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LES Y A-T-IL UN FLIC ? **

16 Mar

Focus sur la trilogie des ZAZ avec Leslie Nielsen en vedette. 

L’opus bonus, Y a-t-il un flic pour sauver l’Humanité ?, n’appartenant pas à cette saga, il sera abordé à part.

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flic sauver reine

Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER LA REINE **

3sur5  En 1980, les ZAZ se réunissent pour réaliser Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Cette comédie connaît un grand succès et transforme la carrière de Leslie Nielsen. Cet acteur discret révèle son talent comique au grand jour dans la peau du docteur Rumack. Il devient extrêmement populaire et abonné aux parodies, dont une grande partie est identifiée en VF par le Y a-t-il… Les opus les plus fameux de ce catalogue sont contenus par la trilogie des Y a-t-il un flic (Naked Gun), où Nielsen incarne l’inspecteur Frank Drebin.

Le film démarre sur une réunion de chefs d’états, une sorte de cousin éloigné des Guignols pas tout à fait hilarante, interrompue par l’entrée haute-en-couleur de Leslie Nielsen ! La classe américaine en prend un coup, de la fonction de gardien de l’ordre au film noir pastiché avec brutalité. C’est d’une témérité et d’une générosité remarquables, n’ayant d’égal que le mauvais, mauvais goût. La suspicion est forcément de mise et au départ on peut ‘s’accrocher’ pour rire.

Cela semble improbable a-priori, mais sitôt qu’on a accepté le ‘délire’ ça peut marcher. Il y a même de quoi y voir un avant-goût, plus souriant, plus visuel d’American Dad. La relation amoureuse de Nielsen et Priscilla Presley dope énormément le film. Au fur et à mesure que la séance progresse, Naked Gun gagne en valeur et en ampleur dans ses performances. L’humour des ZAZ n’est pas juste ‘gras’, c’est un déversoir de délires systématisés plus ou moins percutants, plus ou moins intelligents à leur façon, toujours grossiers.

Ce spectacle n’est donc pas glorieux et manque d’ambition en-dehors de la bouffonnerie, mais dans ce registre il pousse le vice à un degré intimidant. Le clip et la séquence de glaviots en série sont les climax de qualité au rayon lourdeur absolue. On ne sait plus trop s’il faut être un adulte en régression ou un enfant vicelard pour apprécier. En tout cas c’était moins saoulant que Y a-t-il un pilote dans l’avion ?, sans doute parce qu’il y a ici plus de liberté, plus de gueules et un côté nanar exalté catégorique.

Note globale 60

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Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER LE PRÉSIDENT **

3sur5  Le second Naked Gun est plus carnassier que les autres. Ce film marche au culot, certes à un niveau bon enfant et transparaissant moins avec le recul des années. Le ton est légèrement politisé, à un niveau anodin là encore ; ce qui l’est moins c’est cet humour grivois très agressif. Y a-t-il un flic pour sauver le président est plus direct et plus adulte que son prédécesseur.

L’inventivité est toujours de mise, avec une avalanches de dialogues malicieux et notamment ce spot en faveur de l’énergie nucléaire. En revanche le scénario est terriblement con, mais agile. Indépendamment de la qualité de ses punchline ou de ses gags, ce Naked Gun est plus rempli que son prédécesseur, sans une seconde de répit.

Parfois surgissent des choses trop ridicules (la souris..) où l’emporte une certaine infantilité (le public endormi, etc) – innocence plombante voir fatale quand on vise déjà si bas. Les références culturelles sont nombreuses, parfois trop spécifiques pour être reconnues (running gag ou clins-d’œil à des choses comme Beverly Hills), bien que dans l’ensemble la parodie se concentre sur des films issus de la culture de masse (Ghost, ET..).

Il y a toujours une gêne au lancement, amplifiée par le générique avec la sirène de police. Les motifs de cette gêne seront confortés mais la séance passe plutôt bien, pourvu qu’on ait l’esprit léger. Et puis la beauferie obstinée c’est exotique. Dans ce domaine, les trois Y a-t-il un flic font partie de l’élite, leur contribution est même rafraîchissante, limite novatrice.

Note globale 56

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Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER HOLLYWOOD **

2sur5  Troisième et dernier Y a-t-il un flic, juste à temps. Les deux premiers utilisaient la série Police Squad comme justificatif de départ, cette dimension-là s’éloigne maintenant. La parodie se concentre cette fois sur Hollywood et se repose sur une foule de citations, comme du Tarantino ou bien du Scary Movie avant l’heure (saga reprise en mains par les ZAZ à partir du troisième opus). Sont convoqués Les Goonies (les bandits), Les Incorruptibles (et la scène de l’escalier reprenant elle-même Le Cuirassé Potemkine), La Grande Evasion, Thelma & Louise, etc.

Le film est très efficace et conserve un rythme hystérique, mais il crée facilement la distance. Avant la prison, c’est limite, de façon encore plus marquée que dans les deux précédents opus. Les running gag avec les bébés et les échauffements autour de la libido tiennent du beauf ronflant. Les délires très systématisés caractérisant les deux précédents sont moins présents dans cet opus, mais il va en revanche très loin dans le scabreux sur le plan sexuel ou dans les grossièretés, de Mamy destroy aux jurons des familles. Les dialogues sont plus abondants, les phrases potentiellement cultes fusent ; les fans se régalent assurément, même si cet opus est reconnu comme un peu moins bon en général.

Certains moments sont franchement drôles, notamment lors de la remise des prix avec Nielsen/Drebin usurpant la fonction du présentateur. Il n’y a pas trois secondes sans gags, mais le manège est violemment kitsch, parfois vraiment trop lourdingue sur le plan visuel : le mélange de candeur extrême et de brutalité interdit toute élévation, dans quelque domaine que ce soit. Il faut être prêt à voir une comédie triviale mais néanmoins compétitive dans l’absurde, comme un Ace Ventura ou Police Academy de rang très supérieur.

Note globale 47

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SALON KITTY ***

24 Déc

4sur5 Tenu dans le film par une réplique de Marlene Dietrich (Ingrid Thuly) un peu trash et dotée de sa morale personnelle, le Salon Kitty était un bordel de luxe prisé par l’élite nationale et les diplomates étrangers en Allemagne pendant les 30s et le début de la seconde guerre mondiale. Il a été mis sous surveillance au cours du régime nazi par la SD, le service de renseignement des SS. Tinto Brass se base sur cette anecdote de l’Histoire pour ce film outrageux, deux ans avant son Caligula et arrivant après quelques essais oubliés ou introuvables. Sans avoir l’influence des Portiers de la Nuit, Salon Kitty fait partie des pionniers de la nazisploitation, un genre typiquement 70s composé de films bis à caractère sexuel, souvent sadomasochiste et éventuellement gore.

Salon Kitty est un sommet de provocation et de burlesque ; c’est aussi une véritable comédie spirituelle, une espèce de Salo humoristique doté d’un discours très affûté sur l’exercice et la nature du pouvoir. Une abondance d’échanges intenses et assez définitifs y relève de la confrontation de philosophies morales et de consciences politiques (le conformisme et l’arrivisme déguisé ; les masques de la tradition ou de l’idéal), enlacés dans un déferlement fantasmagorique.

En effet sur plus de deux heures, Tinto Brass développe un discours sur le pouvoir très cynique. Indifférent à toute démarche procédurière ou moraliste, il inflige au nazisme (qui n’est pourtant au final qu’un prétexte, un support – le plus corrosif qui soit), plutôt qu’une dénonciation galvaudée, une double humiliation : d’abord il exhibe la médiocrité de ses lieutenants et leur antre pathétique (se ridiculisant eux-mêmes par leurs mœurs absurdes – le french cancan) ; mais aussi, l’instrumentalisation d’une foi, pour le bénéfice, avant tout, de ses chefs et de leurs seconds couteaux. La vision est plus horrible que prévu, plus triviale de surcroît : les collaborateurs aux édifices monstrueux (ici le nazisme) sont de simples parasites ; machiavéliques certes, mais plus besogneux et corrompus que visionnaires dégénérés.

Le grotesque de l’encadrement est raillé en permanence, souvent de façon insidieuse et l’inspiration de Brass semble inépuisable pour creuser le contraste entre la solennité et la grandeur des lieux, puis l’exaltation absurde de ceux qui s’y produisent. Les légionnaires sont dépassés, les officiers névrosés, les arguments dévoyés (comme la comparaison de deux cadavres, l’un avec un africain et l’autre avec une aryenne aux organes rebelles, mais néanmoins aryenne, pour attester de la hiérarchie raciale avec label scientifique à l’appui, le tout devant un parterre mixte de vertueux petits nazillons). Avec cette symphonie grand-guignole, Brass voit plus loin que le nazisme, auquel il donne le visage de l’hypocrisie la plus achevée, dans le contexte d’un accomplissement des instincts primaires exultés sous le vernis d’un ordre moral éclatant. Pour le cartoonesque Helmut Wallenberg, le nazisme lui-même n’est que le tremplin de ses ambitions et l’outil de sa « puissance » (qu’il exprime dans un monologue d’histrion mégalo).

Dynamique, le film évolue de façon imprévisible. Tout en restant linéaire, il plonge d’un contexte à un autre, isolant une particule puis revenant à une autre ou au tourbillon général (un peu comme s’il grossissait des éléments au microscope avant de dé-zoomer puis re-zoomer autre part en raccordant les niveaux). Outre les ahurissants tests de sélection sexuelle et les concours d’excellence par la soumission et la dégradation, Salon Kitty abrite également deux romances impossibles ; un sentier vers le désenchantement pour ses deux héroïnes (l’une perd son rêve fou, l’autre son antre sacrée et son prestige) ; un aperçu de la déliquescence dans la lumière crue des arcanes d’une organisation totalitaire ; puis finalement la matière d’un comédie musicale pornographique, avec un ton unique, comme si Nietzsche assumait l’humour premier degré.

Le spectateur s’attendait légitimement à une simple mise en scène de séquences voyeuristes et se trouve face à un récit beaucoup plus vaste et profond. Salon Kitty est surtout un film intelligent et explicite, au symbolisme vigoureux et transparent, dont le thème fétiche est l’emprise de la perversion sur les hommes et leur volonté d’ériger des institutions, au mépris de tous les espoirs et toutes les nobles vocations. Ce n’est pas un programme  »contestataire » pour autant : juste le film d’un terroriste théâtral, avec une pointe de mysticisme hilare.

Note globale 73

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AUDITION ***

21 Déc

4sur5 Auteur de Ichi the Killer et La Maison des Sévices, Takashi Miike est un cinéaste japonais particulièrement controversé, la faute à son goût pour la transgression et l’ultra-violence. C’est avec Audition (1999, son premier film sortant en France) qu’il entame son rayonnement international, débouchant notamment sur une participation aux Masters of Horror et un cameo dans Hostel. Ryu Murakami avait déjà adapté ses propres romans sur grand écran (Tokyo Decadence notamment) ; cette fois il s’en remettait à Miike pour adapter une de ses œuvres, précédemment publiée dans un magazine érotique.

Miike est aussi un des auteurs les plus prolifiques qui soit, enchaînant trois à six réalisations chaque année, cumulant maintenant une cinquantaine de films et quelques contributions pour des séries. Le prix de ce productivisme est dans la restriction des nuances ; Miike leur préfère l’exubérance, à raison, son talent résidant dans l’outrage. Les uppercut sont émaillés par des thématiques fortes, une approche essentiellement formaliste et une manie du mélange des genres.

Audition en est un parfait exemple. Pendant une heure, c’est un film intimiste et d’angoisse psychique, d’une subtilité et d’une douceur rare chez le cinéaste, avant que le Miike grand-guingol ne reprenne le dessus, jusqu’à la séquence de torture finale si souvent citée. L’ensemble oscille entre déférence aux fantômes façon Dark Water, suspense insidieux, chausse-trappe ludique (pendant l’inquisition du héros) et bis forain haut-en-couleur.

C’est aussi un film sur la condition féminine et la place des femmes dans la société japonaise contemporaine. Toutes les mutations n’ont pas été opérées et le patriarcat conserve son ancrage, au moins dans les méthodes et le regard porté pour dealer avec le monde extérieur. Dans Audition, un riche veuf profite de son statut pour approcher en tant que professionnel puis, imagine-t-on, probablement mécène, la femme qui illuminera sa vie. Pourtant cet homme ne fait que profiter d’une largesse d’un ami (des auditions factices visant à dénicher la perle rare). Il n’y a pas de machisme ni de hargne chez lui, loin de là : c’est un homme plutôt inhibé, un père conciliant. Malheureusement c’est cet homme nouveau, cet homme essoré, qui subira la colère d’une fille revancharde.

Audition a un côté Contes de la Crypte, en mode plutôt chic. Miike orchestre une douce montée vers le trauma. D’un réalisme morose et cotonneux tout vire au fantastique et finalement à la dégénérescence, sidérante et bien réelle. La pression émotionnelle diffuse et profonde laisse place au choc ; et alors que l’œuvre fonctionne sur l’identification au personnage masculin, son traitement est vécu comme une grande injustice. En effet, Audition fait du héros le spectateur de sa propre vie, attendant comme un enfant, un drogué ou un dépressif d’être ragaillardi par une relation authentique. Mais ce besoin concorde avec une emphase réelle pour la jeune femme auditionnée, une ouverture et une conscience à ses besoins, sa nature. Qu’il n’ait fait que s’enfoncer dans un piège traduit autant un malentendu qu’un divorce, lié au renversement de l’ordre sexué.

Note globale 73

Page Allocine

Interface Cinemagora

Aspects défavorables

Aspects favorables

* le sens du film dépend essentiellement du dénouement, qui retourne la donne (bien qu’il soit cohérent)

* film d’horreur adulte et hybride

* une vision de l’ordre sexué, passé et présent, tranchante

* un Miike plus subtil et profond

* moment de cinéma intense, une langueur séduisante

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LE JOUR DE LA BÊTE ***

2 Jan

4sur5 Alex de la Iglesia est l’un des enfants terribles du cinéma espagnol. Enfant bâtard de la Movida, il dépasse l’exubérance et la comédie de mœurs de la lignée d’Almodovar, pour un cinéma autrement impertinent, plus critique que partisan, plus trash que réformiste, pas moins soucieux d’enchaîner les  »exploits » physiques et scénaristiques. Après la bombe Action mutante, De la Iglesia revenait pour Le Jour de la Bête, comédie fantastico-horrifique déjantée. Rapidement devenue une référence du genre, Le Jour de la Bête est difficilement comparable aux modèles comme Bad Taste ou Braindead. D’ailleurs comme eux il affirme un style totalement idiosyncratique, mais lui n’aura pas de successeurs (des films comme Black Sheep tirent le meilleur du genre et peuvent imiter le cinéma du Peter Jackson première période, mais celui de Iglesia est trop loufoque pour être détourné).

Un festival non-stop

Résolument forain, Le Jour de la Bête relève du pur train-fantôme, enchaînant les aventures les plus aberrantes et désinhibées dans un contexte millénariste. En effet, tout se déroule au moment où l’Antichrist s’apprête à descendre sur Terre et doit être court-circuité par un Messie providentiel… ou fabriqué. Et c’est là le postulat du film ; il n’y a pas de sauveur prophétique, seulement un curé encanaillé en mission pour le salut de l’Humanité. Il trouvera sur sa route un loser pathétique dont la confession satanique, au moment où le brave curé doit s’affranchir du Bien pour pouvoir se mesurer au Diable, n’est absolument pas une barrière. L’animateur d’une émission-télé occulte démagogique et cynique sera lui aussi d’un grand secours pour accomplir cette tâche capitale : éviter la fin des temps, en d’autres termes limiter la casse puisque, en l’état, les forces de la dépravation et de l’inversion ont déjà contaminée la Terre. La religion elle-même ne tient plus qu’en se galvaudant et se vendant au plus offrant, pour arriver à des fins pas nécessairement glorieuses ; le curé lui-même n’est que parodie honteuse de l’Église.

Par-delà la gaudriole flamboyante, Alex de la Iglesia dresse un tableau relativement décadentiste. Il se dégage du film une fureur nihiliste, se passant de complaisance ou de dégoût, invitant plutôt à danser sur ce champ de mines avec une allégresse forcenée et une mise au défi de la réalité très adolescente. Dès l’intro, l’auteur présente une vision de Madrid féroce et surtout opportuniste, se délectant avec un désespoir amusé de la dégénérescence éprouvée en direct. L’approche est plutôt réactionnaire (le regard l’est, le diagnostic est punk) et moqueuse : dans les ruines de l’ordre ancien, ses héritiers ne savent pas se défaire des cendres, sinon pour se saborder eux-mêmes. Le Jour de la Bête renvoie une Espagne urbaine infestée de sales gosses trop longtemps réprimés et désormais abrutis par les vapeurs de la liberté.

Du chaos la chasse au trésor naîtra

Parsemé de plans délirants et de personnages bigger-than-life (l’entourage du jeune sataniste notamment), Le Jour de la Bête est surtout imbibé d’une dimension socio-culturelle forte : il y puise d’ailleurs ses motifs. L’ensemble est ainsi ancré dans l’Espagne post-franquiste, non plus pour la célébrer (comme chez l’auteur de Kika), mais pour remuer les ruines de l’après, assumer ses cicatrices essentiellement pour en jouer. Par ailleurs, de la Iglesia exprime un rejet de la télé-poubelle (montrée dans toute son envergure débilisante), de la société de consommation (au service de porcs et de planqués), relativement convenu sur le fond. Le mode d’expression en fait la valeur car rarement on avait balancé avec autant de pugnacité son dédain à l’égard de ce monde pas tout à fait revenu des folles 80s, ainsi que des ravages et des zones masquées par la culture de masse.

Cette naïveté politique n’est donc pas préjudiciable puisqu’elle est inhérente à la nature même du film : c’est une boule d’anarchisme et de misanthropie sublimée, dans un mode passionné, laissant libre-cours aux inspirations de son auteur, lequel jamais ne cherche à prendre de distance ni avec son sujet ni avec le traitement, pour engendrer un film contestataire dans l’âme, à la fois divertissement hystérique et œuvre d’art sans concession.

Note globale 71

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MBTI-Enna : C’est le film « Ne » par excellence. 

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MEET THE FEEBLES ***

20 Déc

3sur5 Le Muppet Show remastérisé par Peter Jackson première époque. Après le folklorique Bad Taste, le futur réalisateur du Seigneur des Anneaux réalisait le Téléchat néo-zélandais ; à Kermit et ses collaborateurs ravis de la crèche se substitue une troupe de marionnettes aux mœurs outrancières et trash, collaboratrices dans le cadre d’une comédie musicale. La caricature véhémente du show-business est nuancée par l’attention accordée aux personnages, chacun suivant son propre parcours. Peter Jackson y trouve l’occasion d’incruster des flash-backs mais aussi de proposer une relecture abracadabrantesque de Voyage au bout de l’enfer.

Culte et hautement recommandable à tous les amateurs de pellicules déjantées et hors-circuit, Meet the Feebles est un sidérant défilé de mauvais goût festif, tendance farce obscène et glauque surréaliste. Malgré les réserves, renforcées par le regard rétrospectif probablement blasé du cinéphile aguerri, c’est une généreuse et méchante plongée dans les coulisses, valant son pesant de prestations grand-guignoles et de douces transgressions burlesques.

Toutefois, celui qui accordera une fibre contestataire ou un sens de l’ironie affûté aux Feebles ne peut être qu’un intégriste du bis qui tâche ou un ramolli, à moins qu’il ne se moque de vous. Plus encore que Braindead (le troisième film qui suivra), Les Feebles est une pantalonnade exubérante et volontariste ; et c’est en tant que tel qu’il a de la valeur et tire sa légitimité. Peter Jackson n’a jamais été un auteur profond ou un subversif : c’est un technicien original et virtuose sachant discipliner ses caprices.

Ce n’est pas une surprise si la limite de Meet the Feebles est dans son postulat vacant et ses caractères éculés (bien que croqués efficacement). Pour autant, l’euphorie générale contamine, avec probablement même plus de facilité que pour Bad Taste ; reste que, moins trash, les réalisateurs de South Park ont pourtant su réaliser, avec Team America, un véritable film de poupées réformées pour enfants turbulents. Ce qu’omet Peter Jackson, comme toujours dans son œuvre (à l’exception possible de ses drames comme Créatures Célestes), c’est de conférer un sens et des convictions (pas seulement des anecdotes ni un profil qui tâche) à sa trame et ses personnages ; il faut une matière, pour pouvoir s’en moquer ou la torturer. On ne peut pas rire sur du vide et des farces ne renvoyant toujours qu’à elles-mêmes. Les péripéties exhibées font leur effet mais ne suffisent pas à compenser ce manque.

Malgré tout les Feebles traverseront encore les âges grâce à leurs exploits d’adolescent crade et sans tabous (mention spéciale au fourrage par inadvertance de Arthur) et à sa galerie de portraits parfaitement aberrants, à l’instar de Robert, le petit hérisson innocent ; d’Eye Fly, reporter intrusif dans le corps d’une mouche à merde ; ou encore de Mademoiselle Heidi, la diva hippopotame boulimique, trahie par son manager et perpétuellement humiliée à son insu. Les fans et autres traumatisés consentants de la première heure ajouteraient à cette liste synthétique les numéros musicaux abondants de moqueries gratuites mais aussi ambigus dans leur rapport au premier degré.

Note globale 63

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