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MINI-CRITIQUES MUBI 3

7 Avr

Une session en retard, car la 4e a déjà été publiée. Les films concernés ont été vus d’octobre à décembre 2017. Leurs notes ont été mises à jour (la limitation aux paires n’avait pas encore cours). 

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Opera Jawa * (Indonésie 2006) : Film musical décousu, volontiers loufoque voire régressif, assez mou à force de planer doucement et malgré les gueulantes. Pour les gens épuisés et réceptifs appréciant d’être dépaysés et surpris tant qu’on ne les bousculent pas.

Attention spoiler : dans les derniers moments une fille se fait planter (c’était un sous-Parapluies de Cherbourg à Java ?) ; le panneau d’avant-générique nous averti que nous venons de voir un requiem contre les violences domestiques. On retiendra plutôt ses efforts et ses effets esthétiques – si les tissus et les plages vous donnent des vapeurs, ça pourra marcher. (42)

Enfance clandestine ** (Argentine 2011) : Dans l’Argentine sous dictature des années 1970. Autour du fils d’un couple de rebelles. Fibre mielleuse, accent sur les rêves du garçon et ses privations. Les passages violents ou avec les antagonistes sérieux passent sous format BD. Apport faible au niveau politique, sans toutefois dénigrer le travail des résistants ou la résistance en elle-même. Peut séduire grâce à son prisme subjectif voire romantique, son primat aux émotions (la musique lève toutes ambiguïtés sur les intentions) et son cachet nostalgique. Seule la scène avec la grand-mère remue franchement la matière à questionnements. (52)

À nos amours * (France 1983) : En découvrant le film le plus connu et reconnu de Pialat, certaines critiques corsées que j’avais lues contre le réalisateur s’expliquent soudain. À nos amours est à la limite de l’amateurisme, racoleur sans fournir de contreparties ni même combler les attentes qu’il souhaite inspirer, tout en étant une bonne caricature de l’existentialisme merdeux à la française. Que le cinéaste ait convaincu les critiques en les intimidant devient une rumeur fortement crédible.

Le film est plein de drames surfaits, de poussées hystériques soudaines, dignes d’un Tellement vrai crasseux et laborieux. Bonnaire livre un jeu calamiteux. Pialat apparaît en se donnant un beau rôle, mais en tant que directeur d’acteurs, il semble un petit exploiteur, voire un vicieux ou un cynique – sûrement à raison, puisque le monde suit. Le recours à Klaus Nomi est aberrant. (28)

Sans Soleil *** (France 1983) : Probablement un des meilleurs films de voyage. Maelstrom d’images, sensations et réflexions fluides sans suivre de programme précis. Parfois des sentences de nature idéologique ou ‘gratuites’ – effet malheureux d’une tendance à absorber l’information vers un noyau subjectif, au lieu d’explorer de façon brute ou simplement ‘ouverte’.

Les parties en Guinée-Bissau semblent d’une moindre importance et sont intéressantes dans ce qu’elles ont d’abstrait (par opposition aux témoignages concrets). (74)

Le Retour *** (Russie 2003) : Découverte de Zvyagintsev. Montre une virtuosité qui serait peut-être vaine s’il n’y avait pas un ‘sens esthétique’ si fort. Le film reste dans le mystère, pas sur tout et pas sur l’état des enfants, mais sur ce père et ses motivations. Les émotions et surtout les passages aux actes sont refrénés, l’action ‘couverte’. Le plus jeune des deux enfants essaie la résistance passive-agressive (avec option sabotage) mais comme le reste, elle est intériorisée plutôt que mise en œuvre. Le film cherche à illustrer une tension éclatante mais toujours floue dans ce qu’elle pourrait avoir de particulier. A pu inspirer Mud. (64)

Tapage nocturne * (France 1979) : Second film de Catherine Breillat dont j’ai vu Anatomie de l’enfer. Un exemplaire d’existentialisme français verbeux et random – version féminine et plus ‘sanguine’, ça change. Histoires d’amour, de culs et de baratins. S’élève un peu par ses choix musicaux, sinon est perdu dans la glue. Ancêtre de Solange te parle ? Tout de même pas si poseur et grotesque. (28)

Elena ** (Russie 2012) : Zvyagintsev (auteur du Léviathan de 2014) fait partie des élus du moment sur Mubi, peut-être à cause de son récent Faute d’amour. Je laisse de côté Le Bannissement pour directement aller à Elena. Photo impeccable encore une fois, avec un focus plus concret – sur le quotidien et les détails. Mais s’il n’est plus tellement mystérieux, la tendance à compliquer et prendre des détours inutiles ou ralentir demeure. Beaucoup de musique de Philip Glass pour peu de drames. Plus chaleureux que l’Amour d’Haneke – par défaut, car en vérité, simplement moins courageux, pénétrant et donc moins anxiogène. (48)

Umoregi / La forêt oubliée ** (Japon 2005) : Inspiré par son amie la baleine, un trio de lycéennes forge un récit fantastique. Gentil, plein de beaux décors et parfois un peu insolite (puisqu’il y a cette forêt souterraine), mais mollasson et soit peu généreux, soit borné dans sa créativité. Rempli de nostalgie (peut-être imaginaire ou générée par la compassion pour les anciens) et d’une sensibilité exacerbée qui semble étouffer la clarté de l’expression, sans entamer un sens certain de l’organisation, de la mise en forme. De bonnes initiatives, des buts ‘nobles’. (42)

Le Filmeur * (France 2005) : Plusieurs évolutions par rapport à La Rencontre ; les protagonistes apparaissent régulièrement frontalement à l’écran (jamais ensemble) ; confectionné sur une longue durée (entre dix et onze ans) et plus éclaté, délié ; pas cantonné aux gros plans et s’autorise le mouvement, donc plus ‘normal’ a-priori. Le couple reste au centre mais partage l’affiche. Le film est parfois drôle, très aléatoire ; l’exercice sûrement généreux et parfaitement vain.

Pour les fervents et la famille de Cavalier ; pour les amateurs d’insolite ou de grosses farces peut-être (ce n’en est pas une) ; sinon, à qui s’adresse le film, à qui cherche-t-il à se rendre utile (ou divertissant, ou instructif) ? Reste l’entrée dans la réalité sensorielle d’une personne réelle ; et parfois, un intérêt plus technique ou cinéphile, puisque Cavalier nous place derrière lui en train de préparer ou d’absorber des sujets (d’actualité, de réflexions, de mise en boîte). (32)

Au hasard Balthazar ** (France 1966) : Pauvre âne dans le monde tenu par une humanité aveugle et cruelle. Un des fameux opus du réalisateur à la direction d’acteurs anti-‘naturaliste’, anti-spontanée, anti-incarnée (Pickpocket, Le diable probablement, Les dames du bois de Boulogne). Certains acteurs ne sont pas à leur place dans leur costume ; quelques-uns arrivent à communiquer de l’intensité ou sembler ‘vrais’ malgré le principe de Bresson. L’âne semble plus vif, sauf lorsqu’il est soumis à des numéros très arrêtés ou répétitifs, où il se fond dans la représentation artificielle généralisée. Parfois bien fourni dans les dialogues – avec un laïus du cynique face à la grand-mère d’Adèle. Parfois seuls les mots permettent de comprendre la gravité voire peut-être l’existence de certaines situations. (52)

Still Walking ** (Japon 2008) : De Kore-eda, réalisateur de Nobody Knows et Distance (ce dernier vu sur Mubi). Les retrouvailles annuelles d’une famille, occasion de revenir sur le deuil jamais achevé d’un fils et frère mort prématurément (Junpei). Un peu assommant avant de devenir plus intéressant. Doux, son excellent. Mère mesquine et pathétique. (58)

Le pays où rêvent les fourmis vertes *** (Australie 1984) : Fiction tournée par Herzog, avec des apparences documentaires et quelques intervenants théâtrals. Prend le parti des aborigènes, largement lésés et sans droits à l’époque. Suit le représentant de la compagnie minière chargé de leur faire abandonner une de leur terre sacrée. Non-jugement face à l’infériorité manifeste, en terme de créations et de modélisations du monde, de ces tribus ; comme Bruce Spence (le géologue) on est plutôt sensibilisés à la disparition de leur culture et de leurs traditions. La remise en cause des normes occidentales et des poursuites des ‘blancs’ provoque une espèce de sidération de basse intensité ; le cynisme légal et industriel n’échappe pas à notre conscience, mais les arguments des aborigènes restent dérisoires. La magie à laquelle ils sont attachés peut cependant happer et amener une ‘ouverture’ – qui provoquerait une remise en question (dans ce sens et pas l’inverse). (72)

Humpday * (USA 2009) : Deux bouts de lards hétéros-mâles crypto-niquent pour l’amour de l’art. Sorte de mumblecore du premier rang. Les personnages sont hystériques et multiplient les effusions – tout est motif à montrer sa beauferie d’américain neutres/bohèmes mais positif et à l’écoute. Potache et pas antipathique, pas nécessairement pertinent mais se tient, adroitement écrit. Gros postulat et gros bavardages pour peu. Reste régressif comme tous les films de son courant et dépendant de la connerie du programme – comme Shrooms pour la drogue. Reste aussi une illustration appropriée pour un bon morceau du troupeau humain, ses valeurs, ses normes, ses façons de s’illusionner, de remplir le vide, ses défis désespérants. (28)

Curling ** (Canada 2010) : Très lent et d’aspect impénétrable, mais d’une patauderie calculée, parfois théâtrale et maîtrisée. Ne sonne pas ‘gratuit’, plutôt un peu ‘alien’, mais finalement se fait bien terrasser par la léthargie. Réalisé par un documentariste québecois. La manière dont le père gère sa fille ressemble à une version soft et sans réinvention de la réalité de Canine. (52)

Level Five *** (France 1997) : Deux films s’encastrent : une anticipation de l’ère internet (avec ses rencontres et ses façons nouvelles, économiques, d’aborder le monde) et un reportage thématique sur la purge d’Okinawa. Le premier versant est assuré principalement par les monologues de Catherine Belkhodja, qui peuvent être pertinents ou régressifs (« Coco »). Le second implique images d’archives en noir et blanc avec commentaires existentiels plutôt qu’historiques ou politiques. Les méditations sur le temps et la mémoire sont une constante chez Chris Marker. (64)

La vida util * (Uruguay 2010) : Sorte de comédie pathétique (pachydermique) pas nécessairement vécue comme telle au moment du démoulage, à destination des cinéphiles, versant allègrement dans l’auto-complaisance et le masturbatoire. Noir et blanc, bavard par intermittences, avec beaucoup de pistes sonores renvoyant à des séances ‘classiques’ et de courtes citations esthétiques du muet. Dans la seconde moitié, le gardien de cinémathèque, rendu à lui-même, est ‘manifestement’ sous influence de ses souvenirs (jusqu’à danser dans un escalier).

Le physique lourd et morose de Jorge Jellinek est la seule véritable contribution en propre du film – avec son passage en classe où il déblatère sur le mensonge. Comme ce cinéphile débauché, La vida util remplit avec les fantaisies des autres et se contente de ses démonstrations fétichistes. Il n’y a quasiment rien d’autre dans sa vie et peut-être dans sa conscience (au détail trivial de service : il a rencontré une femme). Mais les joies ‘d’enfance’ du spectateur suffisent à combler cet homme et la dissertation à vide ainsi que les petits éléments relatifs aux salles obscures pourront plaire au cinéphile rigide et averti. Il y a un laïus de spécialiste sur ce qu’est le cinéma, pendant une émission radiophonique, juste avant la mise au ban des employés.

Federico Verjoj n’est pas non plus totalement irréaliste (lui ou ses sponsors) puisque la torture dure moins de 70 minutes. Sur des thèmes/configurations approchantes, essayez Dernière séance, Mary & Max, Human Centipede II. (28)

Sérail * (France 1976) : Premier film d’un scénariste (l’argentin exilé Eduardo De Gregorio, a travaillé pour Rivette et Bertolucci). Serait un prolongement de Céline et Julie vont en bateau qu’il a écrit (pour Rivette). Rappelle parfois Adolfo Arrieta, mais beaucoup plus volubile – ou à Raoul Ruiz, mais carrément plus limpide. Avec Bulle Ogier et Marie-France Pisier en occupantes mystérieuses du château convoité. Esprit de film érotique oubliant de bander. Coloré et ambitieux, mais encore un peu cheap et futile, entre la fantaisie, le théâtre et le film ‘d’initiés’ mollement décadents. A le mérite de chercher l’originalité et un langage érotique et fantastique se passant de formes explicites. (38)

Van Gogh ** (France 1991) : Les deux derniers mois du peintre, incarné par Jacques Dutronc. Pialat (aspirant peintre avant de passer à l’audiovisuel) se fait plus sobre et rigoureux, le thème et la durée attestent d’une ambition supérieure. Il rejette le ‘sensationnel’ mais aussi l’analyse des caractères pour préférer l’intimité, les moments de joies et de conflits simples. L’approche reste primaire, le ressenti déterminant, la trame décousue. Au passage, quelques dialogues excellents et des bribes sur la place d’un artiste face à la société, à sa famille et à son entourage. La photo (anormalement ‘propre’ elle aussi pour du Pialat) reste le grand atout (pour son orientation, ses objets), dans une moindre mesure les interprètes. (48)

Les petites marguerites ** (Tchécoslovaquie 1966) : Film d’inspiration surréaliste, où deux filles se mêlent à ce bas-monde de dépravation en comptant bien être assorties. Place au n’importe-quoi doux-dingue, parfois agressif et toujours au moins un peu érotique. On assiste aux plaisirs destroy de deux filles infantiles déjà abonnées à la pop’culture, en train de revivre aujourd’hui de nouvelles ‘années folles’. Le travail des effets et des couleurs est relativement neuf. Ça rappelle les opus ‘classiques’ de Godard, en plus humain et coloré, sans plus tenir à ‘l’intellect’ ; c’est d’ailleurs moins hermétique que la plupart des autres productions excentriques de la Nouvelle Vague, simplement le style prend le pas et le random est érigé en principe. Vu d’après, c’est aussi une version gentille et sans hypocrisie du Sweet Movie sorti en 1974. Ce film sait aussi entêter (par ses musiques et certaines farces appuyées) même dans le cas où on l’aurait peu aimé ou désapprouvé (comme la censure nationale de l’époque). Ça reste un album de délires de jeunes ‘folles’, pestes insipides à l’occasion, pourries par la facilité à peu près tout le temps. (48)

Le Fantôme de l’Opéra *** (USA 1925) : Première adaptation [connue] du roman homonyme de Gaston Leroux (1910), avec une star de l’époque dans le rôle-titre : Lon Chaney, que j’ai d’abord adoré dans L’Inconnu de Browning (1927). Sonorisé à l’occasion de la ressortie de 1929 (l’officieuse désormais, plus courte) ; il aurait été en couleurs mais ne reste à ce jour que des copies en noir et blanc, sauf pour la fameuse scène du bal. Le voir sans musique m’a paru profitable. Souvent théâtral, sauf au début où il est bien lent. Les images avec ou sans le masque, la version ‘crâne’ dans l’escalier et dans une moindre mesure les séquences finales, sont plutôt marquantes.

Aucune suite n’a atteint à la grandeur historique. Elles sont même plutôt des échecs voire des désastres. Les cinéphiles en tout cas n’ont jamais ‘laissé passer’. Les versions d’Argento ou de Schumacher sont peut-être diffamées – pour cause de superficialité ; mais ce premier opus est-il spécialement profond ? Il l’est seulement par rapport à la moyenne de l’époque. En terme d’intensité dramatique, il est encore audible. Pour l’intensité horrifique, c’est fatalement mais raisonnablement obsolète ; il vaut mieux parler d’épouvante et sur ce plan c’est encore convaincant, sans théorie ni mise en contexte. Dans l’ensemble c’est aussi loin d’être assommant comme peuvent l’être, malheureusement, d’autres ‘classiques’ de la décennie. (74)

Anna / Anna : Ot shesti do vosemnadtsati *** (Russie 1993) : à revoir pour finir la critique engagée (‘mini’ devenue normale). (6+)

Soleil trompeur ** (Russie 1994) : Se déroule sur une journée, avec la première heure entièrement autour de la maison puis l’après-midi au lac, avant un nouveau confinement où les tensions exultent – mais jamais pour longtemps ou pour sur-dramatiser. Beaucoup de sous-entendus relatifs aux coups de l’Histoire sur les vécus individuels. L’ère stalinienne et le grand chef lui-même, sans être entièrement idéalisés, semblent avoir de bons côtés – mais le ‘bon’ n’est pas nécessairement le bien et encore moins progressiste, concernant les femmes. Appuie aussi sur les contradictions du pouvoir et de son propre maintien. (56)

Hot thrills and warm chills * (USA 1967) : Présenté dans une sélection de « two obscure exploitation sex thrillers restored » by NWR. Sorti pendant la ‘libération sexuelle’ mais n’a pas ou plus de légitimité hors de ce contexte, où il n’avait déjà rien pour avoir du poids, hors de ses nombreux plans érotiques (au lit ou à terre pour les scènes de sexe mais sans porno, ou avec la danseuse au bar). L’approche est très triviale sinon (avec percussions cubaines monolithiques et vannes ‘tribales’), avec les trois filles dans leur salon pendant la première moitié du film, la séance entrecoupée par leurs souvenirs ‘X’ et challengée par un projet incertain (contre le ‘king of sex’ d’un bal masqué). Finalement il faut reconnaître à ce film sa générosité pour l’affichage de paires de seins, son laisser-aller pendant les scènes aguicheuses (longues, avec un montage qui ne sert jamais à cacher ou atténuer) et parfois même sa ‘recherche’ dans ce registre (car ce n’est pas que de l’étalage crû de corps dévêtus). Pour le reste, que des bavardages en noir et blanc, avec ce qui ressemble à des ajouts opportunistes et des ‘bouches-trous’ – et une post-synchro scabreuse et redondante. (32)

Urga *** (Union Soviétique 1991) : Troisième film vu de Mikhalkov, je souhaitais avant Mubi voir celui-là. L’essentiel se déroule dans la steppe en Mongolie intérieure (région du nord de la Chine). Le père de famille fera un détour en ville [dans la ‘civilisation moderne’]. Joli film mais pas générateur de réflexions ou d’enrichissements concrets. Remarquable pour les paysages et dans une moindre mesure pour son ambiance, ses sentiments. (68)

Shadows in paradise ** (Finlande 1986) : Film idéaliste, pratiquant le déni de réalité pour faire de son protagoniste un homme fort, à la mesure de ce qu’il pourrait se leurrer – ou simplement espérer s’il avait une sensibilité un minimum mature.

Ambiance fausse, théâtre mou, pour un résultat style Bresson romanesque, sans la thèse ni le propos. L’artificialité culmine dans les moments de violence (agressions du début). Nikander face à son concurrent : c’est plus ‘vivant’ mais encore faux – quoique sur le plan de la vraisemblance plutôt que sur la simple forme.

Comme toute création signée Kaurimaski celle-ci est misérabiliste, mais elle s’épanouit comme son ‘héros’ avec cette relation et les tentatives de s’échapper, de trouver du vrai, bon et beau temps. Spectacle prétentieux, menteur comme un pleurnichard agressif, mais avec un ton à lui, qui finit par plaire comme tout ce qui est entier – même quand c’est bidon. (48)

Hamlet liikemaailmassa / Hamlet goes business * (Finlande 1987) : Cinquième film de Kaurismaki, pendant des débuts très actifs. Noir et blanc, cultive son originalité, rigide mais pas forcément rigoureux, apprend et diverti au minimum (en plus la durée se rapproche de la normale, au lieu d’être très courte). L’influence de l’œuvre de Shakeaspeare paraît faible. Le réalisateur applique sa vision caricaturale, assortie à une volonté de ‘faire’ conte. Cet opus n’a pas le charme habituel car il est trop occupé à montrer des méchants, souligner leurs aspects négatifs. Note positive : les méchants se détruisent entre eux ! À voir : une mise à mort haute-en-couleur et des canards en plastique. (34)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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MINI-CRITIQUES / COURTS – MUBI 2 (2018)

8 Jan

La précédente liste concernait seulement 2017. Celle-ci ne concerne que 2018, à l’instar de nombreux autres stocks de Mini-critiques qui s’apparentent à des Bilans annuels ; il faudra probablement casser en deux ou trois pour les années suivantes. Les courts MUBI, comme les courts généraux, devraient eux se maintenir à ce rythme annuel, car j’en consulte peu.

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Sullivan’s Banks/ Sullivans Banken * (Allemagne 2000 – 36min) : Documentaire montrant la dernière série de créations de l’architecte Louis H.Sullivan. Un recueil de photos sur papier aurait suffit. Le passage en revue de ces huit banques, sous un maximum d’angles, se veut le plus neutre (objectif ?) possible, tout en suggérant une Amérique secrètement morose, blasée. Sans paroles mais pas muet, sans acteurs tout en laissant des humains au second plan. Sur Mubi, c’est le premier d’un cycle de quatre films signés Hemigholz. (42)

Le park **(France 2015 – 14min) : Traversée avec une caméra ‘mobile’ (donnant l’illusion de vue subjective) de décors de désolation, tout près de la ville, de la civilisation en vie ; sorte de cimetière des émotions. Ces gens statiques sont probablement les ’35 individus’ arrêtés par la police suite à leurs diffusions d’images – et probablement à cause du clash à la machette dévoilé en dernière partie (où les figurants ne sont pas toujours parfaitement immobiles, ce qui brise l’effort et l’effet).

La mise en scène accroche, le propos exact [sur l’image, sa pérennité supérieure] est obscur même si le thème est donné. Tourné à Casablanca. Les protagonistes parlent arabe, les voix automatiques en français. (50)

Land of my dreams *** (Portugal 2012 – 20min) : Dernier court de Yann Gonzalez avant ses Rencontres d’après minuit, avec un côté pathétique travesti. Séduisant et accompli, surtout par rapport aux productions ‘art & essai’ choisissant la fantaisie. Arrive à être ouvertement artificiel dans la direction d’acteurs sans que les deux actrices deviennent des robots ou de simples ‘diseuses’ jouant mal ou au minimum. Je suis moins client à partir du milieu et de l’histoire d’amour, tout en trouvant que c’est réussi. Les deux petites provocs gâchent la séance (l’embrassade qui ne sert à rien, la bite de sortie – elle aussi pas nécessaire et tirant plutôt vers la banalité malgré tout ‘l’apparat’). (66)

La petite vendeuse de soleil ** (Sénégal 1999 – 43min) : Moyen-métrage et dernier film de Djibril Diop Mambéty. Une fibre poétique. Cap et intrigue très ‘lax’. Pour les gens qui souhaitent danser devant un film. (48)

Fast Film *** (Autriche 2003) : Jolie initiative, jolis morceaux, montage à la hauteur des ambitions. Résultat original sans être forcément beau. Concentré sur le cinéma anglo-saxons et ses classiques (Indiana Jones compris !), éventuellement ceux plus ‘bis’ ou horrifiques. Un cinéphile peut donc se réjouir mais ne va pas apprendre ou découvrir (contrairement au profane en origamis). Cela reste un détournement remarquable, qui ne se contente pas de raconter une histoire calquée sur des archives ou extraits – il se présente davantage comme une course à l’intérieur d’une rétrospective. Romanesque et ludique, sans ironie, véritable hommage au cinéma qui refuse le formole. (66)

Rocky VI * (Finlande 1986 – 8min) : Satire de l’Amérique actuelle par le biais d’une parodie des Rocky avec Stallone. Clip en noir et blanc sans grand intérêt, avec une musique typée et énergique. Un Rocky rachitique se fait éclater par un demi-sumo russe – allez, prenez ça dans les dents ordures capitalistes ! On peut reconnaître une chose à Kaurismaki : il ne trahit pas ses opinions claires, grasses, d’insurgé gauchiste permanent. (40)

Tell me the story of all these things * (UK 2017 – 23min) : Vu en VO-St anglais. Une femme musulmane parle de son adaptation au monde, de son rôle au quotidien, de ses préjugés collants. Entrevues entrecoupées de vues de modélisation de jeu-vidéo à l’effet vieillot, de saynètes gratuites (avec des légumes en rang ou des cuissons en gros plan, pendant que l’interviewée fait la cuisine), de clics et lectures sur un site du gouvernement britannique (‘elearning.prevent’), une animation impromptue et même un extrait télévisé fort moche. Faible intérêt, foutraque, répétitif. Peut-être plus intéressant à la fin lorsque Farah parle de mariage et de sexualité, mais les plans extrêmement rapprochés et mobiles peuvent commencer à indisposer. (28)

Historytelling ** (Canada 2018 – 12min) : L’ouverture cogne avec les prophéties pessimistes ou anxieuses des enfants. La suite cafouille – il y a tromperie sur la marchandise. On voit simplement les élèves d’une classe occupés à leur exposé, puis à une sortie dans la neige pendant qu’une mémé aborigène parle héritage (au sens intime et spirituel, pas politique). Il aurait fallu davantage leur poser de questions directes, comme lors des dernières minutes. (32)

Boro in the Box ** (France 2011 – 40 min) : Un hommage de Mandico au cinéaste Walerian Borowczyk, sous forme d’abcédaire, en noir et blanc. Jusqu’au-boutiste, difficilement captivant. Notre-dame des Hormones est plus joyeux à regarder. (48)

Living Still Life ** (France 2013 – 15 min) : Plus limpide et surtout plus joli que Boro, avec un hommage à l’animation des premiers temps du cinéma. Et un de ses premiers moteurs, le fantasme de conservation de la vie à travers l’image. (62)

Le rideau cramoisi *** (France 1953 – 45min) : Adaptation d’une des six nouvelles des Diaboliques de Jules Barbey d’Aurevilly. – premier long du critique Alexandre Astruc. En voix-off (prêtée au protagoniste), sans dialogues. On ne le verra jamais dans une interaction, ou alors pas face-à-face. Va à l’essentiel contrairement à son modèle, se plonge peu et surtout ne s’étale pas dans les détails d’ambiance. Excellent pour sa mise en scène et son texte (les meilleures phrases de l’original sont reprises et reliées), moyen voire boiteux sur le fond, quoique pour de bonnes raisons : les flous de la nouvelle sont assumés en tirant le film vers le fantastique. Les inconsistances ne sautent pas nécessairement aux yeux car le flux de sentiments et d’observation nous emporte et habitue la conscience à laisser de côté tous les parasites. La partie avant la vraie rencontre reste meilleure. (68)

Les fiancés du pont Mac Donald ou Méfiez-vous des lunettes noires ** (France 1961 – 5min) : Court burlesque dont une partie apparaît dans le long Cléo de 5 à 7. Les deux sont tournés par Agnès Varda. Godard est le jeune homme dont on retire les lunettes noires pour qu’il voit la vie du bon côté. Tourné à la façon des muets, avec musique guillerette. Réunit des acteurs fameux. Mignon. (54)

Trees Down Here * (UK 2018 – 14min) : Censé aborder le Brutalisme et questionner sa place actuelle. Successions de plans hasardeux sur des bâtiments, des croquis, des bouts de nature. Avec des sons et même des lectures apathiques hors-sujet. Des trucs jolis avec et grâce aux animaux, mais pas à chaque fois. Une débilité. Co-produit par MUBI qui décidément devient suspect à mes yeux. (22)

Berliner Ballade * (France 1990 – 29min) : Un film pour les communistes tellement convaincus que leur philosophie et leurs objectifs politiques étaient les préoccupations premières lors de la réunification allemande. Image médiocre ; le niveau de la copie serait discutable même pour de l’amateur (‘neige’ sonore extrême lors de plusieurs interviews). Que de blablas anticapitalistes ronflants et de niaiseries de passifs-agressifs égocentriques drapés dans leur vertu relative (par rapport aux ‘vrais’ fautifs que sont les riches et les puissants). Les argumentaires reposent principalement sur la pleurniche et les dénonciations aussi outrancières que généralisantes.

La probable ‘verte’ intervenant à la 21e minute (Ina Merkel) a majoritairement raison (« On est très déprimés par les résultats. On avait espéré que les forces qui sont relativement à gauche de la CDU, comme le SPD et d’autres, seraient en mesure de former un gouvernement. Les résultats montrent que la population veut une intégration rapide à la RFA et pas un rapprochement progressif des deux états. Sans doute est-ce la vieille illusion de la gauche : toujours espérer que la raison va dominer le ventre, mais c’est le ventre qui domine. C’est bien Brecht qui disait : beefsteak d’abord et la morale après. Je crois qu’il y a une logique fatale dans l’évolution de l’Humanité qui est de se détruire elle-même : ça se voit dans la marche vers la catastrophe écologique et dans l’incapacité à avoir des rapports normaux avec le tiers-monde. Je crois que l’Humanité va suivre cette logique, je ne crois plus à l’espoir des générations futures. »). (30)

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Mini-critiques Courts MUBI : 3-2019, 1-2017

Mini-critiques MUBI : 4-2018, 3, 2, 1

Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Courts 2, 1

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MINI-CRITIQUES MUBI 4 (2018)

7 Jan

Première publication impliquant une année entière – probablement à renouveler. La 3e édition des MNC Mubi diffusée plus tard.

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Irma Vep * (France 1996) : Enfin un film signé Assayas, mais c’est du cinéma nombriliste et peut-être pseudo-satirique des gens du métier – ceux de Paris, petits mais artistes (et vivant comme des bourgeois indolents). Séance chaotique et opportuniste, à la limite d’un voyeurisme peu alléchant pour les non-initiés/convertis (dont je suis). Replace carrément des extraits de la création de Feuillade. Certains moments ou interprètes peuvent attirer le dégoût ou la sympathie, d’une façon froide et molle. (38)

Petit Dieter doit voler ** (Allemagne 1998) : Un documentaire d’Herzog sur un type théâtral (dans les archives aussi) et excentrique en public, pilote de l’armée américaine dans le conflit avec le Viet-Nam. Dieter Dengler raconte ses expériences de façon très expressive – quelquefois, le film digresse en musique. Cette approche devient assommante, pleine de détails et d’annotations, presque impétueuse en apparence, mais elle transmet relativement peu. La matière d’un simple reportage manque et ce qui se trouve ici semble plutôt adapté à l’écrit. La formule est similaire à celle des autres opus mais donne cette fois un résultat surchargé et éparpillé. Trop de pouvoir est accordé à la parole d’un homme et à ses démonstrations manuelles. Les décors, même asiatiques, sont peu mis à contribution, ou alors à la marge du propos principal – ou en tant que supports inadéquats, inertes.

Cela reste un documentaire unique, presque étrange, inspirant de la suspicion (et de la joie) là où il est plutôt censé produire de la compassion et des sentiments éventuellement tristes mais nobles. L’hommage et le goût du luxe et de la ‘grandeur’ sont plausibles si on jauge le film, ses images, littéralement, mais ils semblent absurdes comme le seraient des œuvres de commande irréprochables et artificielles. Un certain optimisme, a-priori aberrant, se dégage par-dessus tout – il relève d’une envie, ou même d’un instinct, de prendre la vie comme un cadeau, avec son lot d’opportunités et d’anecdotes à parcourir.

À la 48e minute, nous montre comment défaire des menottes. (58)

Les Ailes de l’espoir *** (Allemagne 2000) : Cet opus forme un diptyque avec le précédent ; il suit également un survivant, en repassant sur certains lieux des incidents. Il s’agit de la seule rescapée d’un crash survenu en 1971 dans la jungle péruvienne (elle a survécu en étant éjectée à très haute altitude).

Juliane Koepke (présentée sous son nom de jeune fille, à sa demande) rapporte son expérience et ses impressions avec exactitude. Le goût de la connaissance semble l’avoir aidée à surmonter sa douleur. Le traumatisme n’est peut-être pas dissipé mais au moins il est tenu en laisse.

Ce documentaire pour la télévision donne aussi l’occasion d’approcher la jungle, passer en revue des vérités et contre-vérités, visiter rapidement plusieurs petites créatures peuplant le quotidien de la scientifique (elle a poursuivi l’œuvre de son père, biologiste avec une base établie dans la forêt).

Un film a été tiré de son aventure dans la jungle – il est humilié dans celui-ci. (72)

The White Diamond ** (Allemagne 2004) : Dernier opus du cycle Herzog (qui s’arrête juste avant Rescue Dawn, vu quelques heures plus tôt à la télé). L’âge de l’auto-parodie est arrivé – pas étonnant qu’Herzog se soit recyclé ensuite (films de fiction et documentaires pas centrés sur un ou des hommes). De belles séquences près des chutes d’eaux ou avec les lézards. Parmi les nombreuses digressions, quelques-unes où un chaman modéré fait la morale et d’autres plus sensorielles, picturales, ou même à proximité du clip. Séance un peu absurde, inutile, planante et émotionnelle selon les moments, avec du charme. (46)

Blue Collar *** (USA 1978) : Premier film tourné par Schrader, dont j’admire plusieurs œuvres (American Gigolo, Hardcore). Même ses opus mineurs ou ‘ratés’ valent le détour (Étrange séduction, The Canyons). Celui-ci raconte une affaire de crime et de corruption autour d’un syndicat, avec un trio d’ouvriers de Detroit. Techniquement le film est irréprochable et des plus agréables. L’histoire est puissante et banale, la narration sans fioritures. Les personnages sont cyniques mais réalistes, Zeke est un pur voyou sans être accablé (trop guignol pour être forcément antipathique).

‘Ils nous divisent entre noir et blancs, vieux et jeunes, pour nous garder à la même place’ (approximativement) : ressort cette phrase (lancée par Smokey) pour conclure la séance. Ce n’est pas absolument juste, fait l’impasse sur les comportements et les choix individuels, puis surtout semble vouloir attribuer la corruption à un contexte ou des acteurs particuliers. Ça reste juste dans la mesure où du point de vue d’un ‘blue collar’ c’est ce qui se passe. Le patron du syndicat, lorsqu’il doit convaincre Zeke, sort le parfait discours de collabo social-démocrate. (82)

Cat People *** (USA 1982) : ‘Remake’ très libre, proche du nanar ou de la fantaisie impossible, où la mise en scène arrive à faire tenir le manège – y croire ne dépend plus d’elle. Cousin du film coupé de Barker (Cabal) et de La Mouche de Cronenberg, avec son amour inter-espèces ou entre humains et espèces mixtes. Sensualiste, divagations sur leur race atypique, élans érotiques ou romantiques. Des actions infondées au service de séquences oniriques ou du moins bifurquant fortement – avec une ‘aura’ commune au Phenomena d’Argento pendant quelques instants. (66)

Le Poison/The Lost Weekend *** (USA 1945) : Tourné un an après Assurance sur la mort par Billy Wilder et salué par quatre Oscars. Sur l’alcoolisme d’un soit-disant trentenaire interprété par Ray Milland, 40 ans à l’époque. Le film tend à universaliser le souci du malade et de son entourage. Il est partagé entre un certain vernis mielleux, théâtral (pour l’histoire immédiate) et une approche sombre et réaliste de l’alcoolisme, proche du catalogue de la grande descente. Les symptômes s’accumulent : la vie organisée autour du produit, l’acharnement et les semblants de justification ou de rationalisation existentielles, les complaintes et l’agressivité d’un type à la dérive, repoussant les gens mais dépendant, le déni aberrant lorsqu’il est pris en faute. Le passé reste obscur, les raisons de la cuite compulsive très générales. Après une demi-heure le public a droit à quelques flash-back, ramenant à la rencontre avec la femme (vue aux côtés du frère au début, son autre ‘tuteur’) : au milieu du film, il officialise – venu à l’alcool suite à des aspirations déçues d’écrivain. La morbidité culmine avec le delirium tremens (avec hallucinations) des autres puis de lui-même. L’issue est heureuse avec ‘restauration narcissique’ pour l’égoïste dont nous ne saurons pas qui il est vraiment. (64)

La Route semée d’étoiles ** (USA 1944) : Mielleux, distingué, étiré à l’excès sur certaines séquences, surchargé de dialogues, passages musicaux chaleureux, photo et décors ‘irréprochables’. Going My Way est bien ‘ravi de la crèche’ mais difficile à suivre en ce qui me concerne. Je préfère de très loin The Naked Kiss/Police spéciale ou Assurance sur la mort. (52)

La Soledad * (Venezuela 2016) : La photo et l’aspect sont clean, la place des décors naturels plaisante, les acteurs opérationnels. Un tel réalisme est agréable. Mais les ambitions déclarées du film ne sont pas comblées. Même comme témoignage particulier il est plus que flottant. Ses illustrations n’ont pas de valeur sociale ou informative, sauf peut-être des choses isolées comme le rayon de supermarché vide, dont l’exposition n’est pas encore un propos en soi. La subjectivité est heureusement un peu ‘remplie’ grâce aux qualités de ‘film contemplatif’. La Soledad sait trouver ce qu’il y a de joli dans cette vie, ces bouts de société, ces moments qui ne comptent que pour une personne. Ça se laisse défiler. (36)

Serial Mother *** (USA 1994) : Un film de la période ‘sage’ de John Waters, sur la bienséance pervertie et sur une femme masquée (à la fois par sincérité et par nécessité – une manipulatrice colérique et compulsive sous le vernis de la ménagère). Cynique et déjanté, imprévisible, style ‘normal’ et pimpant détourné, souvent au bord du film d’horreur. Trop léger pour déranger même quand objectivement il y a de quoi. Kathleen Turner est géniale comme toujours et ressemble à une Bree Van De Kamp anticipée, avec un côté psychopathe facétieux. La gestion du procès met en évidence les vices et l’aliénation largement partagés (la société et son jugement écrasant mais superficiel, la foi dans les apparences), mais aussi la perméabilité des gens, avec ou sans le troupeau. (76)

Trouble Every Day ** (2001) : Mêle la sensualité au cannibalisme dans un contexte non-exotique. Maîtrisé, lent, délicat, téméraire, contient des moments pénibles, scénario minimaliste (comme les ‘vibrations’ de Vincent Gallo et son pire entourage). Écœurant ou même choquant plutôt que poignant (mais les aventures de Béatrice Dalle sont difficilement émouvantes, quelque soit son rôle). Pas percutant sur le plan de l’intimité dérangée, du moins pas à un niveau profond, où il donnerait la sensation d’entrer dans la normalité d’anormaux – on reste extérieurs, bercés ou pris à témoin (ce qui ne suffit pas à atténuer ou nier le caractère subversif de ce que nous avons à l’écran). La mélancolie sert de tampon – tout le monde y participe ou la traverse. Un film d’horreur cliché mais bien troussé a davantage vocation à ‘prendre le taureau par les cornes’ mais peu creuseront davantage. Excellente bande originale spécialement composée par Tindersticks. (62)

Polluting Paradise / Der mull im garten eden ** (Allemagne 2012) : Documentaire sur l’implantation d’une décharge dans un village turc et la lutte des locaux contre ce gâchis. Belle intention, bonne immersion (vie du village au sens large), mais décousu, plein de superflus voire de ‘pertes’. C’était plutôt un témoignage random (techniquement rigoureux) qu’un vrai documentaire. Cette approche est peut-être meilleure d’un point de vue militant, sauf pour conquérir un public indifférent a-priori. (52)

Marketa Lazarova ** (Tchécoslovaquie 1967) : Splendide, mais pas pédagogue pour présenter ses histoires. Le spectateur peut apprécier la réussite technique, les paysages, l’organisation de ce Moyen-Age reconstitué. Le plus mystique (ou aspirant et même laïc) pourra se sentir porté et touché par cette lutte entre paganisme et christianisme, instincts libres et culpabilité – lutte intérieure en plus de celle des représentants attitrés. Verhoeven reste préférable même quand l’aspect est plus cheap. (62)

All I Desire ** (USA 1953) : Opus du basculement ou pré-basculement pour Douglas Sirk. Sa série de mélodrames fameux commence ici, si ce n’est avec Le secret magnifique un an plus tard. Mais ce film-là, malgré sa superbe plastique et un bon potentiel sympathie, tend à s’enfoncer, avec une histoire pataude (et légèrement rocambolesque) et des personnages rectilignes. Celui de Barbara Stanwyck (Assurance sur la mort) lui-même se banalise très vite, mais il garde de la prestance grâce à l’interprétation et une moindre grossièreté – puis reprend franchement des couleurs dans la crise. La domestique/cuisinière est plus ‘en 2d’ que la moyenne des rôles avec sa fonction, mais tout aussi banale en principe. À essayer quand même, ce sera à peine 80 minutes de perdues au pire. (56)

L’hirondelle d’or ** (Hong Kong 1966) : Serait un des films d’arts martiaux ‘de référence’ et est un emblème du wu xia pian (le film de sabre chinois dont Tsui Hark a été le grand continuateur). Un peu grotesque/fantaisiste et remplis de gadgets sonores comme le sont bien d’autres. Belles couleurs même en intérieur ou en studios contrairement à eux. Avec l’existence d’une héroïne (première du genre) et la violence très cynique, c’est probablement ce qui l’a élevé. Il est paradoxalement plus accessible, généraliste. Casting de cabotins et nullité psychologique (voire au niveau de la cohérence, sans que ce soit un film activement bouffon). (58)

My name is Hallam Foe *** (UK 2007) : Billy Elliott (Jamie Bell) est maintenant en fin d’adolescence et a quelques habitudes et motivations inadaptées. Signé David MacKenzie avant tous ses films largement connus (Perfect Sense, Les poings sur les murs puis Comancheria). La bande-son a été récompensée et très appréciée, je l’ai à peine relevée. Sur la quête de la mère, voyez aussi Breakfast on Pluto. (72)

Comic Book Confidential ** (USA 1989) : Documentaire sur la BD nord-américaine et ses plus illustres ou populaires représentants depuis les années 1930. On rencontre Captain America puis Fritz the cat puis Maus et leurs créateurs, plonge dans les Mad (années 1950). Zippy m’a donné envie. Mise en scène éclectique au début (narration aussi), mouvementée côté sonore, avec des arrangements pour les initiés (ordre de présentation, références discrètes). Le plus intéressant pourrait être ces vidéos anti-comics de l’époque. (62)

Fando et Lis ** (1968) : Les débuts du cinéma de Jodorowsky. Plaisant à regarder mais sans grande vérité. (58)

La solitude des nombres premiers *** (2011) : Mystification légère, vaine si on attend du scénario, porteuse pour le style et l’ambiance, au sens complet – elle rapproche des personnages et de leur timidité ou confusion. Ils sont introvertis plus que traumatisés, mais à cause de cette inclinaison se trouvent livrés à des troubles de l’esprit ou du comportement. Leurs expériences, même dures, auraient eu d’autres effets s’ils n’étaient pas de nature si repliée (apparemment inerte) – peut-être si profonds, mais pas si ‘saillants’. (68)

The Times of Harvey Milk ** (USA 1984) : Documentaire sur le premier activiste ouvertement gay aux États-Unis (à l’étrange sourire perpétuel). Il était, sous le mandat de Carter (qui aurait préféré ne pas être pris en photo avec un homosexuel !), au centre d’une montée de la visibilité et des droits ‘gay’ à San Francisco, avec en contrepartie des crispations et de l’homophobie. En accord total avec son sujet, se montre très emphatique (la musique prend parfois une tournure religieuse), cautionne certaines niaiseries des intervenants et les émeutes suivant la peine légère de Dan White. Le dernier tiers concerne les suites de son assassinat et l’ensemble est intelligemment manié et agencé. On ne montre jamais Harvey Milk pour lui-même, il est toujours dans son environnement ; par contre les banalités et expériences des intervenants face caméra prennent beaucoup de place. (58)

Réussir sa vie ** (France 2012) : Premier long-métrage de Benoît Forgeard, qui y inclut trois de ses courts passés. Pratique radicalement l’absurde, la mise à distance, la désarticulation, le sarcasme froid, recoure au cheap flagrant (casting compris). Style ‘robotique’ vite saoulant dans le premier segment (avec Tanguy Pastureau), une fois qu’on a finit de ricaner ‘avec’ le film. Ceux avec Sylvain Dieuaide sont davantage dramatisés (en mec groggy pressé d’être vivant et animé, sans espoir d’y parvenir vu le monde encore plus aberrant que lui), le plus drôle reste le réalisateur lui-même avec ses quelques interventions brisant le 4e mur ou la partie à l’université. Gaz de France est une réussite pimpante quoiqu’un peu chiante si on accepte le ‘cadre’ de ce prédécesseur. (48)

Mourir à trente ans ** (France 1982) : Romain Goupil revient sur son engagement militant et rend hommage à Michel Recanati (son camarade de lutte entre 1967 et 1971), le mort à trente ans, le « coincé » de la bande (sérieux, tourné vers la pureté de l’action et des idées). Le film utilise des images d’archives en abondance, quelques témoignages et des images enregistrées par Goupil déjà réalisateur, en roue libre et avec une sensibilité certaine (et une saynète de castagne sinon viol sur nonnes).

Goupil se montre un peu auto-critique, sceptique ou repenti sur quelques points. Il reproche à lui et à ses camarades d’avoir été trop naïfs ou trop bornés (« en bon bolchevique, j’appliquais la ligne »). Désenchantement rampant – émotion sans doute bourgeoise, mais cela fait partie des angles morts et des nombreux objets de complaisance de Goupil et sa clique.

Efficace et assez inventif dans sa mise en scène, fade dans la seconde moitié, utilise des musiques nobles. On ‘découvre’ que ces gens étaient pour la plupart, quand ils n’étaient pas juste gavés par l’expérience ou heureux de baiser, des jeunes cons croyant avoir tout compris, incarner la vérité révolutionnaire ou le meilleur de l’Humanité, etc. Le reste, ce ne serait que des imbéciles, y compris les profs qui se prétendent de gauche et ne le sont pas en pratique (sûrement oui). Les adultes ont encore ce côté pénible des transgresseurs de conforts.

En même temps, le rejet d’une société figée, de « l’ordre moral » est légitime pour cette époque, l’usage abusif du terme « fasciste » l’est même par rapport à la nôtre, en tout cas du point de vue traditionnel, avec la société militarisée. Film salué à Cannes et aux Césars en 1982-83. Voyez aussi Il est mort après la guerre d’Oshima. (46)

Écrit sur du vent ** (USA 1956) : Très joli, mais complètement soap et superficiel par rapport aux autres vus du même réalisateur (Mirage de la vie, Le secret magnifique, Le temps d’aimer, Tout ce que le ciel permet) même les très sucrés et bien que celui-ci relève parfois du thriller. La mise en scène atteint quelques sommets, le scénario et plus encore le suspense approchent le néant. L’émotion, soit probablement le plus important, ne m’a pas atteint. (58)

La guerre des espions ** (Japon 1965) : Film de samouraïs refoulant la partie sabre et combats, malgré quelques passages crus, pour se concentrer sur le milieu des espions (et pas l’espionnage en lui-même). Chargé en dialogues, intrigues, reproches et complots entre les nombreux personnages. La mise en scène se permet quelques accélérés et sautillements, le style est à la fois sérieux et léger. Difficile d’accrocher. Beaux décors. (48)

Demain est un autre jour ** (USA 1956) : Plaisant au départ, mais piétine en plus d’être parfaitement convenu. Toujours beau malgré le noir et blanc. (58)

Rébellion *** (Japon 1967) : Froid, démonstratif, un film de Kobayashi (Kwaidan, Harakiri) où on parle énormément (pour appuyer essentiellement). Moins embrouillé et plombant que La guerre des espions, avec comme chez lui, des intrigues de personnes ou agents et mise en cause du système servi jusqu’ici. (66)

La ronde de l’aube ** (USA 1958) : En 1932 à La Nouvelle-Orléans. Tiré de Faulkner. The Tarnished Angels a pu inspirer marginalement Wonder Wheel de Woody Allen (débuts). Roy Hudson n’est pas à son meilleur, ni très bien servi, ni très bien employé. Les scènes d’action et les coups de sang sont le plus concluant. 8000e note sur SC. (56)

Le moineau ** (Égypte 1974) : Situé à l’aube de la guerre des Six jours, du point de vue égyptien. Je ne suis probablement pas taillé pour recevoir et apprécier un tel film et son contexte. J’étais curieux au départ puis j’ai décroché : trop de va-et-vient entre les situations, trop de dialogues et de personnages. Le film (Al-Asfour en VO) devait avoir des qualités de reportage (ou de ‘journal’) en gardant la vitalité permise par une fiction libre, mais ses ambitions se perdent, sa démonstration (de l’état social, des relations et des nécessités chez ces gens) s’englue. Le propos anti-corruption et l’expérience du héros (effectivement positif) traverse souvent davantage qu’il ne canalise l’ensemble. Quelques micro-débats sur l’ordinateur et ses vertus pour l’Égypte future. (48)

Night Tide / Marée nocturne ** (USA 1963) : Une série B avec le jeune Dennis Hopper épris d’une sirène. Très joli couple pour une fantaisie romantique mollassonne. Issue et révélations tragiques. Quelques plans sublimes avec Linda Lawson. Un « BYNWR » (Winding Refn) sur Mubi. La forme de l’eau reste largement plus plaisant. (52)

Le retour de l’enfant prodigue ** (Égypte 1976) : Explosion d’une famille bourgeoise. Comme dans Le moineau, de façon symbolique plus achevée et de manière plus explicite, le particulier doit représenter le ‘général’ des égyptiens et des arabes, vus par Chahine. Réunion de révoltés repentis ou fatigués avec des conservateurs chamboulés ou des apathiques sous tension. Ensemble assez chaotique, d’où ne sort que la joie des jeunes et leur scepticisme envers les ‘repères’, sans rien de bien constructif ne serait-ce que dans une éventuelle critique. Des libertaires/hippies-doudou ont donc passé la Méditerranée. Quelques passages en chanson. Piaillant plus que vivant. (38)

Les fruits de la passion ** (Japon 1981) : Un film avec Kinski chevauchant Dombasle, relevant en grande partie de l’érotisme et en petite de la comédie. Vaguement romantique et assez pauvre en intrigue comme en développements. Accroche par anecdotes. (52)

Tu imagines Robinson * (France 1968) : Pour les amateurs de Malick ouverts aux bavardages (textes de Jean Thibaudeau). Réalisé en 1967, projeté au festival de Trieste en 1968, à Cannes en mai 1970. Peu d’informations sur ce film, mais à chaque fois vous trouverez « fable utopiste » : les dossiers de presse sont donc une religion, car pour ma part l’utopie n’est pas flagrante. Le vœu utopique, oui, mais qui se heurte aux dures réalités de la solitude extrême (comme dans Into the Wild) et plus encore se noie dans la méditation et la poésie. Mieux vaut voir La tortue rouge ou Seul au monde. Merci à la lumière naturelle et à la tourterelle pour leurs contributions, les seules qui embellissent et donnent une saveur concrète à cet essai hippie individualiste sérieux et lettré. (28)

Riff-raff * (UK 1991) : Comédie dramatique souvent peu drôle et sur-dramatisée ponctuellement, comme pour aligner des exercices d’acteurs, ou cumuler des scènes émotionnelles. Ken Loach a fait moins brouillon et ras-du-bitume, même en se servant d’une affaire pittoresque pour soutenir sa peinture des rapports de force sociaux. Pas déplaisant mais futile, prend ses personnages avec complaisance et sans profondeur – sauf à la rigueur ceux qui sont tournés en dérision et ‘l’artiste’ jouée par Emer Mccourt. Démonstratif, prévisible et ‘nain’ pour tout ce qui relève des malheurs, douleurs, cicatrices, de la classe ouvrière. Quelques phrases tranchantes ou seulement fortement politisées claquent pour relever le tout. A encore le mérite de chercher le réalisme et de filmer des paysages, situations, traversées par des gens ordinaires – mais est-ce tellement un mérite ? On pourra en dire qu’il dénonce le manque de respect des normes de sécurité sur les chantiers.. (38)

Journal d’un voleur de shinjuku * (Japon 1969) : Titre inspiré de Jean Genet – indiqué à l’intérieur du film (qui certaines lectures en français). Par le réalisateur de Furyo, Tabou et L’empire des sens, tous à venir après. Manifestement dans l’ivresse de l’époque ; remarquable car c’est au Japon, dans l’absolu ça reste pauvre et brouillon. L’essentiel du film repose sur des laïus en groupe (souvent avec des experts improvisés) ou des extraits de tentatives, plutôt piteuses, à deux. Un poète à guitare passe régulièrement, nous aurons aussi droit à des bouts de spectacles – mais jamais le fond n’est champêtre ou ‘néo-rural’ (tournage à Tokyo en 1968). Il n’y a que des jeunes et leur entourage, avec l’envie ou la direction vers un mai68/mini-Woodstock, sans avoir les opportunités (sauf générée ad hoc, à leur échelle individuelle). Reste la citation de phrases, livres, auteurs subversifs. Les antiquaires de la libération sexuelle pourront apprécier mais eux aussi risquent de devoir se forcer. Un ancêtre (relativement propre et intellectuel) des déjections japonaises où la pression est violemment relâchée, plutôt qu’un essai respectable. J’ai pourtant aimé Il est mort après la guerre du même réalisateur et, sans rapport avec ce fait, j’étais enthousiaste au début de la séance (puis suis vite passé à l’indifférence). (32)

Vietnam année du cochon ** (USA 1968) : Documentaire tâchant de montrer les raisons de la guerre au Viet-Nam, en reprenant l’Histoire locale et celle partagée avec les USA depuis les années 1930. Évoque aussi la colonisation française. Principalement des images d’archives et d’interviews ou conférences de presse.

Il estime ainsi montrer en quoi la guerre en cours comme son dénouement tragique à venir pour les USA sont inéluctables. Il ne fut pas censuré à sa sortie mais objet de menaces et de vifs rejets. Il a aussi été nommé aux Oscars dans la catégorie documentaire et reste aujourd’hui présenté comme le premier documentaire américain sur le sujet.

Malgré ses qualités de mise en scène et ses images précieuses (quoique celles sur le terrain restent rares et sont toujours sensationnelles/extraordinaires) ce film est aussi trop partisan pour être accueilli sans réserves (le réalisateur est obnubilé par Ho Chi Minh et admiratif du camp ennemi de son pays). Un film discrètement partial, exclusivement à charge [contre son propre pays] et à plus forte raison un pamphlet déguisé, dans ces circonstances, lorsqu’on manipule les éléments de vérité et alors qu’ils sont rares ou controversés, n’est pas la meilleure chose à délivrer (même si le pamphlet ou la propagande sont modérés ou équilibrés). (58)

Shanghai / The Shanghai Gesture * (USA 1941) : Où Josef von Sternberg emploie son fétiche Dietrich dans un costume chaînon manquant entre la tradition asiatique et la reine de Star Wars. Elle fait partie d’une petite grappe de trois femmes ‘assertives’, dont Gene Tierney ‘sublimée’ au point de s’affadir (sauf quand elle mime très fort le caprice et la douleur) et une autre au style vulgaire.

Vision poisseuse et accusatrice – les femmes sont mauvaises par nécessité, les hommes sont fourbes, les occidentaux des arrivistes sans scrupule. Pour moi, c’est trop cosmopolite, trop plein de ce mélange admiration/mélancolie/’critique’, trop complaisant envers les femmes. Je n’avais déjà pas accroché à Shanghai Express, mais avais trouvé remarquable L’Ange Bleu il y a dix ans, où on a de la peine pour ce prof de maths aliéné. (42)

L’attentat / The attack *** (Liban 2012) : Adaptation du roman de l’algérien Yasmina Khadra (2005). Jolie mise en scène, empathique sans déraison. Équilibré dans son approche du conflit mais pas directement politisé, ou du moins engagé. (68)

Daratt / Saison sèche ** (Tchad 2006) : Sur la relation entre un père de substitution et le jeune venu pour le tuer (la séance démarre sur une promesse de vengeance). Film sentimental sobre. D’un réalisateur tchadien lancé en 1999 et vivant en France depuis 1982. Sorti au moment de la réélection sous tension d’Idriss Déby. (58)

Le projet Nim * (UK 2011) : Ce documentaire attire pour son sujet remarquable, mais les protagonistes, la forme, le propos, la bande-son, sont repoussants et constamment réducteurs. Mise en scène pachydermique, bruyante, musiques et effets envahissants – plans courts, toujours à vouloir introduire un ton léger, ludique et complice, avec des pointes d’anxiété entre deux paliers dans le processus. Trop de détails et de parole donnée aux personnes autour de cette affaire, va pas à l’essentiel. C’est plus un film de mœurs et le catalogue d’une longue expérience collective qu’un récit scientifique (ne demandons pas un ‘rapport’).

Clairement exaspérant dès les alentours de la 20e minute, où le penchant idéologiquement zoophile ou racial-(sex)-fluid du projet est déjà transparent (même s’il ne préoccupe qu’une minorité des intervenants). L’affiche sur fond blanc digne d’une comédie et les suggestions improbables pour un documentaire sérieux (sur SC : vers The Social Network, Truman Show, Little Miss Sunshine, Eternal sunshine, AI intelligence artificielle, Shaun of the dead, Snowpiercier, etc) étaient de meilleur indicateur que le synopsis. La séance est moins pénible et plus constructive dans la seconde moitié, où elle tourne à l’étalage des limites et échecs de l’expérience et où Nim entre en contact avec les siens. De nombreux relâchements et passages à la gloire du haschich sont là pour apaiser les acteurs et spectateurs investis dans cette aventure. (26)

À moi seule ** (France 2012) : Les interprétations ne sont pas forcément brillantes, mais leurs auteurs ont des circonstances atténuantes vu l’énormité du sujet et la froideur avec laquelle il est abordé. Malgré lui, il faut avoir décidé de voir du voyeurisme pour en trouver (autre que résiduel) dans ce film. Sur ce plan il est même assez décevant, tout comme les motivations du ravisseur, qui restent inconnues, mais ne sont en tout cas pas ‘les pires’, celles d’un prédateur comme les faits divers en ont connus. Ce qui est véritablement décevant est l’absence de réponses et de certitudes ou de dévoilement sur les réels états psychologiques ou récits internes (du ravisseur comme de la captive, pendant et après la fuite). Joli essai dans tous les cas, où les humains ne réagissent pas comme dans les fantasmes (ou les émissions racoleuses), en restant crédibles même quand leur attitude est médiocre ou contre-intuitive. Mise en scène ‘blanche’ et ‘beige’, comme un téléfilm qui aurait plein de limites sur son cahier des charges. (62)

Le Fil ** (France 2010) : En Tunisie et par un réalisateur tunisien, mais production franco-belge. L’homosexualité est un délit dans ce pays du Maghreb au moment de la sortie. La mère (par Claudia Cardinale) et les réactions qu’elle provoque dopent le film, très ‘cool’ sinon. Des moments drôles (ou au moins ironiques), comme la visite de la mère chez sa cousine (et son fils sorti de la piscine) – souvent prévisibles. Musique ni géniale ni appropriée. (58)

Casa Roshell * (Mexique 2017) : Dans une communauté/un club pour transgenres et associés ou amateurs. Pseudo-documentaire avec des allures de fiction passant par la voie de l’enregistrement opportuniste et apparemment passif. L’objectif est donc atteint (des acteurs ont repris les dialogues et observations établies sur les lieux) mais on ne tire pas grand chose de la séance, sinon la familiarisation avec des banalités (propos sur les apparences, les opérations, passages avec séduction et pseudo-maris) et des sentiments ou petites intrigues ou confessions de vestiaires. J’ai préféré Les intrigues de Sylvia Couski (Arrieta). (38)

Rumble Fish / Rusty James *** (USA 1983) : Comme Only Lovers Left Alive, une grande intelligence esthétique se met au service d’un cas culturel plus lourdingue. Le fossé est beaucoup plus fort ici : le milieu est vulgaire, l’heure n’est pas à la simple complaisance mais carrément à la sublimation. La réalisation est très belle, la seule image impeccable, le noir et blanc aidant probablement. La bande-son est excellente et dans l’ensemble le meilleur tient à l’ambiance. Le scénario ne vaut pas grand-chose et sans les considérations esthétiques, la façon de poser les voix par les acteurs serait simplement ridicule dans certains cas (le grand frère en particulier). Le « film préféré de Coppola parmi toute son œuvre » [Mubi] peut laisser circonspect le cinéphile puriste ou le spectateur en attente de ‘narratif’, mais comme objet d’art il est remarquable (sans imposer de recueillement ou de ‘confusion’ au spectateur). C’est un chaînon manquant entre le clip sur 90 minutes et la comédie musicale. Même si je n’ai rien éprouvé pour les personnages (quoique décidément j’aime Nicolas Cage), je préfère ce film aux Guerriers de la nuit. (68)

White God ** (Hongrie 2014) : Sous-texte sur les minorités opprimées voire les peuples aliénés, sur la pureté raciale avec une société policière et haineuse face à ces sous-êtres nuisibles que sont les chiens. Une taxe sur les ‘bâtards’, promulguée en Hongrie en 2011, est à l’origine de ce film – basique sur le fond et dans les tours du scénario, tandis que ce qu’il organise est original. Malgré ses énormes ambitions, il apparaît assez ‘lax’, ne hiérarchise et approfondit rien. Où veut-il en venir – en termes idéologiques, de principes ou de préférences sociaux/politiques, il ne fait que montrer un axe du mal auquel se heurtent les pions blancs (la fille) ou éventuellement gris (son père, à l’usure) ; en termes de scénario, il fait du surplace quand ne se répète pas (en plus d’annoncer l’essentiel avec la scène d’ouverture). Les relations et personnages humains restent bornés à des fonctions ou des stéréotypes, avec en plus un manque de réactivité à l’occasion (notamment de la part de la gamine, dont l’intensité ou les besoins se comprennent à un niveau ‘cognitif’ seulement). La direction d’acteurs tendrait-elle à lénifier pour donner l’avantage aux chiens ? Si c’est le cas c’est réussi sans devenir caricatural ou gênant. Pour les œuvres relatives, voir Krysar (car tiré du Joueur de flûte de Hamelin), White Dog (antiracisme sous forme carpenterienne), The Plague Dogs (animation) et Les Oiseaux (Hitchcock). (54)

L’œil invisible * (Argentine 2010) : Ce qui fait l’intérêt de La mirada invisible, c’est ce système d’oppression et d’ordre extrême, où la morale a soit peu de poids dans les faits, soit n’est pas rapportée à l’écran. Elle est tout juste dans les mots des matons. Il y a une ambiance de mortification sans dogme, ni souffrance sévère ni enthousiasme. Le système semble potentiellement contesté sans que les rebelles se donnent de la peine, sans qu’ils soient rebelles hors de piques insignifiantes.

Pas sûr que le film réussisse ses effets et la transmission de son discours ou de ses interprétations de la dictature. Il prend une tournure assez triviale, avec une mort à la fin – réponse funeste à toute cette (ré)pression qui ne l’est pas moins. C’est une version très atténuée du Conformiste (ou d’un épisode de Haneke) ou très pudique et ‘quotidienne’ de Colonia. Il en reste des scènes de vulgarité décalée, les images d’un pensionnat monumental, un enrobage marmoréen et les qualités d’acteurs de Julieta Zylberberg (et d’Omar Nunez).

Les recommandations sur SC (vers La guerre est déclarée, Le Havre, des romances ou comédies dramatiques ‘bobos’) attestent d’un probable ratage ou d’un décalage entre les procédés du film et ce qu’il touche. (42)

Terra Nullius, confessions d’un mercenaire ** (Portugal 2012) : Documentaire, principalement à base d’interviews de Paulo de Figueiredo. Pastilles de quelques dizaines de secondes – le procédé dynamise modérément, évite plus largement d’aller en profondeur sur chaque réflexion ou anecdote. À la place on a droit à des sortes d’aphorismes et ‘accroches’ sur des faits vécus. Le type essaie d’embellir son rôle, se trouver une double vocation (agissait contre les lâches, pas pour l’argent – mais bien sûr ‘pas d’argent, pas de mission’). Du ‘En même temps’ mafioso. (52)

Etsuraku / Les plaisirs de la chair ** (Japon 1965) : Par Oshima onze ans avant L’empire des sens, plus blasé que subversif (par quoi il est identifié) comme à son habitude. Une sorte de conte pour adultes, au postulat improbable (le type reçoit assez d’argent pour investir, fuir, se protéger) mais où l’action du protagoniste est vraiment plus aberrante. Sa capacité à passer à côté des grandes opportunités offertes est comparable à celle de la vieille jeune dans Camille redouble. Amusant et assez virtuose dans sa façon d’être déballé, quoique la répétitivité et certaines lenteurs peuvent faire lâcher le spectateur. Optimal en tant que tragi-comédie. Mubi diffusait une version de 87 minutes, peut-être purgée ou censurée (érotisme ‘direct’ absent dans ce que j’ai vu, sauf pour des séquences à demi-psychédéliques et complètement fétichistes avec un visage extatique). (62)

Rendez-vous à Palerme ** (Allemagne 2008) : Un film récent de Wim Wenders vu sur le Mubi italien, dédié à deux cinéastes morts le même jour l’an précédent (Bergman et Antonioni). Agréable mais scénario un peu moisi et trop compassé devant ses personnages. Le protagoniste est longuement filmé dans ses transes d’artiste torturé et ses allées-et-venues de romantique viril (notamment dans la rue avec son casque plein de rock alternatif). C’est un film pour faire et se faire plaisir (le cameo de Lou Reed renforce cette impression). Première moitié centrée sur lui avant Palerme puis lors de sa prise de contact, seconde partie autour de sa relation à Jana Pallaske et de levées du mystère. La séquence finale avec Dennis the Death est hautement kitsch dans la forme comme en esprit, mais sous tous les rapports elle reste décente et porteuse – peut-être valide grâce à son ambiguïté ultime. L’histoire reste pour le moins plate et distendue, les personnages ont une ou deux grosses tendances limitatives, l’ensemble des ‘suspense’ est surfait par nous encore plus que par les auteurs. La Sicile est très calme dans l’ensemble, ce qui donne l’impression de voir un film pour ‘planeurs’ sensibles encore plus que de touriste. La mise en scène a ses originalités et même si les moyens ne sont pas toujours à la hauteur, les moments de confusion ou rêverie et les amalgames ‘expressionnistes’ sont inventifs, efficaces, souvent joliment tracés. (52)

Paysage dans le brouillard/Angelopoulos ** (Grèce 1988) : D’une lenteur rarement nécessaire ou même bénéfique à l’esthétique, dont le réalisateur a un sens évident (et brillant pour ce qui est de fabriquer du sens formel, des scènes se répondant, ou toujours assises sur un détail ou un signifiant étanche). Le sort des enfants concerne peu car on les voit toujours de loin (ou lui en tant que pleurnichard), en malheureux qu’on peut bien comprendre ou pour lesquels on saura compatir, mais avant tout par principe ou en théorie. Deux heures interminables et laissant le spectateur naviguer à vue. Traversée de bouts de paysage avec quelques étalages de désolation et d’absurde forts poseurs et sans lendemain (le type entrant pour jouer du violon par exemple). Ce qui me dérange avec ce film et tous ceux assimilables c’est d’en arriver à des constats totalement dépressifs sans nuance (autre que dans un sursaut poétique ou douloureux). Le refrain est donc connu : le monde est triste, les gens sont indifférents et n’apportent pas de soutien, etc, sur fond de parallèle avec l’Histoire plombante (d’où vient ces traditions perdues, ces peuples fatigués, ces comédiens ‘classiques’ que personne n’écoute). Dans notre cas, c’est au sens littéral et dès l’enfance qu’il n’y a pas de repères, pas de guide parentaux, sociaux, pas de ‘père’ au ciel ou sur la terre, ni de mère nourricière. Sans doute un des sales coups asséné à l’Europe par la seconde guerre mondiale. À tester pour les amateurs de road-movie franchement non-américains et si on a été réceptif à L’esprit de la ruche. Joue de son ambiguïté pour suggérer lourdement les premiers émois de la fillette – elle pourrait même s’être prostituée, mais peut-être que personne derrière ce film n’avait déterminé exactement (osé le faire consciemment, au minimum) ce que recouvraient ces et notamment cette scène bizarre. (46)

La mort en ce jardin *** (Mexique 1956) : Bunuel sous un angle inhabituel, plus typique car proche de productions américaines de l’époque (western et aventures). Les fondamentaux restent : les hommes sont turbulents, la corruption les concernent, le curé (par Michel Piccoli) est ridicule. Plaisant et jamais ennuyant, bien qu’il semble parfois naviguer à vue ou s’oublier dans les marges, les détails de personnages (notamment les ambiguïtés (bien compréhensibles) de celui de Signoret). J’ai moins aimé la deuxième partie dans la jungle, où les défauts tiennent une plus grosse part. (68)

Les nuits de Zayandeh Rud ** (Iran 1990) : Pointe initialement à 100 minutes, coupé de 37 par la censure car allait à l’encontre de l’esprit de la ‘révolution iranienne’ (fondamentaliste) ; cette version aurait elle-même été censurée, mais retrouvée en 2016. Ces deux tiers de film sont intéressantes à regarder bien que des béances soit manifestes (et que se traînent en plus deux censures sonores d’une minute chacune). Les personnages sont accablés par la transformation de la société, mais pour le père et la fille les frustrations étaient déjà là. Même s’il est courageux et intelligent, le professeur (en anthropologie) est (dans le tiers ‘avant’ révolution de 1979) d’un idéalisme voué à se gâter, avec sa préférence acharnée pour l’amour malgré sa conscience plus pragmatique de l’ordre du monde. La tendance relativiste dans ses discours tourne aussi vers la niaiserie, mais il est impossible d’être sûr des intentions et des pensées ‘vraies’ du personnage comme du film à son sujet en raison des coupes. La suite le montre en plein désarroi existentiel, pendant que Khomeyni arrive au pouvoir et la société devient islamique (jusqu’à sa salle de cours où il revient en chaise roulante).

La comédie absurde émerge avec les suicidés à l’hôpital (62)

La ville des pirates *** (Portugal 1983) : Signé Raoul Ruiz (Hypothèse du tableau volé, L’île au trésor) dix ans après son exil du Chili, un de ses opus les plus aimés, mais aussi critiqué car trop abscons. Un des films les plus ‘perchés’ que j’ai vus. Les dialogues auraient pu être partiellement sacrifiés, tant certains sont redondants ou semblent avoir une faible légitimité ou pertinence. Ils viennent à l’occasion décupler le potentiel de confusion avec une parodie, notamment à la fin avec deux spectatrices dont une impatiente, ou, peu avant, lorsque les deux adultes principaux concluent qu’ils sont là pour rien et ne rien faire (lui résiste et elle s’agitait). Mais ces petites graisses font partie d’une réussite. Pour une fois la mention ‘film onirique’ est méritée et en plus, le résultat est plaisant pour l’oeil et amusant à suivre. La personnalité multiple (plus définie et transparente plus tard dans Trois vies et une seule mort) et (de biais) la transidentité sont abordées – sans rigueur ‘scientifique’ et strictement à des fins artistiques. Les auteurs sont manifestement intéressés par la psychanalyse et la préfère au règles conventionnelles du cinéma pour forger leur mise en scène. Excellente séance à tenter au réveil. Je recommande La belle captive à ceux qui y seront sensibles. (72)

Trois vies et une seule mort *** (France 1996) : Le premier film sur quatre vu de Raoul Ruiz où les phrases sont fermées, simples, normales. Plus proche d’Hypothèse par défaut, car évite le surréalisme ou l’expérimental de L’île au trésor et de La ville des pirates. Toujours excentrique mais plus distinct : film à sketches fantaisiste avec une once d’horreurs (comme il en existe d’autres, où souvent l’horreur est plus forte), clairement franco-italien (et donc pas ‘de nulle part’). Le dernier segment affaiblit l’ensemble, le gunfight éclair au bar est trop ridicule et insensé. Mastroianni est excellent, plus à son avantage que dans La cité des femmes de Fellini. (68)

L’amour c’est gai l’amour c’est triste * (France 1971) : En quasi huis-clos dans les pièces d’un grand appartement (et sur le palier) sauf lors d’un passage au bar et à la gare, repose sur son petit nombre ‘fermé’ de personnages et des dialogues mordants – comme au théâtre. Finit par lasser à force de piétiner à tous degrés (tensions, relations, espace – même les détours à un faux événement fort près). Le dernier tiers est différent mais pas plus concluant. Au moins un foirage dans l’ordre du montage. Avec Chantal Goya, Jean-Pierre Marielle et Bernadette Lafont. (42)

Marina Abramovic : The Artist is Present ** (USA 2012) : Intégrité d’une dégénérée ; une vie artistique, comme d’autres prétendent pratiquer ou louer la ‘vie philosophique’. Elle crée des expériences extrêmes, se rend martyr, mais avec un cadre, une discipline et de façon profitable et ‘lisible’ pour elle même lorsque du temps aura passé et pour les autres.

Elle se pose en « warrior » et l’est par sa détermination masochiste. Sa dysfonctionnalité ‘canalisée’, son orientation auto-mutilatoire, ne produisent que des états d’abrutissement sublimes, des états ‘limites’ – évidemment ; et un corps affaibli, marqué par les tourments (souvent durablement, voire comme des shot définitifs). Enfin elle trouve ce qu’elle souhaitait et ce qui paraît au bout d’un travail à l’os.

Ses déclarations contiennent des détails pittoresques : « ce mélange de spiritualité et de discipline communiste a fait qui je suis » (23e min) ; l’éloge de la codéine qu’elle a découvert bien qu’elle ne prenne pas de drogue en général (au milieu).

Les intervenants (‘mâles’), généralement des collaborateurs passés ou présents, tiennent des propos pompeux et ridicules – la nullité agrémentée de petites manières et de grands mots. Leur stérilité patente jusque dans les aptitudes analytiques ne rend pas service à l’artiste – même s’ils ont pu la soutenir factuellement comme le font tous ces larbins et aspirants illuminés. (62)

Minnie and Moskowitz / Ainsi va l’amour ** (USA 1971) : Film de mœurs et de sentiments, un peu long mais sans surcharge. Rapidement exécuté et diffusé, précède Une femme sous influence. Gena Rowlands tient déjà du bipolaire, ceux qu’elles croisent ne sont pas plus posés. Je ne suis pas un bon client pour Cassevetes mais ai apprécié cet épisode, bien que mon seuil de tolérance s’effondrerait face à de[ux] tels personnages dans la réalité. Ceux qui n’adhèrent pas peuvent en tirer la drôlerie – ils seront servis lors du repas avec les mères. (58)

Locataires / Bin Jimp * (Corée du Sud 2004) : J’ai crû voir le film accompli et techniquement bon d’un cousin de Patrick Sébastien, qui serait plus sombre et romantique, mais doté de perceptions tout aussi niaises et enthousiastes. Kim Ki-Duk et lui semblent aussi avoir en commun une fibre démago, providentialiste et racoleuse. Son Locataires a le mérite de montrer la prostitution de façon libre, ni à charge ni à décharge. Parfois un air de La fièvre dans le sang croisé Blow Out à partir de cibles plus vulgaires. Le terme est souvent nul mais cette fois il faut bien l’employer, ce film est : ringard. Et pourtant il a du style et surtout le sien, facilement qualifiable de « poétique ». Il est aussi d’une tendresse singulière et sensible (comme du Besson raffiné, éthéré et l’œil mouillé), quand la musique et les gros sentiments éruptifs ne sont plus de la partie. J’ai préféré sans tellement l’aimer Coast Guard. Peut-être trop ‘émouvant’ pour que je le reçoive. Sortir du jeu Thief pour tomber sur un tel protagoniste ressemblait à un de ces ‘hasards’ magiques bien kitsch dont raffole ce film. (42)

Cape Fear/ Les nerfs à vif *** (USA 1962) : Un homme abject dont la seule méthode et motivation consiste à souiller – pour faire sentir sa force et se venger. Mitchum était parfait pour un tel rôle, après La nuit du chasseur. Peut rendre anxieux, fasciné ou provoquer un rire sombre. La rectitude de Gregory Peck n’est pas lourdingue car elle est contrariée (au contraire de sa participation dans Du silence et des ombres). (74)

Cuadecuc, vampire ** (Espagne 1970) : Essai pseudo-documentaire partant d’un supposé making-off du film Les Nuits de Dracula (El Conde Dracula) de Jess Franco. Prises de vue du tournage, avec quelques scènes du film et probablement peu de rushes. Des cotés Begotten limpide et léger. Les bruitages, peut-être présents par défaut ou par hasard dans leur majorité, peuvent devenir lassants ; un silence total aurait convenu, pour le spectateur. Les musiques (minimalistes) au contraire servent l’ambiance, généralement morbide et surtout curieuse. « Métaphore de l’action ‘vampirique’ du franquisme à l’égard du peuple espagnol » d’après les intentions [synopsis] rapportées par Mubi (qui parlait aussi des « décors naturels de Christopher Lee » – alors prudence). Se clôt sur trois minutes d’enregistrement direct de Lee lisant Dracula de Stoker. Voir La rose écorchée est évidemment plus amusant. (48)

Crossing the Line **** (UK 2006) : Documentaire emphatique, précis et bien exécuté sur un phénomène extraordinaire – et son incarnation James Dresnok. Il est le deuxième soldat américain à être passé (volontairement) en Corée du Nord. Abshier y était déjà depuis 1962, Parrish va les rejoindre ; en 1965 arrivera Jenkins. Il fait valoir son grade et provoque la fin de l’entente entre les américains, d’après Dresnok, qui garde de la rancœur envers lui. Ils sont les seuls toujours vivants au moment du tournage, les deux autres étant morts précocement (40 et 54 ans). Jenkins a quitté la Corée à l’époque du film et donc de la présidence Bush ; sans l’équipe de tournage, Dresnok n’aurait probablement rien su de ce que le double fuyard et double traître Jenkins raconte sur son compte et contre le régime qui l’a nourri (car, comme les deux fils de Dresnok aujourd’hui en 2018, cet ex-GI était un formidable instrument de propagande). De basse extraction, socialement et plus encore humainement plombés dès le départ, Dresnok estime avoir optimisées ses chances en rejoignant la Corée du Nord – et s’il peut être dur, plein de déni ou hallucinant dans ses propos, il est globalement lucide. Bien sûr les ambiguïtés pointent, le cynisme aussi – une tentative de passer chez les russes est évoquée (41′). Le réalisateur Daniel Gordon avait déjà tourné deux documentaires en Corée du Nord en 2003-04, sur des équipes sportives locales. (78)

Ucho/ L’oreille *** (Tchécoslovaquie 1970) : Le poids de la corruption et les retours de bâton pour les initiés en régime communiste soviétique. Sorti en 1990 après vingt ans de censure bien compréhensible puisqu’Ucho attaque directement le Parti communiste tchèque, pas simplement les idées. La censure n’a cependant pas été immédiate et le film a été projeté en 1970 ; en 1990-91, il sort en Tchécolosvaquie mais aussi dans le reste du monde et tourne dans plusieurs festivals, dont celui de Cannes.

Le drame conjugal s’y mêle. Climat paranoïaque pertinent, surtout dans les moments les plus actifs, parfois un peu lourd avec les plans de face pour souligner l’incertitude envers les individus. Valable aussi si vous cherchez un film représentant les effets de l’alcool (avec cette femme horrible, genre Taylor de Virginia Woolf  devenue entièrement grossière, dégueulasse et insupportable). (72)

Umbracle * (Espagne 1972) : C’est donc un cinéma de fumiste d’avant-garde – je ne poursuivrais pas (plus maintenant). Pour les meilleurs (mais toujours pénibles) moments, il faut s’imaginer Eraserhead en très lourd et volage, ce qui en principe devrait être porteur, s’avère surtout assommant et pas concluant. Comme dans Cuadecuc vampir, la bande-son est régulièrement perce-tympans (le pire est en ouverture) ou violemment irritante. Sa double vocation est probablement de nous hypnotiser et de ne pas sombrer dans la banalité confortable. La représentation du fascisme espagnol sortira grandie de cet assemblage de scènes de clowns, de déambulations mystérieuses ou répétition interminable de Christopher Lee (pas gâté par le metteur en scène au théâtre) et de déblatérations de gens de la pensée et du cinéma sur la censure. Naturellement. En plus la chose est présomptueuse, avec ses citations de courts d’Harold Lloyd, Buster Keaton et Chaplin – car le génie du muet est renouvelé ici voyez-vous ! Pour les piocheurs, amateurs d’effets décalés, de ‘poésie’ à base de mix random et de séquences interminables simulant le lâcher-prise ou la distanciation – pour aucune autre sorte de novice à l’expérimental/arts et essai mystificateur. (18)

Weekend ** (UK 2011) : Peut être vu par la grande majorité des gens, à la faveur de sa cible puisqu’ils sont tous les deux adultes et dignes (et bien que les motivations premières de la rencontre soient strictement sexuelles). Certains détails restent douteux : Glen tient du tocard, voit de la propagande ‘hétéro’ dans l’organisation de la société (c’est un pompeux naturellement) ; ils sont habillés comme des ados, surtout ce Glen. Malgré les scènes et discussions fumeuses ou enfumées, l’approche est convaincante, les personnages sont bien remplis et évoluent (sans violer le vraisemblable), le huis-clos spatial et temporel a de bons effets. (58)

Japanese Story ** (Australie 2003) : Film sentimental déguisé de prime abord en road-movie. Lent et tendance à allonger (parfois alourdir aussi, notamment les caractérisations) les choses et les scènes, plutôt agréable surtout grâce à l’emballage (bande-son, cadrages, contextes). Regardé pour Toni Collette que j’ai trouvée géniale dans Hérédité, meilleur film de l’année pour le moment (avec quelques concurrents proches comme The disaster artist ou Parvana). (56)

Le Mystère Andromède *** (USA 1971) : Se présente comme une sorte de docu-fiction, la fiction devenant plus évidente dans la deuxième heure, en restant atypique (trop froid, lent, ignore l’action). Ne donne pas assez d’éléments pour rendre la séance totalement prenante – on ne fait qu’attendre des confirmations, la levée de telle hypothèse évidente dans le registre plutôt qu’une autre – elles n’arriveront pas nécessairement. Mais l’espèce de ‘réalisme’ est plaisant et le personnage féminin, anxieux et turbulent, rend cette équipe et cette aventure un peu plus attachantes. Les explications et enchaînements de théories erronées sont plus emballantes que le suspense de fond ; les vingt dernières minutes apportent la part de franc divertissement. Par le réalisateur de La maison du diable et La mélodie du bonheur. Dans la SF, il avait déjà à son compte Le jour où la terre s’arrêta et tournera plus tard Star Trek le film. (64)

L’ombre d’un doute *** (USA 1943) : Assez bourrin à sa gentille façon au départ (avec un côté Capra), avant de s’apparenter à d’autres films (ultérieurs) sur la perte d’innocence comme La nuit du chasseur et Les nerfs à vif. Les soupçons et l’angoisse de Charlie, le cynisme et la nature progressivement révélée de son oncle, sont plus stimulants que la plupart des intrigues policières. Tout ça en fait un Hitchcock des plus intéressants. Fin expédiée comme d’habitude, mais élégante. Les actrices (la fille, la mère, la serveuse lente – la gamine est trop manifestement instrumentalisée) ont de belles partitions. Reste compassé sur le fond. (68)

Nostalgie de la lumière * (Chili 2010) : Documentaire au style lâche et à la méthode trompeuse. À voir pour les images sublimes, auxquelles la photo fait honneur. Malheureusement et contrairement aux premières apparences, le focus sera mis sur les hommes à terre. Malheureusement aussi, les commentaires ne sont pas en option – et sont assurés par un conteur sous tranxène. Sa sensibilité totale n’est qu’un parasite dans le contexte. Amener la politique là-dedans était également malvenu (le réalisateur a livré plusieurs documentaires sur les effets humains de dirigeants ou régimes d’Amérique Latine). Les interviewés n’ont l’occasion de livrer que des généralités banales, au mieux leurs sentiments qui n’avancent à rien sur la prise de conscience ou la connaissance. Pour la science, les étoiles, la terre, la politique ou même l’humain, ce film ne sert à rien. On voit simplement des astronomes et des familles disserter sur les ossements des victimes de Pinochet. Serait une arnaque sans son originalité et s’il ne donnait pas la parole à des gens concernés par ses ‘nobles’ préoccupations (indépendamment de ce qu’apporte cette parole). À 1h20 un sosie d’un des pires personnages de Didier Bourdon (Les Inconnus). (34)

Midnight Movies from the margin to the mainstream ** (USA Canada 2005) : Sur les six films emblématiques du Midnight Movies. Dans l’ordre : El Topo (considéré comme le fondateur, ce dont se réjouit Jodorowsky), Night of the Living Dead, Pink Flamingos, Tout tout de suite (sur un marginal en Jamaïque – moins connu, je n’ai pas vu), Rocky Horror Picture Show, Eraserhead – puis sur le court Asparagus. Axé sur la réception des films et dans une moindre mesure leur préparation par le créateur principal. Présentation correcte, remplit son contrat. Des intervenants pompeux, cinéastes y compris mais dans leur cas ça fait partie du paquet. (58)

Demonlover ** (France 2002) : J’aime le style elliptique et éthéré, mais l’histoire est pauvre (le scénario va même s’égarer), les personnages antipathiques. Ils se protègent et jouent trop, même d’un point de vue de spectateur. Ce n’est finalement qu’une affaire de duplicité et de concurrence, avec des ingrédients sulfureux et ‘avant-gardistes’. Elle implique le snuff-movie (via tortures de cosplay) grâce au Hellfireclub (nommé comme le tome 6 à venir de la BD Requiem chevalier vampire), mais il ne faudra pas être gourmand. Tout s’arrête quand la chose doit devenir intéressante – sans aller jusqu’à Hostel II, il y avait moyen de réactualiser Videodrome, autrement qu’en le plaçant dans l’horizon. Les adeptes de Haneke et Lynch (et de Bret Easton Ellis) pourront apprécier. (52)

Ladybird ** (UK 1994) : Si on accepte de prendre les choses à froid, voilà une femme qui ne sait que s’enfoncer, s’emballer. Le juge stigmatisant son manque « d’intelligence et de retenue » a raison. Croire qu’il ne s’agit là que de malchance serait débile ; mettre en avant le poids des déterminations est plus juste (elle s’est mise avec un homme violent [mari mais pas père violent] comme si son héritage l’avait abonné à ce style de partenaires). Néanmoins l’incapacité à se remettre en question et à s’améliorer demeure. Que le cinéaste, le spectateur, ou qui que ce soit le veuille ou non, Maggie a besoin d’être prise en main – ou abandonnée à elle-même en lui retirant les moyens de nuire à autrui, ses enfants y compris. Son nouvel amant, ce réfugié paraguayen (qui lui sera gracié par le système – légitimement), est d’une patience héroïque – elle ne saurait trouver mieux, si on est un peu cruel on peut sentir qu’elle ne le mérite pas. Ni la compassion et l’attention que nous lui accordons. Mais, contrairement à Daniel Blake, son histoire est trop sincèrement pathétique et malheureuse pour la condamner – les deux sont bornés et idiots, elle bien plus turbulente, mais trop de cicatrices et de choses hors de son contrôle l’accablent. Son inaptitude au bonheur est plus forte que ses manques et sa bêtise, pourtant déjà surélevés. (58)

Au loin s’en vont les nuages ** (Finlande 1996) : Les protagonistes ont presque tous l’air d’enfants imitant des adultes – et les imitant bien. Jolie mise en scène d’un scénario médiocre et de personnages tout aussi mous ou fantômes (Ombres au paradis avait un peu plus de relief). Musique omniprésente avec des bouts de petits concerts. Du Kaurismaki typique. (48)

Dal Profondo / From the Depths *** (Italie 2013) : Plongée dans la dernière mine de charbon active en Sardaigne. Une poignée de travailleurs pris à témoin, en priorité l’unique mineuse. Les ouvriers évoquent parfois leurs conditions de travail, l’effet sur eux (le type entré avec 1,80m s’est depuis ratatiné), les représentants politiques souvent passés ici et les multiples annonces ou débats à propos de la fermeture. Quelquefois un ressentiment légitime et superficiel se fait entendre. Belles photo et mise en scène (avec un petit côté Alien dans les moments les moins humains), sans être renversantes. Les analogies avec la mort ou la vie après la mort semblent un peu opportunistes, concluantes seulement pour donner du sens à de jolis rushes rescapés. Le rythme donne l’impression de procrastiner, avec raffinement, en se tenant à bonne distance voire carrément coupé des turbulences en gestation. Hormis la séquence des douches, ferait un bon support visuel pendant l’écoute d’un album dark ambient/black atmos. (64)

Nanking * (USA 2007) : Documentaire un peu prosaïque et verbeux à propos du massacre de Nankin. Les pseudo-témoins sont censés rendre le film plus vivant, il s’avère surtout gavant. Cette initiative et les autres marqueurs de la mise en scène (musique omniprésente, focus sur les faits sensationnels et les impressions personnelles) ont le mérite d’animer, mais n’apportent rien de spécialement pertinent. Ni d’agréable. Tout ce miel pour enrober la chose est malvenu et écœurant – c’est encore sans se placer sur le terrain éthique et sans se sentir concerné par cette histoire. (32)

Qu’il est étrange de s’appeler Federico ** (Italie 2013) : Hommage apparenté biopic partiel d’Ettore Scola à Fellini et à leur relation de travail. Nostalgique, d’une époque et d’un ami bien sûr, de leur amitié et des emballements ‘sereins’ de leur jeunesse ou de leur vie créative. Style personnel, peu concluant hors des sentiments particuliers, à réserver aux abonnés. (48)

Les 120 journées de Bottrop * (Allemagne 1997) : De l’ouvrage anarcho-gauchiasse parodiant et attaquant les normes bourgeoises et la supposée identité nationale allemande. Tout en références à Fassbender, Pasolini et à l’Histoire locale. Dégénérescences en série attribuées aux ennemis incarnant la richesse, l’autorité, le succès ou le prestige (il y a même un prétendu sosie de Stephen Hawking – et un déferlement de haine [et d’envie ?] contre Helmut Berger). Les artistes et cinéastes sont en ligne de mire – les concurrents en somme. Au moins c’est théoriquement ‘amusant’ à suivre (ça a le mérite d’être ‘sans limites’) et ça ne dure qu’une heure ; mais même avec ces conditions c’est insatisfaisant, car trop répétitif, sans jamais faire autre chose que brailler dans tous les sens. Surenchérir revient à multiplier, additionner au maximum, jamais développer ou approfondir ces outrances ou ces sujets. Des critiques d’ivrognes contre le monde du spectacle ou la tendance des humains propres sur eux à discriminer émergent. C’est le genre de choses face auxquelles on peut être indulgent au début de sa cinéphilie ou à l’époque de sa sortie, moins au-delà car c’est trop pauvre et on a eu l’occasion de le confirmer. Du trash parmi le cinéma trash, juste un peu sauvé par sa virulence extrême. (24)

Menu total * (Allemagne de l’Ouest 1986) : Le cinéma hystérique et déjanté de Schlingensief, violent et étrange, mais d’une répétitivité indécente, d’une bêtise désobligeante et pire, d’un rythme à deux de tension malgré l’agitation fiévreuse (qui a le tort d’être peu cohérente). Néanmoins c’est vraiment original. La sophistication est un peu toc mais l’effort et les effets sont présents. La mise en scène renvoie aux premiers films parlants, aux années folles et aux années 30 berlinoises, donne dans l’obscène et le blasphématoire. En quoi le nazisme et sa pénétration dans le peuple allemand sont correctement présentés reste un mystère (même si c’est lourdement déclaré – par exemple les vers pro-ubermensch du violeur de l’handicapée). Une sorte de cauchemar crédible et percutant par endroits, potable dans l’ensemble, mais qui ressemble bien souvent à des gamineries déguisées et à du recyclage (ce type ridicule à sa fenêtre en train de jouer les tribuns fascistes – il rit lui-même de sa minable performance, causée par sa minable aura qui lui interdisait dès le départ d’être raccord). Allez voir Feed, Kill Me Please et le porno Nightdreams si ça vous a plu. (28)

À travers le miroir *** (Suède 1961) : Une schizophrène cherchant du soutien, celui de Dieu et ne trouvant que des réponses autres, toxiques et méprisantes, ou l’incompréhension et l’indifférence ou la fuite masquées des hommes de sa famille. Montre la part de la négligence parentale et des secrets familiaux dans le développement de ce genre de pathologies – et d’une solitude subjective intense. Beaucoup plus accessible que les autres Bergman, sur tous les critères (sobriété, limpidité, incarnation, beaucoup de dialogues). Le premier des six films situés sur l’île où il a vécu jusqu’à sa mort, Faro. (72)

Winchester 73 ** (USA 1950) : Centré sur une lutte entre frères et le totem (ce fusil de prestige) plutôt que l’épopée et l’environnement les entourant. Déçu par ce western qui m’est apparu mou et trop détaché (même si cette ‘neutralité’ du point de vue a ses vertus, laisse place aux intrigues adultes, éjecte la niaiserie et la propagande). Repose trop sur les silences éloquents et les dialogues (alternativement). Par le réalisateur du Cid de 1961. (58)

Terror 2000 – Intensivstation Deutschland ** (Allemagne 1992) : Blasphématoire, grotesque, scabreux, enragé, extravagant – et gore comme si ça ne suffisait pas. La foire totale encadrée par une mise en scène lorgnant vers le thriller. Beaucoup plus digeste que les deux précédents vus de Schligensief (Menu total et 120 jours). Tout en restant ironique et agressif, il va au moins au bout de ses parodies – même si ça doit être cheap, cet effort change tout. Les effets sonores étranges, la bande-son souvent décontractée et parfois exaltée, renforcent l’impression d’assister à un Twin Peaks à l’état d’esprit ‘porno’ voire ‘snuff’. Une durée deux fois moindre serait profitable, en l’état il faut simplement passer par des moments de flottement ou de lassitude. Le résultat fait un peu penser à De la Iglesia mais c’est bien plus taré ! Politiquement c’est toujours aussi limpide (et crétin), Schligensief tape sur les religieux, homophobes, les variétés réacs/fascistes d’hier et amalgame l’Allemagne qu’il réprouve avec le nazisme. Le camp de réfugiés ne sert à rien sauf à les montrer au tout début et à la toute fin, en signalant l’amitié des auteurs pour ces personnes par opposition à ces allemands cinglés (pourquoi préfère-t-il les suivre plutôt que les réfugiés est une question que lui et tant de ses camarades devraient se poser). Les gens qui voient ici davantage une critique qu’une grosse farce bis sont désolants – le réalisateur en premier lieu si c’était son cas, mais je doute qu’il soit (sincèrement) ce genre d’imbéciles. Udo Kier apparaît en curé, complaisant mais hébété quand ses alliés abusent d’une jeune fille. (48)

Le Silence *** (Suède 1963) : La guerre silencieuse et en différé menée par deux sœurs l’une contre l’autre, pourtant réunies, peut-être constamment reliées – on ignore leurs rapports récurrents et leurs quotidiens respectifs, sauf pour les situations principales ou publiques. La bimbo fait payer ses vieux torts à l’intello, laquelle est trop embourbée pour faire face correctement. Admirable et certainement retenu pour sa mise en scène – car au fond l’affaire est presque triviale et l’histoire manque de morceaux saillants (le film, non). Une cruauté signée Bergman et une représentation pertinente de la solitude, de l’absence d’amour véritable et du sentiment de patauger dans l’incompréhension. (72)

Cris et Chuchotements *** (Suède 1972) : Riche en sentiments et potentiellement assez mémorable pour sa chambre rouge et blanche (et la scène suivant la mutilation). Plus accessible et plus ouvertement violent que Le Silence, au moins aussi cruel. Ne m’est pas apparu comme largement supérieur aux autres, Le septième sceau reste facilement le meilleur. La faute vient du manque de substance, de drames étoffés et concrets, comme dans Persona – dans les deux cas le style reste percutant, ici il est moins satisfaisant intellectuellement, les ellipses et les non-dits se paient davantage (une attente reste). Le malaise des femmes prend la plus grande place et fait guise de psychologie avancée – l’approche me semble subtile, délicate plutôt que profonde. On est davantage dans une annexe de la descente personnelle de Bergman exhibée via Fanny et Alexandre. (68)

La solitude du chanteur de fond * (France 1974) : N’y perdez pas votre temps si êtes froid (ou pire) concernant Yves Montand. C’est un documentaire trivial avec des moins – moins d’info, moins de ‘récit’, etc. Lui pendant ses répétitions, avec quelques incrustes éclairs de spectacles. Il chante bien voire remarquablement, est affable, mais ses points de vue sont trop mielleux – qui les a pris au sérieux ?! Enfin on apprend rien de ce qui concerne les intérêts de Montand (la situation au Chili notamment), sinon par ce qu’il nous en dit (donc effectivement rien ou à peu près). (42)

Le château ** (Autriche 1994) : Représentation à l’écran du roman de Dostoïevski (avec des lectures superposées). Gris, distant et démonstratif, hivernal, pas grand intérêt. J’ai vu une majorité des deux heures vue en silencieux (pas ou peu de musique de toutes façons, rien de significatif dans le son il m’a semblé – hormis le grésillement de la copie et le sifflement du vent), avec sous-titres évidemment. (48)

Sonate d’automne ** (Suède 1978) : Relations familiales torturées entre la haine, la tendresse, l’attachement feint ou obligé, l’estime très aléatoire et aux cibles variées selon les personnes (la mère ne respecte effectivement pas sa fille, mais elle l’estime malgré tout). Deux femmes modérément immondes et pathétiques, tâchant de cohabiter, on ne sait trop pourquoi – le devoir, la morale, ne sont pas seuls à les y contraindre ; il ‘faut’ qu’elles se retrouvent, même qu’elles se confient sincèrement entre deux niaiseries et faux dialogues. Beaucoup de parlotte nichée dans l’abondance de paroles par conséquent, avec un déluge de confessions déchirantes dans la seconde partie (quasiment ‘en direct’). (62)

Le vampire érotique / House on bare mountain * (USA 1962) : Un des nombreux ‘nudie-cutie‘ et un des vieux films restaurés dans le cadre de ‘byNWR’. Contrairement à Burning Hell, l’image est très nette et sur ce plan le film ne semble pas avoir plus de 50 ans – pour du Z c’est un destin extraordinaire. La grand-mère blonde et directrice d’école évoque des personnages féminins d’Elie Semoun. Donne davantage (à moins que je les ai oubliés) d’arguments sérieux et concrets qu’Hot thrills and warm chills, pourtant étiqueté ‘érotique’ quand celui-ci serait simplement à vertu ‘comique’ (ce qu’il honore lourdement et sans talents). Pas plus d’intérêt pour le reste, moins encore sur le plan artistique (la musique est constante et constamment insipide) ; comme il n’y a pas Divine, cette pochade ne vaut à peu près rien – mais les folies des seventies ne sont pas loin, ni celles de Corman, enfin sur les ‘principes’ complémentaires aux défilés de corps nus (les monstres, une espèce de légèreté et de potacherie typées, la décontraction totale, l’hédonisme collectif). Le dernier tiers est inutile (la tentative de poser du policier, la fête interminable). Marée Nocturne/Night Tide reste facilement le meilleur des films restaurés sous l’impulsion de Winding Refn. (26)

Scènes de la vie conjugale ** (Suède 1973) : Initialement fabriqué pour la télé, mériterait d’être retaillé pour le cinéma. Bonne représentation passive de la bêtise adulte, dans sa variante et son vernis bourgeois – de ces adultes qui sont des enfants, à l’âge du déniaisage total et pourtant encore en train de se raconter des histoires, de jouer la transgression quand il n’y en a plus voire quand il n’y en a jamais eu de sérieuse. (58)

L’affaire des divisions Morituri * (France 1985) : Gros traits potentiellement attractifs a-priori (avec ses passages vaporeux ou violents, son cadre industriel ‘underground’), style blasant, résultat plombant. Audacieux et trivial, effectivement punk mais théâtral et besogneux. Trop d’explications et de répétitions, trop de flou artistique, mais un sens esthétique flagrant, un goût assuré (probablement pour une minorité). Déclamations anti-capitalistes et anti-fascisme plus ou moins concret (en pointant ce ‘programme spécial 115’ utilisant la privation sensorielle) au milieu des baratins cryptiques. (38)

Hellzapoppin ** (USA 1941) : Une excentricité hollywoodienne et une petite sœur euphorique de Citizen Kane. Multiplie les effets rares dans les ‘blockbusters’ mais probablement moins dans les programmes forains de moindre ampleur – le cinéma a commencé avec la mise en avant de cette foultitude de trucages. (58)

De la vie des marionnettes **** (Allemagne 1980) : Beau film sur la sexualité et les relations humaines assujetties à elle. Un peu voyeur, à bon escient et sans obscénité. Quelques bouts d’une frontalité et d’une sensualité ‘libre’ inédites chez Bergman (les images troublantes du Silence ou de Cris et chuchotements n’étaient qu’accidentellement appétissantes). Seuls défauts éventuels : le film gagnerait à écourter certains monologues, au lieu de laisser un ou deux personnages diriger (l’homosexuel qui n’en finit pas de pleurnicher avec une sobriété de façade devant son miroir, diluant des propos pourtant souvent pertinents ou vraiment sincères). Les explications n’ont pas toujours besoin d’être verbalisées, le compte-rendu final paraît donc un peu candide ; en même temps ce film a le mérite de saisir son sujet avec précision, sans laisser les flottements se multiplier et chaque spectateur s’arranger avec ses projections quant à la nature des événements et des individus. Ce qui n’empêche pas ce détour chez les marionnettes humaines de se permettre des décollages dignes d’Argento (les heures nobles). (78)

Dharma Guns (La succession Starkov) * (France 2010) : Ingénieux dans le visuel – tire jusqu’à l’épuisement ou l’aberrant ses effets de mise en scène. Comme c’est un long et pas un court, j’ai finit par décrocher malgré ma bienveillance. Mon ouverture a certainement des limites que les gens de ce film ne connaissent pas. Toujours est-il que celui-ci est radicalement pédant. Le snobisme devrait être incompatible avec ‘l’esprit punk’ pourtant, mais comme tant de cultures, de sous-cultures et d’étiquettes, celle-ci doit en être une d’hypocrites et de vaniteux, acceptant toutes les contradictions dès que ‘l’identité’ s’est fait remarquer. La somme de caricatures et d’exagérations sur-appuyées sape l’originalité du film et pas seulement son rythme ni sa crédibilité. Cette élocution théâtrale n’a aucun sens, aucune pertinence – et si ces dialogues ont quelque chose à porter, je suppose qu’ils n’ont rien à communiquer (sauf éventuellement un mépris du spectateur, ou lui indiquer qu’il faut surtout négliger toute espérance de ‘contenu solide’). On ne comprend qu’à peu près le scénario et s’en fout assez rapidement (évitant ainsi d’être les seuls cons à s’y attacher ?). Le grand-frère Lost Highway, abstrait et obscur lui aussi, n’avait pas recours à ces manières auto-destructrices. Il avait aussi davantage de ressources – Dharma Guns fait de jolies choses avec ses faibles moyens. (42)

Gamer * (Ukraine 2011) : Aimable et peut-être même significatif, tant qu’on est complaisant – et celui-là ne le mérite pas beaucoup moins qu’un autre. Mis en avant car son réalisateur Oleg Sentsov a été emprisonné par le pouvoir russe en 2014. Un de ces films plongés dans le réel et relevant du reportage à la cool voire à l’aveugle. Souvent ces approches sont tempérées par un liant psychologique bien lourd (ici : regardez comme ce jeune homme perdu et banal s’enferme dans ses activités vidéo-ludiques et vit un paradis infantile à travers elles, regardez son entourage essayez de le secouer en vain), en produit le moins possible. On a que des occasions de sur-interpréter ou de ne trop rien en penser d’objectif et de particulier. C’est bien pour les gens éloignés dans le temps et l’espace, ou d’un environnement très différent dans le cas des ukrainiens ; peut-être agréable à ceux qui s’y trouveront représentés. À plusieurs reprises on voit des sessions de Quake Live, moche comparé à son ancêtre (gros pixels mis de côté). Les images éthérées font pitié. (36)

Fucking in Love ** (France 2015) : Rencontres à vocation copulatoire de la réalisatrice, française à New York. Pas inintéressant, le voyeurisme fait l’essentiel – évidemment aucun intérêt comme alternative à un porno. Certains de ces branleurs sont pires que les manuels (le sado-maso et son sosie ivre de plaisir et de contentement au point d’en devenir insipide et cela dès la première apparition où lui et la réal se rencontrent). Dans ses commentaires (la plupart en voix-off), revendique affranchissement par la poursuite crue de la sexualité, l’expression de sa part sauvage qui exclurait les femmes « du groupe », etc. (46)

7 jours à La Havane ** (Espagne 2011) : Film à sketches tourné à Cuba. Les réalisateurs Kusturica et Suleiman jouent leurs propres personnes. La quatrième session est une insupportable crétinerie. Le premier et le troisième film sont de loin les plus chatoyants, le deuxième pas loin ; les autres sont trop démonstratifs, lents, compassés. Celui de Noé est quasiment deux ou trois clips alignés. Les deux derniers sont trop ras-du-bitume, quelque soit leur sensibilité (l’ultime par Cantet montre en quoi l’hypocrisie et la bêtise de cette vieille dame religieuse a des vertus pour le petit collectif, mobilisé à bon escient). Notes au cas par cas : 5+ (El Yuma), 5- (Jam Session), 6 (du réal de Lucia et le sexe), 3 (Suleiman), 5- (Noé), 4 (Dulce amargo), 5- (Cantet). (46)

Fugue orientale * (Autriche 1999) : Balade par où est passée l’impératrice Sissi dans la deuxième moitié de sa vie, celle où elle ne se faisait plus photographier. Difficile de rester concentré. (36)

Printemps tardif ** (Japon 1949) : Un Ozu assez étroit et peut-être moins profond que d’autres. Beaucoup de musiques traditionnelles, certaines d’époques. Toujours focus sur des détails, mais plus fluide et léger que les autres que j’ai vus (cinq autres : Choeur de Tokyo, Le goût du saké, Printemps précoce, Voyage à Tokyo Bonjour, que j’ai moins aimé, fait exception). Des instants poétiques. (58)

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Mini-critiques MUBI : 5, 3, 2, 1 ; Courts MUBI : 2, 1

Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Courts 2, 1

MINI-CRITIQUES / COURTS-MUBI (1)

19 Jan

Comme pour les films longs, je sépare les séances MUBI du reste.

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Herzog> La grande extase du sculpteur sur bois Steiner ** (Allemagne de l’Ouest 1974 – 45 min) : à propos d’un skieur suisse. File une réflexion sur le dépassement de soi et les risques – abstraits et concrets (viser trop haut, se sacrifier pour la beauté du geste ou pour la sensation). Multiplie les ralentis. (61)

Mulheim (Ruhr) *** (Allemagne de l’Ouest 1964 – 14 min) : En noir et blanc, sans paroles mais en musique (de Dieter Suverkrup), en tout cas dans la version diffusée sur Mubi. Traverse la ville du titre à l’époque où la désindustrialisation commence et le vide prend racine. Joli et instructif à sa façon mais sans grande valeur ajoutée. (64)

Herzog> Personne ne veut jouer avec moi ** (Allemagne de l’Ouest 1976 – 14 min) : Démarrage significatif car met le doigt sur une réalité forte, indéniable, qui ouvre beaucoup de questions et d’inconforts ; mais finalement, film subventionné fadasse et neutre sur une amitié entre le vilain canard de la classe et une gamine. Les enfants sont dans leur petit monde et avec leurs petits moyens, nous ne tirerons donc pas grand chose de cet essai. Reste à savoir si le film remplit sa mission ‘pédagogique’. (48)

Le journal de Yunbogi ** (Japon 1965 – 24 min) : Par Nagisa Oshima (L’Empire des sens, Tabou), dont on reconnaît la faculté à faire du mielleux et ultra-dramatique sans émouvoir, mais en présentant un contenu fort (à résonance politique et plein de connotations). Phrases plaquées sur une galerie de photos, aléatoire et explicatif, fluide dans la technique. Parle de faits concrets rendus abstraits par ses procédés esthétiques ; ne dit rien de profond ou de précis au niveau de l’Histoire. Reste le parti-pris, peut-être courageux, d’un Japonais en faveur d’un pays occupé pendant 36 ans par le sien – ou plutôt en faveur des enfants des rues de cette Corée. Mais la démarche est absolument artificielle puisque ces clichés pris en 1964 sont censés illustrer une colonisation remontant à 1910-1945. Pointe l’appauvrissement des Coréens tout en évitant la confrontation. (56)

Mandico> Souvenirs d’un montreur de seins * (France 2014) : « J’ai toujours rêvé d’être un indien bleu – les cheveux aux vents ». Bouffonnerie psychotique et scabreuse. En deux parties (elle avant de les montrer, elle avec ses seins nus et des ‘numéros’ dégueulasses), avec chacune le même monologue défilant dessus. Une post-synchro désaccordée gerbe ses dissertations et délires concernant ses mamelles (« cette nuit mes seins se sont ouverts comme un fruit trop dur (..) mes seins ont été pondus par un oiseau d’orage »). Actrice en totale détresse et sûrement égarée (mais pas forcément exclue) depuis les débuts. (32)

Mandico> Notre Dame des Hormones ** (France 2015 – 30 min) : Des éléments en commun avec Suspiria, Hellraiser (la créature, l’obsession de ces femmes), Le Festin Nu et peut-être même Sombre, donc de gros morceaux, en enrobant avec ses propres expérimentations (parfois très ‘bornées’). Haut-en-couleur à tous points de vue, verse dans l’humour plus ou moins volontaire. Original, ‘lourd’ et obstiné. Aspects sataniques. Citation de Cannibal Holocaust en ouverture. (62)

Herzog> How Mutch Wood Would A Woodchuck Chuck ? ** (Allemagne de l’Ouest 1976 – 44 min) : Suivi d’une vente aux enchères de bétail (assortie d’un championnat) dans la campagne profonde aux USA, marquée par des ‘speakers’ au débit ultra-rapide (et difficilement compréhensible pour les non-initiés). Usant et peu passionnant, mais insolite et joyeusement ‘abrutissant’. Les Amish participent à l’organisation sans être des festivités. Raccroche le tout à la politique dans un commentaire des dernières minutes, en estimant que ce langage extrême est une création du capitalisme. (54)

Over the Rainbow *** (France 1997 – 9 min) : Premier film d’Alexandre Aja (avec Grégory Levasseur) à 19 ans, trois ans avant Furia et après avoir été acteur dans plusieurs film de son père (Alexandre Arcady). Sur-expressif, grotesque. Avec Jean Benguigui amoureux anthropophage ! Les lunettes de l’aveugle semblent tirées de La Jetée. En noir et blanc, excentrique, typiquement français (ou franco-belge) sans être un produit ‘de série’. (66)

Marker> Description d’un combat ** (France 1960 – 55 min) : Documentaire très libre sur Israel douze ans après son indépendance, alors peuplée de deux millions de personnes. Emphatique, divague presque sur la vocation et les origines d’Israël – en fait, est en train de l’intégrer à ses propres recherches et d’y projeter ce qu’il désire, en négociant avec la réalité et la théologie, en dissipant la politique. Pose des décrets amphigouriques et exaltés. Visite poétique, à la fois optimiste et inquiétante. Assez remarquable pour sa photographie et la force de sa subjectivité, même si elle n’est pas crédible (surtout vu 57 ans après). (58)

Mandico> Y’a-t-il une vierge encore vivante ? * (France 2015 – 9 min) : S’amuse à torpiller la logique, l’Histoire, les (bons) sentiments. La déconstruction comme prétexte et non plus comme revendication. Plus fort que Notre-Dame (et les autres) dans le WTF, la densité sur une courte durée exacerbant l’impression. Pas loin d’être aussi bête et méchant que le Montreur de seins. (40)

→ Fric et Foi / Glaube und Wahrung – Dr.Gene Scott, fernspehprediger/ God’s angry man *** (Allemagne de l’Ouest 1980) : Moyen-métrage de 45 minutes, documentaire pour la télé, sur un prêcheur ‘civil’ mais ardemment engagé. Il apparaît comme un missionnaire aux méthodes cyniques et justifications tristes, qui aimerait tout lâcher parfois (dit-il) mais ne peut s’empêcher d’être et d’agir comme il le fait.

Gene Scott était un type controversé et haï, avec 70 procès en cours selon la voix-off, roi du télé-évangélisme à l’ego colossal mais pas nécessairement en bonne santé. Ce businessman et organisateur/provocateur pour les actions de charité de l’Église est aussi un homme stérile, qui semble plus porté par une énergie nihiliste que par la foi ou une quelconque quête optimiste.

Le spectateur le voit dans ses caprices glaciaux, se fâcher contre les gens qui n’envoient pas assez. Il n’a aucun bien, rien de privé – sauf son sac noir qu’il restera seul à consulter ; probablement un mystère sans matière pour cet homme qui s’est entièrement donné et semble déchiré sur sa conduite et paumé sur ses besoins/envies.

Il est susceptible d’attirer la compassion, l’agacement et le dégoût. Les moments d’interview sont les meilleurs, les présentations d’extraits audiovisuels n’étant ni alléchantes ni passionnantes. Elles sont révélatrices de l’excellente organisation, du tempérament de feu de l’animateur et d’une certaine médiocrité créative chez toute cette équipe. La construction reste assez brouillonne. (72) 

Chris Marker> Junkopia ** (France 1981 – 6 min) : Captures des résidus refoulés par la mer devenues œuvres d’arts délibérées et abandonnées sur une plage de San Francisco (en fait à Emeryville). La contribution de Chris Marker est discrète. L’originalité propre des concepteurs du film est côté sonore – les effets vocaux seraient d’Arielle Dombasle. Annonce pour une exposition qui officiellement n’ouvrira jamais. (58)

Herzog> La Ballade du petit soldat ** (1984) : Compte-rendu sans fioritures d’un passage chez les indiens miskitos (des nicaraguayens déshérités) et notamment leurs jeunesses armées. Les membres de la guérilla ont autour de dix ans et la plupart sont orphelins. Ils sont enrôlés contre les communistes au pouvoir (les sandinistes), alors que leur vie courante relève du « socialisme primitif » (comme pour leurs aînés dans les villages).

Ce film est d’abord un reportage (pas ou peu un documentaire), en temps confus en attendant la guerre. La tendance au ‘laisser-faire’ propre aux travaux d’Herzog est accentuée ; hormis souligner le « lavage de cerveau » (par la voix du journaliste Denis Reichle) et présenter des sourires dans un silence pour souligner le décalage, le reportage est le plus plat et ‘objectif’ possible.

Le FSLN était le parti socialiste à la tête du Nicaragua entre 1979 et 1990, suite à un coup d’État contre Somoza (‘patron’ du pays depuis 1936). L’administration américaine entrait ouvertement en conflit avec celle du Nicaragua lorsque ce film sortait, jusqu’à décréter un embargo. (62)

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Changement de note en 2018 : +1 pour Mulheim/Ruhr, Junkopia ; -1 pour Personne ne veut jouer. Ajustement lors de la suppression des notes en -0 en 2019 : +2 pour Petit soldat.

MINI – CRITIQUES : MUBI (2)

4 Oct

Le révélateur *** (France 1968) : Second film (suivant Marie pour mémoire) de Philippe Garrel, à seulement vingt ans ! Tourné en Allemagne immédiatement après les événements de mai 68, avec Laurent Terzieff, ce Révélateur est un opus notable aux rayons ‘expérimental’ et ‘arts & essais’. Il présente un onirisme plus ou moins terrien, domestique et existentialiste ; est probablement bercé de psychanalyse, ou ouvert à la chose.

Autour d’un enfant d’abord secoué voire effrayé par ses parents, traîné par eux dans leurs escapades, les libérant parfois. Leur relation, leurs gesticulations sont un spectacle et une source d’éveil ou de distraction pour lui. Il est au chevet de parents vivant dans la peur, que lui ne comprend pas ; comme eux fuient le monde, lui se détachera bientôt de ces malheurs et ces menaces supposées dont il ne voit que les effets.

Triomphe de l’enfant, de son élan vital et de son optimisme ; sur des parents déboussolés, parfois l’utilisant, à d’autres moments tentés de l’abandonner et se retrouver. (64) 

Les hommes qui marchent sur la queue du tigre * (Japon 1945) : Quatrième film de Kurosawa, entre suspense (besogneux) et comédie (ultra-pudique sauf pour les mimiques). Tout est ultra-appuyé (farces, faciès, symboles), les longueurs s’accumulent, parfois sans raison. Tiré d’une pièce de théâtre, en garde l’esprit et les raideurs obligées, la lourdeur du mouvement. Faible intérêt pour l’espace, sauf au début et via la micro-exception finale.

Resté censuré par le gouvernement d’occupation américain jusqu’en 1952. Clairement le moins bon de Kurosawa vu à ce jour. ‘Tora no o wo fumu otokotachi’ en VO, ‘The men who tread on the tiger tails’ en anglais et ‘Qui marche sur la queue du tigre…’ sur MUBI. (38)

Le lit de la vierge * (France 1969) : Errances froides à rallonge, débouchant sur beuglages de Pierre Clémenti – appelant « mon père » à son secours, car il voit bien qu’il n’arrive à rien. Sinon, divers échecs assortis de cris de terreur, pour illustrer le désarroi du Christ de retour aujourd’hui. Pas de confrontations, pas de séquences avec ou sans moralité, prise de conscience – mais des successions de monologues décalés et de saynètes allégoriques obscures.

Bref, c’est en plein dans ‘l’expérimental’ complaisant avec substrat intello ‘mystique’ – ça en emploie toutes les recettes, jette peut-être plus de mots que la moyenne. Ce qui en distingue plus nettement est le niveau technique – confirmation d’une photo de qualité propre aux travaux de Garrel, après Le révélateur (Michel Fournier déjà à la tâche) et avant Les hautes solitudes.

La recomposition familiale est fidèle : le père est Dieu, le fils et ‘l’homme’ (conscient, émotif, probablement) sont en Jésus. Même actrice pour la (mère) vierge Marie et pour Marie-Madeleine : ohlolo la psychologie des profondeurs est de sortie !

Tourné en Bretagne au début puis à Marrakech. Un peu de musique locale, ou de hippie avec Nico pour le vocal. Au même moment, Bunuel livrait une autre version athée d’un tel phénomène, parmi les sketches et hérésies distanciées de La voie lactée. (28)

Un conte de Noël ** (France 2008) : Premier contact avec le cinéma de Desplechin. Reste aimable malgré la longueur et les remous. Deuxième de la trilogie Dédalus, autour d’une famille bourgeoise parisienne, genrée artiste – à ses heures catho dissipée (se reposant sur les vieilles traditions pour digérer leurs soirées). Ambitionne Bergman (dernière période) ; un Fanny & Alexandre au présent.

Amalric tient le rôle d’un canard boiteux et fier de lui. Il laisse quelques-unes des meilleures répliques à sa ‘mère’ Deneuve, en besoin de greffe. L’ado, Paul, présumé ‘fou’ apparaît surtout à terme comme un égaré mou. Anne Consigny joue une connasse, de type chouineur, haineux et pseudo-moral. Emmanuelle Devos ressemblerait à Angela Basset : what the fuck ? Divisé en trois, ce conte aurait donné un soap sans suspense. (50)

Chien enragé ** (Japon 1949) : Kurosawa tourne avec sa star Mifune et son camarade Shimura. Mifune joue un détective moralement embarrassé par l’arme d’un crime. Kurosawa l’a dirigé juste avant pour L‘Ange Ivre, ils sont aux débuts de leur riche collaboration (16 films).

Malheurs, menaces sur la vie, tentation du laisser-aller ; l’irruption du ‘Mal’ et de la corruption dans la vie (professionnelle) ; traversée de la misère ; période de canicule, sensations d’écrasement, fatigue générale et irritation.

Assimilable aux ‘films noirs’ anglo-saxons, ce qui valide le préjugé du Kurosawa cinéaste nippon américanisé. (62)

Signes de vie ** (Allemagne de l’Ouest 1968) : Premier long-métrage d’Herzog, en noir et blanc comme son court Herakles. Un soldat allemand bloqué sur une île refuse l’inaction. De quoi devenir un symbole des ‘ratés’, égarés, mis à pied, s’obstinant à gesticuler.

Le documentaire amorphe l’emporte sur le portrait ou l’introspection. Herzog se place et nous embarque en témoins inclus dans la torpeur, tranquillement hagards et extérieurs. Sa signature est bien présente : cette approche ‘brute’ montre son style à l’état mal dégrossi, l’intérêt se porte déjà sur les élans grandiloquents et stériles d’un inadapté.

La révolution absurde à la fin, quand il est arrivé en état de se faire interner, relève du beau geste. Cette tentative spectaculaire de quelques secondes affirme un peu le goût de la grandeur travaillant le soldat. Par son inanité c’est la démonstration de son impuissance. (52)

Après la nuit * (Suisse 2013) : Dans les bidonvilles créoles, action à Lisbonne, essentiellement nocturne. Embrouilles, (semi-)ghettos, gangs et trafics, misère modérée, etc. Une certaine routine. Un dealer à machette défile au milieu en posant régulièrement une trogne mélancolique. Pour les gens qui ont aimé le côté Cité de Dieu dans Madame Sata. Techniquement correct, mais inaccompli en tant que documentaire et raté (bâclé ?) en tant que fiction. (26) 

Tropical Malady *** (Thaïlande 2004) : Découverte d’Apichatpong Weerasethakul. Première partie sentimentale, seconde glissant dans le fantastique, le tout sensoriel à plein régime, avec dream-pop en bande-son. Film ‘d’esprits’ mystiques – et film de fantômes atypique.

Un des deux gays/protagonistes évoque son oncle qui ‘verrait’ ses vies antérieures – c’est l’annonce d’Oncle Boonmee, Palme d’or 2010. « Monsieur a l’air très heureux aujourd’hui » / « c’est normal c’est jour de solde » : universalité des clichés ? (66) 

Nuits d’ivresse printanière ** (Chine 2009) : Film chinois (de Lou Ye) rempli de trucs occidentaux typiques (la femme qui le fait suivre, les photos sur le portable, gnangnanteries) ou almodovariens (l’un des types se déguise dans des bars). Histoires qui se croisent et se confondent un peu, accumulations, dans un style aérien et sensuel. Plutôt random, mais généreux pour les scènes de ‘craquages’ et frontal (autant que possible) pour les scènes actives et nues.

+1 pour la claque lors de la grosse crise, mais annulé par le +1 pour le pétage de plomb de la fille au bureau. (48)

Gosford Park ** (UK 2001) : Chez les aristos anglais dans les années 1930. Mon premier vu d’Altman. Sur les deux heures, ne fait que présenter des personnages (très nombreux – s’agit-il du pilote d’une grande série ?) ; l’enquête s’ajoute sur les derniers trois quart d’heure. Gros casting, caméra ‘aérienne’, compositions et technique de haut niveau. Sorte de cinéma de chambre étendu à toute la grande propriété, avec toute la vaste faune des variétés de nobles ou riches et de servants – et de la dissidence là-dedans. (50)

La forteresse cachée *** (Japon 1958) : Un des Kurosawa les plus accrocheurs (probablement même plus que Vivre !, mais derrière Le garde du corps), plus compatible avec un public jeune et/ou occidental et/ou actuel. En contrepartie, La forteresse est moins intense et mystérieux que son Château de l’araignée. Mifune y devient sérieusement badass. Film d’aventure incluant la comédie (les deux acolytes pleutres, ouvrant la séance sur un échange d’injures). (68)

Les nains aussi ont commencé petits *** (Allemagne de l’Ouest 1971) : Un an avant son voyage au Pays du silence et de l’obscurité, Herzog dégote déjà des individualités anormales, prises en groupe. Il nous présente une communauté de nabots fêlés, limite déments, en rébellion contre le directeur du pensionnaire (frappé de la même infirmité). Gueules de vieux, propos d’ados sous substance et attitudes d’enfants fous. Cynisme, ricanements et pétages de plombs à foison (avec un soupçon de cruauté envers les animaux). En noir et blanc, comme Herakles et Signes de vie, premiers films du réalisateur d’Aguirre. Digne des Midnight Movies de la même décennie, mais redondant et finalement bien lent. Tournage à Lanzarote (îles Canaries). Musique pénible. (68)

L’enfer de la corruption / Force of Evil *** (USA 1948) : Tourné par un cinéaste inquiété pendant la phase maccarthyste, ce film perçu comme anticapitaliste est une des références fondatrices déclarée de Scorsese. En plus d’être très court il a un style rapide, droit au but, qui le rend très dense sans sacrifier la lisibilité.

En contrepartie il est schématique. Sa rigidité l’amène à s’affadir continuellement sans s’autoriser de relances (pas ou peu de nouveaux éléments), en suivant la déchéance des frères – il paraît alors surchargé et insensible à ses personnages/prétextes. Les dialogues sont excellents et les vingt premières minutes pleines de durs, qui se fâchent vite.

C’est un bon film sur la paranoïa à échelle individuelle, de l’individu dans la société (pas de la parano ‘psychique’ ou proprement psychologique) – celle d’un type abîmé dans les méandres de la corruption, des trafics, des abysses au cœur de la ville-lumière – pas un tourmenté par des penchants naturels, mais bien par la réalité.

Avec cet accent sur le capitalisme ‘parallèle’ (beaucoup de cette sorte d’euphémismes et de déclarations indirectes), Force of Evil rejoint la mouvance de film noir sans être représentatif et anticipe effectivement les films d’argent de Scorsese. Il est peu comparable aussi en tant que films de gangster, à cause de sa façon surtout discursive de montrer l’entrepreneuriat et sa culture de la prise de risque pervertis. (70)

Fata Morgana * (Allemagne de l’Ouest 1971) : L’intro le garanti, ce sera répétitif – mais c’est normal et ce n’est que faux-semblant, ça c’est le titre qui l’indique. Herzog s’est embarqué dans un délire proche des mondo movie, dont résulte une espèce de doc hippie dark (la musique est de leur milieu, pas d’Afrique traditionnelle).

Des blancs manifestement stones (on en trouve plus dans la partie III-L’âge d’or), des autochtones blasés/indifférents et trois pauvres animaux : un fennec/renard des sables attaché par un enfant, un varan (interminable), une tortue barbotant. Tout ce brave monde s’encroûte dans les déserts africains, élu pour l’occasion théâtres des illusions humains et mensonges religieux. Le retour ‘chez nous’ (en fait, à Lanzarote – où Herzog a également tourné Les nains aussi) se résume à un passage pseudo-festif (en plusieurs temps, naturellement).

Symbolisme lourd à l’appui : dans la partie I-La création, alors qu’une vieille radote en voix-off sur la création des animaux, la caméra balaie une zone jonchée de cadavres de bovins, desséchés, vidés, atomisés. Les textes appartiennent à la mythologie maya, chapitre invention du monde. (42)

Le beau Serge *** (France 1958) : Premier film de Chabrol, à 28 ans. Brialy est de retour dans le village (de la Creuse) où il a grandi. Devenu un citadin, il a été malade récemment et doit « vivre au ralenti ». Son ancien ami (par Gérard Blain), un alcoolique et père d’un trisomique vite avorté, a honte de ce qu’il est (devenu) : un raté.

On voit le film aux côtés de François/Brialy, dont les voisins seraient « comme des animaux (…) on a l’impression que vous n’avez aucune raison de vivre ». Il y a du vrai mais c’est négliger la frustration à refouler, pourtant manifeste chez les aigris du bar comme chez d’autres petites gens (pas tous). Son ami est plus clairement affecté car il a eu le tort d’espérer. Le ‘bon sens’ voudrait qu’il parte : mais ‘à quoi bon’. L’impuissance, le ressentiment et le dégoût s’opposent plus souvent que la peur à un grand départ, à une tentative d’épanouissement.

Le film se dilue un peu autour de la bagarre. L’orientation finale est un peu improbable, avec ses parallèles christiques. Détail regrettable : si on ne nous disait pas à plusieurs reprises au début qu’Yvonne est moche, on ne s’en rendrait pas compte (elle est jouée par Michele Meritz). (72)

Les Cousins ** (France 1959) : Reprend le duo du Beau Serge (et quelques acteurs secondaires). Cette fois c’est Blain qui s’invite et Brialy le receveur – le campagnard vient à Paris. Chez les jouisseurs-branleurs, avec un exemplaire vivant comme un prince, mais aussi un beau bal de mondains hédonistes et à la marge des variétés de jeunes pédants – et aussi de vieux !

L’histoire d’une inadaptation, de sentiments et scrupules débiles, d’une grande perte de temps. La photo et la mise en scène sont typiques d’une certaine qualité d’époque, un peu plus raffinées que l’ensemble du cinéma de Chabrol à venir. Blain apporte un contraste sans lequel l’ennui l’emporterait. (58)

Entre le ciel et l’enfer *** (Japon 1963) : Un des rares Kurosawa post-Sept Samouraïs se situant un des rares dans le présent (comme auparavant Vivre et L’ange ivre). Fait partie des polars (comme Les salauds dorment en paix), versant un peu moins célébré de son œuvre.

Quasi huis-clos (dans la grande maison) pendant la première heure. Tourne alors autour du refus de payer de Gondo et de sa position (sociale et de dominant au sens large) à tenir ; il a peu de considération à côté, indifférent en dernière instance – et la raison comme ses besoins familiaux l’y autorisent, seuls des ‘grands principes’ pourraient s’opposer. La deuxième heure est centrée sur l’enquête et la capture du criminel, qui aura la parole au dernier acte, dans un face-à-face éclair avec le riche désargenté devant le rebelle damné.

Les enjeux moraux et sociétaux dominent sans trop vouloir se déclarer, laissant l’action voire l’intrigue flotter. Ces enjeux s’expriment principalement via des discussions matérialistes et relatives à la hiérarchie. Fait beaucoup de démonstrations et de mystères pour retarder l’inéluctable et l’antagonisme convenu. L’autorité tergiverse seulement pour des raisons pratiques, à cause de la pression ; le reste suit ; finalement l’édifice pesant sera effectivement ébranlé, au détail voire peut-être dans quelques consciences, mais trop vaguement pour secouer les nôtres et plus encore celles des acteurs de cette société.

D’où un aspect Hugo light, plus posé et emprunt de recul, mais sans gains en pertinence pour autant. Ce film pourrait se décliner ‘facilement’ au théâtre, mais donnerait a-priori un résultat très rigide : dialogues abondants, directs, chargés, quasiment tout passe par eux (pour l’essentiel du reste, par les acteurs). Sans musique, informatif et ‘réaliste’. Côté ravisseurs et victimes, personnages compliqués et ombrageux, lourdement ‘typés’ ou intense. Une scène en train assez audacieuse pour l’époque. (66)

Cœur de verre *** (Allemagne de l’Ouest 1976) : Herzog nous présente des pseudo exaltés de Bavière au XVIIIe, sur la pente de la religiosité délirante après que le souffleur de verre, maître de la seule activité apportant une ‘valeur ajoutée’ au village, soit mort avec son secret.

Approche en deux hémisphères : dans le village, avec la folie et l’exaltation collective ; une approche ‘cosmique’ en marge. Ce second versant vient finalement nourrir le second, en étant infiltré par un élan scientifique et en voyant le chemin pour la reprise de l’espoir et ‘la foi’ de cette petite région.

Ce film a simultanément l’apparence d’un documentaire et d’une digression mystique. Les lieux sont magnifiques mais pas spécifiquement allemands (tournage dans la forêt de Bavière, aux USA, en Irlande, en Suisse).

Les acteurs tourneraient sous hypnose, à l’exception du vacher aux prophéties apocalyptiques. Bonne bande-son, plus typique. (68)

Un baquet de sang *** (USA 1959) : Film d’horreur léger, grotesque, doucement sarcastique et satirique, signé Roger Corman. Un type falot (quoique l’acteur soit inapproprié – hiatus en tout cas sur les premiers plans), qui a tout du larbin mais avec des rêves, aspire à la reconnaissance de ses pairs (beatniks) et du monde (rempli de femmes). Dès sa première ‘réussite’ il se voit en ‘artiste’ et enfin les autres sont là pour valider, au lieu de le rabaisser.

Malgré ce protagoniste on rit mais sans grands éclats. Ce film est d’abord une curiosité où l’art du recyclage domine à tous les degrés. Il est clairement sous influence de Poe, auquel Corman s’apprête à consacrer une série de libre adaptations où défilera Vincent Price.

Nous sommes trois ans avant le carnage gore Blood Feast ; ce film-là est assez cheap et régressif, y compris dans son rapport à la violence. Les premières morts (du chat et du flic) sont stupides : le chat, déjà empaillé, le flic, vite abattu (et planqué au plafond par un avorton en panique). Le ton est à la fois ironique et enfantin à l’égard des émotions ou aspirations des personnages, y compris par rapport au milieu des laudateurs d’ ‘artistes’ et ‘créatifs’ (des jeunes, souvent toxicos ou avec du temps à perdre, qui ne conçoivent pas d’autre expression du génie). (68) 

La petite boutique des horreurs ** (USA 1960) : Assez connu grâce à la présence, pourtant mineure, de Jack Nicholson (client du dentiste ‘alternatif’) dans un de ses tous premiers rôles (sept ans avant de contribuer à The Trip comme scénariste). Mauvais goût, délurés et ‘drogués’ ; c’est un parent innocent de John Waters, encore en plein dans l’optimisme généralisé. Comédie hystérique : les appels de la plante (« feed me » de petit animal de cartoon) ; les tronches d’ahuris ; le dentiste fou. Le gore est surtout verbal et lorsqu’il est physique, c’est très pudique et artificiel (la fin avec les têtes à fleurs). Le remake est plus trivialement et ‘pulpeusement’ ‘haut-en-couleur’. (52)

Alexandra *** (Russie 2007) : Traitement indirect de la guerre par Sokourov. Centré sur une vieille de passage dans un camp militaire (en Tchétchénie) où se officie son petit-fils. Elle déambule, s’interroge sur l’état du monde présent et fait son examen de conscience. Chez les soldats et le peuple occupé, elle constate la frustration ou l’accablement de tous – il reste encore la foi ou l’habitude. (72)

Barberousse *** (Japon 1965) : Un des plus fameux Kurosawa, particulièrement respecté sur Sens Critique (influence de Torpenn, le ponte originel ?). Durée-fleuve (trois heures).

Toshiro Mifune est dans le rôle-titre du médecin « humaniste » parfait, montrant à l’occasion une forte aptitude à coller des gnons. Le film accepte l’idée d’extraire du bien dans le mal – valide les sombres raisons poussant à l’altruisme.

Deuxième partie (après l’entracte) consacrée au ré-établissement de l’ex-domestique. Quelques moments avec ‘le souffle de la mort’ rapprochent ce film de La gueule ouverte de Pialat. (72)

Dernière femme sur Terre ** (USA 1960) : Sorte de vaudeville post-apocalyptique (d’une apocalypse instantanée, 100% bis de foire). The last woman est ravissante, le style aidant. Le reste ne vaut pas grand chose : trop lent, ménageant une petite tension qui ne s’épanouit pas. Une certaine ambition anime les dialogues mais au mieux elle pousse à conclure : décidément les Hommes manquent de savoir-vivre. C’est donc un petit Corman, agréable quand même, représentant typique du ‘tout ça pour ça..’. (44)

La Créature de la mer hantée * (USA 1961) : Rempli de détails loufoques, change plusieurs fois de direction. Des incongruités vaguement relevées, des pics d’humour (avec Betsy Jones-Moreland, déjà présente dans Dernière femme sur Terre, opus de Corman sorti en 1960).

Monstre rare (une apparition éclair avant sa parade des dernières minutes) et digne d’une poupée moisie de marché aux puces. À la limite de l’amateurisme avec des tendances chaotiques – part totalement en vrille sur l’île. Pourtant c’est à la même période qu’était produit The Pit and Pendulum.

Mon premier 3/10 depuis un mois avec Chez nous et Le missionnaire. (32)

Toni ** (France 1935) : Avec des abrutis du midi (Toni est un immigré italien qui travaille auprès des autochtones) et une pauvre Marie. Tiré des notes d’un projet de roman (de Jacques Levert) et produit par Marcel Pagnol. Confirmation de mon ‘incompatibilité’ avec l’œuvre de Jean Renoir. Néanmoins j’ai eu de la sympathie pour les décors, les trois ou quatre protagonistes – et de façon générale, c’est relativement divertissant (ça se veut aimable en premier lieu puis tragique) et la grossièreté des personnages finit par les rendre intéressants. (48)

The Terror/L’Halluciné ** (USA 1963) : Anciennement traduit en ‘Le château de la terreur’. Assez malmené dans les avis/notes spectateurs, probablement car fauché et décousu. Ré-utilise les décors de films précédents de Corman (Le Corbeau et peut-être aussi La Malédiction d’Arkham) ; une pratique courante chez lui, l’hyperactivité étant à ce prix.

Typique du style Corman et d’une certaine esthétique gothique et un peu ‘folklorique’ vendue sous format ‘train fantôme’. Dégage un charme enfantin dès son excellent générique d’ouverture. Histoire alambiquée et traitement superficiel, alourdi par son programme et sa naïveté au fur et à mesure. Une sorte de film ‘de série’ à la fois exquis et régressif.

Premier film où Nicholson est en tête d’affiche ; également sa troisième apparition chez Corman (il a un petit rôle dans La boutique des horreurs de 1960) et la seconde collaboration entre Corman et Francis Ford Coppola. (62) 

Cashback ** (Royaume-Uni 2007) : Prolongement du court-métrage (2004) éponyme réalisé également par Sean Ellis. Esthétique éclectique, d’une originalité marquée par l’air du temps ; entre le romantisme post-ado deux ans après Eternal Sunshine et l’ironie tendre, à base de lourds archétypes, d’excentricités très marquées et d’une once de potache mise à distance du cœur – la poésie du protagoniste et ses grands élans restent épargnés. (54)

Les ailes du désir ** (Allemagne de l’Ouest 1987) : J’en avais vu le remake, La cité des anges, dans des conditions qui ne me permettent pas de m’en rappeler. Je n’avais pas aimé mais il pourrait fournir une expérience plus agréable que cette séance-là. Ce film, que je souhaitais voir depuis les débuts de ma cinéphilie (à cause du titre, de l’affiche et de l’étrange notoriété) – mais qui ne m’intéressait pourtant pas, ne décolle jamais. On comprend le désarroi et la blasitude de l’ange. Il y a donc un concept original et ses illustrations bout-à-bout. Le film est froid mais s’il prenait la visite de l’ange totalement ‘à chaud’ ce serait aussi stérile et non-attractif. Ambitieux et somptueux (en principe) mais aussi pompeux et assommant (dialogues, narration, propos et postures). (48) 

Du rififi chez les hommes ** (France 1955) : Adaptation d’un polar d’Auguste Le Breton, suivie de trois autres dérivés pour le grand écran et deux autres en romans. Festival de l’argot et intrusion dans les ‘bas-fonds’ et les mafias de Paris. Si ça vous plaît mais qu’à raison ça vous semble tiède, voyez plutôt Port du désir avec Gabin sorti quasiment le même jour.

Froid, poseur, besogneux, langoureux. Exilé, Jules Dassin (Démons de la liberté, Forbans de la nuit) reste un metteur en scène américain. Le fond, le scénario, sont banals, à la limite d’en devenir odieux (les personnages ‘boulets’ ou ‘faibles’ – dénigrement pas compensé par la présence de pointures en face), si tout ce manège n’était pas carrément rasant. Forcément les tentatives ‘mélo’ prennent pas. Rappelle un peu Asphalt Jungle. (46)

L’Île au trésor ** (France 1985) : De Raul Ruiz je n’avais déjà vu que L’hypothèse d’un tableau volé, au principe casse-gueule et au résultat convaincant sans être attractif pour moi. Ce film est une adaptation ouvertement autonome de L’Île au trésor de Stevenson. Le roman est cité directement une fois, le cadre et les relations ne sont plus les mêmes, l’aventure est esthétique et narrative. Atypique et audacieux, joli mais lent, trop autiste et peut-être décousu pour être pleinement intéressant. Flottant à la limite du rêve personnalisé. Farces intellectuelles ou érudites en guise de dialogues, parfois à la limite du stérile. (56)

Woyzeck ** (Allemagne de l’Ouest 1979) : Herzog se base sur la pièce inachevée de Georg Buchner (1837). Kinski s’inscrit dans un rôle plus introverti que d’habitude, plus égaré et pathétique aussi (en proie à la confusion, menacé de chuter dans la bestialité). Son personnage est un inadapté même sur les choses primaires (justifiant son cucofiage). Il se répand en laïus délirants, débuts de divagations poétiques ou énoncés ‘bon sens cryptique’.

La mise en scène tient à distance les personnages et situations. Le style est d’un théâtral atténué ou compartimenté. L’exercice tombe dans le surplace passé un certain stade, tendu genre paralysé en filant vers un dérapage final – bête et tragique, une conclusion parfaitement assortie à cette destinée.

La réduction à à peine 80 minutes paraît judicieuse – il ne semble pas y avoir énormément à proclamer ou afficher. Déjà les hauts moments dramatiques s’éternisent sans autre raison que la pose. C’est un film d’intuitions qui ne se permet, ou ne peut se permettre, de ‘grands sauts’. Pour la musique, on a pioché dans le meilleur – l’usage peut sembler décalé, car il renforce le côté aberrant du personnage, sans davantage affecter le concernant ; le lyrisme pourrait opérer en isolant la scène mais est ‘inaudible’ sinon. (62) 

La Leon * (Argentine 2007) : En noir et blanc avec quelques très beaux plans. Assez plaisant mais paresseux voire un peu crétin dans ses représentations. Le scénario est celui d’un court contemplatif de quinze minutes. Autant revoir Tropical Malady ou s’amuser avec L’inconnu du lac. (42)

Police ** (France 1985) : Le film de Pialat avec Depardieu (cinq ans après Loulou). Marceau y a moins de 19 ans, on lui ‘découvre’ un visage rond ! Plus crû et ‘bonhomme’ que le futur L.627 de Tavernier. En trois tiers : un premier d’aspect documentaire et très énergique, un dernier personnel avec la liaison entre les deux protagonistes, un intermédiaire(plus court) où l’intérêt se tasse, centré sur des situations plus récréatives ou secondaires. Pourtant quelques affaires s’y règlent ou s’accélèrent et Bonnaire gratifie Gérard et le public d’un passage nu (ses débuts, assimilée à une prostituée, peuvent déconcerter vu depuis aujourd’hui ou sans doute déjà depuis vingt ans).

Anconina avait déjà son jeu très singulier, probablement mauvais ou inapproprié ; tout ce qu’on sent face à lui, c’est qu’il dissimule avec acharnement – mais quoi ? C’est tout ce qui intrigue chez lui. Dans Itinéraire d’un enfant gâté ou La vérité si je mens, cette sorte de non-jeu ou de jeu de dupe flagrant sera plus approprié, tout en restant d’une anomalie et d’une inefficacité flagrantes. (52) 

La Cité des femmes *** (Italie 1980) : Issu du Fellini vulgaire et décadent accompli de la troisième partie de carrière. Après la première heure chez les féministes puis dans la brousse italienne, vire à la logorrhée d’images, d’aventures et de décors insolites. Maistroianni est devenu un gros bébé aliéné par les femmes (après avoir su les manipuler ou les mettre à distance dans Huit et demi).

Voyage toujours plus irréel dans les fantasmes personnels d’un homme, censés refléter des peurs et désirs propres à son genre, à la racine ou à un niveau plus actuel, face aux avancées sociales obtenues par les femmes. Quelques déviations s’y ajoutent comme lors du passage chez l’espèce de gnome avec une dégaine d’apprenti Phantom of Paradise.

Dans le même registre tentez China Blue de Russell, cinéaste dont Fellini se rapproche avec cet opus. (68)

Chronique d’une disparition * (Israël 1996) : Le premier film de Suleiman use de la caméra ‘intruse’, postée depuis la porte, la fenêtre ou l’angle opportuniste au coin de la rue, pour montrer des gens chez eux ou devant leurs petits commerces le plus souvent. Ce sont des palestiniens modestes, dans un train-train aliéné, parfois statique. Comme en marge de ce dont ils sont censés être des membres. Mais et alors ? Voilà des résidus de la civilisation, comme partout ailleurs.

Ils se robotisent à cause de ce conflit finalement plus larvé qu’effectif (vu depuis ce film), jusqu’au dernier plan où le vieux couple est affalé et indifférent devant sa télé où passe l’hymne israélien. Suleiman allonge ses symboles au lieu de chercher à ‘ajouter’. Il laisse donc de côté les possibilités en germe, comme la piste du musée et des pauvres attrapes-touristes, qu’il relie seulement à sa création pour ce qu’elle contribue à ironiser.

Un peu après la moitié, le réalisateur écrit à la machine « La conscience latente serait la Palestine » juste avant sa conférence. À l’image elle se résume en une scène avec le micro défectueux (long gag crispant), suivie par celle avec les flics pissant contre un mur. Le reste se déroulera autour de ce mec à l’air groggy et de petites poussées lyriques rabrouant l’humour malheureux. (38) 

Gémeaux *** (Argentine 2005) : Film de non-jugement (moral ou éthique) à propos de l’inceste. Donne au spectateur de multiples occasions de se ‘rincer l’œil’ – en toute innocence pour lui, avec embarras pour eux. Le frère et la sœur semblent éprouver un amour sincère, spontané et profond, qui ajoute au malaise et à la circonspection.

La réalisatrice sait montrer les non-dits et les non-sus parfois à demi-consentis.Cet amour sordide se produit au quotidien, à l’insu des parents, parfois presque sous leurs yeux. Il ne manque qu’un réveil ou quelques éléments plus crus – ou même d’avoir bien vu ce qu’on a vu.

C’est d’ailleurs par étapes que la révélation a directement lieu – en montant l’escalier puis avant de passer la porte, prenant le temps de prendre le choc comme s’il devait descendre par paliers pour être vraiment réel et vraiment compréhensible – le long d’une séquence justifiant tout ce qui a précédé pour ceux qui se seraient impatientés.

La mère parle d’inceste qu’elle soupçonne de la part du père d’Olga sur ses filles, en estimant la chose récurrente « dans certaines classes sociales » ; d’autres micro-événements peuplant le quotidien ou la télévision renvoient à la chose. Sur ce plan le film est (passivement) ironique concernant les clichés dont sont parés les pauvres – en même temps l’inceste est aussi souvent attribué à certaines catégories de riches ; cette famille-là est bourgeoise mais pas d’ascendance aristocratique évidente. (66) 

Intervention divine * (Autorité nationale palestinienne 2002) : Elia Suleiman est un palestinien qui a vécu une décennie à New York avant de se lancer au cinéma avec des soutiens européens (sa première production personnelle est Chronique d’une disparition). L’ensemble de ses réalisations sont centrées sur le vécu des palestiniens.

Dans son film le plus connu (où il s’est promu acteur principal) il évoque à nouveau l’absurde réalité des gens sous emprise du conflit et de l’occupation en Palestine. Il tartine maintenant la chose de fantasmes, ramène des images similaires, voire les duplique carrément. Du cinéma engagé allégorique sous Prozac.

Le seul fait ‘hautement significatif’ et communicable à l’ensemble des spectateurs est le passage du ballon avec Arafat (et ceux avec la fille mais ils sont déjà plus fantaisistes dans leurs visées). La photo et l’ambition dans la démonstration ne relèvent pas du discount, mais à quoi bon ? C’est un petit théâtre d’absurdistes auto-déclarés lucides sur l’abrutissement dont ils sont l’objet. L’histoire d’amour à demi-surréaliste au milieu de la grisaille est à l’image de toute la dynamique : éculée, fatiguée, même quand elle se veut forte et insolente.

Enfin ce film a son joli ronron burlesque, son humour mordant et désabusé, puis assez de symboles pour frapper l’imagination et titiller le critique. Mais la scène finale dérivée de Matrix et de la liturgie achève d’enfoncer le film dans l’auto-complaisance et la divagation ironique.

Illustration de la fraude concernant ce film en un coup-d’œil : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=45261.html (42)

Passe ton bac d’abord *** (France 1978) : Du cinéma ‘vérité’, crû mais sans théâtre ni ‘décrets’ par l’écriture, à la limite du pseudo-documentaire, sur la jeunesse et sa reproduction des schémas. Enfermement dans les cycles – sans la violence (et le focus) du Family Life de Loach. On les voit devenir des adultes obtus et perplexes comme les précédents.

La direction d’acteur laisse à désirer au départ, mais en laissant-faire, Pialat obtient de bons résultats. Peut écœurer ou saouler au début et progressivement se laisse voir avec une attention froide. Pourrait être drôle ou accablant mais est trop précis et concis pour laisser ça prendre.

Ne laisse pas tout couler comme Loulou produit deux ans plus tard, qui semblera paradoxalement ‘surfait’ dans son intérêt pour les prolos et leurs aventures. (66)