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DISJONCTE ***

7 Juil

3sur5  Après une année 1995 où il intervient dans deux super-navets, Ace Ventura en Afrique et Batman Forever, Jim Carrey est exigé pour un nouveau happening dans Disjoncté. C’est le second film de Ben Stiller après son Génération 90 et il jouit cette fois d’un gros budget. Il rencontre à cette occasion de futurs collaborateurs importants (Jack Black et Owen Wilson) et surtout offre à Jim Carrey une de ses compositions les plus étonnantes.

Disjoncté est un film étrange, une espèce de grimace hilare et sinistre. D’abord le personnage de Jim Carrey, toujours aussi excentrique, y apparaît comme une sorte de débile léger assez glaçant et le naufrage s’annonce. Mais très vite il va se muer en une espèce de parasite borderline, renvoyant à la figure de l’ami envahissant tendant à absorber sa cible. La perversion et le piège de Chip Douglas travaillent le film comme une lame de fond, pourtant celui-ci demeure une comédie grasse et à son meilleur, sévèrement déglinguée (avec de splendides pétages de plombs sonores lors des séquences sportives).

Le style et les obsessions de Stiller servent ce décalage. En tant que réalisateur il a toujours apprécié ces individus ingrats recelant une personnalité flamboyante, qu’ils soient paumés, légèrement effrayants, quelconques ou d’apparence disgracieuse. Cette sensibilité s’est exprimée plus radicalement que jamais avec Walter Mitty, lui-même glauque sans le faire exprès. Disjoncté n’est pas comme les autres produits de Stiller, car la tristesse de ses rêves et la modestie de sa mise en scène est transcendée par la performance de Carrey, qui rend ce spectacle redoutablement commun et désuet assez irréel. En baissant le curseur de la farce de quelques degrés seulement, cette représentation de la démence deviendrait documentaire. 

Heureux concours de circonstances pour le débutant Ben Stiller ? Il n’est de toutes façons pas le seul responsable de cette exploitation ingénieuse de Carrey, n’étant après tout que superviseur. Et malgré son ambition, le film demeure engourdi par de profondes faiblesses, notamment dans la symbolique de brute placide aware : ainsi tombe la dénonciation convenue et lâche de la télévision, cette nourrice horrible étant mise à mort, en tout cas pour un soir. On glisserait facilement vers la surinterprétation car le film vadrouille un peu dans tous les sens, tend vers la satire sans oser sacrifier la compassion, fait sien des jugements de valeurs qu’il réduit à un pauvre déguisement par ses côtés ‘culture geek’ précoce. Il y a également la tentative de psychanalyse du clown Carrey, dont la pugnacité compense le caractère cheap, même si rétrospectivement l’existence de Man on the Moon (qui ne parle pourtant pas vraiment de Carrey) humilie Disjoncté.

Note globale 68

 

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Suggestions… Prête à tout + Holy Motors + Christine/Carpenter + L’Antre de la folie + Harry un ami qui vous veut du bien

Critique de juin 2014, complétée à la marge suite à un second visionnage (juin 2019). Note passée de 64 à 68.

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THE UPSIDE **

9 Juin

2sur5 L‘essentiel de la trame et des événements s’y retrouvent, mais il y a plus que des nuances dans les agencements et le cheminement. Par les premiers on constate le fossé mental entre français et américains ; par le second le remake dépasse objectivement l’original – sauf si on a le goût de lire ‘entre les lignes’ et en fait, de boucher les trous d’un film finalement plus soucieux de brasser large et s’en tirer par des pirouettes [oh oh oh, la cible est lesbienne !] que de porter son attention sur ce dont il est en train de nous parler. L’écart entre les deux millionnaires invalides est à l’image de l’essentiel : Cluzet est plus dramatique, a des tabous, il inspire tristesse et ridicule, il peine à s’affirmer ; Cranston est plus enclin à jouer le jeu, ne fronce pas des sourcils, bougonne seulement à l’occasion, se fiche [autant que socialement possible] de ce dont il a l’air, peine à trouver des raisons de vivre encore.

Le premier avantage de ce remake est son efficacité. Et cette efficacité n’est pas un accident, elle est le témoin de deux cultures différentes – le style et les plis de mentalité des personnages le traduisent constamment. Dans les deux cas il y a main tendue avec sa petite charge subversive, d’abord condescendante puis complice. En France elle est prise au sérieux et sert l’idéal national tordu d’inclusion ; aux USA c’est davantage une formalité et elle vise l’optimisation des situations personnelles. Dans les deux cas, il s’agit de se conformer sans se sacrifier : en France cela implique rentrer dans le rang et d’avoir droit à ses différences comprise dans un cadre restreint ; au pays de la foi dans le ‘self-made-men’, cela signifie saisir ses opportunités et ne pas ennuyer le voisinage avec ses problèmes (c’était le cas aussi en France mais le présenter ainsi aurait pu compromettre son succès). ‘Compose et tu auras le droit d’exister’ versus ‘Marche ou crève’ en versions atténuées, dans un bain d’apparente abondance, où l’effort (France) et la prise de risque (USA) peuvent payer. En France, le ‘réalisme’ compassionnel effleurant sa cible, en Amérique du compassionnel tout court et sans appesantissement ; une conscience pragmatique versus une conscience du [de] malheur.

Et bien sûr dans tous les cas la caricature règne, mais là aussi l’approche diffère : en France, elle est infantilisante et pleurnicharde – même pas par conviction, seulement par réflexe ; dans la version américaine, elle est plus franchement joyeuse et on ne fait dans la surenchère de signes extérieurs de tendresse ou de compréhension. Les noirs des cités françaises ont l’air de grands enfants souvent un peu à la ramasse ou ronchons mais l’espoir est permis. Ceux des États-Unis ne sont pas à ce point coupés de la société tout en ayant une culture propre largement mieux développée et honorable ; c’est peut-être pourquoi ils ont l’air moins susceptibles au quotidien – mais dans The Upside, on les voit à peine, de même pour la pauvreté – et là on se rejoint en humanité, car universellement, les situations pourries des autres sont regardables à petite dose et de loin (et dans les pays à faible ‘névrosisme’ cette révélation se digère simplement). Avec le contexte racial aux USA, l’assistant ne saurait y être le gentil négro souriant de service, qu’on s’attend à voir sautiller comme un grand enfant. On ne le regarde pas comme le représentant d’une entité menaçante qui aurait été disciplinée voire assimilée ; on le voit comme un invité lourdaud et potentiellement incontrôlable. Il n’y a pas de tension dans le film français, il y en a dans l’américain et c’est notamment pourquoi la séance reste un peu surprenante : dans notre pays sont mis à l’avant des Jamel, des braves petits bonhommes ; dans The Upside, on sent qu’il peut se passer plus grave qu’une grève ponctuelle du personnel. On sent que les flingues peuvent être dégainés et que le malaise n’est pas qu’existentiel : il y a une pente à ne pas redescendre. Et puis on élève le niveau avec Aretha Franklin au lieu d’un titre disco-funk plus insignifiant.

À la revoyure (où il perd de sa force mais pas nécessairement du respect poli [blasé ?] qu’on lui porte), par rapport à ce remake où tout est fluide, Intouchables intègre la lourdeur française comme d’autres porteraient leur croix. Alors que nous sommes dans une comédie, avec un thème pris à la légère et des ‘réalités’ creuses, le rigorisme français est encore là, dans le visible et dans le caché, dans la morale et le pseudo-instinctif. Cela se sent dans les vannes un peu trop ‘installées’ du film de Toledano ; dans la version US ironiquement, elles sont moins attendues, la scène ne semble pas si candidement faite pour arracher un rire ou envoyer ‘un truc’. Les dialogues en VF/VO sont pleins d’ironies, avec un côté pincé ; les nantis de la version US semblent plus tranquilles concernant leur distance ou leur proximité avec les petits, les ressentiments coulent plus simplement – c’est aussi parce qu’on veut encore davantage, là-bas, éviter les échos bouillants, dans un pays où la notion de dialogue interracial est depuis toujours autre chose qu’un sujet à débats de confort. Ce n’est pas qu’une question de bon ou moins bon positionnement justement – dans cette ambiance américaine on tient moins à sa place, on a pas cette obsession du statut, les frontières au niveau des rôles et de ce qui s’autorise ne sont pas si étanches. En 2011 on a un peu le souci de l’histoire personnelle, en vérité du contexte, de la situation sociale – on n’y peut rien et on n’a pas envie d’en tirer une thèse, mais on n’ose pas le nier carrément ; en 2019, peu importe en dernière instance, l’amélioration de la situation et les choix actuels concentrent l’attention. En France, « ce qui m’intéresse c’est son présent pas son passé » a besoin d’être dit ; Cranston n’a pas à le sortir, c’est la norme.

The Upside tire le voile sur ses problèmes locaux, donc les français verront même sans se repasser Intouchables les hypocrisies, les beautés et les insanités de chez eux. On sent la France pays du faux naturel, de la simplicité copieusement étalée, où on ne l’ouvre pas mais où on peut râler dans son couloir ou bien en s’adaptant (ou en se joignant aux concerts des plaintes, mais ça, ce n’est pas pour ce film ‘optimiste’) ; où les décisions sont lentes, où on croit à la profondeur des êtres et des choses (en tout cas, plus qu’aux USA), même si parfois on préfère les mépriser ou si on l’interdit à ce qu’on aime pas. À rebours de cette tendance : les grivoiseries. Sur ce terrain en France on peut se lâcher (même Christine Boutin a des prétentions) ; il n’y a quasiment aucune de ces vannes portant sur le sexe dans la version US. Ce n’est qu’une grasse exception : les moments crus concernant les soins sont bien plus abondants dans The Upside, les difficultés relationnelles sont moins sujet à gaudriole niaiseuse et plus assumées (l’axe narratif du rendez-vous avec la correspondante est métamorphosé, le résultat est ce qu’il y a de plus honnête et émouvant dans les deux films). Le ‘nihilisme’ du vieux en fauteuil aussi est assumé, alors que Cluzet gardait ses impressions et sentiments pour lui. Tout de même on omet « Pas de bras pas de chocolat », peut-être jugé stigmatisant.

Malgré la tonalité décalée, Intouchables était bon pour le marché américain. En particulier, l’idée ou l’envie que tout soit possible au mépris des déterminismes, s’accorde avec la culture de masse américaine ; même si en France ça signifie pouvoir se ranger – dans sa case mais avec dignité et considération – avec ses espaces récréatifs (donc devenir un ‘sage’ immortel dans le cas où, vraiment, on a ‘réussi’). Quoiqu’il en soit Intouchables est positif et superficiel avec en bonus le saint badge « based on a true story » ; outre-atlantique on le rend plus vif, enlève le côté cheap, se débarrasse de cette espèce d’humilité et de souci de la collectivité l’habitant peut-être malgré lui. L’ouverture à l’expérience, sans états d’âme, aspiration de fond du film original, s’épanouit franchement dans le remake – bien sûr l’expérience reste digne de celles d’un Capra, en termes de virulence et de crédibilité sorti de la salle. D’autres handicaps bien français plus subtils sont aussi sortis de l’écran : en France, l’élan ne vient pas de toi (parce qu’on ne se fait d’illusion et aussi car c’est moins flippant ainsi). Dans le film de 2019, c’est l’assistant qui souhaite récupérer le livre qu’il a volé le premier jour ; dans l’original, c’est le patron qui fait la demande. À ce détail on voit que la ‘self-reliance’ n’est pas facile à admettre pour l’hypothétique français du quotidien (ça ne veut pas dire qu’il ne la connaît pas) ; on doit plutôt accepter le plan des supérieurs, ou celui qui croise notre route, en épuisant éventuellement notre quota d’audaces. Enfin il faut reconnaître que The Upside, conformément à son modèle, est assez con et multiplie les contrastes primaires – moins en se fondant sur des trucs ringards, c’est déjà un point ; sans passer par les finasseries et la pudeur, c’est le second et le meilleur. Il a aussi purgé le nombre de personnages récurrents et Yvonne est devenue bien plus importante (sous les traits de Nicole Kidman, parfaite comme toujours sauf peut-être quand on elle doit relever le défi de jouer l’intime de Cage).

Note globale 54

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Suggestions… Pour 100 briques t’as plus rien + Training Day

Les+

  • légèrement supérieur à l’original
  • plus drôle car plus cru
  • les tensions sont plus sérieuses entre les milieux
  • trio excellent
  • ne louvoie pas (bien que la durée soit équivalente)

Les-

  • encore plus bête et certainement plus vain
  • toujours pas tellement ‘réaliste’ pour autant
  • heureusement que ce trio est de tous les plans car la platitude déborde déjà

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IDIOCRACY ***

15 Avr

3sur5 La promesse d’Idiocracy est énorme, l’application un peu décevante. C’est avant tout une pantalonnade polémique, avec du génie vu de loin et selon les grandes lignes, puis seulement un certain panache dans le potache et le blâme trivial vu de près. Une fois posé le concept, il y a peu de progrès et même de possibles fautes logiques : comment une partie de la technologie a-t-elle pu aussi bien se maintenir et pourquoi arrive-t-on encore à la manipuler ? S’il n’y a pas d’erreur, il y a toujours des champs délaissés ; d’ailleurs, le cadre ne dépasse jamais celui des États-Unis réduits à une ville, le reste du monde (et de la nation) est inexistant – sans doute car sorti des consciences – et c’est bien là où le film pèche, en étant finalement complaisant autant avec son postulat critique qu’avec cette vision d’une humanité dégénérée. Et celle-ci est assez forte pour assurer la gloire du film, le budget modeste et une probable pingrerie aidant même à son accomplissement.

La société de 2505 est régie par un ordre capitaliste dégradé, apparemment post-apocalyptique et pourtant toujours en continuité avec les réalités du tournant du XXIe. C’est une Humanité qui s’est oubliée, où l’anti-intellectualisme, l’irresponsabilité et le despotisme non-éclairés ont gagnés. Ce dernier en est venu à se dissoudre, comme le reste, c’est-à-dire comme ses ressources matérielles, humaines, culturelles et spirituelles (dans l’ordre de dégradation). Même les vêtements ordinaires sont souvent recouverts par des logos, les sponsors et l’incontinence émotionnelle dominent chaque parcelle de l’espace public, l’espace privé est un dépotoire où les individus n’ont rien à vivre ou lâcher de plus qu’ailleurs étant donné la déliquescence générale – simplement, on est le maître de la télécommande et de son manger.

Les auteurs ont pensé à de nombreux détails plus ou moins manifestes (une cuvette est incorporée au siège personnel de Frito). Ils évitent toutefois les extrémités qui scelleraient l’animalité délirante de ces troupes – pas de scatophilie, nudité limitée, copulations en public peut-être hors-champ mais en tout cas absentes ; bref il reste de la pudeur, tout comme il reste un semblant d’hôpital, de gouvernement, d’industrie, de justice. Les gens de 2505 sont donc comme des adolescents fougueux, fiers et sûrs d’eux, condamnés à s’enfoncer à défaut de modèles alternatifs, assistés dans leur débilité par les résidus de la civilisation, les ordonnances et la technologie autrefois mises en place ; l’ordinateur a avalé les cerveaux au lieu de libérer de la place pour son épanouissement.

Les obsolescences (et notamment celle de l’Homme) ne sont cependant pas à l’ordre du jour, ces thèmes sont sans doute trop risqués ; les auteurs préfèrent animer cette ignoble simulation et le font avec talent (peut-être sont-ils juste assez malins et grossiers à la fois pour être aussi à l’aise et récupérables ; après tout Etan Cohen est au scénario et lui aussi n’est pas responsable de films lumineux (ce n’est pas un drame, on aime Dumb & Dumber pour leur connerie). Globalement Idiocracy est une comédie grinçante, souvent jubilatoire, discrètement mais puissamment glauque aussi. Que les savoirs élémentaires, l’autonomie, la capacité d’inhibition s’évaporent, peut déjà se concevoir à notre époque et pire, peut se concevoir de manière plus transversale – pourquoi l’Histoire suivrait-elle une courbe en cloche, pourquoi le développement serait-il uniforme ? Le cynisme crétin, l’ingratitude, la passion de l’abrutissement heureux n’attendent pas la décadence pour imprégner les masses et castrer l’émancipation des enfants.

Avec ce film il y a donc matière à ‘culte’ et après une sortie compliquée, il a fatalement émergé, dans une modalité autrement vulgaire que l’habituelle (Star Wars ou Indiana Jones sont ‘cultes’ au sens ‘éclaireurs de la pop culture’). Il le doit davantage à son principe qu’à son contenu, cette idée d’engloutissement par la stupidité plaisant ou ‘parlant’ à beaucoup de monde. Idiocracy est donc remonté dans les années 2010 pour illustrer des éditos ou cris du cœur, jusqu’à connaître un boom mainstream pendant l’ascension de Trump en 2016. Les misanthropes communautaires et autres narcisses mondains se sont sentis spirituels, le réalisateur (Mike Judge, créateur de Beavis and Butt-Head et d’Office Space) lui-même a déclaré être pris de court.

Note globale 66

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Suggestions… La Tour Montparnasse 2 + Feed

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (4), Ambition (3), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

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LES VIEUX DE LA VIEILLE **

2 Déc

les vieux de la vieille

3sur5  Se désignant lui-même comme « une farce de Gilles Grangier », Les Vieux de la Vieille (adaptation d’un roman éponyme) connut un grand succès à sa sortie, avec 3.5 millions d’entrées en 1960. Il fait partie de ces films de nombreuses fois diffusés à la télévision française et est caractéristique de ces produits jouissant d’une valeur populaire appelée à s’éteindre. Comme l’indique l’expression lui servant de titre, il réunit trois vieux types au parlé folklorique dans un univers champêtre.

Avec le retour de Baptiste en Vendée, les vieux amis se retrouvent. Ils se racontent leurs histoires, bien sûr, mais il ne s’en tiennent pas là et se comportent toujours comme de vrais gamins. Sans être profondément irrespectueux, ils ne respectent aucune autorité, même pas les religieuses du coin. Ils jouissent de la vie en acceptant leur part. Aujourd’hui où ce genre de personnages est devenu invisible, la majorité des spectateurs se sentiront peu concernés. Mais ce décalage justement rend la chose d’autant plus pittoresque : arriver tout neuf, c’est une aussi bonne façon d’approcher cet espèce de sketche permanent.

L’attitude de ces trois bonhommes est rafraîchissante. Les one-line et monologues improbables qu’ils baragouinent, leurs voix gutturales ou pâteuses, leur accent de la France profonde, sont dépaysants. Même si le numéro peut par moments être saoulant, car c’est bien une pochade et jamais plus, il y a de quoi rire grâce aux dialogues percutants (supervisés par Audiard) et aux performances des trois trublions. Pierre Fresnay, dans ce rôle très différent de ceux antérieurs, est particulièrement drôle. Jean Gabin ne faillit pas mais semble plus emprunté que ses deux camarades.

Note globale 58

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Suggestions… La métamorphose des cloportes

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AU POSTE !

28 Nov

3sur5 Farce originale dans l’absolu mais où son auteur se renouvelle peu. Au contraire le cadre est neuf – relocalisé, en intérieurs, similaire au huis-clos et sur un temps court, proche de celui du spectateur (l’interrogatoire s’étale sur une nuit – multiple). Ce n’est pas une bombe ubuesque à la Wrong Cops avec sa virée chez les nihilistes ordinaires, ni tellement sombre comme l’était Réalité, ni à la frontière de l’expérimental comme l’ont été Wrong et Rubber.

C’est même plutôt prosaïque, mais comme ça peut l’être chez Dupieux – l’aberration s’infiltre dans la banalité, les protagonistes réagissent en parfaits débiles logiques, irréprochables si leurs principes sont bien choisis. Souvent ils se disent ce qui ne saurait se dire, par bienséance, souci de pertinence ou conscience de soi (consultez Invention of Lying pour l’option radicale). Ils ne font et ne sont qu’en fonction de ce qu’ils savent, ou s’y appliquent le plus possible – si une huître est un aliment l’agent moustache ne voit aucune objection à la croquer. Évidemment les gens sont trop confus pour soutenir la logique et ne serait-ce que leurs standards, il ne peut donc y avoir que des petites catastrophes ou le règne du ridicule perpétuel, devenu normal à l’usure.

Tout coule avec facilité, dans les deux sens du terme. Les enchaînements sont un peu prévisibles (le coup de l’équerre) ou immédiatement repérables à moins d’être subjugué par la loufoquerie. L’humour si improbable se fait aussi littéraliste (même en mode discret, avec le cadavre dans le placard). Le film a le mérite de ne pas souligner de moments de solitude, ralentir le rythme (sauf scène d’ouverture – fantaisie sans rapport avec l’aventure à suivre), imposer des flottements supplémentaires à ceux de son récit aberrant (ce que pratiquait encore Réalité) – le quota d’égarement est déjà bien assez grand.

Les dialogues sont jubilatoires, le duo et certains retours perplexes près de l’immeuble évoquent Buffet froid. Le meilleur est certainement dans les vingt premières minutes, le niveau voire le plaisir se tassant au cours des sept allers-retours. Les invasions de souvenirs et autres attentats diégétiques réduisent l’impact de la seconde moitié. La révélation pré-finale n’apporte qu’elle-même et donne occasion d’un petit épilogue improbable ; pour les concepteurs elle permet de se tirer de cette histoire de fou (ou au moins de la boucler), pour les spectateurs elle a de quoi frustrer (à moins que les citations-hommages possibles soient plus importantes que la définition d’un [non-]sens personnel).

Cette fin conforte l’impression d’avoir assisté à un exercice de mariole – efficace malgré tout. Notez que la courte durée de cette bêtise sophistiquée peut être une qualité (1h13, enlevez sept minutes pour le générique – sept minutes de moins en faisaient un moyen-métrage). Si vous devez y accéder au tarif plein, passez votre chemin, à moins d’être un adepte. Sinon, il faut tenter cet opus, le plus accessible de Dupieux, dépassant même Steak sur ce plan.

Note globale 62

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Suggestions… Inspecteur Labavure

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (6), Dialogues (7), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (6), Originalité (7), Ambition (5), Audace (-), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (4)

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Les +

  • dialogues
  • le duo Poelvoorde/Ludig
  • les détails grotesques
  • comédie efficace

Mixte

  • la durée
  • scènes en-dehors du bureau de police

Les –

  • vraiment aberrant finalement
  • moment où un réalisateur se décalque ou s’imite lui-même

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