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THE UPSIDE **

9 Juin

2sur5 L‘essentiel de la trame et des événements s’y retrouvent, mais il y a plus que des nuances dans les agencements et le cheminement. Par les premiers on constate le fossé mental entre français et américains ; par le second le remake dépasse objectivement l’original – sauf si on a le goût de lire ‘entre les lignes’ et en fait, de boucher les trous d’un film finalement plus soucieux de brasser large et s’en tirer par des pirouettes [oh oh oh, la cible est lesbienne !] que de porter son attention sur ce dont il est en train de nous parler. L’écart entre les deux millionnaires invalides est à l’image de l’essentiel : Cluzet est plus dramatique, a des tabous, il inspire tristesse et ridicule, il peine à s’affirmer ; Cranston est plus enclin à jouer le jeu, ne fronce pas des sourcils, bougonne seulement à l’occasion, se fiche [autant que socialement possible] de ce dont il a l’air, peine à trouver des raisons de vivre encore.

Le premier avantage de ce remake est son efficacité. Et cette efficacité n’est pas un accident, elle est le témoin de deux cultures différentes – le style et les plis de mentalité des personnages le traduisent constamment. Dans les deux cas il y a main tendue avec sa petite charge subversive, d’abord condescendante puis complice. En France elle est prise au sérieux et sert l’idéal national tordu d’inclusion ; aux USA c’est davantage une formalité et elle vise l’optimisation des situations personnelles. Dans les deux cas, il s’agit de se conformer sans se sacrifier : en France cela implique rentrer dans le rang et d’avoir droit à ses différences comprise dans un cadre restreint ; au pays de la foi dans le ‘self-made-men’, cela signifie saisir ses opportunités et ne pas ennuyer le voisinage avec ses problèmes (c’était le cas aussi en France mais le présenter ainsi aurait pu compromettre son succès). ‘Compose et tu auras le droit d’exister’ versus ‘Marche ou crève’ en versions atténuées, dans un bain d’apparente abondance, où l’effort (France) et la prise de risque (USA) peuvent payer. En France, le ‘réalisme’ compassionnel effleurant sa cible, en Amérique du compassionnel tout court et sans appesantissement ; une conscience pragmatique versus une conscience du [de] malheur.

Et bien sûr dans tous les cas la caricature règne, mais là aussi l’approche diffère : en France, elle est infantilisante et pleurnicharde – même pas par conviction, seulement par réflexe ; dans la version américaine, elle est plus franchement joyeuse et on ne fait dans la surenchère de signes extérieurs de tendresse ou de compréhension. Les noirs des cités françaises ont l’air de grands enfants souvent un peu à la ramasse ou ronchons mais l’espoir est permis. Ceux des États-Unis ne sont pas à ce point coupés de la société tout en ayant une culture propre largement mieux développée et honorable ; c’est peut-être pourquoi ils ont l’air moins susceptibles au quotidien – mais dans The Upside, on les voit à peine, de même pour la pauvreté – et là on se rejoint en humanité, car universellement, les situations pourries des autres sont regardables à petite dose et de loin (et dans les pays à faible ‘névrosisme’ cette révélation se digère simplement). Avec le contexte racial aux USA, l’assistant ne saurait y être le gentil négro souriant de service, qu’on s’attend à voir sautiller comme un grand enfant. On ne le regarde pas comme le représentant d’une entité menaçante qui aurait été disciplinée voire assimilée ; on le voit comme un invité lourdaud et potentiellement incontrôlable. Il n’y a pas de tension dans le film français, il y en a dans l’américain et c’est notamment pourquoi la séance reste un peu surprenante : dans notre pays sont mis à l’avant des Jamel, des braves petits bonhommes ; dans The Upside, on sent qu’il peut se passer plus grave qu’une grève ponctuelle du personnel. On sent que les flingues peuvent être dégainés et que le malaise n’est pas qu’existentiel : il y a une pente à ne pas redescendre. Et puis on élève le niveau avec Aretha Franklin au lieu d’un titre disco-funk plus insignifiant.

À la revoyure (où il perd de sa force mais pas nécessairement du respect poli [blasé ?] qu’on lui porte), par rapport à ce remake où tout est fluide, Intouchables intègre la lourdeur française comme d’autres porteraient leur croix. Alors que nous sommes dans une comédie, avec un thème pris à la légère et des ‘réalités’ creuses, le rigorisme français est encore là, dans le visible et dans le caché, dans la morale et le pseudo-instinctif. Cela se sent dans les vannes un peu trop ‘installées’ du film de Toledano ; dans la version US ironiquement, elles sont moins attendues, la scène ne semble pas si candidement faite pour arracher un rire ou envoyer ‘un truc’. Les dialogues en VF/VO sont pleins d’ironies, avec un côté pincé ; les nantis de la version US semblent plus tranquilles concernant leur distance ou leur proximité avec les petits, les ressentiments coulent plus simplement – c’est aussi parce qu’on veut encore davantage, là-bas, éviter les échos bouillants, dans un pays où la notion de dialogue interracial est depuis toujours autre chose qu’un sujet à débats de confort. Ce n’est pas qu’une question de bon ou moins bon positionnement justement – dans cette ambiance américaine on tient moins à sa place, on a pas cette obsession du statut, les frontières au niveau des rôles et de ce qui s’autorise ne sont pas si étanches. En 2011 on a un peu le souci de l’histoire personnelle, en vérité du contexte, de la situation sociale – on n’y peut rien et on n’a pas envie d’en tirer une thèse, mais on n’ose pas le nier carrément ; en 2019, peu importe en dernière instance, l’amélioration de la situation et les choix actuels concentrent l’attention. En France, « ce qui m’intéresse c’est son présent pas son passé » a besoin d’être dit ; Cranston n’a pas à le sortir, c’est la norme.

The Upside tire le voile sur ses problèmes locaux, donc les français verront même sans se repasser Intouchables les hypocrisies, les beautés et les insanités de chez eux. On sent la France pays du faux naturel, de la simplicité copieusement étalée, où on ne l’ouvre pas mais où on peut râler dans son couloir ou bien en s’adaptant (ou en se joignant aux concerts des plaintes, mais ça, ce n’est pas pour ce film ‘optimiste’) ; où les décisions sont lentes, où on croit à la profondeur des êtres et des choses (en tout cas, plus qu’aux USA), même si parfois on préfère les mépriser ou si on l’interdit à ce qu’on aime pas. À rebours de cette tendance : les grivoiseries. Sur ce terrain en France on peut se lâcher (même Christine Boutin a des prétentions) ; il n’y a quasiment aucune de ces vannes portant sur le sexe dans la version US. Ce n’est qu’une grasse exception : les moments crus concernant les soins sont bien plus abondants dans The Upside, les difficultés relationnelles sont moins sujet à gaudriole niaiseuse et plus assumées (l’axe narratif du rendez-vous avec la correspondante est métamorphosé, le résultat est ce qu’il y a de plus honnête et émouvant dans les deux films). Le ‘nihilisme’ du vieux en fauteuil aussi est assumé, alors que Cluzet gardait ses impressions et sentiments pour lui. Tout de même on omet « Pas de bras pas de chocolat », peut-être jugé stigmatisant.

Malgré la tonalité décalée, Intouchables était bon pour le marché américain. En particulier, l’idée ou l’envie que tout soit possible au mépris des déterminismes, s’accorde avec la culture de masse américaine ; même si en France ça signifie pouvoir se ranger – dans sa case mais avec dignité et considération – avec ses espaces récréatifs (donc devenir un ‘sage’ immortel dans le cas où, vraiment, on a ‘réussi’). Quoiqu’il en soit Intouchables est positif et superficiel avec en bonus le saint badge « based on a true story » ; outre-atlantique on le rend plus vif, enlève le côté cheap, se débarrasse de cette espèce d’humilité et de souci de la collectivité l’habitant peut-être malgré lui. L’ouverture à l’expérience, sans états d’âme, aspiration de fond du film original, s’épanouit franchement dans le remake – bien sûr l’expérience reste digne de celles d’un Capra, en termes de virulence et de crédibilité sorti de la salle. D’autres handicaps bien français plus subtils sont aussi sortis de l’écran : en France, l’élan ne vient pas de toi (parce qu’on ne se fait d’illusion et aussi car c’est moins flippant ainsi). Dans le film de 2019, c’est l’assistant qui souhaite récupérer le livre qu’il a volé le premier jour ; dans l’original, c’est le patron qui fait la demande. À ce détail on voit que la ‘self-reliance’ n’est pas facile à admettre pour l’hypothétique français du quotidien (ça ne veut pas dire qu’il ne la connaît pas) ; on doit plutôt accepter le plan des supérieurs, ou celui qui croise notre route, en épuisant éventuellement notre quota d’audaces. Enfin il faut reconnaître que The Upside, conformément à son modèle, est assez con et multiplie les contrastes primaires – moins en se fondant sur des trucs ringards, c’est déjà un point ; sans passer par les finasseries et la pudeur, c’est le second et le meilleur. Il a aussi purgé le nombre de personnages récurrents et Yvonne est devenue bien plus importante (sous les traits de Nicole Kidman, parfaite comme toujours sauf peut-être quand on elle doit relever le défi de jouer l’intime de Cage).

Note globale 54

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Suggestions… Pour 100 briques t’as plus rien + Training Day

Les+

  • légèrement supérieur à l’original
  • plus drôle car plus cru
  • les tensions sont plus sérieuses entre les milieux
  • trio excellent
  • ne louvoie pas (bien que la durée soit équivalente)

Les-

  • encore plus bête et certainement plus vain
  • toujours pas tellement ‘réaliste’ pour autant
  • heureusement que ce trio est de tous les plans car la platitude déborde déjà

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MARY & MAX ****

11 Avr

4sur5  Adam Elliot estampille son œuvre ‘clayographie’. Ce néologisme associe l’argile (le mot anglais ‘clay’) et la biographie. Les personnages en pâte à modeler peuplant son univers souffrent tous d’exclusion, de manies ou de maladies atypiques. Le réalisateur australien s’est principalement exprimé sous le format court, avec un triptyque de portraits (Uncle, Brother, Cousin) puis Harvie Krumpet, sacré par les Oscars en 2004.

Cinq ans plus tard il présente Mary & Max, également conduit par un narrateur en voix-off et animé en stop-motion (il fait alors partie des rares longs-métrages reposant sur cette technique). Le film suit la relation sur vingt ans d’une gamine plutôt moche d’Australie et d’un Asperger (ou ‘Aspie’, lui-même préfère) en surpoids. Juif athée avec kippa à pompon rouge, il vit planqué dans une ‘chambre de bonne’ new-yorkaise. La petite Mary et ce quarantenaire antisexuel par sa constitution sont réunis grâce à leur solitude (sans amis au départ) et partagent une passion pour les Noblet (groupe de crapauds d’une série télé).

Le cas de Max concentre l’essentiel, celui de Mary est plus trivial (gamine ignorée et souvent victime) mais aussi plus social (la famille est délabrée, lui inflige de mauvais traitements). Max est sujet à de nombreuses obsessions (comme le comptage compulsif) ou bizarreries (il se traîne un même ami imaginaire depuis l’enfance), éprouve un besoin de symétrie, ne comprend pas les gens dans leurs motivations. Égocentrique, il incarne à son corps inconscient un rationalisme caricatural et régressif. Il est généralement apathique, avec quelques pics d’énergie (très mentale) ou d’inspiration. Son besoin de stabilité absolue au quotidien le pousse à limiter ou du moins contrôler scrupuleusement les apprentissages, afin d’éviter les angoisses (crises très glauques).

Le film souhaite clairement communiquer (voire ré-informer) sur un profil clinique en particulier et sur l’autisme en général. Il s’y prend avec humour et empathie (avec une certaine fascination pour les aléas gastriques), en s’autorisant une pointe de méchanceté complice et surtout une candeur choisie, de combat. La tendance à accumuler les malheurs peut agacer ou sembler refléter un délire misérabiliste, ce qui restera défendable. Cependant le film reste conforme à des situations réelles (l’animation japonaise développe au même moment un focus comparable sur les enfants lésés) et à la panoplie du trouble psychique de Max – autrement dit, conforme aux retards et excentricités de Max, ou aux résultats des moqueries récurrentes subies par les deux protagonistes.

Le style du film reste son meilleur atout ; il rappelle Burton et plus secrètement, le tandem Eraserhead/Elephant Man de Lynch. Elliot revendique également l’héritage de Svankmajer (animateur tchèque avec une prédilection pour le surréalisme – connu pour Alice et Les possibilités du dialogue) et des photographies de Diane Arbus. L’OST reprend des airs sophistiqués, avec une application parfois péremptoire mais avisée. La relation du film à la psychiatrie est ambiguë, elle pourrait être qualifiée de ‘progressiste’ par opposition à ‘contestataire’. Malgré les traitements répressifs, les catégorisations aliénantes et mesquines qui lui sont attribués, son langage réformé est approuvé. Le film reste valable parce qu’il est indépendant et au plus porte-voix à l’occasion, à la fois de la pédagogie ‘psy’ ou des variétés d’autistes.

Ce qu’il rapporte de la société est toujours soumis aux filtres personnels de Mary et Max. Le réductionnisme et l’aseptisation de ce dernier sont projetés sur l’extérieur (New York est sinistre, à dominante noir & blanc sur une couche de gris uniforme ; les australiens ont droit au jour et aux couleurs – plutôt sépias). Ses représentations figées, parfois sophistiquées ou même fantaisistes (la conception des bébés, les pieux mensonges) enrichissent son quotidien et amusent le spectateur, mais son attitude suscite une indifférence ou une incompréhension légitimes ; lui-même est empêtré dans sa ‘normalité’ obtuse. Le film a la sagesse de le prendre tout entier, Mary la bonté de l’emmener vers le choix du bonheur. Indirectement le plus souvent, elle l’amène à se confronter aux (nombreux) angles morts de sa personnalité (anxieuse et excentrique) et de son esprit (littéral).

Note globale 77

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Suggestions… Le sens de la vie pour 9,99$

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (3), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

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INCIDENTS DE PARCOURS (Romero) ***

2 Nov

4sur5  A-priori Monkey Shines a tout pour virer à la gaudriole ou au ‘nanar’. À l’arrivée c’est une jolie fantaisie philosophique marchant sur plusieurs genres et registres : thriller, comédie sarcastique, absurde sombre. La relation entre Allan et la guenon Ella (singe capucin) passe par différentes étapes insolites. Pour ce jeune scientifique subitement devenu paraplégique, elle est d’abord une alliée inespérée, en lui apportant soutien et même compréhension. C’est le seul être avec lequel il puisse cohabiter sans gêne ni contrariété (il voit à ses côtés deux femmes infectes : la bonne aigrie et plaintive, la mère possessive et frustrée), tout en ayant pas à ralentir ou s’ennuyer comme s’il s’agissait d’un animal ordinaire. Chacun se dope, lui accélère son développement, elle favorise le rétablissement de sa vitalité (énergie, ‘moral’, assertivité).

Ces facultés extraordinaires se retournent progressivement contre l’entourage (subi) d’Allan puis contre lui-même. Elles sont le résultat d’une obscure expérimentation menée en solo par Geoffrey, l’ami qui donne Ella en cadeau à Allan. Son sérum ‘d’intelligence’ (attendons quelques années et on osera inoculer la schizophrénie dans le B de luxe via L’esprit de Caïn) est un trop grand succès, avec des effets secondaires psychiques ravageurs, poussant le film vers le fantastique (ou la science-fiction viscérale type Frankenstein). Le spectateur reste longtemps seul à connaître cette réalité (avec Geoffrey), ce qui rend le déroulement plus intéressant et pousse à l’anticipation. Il s’agit alors d’avoir du répondant et le film en aura (sur le plan graphique y compris – avec les trois vues subjectives du singe la nuit, dehors : le ‘démon’ d’Allan libéré comme dans un cauchemar), malgré quelques raccourcis et la mise en suspens de certains points : si l’alliance avec Ella avait perduré, si Allan lui avait pardonné ou essayait de la canaliser, ou mieux s’il entrait dans le déni, le film aurait pu devenir autrement intéressant. Mais ici l’irrationalité d’Allan prend l’écran et cette force serait probablement compromise. L’exercice reste donc pertinent car le discours est ‘plein’ et la voie horrifique est porteuse.

Les deux communiquent à double-sens, au détriment d’Allan, du moins le croira-t-il ; certainement au détriment de son ego et de sa conscience ! Le singe le pousse à extérioriser son refoulé au propre et en propre comme au figuré ; à réveiller sa colère, ses mauvais sentiments. En retour Allan lui infuse ses désirs, auxquels Ella se dévoue avec une intensité proportionnée – c’est justement l’horreur de la situation pour Allan, obtenant la satisfaction de ses élans les plus primitifs et lointains, mais souvent aussi les plus courts ; mais cela en déléguant les gestes et sans doute le plaisir, tout en gardant la culpabilité, la honte – et éventuellement en sentant l’hypocrisie de ses souffrances. Malheureusement pour lui même les objets chéris provoquent des envies carnassières. En somme Ella est une sorte de prophétesse ‘spontanée’ pour le réveil de l’animal chez les humains ; la fin prévue devait libérer une armée de singes ‘réformés’ sur la ville. Elle a été recalée sur réclamation d’Orion, une première pour Romero dont le précédent tournage, Creepshow, avait été sans heurts malgré le label Warner Bros (avant cela le pape du zombie au cinéma était en ‘indépendant’ avec le relais de Richard P.Rubinstein).

Suivant un trope plus habituel, qui en est un peu la version chimérique et primaire, Incidents de parcours est aussi le spectacle du ‘mauvais génie’ en roue libre, dont on regrette bien vite d’avoir autorisé les gratifications contre-nature. Le choix d’un homme handicapé, aux affects réprimés et à la surface mielleuse, est excellent sur tous les plans. La construction est suffisamment métaphorique et ordonnée pour compenser les détours trop faciles des représentations. Les parallèles entre Ella et Allan sont expressifs pour le meilleur (significatif et puissant) et pour le pire (lourdeur du passage avec les dents, mais la lourdeur est une rançon du succès et pas un gage d’idiotie). Le film est typé, de son temps, bien de son ou ses genres d’emprunt, mais il tient la distance et crée une différence. Romero a pris le risque du ridicule et du premier degré, il réussit son tour avec candeur ; Monkey Shines est remarquable pour ça. Les défauts tiennent plutôt au traitement léger de certains personnages secondaires, à l’inutilité modérée des déambulations de Geoffrey – et peut-être à cette scène avec une perruche agressive, drôle d’image déjà transmise dans Freddy 2 (1985). Il faut tout de même voir que cette anecdote grotesque est fluide et ‘congruente’ dans le contexte (ce n’est pas le cas dans Freddy 2). Sur un thème comparable, il existe aussi Link (1986), In the shadow of Kilimandjaro et Sharkma (1990).

Note globale 76

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Suggestions…

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (4), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

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DE ROUILLE ET D’OS **

2 Déc

2sur5 Depuis le sacre d’Un Prophète, on sait que Jacques Audiard, fils de Michel, est un auteur sur lequel il faudra compter dans les décennies à venir. C’est plutôt bon signe car c’est un cinéaste au regard intense, affûté quoique plombé par un désir d’exhaustivité, emphatique jusque devant le trivial. De rouille et d’os, avec Marion Cotillard la princesse devenue handicapée et Matthias Schoenaerts le père indigne, est une immersion dans la vie des prolos. Audiard nous amène parmi les survivors, ceux qui vivotent avec les moyens du bords et l’assistance accessible, exultent entre deux portes et dans des coins sordides, font de l’argent sur quelques peccadilles. C’est à proximité de ce contexte-là et aux côtés d’un monolithe dévoué (hissé par Bullhead) que Marion Cotillard va redécouvrir la vie alors qu’avant son accident, elle la survolait, la consumait comme si c’était une parodie impersonnelle, comme si déjà elle était foutue. C’est une application concrète de la morale « ce qui ne te tues pas te rend plus fort », avec à défaut de force l’espoir et l’ouverture.

De rouille et d’os est un mélo sachant persuader de sa vérité, pourtant il laisse en définitive sur sa faim par un trop grand manque d’ampleur psychologique. Audiard préfère enchaîner les tracas que sonder la crise réelle ; ses personnages sont autant contrariés par les aléas du quotidien que par leurs véritables problèmes. Mais il réussit à confondre leur point de vue : comme eux, il croule sous tous ces coups du sort intempestifs, sans élargir sa focale, sans prendre conscience de son état. C’est à ce titre que De rouille et d’os est une réussite : il sait infiltrer la trajectoire et la condition de damnés de la Terre (plus que de purs marginaux).

C’est beau, c’est accrocheur, ça coule de source et ça passe sans laisser de traces. De rouille et d’os est aussi un drame impudique et sincère, assez lourd et pataud derrière la pose langoureuse et écorchée. Ainsi le dernier tiers s’oriente vers la surenchère dans le drame et la misère humaine paroxystique ; comme si cette galerie de personnages ne pouvait cumuler que les galères et les préoccupations sensorielles. On ne voit ni l’intention, ni les motivations de ces individus ; juste une jolie histoire racontée avec style. Pour ces grands enfants fragiles et écœurés en perpétuelle coma existentiel, Audiard est au niveau de la complainte solennelle ; c’est généreux même si a le goût de l’artificiel. A force de nier la confusion, on reste à scruter le grand vide, meublé avec beaucoup de tendresses et d’instincts crus.

Note globale 52

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UNE MERVEILLEUSE HISTOIRE DU TEMPS **

28 Mar

une merveilleuse histoire du temps

3sur5  Sorti en 1989, A Brief History of Time s’est vendu à plus de dix millions d’exemplaires. Dans cet ouvrage de vulgarisation scientifique, Stephen Hawking revient sur les principales théories qu’il a développées au cours de son existence. En 2015, l’astrophysicien le plus célèbre de son temps a les honneurs du biopic aseptisé en compétition pour les Oscars ; nommé comme son premier essai, le film dirigé par le romancier Anthony McCarten qui est à l’initiative de ce projet vieux de onze ans. Le résultat est un mélodrame conventionnel, efficace et avisé, dont le vernis cosmologiste est mis au service d’une métaphysique de ravis de la crèche poétique quoique peu fouillée.

Le sacrifice de la compagne d’Hawkins est de loin la partie la plus intéressante. Alors qu’elle partait pour deux ans au moment où la maladie dégénérative de Stephen s’engage (sclérose latérale amyotrophique aka maladie de Charcot), elle se retrouve vissée auprès de lui pour des décennies. Et ce sacrifice pour quoi ? Un petit génie qui n’est qu’un amour avorté d’autrefois ! Belle façon de rater sa vie pour cette croyante parfois déçue par les thèses de son époux. Les moments lourds s’enchaîne, elle en préfère un autre et lui n’apporte guère de contribution à son existence quotidienne, mais elle demeure fidèle et persévère, combattant pour sa vie à lui, s’accrochant même lorsqu’on lui indique qu’il serait sage de s’arrêter, ou de débrancher son mari. Aider et tenir sa parole quitte à se damner.

Ce n’est pas l’aspect le plus original d’Une merveilleuse histoire du temps mais celui-là arrive à maturation. Car pour le reste, le film manque de caractère et ne travaille guère la spécificité de son personnage. Le compte-rendu sur celui-ci est franchement limité, la citation des grands travaux cohabitant avec les petits détails de fiction. Rien n’est dit des engagements d’Hawking, ni de ses rapports avec ses pairs. Le flot de son esprit en tant qu’homme, son cheminement intellectuel, les aléas dans ses poursuites, sont zappés. À l’écran ne sont rapportés que les résultats sur lesquels sont plaqués un optimisme doucereux et profond. Cette légèreté criante ne pèse pas vraiment car toute tension dans ce film est d’ordre affectif. La volonté d’expliquer tout l’Univers est plus importante que les démonstrations et hypothèses justifiant sa création ; et clamer l’expansion continue et la nature illimitée de celui-ci est tout, l’expliquer serait vain.

Note globale 58

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