Tag Archives: Canada (cinema)

L’ENFANT DU DIABLE (THE CHANGELING) ***

29 Sep

3sur5  Classique mineur du fantastique, L’enfant du diable reprend les ingrédients les plus conventionnels de l’épouvante et de la maison hantée. Ce classicisme est servi par le soin de la réalisation, précise et théâtrale. La sensibilité s’allie à l’orfèvrerie et partant de ces postulats éprouvés qu’il honore avec grâce, Peter Medak fait de The Changeling un film sur le deuil, sur la dette à sa filiation et aux plaies non refermées.

 

Le joli titre français est donc très critiqué à raison car il est clairement hors-sujet en voulant faire surfer le film sur la vague d’Amityville, version old school du même sous-genre (la maison hantée) lui aussi, mais dont l’ambiance est très différente. Elle est ici beaucoup plus mature. Sans renvoyer à autre chose qu’eux-mêmes, les personnages comptent beaucoup et sont malmenés à bon escient, forcés à une introspection accélérée.

 

Les aléas autour de cette maison tournent à la catharsis. Ce drame télékinétique ressemble à du Cronenberg (Scanners, Dead Zone) passé en mode traditionaliste, évoquant même un peu le fantastique britannique implacable mais tout en retenue des années 1950. Le dernier quart-d’heure est flamboyant. Le film sera couronné par le premier prix Génie, récompense des meilleurs travaux cinématographiques canadiens de 1980 à 2013.

Note globale 68

 

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Marathon Man + Fog + L’Emprise + Angel Heart + Session 9 + Phenomena

Voir le film sur Dailymotion (VF) ou YouTube (VOST)

 Voir l’index cinéma de Zogarok

 

Publicités

ULYSSE, SOUVIENS-TOI ! ***

14 Avr

3sur5  Après une vague de films proches de l’auto-fiction, Guy Maddin réalise une espèce de thriller vintage, hermétique et alambiqué : Ulysse souviens-toi ! (2012), occasion de passer de l’argentique au format numérique. De retour chez lui après une longue absence, le vieil Ulysse est plongé ‘littéralement’ dans son passé. C’est l’histoire d’un homme mauvais sur tous les plans (gangster, père indigne, mari ingrat) forcé de rejouer et assumer tout ce qu’il a raté, donner des réponses à ceux qu’il a bafoué avant de les abandonner.

Ces souvenirs ne sont pas des scènes figées se répétant, mais des morceaux de réalités révolues remis en scène. Ulysse a l’opportunité de déambuler dans ces séquences et ambiances d’autrefois pour communiquer avec les morts, payer ses dettes et en somme laver sa conscience ; au pire il arrachera le voile qui lui a permis de vivre et vieillir impunément. Il ne s’agit donc pas d’interrompre le cours du temps, mais plutôt de percer des mystères ou résoudre des conflits endormis. À travers cet antihéros Maddin imagine l’introspection de son propre père et la relie avec ses propres rêves de jeune homme : ses songes à la mort de son père, lorsqu’il avait 21 ans, auraient trouvés un écho dans L’Odyssée d’Homère (racontant les péripéties d’Ulysse pour revenir auprès de Pénélope et Télémaque après la guerre de Troie).

Cette introspection détournée est une constante chez Maddin, le récent Winnipeg mon amour (2009) étant lui-même un documentaire ‘subjectif’ sur sa ville d’enfance tout en étant une représentation de sa propre mère. Ulysse se concentre sur les effets de la désertion paternelle et accessoirement, sur la façon dont le négocie la mère, interprétée par Isabella Rossellini (Blue Velvet, Two Lovers, État second). Cette odyssée régressive justifie surtout la visite d’une boutique à vocation ‘onirique’ et doublement nostalgique : Ulysse passe en revue une abondance de souvenirs, Maddin recycle de vieilles reliques, personnelles ou cinéphiles.

Ses inspirations sont puisées du côté de l’impressionnisme allemand, des films de gangsters des années 1930 (dont Scarface et L’Ennemi public sont les champions), des histoires de maison hantée/fantômes européennes ou relatives aux phases ‘gothiques’ du cinéma fantastique US – du moins les opus ‘propres’ (comme La Maison du diable de Wise) à l’opposé du bis rococo [type cycle Poe de Corman – Le Masque de la mort rouge]. Maddin déverse son originalité sur des supports très codés, des fantasmes pour sadiques télégéniques ou obsédés des Années folles (avec ce vieux cabaret pour pervers d’Europe centrale – ère pré-nazie). Son bordel est hétéro en surface mais dégage clairement une ‘odeur’ gay, l’esthétique est SM mais cette orientation s’affirme de façon indirecte.

Déroutant en lui-même (et abscons de toutes façons), cet opus apparaît donc comme un condensé de l’œuvre de Maddin, reprenant ses thèmes habituels avec hauteur et détachement. Bordélique et sophistiquée, la signature reste toujours aussi identifiable : par les thèmes, ce noir et blanc et la photo superbe bien sûr, mais surtout ce langage exclusivement affectif et torturé, focalisé sur des névroses pittoresques avec une tendance à délicatement ‘bouffoniser’ du borderline et à romantiser des handicaps sentimentaux profonds. Le résultat peut blaser, envoûter, interpeller, pour les mêmes raisons et selon l’ardeur que le spectateur y met ; Maddin se fiche du recul et de la pédagogie. Dans le cas présent, c’est au point de brader la construction si spéciale (rythmée par les battements de l’horloge) sur laquelle tout repose ; en résulte en modèle de ‘flou artistique’ complaisant et productif.

Note globale 67

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Hannibal + The Canyons

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (2), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (4), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

 

PONTYPOOL ***

14 Jan

pontypool

3sur5  Ce film à petit budget a fait des émules chez les amateurs d’horreur/fantastique scrutant toutes les sorties du genre. Conçu pendant la vague des films de zombies des années 2004-2009, il en est l’une des versions les plus originales et minimalistes. C’est un huis-clos dans une station radio locale, au moment d’une invasion de zombis. Le spectateur peut se sentir cobaye d’une sorte de gag systémique, il est en tout cas le témoin d’un spectacle au concept radical et casse-gueule. Pontypool est un film sur l’aliénation par la confusion et l’incompréhension : les ‘zombis’ sont les individus qui se sont abîmés à essayer de cerner ce qui dépassait (et empoisonnait) leur capacité d’entendement.

Le virus se transmet par la langue mais sa source est déjà ancrée : tout le monde en est porteur, c’est lorsque la raison s’applique à déchiffrer voir à manipuler ce qui se passe d’elle que les symptômes se propagent. Tout en ne montrant presque rien (l’essentiel passe par les mots, les abstractions collectives), Pontypool est travaillé par l’indescriptible ; le premier-tiers peut paraître abusif car il nous enferme dans le champ étriqué de l’équipe radio. Malgré le panache du récit et l’attention sur les aspects techniques, on peut s’impatienter car somme toute, les repères sont très clairs et toute cette mise en place est bien verbeuse. Puis les situations deviennent de plus en plus complexes (celles à l’extérieur aussi), les compte-rendus du réel toujours plus perturbants.

Tout le monde devine une menace profonde mais les perceptions sont incomplètes et il n’y a plus rien pour les encadrer. Les outils de conceptualisation connus jusque-là deviennent non seulement obsolètes mais également corrompus : en somme leur validité est attaquée et finalement ces éléments dépassant le cadre sont en train de démolir le cadre tout court, rendant inapte la conscience pendant que les instincts sont comme orphelins, dans le brouillard. Les frustrations induites par un tel exercice sont simultanément justifiées par sa logique absolue. Ce n’est pas un pop-corn movie mais son intelligence et son caractère insolite en font un véritable plaisir ; un parcours insolite stimulant grâce à ses constantes remises en question.

Note globale 68

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Lords of Salem + Detention/2011 + 28 semaines plus tard + Chromosome 3

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (5), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

. Voir l’index cinéma de Zogarok

.

SEANCES EXPRESS n°24

24 Oct

> Les Enfants du Capitaine Grant** (61) aventures – familial US

> 5150, rue des Ormes** (59) thriller Canada

.

LES ENFANTS DU CAPITAINE GRANT **

3sur5 Les Enfants du Capitaine Grant est un film Disney tiré de l’œuvre de Jules Verne, sur lequel les studios s’étaient déjà basé à plusieurs reprises, dont notamment 20 000 lieues sous les mers. Il a été tourné par Robert Stevenson en 1962, quelques années avant ses célèbres Mary Poppins ou Un amour de coccinelle.

Soutenus par le professeur Paganel, deux enfants se lancent à la recherche de leur père en se basant sur un indice dérisoire (le message trouvé dans une bouteille). Ils vont devoir traverser les océans. Au programme, enlèvement par un condor, scènes d’évasion et de poursuite, escapades à haut risque et associés malhonnêtes.

Le film est en perte de vitesse dans son second tiers, mais c’est juste avant d’atteindre son climax auprès du volcan, séquences aux puissants charmes et effets spéciaux, où notre joyeuse troupe doit fuir des Maori teigneux, une nature démente et retrouver le vaisseau et les bandits qui les en ont débarqué.

C’est un film ravi de la crèche, avec un sens de l’aventure et un optimisme à toute épreuve.Les personnages affrontent la montagne et les tempêtes avec une humeur guillerette et volontaire bonne à dérider le plus blasé des spectateurs. L’ensemble est néanmoins orienté vers un public enfantin, les autres n’étant pas concernés de la même façon. Il est donc idéal pour un public familial, juvénile ou en périodes de loisirs.

Il n’empêche, on prend plus de plaisir ici que devant des adaptations censément  »adultes » et pas moins grand-guignolesques de l’œuvre de Jules Verne, comme L’Île Mystérieuse. Avec son lot de facéties, de chausse-trappe et d’excentriques sympathiques, le film propage une joie précieuse. Il se referme sur de magnifiques généralités claironnées par Maurice Chevalier, lumineux : « plus ça change et plus c’est pareil ; et puis mes amis, tous les climats sont propices à l’amour ». Et tout est dans ce registre. Naïf, pour le meilleur.

Note globale 61

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

.

5150, RUE DES ORMES **

3sur5 Prix du Public de Gerardmer en 2010, ce film québécois de Éric Tessier a été tourné en collaboration avec le romancier Patrick Sénécal, dont l’œuvre a directement inspiré le métrage. Dans le film comme le roman, un étudiant est pris en otage par une famille, dont le père d’apparence insipide, prend très à cœur sa mission de justicier.

Vivace et imprévisible, le résultat est le fruit d’un parti-pris radical. Nous passons deux heures d’une banalité aberrante au sein de cette tribu tarée, enchaînant les face-à-face bigger-than-life et les petits événements légèrement surréalistes. La famille est au bord de l’implosion, tandis que Yannick noue des contacts subtils et contradictoires avec ses hôtes, tentant notamment d’amadouer la mère dépendante.

On peut rester pantois, d’autant que le film s’éparpille (incrustations fantastiques, bizarreries permanentes) puis resserre l’étau, toujours en se donnant comme un témoignage issu d’une galaxie parallèle ; mais certainement pas froid, tant Rue des Ormes s’assimile à un laboratoire psychologique sans la moindre distance avec son sujet. Une logique se découvre progressivement autour de ce combat illuminé pour le Bien et de cette histoire de séquestrations plus ou moins consenties.

Malheureusement, Marc-André Grondin (vu dans C.R.A.Z.Y) campe un personnage décevant dès le départ, apparaissant comme le  »jeune » de BD ringarde. Résumable à ses pathétiques  »fuck » en réponse à toutes choses et à sa tête de grunge apathique, il n’inspire aucune affection, les auteurs eux-mêmes semblant ne l’envisager que comme un cobaye. Malgré les avancées du film et la complexité accordée à chacun des protagonistes, cette limite concernant le héros restera, privant d’une attache qui serait décisive pour adhérer à ce projet décalé.

Entre Bernie, Canine et les travaux de Bouli Lanners, un thriller ironique avec une atmosphère spécifique, jamais glauque ni même tellement inquiétante malgré son sujet.

Note globale 59

Page Allocine & IMDB    + Zoga sur SC

.

.

Séances Express : 21, 20, 19, 18, 17, 16, 15, 14, 13, 12, 11, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1

.

Voir l’index cinéma de Zogarok

.

DEAR MR GACY *

25 Juin

dear mr gacy 2001

2sur5  En 1999, Jason Moss raconte sa correspondance et son unique entrevue avec John Wayne Gacy dans The Last Victim. Cet étudiant est entré en contact à 18 ans avec plusieurs tueurs en séries pour les besoins de sa thèse. Il a noué des relations plus profondes avec Gacy, reconnu coupable des meurtres d’une trentaine de jeunes hommes, souvent homosexuels. Dear Mr Gacy, film canadien dirigé par Svetozar Ristovski, se concentre sur cette relation et évacue les autres prises de contact de Jason Moss. C’est un produit ambitieux et foncièrement raté.

Dear Mr Gacy se fonde sur des éléments réels mais est incapable de les ordonner clairement. Il n’en tire qu’une allure de docu-fiction dégingandé/désarticulé servi par des effets vulgaires (les flashbacks éclairs de scènes de crimes). Stylistiquement c’est très laid, pas comme Henry portrait of a serial killer (souvent tenu comme le plongeon le plus réaliste dans l’intimité d’un tueur de cette catégorie), plutôt comme un de ces programmes racoleurs et assez pauvres compilant images d’archives, interviews idiotes et reconstitutions clipesques à la sauvette. Il ne manque que la bande-son pleine de phrases creuses : Jason Moss s’en charge, pour tirer une leçon sur ces personnages sournois que sont les serial killer. Ils jouent avec vous jusqu’à vous détruire, car vous ne sauriez leur échapper quand bien même vous avez cru leur tendre un piège. Magnifique conclusion permettant de mettre en relief le potentiel que ce Dear Mr Gacy n’est pas en mesure de sonder, pas plus que le Jason Moss du film. Les diagnostics psys sont comme le reste, à un niveau primaire de teen-movie arrogant et pincé.

Il faut attendre la perspective d’une rencontre en chair et en os avec Gacy pour sortir de cet espèce de brouillard dont émergent quelques passes anecdotiques plus ou moins valables, comme cette séquence avec le prostitué où l’étudiant fait la démonstration de sa consternante naiveté. Dans la seconde partie donc, le film ne s’éparpille plus et fait monter la sauce entre Jason et Gacy. Le monstre détraque son nouvel ami (le dernier) et le pousse à la perversion, en lui suggérant de coucher avec son propre frère par exemple ; comme s’il suffisait de salir pour que l’immonde soit consommé, Gacy décide que Jason a suivi son ordre. Le tueur révèle toutes ses facettes, abattant ses cartes en accéléré. Les motivations et l’emprise de Gacy sont mises en relief avec intensité, à défaut de nuances. Gacy est ‘quelqu’un’ et n’est pas un fou : c’est un dominateur excentrique. Il est sans surprise concernant ses troubles et ses ambiguités, explicites à un point obscène ; en même temps, il est imprévisible car il ment et manipule ouvertement. Son confident ne peut savoir à quoi s’en tenir, tant concernant leur relation qu’à propos de Gacy lui-même. À certains moments il accepte indirectement son homosexualité, à d’autres il n’en fait plus qu’un instrument, parfois il la dénie carrément ou la projette.

En ce sens, l’oeuvre est en accord parfait avec le Gacy véritablement connu et expose son obsession de la vitrine sociale. Elle le rend néanmoins plus raffiné dans son aspect qu’il ne l’était, en faisant presque à certains moments une espèce de Divine déguisée en Hannibal Lecter. C’est d’ailleurs une perspective intéressante pour refléter l’interaction subjective du personnage avec l’extérieur, mais en excluant toute bonhomie ce Dr Mr Gacy s’écarte trop de son sujet. Le film Gacy, sorti sept ans plus tôt (2003) et écopant de critiques bien plus désastreuses que cet opus, prend une perspective très pertinente, en montrant un Gacy sale et dérangé à l’opposé de son image publique, mais beaucoup plus cohérent avec le véritable John. Il y a, dans les dialogues, des ébauches intelligentes, des réflexions lucides, puis de l’initiative. Mais globalement ce Dear Mr Gacy n’arrive pas à attaquer son sujet en profondeur et barbote dans la médiocrité, tout en finissant par être divertissant. Les deux acteurs principaux sont très bons, mais très seuls.

Note globale 40

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.