LANCEMENT DES MINI-CRITIQUES !

9 Avr

Je ne peut me résoudre à voir des films sans garder un minimum d’annotations organisées de côté. Je vais donc traiter l’ensemble des films (hormis les quelques passant par la ‘critique’) en quelques phrases et les rassembler dans des articles comparables aux ‘Séances express’, qui bien souvent n’étaient pas si express.

De façon générale, le ton sera plus libre, je m’autoriserais affects et raccourcis – une petite révolution personnelle.

Cette alternative a été décidée et entamée au moment de lancer L’arme à gauche. Je ferais des articles indépendants pour les films vus via MUBI.

 

Madame De… *** (France 1953) : Premier film véritablement post-critiques systématiques, puisque j’ai dû revenir sur En présence d’un clown (qui était destiné au Top Hebdo, sur une semaine avec quatre films, tous peu au-dessus de la moyenne). Signé Ophuls, que je me suis surpris à n’apprécier que modérément, après la découverte heureuse de Lettre d’une inconnue (qui m’a amené à la nouvelle et par suite à l’œuvre de Zweig, où j’ai connu quelques bonheurs de ‘jeune’ lecteur). Lola Montès est beau même s’il ne se laisse pas facilement prendre, j’ai adhéré avec indifférence à La Ronde, Le Plaisir m’avait laissé froid. Celui-ci aurait pu faire de même, mais j’ai fini par être emporté, à mesure que l’héroïne s’enfonçait dans la tragédie. Cela reste un film qu’on apprécie et respecte pour sa mise en scène, par-dessus tout. Vu dans le cadre du ‘Cinéma de minuit’ sur France3. (67)

My Sweet Pepper Land ** (Kurdistan/Irak 2014) : Vu sur Arte, est venu ajouter une réponse aux 50 exigées pour mon Watching Challenge 2017. C’est un film kurde (irakien), donc venant d’un pays dont je n’avais encore vu aucune production (j’en suis quasi-certain – je misais sur l’Afrique, certains pays d’Amérique latine et le Moyen-Orient pour optimiser mes chances ; les indonésiens sur Mubi n’étaient d’aucun secours). Je respecte le point de vue voire ‘l’appel’ de la réalisatrice dans ce film, mais n’y suis pas sensible, en tout cas pas à ce niveau de traitement. Il a le mérite de ne pas être racoleur ou excessif, mais une plongée dans les différentes factions et raisons m’aurait davantage intéressé. La condamnation des rétrogrades, ploucs et machistes n’est pas très neuve pour moi qui vit en Occident – et qui n’en suit plus à commencer d’être lassé. Au moins la religion n’est pas de la partie, au contraire de la mafia. (49)

Ariel ** (Finlande 1988) : Vu sur Arte une heure après Le Havre, ces deux films étant mes premiers Kaurismaki. J’ai davantage appréciée cette expérience – conte sur de vrais paumés, avec un style plus marqué, un peu vintage. Sans être commun cet Ariel m’a vaguement rappelé d’autres choses, notamment celles des frères Coen. Qu’il soit si court était tout de même nécessaire, le scénario n’étant pas assez rempli et les personnages pas assez complexes pour se maintenir davantage. (57)

22 Jump Street ** (USA 2014) : Dans mes envies sur SC, ce qui m’a un peu surpris mais il y a bien d’autres ‘envies’ jetables et du même genre. Je n’ai pas vu le film qui a appelé celui-ci, 21 Jump Street (2012, aurait été un succès énorme et inattendu). Il est possible que j’ai raté des références, mais de toutes manières l’humour n’est pas cryptique. J’ai doucement apprécié dans l’ensemble, avec quelques pics toujours très courts (ces pitoyables prises de parole ‘engagées’ à la Fac, quelques instants gras et cruels à la fois). Malheureusement le film patine dans la deuxième moitié et ne cesse de s’écraser sur des vannes en rapport au couple formé par les deux infiltrés. Autant y aller plus à fond, conclure, plutôt que de s’amuser dans cette demi-mesure, en vidant un réservoir sitôt ouvert sitôt à sec. (46)

Le viager ** (France 1972) : Je l’avais entamé un mois avant et m’était arrêté à la neuvième minute, dissuadé par le ton et la présentation (dont l’effort d’originalité et d’interactivité reste louable – voisine mielleuse des Douze Travaux d’Astérix). Je reporte (voire coupe) rarement une séance, The Survivalist est une des rares suspendues (elle l’est actuellement). Les ressorts sont trop limités et paresseux, la redite permanente. Les acteurs sont excellents mais les personnages faibles, il manque des figures positives ou des méchants à la hauteur. (53)

Peur bleue ** (USA 1985) : Film de loup-garou au récit sombre et souvent grotesque. Pourrait être une comédie volontaire par endroits (la VF saisit quelques occasions de le souligner, mais sur des répliques faisant déjà le travail). Vaut bien les deux premiers films de studio notables sur le sujet (de 1935 et 1941). Le cauchemar du prêtre est assez puissant. La fin et la révélation du monstre en général ne sont pas si convaincantes, enfonçant dans le bis discount. (59)

Super 8 ** (USA 2011) : Signé JJ Abrams – dont j’ai commencé à revoir Lost (saison 1 vue lors de sa diffusion sur TF1 en 2005, saison 2 vue en partie, abandonné là). Je ne suis pas sensible à son style et n’ai pas été réceptif à Star Trek – mais le jugement pourrait être à revoir, d’autant que je ne connais rien à cet univers (sinon l’existence de Spoke et d’une dizaine d’adaptations vidéos). L’influence de Spielberg est considérable, le résultat proche de la série Stranger Things (ultérieure). Le film est aimable grâce à ses interprètes – Elle Fanning et Joel Courtney surtout. La fin est grandiloquente, trop banale et confirme que ce gentil spectacle n’a ‘rien dans l’estomac’. (55)

L’Homme sans passé *** (Finlande 2002) : Les diffusions et rediffusions de Kaurismaki se poursuivent sur Arte, cet opus me motivait d’avance. C’est le meilleur des trois, la qualité allant croissante (comme prévu), mais je ne reviendrais pas sur Le Havre pour autant. M’a un peu rappelé Bad Boy Bubby et d’autres films où quelqu’un démarre à zéro, quelque soit la manière – par exemple, Une époque formidable de et avec Jugnot. Cette version-là est tout de même plus optimiste et, sans être timorée, elle est plus poseuse, dans l’accompagnement tranquille. Bons personnages, attitudes et répliques bien écrites et envoyées. Meilleur film parmi les ‘mini-critiques’, Mubi y compris – et premier 4/5. Juste derrière lui se trouvent Madame de… (Ophuls) et Les mariés de l’an II (Rappeneau). (72)

Les portes de la nuit ** (France 1946) : Tourné au sortir de la seconde guerre mondiale. Allégorique et presque fantaisiste. Pas toujours clair dans ses aspirations, même si pris bout par bout il est toujours limpide. Peu dynamique, l’étirage de scènes enfonce le clou. Les deux films notables ou remarquables vus de Marcel Carné à ce stade sont Quai des brumes et Drôle de drame, je n’ai pas encore vu Les enfants du paradis (et souhaitait d’abord passer par des œuvres mineures). (57)

Adrien/Fernandel ** (France 1943) : Second des trois films de Fernandel réalisateur, énergique et concis. Ce n’était pas gagné, mais j’ai assez aimé. C’est un cinéma très naïf sans être niais (plein de sous-entendus et de préoccupations graveleuses). De gros gags avec les patins à roulettes, quelques chansons et la tronche de Fernandel ; les répliques sont très vives, les caractères explosifs (le personnage du patron), le tout très lourd.

Adrien ne laissera pas un grand souvenir, mais est capable de convaincre l’indifférent sur le moment. C’est très court (1h12), donc on peut prendre le risque – on verra quelque chose d’inhabituel, sans lutter, somnoler ni s’engager. J’ai vu ensuite le dernier opus tourné par Fernandel, Adhémar, plus laborieux (moins bien noté par les autres aussi). (59)

Les trois font la paire * (France 1957) : Dernier film de Sacha Guitry, largement tourné par le producteur Clément Duhour, le réalisateur officiel étant gravement malade. Son introduction en atteste et appelle malgré elle des sentiments inappropriés. Le film se veut enjoué, voire euphorique, mais est lourd et délié. Les acteurs sont enthousiastes mais les personnages n’ont pas d’étoffe – le numéro de Darry Cowl tourne à vide. Les quiproquos et la fin avec les amalgames de sosie et de jumeaux sont vaguement amusants, mais bêtes. L’histoire est mauvaise, l’écriture criarde mais peu efficace. (41)

L’arme à gauche * (1965) : De Sautet je n’ai encore vu qu’Un cœur en hiver (mai 2015), mais aussi deux films dont il est le scénariste (Les Yeux sans visage, Les mariés de l’an 2). Il semble que cet opus soit atypique, par rapport à ceux plus célèbres – à moins que les débuts de Sautet soient à ce point divergents. Le film est assez élégant mais pas révélateur d’une identité à part, encore moins grisant. Il rappelle un peu L’Insoumis de Cavalier avec Delon, voire certains Melville – polars assez secs mais riches et capables d’imprimer des images en mémoire, ce qui ne sera pas le cas de celui-là.

Il faut passer par quarante minutes qui finissent par sombrer dans l’apathie, avant un faux-départ en bateau. Il reste le charme des décors, quelques effets de montage ou des vues orientées, mais tous sont très ordinaires et anecdotiques. Les personnages vivent leurs affaires, leurs stress et plans peut-être ; nous, pas tellement, même en s’accrochant. Quelquefois Lino a les mains dans le cambouis, ou plutôt la tête dans l’eau, mais cette présence ne comble rien. Il a un seul adversaire de poids, sans être à sa taille, un malabar des Caraïbes. Préférez Calme blanc ou, plus proche dans le temps mais plus loin dans le fond, Plein soleil tout simplement. (38)

César et Rosalie *** (France 1972) : Je continue avec Claude Sautet, sur un de ses films les plus connus et je suppose représentatif. César et Rosalie propose une histoire de couple au fond assez triviale, se distinguant par la qualité de ses interprètes. D’ailleurs les nouveaux adeptes ou curieux de Montand devraient faire de ce film une priorité (bien plus que Le Milliardaire ou Police Python par exemple). La multiplication de moments de dénis ou d’ambiguïté permettent de pousser son jeu et son personnage assez loin (par exemple, lors de la scène au café où il prend des airs tragiques et discrètement intimidants, tout en essayant d’être aimable, étant le plus grand perdant potentiel dans l’affaire).

C’est au fond vaudeville un peu sociologique (liberté de la femme, etc), avec deux types d’hommes opposés : Montand self-made-man charismatique et turbulent, Samy Free artiste, catalyseur mutique d’une meute de grands ados. Les deux finissent par se connaître, sympathiser ; sincérité ou guerre froide ? Au minimum ils sont compagnons de poursuite – d’une pimbêche, style fuyante mais active. Ce film est donc une sorte de faux Jules et Jim, entre adultes concurrents – mais forcés à la trêve et finalement bons pour un buddy-movie posé et bien français.

On y voit Isabelle Huppert ado – comme dans ses autres apparitions jeunes (Loulou, Coup de torchon) elle est rétrospectivement peu enthousiasmante (et plus extravertie ou bizarrement expressive, ce qui lui va peu). La musique de Sarde, compositeur de la géniale OST du Locataire, est plutôt laide et criarde. (72)

Adhémar ou le jouet de la fatalité ** (France 1951) : Troisième et dernier film réalisé par Fernandel. Il y tient le rôle-titre (qui est aussi le nom d’une ancienne famille de la noblesse provençale). En intro défile une ribambelle de toqués et mal-formés, jusqu’à la tronche atypique préférée ; Fernandel déboule et raconte ses malheurs, liés à sa ganache de ‘cheval’. Ses expressions bigger-than-life en font un pitre malgré lui, parfois sa tête même au repos suffit.

Le spectacle est simplet (le discours funèbre doit être le plus cartoonesque), vise bas dans les gags. C’est gentil et enjoué mais sans véritable rythme, ni d’autres ressorts ; il n’y a qu’à explorer chaque piste, sachant qu’aucune ne sera bien importante.Trop de gamineries, de farces irréalistes et poussives, un récit décousu ; mais ça reste plaisant, car Fernandel en impose, ses clowneries refoulées décuplant l’effet. Il faut y aller léger ; ça peut donner le sourire et la fin est bonne, sans sortir de l’idiotie.

Ce film aurait été l’objet d’un conflit entre Guitry et Fernandel. Le premier l’a écrit et dû abandonner le tournage à cause de ses problèmes de santé. Fernandel a pris le relais, avec trop de zèle apparemment, quoique la justice lui ait donné raison. Ils étaient neuf célibataires (de Guitry) et le futur Les trois font la paire ont des points communs avec cet Adhémar. (48)

Dead again *** (USA 1991) : Film américain du britannique Kenneth Brannagh, réalisé avant sa version de Frankenstein et plusieurs adaptations de Shakeaspeare (Beaucoup de bruit pour rien, Othello, Hamlet). La dynamique est centrée sur la mémoire, le récit comprend deux existences se reflétant à deux époques différentes, embarque le karma et la destinée dans la foulée. C’est plutôt captivant même si pas toujours soucieux du sérieux – trop opportuniste, trop de raccourcis et de scènes ‘d’amour’ clichés. Le niveau de kitscherie est comparable à celui de Volte/Face. C’est assez efficace et rythmé pour faire oublier combien c’est prévisible.

La domestique est jouée par Hannah Schygulla (allemande), vue dans Les Faussaires et Maria Braun. Le tandem interprété par Emma Thompson et Branagh himself est agréable. Robin Williams apparaît à un poste secondaire en psychanalyste déclassé, dont l’excentricité comme le reste est sous-exploitée. C’est le meilleur film de ces mini-critiques, un centième devant César et Rosalie de Sautet et L’Homme sans passé de Kaurismaki – différence insignifiante, du genre qui peut sauter, même si c’est plutôt de la théorie. (73)

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