Tag Archives: comédie romantique

PERDRIX **

16 Août

2sur5 Les personnages posés à l’écran sont potentiellement attirants mais la mise en scène est d’une langueur exagérée. Elle est une provocatrice tonitruante, le principe masculin en roue libre, au détachement outrancièrement revendiqué mais effectivement vécu ; lui est fiable mais ne sait trop rien, est consentant avec les autres et ce que lui laisse la vie (explicitement féminisé dans la scène d’inversion avec la vaisselle), il suit les procédures, est doucement malheureux et résigné. Et malheureusement le film est un peu comme lui lorsqu’il s’égaie.

L’écriture est élégante, certainement trop tant le film n’ose rien déflorer (Le mystère des pingouins [sortie simultanée] est moins niais). Du point A au point B s’écoule un minimum d’événements, de rares évolutions toujours sans surprise. Nous avons à peine droit à un état des lieux (chacun préserve son jardin secret). Fanny Ardant campe finalement le personnage le plus complexe, le mieux taillé pour relancer les cartes. En savoir peu sur son cas et en apercevoir autant de ses émotions la fait tenir, sans la rendre très captivante, à moins d’être ému par sa présence ou le style (inviolé) de l’actrice. Le frère est excellent, sa partition bonne mais encore trop timide (reproche qu’on ne pouvait adresser au Couteau dans le cœur où Nicolas Maury était déjà en type délicieusement aberrant et de mauvaise foi). Un seul personnage se révèle en progressant : Michel, le jeune homosexuel houellebecquien (relativement vif et inspiré, encore doté d’un peu de panache pour se lancer dans une dérive existentielle).

Le film cueille quelques fruits de son décalage, notamment avec ses flics naturellement imaginables (tout peut se rêver) mais forcément plus appropriés dans une œuvre située en France. Leur paresse n’est pas nécessairement improbable vu le contexte, le reste de leurs attitudes le sont. La scène où ils élaborent le portrait psychologique du capitaine est le véritable sommet de bizarrerie (de ce doux compromis entre Lelouch et Guiraudie en plein exercice de philosophie). Les dialogues sur-écrits voire inadaptés à leurs détenteurs blessent davantage la qualité du film le reste du temps – spécialement lors de la reconstitution. Le manque de mordant est d’ailleurs accablant à ce moment où les démonstrations de pantins mutiques donnent simplement de quoi sourire, comme on le ferait devant une farce d’enfant. La faute en revient toujours à cette auto-limitation. Pour voir au fond de ses personnages le film mise presque tout sur la parole, puis s’autorise des moqueries douillettes envers les gens en troupeaux, ou quelques envolées fantaisistes pour les affaires intimes. On pourra trouver jolies ces bulles entre silence clipesque et danse allégorique.

Note globale 52

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Suggestions… Je promets d’être sage + Petit Paysan + Un homme et une femme + Rester vertical

Les+

  • un peu original
  • décors
  • écriture fine
  • les dialogues…

Les-

  • assez plat, peu d’action et de conflits
  • trop doux, sa dinguerie en souffre
  • tourne autour de ses personnages : qu’on les secoue davantage !
  • dommage qu’ils n’aillent pas toujours avec leurs corps

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FUNNY HA HA *

3 Juil

1sur5  Y aura-t-il un glissement du rire vers le drame, une usure du rire, le long de ce film ; son premier abord n’est-il pas trop niais et décontracté, déjà porteur des germes de la remise en question (sinon de la mélancolie) ? Redescendez tout de suite cette pochade sera toujours en-dessous de tout ce que vous avez pu planifier, en revanche elle est méchamment significative et agréablement sûre d’elle-même. Cette bouillie au titre d’inspiration trisomique et au contenu trop proche du nul pour être exécrable a pourtant trouvé assez de relais pour qu’on en fasse une figure de proue, voire la première pierre, d’un soit-disant courant : le mumblecore. Ce terme lancé par un ingénieur du son de Bujalski, réalisateur du Funny Ha ha, désigne des films indépendants bavards et dépouillés à tous degrés, décrétant que leur inanité participe d’un style. Prodigieuse méthode de recyclage des ordures sur pellicule dont le public, les cinéphiles et les institutions du cinéma se moquent légitimement, pendant que les clowns du cinéma indépendant américain marqué ‘indie’ se paluchent sur leurs créations indifférenciées et se planquent avec leurs étiquettes grandiloquentes et insipides.

Funny Ha ha n’est fait quasiment que de conversations, avec même un tunnel téléphonique : non chers fauchés ambitieux cette astuce ne dope ni le rythme ni l’attention. Cela dit il ne faut surtout pas s’attacher à la forme dans le cas présent, sinon pour éventuellement apprécier l’espèce d’effort des auteurs consistant à faire des manques une signature artisanale – comme en atteste le générique sur papier. Cet univers est humble, on aura compris ! Et après tout l’absence de musique ajoutée, d’effets de caméra, est souvent appréciable ou du moins pas une entrave lorsqu’on s’écarte des listes ‘A’. Le problème de ce film c’est son amour inconditionnel de la médiocrité. Il ne fait qu’empiler des conversations de débiles modérés et ‘normaux’, étudiants légèrement cultivés et adeptes de contre-culture mais pas trop – ou dépassée ou à la cool. En même temps ils sont soucieux de bien vivre, ces benêts instruits et alcoolos, ces employés de bureau mollement délurés, faux intellos qui ont lâché depuis longtemps (2-3 ans dans le circuit puis plouf, les perfusions Libé/Nouvel Obs/Nova/Rolling Stone prendront le relais). Voilà un peu le genre de peuple d’Ikéa, au milieu duquel trône Marnie, la fille à lubies ; oh, Marnie, la gentille et brave, sans arrière-pensée, du genre vive et formidable mais dans une version très atténuée et pas nécessairement récurée.

Les variétés de bouffons sans grâce autour entrent dans la vie, alors Marnie se rend bien compte que son heure doit arriver aussi. ‘Devenir grand’ dans l’idée du film c’est adopter une vie domestique débile en version égocentrique amorphe affable, tout en se trouvant enfin un conjoint à sa taille. Et ainsi la vie continue, mais elle devient plus adulte ! L’emploi du temps quand on a 25 ans c’est toujours celui d’un grand adolescent, mais MA-TTT-UUU-R-E ! Il se compose comme suivant cette phrase d’introduction très laide et inappropriée mais nécessaire à l’illusion de propreté et de sérieux (persistante dans l’âme pourrie des ouailles débiles d’usines à remplissage des crétins domestiqués) que je vous présente : 1) soirées, 2) récupérer les torchés, 3) se caser et travailler, sachant que la troisième option doit prendre de plus en plus d’importance avec le vieillissement, qu’on le veuille ou non, car ainsi va l’espèce humaine (quand elle est avancée bien sûr) ! Il reste à s’amuser de quelques scènes bien grotesques (comme celle du lourdaud au restau), à moins de faire partie des retardés capables d’éprouver une espèce d’adhésion à une telle dégénérescence émotionnelle – le ton étant partagé entre tendresse, compréhension passive et sens des réalités.. troublant. Ces gens feraient mieux de forniquer plus souvent, en se ‘couvrant’ et restant entre eux parce qu’ils sont moches.

Note globale 21

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Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (2), Ambition (2), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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DIAMANTS SUR CANAPÉ ***

12 Août

3sur5  Blake Edwards est connu pour la série La Panthère Rose avec Peter Sellers et une poignée de films comme Victor Victoria, La Party et Diamants sur canapé. Estampillé réalisateur de comédies loufoques, parfois sophistiquées, il s’insinue vers la romance avec Diamants sur canapé où Audrey Hepburn délivre l’une de ses performances les plus fameuses et chante Moon River de Johny Mercer et Henry Mancini.

Adaptation édulcorée d’une nouvelle de Truman Capote, Diamants sur canapé (1961) est un film où on exulte le rêve américain tout en sentant une proximité avec la Nouvelle Vague. Les pérégrinations de ces deux mondains évoquent d’ailleurs celles, plus obscures cependant, de Belmondo et Seberg dans A bout de souffle un an avant. Diamants est un produit caricatural, complaisant, mais bien trop léger et sincère pour accabler de vanité, contrairement à ce cinéma européen rénové. Il assume aussi davantage son essence bourgeoise (et brocarde un immigré japonais en peine-à-jouir revendicatif prêt à gâcher les réceptions et les émulations de ces belles personnes).

Ainsi Audrey Hepburns et George Peppard sont deux petits opportunistes (sur)jouant en permanence, s’apprêtant pour trouver une place sous le soleil de New York. Ils sont une escort-girl de luxe et un gigolo rentier, ou encore une drama queen fausse aristo et un dandy blasé. Ils sont somme toute des gens normaux vivant en tâchant d’éviter le salariat, mais peu importe, ils font partie de l’univers mondain. Blake Edwards ne cache rien de leur cynisme, à eux deux, aux riches et leur cour, mais il n’a aucun jugement là-dessus. Il montre simplement l’effervescence, sans omettre la tristesse ni les encarts minables de fin de soirée, toujours en demeurant lisse et poli.

On s’agace des personnages parfois, mais laisse le spectacle défiler avec finalement une sorte d’enthousiasme résigné (car c’est dommageable, gratuit, mais aimable), voir une légère délectation. Hepburn, Peppard et les autres aussi n’ont qu’une seule motivation dans le fond : prendre plaisir et gagner, en profitant des opportunités, dans un monde superficiel et ordonné, comme eux-mêmes, à ce détail près qu’ils sont adaptables et conformistes plus que disciplinés. Performeuse redoutable dans ce contexte, Hepburn affiche donc sa robe fourreau en satin noir, sans manches et agrémentée de gants blancs. Un des costumes les plus cités et retenus dans l’histoire du cinéma, mis au point par Givenchy.

Note globale 69

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Suggestions… Vacances romaines + La Grande Belleza

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NEW YORK MIAMI ***

11 Jan

3sur5  Premier grand succès de Frank Capra et premier opus notable de la screwball comedy (comédies « loufoques » américaines, parfois éprouvantes – comme La dame du vendredi de Hawks en 1940), New York Miami a fait de l’ombre aux autres contributeurs originels (tels que The Thin Man de Van Dyke ou The whole town’s talking de John Ford). Il est aussi considéré comme le premier road movie américain ; sa présence au cinéma refléterait une tradition américaine et des films phare comme Le Magicien d’Oz (1939) ou Les raisins de la colère (1940) en seraient eux aussi l’expression. New York Miami réalise une rafle à la remise des Oscars en 1935. Il établit le premier record en emportant les cinq principales récompenses ; il faudra attendre 1976 et Vol au-dessus d’un nid de coucou de Forman pour égaler cette performance (Le silence des agneaux ré-édite l’exploit en 1992).

Clark Gable, dont la carrière est marquée par des tandems avec les actrices les plus starisées de l’époque (les plus importantes collaborations étant celles avec Joan Crawford et Myrna Loy), rencontre ici Claudette Colbert (Cléopâtre, La Baronne de minuit). Lui est l’acteur le plus fameux depuis l’avènement du parlant (suivront sous peu Les révoltés du Bounty et Autant en emporte le vent), elle s’apprête à voir sa carrière exploser. Dans sa fuite, la jeune héritière d’un millionnaire hostile à son mariage écervelé se trouve embarquée dans une randonnée à travers le pays, accompagnée d’un journaliste au chômage (car doublé d’un rebelle). Ils semblent se trouver collés l’un à l’autre par une succession de mauvais concours de circonstance ; elle apprécie cet excentrique un peu rude, lui poursuit son scoop, chacun fait semblant de snober l’autre (braqué derrière sa dignité ou son impératif professionnel).

Du point de vue du spectateur, c’est un jeu de dupes à la tournure prévisible – sans compromettre son charme. Après tout il ne s’agit pas de ménager un quelconque suspense, mais de bien d’enrichir un manège rythmé et insolent (l’ère du pré-Code s’achèvera dans quelques mois, avec l’application du Code Hays le 1-07-1934). Si la screwball comedy est souvent tenue comme un ancêtre de la comédie romantique US standard de la deuxième moitié du XXe, ses personnages se veulent beaucoup plus progressistes, ou au moins émancipateurs. Capra nuance ces tendances avec une ode implicite à l’art de vivre de l’Amérique ‘profonde’ (ré-affirmée catégoriquement dans L’Extravagant Mr Deeds en 1936) et un culte (déclaratif au minimum) de l’authenticité. Sa candeur volontariste triomphe, les principes éternels prennent une tournure douce et moderne, le mariage de raison (ou de passion crétine) est contrarié au profit de l’idéal du mariage d’amour, comme l’Église et les anti-bourgeois y aspiraient.

Malgré sa réputation presque mirifique et les responsabilités immenses qui lui sont prêtées, New York Miami est plus proche de la gaudriole maline et sophistiquée que du magma créatif et génial. C’est plutôt un avant-goût des produits où Capra entend discourir et émouvoir (Mr Smith au Sénat, La vie est belle), avec ici une attention accrue mais superficielle pour les petites réalités ordinaires (on se sent sortis des studios ; d’ailleurs le succès du film est dû au bouche-à-oreilles, pas à une sortie en grandes pompes). Les dialogues sont à cette image, souvent acides (scène d’introduction de Gable au téléphone – le début d’Arsenic, tourné en 1944 par Capra, semble quasiment copier celui de NY Miami) et même subversifs (le « mur de Jéricho » terminal), patauds et redondants à d’autres moments (le fiel de Warne tourne court malgré sa vigueur). La réalisation est assez conventionnelle, les moments nocturnes plus poétiques et la route vers New York (sauf le passage chez les rebuts sociaux ou la fameuse séquence de l’auto-stop) pas toujours loin du théâtre filmé. Cependant l’influence exercée sur des œuvres ultérieures, même indirecte ou inconsciente, est importante : Vacances romaines de Wyler (1953, soit après la ‘mort’ de la screwball comedy) tire un postulat équivalent vers le conte.

Note globale 66

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Suggestions… Jeux dangereux/Lubitsch + L’Impossible Monsieur Bébé + La soif du Mal + La Garçonnière

Scénario & Ecriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (3), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

Note arrondie de 65 à 66 suite à la mise à jour générale des notes.

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GARDEN STATE **

20 Août

garden state

2sur5  Connu pour son rôle de John Dorian dans la série hospitalière Scrubs, Zach Braff a réussit un premier film aux vertus contradictoires. Romcom typique, Garden State est un modèle de platitude intelligente. La fébrilité du caractère incarné par Portman, le manque d’éclat de celui campé par Braff lui-même, viennent renforcer le langage du film (d’ailleurs avec Andrew, Braff a un talent pour se mettre en valeur tout en jouant le mec humble et distancié). Garden State n’est pas une romance avec d’intenses remous, c’est un film ardemment morne, avec des protagonistes gentils et sensibles, jouant les weirdos en vain.

Il considère avec bienveillance un univers (générationnel) de roudoudous affectés, très sobres dans le fond et sans grands élans. Par conséquent Garden State ne décollera jamais vraiment, mais c’est justement une expression de son identité. En revanche l’évolution est favorable, les personnages s’affirment, allègent leurs fardeaux, nuancent leurs caprices. Zach Braff s’aligne avec brio dans un genre d’élection, se place à l’ombre des premiers films de Jeff Nichols (Le Lauréat, Virginia Woolf) quoiqu’il en omet tout le venin. Cette douceur réfléchie, cette grisaille confinant au spleen réduit, donnent à Garden State une petite contenance propre.

Ces qualités d’écriture sont toutefois assez fugaces. Tout est logorrhée monocorde dans Garden State, produit cohérent, rempli de bons mots, de situations pittoresques, mais néanmoins plombé par cette tiédeur qu’il célèbre. Le mariage avec la tristesse light est à ce prix. Dès le début cependant la maîtrise de la réalisation et les subtilités de la mise en scène tiennent en respect tous ces contre-effets. Garden State reste dans un circuit anodin, est trop mou pour être plus qu’un collage des repères contemporains de son genre ; néanmoins il est assez fort techniquement pour faire oublier Braff l’acteur au profit de Braff le réalisateur.

Note globale 49

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Suggestions…

Scénario & Ecriture (3), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (1), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (3)

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