement fictionnelle que les autres ne savent que parodier. Moins puissant sur la fin, globalement grisant et imposant dans son registre.

Note globale 65

Page Allocine 

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Suggestions… Hostel + The Hunters + Massacre à la tronçonneuse/remake

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