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MINI-CRITIQUES MUBI 3

7 Avr

Une session en retard, car la 4e a déjà été publiée. Les films concernés ont été vus d’octobre à décembre 2017. Leurs notes ont été mises à jour (la limitation aux paires n’avait pas encore cours). 

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Opera Jawa * (Indonésie 2006) : Film musical décousu, volontiers loufoque voire régressif, assez mou à force de planer doucement et malgré les gueulantes. Pour les gens épuisés et réceptifs appréciant d’être dépaysés et surpris tant qu’on ne les bousculent pas.

Attention spoiler : dans les derniers moments une fille se fait planter (c’était un sous-Parapluies de Cherbourg à Java ?) ; le panneau d’avant-générique nous averti que nous venons de voir un requiem contre les violences domestiques. On retiendra plutôt ses efforts et ses effets esthétiques – si les tissus et les plages vous donnent des vapeurs, ça pourra marcher. (42)

Enfance clandestine ** (Argentine 2011) : Dans l’Argentine sous dictature des années 1970. Autour du fils d’un couple de rebelles. Fibre mielleuse, accent sur les rêves du garçon et ses privations. Les passages violents ou avec les antagonistes sérieux passent sous format BD. Apport faible au niveau politique, sans toutefois dénigrer le travail des résistants ou la résistance en elle-même. Peut séduire grâce à son prisme subjectif voire romantique, son primat aux émotions (la musique lève toutes ambiguïtés sur les intentions) et son cachet nostalgique. Seule la scène avec la grand-mère remue franchement la matière à questionnements. (52)

À nos amours * (France 1983) : En découvrant le film le plus connu et reconnu de Pialat, certaines critiques corsées que j’avais lues contre le réalisateur s’expliquent soudain. À nos amours est à la limite de l’amateurisme, racoleur sans fournir de contreparties ni même combler les attentes qu’il souhaite inspirer, tout en étant une bonne caricature de l’existentialisme merdeux à la française. Que le cinéaste ait convaincu les critiques en les intimidant devient une rumeur fortement crédible.

Le film est plein de drames surfaits, de poussées hystériques soudaines, dignes d’un Tellement vrai crasseux et laborieux. Bonnaire livre un jeu calamiteux. Pialat apparaît en se donnant un beau rôle, mais en tant que directeur d’acteurs, il semble un petit exploiteur, voire un vicieux ou un cynique – sûrement à raison, puisque le monde suit. Le recours à Klaus Nomi est aberrant. (28)

Sans Soleil *** (France 1983) : Probablement un des meilleurs films de voyage. Maelstrom d’images, sensations et réflexions fluides sans suivre de programme précis. Parfois des sentences de nature idéologique ou ‘gratuites’ – effet malheureux d’une tendance à absorber l’information vers un noyau subjectif, au lieu d’explorer de façon brute ou simplement ‘ouverte’.

Les parties en Guinée-Bissau semblent d’une moindre importance et sont intéressantes dans ce qu’elles ont d’abstrait (par opposition aux témoignages concrets). (74)

Le Retour *** (Russie 2003) : Découverte de Zvyagintsev. Montre une virtuosité qui serait peut-être vaine s’il n’y avait pas un ‘sens esthétique’ si fort. Le film reste dans le mystère, pas sur tout et pas sur l’état des enfants, mais sur ce père et ses motivations. Les émotions et surtout les passages aux actes sont refrénés, l’action ‘couverte’. Le plus jeune des deux enfants essaie la résistance passive-agressive (avec option sabotage) mais comme le reste, elle est intériorisée plutôt que mise en œuvre. Le film cherche à illustrer une tension éclatante mais toujours floue dans ce qu’elle pourrait avoir de particulier. A pu inspirer Mud. (64)

Tapage nocturne * (France 1979) : Second film de Catherine Breillat dont j’ai vu Anatomie de l’enfer. Un exemplaire d’existentialisme français verbeux et random – version féminine et plus ‘sanguine’, ça change. Histoires d’amour, de culs et de baratins. S’élève un peu par ses choix musicaux, sinon est perdu dans la glue. Ancêtre de Solange te parle ? Tout de même pas si poseur et grotesque. (28)

Elena ** (Russie 2012) : Zvyagintsev (auteur du Léviathan de 2014) fait partie des élus du moment sur Mubi, peut-être à cause de son récent Faute d’amour. Je laisse de côté Le Bannissement pour directement aller à Elena. Photo impeccable encore une fois, avec un focus plus concret – sur le quotidien et les détails. Mais s’il n’est plus tellement mystérieux, la tendance à compliquer et prendre des détours inutiles ou ralentir demeure. Beaucoup de musique de Philip Glass pour peu de drames. Plus chaleureux que l’Amour d’Haneke – par défaut, car en vérité, simplement moins courageux, pénétrant et donc moins anxiogène. (48)

Umoregi / La forêt oubliée ** (Japon 2005) : Inspiré par son amie la baleine, un trio de lycéennes forge un récit fantastique. Gentil, plein de beaux décors et parfois un peu insolite (puisqu’il y a cette forêt souterraine), mais mollasson et soit peu généreux, soit borné dans sa créativité. Rempli de nostalgie (peut-être imaginaire ou générée par la compassion pour les anciens) et d’une sensibilité exacerbée qui semble étouffer la clarté de l’expression, sans entamer un sens certain de l’organisation, de la mise en forme. De bonnes initiatives, des buts ‘nobles’. (42)

Le Filmeur * (France 2005) : Plusieurs évolutions par rapport à La Rencontre ; les protagonistes apparaissent régulièrement frontalement à l’écran (jamais ensemble) ; confectionné sur une longue durée (entre dix et onze ans) et plus éclaté, délié ; pas cantonné aux gros plans et s’autorise le mouvement, donc plus ‘normal’ a-priori. Le couple reste au centre mais partage l’affiche. Le film est parfois drôle, très aléatoire ; l’exercice sûrement généreux et parfaitement vain.

Pour les fervents et la famille de Cavalier ; pour les amateurs d’insolite ou de grosses farces peut-être (ce n’en est pas une) ; sinon, à qui s’adresse le film, à qui cherche-t-il à se rendre utile (ou divertissant, ou instructif) ? Reste l’entrée dans la réalité sensorielle d’une personne réelle ; et parfois, un intérêt plus technique ou cinéphile, puisque Cavalier nous place derrière lui en train de préparer ou d’absorber des sujets (d’actualité, de réflexions, de mise en boîte). (32)

Au hasard Balthazar ** (France 1966) : Pauvre âne dans le monde tenu par une humanité aveugle et cruelle. Un des fameux opus du réalisateur à la direction d’acteurs anti-‘naturaliste’, anti-spontanée, anti-incarnée (Pickpocket, Le diable probablement, Les dames du bois de Boulogne). Certains acteurs ne sont pas à leur place dans leur costume ; quelques-uns arrivent à communiquer de l’intensité ou sembler ‘vrais’ malgré le principe de Bresson. L’âne semble plus vif, sauf lorsqu’il est soumis à des numéros très arrêtés ou répétitifs, où il se fond dans la représentation artificielle généralisée. Parfois bien fourni dans les dialogues – avec un laïus du cynique face à la grand-mère d’Adèle. Parfois seuls les mots permettent de comprendre la gravité voire peut-être l’existence de certaines situations. (52)

Still Walking ** (Japon 2008) : De Kore-eda, réalisateur de Nobody Knows et Distance (ce dernier vu sur Mubi). Les retrouvailles annuelles d’une famille, occasion de revenir sur le deuil jamais achevé d’un fils et frère mort prématurément (Junpei). Un peu assommant avant de devenir plus intéressant. Doux, son excellent. Mère mesquine et pathétique. (58)

Le pays où rêvent les fourmis vertes *** (Australie 1984) : Fiction tournée par Herzog, avec des apparences documentaires et quelques intervenants théâtrals. Prend le parti des aborigènes, largement lésés et sans droits à l’époque. Suit le représentant de la compagnie minière chargé de leur faire abandonner une de leur terre sacrée. Non-jugement face à l’infériorité manifeste, en terme de créations et de modélisations du monde, de ces tribus ; comme Bruce Spence (le géologue) on est plutôt sensibilisés à la disparition de leur culture et de leurs traditions. La remise en cause des normes occidentales et des poursuites des ‘blancs’ provoque une espèce de sidération de basse intensité ; le cynisme légal et industriel n’échappe pas à notre conscience, mais les arguments des aborigènes restent dérisoires. La magie à laquelle ils sont attachés peut cependant happer et amener une ‘ouverture’ – qui provoquerait une remise en question (dans ce sens et pas l’inverse). (72)

Humpday * (USA 2009) : Deux bouts de lards hétéros-mâles crypto-niquent pour l’amour de l’art. Sorte de mumblecore du premier rang. Les personnages sont hystériques et multiplient les effusions – tout est motif à montrer sa beauferie d’américain neutres/bohèmes mais positif et à l’écoute. Potache et pas antipathique, pas nécessairement pertinent mais se tient, adroitement écrit. Gros postulat et gros bavardages pour peu. Reste régressif comme tous les films de son courant et dépendant de la connerie du programme – comme Shrooms pour la drogue. Reste aussi une illustration appropriée pour un bon morceau du troupeau humain, ses valeurs, ses normes, ses façons de s’illusionner, de remplir le vide, ses défis désespérants. (28)

Curling ** (Canada 2010) : Très lent et d’aspect impénétrable, mais d’une patauderie calculée, parfois théâtrale et maîtrisée. Ne sonne pas ‘gratuit’, plutôt un peu ‘alien’, mais finalement se fait bien terrasser par la léthargie. Réalisé par un documentariste québecois. La manière dont le père gère sa fille ressemble à une version soft et sans réinvention de la réalité de Canine. (52)

Level Five *** (France 1997) : Deux films s’encastrent : une anticipation de l’ère internet (avec ses rencontres et ses façons nouvelles, économiques, d’aborder le monde) et un reportage thématique sur la purge d’Okinawa. Le premier versant est assuré principalement par les monologues de Catherine Belkhodja, qui peuvent être pertinents ou régressifs (« Coco »). Le second implique images d’archives en noir et blanc avec commentaires existentiels plutôt qu’historiques ou politiques. Les méditations sur le temps et la mémoire sont une constante chez Chris Marker. (64)

La vida util * (Uruguay 2010) : Sorte de comédie pathétique (pachydermique) pas nécessairement vécue comme telle au moment du démoulage, à destination des cinéphiles, versant allègrement dans l’auto-complaisance et le masturbatoire. Noir et blanc, bavard par intermittences, avec beaucoup de pistes sonores renvoyant à des séances ‘classiques’ et de courtes citations esthétiques du muet. Dans la seconde moitié, le gardien de cinémathèque, rendu à lui-même, est ‘manifestement’ sous influence de ses souvenirs (jusqu’à danser dans un escalier).

Le physique lourd et morose de Jorge Jellinek est la seule véritable contribution en propre du film – avec son passage en classe où il déblatère sur le mensonge. Comme ce cinéphile débauché, La vida util remplit avec les fantaisies des autres et se contente de ses démonstrations fétichistes. Il n’y a quasiment rien d’autre dans sa vie et peut-être dans sa conscience (au détail trivial de service : il a rencontré une femme). Mais les joies ‘d’enfance’ du spectateur suffisent à combler cet homme et la dissertation à vide ainsi que les petits éléments relatifs aux salles obscures pourront plaire au cinéphile rigide et averti. Il y a un laïus de spécialiste sur ce qu’est le cinéma, pendant une émission radiophonique, juste avant la mise au ban des employés.

Federico Verjoj n’est pas non plus totalement irréaliste (lui ou ses sponsors) puisque la torture dure moins de 70 minutes. Sur des thèmes/configurations approchantes, essayez Dernière séance, Mary & Max, Human Centipede II. (28)

Sérail * (France 1976) : Premier film d’un scénariste (l’argentin exilé Eduardo De Gregorio, a travaillé pour Rivette et Bertolucci). Serait un prolongement de Céline et Julie vont en bateau qu’il a écrit (pour Rivette). Rappelle parfois Adolfo Arrieta, mais beaucoup plus volubile – ou à Raoul Ruiz, mais carrément plus limpide. Avec Bulle Ogier et Marie-France Pisier en occupantes mystérieuses du château convoité. Esprit de film érotique oubliant de bander. Coloré et ambitieux, mais encore un peu cheap et futile, entre la fantaisie, le théâtre et le film ‘d’initiés’ mollement décadents. A le mérite de chercher l’originalité et un langage érotique et fantastique se passant de formes explicites. (38)

Van Gogh ** (France 1991) : Les deux derniers mois du peintre, incarné par Jacques Dutronc. Pialat (aspirant peintre avant de passer à l’audiovisuel) se fait plus sobre et rigoureux, le thème et la durée attestent d’une ambition supérieure. Il rejette le ‘sensationnel’ mais aussi l’analyse des caractères pour préférer l’intimité, les moments de joies et de conflits simples. L’approche reste primaire, le ressenti déterminant, la trame décousue. Au passage, quelques dialogues excellents et des bribes sur la place d’un artiste face à la société, à sa famille et à son entourage. La photo (anormalement ‘propre’ elle aussi pour du Pialat) reste le grand atout (pour son orientation, ses objets), dans une moindre mesure les interprètes. (48)

Les petites marguerites ** (Tchécoslovaquie 1966) : Film d’inspiration surréaliste, où deux filles se mêlent à ce bas-monde de dépravation en comptant bien être assorties. Place au n’importe-quoi doux-dingue, parfois agressif et toujours au moins un peu érotique. On assiste aux plaisirs destroy de deux filles infantiles déjà abonnées à la pop’culture, en train de revivre aujourd’hui de nouvelles ‘années folles’. Le travail des effets et des couleurs est relativement neuf. Ça rappelle les opus ‘classiques’ de Godard, en plus humain et coloré, sans plus tenir à ‘l’intellect’ ; c’est d’ailleurs moins hermétique que la plupart des autres productions excentriques de la Nouvelle Vague, simplement le style prend le pas et le random est érigé en principe. Vu d’après, c’est aussi une version gentille et sans hypocrisie du Sweet Movie sorti en 1974. Ce film sait aussi entêter (par ses musiques et certaines farces appuyées) même dans le cas où on l’aurait peu aimé ou désapprouvé (comme la censure nationale de l’époque). Ça reste un album de délires de jeunes ‘folles’, pestes insipides à l’occasion, pourries par la facilité à peu près tout le temps. (48)

Le Fantôme de l’Opéra *** (USA 1925) : Première adaptation [connue] du roman homonyme de Gaston Leroux (1910), avec une star de l’époque dans le rôle-titre : Lon Chaney, que j’ai d’abord adoré dans L’Inconnu de Browning (1927). Sonorisé à l’occasion de la ressortie de 1929 (l’officieuse désormais, plus courte) ; il aurait été en couleurs mais ne reste à ce jour que des copies en noir et blanc, sauf pour la fameuse scène du bal. Le voir sans musique m’a paru profitable. Souvent théâtral, sauf au début où il est bien lent. Les images avec ou sans le masque, la version ‘crâne’ dans l’escalier et dans une moindre mesure les séquences finales, sont plutôt marquantes.

Aucune suite n’a atteint à la grandeur historique. Elles sont même plutôt des échecs voire des désastres. Les cinéphiles en tout cas n’ont jamais ‘laissé passer’. Les versions d’Argento ou de Schumacher sont peut-être diffamées – pour cause de superficialité ; mais ce premier opus est-il spécialement profond ? Il l’est seulement par rapport à la moyenne de l’époque. En terme d’intensité dramatique, il est encore audible. Pour l’intensité horrifique, c’est fatalement mais raisonnablement obsolète ; il vaut mieux parler d’épouvante et sur ce plan c’est encore convaincant, sans théorie ni mise en contexte. Dans l’ensemble c’est aussi loin d’être assommant comme peuvent l’être, malheureusement, d’autres ‘classiques’ de la décennie. (74)

Anna / Anna : Ot shesti do vosemnadtsati *** (Russie 1993) : à revoir pour finir la critique engagée (‘mini’ devenue normale). (6+)

Soleil trompeur ** (Russie 1994) : Se déroule sur une journée, avec la première heure entièrement autour de la maison puis l’après-midi au lac, avant un nouveau confinement où les tensions exultent – mais jamais pour longtemps ou pour sur-dramatiser. Beaucoup de sous-entendus relatifs aux coups de l’Histoire sur les vécus individuels. L’ère stalinienne et le grand chef lui-même, sans être entièrement idéalisés, semblent avoir de bons côtés – mais le ‘bon’ n’est pas nécessairement le bien et encore moins progressiste, concernant les femmes. Appuie aussi sur les contradictions du pouvoir et de son propre maintien. (56)

Hot thrills and warm chills * (USA 1967) : Présenté dans une sélection de « two obscure exploitation sex thrillers restored » by NWR. Sorti pendant la ‘libération sexuelle’ mais n’a pas ou plus de légitimité hors de ce contexte, où il n’avait déjà rien pour avoir du poids, hors de ses nombreux plans érotiques (au lit ou à terre pour les scènes de sexe mais sans porno, ou avec la danseuse au bar). L’approche est très triviale sinon (avec percussions cubaines monolithiques et vannes ‘tribales’), avec les trois filles dans leur salon pendant la première moitié du film, la séance entrecoupée par leurs souvenirs ‘X’ et challengée par un projet incertain (contre le ‘king of sex’ d’un bal masqué). Finalement il faut reconnaître à ce film sa générosité pour l’affichage de paires de seins, son laisser-aller pendant les scènes aguicheuses (longues, avec un montage qui ne sert jamais à cacher ou atténuer) et parfois même sa ‘recherche’ dans ce registre (car ce n’est pas que de l’étalage crû de corps dévêtus). Pour le reste, que des bavardages en noir et blanc, avec ce qui ressemble à des ajouts opportunistes et des ‘bouches-trous’ – et une post-synchro scabreuse et redondante. (32)

Urga *** (Union Soviétique 1991) : Troisième film vu de Mikhalkov, je souhaitais avant Mubi voir celui-là. L’essentiel se déroule dans la steppe en Mongolie intérieure (région du nord de la Chine). Le père de famille fera un détour en ville [dans la ‘civilisation moderne’]. Joli film mais pas générateur de réflexions ou d’enrichissements concrets. Remarquable pour les paysages et dans une moindre mesure pour son ambiance, ses sentiments. (68)

Shadows in paradise ** (Finlande 1986) : Film idéaliste, pratiquant le déni de réalité pour faire de son protagoniste un homme fort, à la mesure de ce qu’il pourrait se leurrer – ou simplement espérer s’il avait une sensibilité un minimum mature.

Ambiance fausse, théâtre mou, pour un résultat style Bresson romanesque, sans la thèse ni le propos. L’artificialité culmine dans les moments de violence (agressions du début). Nikander face à son concurrent : c’est plus ‘vivant’ mais encore faux – quoique sur le plan de la vraisemblance plutôt que sur la simple forme.

Comme toute création signée Kaurimaski celle-ci est misérabiliste, mais elle s’épanouit comme son ‘héros’ avec cette relation et les tentatives de s’échapper, de trouver du vrai, bon et beau temps. Spectacle prétentieux, menteur comme un pleurnichard agressif, mais avec un ton à lui, qui finit par plaire comme tout ce qui est entier – même quand c’est bidon. (48)

Hamlet liikemaailmassa / Hamlet goes business * (Finlande 1987) : Cinquième film de Kaurismaki, pendant des débuts très actifs. Noir et blanc, cultive son originalité, rigide mais pas forcément rigoureux, apprend et diverti au minimum (en plus la durée se rapproche de la normale, au lieu d’être très courte). L’influence de l’œuvre de Shakeaspeare paraît faible. Le réalisateur applique sa vision caricaturale, assortie à une volonté de ‘faire’ conte. Cet opus n’a pas le charme habituel car il est trop occupé à montrer des méchants, souligner leurs aspects négatifs. Note positive : les méchants se détruisent entre eux ! À voir : une mise à mort haute-en-couleur et des canards en plastique. (34)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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MINI – CRITIQUES : MUBI (2)

4 Oct

Le révélateur *** (France 1968) : Second film (suivant Marie pour mémoire) de Philippe Garrel, à seulement vingt ans ! Tourné en Allemagne immédiatement après les événements de mai 68, avec Laurent Terzieff, ce Révélateur est un opus notable aux rayons ‘expérimental’ et ‘arts & essais’. Il présente un onirisme plus ou moins terrien, domestique et existentialiste ; est probablement bercé de psychanalyse, ou ouvert à la chose.

Autour d’un enfant d’abord secoué voire effrayé par ses parents, traîné par eux dans leurs escapades, les libérant parfois. Leur relation, leurs gesticulations sont un spectacle et une source d’éveil ou de distraction pour lui. Il est au chevet de parents vivant dans la peur, que lui ne comprend pas ; comme eux fuient le monde, lui se détachera bientôt de ces malheurs et ces menaces supposées dont il ne voit que les effets.

Triomphe de l’enfant, de son élan vital et de son optimisme ; sur des parents déboussolés, parfois l’utilisant, à d’autres moments tentés de l’abandonner et se retrouver. (64) 

Les hommes qui marchent sur la queue du tigre * (Japon 1945) : Quatrième film de Kurosawa, entre suspense (besogneux) et comédie (ultra-pudique sauf pour les mimiques). Tout est ultra-appuyé (farces, faciès, symboles), les longueurs s’accumulent, parfois sans raison. Tiré d’une pièce de théâtre, en garde l’esprit et les raideurs obligées, la lourdeur du mouvement. Faible intérêt pour l’espace, sauf au début et via la micro-exception finale.

Resté censuré par le gouvernement d’occupation américain jusqu’en 1952. Clairement le moins bon de Kurosawa vu à ce jour. ‘Tora no o wo fumu otokotachi’ en VO, ‘The men who tread on the tiger tails’ en anglais et ‘Qui marche sur la queue du tigre…’ sur MUBI. (38)

Le lit de la vierge * (France 1969) : Errances froides à rallonge, débouchant sur beuglages de Pierre Clémenti – appelant « mon père » à son secours, car il voit bien qu’il n’arrive à rien. Sinon, divers échecs assortis de cris de terreur, pour illustrer le désarroi du Christ de retour aujourd’hui. Pas de confrontations, pas de séquences avec ou sans moralité, prise de conscience – mais des successions de monologues décalés et de saynètes allégoriques obscures.

Bref, c’est en plein dans ‘l’expérimental’ complaisant avec substrat intello ‘mystique’ – ça en emploie toutes les recettes, jette peut-être plus de mots que la moyenne. Ce qui en distingue plus nettement est le niveau technique – confirmation d’une photo de qualité propre aux travaux de Garrel, après Le révélateur (Michel Fournier déjà à la tâche) et avant Les hautes solitudes.

La recomposition familiale est fidèle : le père est Dieu, le fils et ‘l’homme’ (conscient, émotif, probablement) sont en Jésus. Même actrice pour la (mère) vierge Marie et pour Marie-Madeleine : ohlolo la psychologie des profondeurs est de sortie !

Tourné en Bretagne au début puis à Marrakech. Un peu de musique locale, ou de hippie avec Nico pour le vocal. Au même moment, Bunuel livrait une autre version athée d’un tel phénomène, parmi les sketches et hérésies distanciées de La voie lactée. (28)

Un conte de Noël ** (France 2008) : Premier contact avec le cinéma de Desplechin. Reste aimable malgré la longueur et les remous. Deuxième de la trilogie Dédalus, autour d’une famille bourgeoise parisienne, genrée artiste – à ses heures catho dissipée (se reposant sur les vieilles traditions pour digérer leurs soirées). Ambitionne Bergman (dernière période) ; un Fanny & Alexandre au présent.

Amalric tient le rôle d’un canard boiteux et fier de lui. Il laisse quelques-unes des meilleures répliques à sa ‘mère’ Deneuve, en besoin de greffe. L’ado, Paul, présumé ‘fou’ apparaît surtout à terme comme un égaré mou. Anne Consigny joue une connasse, de type chouineur, haineux et pseudo-moral. Emmanuelle Devos ressemblerait à Angela Basset : what the fuck ? Divisé en trois, ce conte aurait donné un soap sans suspense. (50)

Chien enragé ** (Japon 1949) : Kurosawa tourne avec sa star Mifune et son camarade Shimura. Mifune joue un détective moralement embarrassé par l’arme d’un crime. Kurosawa l’a dirigé juste avant pour L‘Ange Ivre, ils sont aux débuts de leur riche collaboration (16 films).

Malheurs, menaces sur la vie, tentation du laisser-aller ; l’irruption du ‘Mal’ et de la corruption dans la vie (professionnelle) ; traversée de la misère ; période de canicule, sensations d’écrasement, fatigue générale et irritation.

Assimilable aux ‘films noirs’ anglo-saxons, ce qui valide le préjugé du Kurosawa cinéaste nippon américanisé. (62)

Signes de vie ** (Allemagne de l’Ouest 1968) : Premier long-métrage d’Herzog, en noir et blanc comme son court Herakles. Un soldat allemand bloqué sur une île refuse l’inaction. De quoi devenir un symbole des ‘ratés’, égarés, mis à pied, s’obstinant à gesticuler.

Le documentaire amorphe l’emporte sur le portrait ou l’introspection. Herzog se place et nous embarque en témoins inclus dans la torpeur, tranquillement hagards et extérieurs. Sa signature est bien présente : cette approche ‘brute’ montre son style à l’état mal dégrossi, l’intérêt se porte déjà sur les élans grandiloquents et stériles d’un inadapté.

La révolution absurde à la fin, quand il est arrivé en état de se faire interner, relève du beau geste. Cette tentative spectaculaire de quelques secondes affirme un peu le goût de la grandeur travaillant le soldat. Par son inanité c’est la démonstration de son impuissance. (52)

Après la nuit * (Suisse 2013) : Dans les bidonvilles créoles, action à Lisbonne, essentiellement nocturne. Embrouilles, (semi-)ghettos, gangs et trafics, misère modérée, etc. Une certaine routine. Un dealer à machette défile au milieu en posant régulièrement une trogne mélancolique. Pour les gens qui ont aimé le côté Cité de Dieu dans Madame Sata. Techniquement correct, mais inaccompli en tant que documentaire et raté (bâclé ?) en tant que fiction. (26) 

Tropical Malady *** (Thaïlande 2004) : Découverte d’Apichatpong Weerasethakul. Première partie sentimentale, seconde glissant dans le fantastique, le tout sensoriel à plein régime, avec dream-pop en bande-son. Film ‘d’esprits’ mystiques – et film de fantômes atypique.

Un des deux gays/protagonistes évoque son oncle qui ‘verrait’ ses vies antérieures – c’est l’annonce d’Oncle Boonmee, Palme d’or 2010. « Monsieur a l’air très heureux aujourd’hui » / « c’est normal c’est jour de solde » : universalité des clichés ? (66) 

Nuits d’ivresse printanière ** (Chine 2009) : Film chinois (de Lou Ye) rempli de trucs occidentaux typiques (la femme qui le fait suivre, les photos sur le portable, gnangnanteries) ou almodovariens (l’un des types se déguise dans des bars). Histoires qui se croisent et se confondent un peu, accumulations, dans un style aérien et sensuel. Plutôt random, mais généreux pour les scènes de ‘craquages’ et frontal (autant que possible) pour les scènes actives et nues.

+1 pour la claque lors de la grosse crise, mais annulé par le +1 pour le pétage de plomb de la fille au bureau. (48)

Gosford Park ** (UK 2001) : Chez les aristos anglais dans les années 1930. Mon premier vu d’Altman. Sur les deux heures, ne fait que présenter des personnages (très nombreux – s’agit-il du pilote d’une grande série ?) ; l’enquête s’ajoute sur les derniers trois quart d’heure. Gros casting, caméra ‘aérienne’, compositions et technique de haut niveau. Sorte de cinéma de chambre étendu à toute la grande propriété, avec toute la vaste faune des variétés de nobles ou riches et de servants – et de la dissidence là-dedans. (50)

La forteresse cachée *** (Japon 1958) : Un des Kurosawa les plus accrocheurs (probablement même plus que Vivre !, mais derrière Le garde du corps), plus compatible avec un public jeune et/ou occidental et/ou actuel. En contrepartie, La forteresse est moins intense et mystérieux que son Château de l’araignée. Mifune y devient sérieusement badass. Film d’aventure incluant la comédie (les deux acolytes pleutres, ouvrant la séance sur un échange d’injures). (68)

Les nains aussi ont commencé petits *** (Allemagne de l’Ouest 1971) : Un an avant son voyage au Pays du silence et de l’obscurité, Herzog dégote déjà des individualités anormales, prises en groupe. Il nous présente une communauté de nabots fêlés, limite déments, en rébellion contre le directeur du pensionnaire (frappé de la même infirmité). Gueules de vieux, propos d’ados sous substance et attitudes d’enfants fous. Cynisme, ricanements et pétages de plombs à foison (avec un soupçon de cruauté envers les animaux). En noir et blanc, comme Herakles et Signes de vie, premiers films du réalisateur d’Aguirre. Digne des Midnight Movies de la même décennie, mais redondant et finalement bien lent. Tournage à Lanzarote (îles Canaries). Musique pénible. (68)

L’enfer de la corruption / Force of Evil *** (USA 1948) : Tourné par un cinéaste inquiété pendant la phase maccarthyste, ce film perçu comme anticapitaliste est une des références fondatrices déclarée de Scorsese. En plus d’être très court il a un style rapide, droit au but, qui le rend très dense sans sacrifier la lisibilité.

En contrepartie il est schématique. Sa rigidité l’amène à s’affadir continuellement sans s’autoriser de relances (pas ou peu de nouveaux éléments), en suivant la déchéance des frères – il paraît alors surchargé et insensible à ses personnages/prétextes. Les dialogues sont excellents et les vingt premières minutes pleines de durs, qui se fâchent vite.

C’est un bon film sur la paranoïa à échelle individuelle, de l’individu dans la société (pas de la parano ‘psychique’ ou proprement psychologique) – celle d’un type abîmé dans les méandres de la corruption, des trafics, des abysses au cœur de la ville-lumière – pas un tourmenté par des penchants naturels, mais bien par la réalité.

Avec cet accent sur le capitalisme ‘parallèle’ (beaucoup de cette sorte d’euphémismes et de déclarations indirectes), Force of Evil rejoint la mouvance de film noir sans être représentatif et anticipe effectivement les films d’argent de Scorsese. Il est peu comparable aussi en tant que films de gangster, à cause de sa façon surtout discursive de montrer l’entrepreneuriat et sa culture de la prise de risque pervertis. (70)

Fata Morgana * (Allemagne de l’Ouest 1971) : L’intro le garanti, ce sera répétitif – mais c’est normal et ce n’est que faux-semblant, ça c’est le titre qui l’indique. Herzog s’est embarqué dans un délire proche des mondo movie, dont résulte une espèce de doc hippie dark (la musique est de leur milieu, pas d’Afrique traditionnelle).

Des blancs manifestement stones (on en trouve plus dans la partie III-L’âge d’or), des autochtones blasés/indifférents et trois pauvres animaux : un fennec/renard des sables attaché par un enfant, un varan (interminable), une tortue barbotant. Tout ce brave monde s’encroûte dans les déserts africains, élu pour l’occasion théâtres des illusions humains et mensonges religieux. Le retour ‘chez nous’ (en fait, à Lanzarote – où Herzog a également tourné Les nains aussi) se résume à un passage pseudo-festif (en plusieurs temps, naturellement).

Symbolisme lourd à l’appui : dans la partie I-La création, alors qu’une vieille radote en voix-off sur la création des animaux, la caméra balaie une zone jonchée de cadavres de bovins, desséchés, vidés, atomisés. Les textes appartiennent à la mythologie maya, chapitre invention du monde. (42)

Le beau Serge *** (France 1958) : Premier film de Chabrol, à 28 ans. Brialy est de retour dans le village (de la Creuse) où il a grandi. Devenu un citadin, il a été malade récemment et doit « vivre au ralenti ». Son ancien ami (par Gérard Blain), un alcoolique et père d’un trisomique vite avorté, a honte de ce qu’il est (devenu) : un raté.

On voit le film aux côtés de François/Brialy, dont les voisins seraient « comme des animaux (…) on a l’impression que vous n’avez aucune raison de vivre ». Il y a du vrai mais c’est négliger la frustration à refouler, pourtant manifeste chez les aigris du bar comme chez d’autres petites gens (pas tous). Son ami est plus clairement affecté car il a eu le tort d’espérer. Le ‘bon sens’ voudrait qu’il parte : mais ‘à quoi bon’. L’impuissance, le ressentiment et le dégoût s’opposent plus souvent que la peur à un grand départ, à une tentative d’épanouissement.

Le film se dilue un peu autour de la bagarre. L’orientation finale est un peu improbable, avec ses parallèles christiques. Détail regrettable : si on ne nous disait pas à plusieurs reprises au début qu’Yvonne est moche, on ne s’en rendrait pas compte (elle est jouée par Michele Meritz). (72)

Les Cousins ** (France 1959) : Reprend le duo du Beau Serge (et quelques acteurs secondaires). Cette fois c’est Blain qui s’invite et Brialy le receveur – le campagnard vient à Paris. Chez les jouisseurs-branleurs, avec un exemplaire vivant comme un prince, mais aussi un beau bal de mondains hédonistes et à la marge des variétés de jeunes pédants – et aussi de vieux !

L’histoire d’une inadaptation, de sentiments et scrupules débiles, d’une grande perte de temps. La photo et la mise en scène sont typiques d’une certaine qualité d’époque, un peu plus raffinées que l’ensemble du cinéma de Chabrol à venir. Blain apporte un contraste sans lequel l’ennui l’emporterait. (58)

Entre le ciel et l’enfer *** (Japon 1963) : Un des rares Kurosawa post-Sept Samouraïs se situant un des rares dans le présent (comme auparavant Vivre et L’ange ivre). Fait partie des polars (comme Les salauds dorment en paix), versant un peu moins célébré de son œuvre.

Quasi huis-clos (dans la grande maison) pendant la première heure. Tourne alors autour du refus de payer de Gondo et de sa position (sociale et de dominant au sens large) à tenir ; il a peu de considération à côté, indifférent en dernière instance – et la raison comme ses besoins familiaux l’y autorisent, seuls des ‘grands principes’ pourraient s’opposer. La deuxième heure est centrée sur l’enquête et la capture du criminel, qui aura la parole au dernier acte, dans un face-à-face éclair avec le riche désargenté devant le rebelle damné.

Les enjeux moraux et sociétaux dominent sans trop vouloir se déclarer, laissant l’action voire l’intrigue flotter. Ces enjeux s’expriment principalement via des discussions matérialistes et relatives à la hiérarchie. Fait beaucoup de démonstrations et de mystères pour retarder l’inéluctable et l’antagonisme convenu. L’autorité tergiverse seulement pour des raisons pratiques, à cause de la pression ; le reste suit ; finalement l’édifice pesant sera effectivement ébranlé, au détail voire peut-être dans quelques consciences, mais trop vaguement pour secouer les nôtres et plus encore celles des acteurs de cette société.

D’où un aspect Hugo light, plus posé et emprunt de recul, mais sans gains en pertinence pour autant. Ce film pourrait se décliner ‘facilement’ au théâtre, mais donnerait a-priori un résultat très rigide : dialogues abondants, directs, chargés, quasiment tout passe par eux (pour l’essentiel du reste, par les acteurs). Sans musique, informatif et ‘réaliste’. Côté ravisseurs et victimes, personnages compliqués et ombrageux, lourdement ‘typés’ ou intense. Une scène en train assez audacieuse pour l’époque. (66)

Cœur de verre *** (Allemagne de l’Ouest 1976) : Herzog nous présente des pseudo exaltés de Bavière au XVIIIe, sur la pente de la religiosité délirante après que le souffleur de verre, maître de la seule activité apportant une ‘valeur ajoutée’ au village, soit mort avec son secret.

Approche en deux hémisphères : dans le village, avec la folie et l’exaltation collective ; une approche ‘cosmique’ en marge. Ce second versant vient finalement nourrir le second, en étant infiltré par un élan scientifique et en voyant le chemin pour la reprise de l’espoir et ‘la foi’ de cette petite région.

Ce film a simultanément l’apparence d’un documentaire et d’une digression mystique. Les lieux sont magnifiques mais pas spécifiquement allemands (tournage dans la forêt de Bavière, aux USA, en Irlande, en Suisse).

Les acteurs tourneraient sous hypnose, à l’exception du vacher aux prophéties apocalyptiques. Bonne bande-son, plus typique. (68)

Un baquet de sang *** (USA 1959) : Film d’horreur léger, grotesque, doucement sarcastique et satirique, signé Roger Corman. Un type falot (quoique l’acteur soit inapproprié – hiatus en tout cas sur les premiers plans), qui a tout du larbin mais avec des rêves, aspire à la reconnaissance de ses pairs (beatniks) et du monde (rempli de femmes). Dès sa première ‘réussite’ il se voit en ‘artiste’ et enfin les autres sont là pour valider, au lieu de le rabaisser.

Malgré ce protagoniste on rit mais sans grands éclats. Ce film est d’abord une curiosité où l’art du recyclage domine à tous les degrés. Il est clairement sous influence de Poe, auquel Corman s’apprête à consacrer une série de libre adaptations où défilera Vincent Price.

Nous sommes trois ans avant le carnage gore Blood Feast ; ce film-là est assez cheap et régressif, y compris dans son rapport à la violence. Les premières morts (du chat et du flic) sont stupides : le chat, déjà empaillé, le flic, vite abattu (et planqué au plafond par un avorton en panique). Le ton est à la fois ironique et enfantin à l’égard des émotions ou aspirations des personnages, y compris par rapport au milieu des laudateurs d’ ‘artistes’ et ‘créatifs’ (des jeunes, souvent toxicos ou avec du temps à perdre, qui ne conçoivent pas d’autre expression du génie). (68) 

La petite boutique des horreurs ** (USA 1960) : Assez connu grâce à la présence, pourtant mineure, de Jack Nicholson (client du dentiste ‘alternatif’) dans un de ses tous premiers rôles (sept ans avant de contribuer à The Trip comme scénariste). Mauvais goût, délurés et ‘drogués’ ; c’est un parent innocent de John Waters, encore en plein dans l’optimisme généralisé. Comédie hystérique : les appels de la plante (« feed me » de petit animal de cartoon) ; les tronches d’ahuris ; le dentiste fou. Le gore est surtout verbal et lorsqu’il est physique, c’est très pudique et artificiel (la fin avec les têtes à fleurs). Le remake est plus trivialement et ‘pulpeusement’ ‘haut-en-couleur’. (52)

Alexandra *** (Russie 2007) : Traitement indirect de la guerre par Sokourov. Centré sur une vieille de passage dans un camp militaire (en Tchétchénie) où se officie son petit-fils. Elle déambule, s’interroge sur l’état du monde présent et fait son examen de conscience. Chez les soldats et le peuple occupé, elle constate la frustration ou l’accablement de tous – il reste encore la foi ou l’habitude. (72)

Barberousse *** (Japon 1965) : Un des plus fameux Kurosawa, particulièrement respecté sur Sens Critique (influence de Torpenn, le ponte originel ?). Durée-fleuve (trois heures).

Toshiro Mifune est dans le rôle-titre du médecin « humaniste » parfait, montrant à l’occasion une forte aptitude à coller des gnons. Le film accepte l’idée d’extraire du bien dans le mal – valide les sombres raisons poussant à l’altruisme.

Deuxième partie (après l’entracte) consacrée au ré-établissement de l’ex-domestique. Quelques moments avec ‘le souffle de la mort’ rapprochent ce film de La gueule ouverte de Pialat. (72)

Dernière femme sur Terre ** (USA 1960) : Sorte de vaudeville post-apocalyptique (d’une apocalypse instantanée, 100% bis de foire). The last woman est ravissante, le style aidant. Le reste ne vaut pas grand chose : trop lent, ménageant une petite tension qui ne s’épanouit pas. Une certaine ambition anime les dialogues mais au mieux elle pousse à conclure : décidément les Hommes manquent de savoir-vivre. C’est donc un petit Corman, agréable quand même, représentant typique du ‘tout ça pour ça..’. (44)

La Créature de la mer hantée * (USA 1961) : Rempli de détails loufoques, change plusieurs fois de direction. Des incongruités vaguement relevées, des pics d’humour (avec Betsy Jones-Moreland, déjà présente dans Dernière femme sur Terre, opus de Corman sorti en 1960).

Monstre rare (une apparition éclair avant sa parade des dernières minutes) et digne d’une poupée moisie de marché aux puces. À la limite de l’amateurisme avec des tendances chaotiques – part totalement en vrille sur l’île. Pourtant c’est à la même période qu’était produit The Pit and Pendulum.

Mon premier 3/10 depuis un mois avec Chez nous et Le missionnaire. (32)

Toni ** (France 1935) : Avec des abrutis du midi (Toni est un immigré italien qui travaille auprès des autochtones) et une pauvre Marie. Tiré des notes d’un projet de roman (de Jacques Levert) et produit par Marcel Pagnol. Confirmation de mon ‘incompatibilité’ avec l’œuvre de Jean Renoir. Néanmoins j’ai eu de la sympathie pour les décors, les trois ou quatre protagonistes – et de façon générale, c’est relativement divertissant (ça se veut aimable en premier lieu puis tragique) et la grossièreté des personnages finit par les rendre intéressants. (48)

The Terror/L’Halluciné ** (USA 1963) : Anciennement traduit en ‘Le château de la terreur’. Assez malmené dans les avis/notes spectateurs, probablement car fauché et décousu. Ré-utilise les décors de films précédents de Corman (Le Corbeau et peut-être aussi La Malédiction d’Arkham) ; une pratique courante chez lui, l’hyperactivité étant à ce prix.

Typique du style Corman et d’une certaine esthétique gothique et un peu ‘folklorique’ vendue sous format ‘train fantôme’. Dégage un charme enfantin dès son excellent générique d’ouverture. Histoire alambiquée et traitement superficiel, alourdi par son programme et sa naïveté au fur et à mesure. Une sorte de film ‘de série’ à la fois exquis et régressif.

Premier film où Nicholson est en tête d’affiche ; également sa troisième apparition chez Corman (il a un petit rôle dans La boutique des horreurs de 1960) et la seconde collaboration entre Corman et Francis Ford Coppola. (62) 

Cashback ** (Royaume-Uni 2007) : Prolongement du court-métrage (2004) éponyme réalisé également par Sean Ellis. Esthétique éclectique, d’une originalité marquée par l’air du temps ; entre le romantisme post-ado deux ans après Eternal Sunshine et l’ironie tendre, à base de lourds archétypes, d’excentricités très marquées et d’une once de potache mise à distance du cœur – la poésie du protagoniste et ses grands élans restent épargnés. (54)

Les ailes du désir ** (Allemagne de l’Ouest 1987) : J’en avais vu le remake, La cité des anges, dans des conditions qui ne me permettent pas de m’en rappeler. Je n’avais pas aimé mais il pourrait fournir une expérience plus agréable que cette séance-là. Ce film, que je souhaitais voir depuis les débuts de ma cinéphilie (à cause du titre, de l’affiche et de l’étrange notoriété) – mais qui ne m’intéressait pourtant pas, ne décolle jamais. On comprend le désarroi et la blasitude de l’ange. Il y a donc un concept original et ses illustrations bout-à-bout. Le film est froid mais s’il prenait la visite de l’ange totalement ‘à chaud’ ce serait aussi stérile et non-attractif. Ambitieux et somptueux (en principe) mais aussi pompeux et assommant (dialogues, narration, propos et postures). (48) 

Du rififi chez les hommes ** (France 1955) : Adaptation d’un polar d’Auguste Le Breton, suivie de trois autres dérivés pour le grand écran et deux autres en romans. Festival de l’argot et intrusion dans les ‘bas-fonds’ et les mafias de Paris. Si ça vous plaît mais qu’à raison ça vous semble tiède, voyez plutôt Port du désir avec Gabin sorti quasiment le même jour.

Froid, poseur, besogneux, langoureux. Exilé, Jules Dassin (Démons de la liberté, Forbans de la nuit) reste un metteur en scène américain. Le fond, le scénario, sont banals, à la limite d’en devenir odieux (les personnages ‘boulets’ ou ‘faibles’ – dénigrement pas compensé par la présence de pointures en face), si tout ce manège n’était pas carrément rasant. Forcément les tentatives ‘mélo’ prennent pas. Rappelle un peu Asphalt Jungle. (46)

L’Île au trésor ** (France 1985) : De Raul Ruiz je n’avais déjà vu que L’hypothèse d’un tableau volé, au principe casse-gueule et au résultat convaincant sans être attractif pour moi. Ce film est une adaptation ouvertement autonome de L’Île au trésor de Stevenson. Le roman est cité directement une fois, le cadre et les relations ne sont plus les mêmes, l’aventure est esthétique et narrative. Atypique et audacieux, joli mais lent, trop autiste et peut-être décousu pour être pleinement intéressant. Flottant à la limite du rêve personnalisé. Farces intellectuelles ou érudites en guise de dialogues, parfois à la limite du stérile. (56)

Woyzeck ** (Allemagne de l’Ouest 1979) : Herzog se base sur la pièce inachevée de Georg Buchner (1837). Kinski s’inscrit dans un rôle plus introverti que d’habitude, plus égaré et pathétique aussi (en proie à la confusion, menacé de chuter dans la bestialité). Son personnage est un inadapté même sur les choses primaires (justifiant son cucofiage). Il se répand en laïus délirants, débuts de divagations poétiques ou énoncés ‘bon sens cryptique’.

La mise en scène tient à distance les personnages et situations. Le style est d’un théâtral atténué ou compartimenté. L’exercice tombe dans le surplace passé un certain stade, tendu genre paralysé en filant vers un dérapage final – bête et tragique, une conclusion parfaitement assortie à cette destinée.

La réduction à à peine 80 minutes paraît judicieuse – il ne semble pas y avoir énormément à proclamer ou afficher. Déjà les hauts moments dramatiques s’éternisent sans autre raison que la pose. C’est un film d’intuitions qui ne se permet, ou ne peut se permettre, de ‘grands sauts’. Pour la musique, on a pioché dans le meilleur – l’usage peut sembler décalé, car il renforce le côté aberrant du personnage, sans davantage affecter le concernant ; le lyrisme pourrait opérer en isolant la scène mais est ‘inaudible’ sinon. (62) 

La Leon * (Argentine 2007) : En noir et blanc avec quelques très beaux plans. Assez plaisant mais paresseux voire un peu crétin dans ses représentations. Le scénario est celui d’un court contemplatif de quinze minutes. Autant revoir Tropical Malady ou s’amuser avec L’inconnu du lac. (42)

Police ** (France 1985) : Le film de Pialat avec Depardieu (cinq ans après Loulou). Marceau y a moins de 19 ans, on lui ‘découvre’ un visage rond ! Plus crû et ‘bonhomme’ que le futur L.627 de Tavernier. En trois tiers : un premier d’aspect documentaire et très énergique, un dernier personnel avec la liaison entre les deux protagonistes, un intermédiaire(plus court) où l’intérêt se tasse, centré sur des situations plus récréatives ou secondaires. Pourtant quelques affaires s’y règlent ou s’accélèrent et Bonnaire gratifie Gérard et le public d’un passage nu (ses débuts, assimilée à une prostituée, peuvent déconcerter vu depuis aujourd’hui ou sans doute déjà depuis vingt ans).

Anconina avait déjà son jeu très singulier, probablement mauvais ou inapproprié ; tout ce qu’on sent face à lui, c’est qu’il dissimule avec acharnement – mais quoi ? C’est tout ce qui intrigue chez lui. Dans Itinéraire d’un enfant gâté ou La vérité si je mens, cette sorte de non-jeu ou de jeu de dupe flagrant sera plus approprié, tout en restant d’une anomalie et d’une inefficacité flagrantes. (52) 

La Cité des femmes *** (Italie 1980) : Issu du Fellini vulgaire et décadent accompli de la troisième partie de carrière. Après la première heure chez les féministes puis dans la brousse italienne, vire à la logorrhée d’images, d’aventures et de décors insolites. Maistroianni est devenu un gros bébé aliéné par les femmes (après avoir su les manipuler ou les mettre à distance dans Huit et demi).

Voyage toujours plus irréel dans les fantasmes personnels d’un homme, censés refléter des peurs et désirs propres à son genre, à la racine ou à un niveau plus actuel, face aux avancées sociales obtenues par les femmes. Quelques déviations s’y ajoutent comme lors du passage chez l’espèce de gnome avec une dégaine d’apprenti Phantom of Paradise.

Dans le même registre tentez China Blue de Russell, cinéaste dont Fellini se rapproche avec cet opus. (68)

Chronique d’une disparition * (Israël 1996) : Le premier film de Suleiman use de la caméra ‘intruse’, postée depuis la porte, la fenêtre ou l’angle opportuniste au coin de la rue, pour montrer des gens chez eux ou devant leurs petits commerces le plus souvent. Ce sont des palestiniens modestes, dans un train-train aliéné, parfois statique. Comme en marge de ce dont ils sont censés être des membres. Mais et alors ? Voilà des résidus de la civilisation, comme partout ailleurs.

Ils se robotisent à cause de ce conflit finalement plus larvé qu’effectif (vu depuis ce film), jusqu’au dernier plan où le vieux couple est affalé et indifférent devant sa télé où passe l’hymne israélien. Suleiman allonge ses symboles au lieu de chercher à ‘ajouter’. Il laisse donc de côté les possibilités en germe, comme la piste du musée et des pauvres attrapes-touristes, qu’il relie seulement à sa création pour ce qu’elle contribue à ironiser.

Un peu après la moitié, le réalisateur écrit à la machine « La conscience latente serait la Palestine » juste avant sa conférence. À l’image elle se résume en une scène avec le micro défectueux (long gag crispant), suivie par celle avec les flics pissant contre un mur. Le reste se déroulera autour de ce mec à l’air groggy et de petites poussées lyriques rabrouant l’humour malheureux. (38) 

Gémeaux *** (Argentine 2005) : Film de non-jugement (moral ou éthique) à propos de l’inceste. Donne au spectateur de multiples occasions de se ‘rincer l’œil’ – en toute innocence pour lui, avec embarras pour eux. Le frère et la sœur semblent éprouver un amour sincère, spontané et profond, qui ajoute au malaise et à la circonspection.

La réalisatrice sait montrer les non-dits et les non-sus parfois à demi-consentis.Cet amour sordide se produit au quotidien, à l’insu des parents, parfois presque sous leurs yeux. Il ne manque qu’un réveil ou quelques éléments plus crus – ou même d’avoir bien vu ce qu’on a vu.

C’est d’ailleurs par étapes que la révélation a directement lieu – en montant l’escalier puis avant de passer la porte, prenant le temps de prendre le choc comme s’il devait descendre par paliers pour être vraiment réel et vraiment compréhensible – le long d’une séquence justifiant tout ce qui a précédé pour ceux qui se seraient impatientés.

La mère parle d’inceste qu’elle soupçonne de la part du père d’Olga sur ses filles, en estimant la chose récurrente « dans certaines classes sociales » ; d’autres micro-événements peuplant le quotidien ou la télévision renvoient à la chose. Sur ce plan le film est (passivement) ironique concernant les clichés dont sont parés les pauvres – en même temps l’inceste est aussi souvent attribué à certaines catégories de riches ; cette famille-là est bourgeoise mais pas d’ascendance aristocratique évidente. (66) 

Intervention divine * (Autorité nationale palestinienne 2002) : Elia Suleiman est un palestinien qui a vécu une décennie à New York avant de se lancer au cinéma avec des soutiens européens (sa première production personnelle est Chronique d’une disparition). L’ensemble de ses réalisations sont centrées sur le vécu des palestiniens.

Dans son film le plus connu (où il s’est promu acteur principal) il évoque à nouveau l’absurde réalité des gens sous emprise du conflit et de l’occupation en Palestine. Il tartine maintenant la chose de fantasmes, ramène des images similaires, voire les duplique carrément. Du cinéma engagé allégorique sous Prozac.

Le seul fait ‘hautement significatif’ et communicable à l’ensemble des spectateurs est le passage du ballon avec Arafat (et ceux avec la fille mais ils sont déjà plus fantaisistes dans leurs visées). La photo et l’ambition dans la démonstration ne relèvent pas du discount, mais à quoi bon ? C’est un petit théâtre d’absurdistes auto-déclarés lucides sur l’abrutissement dont ils sont l’objet. L’histoire d’amour à demi-surréaliste au milieu de la grisaille est à l’image de toute la dynamique : éculée, fatiguée, même quand elle se veut forte et insolente.

Enfin ce film a son joli ronron burlesque, son humour mordant et désabusé, puis assez de symboles pour frapper l’imagination et titiller le critique. Mais la scène finale dérivée de Matrix et de la liturgie achève d’enfoncer le film dans l’auto-complaisance et la divagation ironique.

Illustration de la fraude concernant ce film en un coup-d’œil : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=45261.html (42)

Passe ton bac d’abord *** (France 1978) : Du cinéma ‘vérité’, crû mais sans théâtre ni ‘décrets’ par l’écriture, à la limite du pseudo-documentaire, sur la jeunesse et sa reproduction des schémas. Enfermement dans les cycles – sans la violence (et le focus) du Family Life de Loach. On les voit devenir des adultes obtus et perplexes comme les précédents.

La direction d’acteur laisse à désirer au départ, mais en laissant-faire, Pialat obtient de bons résultats. Peut écœurer ou saouler au début et progressivement se laisse voir avec une attention froide. Pourrait être drôle ou accablant mais est trop précis et concis pour laisser ça prendre.

Ne laisse pas tout couler comme Loulou produit deux ans plus tard, qui semblera paradoxalement ‘surfait’ dans son intérêt pour les prolos et leurs aventures. (66)

XXY ***

31 Juil

xxy argentin

4sur5  L‘hermaphrodisme a rarement été abordé au cinéma. Il y eut le français Le mystère Alexina (1985, basé sur l’histoire de Herculine Barbin au XIXe), le péruvien Both (2005). Film argentin de 2007, XXY n’a donc pas besoin d’être un film d’exception pour avoir un statut remarquable. Au-delà de cette prime au défrichage, XXY vaut pour sa finesse d’écriture, la force de son regard, l’excellence du casting et son originalité plastique. Le sujet est abordé en étant connecté à des questionnements moins spécifiques, aux défis alentours relatifs à l’adolescence et à l’identité sexuelle.

La rencontre avec Alex, la jeune intersexuée, se déroule l’été de ses 15 ans. Elle vit depuis toujours avec ses parents dans une maison isolée, entre les bois et la plage. Ses parents convoquent un spécialiste en chirurgie en mesure de régler son ambiguité (‘objective’). Celui-ci vient avec sa propre famille et Alex a l’occasion de fréquenter un jeune garçon homosexuel, premier témoin de sa différence et premier partenaire. La place à occuper pour Alex n’est pas nette, sa projection dans un genre contrariée ; avec ou sans passage au bistouri, le troisième X laissera une emprunte.

Le père d’Alex affirme d’ailleurs qu’elle ne sera probablement jamais une femme quoiqu’il arrive et s’attend à ce qu’elle n’en reste pas une (car elle apparaît bien comme une fille à ce jour). Le futur est flou et dissuasif, les sentiments d’Alex en deviennent confus, ses élans sont noyés par les contradictions et se soldent par plus de colère et de frustration tandis que les fatalités se disputent. La dureté de XXY tient à cette intensité des souffrances, à l’ampleur des répercussions de ce dérèglement caché, sur une famille qui ne sait et ne peut vivre, percevoir, se laisser-aller à la joie comme les autres.

Lucia Puenzo tire le sujet vers l’universalité, évoque aussi bien les remous de l’adolescence ou de la vie de parents, donne un aperçu par le témoignage de la façon dont se vit un intersexué post-opération. C’est sobre, cru, empathique. Les protagonistes cherchent à faire des choix, les informations qu’ils échangent, les sentiments qu’ils éprouvent, sont autant d’appuis sans solution. L’été en Uruguay est gris et pluvieux, les vacances moroses : la rage circule en vain dans ces territoires beaux mais sinistres, une chape de tristesse risque à tout moment de broyer Alex et les siens et réduire leurs gesticulations à néant.

Note globale 76

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Boys don’t cry + Tomboy + Virgin Suicids + J’ai tué ma mère + Elephant/Van Sant + Black Swan + Juno + Les Nouveaux Sauvages

Scénario & Ecriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (4), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (4)

Note arrondie de 75 à 76 suite à la mise à jour générale des notes.

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LES NOUVEAUX SAUVAGES **

27 Juil

nouveaux sauvages

3sur5  Ouragan misanthrope venu d’Argentine, Les Nouveaux Sauvages présente une poignée de personnages en plein pétage de plombs. Usés par l’injustice, la pression, l’absurdité de leurs vies ou de leurs entourages, voir par leur propre médiocrité, ils craquent et deviennent des « sauvages » ; « nouveaux » car ils sont tous lésés par les règles du jeu contemporaines et non tributaires d’une culture locale spécifique. La pureté populiste est proche mais Les Nouveaux Sauvages ne dresse pas les conclusions nécessaires, même s’il cible à la fois la bureaucratie et le capitalisme. Il ignore l’alignement idéologique et à la contemplation de constats insolubles, préfère la rage s’emparant de la victime ordinaire (l’employé assommé par la bureaucratie, la mariée humiliée, etc).

Il s’agit de l’unique fil conducteur entre les six sketches, il suffit amplement. L’approche de Damian Szifron est grossière et corrosive, la mise en scène efficace (référencée : Duel de Spielberg, la comédie italienne ‘morale’ des années 1960), visuellement vulgaire, les couleurs assez laides. Les personnages révèlent leur bestialité dans un cadre toxique, exacerbant une espèce de claustrophobie existentielle. La corruption, la mesquinerie et l’hypocrisie sont partout ; et quand tout le jeu se fait à vos dépens, que c’est pour toujours, sans compensation valable ni dignité, vous n’en êtes plus à ressasser des états d’âmes harassants ; vous êtes un damné pathétique. Ces nouveaux sauvages le sont tous, ils ont beaucoup à perdre mais leurs repères sont aussi insignifiants que leurs personnes ; comme il n’y a pas de raison d’espérer, ils font aussi bien de se lâcher.

Les Nouveaux Sauvages c’est la guerre de tous contre tous, menée par les démunis en tous genres (pauvres, asociaux, clampin intégré ou vaches à lait). Le dispositif est fort en gueule, le ton trop acide, les manières trop venimeuses, pour laisser indifférent. Le but est de faire jubiler mais il y a de quoi pousser au doute, voir à la suspicion. C’est une catharsis intelligente et impitoyable, ne grandissant personne, étalant plutôt son pessimisme anthropologique, faisant écho au dégoût de soi et de la vie en société, du monde tel qu’il évolue et de sa brutalité voilée mais profonde et impénétrable. C’est moche, trivial, caustique. Au milieu du désarroi Szifron purge les frustrations, assassine et donne dans la surenchère de poison, à l’occasion autorise quelques pics d’optimisme. Dégueulasses ou nuancés, forcément ; les sursauts de beauté s’abîment, les refoulés trouvent un peu de réconfort en prison.

Note globale 61

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Le rêve de Cassandre + Malveillance + Happiness + Seul contre tous + Motel + Les Infidèles + Creepshow

Scénario & Ecriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (3), Audace (4), Discours/Morale (3), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

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