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MINI-CRITIQUES MUBI 3

7 Avr

Une session en retard, car la 4e a déjà été publiée. Les films concernés ont été vus d’octobre à décembre 2017. Leurs notes ont été mises à jour (la limitation aux paires n’avait pas encore cours). 

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Opera Jawa * (Indonésie 2006) : Film musical décousu, volontiers loufoque voire régressif, assez mou à force de planer doucement et malgré les gueulantes. Pour les gens épuisés et réceptifs appréciant d’être dépaysés et surpris tant qu’on ne les bousculent pas.

Attention spoiler : dans les derniers moments une fille se fait planter (c’était un sous-Parapluies de Cherbourg à Java ?) ; le panneau d’avant-générique nous averti que nous venons de voir un requiem contre les violences domestiques. On retiendra plutôt ses efforts et ses effets esthétiques – si les tissus et les plages vous donnent des vapeurs, ça pourra marcher. (42)

Enfance clandestine ** (Argentine 2011) : Dans l’Argentine sous dictature des années 1970. Autour du fils d’un couple de rebelles. Fibre mielleuse, accent sur les rêves du garçon et ses privations. Les passages violents ou avec les antagonistes sérieux passent sous format BD. Apport faible au niveau politique, sans toutefois dénigrer le travail des résistants ou la résistance en elle-même. Peut séduire grâce à son prisme subjectif voire romantique, son primat aux émotions (la musique lève toutes ambiguïtés sur les intentions) et son cachet nostalgique. Seule la scène avec la grand-mère remue franchement la matière à questionnements. (52)

À nos amours * (France 1983) : En découvrant le film le plus connu et reconnu de Pialat, certaines critiques corsées que j’avais lues contre le réalisateur s’expliquent soudain. À nos amours est à la limite de l’amateurisme, racoleur sans fournir de contreparties ni même combler les attentes qu’il souhaite inspirer, tout en étant une bonne caricature de l’existentialisme merdeux à la française. Que le cinéaste ait convaincu les critiques en les intimidant devient une rumeur fortement crédible.

Le film est plein de drames surfaits, de poussées hystériques soudaines, dignes d’un Tellement vrai crasseux et laborieux. Bonnaire livre un jeu calamiteux. Pialat apparaît en se donnant un beau rôle, mais en tant que directeur d’acteurs, il semble un petit exploiteur, voire un vicieux ou un cynique – sûrement à raison, puisque le monde suit. Le recours à Klaus Nomi est aberrant. (28)

Sans Soleil *** (France 1983) : Probablement un des meilleurs films de voyage. Maelstrom d’images, sensations et réflexions fluides sans suivre de programme précis. Parfois des sentences de nature idéologique ou ‘gratuites’ – effet malheureux d’une tendance à absorber l’information vers un noyau subjectif, au lieu d’explorer de façon brute ou simplement ‘ouverte’.

Les parties en Guinée-Bissau semblent d’une moindre importance et sont intéressantes dans ce qu’elles ont d’abstrait (par opposition aux témoignages concrets). (74)

Le Retour *** (Russie 2003) : Découverte de Zvyagintsev. Montre une virtuosité qui serait peut-être vaine s’il n’y avait pas un ‘sens esthétique’ si fort. Le film reste dans le mystère, pas sur tout et pas sur l’état des enfants, mais sur ce père et ses motivations. Les émotions et surtout les passages aux actes sont refrénés, l’action ‘couverte’. Le plus jeune des deux enfants essaie la résistance passive-agressive (avec option sabotage) mais comme le reste, elle est intériorisée plutôt que mise en œuvre. Le film cherche à illustrer une tension éclatante mais toujours floue dans ce qu’elle pourrait avoir de particulier. A pu inspirer Mud. (64)

Tapage nocturne * (France 1979) : Second film de Catherine Breillat dont j’ai vu Anatomie de l’enfer. Un exemplaire d’existentialisme français verbeux et random – version féminine et plus ‘sanguine’, ça change. Histoires d’amour, de culs et de baratins. S’élève un peu par ses choix musicaux, sinon est perdu dans la glue. Ancêtre de Solange te parle ? Tout de même pas si poseur et grotesque. (28)

Elena ** (Russie 2012) : Zvyagintsev (auteur du Léviathan de 2014) fait partie des élus du moment sur Mubi, peut-être à cause de son récent Faute d’amour. Je laisse de côté Le Bannissement pour directement aller à Elena. Photo impeccable encore une fois, avec un focus plus concret – sur le quotidien et les détails. Mais s’il n’est plus tellement mystérieux, la tendance à compliquer et prendre des détours inutiles ou ralentir demeure. Beaucoup de musique de Philip Glass pour peu de drames. Plus chaleureux que l’Amour d’Haneke – par défaut, car en vérité, simplement moins courageux, pénétrant et donc moins anxiogène. (48)

Umoregi / La forêt oubliée ** (Japon 2005) : Inspiré par son amie la baleine, un trio de lycéennes forge un récit fantastique. Gentil, plein de beaux décors et parfois un peu insolite (puisqu’il y a cette forêt souterraine), mais mollasson et soit peu généreux, soit borné dans sa créativité. Rempli de nostalgie (peut-être imaginaire ou générée par la compassion pour les anciens) et d’une sensibilité exacerbée qui semble étouffer la clarté de l’expression, sans entamer un sens certain de l’organisation, de la mise en forme. De bonnes initiatives, des buts ‘nobles’. (42)

Le Filmeur * (France 2005) : Plusieurs évolutions par rapport à La Rencontre ; les protagonistes apparaissent régulièrement frontalement à l’écran (jamais ensemble) ; confectionné sur une longue durée (entre dix et onze ans) et plus éclaté, délié ; pas cantonné aux gros plans et s’autorise le mouvement, donc plus ‘normal’ a-priori. Le couple reste au centre mais partage l’affiche. Le film est parfois drôle, très aléatoire ; l’exercice sûrement généreux et parfaitement vain.

Pour les fervents et la famille de Cavalier ; pour les amateurs d’insolite ou de grosses farces peut-être (ce n’en est pas une) ; sinon, à qui s’adresse le film, à qui cherche-t-il à se rendre utile (ou divertissant, ou instructif) ? Reste l’entrée dans la réalité sensorielle d’une personne réelle ; et parfois, un intérêt plus technique ou cinéphile, puisque Cavalier nous place derrière lui en train de préparer ou d’absorber des sujets (d’actualité, de réflexions, de mise en boîte). (32)

Au hasard Balthazar ** (France 1966) : Pauvre âne dans le monde tenu par une humanité aveugle et cruelle. Un des fameux opus du réalisateur à la direction d’acteurs anti-‘naturaliste’, anti-spontanée, anti-incarnée (Pickpocket, Le diable probablement, Les dames du bois de Boulogne). Certains acteurs ne sont pas à leur place dans leur costume ; quelques-uns arrivent à communiquer de l’intensité ou sembler ‘vrais’ malgré le principe de Bresson. L’âne semble plus vif, sauf lorsqu’il est soumis à des numéros très arrêtés ou répétitifs, où il se fond dans la représentation artificielle généralisée. Parfois bien fourni dans les dialogues – avec un laïus du cynique face à la grand-mère d’Adèle. Parfois seuls les mots permettent de comprendre la gravité voire peut-être l’existence de certaines situations. (52)

Still Walking ** (Japon 2008) : De Kore-eda, réalisateur de Nobody Knows et Distance (ce dernier vu sur Mubi). Les retrouvailles annuelles d’une famille, occasion de revenir sur le deuil jamais achevé d’un fils et frère mort prématurément (Junpei). Un peu assommant avant de devenir plus intéressant. Doux, son excellent. Mère mesquine et pathétique. (58)

Le pays où rêvent les fourmis vertes *** (Australie 1984) : Fiction tournée par Herzog, avec des apparences documentaires et quelques intervenants théâtrals. Prend le parti des aborigènes, largement lésés et sans droits à l’époque. Suit le représentant de la compagnie minière chargé de leur faire abandonner une de leur terre sacrée. Non-jugement face à l’infériorité manifeste, en terme de créations et de modélisations du monde, de ces tribus ; comme Bruce Spence (le géologue) on est plutôt sensibilisés à la disparition de leur culture et de leurs traditions. La remise en cause des normes occidentales et des poursuites des ‘blancs’ provoque une espèce de sidération de basse intensité ; le cynisme légal et industriel n’échappe pas à notre conscience, mais les arguments des aborigènes restent dérisoires. La magie à laquelle ils sont attachés peut cependant happer et amener une ‘ouverture’ – qui provoquerait une remise en question (dans ce sens et pas l’inverse). (72)

Humpday * (USA 2009) : Deux bouts de lards hétéros-mâles crypto-niquent pour l’amour de l’art. Sorte de mumblecore du premier rang. Les personnages sont hystériques et multiplient les effusions – tout est motif à montrer sa beauferie d’américain neutres/bohèmes mais positif et à l’écoute. Potache et pas antipathique, pas nécessairement pertinent mais se tient, adroitement écrit. Gros postulat et gros bavardages pour peu. Reste régressif comme tous les films de son courant et dépendant de la connerie du programme – comme Shrooms pour la drogue. Reste aussi une illustration appropriée pour un bon morceau du troupeau humain, ses valeurs, ses normes, ses façons de s’illusionner, de remplir le vide, ses défis désespérants. (28)

Curling ** (Canada 2010) : Très lent et d’aspect impénétrable, mais d’une patauderie calculée, parfois théâtrale et maîtrisée. Ne sonne pas ‘gratuit’, plutôt un peu ‘alien’, mais finalement se fait bien terrasser par la léthargie. Réalisé par un documentariste québecois. La manière dont le père gère sa fille ressemble à une version soft et sans réinvention de la réalité de Canine. (52)

Level Five *** (France 1997) : Deux films s’encastrent : une anticipation de l’ère internet (avec ses rencontres et ses façons nouvelles, économiques, d’aborder le monde) et un reportage thématique sur la purge d’Okinawa. Le premier versant est assuré principalement par les monologues de Catherine Belkhodja, qui peuvent être pertinents ou régressifs (« Coco »). Le second implique images d’archives en noir et blanc avec commentaires existentiels plutôt qu’historiques ou politiques. Les méditations sur le temps et la mémoire sont une constante chez Chris Marker. (64)

La vida util * (Uruguay 2010) : Sorte de comédie pathétique (pachydermique) pas nécessairement vécue comme telle au moment du démoulage, à destination des cinéphiles, versant allègrement dans l’auto-complaisance et le masturbatoire. Noir et blanc, bavard par intermittences, avec beaucoup de pistes sonores renvoyant à des séances ‘classiques’ et de courtes citations esthétiques du muet. Dans la seconde moitié, le gardien de cinémathèque, rendu à lui-même, est ‘manifestement’ sous influence de ses souvenirs (jusqu’à danser dans un escalier).

Le physique lourd et morose de Jorge Jellinek est la seule véritable contribution en propre du film – avec son passage en classe où il déblatère sur le mensonge. Comme ce cinéphile débauché, La vida util remplit avec les fantaisies des autres et se contente de ses démonstrations fétichistes. Il n’y a quasiment rien d’autre dans sa vie et peut-être dans sa conscience (au détail trivial de service : il a rencontré une femme). Mais les joies ‘d’enfance’ du spectateur suffisent à combler cet homme et la dissertation à vide ainsi que les petits éléments relatifs aux salles obscures pourront plaire au cinéphile rigide et averti. Il y a un laïus de spécialiste sur ce qu’est le cinéma, pendant une émission radiophonique, juste avant la mise au ban des employés.

Federico Verjoj n’est pas non plus totalement irréaliste (lui ou ses sponsors) puisque la torture dure moins de 70 minutes. Sur des thèmes/configurations approchantes, essayez Dernière séance, Mary & Max, Human Centipede II. (28)

Sérail * (France 1976) : Premier film d’un scénariste (l’argentin exilé Eduardo De Gregorio, a travaillé pour Rivette et Bertolucci). Serait un prolongement de Céline et Julie vont en bateau qu’il a écrit (pour Rivette). Rappelle parfois Adolfo Arrieta, mais beaucoup plus volubile – ou à Raoul Ruiz, mais carrément plus limpide. Avec Bulle Ogier et Marie-France Pisier en occupantes mystérieuses du château convoité. Esprit de film érotique oubliant de bander. Coloré et ambitieux, mais encore un peu cheap et futile, entre la fantaisie, le théâtre et le film ‘d’initiés’ mollement décadents. A le mérite de chercher l’originalité et un langage érotique et fantastique se passant de formes explicites. (38)

Van Gogh ** (France 1991) : Les deux derniers mois du peintre, incarné par Jacques Dutronc. Pialat (aspirant peintre avant de passer à l’audiovisuel) se fait plus sobre et rigoureux, le thème et la durée attestent d’une ambition supérieure. Il rejette le ‘sensationnel’ mais aussi l’analyse des caractères pour préférer l’intimité, les moments de joies et de conflits simples. L’approche reste primaire, le ressenti déterminant, la trame décousue. Au passage, quelques dialogues excellents et des bribes sur la place d’un artiste face à la société, à sa famille et à son entourage. La photo (anormalement ‘propre’ elle aussi pour du Pialat) reste le grand atout (pour son orientation, ses objets), dans une moindre mesure les interprètes. (48)

Les petites marguerites ** (Tchécoslovaquie 1966) : Film d’inspiration surréaliste, où deux filles se mêlent à ce bas-monde de dépravation en comptant bien être assorties. Place au n’importe-quoi doux-dingue, parfois agressif et toujours au moins un peu érotique. On assiste aux plaisirs destroy de deux filles infantiles déjà abonnées à la pop’culture, en train de revivre aujourd’hui de nouvelles ‘années folles’. Le travail des effets et des couleurs est relativement neuf. Ça rappelle les opus ‘classiques’ de Godard, en plus humain et coloré, sans plus tenir à ‘l’intellect’ ; c’est d’ailleurs moins hermétique que la plupart des autres productions excentriques de la Nouvelle Vague, simplement le style prend le pas et le random est érigé en principe. Vu d’après, c’est aussi une version gentille et sans hypocrisie du Sweet Movie sorti en 1974. Ce film sait aussi entêter (par ses musiques et certaines farces appuyées) même dans le cas où on l’aurait peu aimé ou désapprouvé (comme la censure nationale de l’époque). Ça reste un album de délires de jeunes ‘folles’, pestes insipides à l’occasion, pourries par la facilité à peu près tout le temps. (48)

Le Fantôme de l’Opéra *** (USA 1925) : Première adaptation [connue] du roman homonyme de Gaston Leroux (1910), avec une star de l’époque dans le rôle-titre : Lon Chaney, que j’ai d’abord adoré dans L’Inconnu de Browning (1927). Sonorisé à l’occasion de la ressortie de 1929 (l’officieuse désormais, plus courte) ; il aurait été en couleurs mais ne reste à ce jour que des copies en noir et blanc, sauf pour la fameuse scène du bal. Le voir sans musique m’a paru profitable. Souvent théâtral, sauf au début où il est bien lent. Les images avec ou sans le masque, la version ‘crâne’ dans l’escalier et dans une moindre mesure les séquences finales, sont plutôt marquantes.

Aucune suite n’a atteint à la grandeur historique. Elles sont même plutôt des échecs voire des désastres. Les cinéphiles en tout cas n’ont jamais ‘laissé passer’. Les versions d’Argento ou de Schumacher sont peut-être diffamées – pour cause de superficialité ; mais ce premier opus est-il spécialement profond ? Il l’est seulement par rapport à la moyenne de l’époque. En terme d’intensité dramatique, il est encore audible. Pour l’intensité horrifique, c’est fatalement mais raisonnablement obsolète ; il vaut mieux parler d’épouvante et sur ce plan c’est encore convaincant, sans théorie ni mise en contexte. Dans l’ensemble c’est aussi loin d’être assommant comme peuvent l’être, malheureusement, d’autres ‘classiques’ de la décennie. (74)

Anna / Anna : Ot shesti do vosemnadtsati *** (Russie 1993) : à revoir pour finir la critique engagée (‘mini’ devenue normale). (6+)

Soleil trompeur ** (Russie 1994) : Se déroule sur une journée, avec la première heure entièrement autour de la maison puis l’après-midi au lac, avant un nouveau confinement où les tensions exultent – mais jamais pour longtemps ou pour sur-dramatiser. Beaucoup de sous-entendus relatifs aux coups de l’Histoire sur les vécus individuels. L’ère stalinienne et le grand chef lui-même, sans être entièrement idéalisés, semblent avoir de bons côtés – mais le ‘bon’ n’est pas nécessairement le bien et encore moins progressiste, concernant les femmes. Appuie aussi sur les contradictions du pouvoir et de son propre maintien. (56)

Hot thrills and warm chills * (USA 1967) : Présenté dans une sélection de « two obscure exploitation sex thrillers restored » by NWR. Sorti pendant la ‘libération sexuelle’ mais n’a pas ou plus de légitimité hors de ce contexte, où il n’avait déjà rien pour avoir du poids, hors de ses nombreux plans érotiques (au lit ou à terre pour les scènes de sexe mais sans porno, ou avec la danseuse au bar). L’approche est très triviale sinon (avec percussions cubaines monolithiques et vannes ‘tribales’), avec les trois filles dans leur salon pendant la première moitié du film, la séance entrecoupée par leurs souvenirs ‘X’ et challengée par un projet incertain (contre le ‘king of sex’ d’un bal masqué). Finalement il faut reconnaître à ce film sa générosité pour l’affichage de paires de seins, son laisser-aller pendant les scènes aguicheuses (longues, avec un montage qui ne sert jamais à cacher ou atténuer) et parfois même sa ‘recherche’ dans ce registre (car ce n’est pas que de l’étalage crû de corps dévêtus). Pour le reste, que des bavardages en noir et blanc, avec ce qui ressemble à des ajouts opportunistes et des ‘bouches-trous’ – et une post-synchro scabreuse et redondante. (32)

Urga *** (Union Soviétique 1991) : Troisième film vu de Mikhalkov, je souhaitais avant Mubi voir celui-là. L’essentiel se déroule dans la steppe en Mongolie intérieure (région du nord de la Chine). Le père de famille fera un détour en ville [dans la ‘civilisation moderne’]. Joli film mais pas générateur de réflexions ou d’enrichissements concrets. Remarquable pour les paysages et dans une moindre mesure pour son ambiance, ses sentiments. (68)

Shadows in paradise ** (Finlande 1986) : Film idéaliste, pratiquant le déni de réalité pour faire de son protagoniste un homme fort, à la mesure de ce qu’il pourrait se leurrer – ou simplement espérer s’il avait une sensibilité un minimum mature.

Ambiance fausse, théâtre mou, pour un résultat style Bresson romanesque, sans la thèse ni le propos. L’artificialité culmine dans les moments de violence (agressions du début). Nikander face à son concurrent : c’est plus ‘vivant’ mais encore faux – quoique sur le plan de la vraisemblance plutôt que sur la simple forme.

Comme toute création signée Kaurimaski celle-ci est misérabiliste, mais elle s’épanouit comme son ‘héros’ avec cette relation et les tentatives de s’échapper, de trouver du vrai, bon et beau temps. Spectacle prétentieux, menteur comme un pleurnichard agressif, mais avec un ton à lui, qui finit par plaire comme tout ce qui est entier – même quand c’est bidon. (48)

Hamlet liikemaailmassa / Hamlet goes business * (Finlande 1987) : Cinquième film de Kaurismaki, pendant des débuts très actifs. Noir et blanc, cultive son originalité, rigide mais pas forcément rigoureux, apprend et diverti au minimum (en plus la durée se rapproche de la normale, au lieu d’être très courte). L’influence de l’œuvre de Shakeaspeare paraît faible. Le réalisateur applique sa vision caricaturale, assortie à une volonté de ‘faire’ conte. Cet opus n’a pas le charme habituel car il est trop occupé à montrer des méchants, souligner leurs aspects négatifs. Note positive : les méchants se détruisent entre eux ! À voir : une mise à mort haute-en-couleur et des canards en plastique. (34)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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SOLITAIRE/ROGUE ***

4 Août

solitaire

3sur5  Malgré ses crocos tueurs au casting, Solitaire aka Rogue n’est pas du tout un film d’horreur bourrin ordinaire. C’est à la fois une grosse série B et un film d’auteur au panthéisme agressif et décontracté. La séance est généreuse et drôle, simultanément brutale et aérienne. Rogue ne se départ pas des ‘clichés’, pour fonder quelques personnages secondaires et leurs relations, mais prend toujours de la hauteur sur eux.

L’humour lui-même est assez pittoresque et l’ensemble bien écrit, malgré quelques flottements dans le deuxième tiers (quand le groupe tombe dans le piège). Pas original sur ce point, le film est en effet divisible en trois temps et le second est le moins fort, alourdi par une surenchère normative le contrariant dans son épanouissement. Il fallait la dose de gore et de moments d’émotion apocalyptiques mais les auteurs ne maîtrisent pas si bien les grossièretés trop conventionnelles. En tant que film gore animalier, Rogue est de toutes façons atypique.

Dirigé par le réalisateur de Wolf Creek, il a quasiment l’approche d’un documentaire ; non un de ces faux documentaires fainéants ou vulgaires pullulant dans tous les archipels de l’Horreur ; pas non plus un docu-fiction taillé pour le service public. C’est plutôt une sécheresse fondamentale résultant d’un recueillement face à son sujet. La Nature est donnée à contempler de la façon la plus optimale possible selon les moyens en présence ; elle est le vrai sujet et les pseudo-aventuriers potentiellement dévorés ne sont que des passagers servant de repères et de distraction.

Rogue séduit également par sa précision et son honnêteté. Il n’y a pas de ‘second degré’, de surprises grotesques ou de surgissements gratuits, il y aura bien en revanche cette idylle décalée. Issu de la patrie de Crocodile Dundee, Rogue prend à revers et envisage son folklore à disposition avec un maximum de réalisme, y compris sur le plan humain et pratique ; ce dépouillement ne lui interdit pas d’être ludique. Voilà un happening reptilien détonnant, appelé accessoirement à régner sur la branche crocodilienne de l’horreur animalière.

Note globale 70

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Borderland + Piranhas 3D + Black Water + Primeval

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MARY & MAX ****

11 Avr

4sur5  Adam Elliot estampille son œuvre ‘clayographie’. Ce néologisme associe l’argile (le mot anglais ‘clay’) et la biographie. Les personnages en pâte à modeler peuplant son univers souffrent tous d’exclusion, de manies ou de maladies atypiques. Le réalisateur australien s’est principalement exprimé sous le format court, avec un triptyque de portraits (Uncle, Brother, Cousin) puis Harvie Krumpet, sacré par les Oscars en 2004.

Cinq ans plus tard il présente Mary & Max, également conduit par un narrateur en voix-off et animé en stop-motion (il fait alors partie des rares longs-métrages reposant sur cette technique). Le film suit la relation sur vingt ans d’une gamine plutôt moche d’Australie et d’un Asperger (ou ‘Aspie’, lui-même préfère) en surpoids. Juif athée avec kippa à pompon rouge, il vit planqué dans une ‘chambre de bonne’ new-yorkaise. La petite Mary et ce quarantenaire antisexuel par sa constitution sont réunis grâce à leur solitude (sans amis au départ) et partagent une passion pour les Noblet (groupe de crapauds d’une série télé).

Le cas de Max concentre l’essentiel, celui de Mary est plus trivial (gamine ignorée et souvent victime) mais aussi plus social (la famille est délabrée, lui inflige de mauvais traitements). Max est sujet à de nombreuses obsessions (comme le comptage compulsif) ou bizarreries (il se traîne un même ami imaginaire depuis l’enfance), éprouve un besoin de symétrie, ne comprend pas les gens dans leurs motivations. Égocentrique, il incarne à son corps inconscient un rationalisme caricatural et régressif. Il est généralement apathique, avec quelques pics d’énergie (très mentale) ou d’inspiration. Son besoin de stabilité absolue au quotidien le pousse à limiter ou du moins contrôler scrupuleusement les apprentissages, afin d’éviter les angoisses (crises très glauques).

Le film souhaite clairement communiquer (voire ré-informer) sur un profil clinique en particulier et sur l’autisme en général. Il s’y prend avec humour et empathie (avec une certaine fascination pour les aléas gastriques), en s’autorisant une pointe de méchanceté complice et surtout une candeur choisie, de combat. La tendance à accumuler les malheurs peut agacer ou sembler refléter un délire misérabiliste, ce qui restera défendable. Cependant le film reste conforme à des situations réelles (l’animation japonaise développe au même moment un focus comparable sur les enfants lésés) et à la panoplie du trouble psychique de Max – autrement dit, conforme aux retards et excentricités de Max, ou aux résultats des moqueries récurrentes subies par les deux protagonistes.

Le style du film reste son meilleur atout ; il rappelle Burton et plus secrètement, le tandem Eraserhead/Elephant Man de Lynch. Elliot revendique également l’héritage de Svankmajer (animateur tchèque avec une prédilection pour le surréalisme – connu pour Alice et Les possibilités du dialogue) et des photographies de Diane Arbus. L’OST reprend des airs sophistiqués, avec une application parfois péremptoire mais avisée. La relation du film à la psychiatrie est ambiguë, elle pourrait être qualifiée de ‘progressiste’ par opposition à ‘contestataire’. Malgré les traitements répressifs, les catégorisations aliénantes et mesquines qui lui sont attribués, son langage réformé est approuvé. Le film reste valable parce qu’il est indépendant et au plus porte-voix à l’occasion, à la fois de la pédagogie ‘psy’ ou des variétés d’autistes.

Ce qu’il rapporte de la société est toujours soumis aux filtres personnels de Mary et Max. Le réductionnisme et l’aseptisation de ce dernier sont projetés sur l’extérieur (New York est sinistre, à dominante noir & blanc sur une couche de gris uniforme ; les australiens ont droit au jour et aux couleurs – plutôt sépias). Ses représentations figées, parfois sophistiquées ou même fantaisistes (la conception des bébés, les pieux mensonges) enrichissent son quotidien et amusent le spectateur, mais son attitude suscite une indifférence ou une incompréhension légitimes ; lui-même est empêtré dans sa ‘normalité’ obtuse. Le film a la sagesse de le prendre tout entier, Mary la bonté de l’emmener vers le choix du bonheur. Indirectement le plus souvent, elle l’amène à se confronter aux (nombreux) angles morts de sa personnalité (anxieuse et excentrique) et de son esprit (littéral).

Note globale 77

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Le sens de la vie pour 9,99$

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (3), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

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CALME BLANC ***

3 Fév

calme blanc

4sur5  Philipp Noyce est le réalisateur de nombreux thrillers et films d’action : il a connu son heure de gloire dans les années 1990 avec Sliver ou encore en mettant en scène Harrison Ford dans Patriot Games et Danger immédiat. Sa carrière décolle avec l’australien Dead Calm en 1989, où il dirige un trio magnétique dans un huis-clos en haute mer : Sam Neill, Nicole Kidman (l’autre révélation au rendez-vous) et Billy Zane. Les premiers forment un couple dont le tort est d’accueillir sur son voilier le seul rescapé d’un naufrage, alors qu’ils sont loin sur l’océan. Cette première démonstration se situe à la croisée entre Hitcher et Plein soleil.

Dead Calm bénéficie d’une gestion brillante, où tout est au service du suspense. Le spectateur ressent l’urgence et la curiosité, sans aucune latence pénible : pas de scènes bouches-trous ou de miroirs aux alouettes. Le spectacle est épuré, lumineux (à tous degrés), d’une grande finesse, l’écriture est précise, la mise en scène est viscérale tout en jouant sur la suggestion et quelques métaphores légères. Les portraits sont assez passionnants : nous avons à faire à deux parents orphelins, stoiques et à un être malveillant ; une tornade avide mais sans gouvernail, face à des morts-vivants amoureux et détachés (Neill en McGyver de la Marine -en restant crédible-, Kidman solide mais déchirée).

Lui (Billy Zane, le prédateur allumé) vient seulement de mourir en somme ; c’était un jeune aventurier, vraisemblablement fier et motivé, puis il a profondément été abîmé. La démolition de son ego le pousse à la désinhibition et lui offre une capacité de nuisance (et de jouissance) remarquables ; il en devient séduisant, il a l’illusion de la puissance et la répand. Il n’a pas les ressources ni les appuis pour s’en sortir autrement que par la fuite en avant, mais il est trop immature pour maîtriser les éléments : il a un pouvoir de mort primaire pour combattre un tandem de dissociés en voie d’acceptation. Ses masques se défont, sa vacuité sincère et implacable se révèle. Il y a toujours un doute entre la victime réchappée ou le psychopathe : il tient des deux.

Le film joue sur les tensions entre personnages, flirte avec l’érotisme, entretient le mystère tout le long sans le moindre recours gratuit. Son amalgame de concision et d’intensité, en tout, en fait un thriller remarquable, presque un modèle d’intelligence en la matière. Sans doute pourrait-il se trouver, quelquefois, plus de contenus à-cotés ; s’engager sur la pente des révélations massues. C’est ce qui lui vaut probablement sa réputation si mitigée (mais nettement supérieure à celle de crus comme Sliver ou Le Saint). Au lieu d’évoluer vers les rebondissements fracassants, Dead Calm se contente de l’excellence dans son domaine, délivrant explicitement la marchandise, avec goût et énergie. Seule la sortie, soignée en elle-même, se montre superflue.

Note globale 76

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Abyss + Le talentueux Mr Ripley + Breakdown/Mostow + L’Aventure du Poséidon + World War Z + Violence et Passion + Possession/Zulawski + Twin Peaks le film + Jurassic Park + Basic Instinct + Les Dents de la Mer + Misery + A la poursuite du diamant vert + Copycat + Le Fugitif + Moulin Rouge + Titanic + Eyes Wide Shut  

Scénario & Ecriture (4), Casting/Personnages (5), Dialogues (4), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (3), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

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THE REEF **

9 Jan

2sur5  Après avoir co-réalisé Black Water avec David Nerlich, Andrew Traucki s’inspire à nouveau d’une histoire vraie pour gonfler les rangs de l’horreur animalière. Black Water a été une jolie pièce pour l’anthologie du ciné-croco ; The Reef vient sur le terrain des dominants, en terme de popularité et de représentation : les requins. Les spectateurs passeront encore l’essentiel de la séance dans l’eau, auprès des zones les plus pittoresques de l’Australie que les touristes (même nationaux) ont forcément tort de violer. Le film commence comme une balade dans un rêve de catalogue, exotique pour la plupart : le soleil est éclatant, le ciel d’un bleu presque mirifique. C’est caricatural, mais à ce point c’est balèze, surtout avec une telle ‘simplicité’. Malheureusement c’est au milieu de ces paysages que le bateau de la petite troupe se heurte à un récif corallien.

Au-delà des décors, The Reef est notable pour ses jolis plans, mais aussi pour son manque d’intensité d’autant plus épatant qu’il demeure lorsqu’il se met en mouvement. Il y a plus de force dans certains tableaux (la rencontre avec la ‘tortue’), que les esprits jeunes ou disposés pourront retenir, que dans les aventures elles-mêmes, les accès de panique ou les attaques de prédateurs. Black Water berçait dans une espèce de stase, bizarrement bien gérée ; là, il n’y a que remous constants, pleurs laconiques. La bande-son est au diapason, à la fois lourdingue et discrète, omniprésente. Les personnages sont assez niais mais sont également de jeunes adultes présumés passe-partout, à l’écart d’outrances teen. Les dialogues semblent lorgner vers la comédie plus vite que ne le font les situations – d’où la bizarrerie d’instants décalés ou au sérieux douteux (« tu vas ressembler à un phoque ») ; idem pour les gémissements triviaux (« les préliminaires »).

The Reef jouit d’une excellente réputation dans son domaine, étant considéré comme un des meilleurs films de requins. Il est toutefois bien moins ‘fun’ (car c’est aussi son but?) que Peur bleue et (fatalement?) insignifiant par rapport au maître établi Les dents de la mer (sans que la qualité soit en jeu – il n’est pas radicalement plus mauvais). Open Water, champion du minimalisme, le domine également en terme de malice et d’intensité. Néanmoins, pour ceux qui sont désespérés par les rafales de Sharknado, Mega Shark, Sharktopus et leurs successeurs (directs y compris, car ceux-là ont engendrés des sagas), The Reef sera un soulagement. C’est un travail honnête, sûrement ‘bon’ dans son monde. Ça n’en reste pas moins sans relief : du grindhouse des années 2000, anormalement bien encadré, platement exécuté.

Andrew Traucki dévalera la pente par la suite. En 2013 il va sur un terrain plus rare dans l’horreur animalière en se penchant sur les léopards, mais le public décroche et les critiques sont pour la première fois calamiteuses. Outre The Jungle, il contribue à ABCs of Death, film à sketchs réunissant les contributions d’auteurs jugés significatifs dans la galaxie Horreur. Son segment (G is for Gravity) est le plus court mais surtout le plus parfaitement absurde, au point qu’on ne sait même pas s’il faut parler de médiocrité dans son cas. C’est un truc de deux minutes à peine où un surfeur s’élance puis disparaît, vraisemblablement embarqué par un requin (plan final sur une planche). C’est beau de vouloir resté vissé à son sujet mais il y a un moment où le purisme et le rejet du suspense dépassent l’entendement.

Note globale 46

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Calme blanc + Piranha 3D + Plein Soleil + Le territoire des loups

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (1), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (2), Audace (1), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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