LE JOUR DE LA BÊTE ***

2 Jan

4sur5 Alex de la Iglesia est l’un des enfants terribles du cinéma espagnol. Enfant bâtard de la Movida, il dépasse l’exubérance et la comédie de mœurs de la lignée d’Almodovar, pour un cinéma autrement impertinent, plus critique que partisan, plus trash que réformiste, pas moins soucieux d’enchaîner les  »exploits » physiques et scénaristiques. Après la bombe Action mutante, De la Iglesia revenait pour Le Jour de la Bête, comédie fantastico-horrifique déjantée. Rapidement devenue une référence du genre, Le Jour de la Bête est difficilement comparable aux modèles comme Bad Taste ou Braindead. D’ailleurs comme eux il affirme un style totalement idiosyncratique, mais lui n’aura pas de successeurs (des films comme Black Sheep tirent le meilleur du genre et peuvent imiter le cinéma du Peter Jackson première période, mais celui de Iglesia est trop loufoque pour être détourné).

Un festival non-stop

Résolument forain, Le Jour de la Bête relève du pur train-fantôme, enchaînant les aventures les plus aberrantes et désinhibées dans un contexte millénariste. En effet, tout se déroule au moment où l’Antichrist s’apprête à descendre sur Terre et doit être court-circuité par un Messie providentiel… ou fabriqué. Et c’est là le postulat du film ; il n’y a pas de sauveur prophétique, seulement un curé encanaillé en mission pour le salut de l’Humanité. Il trouvera sur sa route un loser pathétique dont la confession satanique, au moment où le brave curé doit s’affranchir du Bien pour pouvoir se mesurer au Diable, n’est absolument pas une barrière. L’animateur d’une émission-télé occulte démagogique et cynique sera lui aussi d’un grand secours pour accomplir cette tâche capitale : éviter la fin des temps, en d’autres termes limiter la casse puisque, en l’état, les forces de la dépravation et de l’inversion ont déjà contaminée la Terre. La religion elle-même ne tient plus qu’en se galvaudant et se vendant au plus offrant, pour arriver à des fins pas nécessairement glorieuses ; le curé lui-même n’est que parodie honteuse de l’Église.

Par-delà la gaudriole flamboyante, Alex de la Iglesia dresse un tableau relativement décadentiste. Il se dégage du film une fureur nihiliste, se passant de complaisance ou de dégoût, invitant plutôt à danser sur ce champ de mines avec une allégresse forcenée et une mise au défi de la réalité très adolescente. Dès l’intro, l’auteur présente une vision de Madrid féroce et surtout opportuniste, se délectant avec un désespoir amusé de la dégénérescence éprouvée en direct. L’approche est plutôt réactionnaire (le regard l’est, le diagnostic est punk) et moqueuse : dans les ruines de l’ordre ancien, ses héritiers ne savent pas se défaire des cendres, sinon pour se saborder eux-mêmes. Le Jour de la Bête renvoie une Espagne urbaine infestée de sales gosses trop longtemps réprimés et désormais abrutis par les vapeurs de la liberté.

Du chaos la chasse au trésor naîtra

Parsemé de plans délirants et de personnages bigger-than-life (l’entourage du jeune sataniste notamment), Le Jour de la Bête est surtout imbibé d’une dimension socio-culturelle forte : il y puise d’ailleurs ses motifs. L’ensemble est ainsi ancré dans l’Espagne post-franquiste, non plus pour la célébrer (comme chez l’auteur de Kika), mais pour remuer les ruines de l’après, assumer ses cicatrices essentiellement pour en jouer. Par ailleurs, de la Iglesia exprime un rejet de la télé-poubelle (montrée dans toute son envergure débilisante), de la société de consommation (au service de porcs et de planqués), relativement convenu sur le fond. Le mode d’expression en fait la valeur car rarement on avait balancé avec autant de pugnacité son dédain à l’égard de ce monde pas tout à fait revenu des folles 80s, ainsi que des ravages et des zones masquées par la culture de masse.

Cette naïveté politique n’est donc pas préjudiciable puisqu’elle est inhérente à la nature même du film : c’est une boule d’anarchisme et de misanthropie sublimée, dans un mode passionné, laissant libre-cours aux inspirations de son auteur, lequel jamais ne cherche à prendre de distance ni avec son sujet ni avec le traitement, pour engendrer un film contestataire dans l’âme, à la fois divertissement hystérique et œuvre d’art sans concession.

Note globale 71

Page Allocine

MBTI-Enna : C’est le film « Ne » par excellence. 

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Voir l’index cinéma de Zogarok

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