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FIGHTING BEAUTY **

3 Oct

fighting beauty

3sur5  En 2000, Satreelex the Iron Lady mettait en scène une équipe de volley-ball réunissant des travestis et/ou transsexuels. Lui aussi thaïlandais et basé sur des faits réels, Fighting Beauty raconte l’histoire de Parinya Charoenphol aka Nong Boom, calquée sur celle de Parinya Kiatbusaba, devenue un champion de boxe pour payer son changement de sexe. Le film a connu un certain succès auprès des initiés, mais peu d’échos au-delà des férus de cinéma asiatique. Il rapporte avec simplicité ce cheminement et la success story l’entourant, en procédant de manière conventionnelle.

Le seul supplément est du côté de ces projections de Parinya, par exemple lorsqu’il s’imagine rencontrer une transsexuelle jeune, ou lorsqu’il s’imagine à la place d’une Miss lors d’un concours de beauté. Dès son enfance, le garçon se déguise en fille et se maquille. Il est amené par les circonstances à se mettre à la boxe et triomphe rapidement lors des matchs, sans trop se sentir concerné. Son attirance pour les garçons est évoquée avec légèreté (les groupes d’entraînements) et le film se concentre surtout sur les ressentis de Parinya par rapport à ce décalage et à sa propre situation.

Dans la dernière partie, devenu une célébrité, Parinya entame son changement. En épilogue, le spectateur apprend que Nong Toom est mannequin et actrice depuis sa conversion et son abandon de la boxe. La séance était aimable plus que raffinée. Fighting Beauty a parfois un côté feuilleton, un peu léger, de produit peu profond mais facile à suivre. Cela n’enlève rien à sa sensibilité et son efficacité, bien au contraire, mais indique plutôt son niveau. Si on valorise les témoignages et les histoires personnelles par-dessus tout, c’est très bien.

Ca n’emmène pas loin, mais en soi c’est très bien. Mais au-delà de la sincérité pétillante et extravertie, une approche plus intérieure, plus psychique, donnerait plus d’assise au portrait. Il n’y a somme toute rien à creuser ni à comprendre dans le personnage donné à voir à l’écran, il suffit de compatir et s’attendrir pour lui. Il manque une peinture de caractère véritable et sans doute du génie. Sinon il y a la réalisation, charmante, avec un beau travail sur les couleurs.

Note globale 62

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Suggestions… Mysterious Skin + Fighting Tommy Riley + 20 cm + Les Garçons et Guillaume à table  

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MY OWN PRIVATE IDAHO ***

2 Mar

my own private

3sur5  Au début des années 1990, Todd Haynes et Gus Van Sant viennent donner un nouveau souffle au cinéma gay. Ils lui apportent ses lettres de noblesse, jusqu’à devenir les artisans de sa normalisation, conclue à la fin de la décennie 2000. En 2008, deux ans après le phénomène Brokeback Mountain, Van Sant réalise un téléfilm à Oscars des plus péremptoires avec Harvey Milk. Un produit péremptoire et pourtant insipide loin de My Own Private Idaho, son troisième film sorti en 1991.

Premier grand succès de Van Sant, ce projet lui tenait à cœur et il a exécuté Drugstore Cowboys afin d’amadouer les producteurs. Sa réputation de nouvelle révélation du cinéma indépendant va l’aider à aboutir rapidement. Il réunit Keanu Reeves et River Phoenix, deux gloires très récentes (Keanu Reeves vient d’être star-isé par sa participation à Point Break, film de surfeur et fable homosexuelle à mots couverts). Inspiré de Shakeaspeare notamment via de longues tirades, My Own Private Idaho présente une vision de l’homosexualité en particulier et d’auteur en général tout à fait pittoresque.

Van Sant construit son film en s’appuyant sur la narcolepsie de Mike (Phoenix), fonctionnant à l’ellipse abondante et aux juxtapositions excentriques- comme cette séquence des couvertures magazines. Son style est moins doux et feutré que des films ultérieurs comme Elephant ou Paranoid Park, évoquant plutôt du Gilliam posé, débordant de sensibilité mais pas débordé, lui. Les parti-pris de Van Sant donnent une allure random, cependant le patchwork s’avère tout à fait cohérent, toutes les expérimentations sont raccordées.

Le récit est non-conventionnel et la relation au centre du film également : Scott Favor (Reeves) est un fils de riche s’encanaillant et profitant de la vie, aussi résolument gay qu’opportuniste, une sorte d’opportuniste irrégulier. Il vit la passion de Mike, remarquable amoureux naïf, mais n’est jamais véritablement engagé. Lorsque leurs routes se séparent, il n’y a pas de rupture apparente ; Scott navigue entre son destin tracé et ses fantaisies, Mike échappe aux stress comme aux souffrances grâce à sa biologie lunaire.

Note globale 68

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Suggestions…  Arizona Dream + Roméo+Juliette + Narco

Gus Van Sant sur Zogarok >> Harvey Milk (2008) + Paranoid Park (2007) + Bully + Elephant (2003) + My Own Private Idaho (1991)

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LES AMOURS IMAGINAIRES *

28 Déc

amours imaginaires

1sur5  Son premier film J’ai tué ma mère était brillant, mais il y avait déjà les germes potentiels d’un cauchemar tel que ces Amours Imaginaires. Le second film de Xavier Dolan entretient tous les petits tics déjà ressentis, d’ado narcissique et surdoué, mais aussi de poseur lourdaud enfanté par les plus ardants blaireaux du café de Flore et les intellos policés radotant Camus tout le long de leurs bourgeoises et insipides journées. Si on y est allergique, Les Amours Imaginaires envoie une cohorte de signaux négatifs, la présence de Louis Garrel en guest étant l’objectivisation finale.

Deux amis, Marie et Francis, aiment le même type, un échalas angélique blond et bouclé crétin et vide. Ils vont interpréter tous ses gestes, transis devant ce mec fadasse mais solaire, laissant éclater leurs carapaces grandiloquentes. C’est parti pour 100 minutes de minaudages, de moues perplexes ou de circonstance, de petits gestes hautains maquillant les blessures assassines. C’est un peu comme dans les Chansons d’amour d’Honoré (avec son breton tendre et sauvage), mais en admettant la frustration, en singeant la réalité avec ces désirs grotesques, en contrariant les caprices et s’infligeant des mandales (la pointe de causticité, dont Francis est la première cible, rend la chose plus digeste, presque entraînante pour quelques instants), tout en se laissant toujours une porte ouverte vers l’accomplissement.

On parle culture, on se touche du bout des doigts avant de forniquer avec délicatesse mais en enfiévrant le contexte, on s’applique à être une créature de carte postale du parisianisme romantique tel qu’il est perçu partout dans le monde. D’ailleurs ils le disent eux-mêmes : au lit avec Marie avant d’enchaîner sur l’étreinte (il lui demande au passage si elle est « en amour »), son partenaire s’interroge : Marie, penses-tu à des vedettes de cinéma lorsque tu fait l’amour ? Les Amours Imaginaires contient des répliques fines, des analyses éclairs pas aberrantes mais rebattues sur les amoureux de l’amour et les érotomanes ordinaires [sublimés]. Mais l’agitation intense caractérisant J’ai tué ma mère ou Laurence Anyways n’est pas de mise ici.

Dolan livre au contraire un produit strictement hype, ultra soigneux, cultivant une esthétique d’urbains vintage et délicats, de mondains bavards et d’étudiants ronflants à la conscience servile. C’est tellement exaspérant que l’énergie habituelle à s’enflammer se démobilise ; autant attendre, ça passera, c’est réglé, c’est foutu, inutile de se battre ou de se réjouir en adoptant une approche sarcastique. Toutefois, le rire survient inévitablement, sur la fin en tout cas, passés les soupirs et la douleur. Face à cette sensiblerie extrême, on part nécessairement vers la stase ou le rejet, presque organique. L’argument du « chacun ses goûts » vaut pour le coup, car ce film a le mérite de la radicalité et est en mesure de plonger dans l’extase une cible définie, tout comme d’horripiler à un degré rare ceux qui s’en écartent trop.

Les Amours Imaginaires n’est donc pas intrinsèquement un échec total : oui, mais la nature du délire n’est pas le seul problème. Le manque de substance plombe le film, ses témoignages sont dérisoires, servant sa démarche de wannabee Jules et Jim (eux étaient plus simples et lucides, même avant de mûrir), de wannabee en effet (Truffaut a eu la chance de passer avant tous ses héritiers). Et si Dolan est passionnant et exaspérant d’une seconde à l’autre voire en même temps, il ne l’est ici qu’en tant qu’acteur, en tout cas pendant un certain temps. Le film s’effondre sur la fin, avec les mises au point. Au terme de la descente, une dernière séquence d’une laideur médusante. Au moins, Les Amours Imaginaires incarne quelque chose à la perfection : la chronique de petite chose protégée à la sexualité indéterminée, aux manières doucereuses et aux goûts ‘raffinés’ (au sens bobo lisse du terme), peuplée d’aspirants intellos sartriens et d’imitations de stars glamour et se branlant encore sur Pierrot le fou.

Note globale 32

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Suggestions… La Dolce Vita + Moonrise Kingdom + Guillaume et les garçons   

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (6), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (4), Ambition (7), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

Note passée de 23 à 32 suite au re-visionnage de janvier 2019 et à la mise à jour des notes. Quelques mots en plus/moins. Lors de cette redécouverte, j’ai simplement vu un film ‘lourd’ avec des qualités, une indéniable force émotionnelle comblant pas grand chose (à la sortie, même en ayant su être complaisant, un « bof » s’impose forcément) – et de toutes manières un film ne s’adressant pas à moi, donc avec lequel je devrais faire un effort de lâcher-prise et de tolérance, chose plus facile 4 ans et demi après.

 

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Xavier Dolan sur Zogarok >> Mommy + Tom à la ferme + Laurence Anyways + Les amours imaginaires + J’ai tué ma mère

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BREAKFAST ON PLUTO ***

30 Nov

4sur5  Comme dans Crying Game treize ans plus tôt (1992), il est question du conflit impliquant l’INRA en Irlande et d’une personnalité transgenre. Pas d’équilibre cette fois, Breakfast on Pluto est avant tout le portrait de cette créature interprétée par Cilian Murphy (le riche héritier de Inception, vu aussi dans Batman Begins). Le film tient du conte glam-rock et se situe dans les années 1970. La BO est assortie, excellente et Bryan Ferry (Avalon, Slave to Love) fait son cameo dans la peau d’un pervers aux bonnes manières.

Trouvant un équilibre entre réalisme, humour noir et assimilation aux caprices de son héroïne, Breakfast on Pluto est un spectacle plaisant, grâcieux, sans grande profondeur. Le style de Neil Jordan, y compris sa narration, peuvent de toutes façons transformer des banalités en divertissement notables : c’était déjà le cas au début de sa carrière avec Nous ne sommes pas des anges (avec Robert DeNiro et Sean Penn), ça l’est encore ici. Pas de messages humanitaires ni de naiveté plombantes ici, mais une certaine forme de radicalité et d’ingénuité propres à Patrick/Kitten.

Fruit d’une rencontre inacceptable, Patrick a été abandonné dès qu’il était bébé. Sa famille d’accueil est horrifié par son identité sexuelle déviante ; sa mère d’adoption est de ces nourricières stupides. Femme manifestement intéressée par peu de choses, obsédée par le qu’en dira-t-on, elle ne l’est jamais par son fils ; une peste, il est vrai. À l’école aussi, Patrick rencontre l’incompréhension (ce qui est légitime) et des sanctions brutales. Alors quand le meilleur ami de Patrick meurt sous les bombes, celui-ci s’en va à Londres chercher sa mère biologique.

Provocateur et lunaire, assez grossier, souvent embarrassant, Patrick/Kitten fait de sa vie un hymne à la fuite permanente. Se prenant pour un personnage de roman, il considère la vie comme un jeu et se trouve bientôt lié au monde du spectacle. Il apparaît dans des peep-show, se fait gigolo, assistant d’un magicien (Stephen Rea, collaborateur fréquent de Jordan, dans Crying Game et Ondine notamment). Dans ce monde trop sérieux et brutal, il est aussi faible que dangereux. Ses facultés de transformistes et de fuyard, son déni de la réalité en somme, font son charme et celui de ses aventures.

Tout au long de sa jeune vie et donc de la séance, Patrick/Kitten invente des histoires fantaisistes, pleines de libidos trop corsetées, se trouve un pseudo ridicule et tendancieux inspiré d’une sainte improbable. Rien ne dure avec ce personnage irrégulier, rien n’est honnête, mais tous les bénéfices d’une telle attitude sont là : la créativité, le divertissement, l’enchantement. Patrick/Kitten en arrive à être régulièrement pris pour un terroriste, jouant le jeu malgré les risques (auxquels il ne songe même pas). Tout est opportunité à poursuivre un quelconque délire. C’est un certain art de la mise en scène, un travail permanent donc exigeant, se nourrissant de l’inconstance et la lâcheté de son auteur. Tout un folklore engendré par un seul individu.

Note globale 73

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Suggestions… Velvet Goldmine + Mister Lonely + Tokyo Godfather + Little Miss Sunshine

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LEMORA : A CHILD’S TALE OF SUPERNATURAL ***

19 Sep

4sur5  Voilà un exemple de film culte au sens puriste. Lemora n’est d’abord sorti que dans de rares salles le 30 avril 1973 aux USA, avant de ressortir en 1975 dans des proportions plus larges. C’est un film peu connu et oublié, mais pour lequel s’est développé un noyau d’adeptes. Leur existence a permis une sortie en DVD en 2004 même si la version intégrale de 113min reste inaccessible, les copies diffusées proposant un spectacle de 85 minutes.

Lemora est un cauchemar, doux et violent. La petite Lila Lee (Cheryl Smith), treize ans, choriste dans l’église d’un Reverend qui l’a recueillie précocement, rejoint son père mal en point à Astaroth, une ville à l’aura malsaine. Attaquée par des créatures difformes, elle trouve refuge chez Lemora (Lesley Taplin), une femme étrange. Se noue entre elles une relation décalée, dans cet univers incertain et nocturne. Le Mal rôde, une menace sourde est là, on aperçoit des êtres indéfinissables, des processions occultes et des rituels mal définis semblent régenter les lieux.

A child’s tale of the Supernatural utilise les éléments les plus candides du fantastique et de l’horreur avec une grâce certaine, en étoffant le mystère et jouant sur la confusion des perceptions. C’est un film sur la mutation de l’enfance vers l’autre côté du rideau : pas nécessairement vers le camp des adultes, plutôt celui où on devient un artisan de ce jeu d’apparences, mais aussi un prisonnier désormais conscient, au lieu d’en être le simple jouet. Lila Lee est déchirée entre la confiance et la curiosité, la conscience diffuse d’être manipulée et le plaisir d’être ainsi convoitée, sans parler de la stimulation à se trouver ainsi au bord de révélations sur soi et sur la nature de ses prochains.

Le film a plus à voir avec le Phenomena d’Argento ou The Wicker Man qu’une quelconque adaptation d’Alice au pays des merveilles. La sexualité est partout. L’attitude du Reverend est d’autant plus rigide et irrationnelle que le déni de son attirance pour Lila s’accroît à mesure qu’elle grandit. Il y a une ambivalence entre l’innocence et la corruption. Le Reverend et Lemora veulent tirer Lila vers l’un et l’autre pour satisfaire leurs besoins et en faire le prolongement de leur propre existence, d’où sa position actuelle de numéro 2. Le film a été censuré par l’Office du film catholique jusqu’en 1995, mais s’il y avait eu un Office défendant la moralité des adultes il devrait maintenir encore aujourd’hui l’interdiction, car ceux-là sont des initiateurs dangereux et des oppresseurs dérangés dans Lemora.

La censure de cette demie-heure nuit probablement au spectacle, qui apparaît assez hiératique. Cette légère confusion n’a rien à voir avec le climat onirique : un manque se ressent, certaines pièces propres à doper le spectacle ne sont pas là. Ce que nous voyons dans la version de 85 minutes n’en est pas moins fin et visuellement délicieux (éclairages bleus et rouges presque comparables à Inferno). Lemora est servi par ses décors et protagonistes, tous des  »gueules » d’atmosphère. Le piège qu’elle constitue gagne du sens au fur et à mesure même si certains éléments ne sont malheureusement pas éclairés (les créatures et processions), ce qui les empêche de frapper l’esprit alors qu’elles y sont toutes prêtes.

Note globale 73

Pas de page Allocine, page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Maladolescenza + Au-delà du réel + Necronomicon + Dark Waters + Le cauchemar de Dracula + Sœurs de sang + Legend + Halloween 3 + Nadja + Le repaire du ver blanc + Vampires (1974) + Bloodsuckers (1970)

Voir le film sur YouTube : FRANÇAIS, ESPAGNOL, ANGLAIS avec sous-titres multiples

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