Tag Archives: comédie romantique

JUMBO ****

6 Juil

4sur5  Pour traiter cette attirance anormale Wittcot fait le meilleur choix, celui du premier degré et de l’approche autarcique. On peut fantasmer sur les intentions du film ou les jugements de ses auteurs à l’égard de cette paraphilie, imaginer qu’ils ont simplement voulu jouer un tour ou épater la galerie, les soupçonner de participer à repousser les limites du socialement acceptable (de fait ils participent à élargir celles du sexuellement concevable) ; dans tous les cas il reste une œuvre sentimentale et fluide, sensible et stylisée, avec sa représentation candide et surtout incarnée par un cas particulier – généreusement exposé, régulièrement dénudé(e).

Jumbo ne donne pas dans la gaudriole, la comédie toute en sarcasmes et dénigrements, n’est pas non plus poseur, pataud et lent façon art et essai relayé par Mubi. Ce qui semblait indiqué pour devenir un énième de ces ‘films de genre’ ronflants (via certains labels en plus de la bizarrerie affichée du synopsis) ou un succédané de Dupieux est un ‘vrai’ drame ; un mélodrame aux abords du fantastique, entre le conte de fées tordu mais adulte et le concret bien lourd, non sinistre – juste l’odeur du réel, de l’épaisseur des gens, dans un milieu requérant peu de masques ou d’une complexité médiocre. Le petit lot d’humanité autour de Jeanne est une synthèse de beauferie aimable, innocemment tarée ou dévoyée (encline à l’alcool, aux expressions bas-du-front, aux grasses propositions et à l’intrusion). À l’occasion elle les subi, mais Jeanne se passe des autres pour souffrir. Le mal ou la haine et même le mépris ne doivent pas être convoqués quand les besoins immédiats, les habitudes et la brutalité qui sont le lot de tous suffisent à motiver les actions et déterminer les réactions.

Et comme ces comportements sont abordés de façon empathique et bienveillante, simple et amorale, en variant le curseur entre l’objectivité et la fantaisie complaisante, le film rend compte avec génie de la sensation d’incompréhension – et avec elle, de la prise de conscience étrange et plutôt désagréable mais pas insurmontable du fossé entre soi et les autres, qu’aucun artifice et surtout qu’aucune bonne volonté ne suffira à nier, comme on nie les petits malaises et les conflits infimes parsemant mille fois le quotidien. C’est pourquoi la scène de la rencontre du gendre est une merveille de comédie ; tout ce qu’on veut passer dans les pantalonnades familiales n’est qu’ennui, car on est censé s’amuser d’oppositions que tout le monde a déjà formellement reconnues et digérées. Dans Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu on a qu’un déni social, de surface, la bêtise du civilisé dégénéré ; dans Jumbo on a la circonspection et le déni face à un morceau réellement trop gros, venu de trop loin, pas simplement une histoire d’humeurs, de ratés dérisoires et d’egos saturés.

Sa force et son originalité ne font pas de Jumbo un film complètement autonome ; il reste traversé voire habité de références ou d’arrangements idéologiques. Il garde longtemps une saveur de teen-movie américain et par ses décors renvoie aux années 1980. Il ressemble aux histoires de révélation LGBT ou d’acceptation de soi. Sauf qu’en matière d’appel à la tolérance, il coche les cases simplement. La bande-annonce a tout de la démonstration féminine et de la pommade bien-pensante ; elle ressemble peu à l’essentiel du film, or les éléments utilisés sont bien là ; une poignée d’échanges sentencieux, que d’ailleurs on sent immédiatement surfaits, sûrement sincères ou du moins convaincus, mais surtout conventionnels – le paroxysme étant naturellement la défense de beau-papa et son argumentaire ‘vivre et laissez-vivre’, avec le fameux « elle ne fait de mal à personne ». Le véritable mérite de ces piteuses manifestations de vertus, c’est de raccrocher le film à du familier. Et plus il intègre de banalités, plus il respire la confrontation au vrai – face auquel Jeanne est tellement démunie.

Finalement Jumbo est surtout un film d’apprentissage ; Jeanne apprend à sortir d’elle-même, à exulter son désir et son individualité. Le traitement est délicat et franc, la nature de l’affection devient prétexte à des écarts poétiques ainsi qu’à l’expérience par procuration de symptômes douloureux – comme cette paranoïa (fruit de l’embarras, de l’absence de contact et de maîtrise) vécue alternativement du point de vue interne ou externe. Le spectateur récupère les éléments essentiels à une lecture biographique ou psychologique triste et pathétique, sans se faire engloutir par les sentiments mauvais ou plombants. L’expérience de Jeanne garde toujours une part d’incertitude et d’irrationalité ; on ne saurait trop dire ce qui relève de la folie ou de la rêverie ; on hésite à la situer entre 16 et 34 ans, son introduction sur Fly avec sa mère suggère une lycéenne, l’aperçu d’un long historique indique largement plus. Et justement dehors il y a cette bonne copine ou fée déglinguée, soutien à la fois inconsistant et inconditionnel.

La fougue et la grossièreté de cette mère (une nouvelle débraillée fulgurante pour Emmanuelle Bercot après Fête de famille, où à tous degrés elle arrachait à la banalité et la torpeur) exacerbent la solitude de Jeanne ; leur relation fusionnelle est des pires mais avec sa part de gratitude des deux côtés (la balance penche largement en faveur de la mère – que les dubitatifs du film percevront comme une victime ou une idiote). L’attitude de cette allumeuse a pour résultat de censurer sa fille, mais elle est ambivalente : elle veut la voir s’épanouir et partager ses plaisirs, en même temps la laisser grandir doit lui paraître une menace pour son image et son énergie. La conclusion est donc la plus belle et saine qui soit, dans la mesure où la cohérence le permettait ; c’est à la fois un enfoncement dans le délire et une libération ; un dépassement des faiblesses et de l’inadaptabilité de la fille, l’instauration d’une connexion nouvelle et inimitable avec sa mère, une folie peut-être nécessaire à la fin de l’angoisse généralisée ou annonciatrice d’un nouvel équilibre déviant voire affectivement incestueux mais résolument joyeux. Rendu à ce stade, de toutes façons, il faut arrêter de guetter les réponses et surtout ne pas reculer ; exactement la démarche de ce film qui a eu le bon instinct de se réaliser sans chercher à se fixer dans un registre exclusif ou se laisser verrouiller par des ‘explications’ justifications. C’est le genre d’œuvre qui contrairement à De Gaulle vaut le coup d’être faite.

Note globale 78

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Suggestions… Under the Skin + Christine + Beyond the Black Rainbow + Rubber + Mysterious Skin

Les+

  • prend la déviance au premier degré en s’y attachant moins qu’à la fille
  • comédie involontaire ou ‘secondaire’ de haute volée (les scènes d’outrances et de décalages)
  • envolées fantasmagoriques convaincantes
  • interprètes
  • effectivement original
  • bande-son

Les-

  • passages obligés de la tolérance (mais sans grande incidence)

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PERDRIX **

16 Août

2sur5 Les personnages posés à l’écran sont potentiellement attirants mais la mise en scène est d’une langueur exagérée. Elle est une provocatrice tonitruante, le principe masculin en roue libre, au détachement outrancièrement revendiqué mais effectivement vécu ; lui est fiable mais ne sait trop rien, est consentant avec les autres et ce que lui laisse la vie (explicitement féminisé dans la scène d’inversion avec la vaisselle), il suit les procédures, est doucement malheureux et résigné. Et malheureusement le film est un peu comme lui lorsqu’il s’égaie.

L’écriture est élégante, certainement trop tant le film n’ose rien déflorer (Le mystère des pingouins [sortie simultanée] est moins niais). Du point A au point B s’écoule un minimum d’événements, de rares évolutions toujours sans surprise. Nous avons à peine droit à un état des lieux (chacun préserve son jardin secret). Fanny Ardant campe finalement le personnage le plus complexe, le mieux taillé pour relancer les cartes. En savoir peu sur son cas et en apercevoir autant de ses émotions la fait tenir, sans la rendre très captivante, à moins d’être ému par sa présence ou le style (inviolé) de l’actrice. Le frère est excellent, sa partition bonne mais encore trop timide (reproche qu’on ne pouvait adresser au Couteau dans le cœur où Nicolas Maury était déjà en type délicieusement aberrant et de mauvaise foi). Un seul personnage se révèle en progressant : Michel, le jeune homosexuel houellebecquien (relativement vif et inspiré, encore doté d’un peu de panache pour se lancer dans une dérive existentielle).

Le film cueille quelques fruits de son décalage, notamment avec ses flics naturellement imaginables (tout peut se rêver) mais forcément plus appropriés dans une œuvre située en France. Leur paresse n’est pas nécessairement improbable vu le contexte, le reste de leurs attitudes le sont. La scène où ils élaborent le portrait psychologique du capitaine est le véritable sommet de bizarrerie (de ce doux compromis entre Lelouch et Guiraudie en plein exercice de philosophie). Les dialogues sur-écrits voire inadaptés à leurs détenteurs blessent davantage la qualité du film le reste du temps – spécialement lors de la reconstitution. Le manque de mordant est d’ailleurs accablant à ce moment où les démonstrations de pantins mutiques donnent simplement de quoi sourire, comme on le ferait devant une farce d’enfant. La faute en revient toujours à cette auto-limitation. Pour voir au fond de ses personnages le film mise presque tout sur la parole, puis s’autorise des moqueries douillettes envers les gens en troupeaux, ou quelques envolées fantaisistes pour les affaires intimes. On pourra trouver jolies ces bulles entre silence clipesque et danse allégorique.

Note globale 52

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Suggestions… Je promets d’être sage + Petit Paysan + Un homme et une femme + Rester vertical

Les+

  • un peu original
  • décors
  • écriture fine
  • les dialogues…

Les-

  • assez plat, peu d’action et de conflits
  • trop doux, sa dinguerie en souffre
  • tourne autour de ses personnages : qu’on les secoue davantage !
  • dommage qu’ils n’aillent pas toujours avec leurs corps

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FUNNY HA HA *

3 Juil

1sur5  Y aura-t-il un glissement du rire vers le drame, une usure du rire, le long de ce film ; son premier abord n’est-il pas trop niais et décontracté, déjà porteur des germes de la remise en question (sinon de la mélancolie) ? Redescendez tout de suite cette pochade sera toujours en-dessous de tout ce que vous avez pu planifier, en revanche elle est méchamment significative et agréablement sûre d’elle-même. Cette bouillie au titre d’inspiration trisomique et au contenu trop proche du nul pour être exécrable a pourtant trouvé assez de relais pour qu’on en fasse une figure de proue, voire la première pierre, d’un soit-disant courant : le mumblecore. Ce terme lancé par un ingénieur du son de Bujalski, réalisateur du Funny Ha ha, désigne des films indépendants bavards et dépouillés à tous degrés, décrétant que leur inanité participe d’un style. Prodigieuse méthode de recyclage des ordures sur pellicule dont le public, les cinéphiles et les institutions du cinéma se moquent légitimement, pendant que les clowns du cinéma indépendant américain marqué ‘indie’ se paluchent sur leurs créations indifférenciées et se planquent avec leurs étiquettes grandiloquentes et insipides.

Funny Ha ha n’est fait quasiment que de conversations, avec même un tunnel téléphonique : non chers fauchés ambitieux cette astuce ne dope ni le rythme ni l’attention. Cela dit il ne faut surtout pas s’attacher à la forme dans le cas présent, sinon pour éventuellement apprécier l’espèce d’effort des auteurs consistant à faire des manques une signature artisanale – comme en atteste le générique sur papier. Cet univers est humble, on aura compris ! Et après tout l’absence de musique ajoutée, d’effets de caméra, est souvent appréciable ou du moins pas une entrave lorsqu’on s’écarte des listes ‘A’. Le problème de ce film c’est son amour inconditionnel de la médiocrité. Il ne fait qu’empiler des conversations de débiles modérés et ‘normaux’, étudiants légèrement cultivés et adeptes de contre-culture mais pas trop – ou dépassée ou à la cool. En même temps ils sont soucieux de bien vivre, ces benêts instruits et alcoolos, ces employés de bureau mollement délurés, faux intellos qui ont lâché depuis longtemps (2-3 ans dans le circuit puis plouf, les perfusions Libé/Nouvel Obs/Nova/Rolling Stone prendront le relais). Voilà un peu le genre de peuple d’Ikéa, au milieu duquel trône Marnie, la fille à lubies ; oh, Marnie, la gentille et brave, sans arrière-pensée, du genre vive et formidable mais dans une version très atténuée et pas nécessairement récurée.

Les variétés de bouffons sans grâce autour entrent dans la vie, alors Marnie se rend bien compte que son heure doit arriver aussi. ‘Devenir grand’ dans l’idée du film c’est adopter une vie domestique débile en version égocentrique amorphe affable, tout en se trouvant enfin un conjoint à sa taille. Et ainsi la vie continue, mais elle devient plus adulte ! L’emploi du temps quand on a 25 ans c’est toujours celui d’un grand adolescent, mais MA-TTT-UUU-R-E ! Il se compose comme suivant cette phrase d’introduction très laide et inappropriée mais nécessaire à l’illusion de propreté et de sérieux (persistante dans l’âme pourrie des ouailles débiles d’usines à remplissage des crétins domestiqués) que je vous présente : 1) soirées, 2) récupérer les torchés, 3) se caser et travailler, sachant que la troisième option doit prendre de plus en plus d’importance avec le vieillissement, qu’on le veuille ou non, car ainsi va l’espèce humaine (quand elle est avancée bien sûr) ! Il reste à s’amuser de quelques scènes bien grotesques (comme celle du lourdaud au restau), à moins de faire partie des retardés capables d’éprouver une espèce d’adhésion à une telle dégénérescence émotionnelle – le ton étant partagé entre tendresse, compréhension passive et sens des réalités.. troublant. Ces gens feraient mieux de forniquer plus souvent, en se ‘couvrant’ et restant entre eux parce qu’ils sont moches.

Note globale 21

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Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (2), Ambition (2), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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DIAMANTS SUR CANAPÉ ***

12 Août

3sur5  Blake Edwards est connu pour la série La Panthère Rose avec Peter Sellers et une poignée de films comme Victor Victoria, La Party et Diamants sur canapé. Estampillé réalisateur de comédies loufoques, parfois sophistiquées, il s’insinue vers la romance avec Diamants sur canapé où Audrey Hepburn délivre l’une de ses performances les plus fameuses et chante Moon River de Johny Mercer et Henry Mancini.

Adaptation édulcorée d’une nouvelle de Truman Capote, Diamants sur canapé (1961) est un film où on exulte le rêve américain tout en sentant une proximité avec la Nouvelle Vague. Les pérégrinations de ces deux mondains évoquent d’ailleurs celles, plus obscures cependant, de Belmondo et Seberg dans A bout de souffle un an avant. Diamants est un produit caricatural, complaisant, mais bien trop léger et sincère pour accabler de vanité, contrairement à ce cinéma européen rénové. Il assume aussi davantage son essence bourgeoise (et brocarde un immigré japonais en peine-à-jouir revendicatif prêt à gâcher les réceptions et les émulations de ces belles personnes).

Ainsi Audrey Hepburns et George Peppard sont deux petits opportunistes (sur)jouant en permanence, s’apprêtant pour trouver une place sous le soleil de New York. Ils sont une escort-girl de luxe et un gigolo rentier, ou encore une drama queen fausse aristo et un dandy blasé. Ils sont somme toute des gens normaux vivant en tâchant d’éviter le salariat, mais peu importe, ils font partie de l’univers mondain. Blake Edwards ne cache rien de leur cynisme, à eux deux, aux riches et leur cour, mais il n’a aucun jugement là-dessus. Il montre simplement l’effervescence, sans omettre la tristesse ni les encarts minables de fin de soirée, toujours en demeurant lisse et poli.

On s’agace des personnages parfois, mais laisse le spectacle défiler avec finalement une sorte d’enthousiasme résigné (car c’est dommageable, gratuit, mais aimable), voir une légère délectation. Hepburn, Peppard et les autres aussi n’ont qu’une seule motivation dans le fond : prendre plaisir et gagner, en profitant des opportunités, dans un monde superficiel et ordonné, comme eux-mêmes, à ce détail près qu’ils sont adaptables et conformistes plus que disciplinés. Performeuse redoutable dans ce contexte, Hepburn affiche donc sa robe fourreau en satin noir, sans manches et agrémentée de gants blancs. Un des costumes les plus cités et retenus dans l’histoire du cinéma, mis au point par Givenchy.

Note globale 69

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Suggestions… Vacances romaines + La Grande Belleza

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NEW YORK MIAMI ***

11 Jan

3sur5  Premier grand succès de Frank Capra et premier opus notable de la screwball comedy (comédies « loufoques » américaines, parfois éprouvantes – comme La dame du vendredi de Hawks en 1940), New York Miami a fait de l’ombre aux autres contributeurs originels (tels que The Thin Man de Van Dyke ou The whole town’s talking de John Ford). Il est aussi considéré comme le premier road movie américain ; sa présence au cinéma refléterait une tradition américaine et des films phare comme Le Magicien d’Oz (1939) ou Les raisins de la colère (1940) en seraient eux aussi l’expression. New York Miami réalise une rafle à la remise des Oscars en 1935. Il établit le premier record en emportant les cinq principales récompenses ; il faudra attendre 1976 et Vol au-dessus d’un nid de coucou de Forman pour égaler cette performance (Le silence des agneaux ré-édite l’exploit en 1992).

Clark Gable, dont la carrière est marquée par des tandems avec les actrices les plus starisées de l’époque (les plus importantes collaborations étant celles avec Joan Crawford et Myrna Loy), rencontre ici Claudette Colbert (Cléopâtre, La Baronne de minuit). Lui est l’acteur le plus fameux depuis l’avènement du parlant (suivront sous peu Les révoltés du Bounty et Autant en emporte le vent), elle s’apprête à voir sa carrière exploser. Dans sa fuite, la jeune héritière d’un millionnaire hostile à son mariage écervelé se trouve embarquée dans une randonnée à travers le pays, accompagnée d’un journaliste au chômage (car doublé d’un rebelle). Ils semblent se trouver collés l’un à l’autre par une succession de mauvais concours de circonstance ; elle apprécie cet excentrique un peu rude, lui poursuit son scoop, chacun fait semblant de snober l’autre (braqué derrière sa dignité ou son impératif professionnel).

Du point de vue du spectateur, c’est un jeu de dupes à la tournure prévisible – sans compromettre son charme. Après tout il ne s’agit pas de ménager un quelconque suspense, mais de bien d’enrichir un manège rythmé et insolent (l’ère du pré-Code s’achèvera dans quelques mois, avec l’application du Code Hays le 1-07-1934). Si la screwball comedy est souvent tenue comme un ancêtre de la comédie romantique US standard de la deuxième moitié du XXe, ses personnages se veulent beaucoup plus progressistes, ou au moins émancipateurs. Capra nuance ces tendances avec une ode implicite à l’art de vivre de l’Amérique ‘profonde’ (ré-affirmée catégoriquement dans L’Extravagant Mr Deeds en 1936) et un culte (déclaratif au minimum) de l’authenticité. Sa candeur volontariste triomphe, les principes éternels prennent une tournure douce et moderne, le mariage de raison (ou de passion crétine) est contrarié au profit de l’idéal du mariage d’amour, comme l’Église et les anti-bourgeois y aspiraient.

Malgré sa réputation presque mirifique et les responsabilités immenses qui lui sont prêtées, New York Miami est plus proche de la gaudriole maline et sophistiquée que du magma créatif et génial. C’est plutôt un avant-goût des produits où Capra entend discourir et émouvoir (Mr Smith au Sénat, La vie est belle), avec ici une attention accrue mais superficielle pour les petites réalités ordinaires (on se sent sortis des studios ; d’ailleurs le succès du film est dû au bouche-à-oreilles, pas à une sortie en grandes pompes). Les dialogues sont à cette image, souvent acides (scène d’introduction de Gable au téléphone – le début d’Arsenic, tourné en 1944 par Capra, semble quasiment copier celui de NY Miami) et même subversifs (le « mur de Jéricho » terminal), patauds et redondants à d’autres moments (le fiel de Warne tourne court malgré sa vigueur). La réalisation est assez conventionnelle, les moments nocturnes plus poétiques et la route vers New York (sauf le passage chez les rebuts sociaux ou la fameuse séquence de l’auto-stop) pas toujours loin du théâtre filmé. Cependant l’influence exercée sur des œuvres ultérieures, même indirecte ou inconsciente, est importante : Vacances romaines de Wyler (1953, soit après la ‘mort’ de la screwball comedy) tire un postulat équivalent vers le conte.

Note globale 66

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Suggestions… Jeux dangereux/Lubitsch + L’Impossible Monsieur Bébé + La soif du Mal + La Garçonnière

Scénario & Ecriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (3), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

Note arrondie de 65 à 66 suite à la mise à jour générale des notes.

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