MINI-CRITIQUES / COURTS-MUBI (1)

19 Jan

Comme pour les films longs, je sépare les séances MUBI du reste.

.

Herzog> La grande extase du sculpteur sur bois Steiner ** (Allemagne de l’Ouest 1974 – 45 min) : à propos d’un skieur suisse. File une réflexion sur le dépassement de soi et les risques – abstraits et concrets (viser trop haut, se sacrifier pour la beauté du geste ou pour la sensation). Multiplie les ralentis. (61)

Mulheim (Ruhr) *** (Allemagne de l’Ouest 1964 – 14 min) : En noir et blanc, sans paroles mais en musique (de Dieter Suverkrup), en tout cas dans la version diffusée sur Mubi. Traverse la ville du titre à l’époque où la désindustrialisation commence et le vide prend racine. Joli et instructif à sa façon mais sans grande valeur ajoutée. (64)

Herzog> Personne ne veut jouer avec moi ** (Allemagne de l’Ouest 1976 – 14 min) : Démarrage significatif car met le doigt sur une réalité forte, indéniable, qui ouvre beaucoup de questions et d’inconforts ; mais finalement, film subventionné fadasse et neutre sur une amitié entre le vilain canard de la classe et une gamine. Les enfants sont dans leur petit monde et avec leurs petits moyens, nous ne tirerons donc pas grand chose de cet essai. Reste à savoir si le film remplit sa mission ‘pédagogique’. (48)

Le journal de Yunbogi ** (Japon 1965 – 24 min) : Par Nagisa Oshima (L’Empire des sens, Tabou), dont on reconnaît la faculté à faire du mielleux et ultra-dramatique sans émouvoir, mais en présentant un contenu fort (à résonance politique et plein de connotations). Phrases plaquées sur une galerie de photos, aléatoire et explicatif, fluide dans la technique. Parle de faits concrets rendus abstraits par ses procédés esthétiques ; ne dit rien de profond ou de précis au niveau de l’Histoire. Reste le parti-pris, peut-être courageux, d’un Japonais en faveur d’un pays occupé pendant 36 ans par le sien – ou plutôt en faveur des enfants des rues de cette Corée. Mais la démarche est absolument artificielle puisque ces clichés pris en 1964 sont censés illustrer une colonisation remontant à 1910-1945. Pointe l’appauvrissement des Coréens tout en évitant la confrontation. (56)

Mandico> Souvenirs d’un montreur de seins * (France 2014) : « J’ai toujours rêvé d’être un indien bleu – les cheveux aux vents ». Bouffonnerie psychotique et scabreuse. En deux parties (elle avant de les montrer, elle avec ses seins nus et des ‘numéros’ dégueulasses), avec chacune le même monologue défilant dessus. Une post-synchro désaccordée gerbe ses dissertations et délires concernant ses mamelles (« cette nuit mes seins se sont ouverts comme un fruit trop dur (..) mes seins ont été pondus par un oiseau d’orage »). Actrice en totale détresse et sûrement égarée (mais pas forcément exclue) depuis les débuts. (32)

Mandico> Notre Dame des Hormones ** (France 2015 – 30 min) : Des éléments en commun avec Suspiria, Hellraiser (la créature, l’obsession de ces femmes), Le Festin Nu et peut-être même Sombre, donc de gros morceaux, en enrobant avec ses propres expérimentations (parfois très ‘bornées’). Haut-en-couleur à tous points de vue, verse dans l’humour plus ou moins volontaire. Original, ‘lourd’ et obstiné. Aspects sataniques. Citation de Cannibal Holocaust en ouverture. (62)

Herzog> How Mutch Wood Would A Woodchuck Chuck ? ** (Allemagne de l’Ouest 1976 – 44 min) : Suivi d’une vente aux enchères de bétail (assortie d’un championnat) dans la campagne profonde aux USA, marquée par des ‘speakers’ au débit ultra-rapide (et difficilement compréhensible pour les non-initiés). Usant et peu passionnant, mais insolite et joyeusement ‘abrutissant’. Les Amish participent à l’organisation sans être des festivités. Raccroche le tout à la politique dans un commentaire des dernières minutes, en estimant que ce langage extrême est une création du capitalisme. (54)

Over the Rainbow *** (France 1997 – 9 min) : Premier film d’Alexandre Aja (avec Grégory Levasseur) à 19 ans, trois ans avant Furia et après avoir été acteur dans plusieurs film de son père (Alexandre Arcady). Sur-expressif, grotesque. Avec Jean Benguigui amoureux anthropophage ! Les lunettes de l’aveugle semblent tirées de La Jetée. En noir et blanc, excentrique, typiquement français (ou franco-belge) sans être un produit ‘de série’. (66)

Marker> Description d’un combat ** (France 1960 – 55 min) : Documentaire très libre sur Israel douze ans après son indépendance, alors peuplée de deux millions de personnes. Emphatique, divague presque sur la vocation et les origines d’Israël – en fait, est en train de l’intégrer à ses propres recherches et d’y projeter ce qu’il désire, en négociant avec la réalité et la théologie, en dissipant la politique. Pose des décrets amphigouriques et exaltés. Visite poétique, à la fois optimiste et inquiétante. Assez remarquable pour sa photographie et la force de sa subjectivité, même si elle n’est pas crédible (surtout vu 57 ans après). (58)

Mandico> Y’a-t-il une vierge encore vivante ? * (France 2015 – 9 min) : S’amuse à torpiller la logique, l’Histoire, les (bons) sentiments. La déconstruction comme prétexte et non plus comme revendication. Plus fort que Notre-Dame (et les autres) dans le WTF, la densité sur une courte durée exacerbant l’impression. Pas loin d’être aussi bête et méchant que le Montreur de seins. (40)

→ Fric et Foi / Glaube und Wahrung – Dr.Gene Scott, fernspehprediger/ God’s angry man *** (Allemagne de l’Ouest 1980) : Moyen-métrage de 45 minutes, documentaire pour la télé, sur un prêcheur ‘civil’ mais ardemment engagé. Il apparaît comme un missionnaire aux méthodes cyniques et justifications tristes, qui aimerait tout lâcher parfois (dit-il) mais ne peut s’empêcher d’être et d’agir comme il le fait.

Gene Scott était un type controversé et haï, avec 70 procès en cours selon la voix-off, roi du télé-évangélisme à l’ego colossal mais pas nécessairement en bonne santé. Ce businessman et organisateur/provocateur pour les actions de charité de l’Église est aussi un homme stérile, qui semble plus porté par une énergie nihiliste que par la foi ou une quelconque quête optimiste.

Le spectateur le voit dans ses caprices glaciaux, se fâcher contre les gens qui n’envoient pas assez. Il n’a aucun bien, rien de privé – sauf son sac noir qu’il restera seul à consulter ; probablement un mystère sans matière pour cet homme qui s’est entièrement donné et semble déchiré sur sa conduite et paumé sur ses besoins/envies.

Il est susceptible d’attirer la compassion, l’agacement et le dégoût. Les moments d’interview sont les meilleurs, les présentations d’extraits audiovisuels n’étant ni alléchantes ni passionnantes. Elles sont révélatrices de l’excellente organisation, du tempérament de feu de l’animateur et d’une certaine médiocrité créative chez toute cette équipe. La construction reste assez brouillonne. (72) 

Chris Marker> Junkopia ** (France 1981 – 6 min) : Captures des résidus refoulés par la mer devenues œuvres d’arts délibérées et abandonnées sur une plage de San Francisco (en fait à Emeryville). La contribution de Chris Marker est discrète. L’originalité propre des concepteurs du film est côté sonore – les effets vocaux seraient d’Arielle Dombasle. Annonce pour une exposition qui officiellement n’ouvrira jamais. (58)

Herzog> La Ballade du petit soldat ** (1984) : Compte-rendu sans fioritures d’un passage chez les indiens miskitos (des nicaraguayens déshérités) et notamment leurs jeunesses armées. Les membres de la guérilla ont autour de dix ans et la plupart sont orphelins. Ils sont enrôlés contre les communistes au pouvoir (les sandinistes), alors que leur vie courante relève du « socialisme primitif » (comme pour leurs aînés dans les villages).

Ce film est d’abord un reportage (pas ou peu un documentaire), en temps confus en attendant la guerre. La tendance au ‘laisser-faire’ propre aux travaux d’Herzog est accentuée ; hormis souligner le « lavage de cerveau » (par la voix du journaliste Denis Reichle) et présenter des sourires dans un silence pour souligner le décalage, le reportage est le plus plat et ‘objectif’ possible.

Le FSLN était le parti socialiste à la tête du Nicaragua entre 1979 et 1990, suite à un coup d’État contre Somoza (‘patron’ du pays depuis 1936). L’administration américaine entrait ouvertement en conflit avec celle du Nicaragua lorsque ce film sortait, jusqu’à décréter un embargo. (62)

.

Changement de note en 2018 : +1 pour Mulheim/Ruhr, Junkopia ; -1 pour Personne ne veut jouer. Ajustement lors de la suppression des notes en -0 en 2019 : +2 pour Petit soldat.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :