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MINI CRITIQUES REVUS (1)

5 Fév

Tous les films que j’ai vu depuis que j’ai ce blog (donc un an et demi avant Sens Critique), notés en-dessous de 9, qui n’avaient pas eu les honneurs de critiques. Pour d’autres elle restera envisageable (des films marquants ou importants, de quelque manière), mais ils sont une petite portion.

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8 et demi *** (1963) : Auto-analyse de Fellini, projeté dans le réalisateur dépressif interprété par Marcello Maistroianni. Cet opus est très proche de La Dolce Vita (le tournant subjectiviste de sa carrière), avec le même type d’humanité : des membres de la haute société, celle du luxe et pas concernée par les responsabilités, jamais étouffée par le devoir ou la conscience.

Pendant deux heures en noir et blanc Marcello/Fellini déambule entre sa réalité et ses fantasmes. Ses rêveries ont une orientation nostalgique et souvent érotique. Sa femme (à lunettes) n’a que des interventions pesantes, elle lui ressemble peut-être trop et n’apporte ni plaisir ni réconfort – c’est un repère désuet. Elle forme un contraste avec le harem largement imaginaire (parce que peu vécu et à tout juste articulé mentalement comme tel) de son mari.

Fellini démontre un art du clip et de la fantasmagorie ‘adulte’ notamment au début, avec la scène d’ouverture et celle en musique autour de la réception d’aristos. Le film contient quelques moments de génie très ‘publicitaires’. Son visuel magnifique a sûrement été pris régulièrement comme modèle, dans les arts liés à la photographie. Les dialogues fourmillent de fulgurances sarcastiques ou spirituelles. Les amateurs de Barbare Steele la verront heureuse de prendre des coups de fouets – le cadre a changé mais son personnage a bien été importé. (64)

Vu le 6 août 2015 et revu sur Mubi le 30 septembre 2017.

Ça – Il est revenu ** (1990) : Téléfilm en deux parties ou ‘film’ de trois heures. J’en avais vu les premières minutes (ainsi que d’autres bouts), desservies par l’interprétation féminine. La mise en scène est lourde et efficace, expéditive et proche du grotesque dans les moments cruciaux. C’est loin d’être l’incurie sur le plan horrifique ou des idées photographiques (Tommy Lee Wallace était déjà la réalisateur d’Halloween III et Vampire vous avez dit vampire). En revanche le film manque d’épaisseur, de fluidité dans les relations. Il peut être une bonne expérience pour les enfants et notamment pour un premier film d’horreur. (54)

Vu des morceaux de la première moitié à la télévision vers 2008.

Les Anges gardiens ** (1995) : Comédie hystérique, avec Depardieu/Clavier dans un double-cabotinage ; plein d’ellipses au risque de l’absurde (une des fins les plus précipitées), du Poiré. Avec un bêtisier médiocre à la fin. J’aime même si c’est fait à l’arrache et sûrement prémédité au minimum possible. Si vous adhérez à un tel truc, essayez Les Gaous (qui pousse le bordel épileptique à un niveau ‘inédit’) ou La Vengeance d’une blonde (meilleur). (62)

Vu une fois enfant, revu en 2017.

Les délices de Tokyo * (2015) : Avec Les filles du Moyen Age, c’est un des deux films que j’ai vus dans l’année (fin décembre) mais pas critiqué (faisant de 2016 la première et seule année où je n’ai pas tenu le principe). Un troisième film entrait dans cette catégorie, mais je ne l’avais pas terminé : le coréen The Strangers.

Bien que le départ soit relativement encourageant, je confirme ma non-adhésion à ce film. Et la note si basse qui par rapport aux moyennes a l’air d’une provocation, ce qui me dépasse d’autant plus que, si je ressens du négatif envers ce film, je ressens surtout peu de choses. (32)

Vu en VOST le 26 décembre 2016, revu en VF en mai 2018.

L’empire des sens ** (Japon 1976) : Présenté dans une version restaurée en 2016. Aucunement excitant et plutôt répugnant dans ses scènes explicites (entre les micro-pénis et les touffes du passé). J’avais trouvé l’approche triviale malgré un côté pompeux, c’est confirmé. Depuis heureusement j’ai découvert Tabou (et Il est mort après la guerre).

La seule scène un peu satisfaisante et plaisante est celle où une fille, tenue par plusieurs autres, se fait enfiler un oiseau en bois (juste avant la danse de Gangnam Style version papy à l’EHPAD). Concernant la passion même charnelle et plus encore les sentiments, ce film manque d’authenticité et d’intensité, jusqu’à ce qu’il ait tout déblayé autour du couple (donc quasiment jusqu’à cette mise à mort interminable). L’espace est alors trop étroit pour que la psychologie soit encore intéressante, mais les acteurs paraissent crédibles et la volonté de madame l’est certainement.

C’est bien un porno chic, enrobé par un halo de subversion et des moyens inimaginables pour un film ‘bis/Z’ ou ‘d’exploitation’ normal. Évidemment c’est devenu ringard puisqu’il n’y a plus grand chose à subvertir depuis les années 1990-2000 (en tout cas au niveau de ces choses ‘naturelles’ et accessibles au moins en esprit et en théorie par chacun), il ne nous reste alors plus qu’à constater la mollesse de la séance, les béances du scénario, le manque de tenue – sauf sur les divers plans techniques. (56)

Vu une fois vers 2008, revu en juin 2018 sur MUBI.

Tenue de soirée *** (France 1986) : Changement d’avis, même si Buffet froid et Les valseuses planeront toujours au-dessus. Film imprévisible et grotesque, avec des omissions considérables et un dernier tiers rendu plus loin qu’en roue libre. La façon dont Michel Blanc est considéré doit être le plus drôle car le plus déroutant – quelque soit les goûts de l’observateur, son personnage n’est pas ‘beau’. L’évolution des individus est ridicule, leurs aventures invraisemblables, les deux sont jubilatoires. Dialogues et acteurs excellents. Un brillant nanar et une formidable comédie, un parfait film pour alcooliques, conçu manifestement à l’arrache ou avec une certaine négligence pour la charpente. Aussi un film remarquable sur le cocufiage et ses variétés. (72)

Vu (incomplet) une fois vers 2009, revu en août 2018.

Cendrillon **** (U 1950) : J’avais mis 7 à mon arrivée sur SC, partagé entre enthousiasme et scepticisme fondés sur des estimations lointaines. J’aime effectivement, suis probablement plus sensible aujourd’hui au mauvais chat, plus enclin à aimer les souris et les petits animaux, mais la grosse souris maladroite est toujours aussi répugnante – je souhaitais sa mort bien que ce ne soit pas dans l’esprit de Disney.

Le culte du prince charmant, l’éloge des petites filles sages et pures sont bien là et pratiqués à fond ; si le premier mérite effectivement révision, le second n’est pas si horrible – la morale de Cendrillon a ses vertus. Sauf sur cette rêverie de fille à marier, mais sur ce plan les ratés sont constants : dans La Valse dans l’ombre comme dans Blanche-Neige, les ‘princes charmants’ sont des êtres vides, sans charisme sinon celui d’une publicité pour l’hygiène. La prise en puissance de l’ex-petite fille, sa maturation sans compromissions, est aussi un motif récurrent mais ne me semble pas un problème – qu’il en soit un pour celles pétries de regrets de s’être trop ou trop vite souillées, pour celles qui n’auraient pu l’être comme elles le souhaitaient ou pour leurs complices masculins, c’est tout naturel.

Sinon le film est plein de détails charmants et marquants. Sa niaiserie est gracieuse. Les chants de souris en font les ancêtres des Chimpmunks. C’est le point le plus innocent du film, car sa morale effectivement n’est peut-être pas géniale pour les enfants (sans qu’elle soit déroutante comme celle de Peter Pan), car s’en remettant quasiment à la chance, le développement du charme personnel et la ‘magie’ pour sortir de la misère – en même temps, les enfants n’ont pas besoin d’être progressistes et de prendre du recul sur tous leurs fantasmes, pas en esprit du moins. (82)

Vu plusieurs fois enfant, revu en décembre 2018.

Peter Pan **** (U 1953) : Vu une fois enfant, j’avais moins aimé le début dans la réalité et n’en conservais aucun souvenir clair. De nombreux détails me sont parus familiers (la fée enfermée, la capture via les sapins). Représentation remarquable et amorale de l’évasion et de l’imagination, capable de parler aux enfants sans les tenir enfoncés dans la niaiserie habituelle (même si la gamine ‘responsable’ et aimante conserve un peu d’ancrage et de repères). Les enfants méritent de voir un tel Disney plutôt que la majorité de ses alter-egos (trop restrictifs) et de ses descendants (trop criards et débiles). (8)

Vu une fois enfant, vers huit ans, (re)découvert en décembre 2018.

Les Aristochats **** (U 1970) : Un excellent Disney, où le cadre est souvent plus intéressant que le sujet (les chats). Le Paris des années 1890-1910, les virées burlesques, les rencontres (avec les oies) rendent l’ambiance charmante. Beaucoup de scènes burlesques remarquables, principalement autour des deux chiens et d’Edgar. Dialogues relativement bien écrits, même si peu sont mémorables (contrairement à Blanche-Neige, Le Roi Lion ou au Livre de la Jungle, mais à l’instar de Robin des Bois ou même Cendrillon). Toujours peu fan du passage sous les toits de Paris et peu sensible à ces chats bohémiens. (8)

Vu peut-être plusieurs fois enfant, revu en décembre.

Independance Day ** (USA 1996) : J’y avais jeté un œil plus que véritablement ou intégralement regardé. Les effets spéciaux sont d’un niveau maximal pour l’époque, comme les meilleurs de Star Wars Phantom sorti trois ans après et également produit par la 20th Century Fox. Les aspects mélo sont ni brillants ni affligeants. Mais combiné au patriotisme et aux échauffements de la dernière riposte, ils multiplient les longueurs. Le véritable problème de ce film me semble donc être cette dernière partie et tout l’ennui précédant la grande attaque. Elle-même en sort gâchée, tandis que le quota de bêtises ‘l’air de rien’ et des autres défauts sont exacerbés – le président devient grotesque, heureusement le mec avec la VF de South Park a le bon goût de bien torpiller l’emphase du délire. Des trucs un peu niaiseux ou invraisemblables, comme prévu, pas dans des proportions atypiques ni trop choquantes. Les péquenauds sont plus cools et musclés que dans Mars Attacks où ils sont transformés en beaufs à la Deschiens. Le président est un tocard pendant les deux tiers au moins – son administration en sait voire en peut davantage. Ceux qui dénoncent sa sanctification supposée ne sont pas au clair – il n’y a que sa virée finale pour véritablement le flatter, pour le reste c’est un membre de la team America comme un autre – c’est bien cette normalisation du personnage qui devrait plutôt être questionnée. (54)

Vu une fois partiellement il y a une quinzaine d’années, revu en avril 2019.

Violette Nozière ** (France 1978) : Une ado de 18 ans jouée par une actrice de 26 comme dans les fictions au campus dans les années 1990. N’étais plus sûr de l’avoir vu et sûr de l’avoir vu superficiellement, confusion possible avec Une affaire de femmes. Pas étonnant tant le point de vue est attentiste, la séance presque contemplative : Chabrol ne sait pas couper ni hiérarchiser. Le père semble mal relié à sa fille, le choix de Carmet et Huppert après Dupont Lajoie où il violait ne saurait être innocent ; mais même dans les relations tout reste bien flou, on en connaît la nature qu’aux deux tiers au maximum, pour certains cas (l’amant), pas même la moitié pour les parents. Comme d’habitude Chabrol donne dans la sous-satire sans beaucoup d’humour contre les bourgeois, l’ordre établi (les féministes peuvent inscrire cet opus sur leur liste des ‘récupérables’) – et comme d’habitude il en fait sûrement trop partie pour attaquer ou même considérer sérieusement la chose. Un film pour ceux qui aiment les ambiances d’époque, à condition qu’ils n’aient pas des espérances de spécialistes ; sinon, pour les acteurs. (56)

Vu une fois superficiellement, [re]vu en juin 2019.

Walkyrie *** (USA 2009) : Sur la tentative d’assassinat d’Hitler par des haut-gradés allemands en juillet 1944 (la dernière des quinze connues de la résistance allemande d’après le carton final), quand la guerre tournait en défaveur du camp de l’Axe. Mise en scène classique et technique plutôt luxueuse. Perd de sa force et de son intérêt avec le lancement de la mission. Focus un peu neuf sur une page de la ‘grande guerre’ mais c’est encore de l’Histoire proprette et héroïque – sans tomber dans la pure figuration de service public. Finalement un film à suspense éventé foncièrement manichéen (une main de la lumière et du Bien tendue vers l’Allemagne), sans à-côtés baveux et sans trajectoires intimes très étoffées. Un épilogue plus humain et moins grave aurait été préférable – Carice Van Houten (deux ans après Black Book) n’est même pas reconnaissable car, comme l’ensemble des personnages secondaires, elle ne sert qu’à refléter une ou deux émotions. (64)

Vu une fois dans de mauvaises conditions en 2009, revu en juillet 2019.

Comment j’ai fêté la fin du monde ** (Roumanie 2006) : J’en avais aucun souvenir et c’est parti pour se répéter. Un doute subsistait : était-je passé à côté d’un tableau profond, car quelques détails relevaient la sauce !? Je me les suis effectivement rappelé (cette prof blonde typique, le vieux tout enthousiaste à la chute du dictateur et immédiatement cassé par la mise à feu tout aussi joyeuse de sa voiture – les ‘copains’ l’ont pris trop vite au sérieux) mais ils ne valaient pas de se pencher spécialement sur ce film. Le film ne présente que des anecdotes et son centrage officiel sur le garçon est curieux, puisque sa grande sœur a un joli caractère et qu’elle meuble bien mieux que tous ses camarades. (52)

Découvert en février 2016 et revu en juillet 2019, toujours sur Mubi.

Bruce tout-puissant * (USA 2003) : Vulgaire et néanmoins bizarre, furieusement débile et niais (dépasse Ace Ventura et ses parties philosophiques ne font que l’enfoncer). Les projections semblent celles d’un petit garçon proche de la mort cérébrale, abruti par ses fantasmes de super-héros. J’avais détesté et décroché après le gag du singe, en était sorti avec un a-priori déplorable [déjà induit par ses pitreries télé] concernant le clown Carrey (corrigé peu après grâce à Truman Show, puis avec Philip Morris) ; finalement ce film n’est pas une des pires choses tournées mais reste probablement la pire avec Jim Carrey. Elle a un pied dans le sentimental et la prêche émotionnelle qui rendent Carrey décalé dans un nouveau et regrettable sens (les flonflons familiaux gâchaient à peine Menteur menteur, passait pour un obstacle allègrement surmonté). Le lien avec Aniston est peu crédible également, même si son personnage est parfaitement vraisemblable. Bien sûr le film oscille entre légèrement et odieusement moche. Les séquences avec ‘Dieu’ Freeman sont trop consternantes pour rester simplement embarrassantes. Pas grand-chose à retenir, le bizutage de Steve Carell surnage à peine, quelques séquences liées aux pouvoirs sont relativement marquantes (la lune, le passage en musique dans la rue). C’était une vilaine expérience avec un arrière-goût sordide. Elle annonce la dérive ‘chamallow’ accompagnant la chute de la carrière de Carrey malgré quelques éclats (comme Eternal sunshine). (28)

Vu partiellement vers 2005, revu en juillet 2019.

L’opération Corned Beef *** (France 1991) : Une comédie grasse et flamboyante signée Poiré avec Clavier, deux ans avant Les Visiteurs et quatre avant Les anges gardiens. On y retrouve les ressorts typiques du cinéma de Poiré, avec ces gags destroy mais aussi des caricatures vaguement mesquines : la grosse avec des scènes assassines et des plans gratuits soulignant sa démarche puis sa tardive prise de conscience (deux costaudes auront un rôle-éclair similaire dans Les visiteurs 2), le dictateur latino. Le couple ‘vieille France’ est moins écorné, on sent davantage de sympathie pour les personnages certes bouffons de Clavier et Lemercier. Jean Reno n’est pas brillant et plombe presque certaines scènes, heureusement l’outrance et la vitesse de la mise en scène l’en empêchent. Tout oscille entre la beauferie adulte et les délires enfantins, la voix de Mitterrand relève du second. On pourrait croire que l’opération fait écho à l’affaire des écoutes de 1982-86, or elles n’ont été révélées qu’en 1992 : dans un autre registre les critiques en feraient des tonnes sur le flair du scénariste ou du réalisateur. (64)ou+

Vu certainement en 2016 ou 2017, revu en août 2019. Peut-être vu plus jeune.

99 francs ** (France 2007) : On y croit un temps et il y a bien des passages potentiellement succulents (la réunion tout particulièrement), mais ça tient difficilement sur plus de 70 minutes. À terme c’est toujours les mêmes problèmes et la même complaisance pseudo-masochiste, vraiment exhibitionniste. On sent cette quête du petit supplément d’âme et de conscience critique pour ces gens-là, les admirateurs de leur milieu, leurs contempteurs hypocrites ou médiocres – puis bien sûr pour tous les autres qui le voudront bien, mais on sort du cœur de cible/noyau dur qui fera la force et l’aura du film. Je reconnaît qu’il y a de la ressource dans cette bête-là mais c’est encore trop ensorcelé par ce que ça prétend dénoncer et à l’image du tour de la fin, c’est superficiel et complètement penaud dès qu’il s’agit de dépasser la provoc ou la posture. (62)

Vu partiellement peu de temps après sa sortie. Revu l’été 2019.

Astérix & Obélix mission Cléopâtre ** (France 2002) : Même si ses atouts au niveau du casting et des décors gardent de leur efficacité, Mission Cléopâtre n’est pas à l’abri d’une réévaluation générale à la baisse. Une grande partie de l’humour repose sur des références anachroniques ; sans surprise celles portées par Itinéris ont mal vieilli. Jamel apparaît comme une sorte de sous-Eric Judor pas drôle. Il n’est pas exaspérant comme il le sera plus tard à cause de la faiblesse des univers autour de lui – quoiqu’il arrive son ‘génie’ n’est pas responsable du succès ou non d’une entreprise ; mais je suppose qu’il peut amuser certains enfants coutumiers de ses réflexes.

Je craignais que placer La surprise de César à peu près au même niveau soit une sorte de snobisme ou une volonté d’originalité opérant à mon insu ; je dois vérifier l’objet lui-même, mais en revenant sur son concurrent, les placer au moins à égalité ne me semble pas tricher. Mission Cléopâtre démarre fort, recycle habilement des éléments secondaires (les pirates), puis à mesure qu’il a posé les enjeux s’épuise. Il connaît une lourde chute après la sortie de pyramide en format bande-dessinée, avec des moments longuets voire assez nuls comme les batailles impliquant Darmon. Le final est assez pauvre et trop centré sur les petites personnes des participants ou du moins leurs personnages sociaux. (58)

Vu en salles à sa sortie et plusieurs fois depuis. Revu pendant le dernier trimestre 2019.

Topaz / L’étau ** (USA 1969) : De jolies scènes (la fille s’évanouissant dans sa robe violette, les grosses manifestations soviétiques), mais des interprétations douteuses, un scénario et un rythme flottants. On peut y voir la contradiction de James Bond mais l’agent principal est un OSS 117 insipide. On assiste à des scènes lentes et laborieuses plutôt que de démonstrations hautement ‘réalistes’. Politiquement le niveau ne dépasse pas la mesquinerie (envers des représentants français) mais il faudrait être un anti-américain susceptible ou un sympathisant socialo-communiste pour en être remué – même s’il est facile de se sentir plus concerné que ces guerilleros mollassons. La partie romance est encore plus fadasse et inepte. Probablement le moins bon de la carrière d’Hitchcock qui approchait de son terme – heureusement les ultimes opus bénéficient de leur relative extravagance – ou vulgarité (Frenzy particulièrement). (44)

Vu une fois en 2014 ou avant, revu en novembre 2019.

Ravenous / Vorace *** (USA 1999) : Malin et bizarre. Palabre sur la transgression et l’égoïsme viscéral, avec quelques sorties brûlantes comme « La normalité, le dernier bastion des lâches ». Une certaine légèreté et ses façons de ‘huis-clos’ interdisent d’aller au bout des ses raisonnements odieux et encourage le flou artistique dans le scénario. (64) 

Vu une fois il y a dix-onze ans.

Inland Empire ** (USA 2006) : C’était le moins bon et le moins stimulant à mes yeux à l’époque, en-dessous d’opus plus classiques ou renommés qui ne m’ont que modérément touché. C’est probablement normal que son réalisateur ait pris des distances avec le cinéma par la suite, tant il semble avoir fait le tour du medium ou de ce qu’il pouvait en triturer (à moins bien sûr de régresser vers du Godard ou du Cavalier). Le style Lynch semble sacrifié au profit de quelque chose de plus ‘cosy’, jusqu’au générique de fin annihilant toute magie du cinéma. Même si aujourd’hui le film se suit relativement facilement, probablement car il rejoint un genre de bidouillages presque courant, il contient trop de redites par rapport aux œuvres ultérieures et seul son mystère trompe l’ennui. (62)

Vu partiellement sinon totalement, pas plus de quatre ans après sa sortie. Revu sur Mubi en décembre 2019.

MINI CRITIQUES SDM 2020 (1 : Janvier)

27 Jan

Désormais les critiques seront rares. Au départ je pensais à un modèle fixe pour les séances de l’année en cours – tous les trois mois, pour autant d’éditions que de saisons ; exceptionnellement tous les six ou neuf mois si je manque les sorties en salles ou n’en vois qu’une ou deux certains trimestres. Finalement je m’en tiendrais à un mois minimum et une année maximum. Je n’inclus que les films vus dans et de l’année, pas les récentes sorties en salles qui appartiendraient à celle écoulée (comme A couteaux tirés le deuxième jour de l’année). Le prochain SDM sera probablement en Mars ou Avril.

Pour cette première vague :

  • Les vétos ** (comédie dramatique, France)
  • L’Adieu/Farewell ** (comédie dramatique, USA)
  • Les enfants du temps ** (animation, Japon)
  • Selfie ** (comédie, France)
  • La llorona *** (drame/thriller fantastique, Guatemala)
  • Marche avec les loups ** (documentaire, France)
  • Adoration *** (drame/thriller/aventure, Belgique – Du Welz)
  • 1917 *** (guerre, UK – Sam Mendes)
  • Underwater ** (fantastique, USA) 
  • Scandale * (comédie dramatique, USA – Nicole Kidman) : critique à venir

LES VÉTOS ** : Sympathique et vaguement séduisant, mais paresseux et tendance à ‘forcer’ : direction d’acteurs souvent lourde, traits appuyés plutôt qu’étayés, humour évident et précipité. Tendance aussi à aligner élégamment les clichés. Le regard est assez plat même si pas sans subtilité, parfois limite crétins comme dans le cas des contrastes entre la vie de chercheur et l’aisance urbaine versus l’engagement et l’affection pour le low-tech en province. Sur la désertification des campagnes avec focus sur une profession typique, Petit paysan est plus complet sur tous les points (et sa platitude musicale vaut mieux que les tentatives d’ici). (56)

Suggestions : Perdrix, La Ritournelle. Au nom de la terre.

L’ADIEU / THE FAREWELL ** : Fin et doux, pas original. Se regarde sans ennui malgré le ressenti d’une séance assez longue. Des rotations un peu désagréables à l’œil, ralentis et recours musicaux lourdingues, petits effets éculés. N’en fait pas trop concernant la conscience des fossés culturels, les positions diverses face aux traditions, aux responsabilités et au principe de réalité. Se place loin des fautes, loin de toutes révélations aussi. Garde une distance, par pudeur peut-être, qui amène à survoler le comique comme le tragique. Des instants croustillants ou révélateurs mais généralement stériles (ce qui concerne l’amant de grand-maman – une relation bien stérile aussi et tellement typique) ; pas d’évolution tout le long du film, même sur les points clés du scénario. Voilà un film raisonnablement compatissant et résolument modéré recommandable uniquement à ceux qui aiment jeter un œil sur les coutumes et les ambiances chinoises, en gardant un pied et des références bien de chez eux. (56)

LES ENFANTS DU TEMPS ** : Japanim décente et ennuyeuse, du kikoo-kawai propre. Quelques beaux plans sous la neige. Identité propre faible malgré les initiatives autour des ‘filles-soleil’. Ampleur importante sur le plan sonore en terme de qualité comme d’originalité, en gardant le sommet toujours très éloigné, mais aussi en évitant l’irritant trop prononcé. (46)

SELFIE ** : Efficace et assez juste, pas téméraire. L’humour est évident, les quatre sketches ont tous un certain niveau de pertinence et balaie l’essentiel ‘superficiel’ sans entrer dans le glauque ou les marges. Le sketch avec Blanche Gardin sert de liant et est le plus proche par son style de Black Mirror grâce à son ton d’une platitude sournoise et son humour résolument blasé. Les personnages sont mêlés, les secondaires appelés à prendre une plus grande place dans un suivant, ce qui permet notamment au protagoniste du quatrième de s’octroyer une espèce de tenue alors qu’il reste méchamment insignifiant. Le premier sketche est très typé romcom et montre le mieux une bêtise absolument pas propre aux médias sociaux : celle des profs. Le second est le plus typiquement relié à l’époque et repose sur un jeune assez débile, au point où on pourrait (à tort) demeurer sceptique quant à sa transformation. Le troisième sketche a des côtés Dupieux et le pathétique l’emporte plus violemment, car le type est aliéné et crétinisé au maximum. Le quatrième s’achève en faisant retomber la pression et suggérant à raison qu’un peu de responsabilisation et de dédain pour l’opinion des autres dégonflerait une large part des angoisses liées au numérique – en même temps c’est une façon de s’accommoder de la captation de la vie privée, donc en tant que fatalisme une sorte de sagesse et de renoncement odieux. (58)

LA LLORONA / THE WEEPING WOMAN *** : Plutôt calibré pour me convaincre, par de nombreux éléments de sa mise en scène (style froid rigide et intimiste, empathique sans tendresse, le réalisateur a parlé de « réalisme magique » en interview), par les thèmes et sensations qu’il illustre (déni et culpabilité, mélange de honte et de loyauté, héritage malsain dont on est tributaire, superstition omniprésente et jouant un rôle propre dans des milieux différents). Pourtant le film traîne beaucoup de lourdeurs (explicitations futiles, probablement pédagogiques, par exemple pour clore la scène entre papa et « princesse ») ou d’auto-indulgence, avec ses lenteurs faciles (y compris pour soit surligner, soit faire planer le doute sur la nature de l’invitée), son symbolisme redondant de la montée des eaux – quand même le truc élémentaire dans le genre. Mais l’immixtion de l’inconscient dans cette réalité crépusculaire et sinistre fonctionne. Elle favorise l’empathie via la projection dans l’autre, pour un ressenti à vif, au-delà des valeurs ou de l’intellect – et donc au-delà de la simple ‘bonne conscience’. C’est une excellente façon de ré-humaniser des personnes trop éloignées – doublées de victimes dans le cas présent.

Entre dans la catégorie des « +85% féminin », beaucoup moins fournie que son pendant masculin. Il aurait pu tomber également dans l’escarcelle du « Cosmopolitiquement correct » et a un fort potentiel de séduction chez les clients du genre, puisque la cible est droitière sur tous les plans et que l’ex-général génocidaire évoque lors de son procès la nécessité de bâtir une ‘identité nationale’ ; en même temps la sympathie pour les Mayas, comme tout ce qui se rapproche du souci des droits et de la réhabilitation des autochtones, a une proximité avec les luttes de libération nationale – par définition cosmopolitiquement compatibles pour un temps. (68)

Suggestions : Le jardin des délices/Saura, La déchirure/Killing Fields, Ne nous jugez pas, La maison du diable, Mama.

MARCHE AVEC LES LOUPS ** : Si on retirait le seul membre de l’Humanité retenu, ce serait excellent. Le milieu du film est ravagé par les laïus incessants de l’écolo militant. Bertrand ne rate jamais une occasion de plaider pour « l’ouverture » d’esprit et accuse « nôtre civilisation » de ne pas avoir le goût du partage. Nous sommes d’affreux territorialistes et Yann Artus-Bertrand le disait déjà, avec plus d’ambition et de visées sociales dans Home. Ici la conclusion est la décroissance et l’éco-centrisme, plutôt que le cosmopolitisme expansif. Au moins la Nature et ses habitants sont omniprésents et pas tenus en laisse ; l’intégrité est là. La pertinence et jusqu’à la bonne foi pas tellement. En-dehors de l’observation de la vie des loups et opportunément des autres animaux, Bertrand ne se préoccupe que de son catéchisme (et de se mettre en valeur en temps qu’insouciant résilient, sans peurs ni reproches – la séquence d’ouverture contient toutes les contradictions et la part d’arnaque du projet ; le montage et les drones anéantissent les postures, ce dont le réalisateur se moque ou qui reste dans son angle mort). C’est au point où il nous prend un peu pour ses ombres consentantes – la scène du berger allié en esprit restant le summum (et l’évocation des brebis galeuses hostiles au loup un autre, dans la caricature du déni et du simplisme gauchiste) ; les niaiseries de la cabane nous rapprochent des errances maîtrisées d’Agnès Varda (et soulignent l’égocentrisme prosaïque et ennuyeux des personnages engagés dans ce type d’aventures – effectivement, Into the Wild est d’un romantisme et d’un idéalisme ridicules comparés à ces récurrences vraies). (62)

Suggestions : Cliffangher, Captain Fantastic.

ADORATION *** : Troisième film dans les Ardennes après deux policiers qui sentaient la commande – surtout par contraste (avec l’Alléluia furieux flanqué au milieu). Toujours cette grande capacité d’imprégnation.La présentation est excellente, les péripéties moins, la tournure prévisible. Heureusement les événements comptent moins que le climat – environnemental, sensitif, psychologique. Le gamin est certes un peu benêt mais aussi handicapé par ses ‘références’ : sa mère en plus d’être une demandeuse agressive et malsaine ne le prépare ni à la maturité ni au monde ; ‘forcément’ l’individu passe d’une tordue à une autre. Ce film n’aidera pas à ‘banaliser’ la figure du schizophrène, le cas local est trop violent ; mais d’autres fous dangereux déjà vus au cinéma, spécialement chez les belges, ont peut-être simplement eu le bonheur de ne pas être étiquetés. C’était un des films, sinon le seul, que j’attendais cette année. (72)

Suggestions : Kes/Loach, La balade sauvage, La nuit du chasseur, Jeux interdits, Les yeux sans visage, L’enfance d’Ivan, La première nuit/Franju, Journal d’un curé de campagne.

Réalisateur : Quand on est amoureux c’est merveilleux, Calvaire, Vinyan, Colt 45, Alleluia, Message from the King.

1917 *** : Spectacle prenant, techniquement formidable, avec des décors excellents ; il n’y a rien à dire contre l’interprétation et très peu contre le casting ; le reste, qui pèse peu, est moyen. Les invraisemblances et facilités jalonnent le parcours, heureusement nous avons l’esprit ailleurs – et Schofield à sa mission. Malheureusement ces bizarreries concernant le levé du jour ou d’autres progressions temporelles nuisent à la garantie plan-séquence ; de même que le splendide passage au village nécessite des artifices voyants – rien qui ne nuise à l’immersion et encore moins à la beauté du geste. Une pointe d’absurde nuance le caractère épique. Une telle virée est probablement plus efficace que de nombreux discours ou exposés sur la guerre ou même sur celle-ci ; pourtant, même si la mort et les cadavres s’empilent, même si le danger et la précarité couvrent tout, les représentations sont encore aseptisées. On anticipe les gueules cassées seulement en survolant les rangées de blessés dans l’une des dernières scènes. Les dégueulasseries de ces conditions de vie ne sont pas assez visibles ou encore trop lisses. Et surtout l’héroïsme reste préservé, la crise de foi est tempérée par le lyrisme et l’immédiateté. Enfin les gens ne se trompent pas : 1917 ressemble énormément à un jeu vidéo, si sa narration n’est pas carrément calquée dessus : le passage du milieu où il perd conscience (comme dans Half Life) et se réveille dans un univers transformé, les objets à emmener aux PNJ, puis bien sûr la succession de niveaux et les combats pour en sortir. (68)

UNDERWATER ** : Pas à la hauteur d’Alien Covenant à mes yeux (l’univers est loin d’être aussi vaste, impressionnant et développé) ni de Crawl (le rythme est beaucoup plus relâché et la narration plus confuse). C’est plutôt du niveau d’Un cri sous l’océan, mais d’un ton beaucoup plus grave. Les acteurs ont des partitions sympa et crédibles, mais rien de fort ne s’en dégage. Crédibilité médiocre (ouvertement lorsqu’il est question de ‘séisme’ ou d’oxygène). On gardera difficilement de ce film des impressions durables, même si celles du début et de la fin sont bonnes. Des passages obscurs à tous points de vue – il y aura peut-être des détails à redécouvrir grâce aux sorties vidéo. La créature a le mérite de ne pas être tout à fait convenue (malgré la quasi citation de la prise de contact dans l’Alien d’il y a 41 ans). Je m’attendais à quelque chose d’un peu plus criard mais aussi d’un peu plus malin ou intelligent. Les exhibitions malheureuses des parties grasses du sidekick TJ Miller servent-elles à justifier l’exposition récurrente de Kristen Stewart en deux pièces ? (58)

Suggestions : Humanoids from the Deep/Les monstres de la mer, Leviathan, Battleship, Le chant du loup, Pacific Rim, Tremors, Le choc des titans, The Host, Dagon, Necronomicon, Alien 4.

LA BELLE ÉPOQUE **

20 Nov

3sur5 Du mordant dans les dialogues, mais le film reste toujours socialement correct, coche même les ‘cases nécessaires’ à l’occasion – en collant une claque à Hitler (en cosplay) ou concluant par un laïus féministe. Il porte un point de vue ‘bourgeois’ au sens complet – on a l’impression avec lui d’observer le monde en étant confortablement installé dans la vie, se moque doucement de ceux qui rament ou sont moins bien lotis (car laids, décalés, etc), jouit d’un petit nihilisme allégé et passe-partout qui ne semble rien servir d’autre que l’hédonisme. Ironiquement le romantisme a des effets protecteurs, flatte ces besoins de libertés mais invite à sauvegarder le cadre malgré tout – sans quoi il n’y aura plus de différences avec la marginalité et toutes sortes de vrais défis. Ce romantisme permet aussi d’investir sans gêne le passé et d’y prendre sa place, en fusionnant avec un héritage qui dès lors n’est plus fardeau (dans les trois liens pères-fils il y en a toujours un temporairement déchu puis restauré).

Les compositions des parents sont assez exquises mais leurs personnages verrouillés et opportunistes. Le temps présent n’entre quasiment que via les gadgets technologiques et les aperçus d’un monde du travail du haut du panier (ne serait-ce que culturellement avec l’entreprise de Canet) – ou deux secondes d’évocation de gilets jaunes à la radio, quand Victor est en pleine gueule de bois. La mère est friande d’innovation, le père présenté comme critique à ses heures ou simplement éjecté paraît en vérité indifférent. Ces difficultés à situer les personnages et à investir l’époque sont certainement liées. L’ensemble des personnages secondaires sont sous-développés, possiblement à dessein pour les enfermer dans une caractérisation à la fois pauvre et humiliante (par exemple Podalydès en amant de secours et falot incapable d’aligner une phrase complète).

Techniquement ce Westworld parisien n’a rien à se reprocher et les jeux avec les décors, comme ceux avec les masques et la confusion des identités, sont convaincants. Pourtant, les raccords sont parfois bizarres, surtout au début, digérés ou justifiés par une narration non-linéaire, option elle aussi très partielle et gratuite – elle ne dynamise pas tellement, l’intérêt ou la nécessité sont pas évidents. La comédie fonctionne parfaitement. Les récurrentes mesquineries à l’égard des sexuellement ou affectivement affamés ne suffisent à détourner totalement la conscience d’une espèce de tentation ‘cuck’ au travers de toutes ces projections (elle aussi fruit d’une espèce d’émancipation joyeuse de désinvolte tempéré par l’ego – il n’y a pas la gravité et la conviction de L’idéal qui se terminait en aplatissement devant ‘le féminin’).

Note globale 58

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Suggestions… The Game + La femme d’à côté + The Truman Show + Le cinquième élément + Thalasso

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TERMINATOR DARK FATE **

31 Oct

3sur5 Ce sixième opus ne laissera pas de grands souvenirs mais est honorable dans le paysage actuel et par rapport aux errements de la franchise. Il évite les emballements scénaristiques et les allers-retours temporels qui ont rendu T5 divertissant mais sévèrement bancal. Genisys avait une tendance malheureuse à gâcher ses propres efforts voire à annuler certaines donnes, Dark Fate évite ces écueils et les résurrections, retournements de veste ou de dernière minute. Il est donc un peu moins kitsch et beaucoup moins incohérent, sans offrir un filon manifestement ‘juteux’ pour la suite – des bases plates plutôt que solides ou contraignantes. Rien de surprenant où que ce soit : Cameron a annoncé un mois avant la sortie une trilogie à venir si cet opus est rentable, c’était déjà l’espoir présidant à Genisys voire à Renaissance ; le nouveau film ne vole pas nécessairement plus haut que ses trois prédécesseurs mais personne ne devrait regretter l’écrémage d’une saga si peu respectée que même les geeks ont assez peu nourri la polémique passé le climax cool/pré-ringard de l’extrême de Terminator 2.

Les abus et choses incongrues sont fatalement de la partie, en particulier concernant la métamorphose de Schwarzy et son vécu entre-temps ; des grossièretés fonctionnelles plutôt que des gratuités, même si clairement les auteurs ne se sont pas foulés. Le film livre ce qu’on attend de lui, propose de longues scènes énergiques, spécialement la course-poursuite du début qui n’est pas trop ridicule par rapport à celle de Gemini Man. On peut être un peu las quand vient le passage de la fonderie, ou quand précédemment celui en centre de détention ou à la maison s’éternisent, mais les effets spéciaux ne déçoivent pas et les statuts évoluent au niveau des personnages. Ces derniers restent assez frustes à l’exception de Sarah Connor, ou véritablement de Linda Hamilton, la seule apparemment en mesure de délivrer largement son jeu et tirer son épingle sans être trop surlignée par le montage ou starifiée (contrairement à la nouvelle recrue qui ne prend vaguement d’étoffe que par ce biais dans le dernier tiers).

Malgré ce détail il n’y a pas de discours et encore moins des convictions, seulement de l’opportunisme pour étancher les rouages. T6 est éventuellement ‘féministe’ de fait puisqu’il présente un trio d’héroïnes dans l’action, des humaines diversement améliorées – mais leur genre ne sert même pas à doper spécifiquement comme dans le film d’exploitation Revenge ou dans des Lara Croft. Même chose concernant les positions anti-Trump, les mexicains et l’immigration ; la fille est une latino et on passe la frontière avec une série de wagons remplis de mexicains où les deux blanches sont des intruses. Là-dedans pas de discours, juste de la normalisation superficielle d’un bout d’existence de ces gens – peu importe qui est à bord, leur sort n’est rien par rapport à ce qui se joue dans le film. Les studios feraient mieux de tenir cette position d’ouverture et d’indifférence en se souciant plutôt d’un casting crédible donc sportif, ce à quoi nous avons droit ici. L’ancrage et la nostalgie ont permis de placer des vieux dans de de telles positions, c’est un autre bon point (c’est ennuyant de voir des jeunes fraîchement sorti des écuries Disney/Instagram, ou dotés d’une tête à s’y retrouver, s’ébrouer avec leur manque de personnalité). Néanmoins ces adultes sont trop lisses par rapport à John Rambo et Schwarzenegger n’a plus le charisme dont il jouissait dans Le dernier rempart.

Note globale 58

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Suggestions…

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POLE EMPLOI, NE QUITTEZ PAS **

15 Oct

3sur5  Documentaire honnête sur une énième bureaucratie laborieuse et écervelée. Sa réalisation est effacée et laisse juger. Il faut le voir comme une bonne farce car on y trouvera des perles, modestes et remarquables à la fois. Ceux qui ont de la compassion pour ça, à trouver du malheur et des pénibilités des deux côtés (inscrits et employés) s’abîment en vain ; il n’y a que des tocards du métier, des perdus qui ne trouveront rien ici – rien qu’une comédie qui s’ignore – que le spectateur fait bien de reconnaître sans quoi il sera devant un prolongement gonflant du film social français.

C’est déplorable de tous les côtés. Des illettrés améliorés se font entendre via les lettres des candidats, une des conseillères nous fait la démonstration de ses difficultés de lecture. Le cynisme, le formalisme de mollusque intégriste et l’apathie odieuse atteignent leur paroxysme avec une espèce d’amorphe égocentrique heureuse de décoller en fin de séance. Les petites crypto-instits jacassent et se répandent en réunions débiles, sont chapeautées par une directrice au baratin et aux grands mots grotesques (sa blasitude policée ne l’honore pas mais la sauve peut-être). Lors d’une espèce de cérémonie où des jeunes hommes non-qualifiés sont engagés par la municipalité pour des petites besognes, un notable pond son laïus pathétique où bien sûr il évoque les difficultés « accentuées par la crise actuelle ».

Naturellement si la tête est pourrie en-dessous ça ne saurait être plus frais. Un des agents est capable de balancer à usager que sa recherche se fera ‘en fonction de [ses] compétences intellectuelles et professionnelles’ ; un autre chie à un demandeur « rien ne vous empêche de vous les trouver et de vous les financer – vos formations » – bravo champion, merci pour le dérangement ! Ce genre de conneries tombe régulièrement : le pire c’est que ces types se croient peut-être pertinents et utiles ! Comme leurs supérieurs ils répètent les consignes et les éléments de langage, puis déplorent des résultats bien tièdes – quand ils ont à s’en soucier. Nous sommes en France, c’est certainement le-manque-de-moyens-!- ! (et de considération ?). Vivement la robotisation, la privatisation et la simple remise de chèques sous conditions, ce sera plus digne, les crasses ne se feront plus sur le prétexte des ‘missions publiques’ et bien sûr il y aura moins de temps perdu.

Note globale 58

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Suggestions…  Moi Daniel Blake, Merci patron, Les Nouveaux chiens de garde

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (7), Dialogues (7), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (3), Ambition (-), Audace (5), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (6), Pertinence/Cohérence (6)

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