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AUDITION ***

21 Déc

4sur5 Auteur de Ichi the Killer et La Maison des Sévices, Takashi Miike est un cinéaste japonais particulièrement controversé, la faute à son goût pour la transgression et l’ultra-violence. C’est avec Audition (1999, son premier film sortant en France) qu’il entame son rayonnement international, débouchant notamment sur une participation aux Masters of Horror et un cameo dans Hostel. Ryu Murakami avait déjà adapté ses propres romans sur grand écran (Tokyo Decadence notamment) ; cette fois il s’en remettait à Miike pour adapter une de ses œuvres, précédemment publiée dans un magazine érotique.

Miike est aussi un des auteurs les plus prolifiques qui soit, enchaînant trois à six réalisations chaque année, cumulant maintenant une cinquantaine de films et quelques contributions pour des séries. Le prix de ce productivisme est dans la restriction des nuances ; Miike leur préfère l’exubérance, à raison, son talent résidant dans l’outrage. Les uppercut sont émaillés par des thématiques fortes, une approche essentiellement formaliste et une manie du mélange des genres.

Audition en est un parfait exemple. Pendant une heure, c’est un film intimiste et d’angoisse psychique, d’une subtilité et d’une douceur rare chez le cinéaste, avant que le Miike grand-guingol ne reprenne le dessus, jusqu’à la séquence de torture finale si souvent citée. L’ensemble oscille entre déférence aux fantômes façon Dark Water, suspense insidieux, chausse-trappe ludique (pendant l’inquisition du héros) et bis forain haut-en-couleur.

C’est aussi un film sur la condition féminine et la place des femmes dans la société japonaise contemporaine. Toutes les mutations n’ont pas été opérées et le patriarcat conserve son ancrage, au moins dans les méthodes et le regard porté pour dealer avec le monde extérieur. Dans Audition, un riche veuf profite de son statut pour approcher en tant que professionnel puis, imagine-t-on, probablement mécène, la femme qui illuminera sa vie. Pourtant cet homme ne fait que profiter d’une largesse d’un ami (des auditions factices visant à dénicher la perle rare). Il n’y a pas de machisme ni de hargne chez lui, loin de là : c’est un homme plutôt inhibé, un père conciliant. Malheureusement c’est cet homme nouveau, cet homme essoré, qui subira la colère d’une fille revancharde.

Audition a un côté Contes de la Crypte, en mode plutôt chic. Miike orchestre une douce montée vers le trauma. D’un réalisme morose et cotonneux tout vire au fantastique et finalement à la dégénérescence, sidérante et bien réelle. La pression émotionnelle diffuse et profonde laisse place au choc ; et alors que l’œuvre fonctionne sur l’identification au personnage masculin, son traitement est vécu comme une grande injustice. En effet, Audition fait du héros le spectateur de sa propre vie, attendant comme un enfant, un drogué ou un dépressif d’être ragaillardi par une relation authentique. Mais ce besoin concorde avec une emphase réelle pour la jeune femme auditionnée, une ouverture et une conscience à ses besoins, sa nature. Qu’il n’ait fait que s’enfoncer dans un piège traduit autant un malentendu qu’un divorce, lié au renversement de l’ordre sexué.

Note globale 73

Page Allocine

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Aspects défavorables

Aspects favorables

* le sens du film dépend essentiellement du dénouement, qui retourne la donne (bien qu’il soit cohérent)

* film d’horreur adulte et hybride

* une vision de l’ordre sexué, passé et présent, tranchante

* un Miike plus subtil et profond

* moment de cinéma intense, une langueur séduisante

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Voir l’index cinéma de Zogarok

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