Tag Archives: costumes – déguisements

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU **

21 Sep

2sur5  Roman-photo érotique tablant sur le haut-de-gamme, pendant féminin et intégriste de Call me by your name, ce Portrait tout en fièvre intérieure est aux antipodes du sociologisme de Bande de filles et montre un apprentissage des sens et l’existence curieusement candide par rapport à Tomboy. Tout s’anticipe à l’exception de l’apparition en costume de la dame blanche (ou plutôt de sa persistance), d’une scène musicale avec des femmes libérées et des passages liés à la visite de la faiseuse d’anges. Ces derniers sont les seuls à véritablement sortir des conventions et leur relative frontalité pourra légitimement réjouir les cohortes prêtes à récupérer ce Portrait dans le sens de leur activisme et de leurs croyances féministes.

Ainsi certains trouveront des fulgurances à cette œuvre ronronnante aux symboliques écrasantes (découpable en quatre phases différemment ambitieuses ou anxieuses, épanouies ou mélancoliques). Elle est constamment habité par un sous-texte criant sa présence tout en se maintenant à très bas régime et dans une absoluité qui devrait conduire à des choix plus radicaux (contemplation totale, réduction à un court-métrage, déclinaison riche et gratuite de ces motifs). Homme ou femme on est invité à admirer des émotions peut-être ressenties mais communiquées avec une sorte de lyrisme plat car embarrassé de lui-même, lourdement appuyées, comme la retenue des personnages. La fibre romanesque est morte-née, les scènes s’emboîtent souvent sans transition, la proximité de l’océan ajuste le climat et celle de l’enfouissement des sentiments garanti une continuité.

C’est terrible à avouer mais dans le cas présent le regard féminin aseptise et rend vainement pesantes les choses. Le conflit est inexistant, la bulle rêveuse timide et maniérée. Le rendu est propre sauf lors du relâchement, toujours corseté mais pourvu en traces de vivant bien saillantes – les filets de bave rescapés de La vie d’Adèle comme témoignage ultime de la sensualité de ce moment si grand (au moins ça n’a pas la bizarrerie, voire l’incohérence, de cette emphase sur le sillon nasogénien de la modèle). Nous sommes dans un temps et des lieux où l’infime devient ou peut traduire l’érotisme ; où tout a ou peut prendre un poids démesuré. Mais sans ces murs il n’y aurait que de la grossièreté fanée et un ennui sans rien pour se cacher. La réalisation tourne le dos à la vie et adore d’autant plus aisément ces icônes raidies, sauf qu’à vouloir les sublimer pour éponger leurs privations, elle ne fait que les rejoindre dans ce grand bal du minimalisme et du fétichisme à petit pas. L’appauvrissement ne vient pas toujours de l’extérieur.

Note globale 48

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Suggestions… Ma Loute + Van Gogh/Pialat + Les garçons sauvages + Boys don’t cry + L’Ile/Ostrov + Jeanne Dielman + The Witch

Publié initialement le 20 septembre, repoussé le 21 au 21 pour éviter le cumul sur une journée.

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SEANCES EXPRESS n°30

26 Mar

> Madame Doubtfire** (61) comédie US   ===> 69

> Futur Immédiat, Los Angeles 1991** (52) SF-policier US

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MADAME DOUBTFIRE ***

3sur5  Dix ans après Tootsie (1993), Chris Columbus réalisait Madame Doubtfire. Robin Williams y incarne un homme-enfant, trop volatile et éthéré pour ne pas voir que sa femme craque ou qu’on ne peut claquer impunément la porte dans son travail. Pour rester proche de ses enfants alors que sa femme demande le divorce, le papa copain va user de ses talents de comédien et se transformer en Mme Doubtfire, une gouvernante anglaise soigneuse et affable, jamais avare d’un bon conseil.

Le film joue parfois du point de vue de ce Robin Williams naïf et chaotique, face aux figures d’autorité (souvent des femmes) ; mais surtout, il exploite à fond le personnage improbable de Madame Doubtfire et réussit les séquences de décalage où l’homme sous le costume de la mamie se révèle. Traditionaliste et assez disneyen dans l’esprit, parfois facile ou commun dans certaines méthodes, Madame Doubtfire est un film franc, doux, une vraie comédie familiale. Il ressemble très peu à Big Mamma, son beauf reboot black.

Note globale 69

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FUTUR IMMÉDIAT, LOS ANGELES 1991 **

2sur5 Dans ce film de SF extraterrestre oublié, pourtant couronné du Saturn Award du meilleur film de science-fiction en 1990, les aliens font partie de la population. Le défi pour la société et pour ceux qui se retrouvent de fait  »autochtones » est de les intégrer ou de les rejeter, de les assimiler ou les broyer.

Malgré la métaphore brutale de l’immigration et le propos antiraciste, Futur Immédiat ne se laisse pas alourdir par de quelconques prétentions politiques, sociales, métaphysiques. C’est d’abord un buddy-movie (un flic accepte de faire équipe avec le premier humanoïde promu dans la police), avec le conventionnel good cop vs bad cop et la rencontre entre deux monde (la tête et les jambes, avant tout). Et naturellement, un complot à désamorcer (orchestré ici par des dominateurs extra-terrestres – les mauvais d’entre eux, cqfd).

C’est un programme finalement très classique, pataugeant même dans la seconde partie. Reste une séance amusante et une jolie histoire d’amitié. Un film policier dans un monde parallèle, par Graham Baker, réalisateur de quatre films à ce jour (dont Beowulf dix ans plus tard). Alien Nation deviendra rapidement une série d’une saison, avant que Kenneth Wilson passe les 90s à en fournir un prolongement annuel pour la télévision. Étonnant destin pour un produit sympathique mais méchamment anti révolutionnaire.

Note globale 52

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LES GUERRIERS DE LA NUIT **

6 Août

les guerriers de la nuit

3sur5  Quand on fait face aux Guerriers de la Nuit, la vocation de ‘film culte’ au sens restreint comme au sens large frappe avec évidence. On se projette à l’époque de sa sortie où elle s’est justement imposée, l’euphorie contagieuse en plus ; on constate encore l’intelligence foudroyante de sa mise en scène, ses échos mythologiques discrets, ses gimmicks sensuels (comme celui, modérément pertinent et peu ragoutant, de la commentatrice radio). La grossièreté est pourtant au rendez-vous : mieux que ça, elle est au cœur. Les Guerriers de la Nuit peut être réjouissant ou pénible ; heurté par l’abjection et la stupidité de son univers – ou plutôt de ses composantes et de leurs réflexes, on passe un moment éprouvant. Grâce au génie stylistique de Walter Hill (scénariste d’Alien la même année), la séance exerce une fascination au moins théorique.

L’action s’étire sur une nuit, une grande nuit marquée par l’assassinat de Cyrus puis la poursuite des Warriors, tenus pour responsables par l’ensemble des guerriers de la nuit. Ces gangs ont l’habitude de se confronter dans les rues de New York et sa banlieue lorsque la nuit tombe ; cette nuit la tension sera à son comble, car Cyrus était le gourou d’un conglomérat tout-puissant coordonnant plusieurs de ces meutes et imposant le respect à toutes. Le tribalisme urbain des bas-fonds est en parade, avec sa jeunesse, dissolue ou socialement exclue. Caids petits ou grands, ils sont là pour se bastonner, cherchant des prétextes à renouveler les combats. Ils se confondent avec leurs gesticulations sanguines, se mettent en œuvre pour rien d’autre, ne sont concernés que par l’immédiat. Les portraits restent creux car c’est tel que sont ces hommes ; à la rigueur, le chef des Rogues, névrosé colérique parmi les sociopathes excentriques, est épatant, mais bien comme gadget.

Le mobile servant de fil conducteur à leurs agitations est de « régner » sur des quartiers, de façon presque virtuelle puisque ce règne s’applique la nuit (le gourou voyait plus loin justement, en visant l’ordre social). La psychologie suit la géographie : la civilisation moderne est là, eux qui en sont des rebuts s’arriment à ses bases. L’intérêt du film est doublement formel : de ces courses-poursuites, il fait la matière d’un thriller ; de ses sujets, il fait un inventaire perçant en même temps que nous sommes emportés avec eux par le courant. Ces loubards sont la peuplade d’un Mad Max  »d’aujourd’hui » (au temps du film, sorti en 1979). Prisonniers de compulsions des plus débiles (et niaises finalement – car ils sont pour l’essentiel des enfants dissidents, non éveillés) de l’Humanité dans des pays développés. Le scénario est rachitique et l’ennui point tant que la distance à ces gens l’emporte, mais les élans des protagonistes sont croqués avec force : leurs tensions, leurs désirs ; leurs quêtes de sensations, de protection et d’affirmation de soi, sont unifiées dans l’abandon au groupe et à la jungle pseudo anarchique. Souvent ce sont des grands garçons avec gros complexes phalliques.

Les bandes trouvent des adversaires à leur mesure avec la police de terrain : ils s’y donnent en premier lieu, poussés par l’étroitesse de leur cadre et leurs raisons régressives. Ces gens se créent seuls leur couperet, tout comme ils s’inventent cette jungle, pour transcender le désarroi inéluctablement ressenti lorsqu’on est tenu à une place ingrate mais que la société semble se porter bien ; toutefois l’harmonie probable hors de la marge ne compte même pas (la jalousie est peu répandue, seul un double couple de jeunes bourgeois sert de vitrine à ces ‘intégrés’), l’important c’est de pouvoir se mesurer au monde. Il doit pour cela être violent, inique, il faut l’y contraindre, il faut aller chercher ses réponses, ses matons et ses dangers. On ne sait trop quelles circonstances portent ces gangs, on voit en tout cas leur délire, ses expressions et sa nature, dans une ville qui n’est pas un enfer à la Robocop, dont ce n’est même pas le versant le plus poisseux ou miséreux qui est montré : c’est son refoulé dégingandé pris en main par des bastonneurs juvéniles. Ce néo-western reluisant accorde tout son raffinement à des rats (le parallèle est accompli à l’ouverture).

Les Guerriers de la Nuit ne raconte pas l’avènement d’une nouvelle essence dans le bitume, il ne traite pas d’un espèce d’animisme post-moderne comme le fera Bullet Ballet de Tsukamoto ; il s’agit bien de l’épanouissement d’une sous-organisation (‘sous’ car imitant : les blacks façonnent leur propre armée, leur leader est un recyclage du mafieu selon l’imaginaire trivial). Les gangs créent des rites, des codes, des camps retranchés et une imagerie propre ; pour s’approprier leur propre bestialité et l’employer de façon positive. Cependant, toute perspective de dépassement semble exclue. Autour de Swan (Michael Beck), certains deviendront des loques, très peu seront en mesure d’être combatifs sur le long-terme, ou de s’adapter à la société. Lui aspire à quitter cet univers mais à la fin du film c’est encore un vœu pieux ; ce prisonnier dégourdi a aussi l’opportunité de grandir sur ce territoire, figer toutes ces institutions fugaces et alors régner véritablement.

Car toute cette ‘sous’-civilisation, qui a encore si peu d’épaisseur ; c’est peut-être les bases d’une sous-civilisation qui va croître, s’imposer ; et donc, de la passade juvénile à la tiède extinction, s’ouvrirait la voie d’une dynamique constructive. Tout en laissant celle-ci afficher son manque de contenance et de recul, l’oeuvre nous montre une jeunesse en train d’engendrer un potentiel nouvel ordre. Mais cela, on ne peut déjà le résoudre : voici la situation à chaud, à la croisée des chemins probablement, mais le film comme les figurants n’ont pas de prises sur l’au-delà ni même sur leur éventuelle vocation. Walter Hill suit des artisans, pas des concepteurs ; s’ils sont créateurs, c’est par suite de leurs impulsions et de leur manie de se perdre dans le monde extérieur et ce qu’il offre – et alors que ce monde se refuse à eux, en tout cas dans son versant diurne et protecteur.

Lointainement inspiré de l’Anabase de Xénophon (périple de 10 000 mercenaires grecs), Les guerriers de la nuit n’a pas la gravité d’une tragédie, implique peu de retentissements durables sinon au niveau individuel ; mais il a bien l’ampleur d’une tragédie, une tragédie ‘bête’ et nullement profonde, toute en étendue, se réduisant à ses manifestations. C’est ainsi que les qualités du film en font une sorte d’Outsiders des rues ; ce n’est pas encore du Elia Kazan cependant, car là les ambitions sont larges et il y a de quoi se compromettre, chuter, grandir, quand ici le style commande tout. Même si l’approche est réaliste factuellement, une part de fantaisie la soutient, car en premier lieu le film honore ces représentations et pulsions ‘primitives’. Parmi les figurants se mélangent d’authentiques gangsters, d’autres dont l’apparition tient plutôt de la performance grotesque (les Baseball Furies, la tribu des mimes -!-). La teneur sociale et politique est faible voir inexistante, les symboles résonnent à un niveau plus ‘léger’ mais aussi plus intime.

Note globale 62

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Suggestions… Class 1984 + Assaut/Carpenter + Guet-apens

Scénario & Ecriture (3), Casting/Personnages (1), Dialogues (2), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (4), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

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