MINI-CRITIQUES 3

24 Juin

Témoin muet ** (Allemagne 1995) : Essai ambitieux et haut-en-couleur, où une fille semble découvrir le tournage d’un snuff-movie. L’intro grotesque parodie celle de Blow Out, déjà sarcastique, en tirant vers la ‘dark zone’ chez Hélène et les garçons.

Cache-cache ; duperies (et faux suspenses) en présence de la police ; puis la traque et le grand piège. Au bout, rebondissements constants – donnant un avant-goût du plongeon vers la diarrhée d’action pour la dernière ligne droite du prochain film d’Anthony Waller (Le loup-garou de Paris).

Garde un côté bis très propre et sensationnaliste à la fois ; glauque et aérien, bis irréel. Le cachet photographique et plusieurs détails dans les scènes à haute tension rappellent Argento (celui de Suspiria et Opéra).

Prix du Jury Fantastic’Arts 1996, l’année où Le Jour de la bête remporte le Grand Prix. (62)

The Refrigerator ** (USA 1991) : Bouffonnerie assez colossale et très décalée. Du nanar de haute volée, souvent délié, plein d’énergie, conséquent dans ses fantaisies, avec une certaine recherche dans la mise en scène (et peu de préoccupations pour l’élévation technique). Essaie des sketches sexuels façon Nightdreams ou Dressed to Kill. Yo-yo permanent : ennuyant voire assommant, enthousiasmant la séquence d’après grâce à son culot. (52)

Contracted *** (USA 2013) : Centré sur la contamination d’une jeune fille/grande ado après une relation sexuelle peu/non-recherchée. La sanction est d’autant plus cruelle. Anxiogène et intense, unité d’action, état d’esprit ‘jeune’. La victime est prisonnière du cynisme ou de l’indifférence des autres, dont les jugements sont souvent faux ou négligents ; elle tend à être niée et objectivée. Les transformations sont spectaculaires et repoussantes même si la fille conserve, un temps, une certaine attractivité – le phénomène ressemble alors à une transition vers un état de créature désespérée (et hargneuse ?), peut-être celui d’une sirène. (70)

Impasse des deux anges *** (France 1948) : Dernier film de Maurice Tourneur, où un romantisme froid vient troubler des matérialistes épanouis. Une femme s’apprête à épouser un aristocrate, vieux con (encore frais) qui veut en faire sa chose. Simone Signoret a un jeu affecté au début ; crédible en réaliste sans états d’âmes, excessive quand elle passe en mode garçonne ; en même temps, un tel profil est vraisemblable. Idem pour l’artificialité de certains (totalement crédible vu le milieu).

Le film tire toujours des vertus de la fausseté des individus, de leurs propres mises en scène. Les dialogues peuvent être redevables de leurs absurdités et de leurs prétentions (les laïus de la vieille la jouant maîtresse des us de salon et du cynisme parfumé, les tirades de ‘monsieur’ : « Je suis pour les traditions c’est la superstition des gens bien élevés »). Spirituel, malgré un manque d’élan dans le développement. Les gens espérant de l’émotion ou des grands sentiments incarnés seront déçus. (68)

Monsieur Hire *** (France 1989) : Leconte s’approche du thriller glauque en gardant sa fibre sentimentale (la comique est exclue). Michel Blanc joue un antihéros dont le type semble être ISTJ 5w4 mais romantique (Secondaire radical, plutôt non-actif et Émotif sur la caractérologie de Le Senne). Ce protagoniste semble atypique ; il est surtout [l’asocial obsessionnel] extrême – un type triste et sombre, inhibant ses réactions, semble peu animé ou de manière très sélective.

Le film rappelle Le Locataire de Polanski, même si la comparaison le disqualifie. Éclairages contrastés, participent à un travail d’ambiance important et concluant – le scénario est presque conventionnel, le traitement de fond reste assez fade (la pudeur est probablement en cause). Très court (à peine 80 minutes). Le ‘theme’ est sur-exploité. Si vous avez aimé, essayez Willard (pour le solitaire excentrique ‘amoureux’ des souris) et Les Vestiges du jour (pour l’espèce de schizo formaliste). (72)

Visiteurs extraterrestres *** (1993) : Fait beaucoup languir mais ne se dérobe pas, sera démonstratif. Donne même une superbe scène ‘d’horreur’. Ciblé, pas de trous d’air, les moments flous ou apparemment superflus trouvent une réponse/dénégation ou une utilité. Compatible avec les attentes des fans de Spielberg et du public de Stranger Things. (68)

Killer Crocodile ** (Italie 1989) : Nanar réputé dans le domaine de la boucherie animalière. À base de croco radioactif. Comme Refrigerator, vaut largement le coup pour les amateurs de détritus savoureux/insolite ; n’a pas la folie de ce dernier. Personnages bien typés, dialogues de lucide bourré ou parodique, pas de temps morts, générosité dans l’action et les drames. (54)

Le miroir se brisa *** (UK 1980) : Tiré d’un opus de Miss Marple, la saga d’Agathie Christie. Frappe surtout via son casting. Charmant notamment grâce aux décors, dialogues bien affûtés, le niveau de tension est plus modeste. Par Guy Hamilton, réalisateur spécialisé dans les James Bond, également auteur de l’adaptation Meurtre au soleil concernant la romancière. (68)

Le jeu de la mort * (Hong-Kong 1978) : Dernier film de Bruce Lee, à la notoriété dopée par l’hommage de Tarantino via Kill Bill. C’est un gros bricolage, le film de base tourné en 1972 étant complété par des ajouts de 1978, doublant sa durée (de 40 à 82 minutes, ou 96 en version longue).

Différent de Big Boss ou La Fureur de Vaincre/du Dragon, cet opus donne beaucoup de place à une intrigue policière et tout y est plus occidental (divertissements, médias, etc). Les personnages sont très affectés, sans le minimum de ‘suite’ et de sensibilité présent dans les opus cités précédemment.

Montage brutal, scénario très bricolé et s’évaporant à partir d’une trentaine de minutes, rythme hystérique. Ni grâce ni ennui, ni intérêt à développer, sauf essentiellement pour les fétichistes et les fans. Pas de quoi inhiber les opportunistes : ce Jeu de la mort lance une saga. (38)

Le choc des titans *** (USA 1981) : Encore plus kitsch qu’Excalibur ou Legend, cette représentation du mythe de Persée fait défiler un grand bestiaire de dieux, créatures naturelles, mécaniques ou surnaturelles, héros, sages et souverains, etc. Les décors/maquettes sont monumentaux, les effets spéciaux désuets (dès le vol de mouette en ouverture). Les espèces d’animatronics relèvent plutôt du dessin animé.

Harryhausen tire une révérence embarrassante d’un point de vue tech(nolog)ique, car sa contribution artisanale est en dissonance avec le reste ; mais le charme opère encore et cette participation achève d’inscrire le film dans un esprit plutôt ‘cartoon’ et ‘fantasy’ innocent, à l’exotisme réel mais discipliné – comme un reflet inversé de Conan. (70)

La Nuit du jugement * (USA 1993) : Film de série B avec actions intenses, scénario débile et personnages insipides. Photo sombre, tons bruns et glauques, plans réfléchis et parfois insolites. Survival urbain et souterrain charriant du néant. Travail sur l’atmosphère, bande-son typée. Un film raté de plus dans la carrière de Stephen Hopkins (Perdus dans l’espace, L’ombre et la proie), avec des qualités techniques et un beau potentiel esthétique, mais rien dans le ‘ventre’. (38)

Le caporal épinglé ** (France 1962) : Adaptation d’un livre de Jacques Perret, commençant sur la fin de la ‘drôle de guerre’ (1940). Renoir (assisté de Guy Lefranc) reprend le thème de La grande illusion, sans donner dans le mielleux et l’euphorie cette fois. C’est son avant-dernier film, à un moment où il est déjà passé à la retraite concernant le cinéma, préférant la télévision, le théâtre et l’écriture.

Les personnages (hommes en âge de servir, jeunes pour la plupart) se comportent en galopins, rebelles en étant fuyards ou dissidents sur des questions pratiques, sans aller ouvertement dans des confrontations désespérées (pas d’héroïsme). Successions de tours, de déplacements et replacements ; éparpillé et insipide, en exprimant amour conséquent (profond mais primaire) de la liberté (sans idéalisme par ailleurs).

La direction d’acteurs semble aléatoire. Quelques dialogues forts envoyés par Claude Rich. (52)

Les Révoltés du Bounty *** (USA 1962) : La mutinerie sur le navire Bounty (1789) a inspirées de nombreuses œuvres, dont un roman de Jules Verne et un autre de Robert Merle, puis au moins deux films avant celui de Milestone en 1962. Il faut le voir pour ses qualités plastiques au sens large (temps à Tahiti, Technicolor, costumes). La construction est un peu ‘flottante’. Trois heures c’est trop long pour que ça contient et ce que ça envoie. Les personnages sont brillamment portés et habités, plus courts en eux-mêmes ; les portraits sont succincts, les auteurs jouent sur la solitude du pouvoir mais laissent couleur au lieu d’aller en profondeur – alors qu’il y a le terrain pour. De bons dialogues, de bonnes gueules ; courts passages éloquents (face-à-face tendus, tribunal). (64)

Mais où est passée la 7e compagnie ? *** (France 1973) : Premier vu de la franchise. Un classique du film de bidasses (genre dominé par les français à l’époque, concernant le grand écran).

Réalisation brutale, pataude au début ; des gags pachydermiques, les meilleurs sous forme de farces prenant le temps de s’étaler (ne pas confondre avec le running gag) – au contraire du second opus, plein de jets ‘spontanés’ s’écrasant aussitôt. Les scènes contre les allemands, ou à leur détriment, sont les meilleures ; plus mordantes, sans sacrifier l’esprit ‘gentil’.

Cet opus garde la meilleure réputation de la trilogie – il est largement au-dessus de ce qui doit venir en effet. (64)

Pathology *** (USA 2008) : Cousin d’Anatomie, cite également le serment d’Hippocrate (avec une ouverture gênante), avec deux nuances colossales. Cette-fois le serment n’est plus dévoyé mais carrément oublié, même si dans tous les cas c’est le tremplin à une curiosité perverse. Et surtout il ne s’agit plus d’approcher la bête ou le complot ; la focalisation est à l’intérieur.

Inclus dans un groupe de tueurs peu après son entrée dans l’unité, le protagoniste est l’un des seuls individus sympathiques – il arrive à le rester malgré ses crimes. Car c’est notre repère au milieu du panier de crabes (celui qui se frotte à notre place, qu’on s’y projette ou l’accompagne doctement) – son ignominie est relativisée par celle des autres.

La folie des grandeurs est en ligne de mire mais s’avère moins pertinente pour ces cas-là que la recherche de sensations fortes. Style prévisible, droit au but, soigneusement malsain ; pour une séance intense, sans niaiseries ni pudeurs. Quelques passages fondent vers le clip glauque (avec percées SM) et le sexe est récurrent après les meurtres (à deux). (72)

On a retrouvé la 7e compagnie ** (France 1975) : Toujours à la télé (sur TMC), je découvre la première suite d’Où est passée la 7e compagnie. Même configuration au début, puis cette fois l’équipe (une seule modification, avec Aldo Maccione remplacé) se retrouve détenue dans un château avec des officiers français. Les crétins doivent assurer le salut et l’évasion des grands, ils vont multiplier les évasions et les pas de côté.

Le spectateur est jeté directement dans les événements et donc dans la gaudriole. Le résultat est sans ressorts. Aucun rire pour ma part, contrairement au premier opus. La réalisation ne s’est pas améliorée et la laideur s’est ajoutée. Les personnages secondaires sont sous-exploités, y compris les truculents comme Jackie Sardou (en vieille Crouzy). (46)

Cotton Club *** (USA 1984) : Francis Ford Coppola récupère cette salle ‘mythique’ à Harlem, où des noirs jouaient (et dansaient) – Cabe Calloway et Duke Ellington ont triomphé ici. Le film se déroule donc pendant les roaring twenties (sœur américaine des années folles) puis la Prohibition.

Le Cotton Club sert de fond et d’ambiance au moins ; les spectacles (claquettes et autres) passent régulièrement au premier plan régulièrement. Le trompettiste (cornettiste ?) Dixie Dwyer est une des rares exceptions (joué par un Richard Gere, qui semble plus jeune et vulnérable que dans American Gigolo) sur le plan racial – d’ailleurs ce protagoniste n’existe qu’en fiction. Un casting de ‘masse’ défile et le tout s’achemine vers le clash de gangsters, avec tornade finale.

Coppola essaie de faire quelque chose d’ample, sur une surface réduite (script et rapports humains compris). Derrière circule une petite foule de personnages et de situations, qui resteront secondaires mais se relient (les affaires raciales, les concurrences amoureuses, les ambitions et les -sales- coups).

Le film s’élève à un niveau technique qui reste rare et mobilise une reconstitution très exigeante. (74)

L’économie du couple *** (Belgique 2016) : Lui a une personnalité infecte ; un passif-agressif, toujours en position de victime puis de revendicatif lésé. Elle est impitoyable, dans l’entre-deux entre dureté et abus vis-à-vis de son mari, face auquel elle ne veut rien céder ; veut en faire le comptable et responsable de son dégoût, ses amertumes ?

Film de mœurs, assez trivial et ‘français’ à l’arrivée, mais lucide sur les rapports en famille et les confrontations de deux anciens amants sortis de leur joyeux sommeil. Petits instants Tellement vrai chez les petits-bourgeois.

L’éducation des enfants semble regrettable. Les gamines prennent des largesses. Les dommages viennent notamment de l’irresponsabilité et des faiblesses de la figure paternelle. Point de vue cohérent de la part de Joachim Lafosse, auteur du plutôt réac Élève libre. (64)

Toni Erdmann *** (Allemagne 2016) : La protagoniste a une fonction proche de celle de Clooney dans In the Air, l’issue du film est très différente. Le point de vue est sidérant, à l’image des personnages, qui se débattent avec leur perplexité de gens pauvres et stériles (et bien lotis). Le film n’est pas dans la moquerie, plutôt dans la tentative d’empathie et le soutien passif, à la façon d’un guide bienveillant et non-directif – comme la femme aux œufs (à la compréhension surprenante). Humour acide, précis, étalage de malaises, froideur constante.

Très mécanique, joue sur la surenchère quitte à l’enfoncement (côté Ma Loute). Au programme, du pétage de plombs/de la régression d’absurdiste tout neuf et trop vieux, décalé – à sec. Le père, avec ses errements et ses missions-rôles, montre qu’il n’est pas un génie de la blague, mais un lourdaud ‘entier’ dans ses provocs. En théorie le récit est celui d’une double-libération ratée, les oppositions sont surlignées – c’est le clash du Fi loser vivant sur ses grosses rentes vs TJ usée, sauf qu’un demi-siècle après 68′ c’est bien la jeune qui assume le sérieux. Ce père est un peu un nul, vieil optimiste et humaniste primaire (‘il faut vivre’, « le bonheur » etc) ; inconséquent dans son rôle, sait pas réparer.

Idée du travestissement pour arriver à communiquer, pour rompre avec les ‘voies sans issues’, la vie trop réglée et l’âme glacée, etc ; pour briser le faux ce n’est pas géant – mais tentative rapprochements entre êtres, incapacité à sortir de rôles pré-écrits, personnages ‘vides’.. Le sens de l’humour est inaccessible (à Ines/Sandra Huller), comme toute sincérité. (70)

L’attaque des crabes géants ** (USA 1952-57) : Roger Corman, phobie nucléaire, crabes radioactifs et mémoires d’humains mutés. Évoque les vieux rêves du cerveau humain (sans âme) sauvé après la mort. Contrairement à de nombreux concurrents, ce bis montre la créature régulièrement. À son échelle les effets spéciaux sont convenables. Très court. Sérieux, active des rengaines fondamentales, sans forcer ni se planter. Bon spécimen pour les fans de ‘nanars’ sauf s’ils espéraient la folie des grandeurs ou une vraie nullité. (54)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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