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MINI CRITIQUES MUBI 5 (2019-1/2)

28 Nov

Même s’il est tard je poste maintenant les Mini pour Mubi du premier semestre. Le reste de 2019 sera publié en un post. Ce sera probablement l’avant-dernière année.

Le vieux jardin ** (Corée 2007) : La vie après la révolution (et son échec) et après 17 ans sorti de la vie civile (et normale). Pas poseur et théorique comme Il est mort après la guerre d’Oshima. Longtemps agréable, mais trop turbulent sur la fin, rongé par son originalité, des sentiments voire une narration éparpillés. Le laïus face caméra à la 98′ n’est pas forcément pertinent. Signé Im Sang Soo, dont j’avais déjà apprécié The Housemaid et L’ivresse de l’argent. (58)

Playtime ** (F 1967) : critique à venir probablement. Sinon dans une mini-critique des Revus, qui sera relativement longue. (5 à 6)

Trafic * (France 1971) : Tati en roue-libre pour un de ses derniers film ; à ce stade ça n’a plus d’intérêt rationnel. On va simplement aimer des détails d’ambiance, l’occasion de voir la réalité en 1971 – si on vit à l’écart du monde ou de 1971, ça peut être attirant par moments. L’humour est plus franc que dans Playtime (les dialogues et le narratif aussi), mais c’est pour devenir carrément primaire (avec cette succession de mecs se curant le nez en attendant la reprise de la circulation) ou d’une débilité effarante (le chien-paillasson et la pleurnicheuse). Essayez plutôt Week-end de Godard. (38)

La Sapienza * (France 2014) : Zelles et zeux aux z’âmes tistinguées, zautement spirituels mais point religieux, zont invités za savourer ze sef-d’oeuvre. Outre les décors sublimes et la main basse sur la haute culture, repose sur ses intentions (niaiseuses) qu’il ne cesse d’articuler avec une ‘finesse’ et une distanciations surlignées. Mise en scène et direction d’acteurs abominables – option raideur radicale, avec des protagonistes presque constamment face caméra, tout congestionnés, carrés et insipides dans le discours et dans les formes (c’est l’occasion pour les deux interprètes féminins principaux de faire émerger des qualités générales de leur étoffe – un bon point pour cette mise en place, mais s’apprécie en-dehors des démonstrations du film). Le dessein des assertions et ‘déductions’ spirituelles ou philosophiques est flagrant dès le départ si on est attentif et pas trop ‘généreux’ a-priori ; les perspectives des personnages progresseront pour de faux. Par contre Sapienza prend de l’épaisseur et son dispositif gagne en légitimité en élargissant les supports et en laissant l’émotion regonfler les automates (la diction avait déjà perdu en grotesque – sans compter l’habitude qui se prend rapidement après avoir décidé de se blaser). L’architecte est accablant avec ses airs de vieux chaton mélancolique sermonnant l’air de rien entre deux exposés. Les digressions futiles et pompeuses à n’en plus finir atteignent un nouveau stade (ouvertement médiocre) avec le couple invité. L’intervention mystère du réalisateur est un comble (où il se prend pour un passeur style nouveau prophète d’Israël) – une telle garantie n’était plus nécessaire. « Se débarrasser de l’inutile c’est peut-être ce qu’il y a de plus difficile » (97′) bien vu. (26)

Sabine ** (France 1993) : Un des premiers films du réalisateur de Fatima (Philippe Faucon, 2015). Mise en scène et réalisation dépouillées. Terre-à-terre et frontal, sans être trop racoleur hors de la nudité, ni en rajouter dans les horreurs humaines. Néanmoins, si la fille ne passait pas par tous les états horribles de la misère, il serait difficile de tenir. Le catalogue produit son petit effet mais l’émotion, sans projections de la part du spectateur spécialement empathique ou concerné, risque d’être minimale elle aussi. La façon dont la belle-mère accable la fille, à raison sauf exceptions, est un des seuls petits aspects émergents, tout le reste demeure tributaire des généralités sur la dure réalité ou du simple placement de pions narratifs. Une fin ne menant à rien de spécial est malheureusement logique pour la fille comme le film. (48)

La Pointe courte ** (France 1955) : Un démarrage remarquable de la part d’Agnès Varda. Acteurs généralement faux malgré des ‘éthos’ appropriés. Proche de choses que feront Bresson et la Nouvelle Vague dans quelques années. Les moments avec les pécheurs sonnent ‘vrai’ grâce au langage ciné et parlé ; ceux avec le couple aussi mais c’est déjà trop verbeux. Les musiques abrutissantes ont le mérite d’éviter de s’assoupir, à défaut d’aider ‘positivement’ le film. (62)

La guerre selon Charlie Wilson ** (USA 2007) : Ultime film signé Mike Nichols, portant sur le ‘programme afghan’ (ou ‘opération cyclone’). Remet la politique à sa place de milieu de manœuvriers en goguette, où les opportunités valent plus que les grands plans, où les décisions peuvent se prendre en grande partie à l’émotion, en fonction des besoins des plus gros ou selon des aventures personnelles. La représentation de Charlie Wilson est un pendant soft de celle de Jordan Belfort dans Le Loup de Wall-Street (2013), avec une conscience morale pour sérieusement les distinguer. On échappe pas aux dialogues à l’usage exclusif du spectateur, qu’il s’agisse de lui expliquer ou de l’amuser (ses ratés de diplomates), ni aux démonstrations sur base de stéréotypes rabougris pour introduire de nouveaux personnages. Pourquoi aller consulter un petit génie pour savoir qu’il faut mettre le paquet sur les armes ? La critique à l’égard de l’irresponsabilité des vainqueurs une fois le champ déblayé peut être utile à diverses fins – celle du film est manifestement la politiquement correcte (il faut construire des écoles en Afghanistan – car on ne doit pas laisser cette population jeune démunie) mais elle compatible avec d’autres parallèles et peut même constituer une brave couverture. (58)

Âme noire ** (Italie 1962) : Paresseux et théâtral. Tendances lascives et existentialistes, discussions d’hommes profiteurs et crises de femmes abusées ou tourmentées. Impression de voir Rossellini s’accrocher au wagon de la mode. (48)

Haewon et les hommes ** (Corée du Sud 2013) : Bonne écriture mais impitoyablement mollasson. S’ouvre sur un cameo de Jane Birkin. La fille est plutôt niaise et banale, comme l’indiquait la première impression et malgré sa dignité reconnue par le ‘regard’ empathique. (46)

Le testament d’Orphée ** (France 1960) : Cocteau en personne à son procès de créatif. Serait dans la continuité du Sang d’un poète, que je n’ai pas vu. (62)

L’éclipse ** (Italie 1962) : Un cousin éthéré et plus ouvertement sinistre de La Dolce Vita. J’étais resté dubitatif devant Blow Up puis enthousiaste suite à Profession reporter ; maintenant je ne suis pas plus avancé sur le cas Antonioni. J’ai aimé mais ne suis pas sûr de la valeur de son Éclipse ; même si tout plaide pour qu’on s’y ennuie, ça n’a pas été mon cas (enfin si mais c’était largement compensé et sans m’agacer) ; par contre trouver la chose ‘intéressante’ ou ‘profonde’ est moins évident. Tout ce qu’il peut y avoir de pertinent là-dedans est superficiel, fugace – ce film survole la modernité et l’oisiveté d’une bonne bourgeoise paisible, aimable, égocentrique ; il n’y a rien de spécial à signaler, que des bouts à raccommoder avec d’autres considérations, d’autres tableaux (sur la misère à côté, sur le racisme, la Bourse, les loisirs des femmes, etc). Certaines séquences entières sont redondantes en plus d’être simplement inutiles, notamment celles concernant l’argent ou les foules. Les trucs de couple m’ont laissé froid – en ouverture j’étais gavé, avec Delon positivement indifférent. Jusqu’à être écœuré par leurs simagrées débiles à un quart d’heure de la sortie – les régressions de cette pauvre petite créature sont quand même exaspérantes et c’est pourquoi le dilettantisme de cette exploration la sauve – plus près et plus emphatique, ça devenait irregardable. On remercie l’équipe technique à laquelle ce film doit 85% (tout c’est toujours trop ; attribuons 13% aux acteurs et 2% au reste). (58)

Mala Noche ** (USA 1986) : Premier long de Van Sant, doté d’un budget de 25.000$. Préfigure que sur le papier My Private Idaho (en citant l’État à la fin, en se centrant sur un homosexuel et son environnement/sa romance en partie ‘imaginaire’). Assez marrant grâce au laborieux déni de cette lopette totalement roulée par un jeune mexicano (simplement indifférent à son cas sauf pour ce qu’il peut piocher chez lui). Le plus jubilatoire étant notamment lorsqu’il essaie de montrer une sorte de dignité et d’autorité alors que ses parasites n’en sont même pas à rire de lui tant ils le méprisent (par exemple la scène de la voiture). C’est aussi une sorte de précurseur de modes déjà bien avancées ou émergentes 34 ans après : le veganisme et le puppy-play. Ce genre d’abaissement a rarement dû être mis sur pellicule à l’époque, en tout cas en version romantique et à destination d’un large public. Ajoutez à cela la honte d’être un blanc privilégié dans un pays massivement peuplé de blancs (et alors qu’on est jeune et pas spécialement gâté socialement). Un programme précoce ou brillamment ciblé. (56)

Blue Gate Crossing * (Taïwan 2002) : Histoire de lesbiennes à l’intérieur d’un triangle amoureux adolescent. Complètement naze, mais pour la défense du film je suis loin du public visé. L’overdose de gnangnanteries a donc été atteinte dès les premières minutes. Les films sentimentaux, surtout avec sujets féminins, sont largement pires en Extrême-Orient. Je crains que si ce film devait penser il irait du côté de Locataires, donc décollerait légèrement mais pour gonfler en grossièretés. Par contre la réalisation de celui-ci est propre. Les bavures engluant la pellicule viennent de la musique et de l’écriture. Ceux qui aiment se noyer dans certaines ambiances (modérément ‘exotiques’, nocturnes et urbaines) pourront y trouver leur compte. (32)

Darling/ Darling chérie ** (UK 1965) : L’arrivisme et la bourgeoisie dorée et hédoniste au travers d’une mannequin oisive. Portrait social davantage que personnel – et pas du tout intime ; pas passionnant sans doute à cause de cette volonté (et aussi car cette ‘swinging London’ ne [me] fait pas rêver). C’est Bel-Ami sans réflexion ni grande énergie, presque complaisant par défaut malgré des prétentions satiriques. Signé Schlesinger, réalisateur dix ans après de Marathon Man et du Jour du fléau. (56)

Mamma Roma *** (Italie 1962) : Second film du futur auteur de Théorème et de Salo, déjà habile, pour l’instant affilié au néo-réalisme. On ne sait trop si Pasolini, comme la fille facile convoitée par le fils et la bande, comme cette mère prostituée, déplore ou apprécie cette société verrouillée. Le sermon ‘bienveillant’ et bien-avisé du curé incitant madame à tout reprendre avec son fils peut sonner comme critique ou bien emballant proprement l’acceptation et l’adhésion cynique aux ‘lois’ sociales – qu’on sait malsaine mais a accepté soi aussi. Sur la forme, les seuls défauts potentiels concernent le casting (davantage de patauds robots chez les hommes) et la narration (temporalité bien ‘laxiste’) – défauts potentiels car on peut leur trouver des raisons ou les juger appropriés (ces hommes sont souvent en troupeau ou dans une fonction). (72)

Guns of the Trees * (USA 1961) : Collection de moment de vie plus ou moins significatifs, généralement bien meublés ou avec dialogues, ou gesticulations, ou excentricités. On s’amuse à infliger des sons trop aigus et les laisser aller pendant plusieurs minutes. C’est encore un membre de ce cinéma prenant bien soin de ne servir à rien, sautillant entre clins-d’œil, réflexions superficielles et bizarreries ineptes. Sa spécificité est de se concentrer sur des membres considérés représentatifs de leur [‘sa’] génération : soit une ribambelle de péteux sensibles et de spiritueux barbus, tous clairement bien à distance des coups de la vie et de ses conditions même ‘moyennes’, donc à l’écart de questionnements et de prise de conscience un peu plus sérieux que ces spontanéités niaiseuses et ces traits d’esprits artificiels. Mais le pire c’est qu’il y a aussi le plus trivial : ces bêtises politisées dans l’air du temps et/ou d’individualistes gauchisant (avec des rodomontades et même des aspirations surfaites à l’action inutile – oh le gentil garçon indigné trouve le courage grâce à la boisson pour avoir l’élan de pisser sur la vitrine de la banque !). Il n’y a pas (ou pas tellement) à jeter là-dedans (cohérence interne honorable), mais c’est une perte de temps pour ceux qui ne pratiquent pas la religion de la cinéphilie ou de l’avant-garde – puisque même pour représenter un point de vue végétatif c’est bidon (et ampoulé). Le cadre est beau et toutes ces poussées rendent stalinien – mais pas du stalinisme inclusif et inconscient de ces gens. (28)

Femmes du Caire *** (Égypte 2010) : Trois trajectoires reliées par celle d’une présentatrice télé. Elle est d’abord la tête d’affiche d’une émission d’actualité dérangeante pour les gardiens du temple et du pouvoir ; doit en rabattre – ça tombe bien, elle souhaite voir des ‘vrais gens’, des femmes. Dans cet exercice notre brave bourgeoise libérale/progressiste se rend compte de sa déconnexion. Son agenda doit rester politique mais de façon moins polémique et égocentrique ; finalement, son nouveau focus s’avère tout aussi compromettant, pour l’ordre social et l’intimité. Le narcissisme (sans ce que ce terme peut recouvrir de ‘démoniaque’ ou ouvertement prédateur dans le langage ces jours-ci) de cette princesse des médias se met au service d’une cause juste et s’en nourrit.

Le poids du contexte est important dans cette affaire : en France, elle serait une pouffe fracassante laudatrice de Schiappa – probablement critique car néanmoins consciente de la connerie du projet et de ses vedettes ; là-bas, elle lève des barrières. L’histoire avec les sœurs est à la fois remarquable et finalement gênante. Un certain déni de femmes en compétition y prend des proportions tragiques. C’est rare que la misère sexuelle imposée (restrictions culturelles) soit abordée pour les femmes. Le seul gros malaise de mon point de vue c’est que le film semble relativiser l’homicide ; à mes yeux, un laquais a joué avec les sentiments de trois femmes. Le film est-il complaisant ou simplement lucide, ‘inclusif’, concernant la cruauté et l’opportunisme des ‘victimes’ ? J’ai senti un arrière-goût bizarre de ce côté suite à la dernière histoire et à la conclusion. (68)

Les filles de la rue/ The Girls on F street/ The Maidens of Fetish street ** (USA 1966) : Du grindhouse à Los Angeles, mis en avant par la « byNWR ». Oublie très vite sa prétendue situation en 1928 et semble clairement d’époque. Aime traîner, sorte de voyeurisme léché se tenant à proximité du porno sans jamais y tremper. Imagerie SM revendiquée. Voix-off douce étayant sur ces situations à la fois joyeuses et désenchantées, jusqu’à ce que le vice soit décrété fatal. Le protagoniste masculin (Nick) est un [moralement] déconfit total acceptant tranquillement l’obscurité et la bassesse ; son alter ego Joe est autrement pathétique. D’après sa séquence chez la pute (« marchandise » assumée), il relève du misogyne bienveillant, aliéné dans sa vision des femmes. Évidemment supérieur aux bouffonneries Vampire érotique et Hot thrills mais aussi un peu mieux que les volontaristes Night Tide et Burning Hell, davantage limités par le cheap. (62)

Le petit soldat ** (France 1960) : Second Godard, tourné directement après A bout de souffle, censuré trois ans à cause du conflit pour l’indépendance de l’Algérie. Une espèce d’antihéros incrusté dans un décors de films d’espionnage y rencontre Anna Karina, chacun travaille pour deux camps politiques opposés et radicaux. Cousu de citations. Paquets de discussions, laïus et monologues allant du plat efficace aux dissertations en roue libre. Toujours limpide contrairement à ce qui sera produit dix ans après puis tout le reste de la carrière. Case cette demi-connerie pleinement odieuse sur « les femmes devraient jamais dépasser 25 ans » – une des sentences probablement appréciées d’un protagoniste réprouvé (sa « lâcheté » a le tort de ne pas tomber qu’aux bons endroits). (48)

Réminiscences d’un voyage en Lituanie ** (Lituanie 1972) : Du cinéma ‘maison’ donc au plus profond du ‘journal filmé’ dont ce réalisateur reste l’emblème. Témoigne de la vie campagnarde et familiale à l’époque dans un village lituanien (Semeniskiai où Jonas Mekas est né). Souhaite refléter l’Histoire et son mouvement par ce biais intimiste ; c’est un échec, il n’y a que des mots, quelques images bien ‘ouvertes’ [à l’interprétation] : le frère en habits de soldat ou la scène de l’incendie en fermeture. Nombreux enchaînements et quelques accélérés corrosifs pour les yeux (surtout au milieu). Débit pénible, peut-être dû à des états de conscience trop souvent modifiés ou à des troubles émotionnels ou neurologiques avancés. À moins que l’essentiel du problème vienne du son, lequel effectivement écorche quelques-uns des splendides morceaux. (46)

Sur la terre comme au ciel ** (Belgique 1992) : Un prélude au Fils de l’homme et cousin du cinéma de Jaco von Dormael. Anti-scientiste voire anti-moderne mais non réac, il plaide pour un retour à l’authenticité et acclame le pouvoir naturel des femmes. Les hommes y jouent très mal mais c’est normal puisqu’il faut servir un arsenal idéologique. Le film ne rate jamais une occasion de faire de Carmen Maura la femme parfaite, ‘libre’ et bienveillante, autonome et sereine malgré les soucis. Un mari bien propret et discipliné au cours de yoga est présenté comme l’homme idéal ! Quand à la protagoniste, elle n’informe pas le père (une « aventure » ponctuelle) de la grossesse. Oui elle prive l’enfant de père, mais elle y a réfléchi ! Elle sait ce qu’elle a à faire et personne, surtout pas un homme (comme ce collègue s’accrochant à elle), n’a à savoir à sa place ! Le tout avec douceur et conviction – jamais d’éruptions de sa part, aucune agressivité, peu d’émotions négatives de toutes manières. Bref, un film assez fascinant et singulier, qui a le bon goût de ne pas s’éterniser. Sa mise en scène carrée, directe, compense les aspects cheap et infantiles. L’épilogue serait plus intéressant que la thèse – dommage. (44)

Les glaneurs et la glaneuse ** (France 2000) : Des rencontres drôles et typiques en rafale – une alternative au sketche pour qui veut le voir. Plus divertissant que chez Cavalier et non-gâteux, ou assez étoffé et réveillé par ailleurs pour ne pas trop le sembler. Agnès nous raconte un peu trop ce qu’il y a à voir et à déduire. (58)

She-Man : A Story of Fixation ** (USA 1967) : Un opus honorable parmi les récupérés du ‘byNWR’ et l’une des premières réalisations de Bob Clark (pas référencée sur SensCritique au moment où je le découvre), connu pour Black Christmas et Le mort-vivant. Ce cinéma joue à l’exploitation-investigation : les travestis et transsexuels sont l’objet d’un intérêt sincère qui doit relever autant de la sympathie, de la curiosité sans malice que du goût de la déviance ou du grotesque (pour lequel des acteurs brillants sont dispensables, le cirque et la gardienne de troupeau assurant l’essentiel). Amusant et pas trop flottant, même si certains passages sont faibles ou trop idiots (la sanction finale, le dialogue avec l’auteur à la soirée). Cette détention est quand même difficile à avaler dans le détail, aussi on essaie discrètement mais régulièrement de la justifier – ce qui ne fait que nourrir encore le scepticisme mais contribue néanmoins à rendre l’entreprise ‘palpable’. Peut-être tourné en 1965 (le panneau final le prétend), en tout cas sorti en septembre 1967 aux États-Unis. (52)

Demi-vie à Fukushima ** (Suisse 2016) : Cinq ans après. Pseudo-documentaire contemplatif. Une balade où on pourra glaner des éléments d’information, d’ambiance et de beaux clichés sur le bord de la mer ou dans les ruines. Cette splendide virée en HD aurait beaucoup d’intérêt avec un comparatif avant/après. (38)

Jacquot de Nantes *** (France 1991) : Un biopic aux méthodes raffinées, tout aussi efficace qu’un documentaire. Style réaliste et poétique. Ressemble peu à un film signé Varda, sauf peut-être par ses aspects doucereux et amoureux, puis par les défauts dans la prise de son au début. La deuxième heure se concentre sur l’obstination de l’autodidacte. (76)

Stavisky *** (France 1974) : Narration légèrement compliquée a première vue mais sensée et efficace. Assez charmant et entraînant, bons dialogues, cynique sans morgue ni dégueulasseries. Offre à Belmondo une de ses seules compositions un peu risquées en tant qu’acteur et potentiellement polémique. Je ne cerne pas vraiment les motivations de l’introduction de Trotsky – créer un parallèle entre l’escroc et ce supposé idéaliste, tous les deux lâchés par leurs alliés ? Un autre opus casse-gueule signé Resnais, plutôt vers le haut du panier à mes yeux. (68)

La femme d’à côté ** (France 1981) : Une passion presque ‘plan-plan’ puis seulement trop balisée. Gérard en « cyclothymique et violent » enflé et ‘rentré’ – comme chez Téchiné (Barocco, Les temps qui changent) il semble sous une direction inadaptée. Fanny Ardant interpellante dans les dernières séquences. (52)

Masculin féminin 15 faits précis * (France 1966) : Évidemment c’est imprécis et pas seulement sur les différences de sexe. Cherche à capter l’époque et probablement en témoigner pour l’avenir ; cette jeunesse toute en vacuité et littérature (des parisiens bien éduqués en phase d’émancipation), sous une direction théâtrale et raidement ‘intellectualiste’ est censée refléter la ou les jeunesse(s) de 1966 en France. Passe en revue des points de vue, crispations et enthousiasmes d’actualité, fait référence à la guerre du Viet-Nam et aux grandes notions politiques. Même si Godard est probablement proche du protagoniste (Jean-Pierre Léaud encore plus pénible que d’habitude), ses positions personnelles ne sont pas nécessairement transparentes. Il les discutent au niveau de leur appropriation (par les individus et leur réseau) ou de leur réception (symbolique, émotionnelle etc), mais ne les discutent jamais pour elles-mêmes. Résultat : une sorte de foire bobo avant l’heure, que les intellos de gauche à tendance ‘réac’ feraient bien de regarder pour se rappeler qu’ils critiquent leurs frères jumeaux. Sauf qu’à l’époque, le communisme était une chose sérieuse et ses commandements bien établis, pour beaucoup de monde. Néanmoins on a bien ces grands enfants, bourgeois autant sinon davantage que ce qu’ils dénoncent, dans leurs petits combats de confort, avec démonstrations adulescentes et discours vaseux, finalement simplement obsédés par leurs expériences ou leurs copulations, voire encore en-dessous de ça, à humer leurs ‘gibiers’. Concernant la seule mise en scène, c’est plus interpellant et frontal que la moyenne des Godard. Il s’amuse à l’occasion à foirer le son ou le rendre désagréable, mais naturellement ce n’est rien par rapport à ses divagations d’Adieu au langage. Un de ces films donnant à piocher (en piochant lui-même, y compris des répliques) au lieu de s’embêter à être bien construit (les ’15’ sont un cache-misère). (36)

Made in USA * (France 1966) : Trop pénible passé une heure, quand on entend pour la seconde fois la voix de Godard. Parmi les non-jeu, crypto-jeu et quart-de-jeu celui de Szabo est vraiment de trop – une souffrance à regarder. (28)

Vivement dimanche ! ** (France 1982) : Une sorte de pastiche du film noir américain et d’hommage à Hitchcock à la mise en scène théâtrale. Le scénario aussi est ouvertement artificiel, les acteurs sont d’une fausseté bien corsetée. Toute cette posture atténue l’éventuel ennui ou l’impatience à regarder un film si lourdement cousu. Et comme on sait que c’est le dernier de Truffaut, il peut être impossible de regarder Vivement dimanche comme un autre. À réserver aux familiers du réalisateur, de ces acteurs, de ce style, des essais cinématographiques. J’ai davantage aimé la fin, à partir de la ‘prostitution’ de Fanny Ardant pour le compte de Louison. (58)

Irina Palm *** (Belgique 2007) : Sorte de Pusher au féminin, évidemment plus propre et surtout comique. Beau programme où dans les bas-fonds une femme en pleine descente trouve de quoi se sauver et faire son bonheur. La jeune vieille est jouée par Marianne Faithful (responsable du seul joli moment de Made in USA et l’un des seuls vraiment décents ou pertinents). Un film simple qui ne fait pas semblant d’en raconter plus qu’il n’en aurait l’air ; une histoire crue pas instrumentalisée pour du voyeurisme ou de la gaudriole – pas répréhensibles en soi mais s’emmener ailleurs n’est pas mal non plus. (76)

Les demoiselles de Pyongyang / A state of mind *** (UK 2004) : Deuxième des trois films de Daniel Gordon en Corée du Nord – j’ai vu le troisième [Crossing the Line] grâce à Mubi. Suit une gamine pendant plusieurs mois de préparation d’un gros spectacle de la ‘gym de masse’. Occasion de contempler le dressage et les privilèges en vigueur dans ce pays communiste. Les grandes cérémonies sportives renvoient une belle impression de force et de cohésion ; un sommet parmi ce que peut réaliser cette nation manifestement triste et arriérée. (76)

La religieuse *** (France 1967) : Sixième et premier en couleurs des films signés Rivette. Il fait de cette Religieuse forcée une abonnée aux bourreaux pourvus d’une variété de bonnes et vicieuses intentions. Décors et construction irréprochables. Prise de son très variable et discutable : parfois immersive et colorée, parfois pas mirobolante notamment dans la première des trois parties (endroits inappropriés, dialogues sciemment couverts). La seconde, celle de la lutte contre l’ordre injuste, celle des privations et des sévices soutenus par la collectivité, est très supérieure à la première, méchamment rigide. La dernière est réellement sensuelle, mais plus balourde : les ambiances sont excessives et Anna Karina bien moins séduisante qu’en passionnée en haillons. Ironiquement cette adaptation est plus fine que le livre de Diderot s’agissant des sentiments et des déchirements intérieurs – les acteurs sont assez brillants pour éviter l’explicite et faire la synthèse des duplicités. L’envie, la convoitise, la recherche d’affection et de consolation se devinent partout ; le sadisme ou le goût de la domination purs et simples ne sont pas de la partie, paraissent presque des masques – ou le masque secondaire après celui de la religion. (66)

Aprile * (Italie 1998) : Ce journal n’a qu’une vertu sérieuse : témoigner de la bêtise malsaine de l’intelligentsia ‘de gauche’ – et c’est au milieu de beaucoup de déchets et de trivialités absolus. La séquence du début avec le journaliste français est remarquable : il prétend que la victoire d’un patron de trois télés n’arriverait pas en France grâce aux « lois antitrust » ; l’autre se dit bien conscient que les partis de droite fascistes sont tous les mêmes sous d’autres noms – et oui c’est bien le ‘fascisme’ qui est au pouvoir. Nanni Moretti est bien drôle à vomir sur ses adversaires politiques ou politisés en raillant leurs prétentions et leurs clowneries. C’est encore plus écœurant que son Journal intime, car directement abject et entièrement centré sur sa personne – quoique la plupart du temps et définitivement après une vingtaine de minutes, ce soit surtout insipide (au maximum, à négliger avec bienveillance, bon à faire sourire quand Moretti souligne ses prises de conscience sur soi ou ses échecs). Il n’y a rien à retenir, rien à apprendre – sauf sur l’environnement familial, professionnel et culturel d’un homme, dans des moments de profonde banalité ou de représentation intensive (même quand, dans un univers ‘normal’, ce ne serait pas le moment). Moretti n’a l’air de se reconnaître des limites ou des défauts que pour alimenter ses caprices, justifier ses foucades et ses irresponsabilités. Aux amateurs éclairés d’y trouver une légitimité, peut-être un ‘personnage’. Pour ma part : jamais vu un être aussi vain au cinéma, réel ou fictif, en-dehors certainement de grosses farces avec des protagonistes stupides (lui est exhibitionniste). Rassurons-nous, des équivalents IRL sont très répandus – les réseaux sociaux, les émissions télé sur l’actualité et les torchons pompeux de gauche et de syndicats étudiants sont là pour mieux les afficher. (16)

Des trous à la tête *** (Canada 2006) : Monté à la façon des muets des années 1920 et présenté sous forme de conte. Le chapitrage rend le visionnage plus facile. Mère incestueuse flagrante dès le début avec l’emphase sur l’autoritarisme et la surveillance débridées. Il y a plusieurs mais sûrement pas cinquante grosses raisons d’être à ce point possessive. Voir ses enfants vieillir et s’émanciper ajoute à son stress concernant l’âge et le besoin de redevenir jeune, asexuée et éventuellement pouponnée. (74)

La dernière tentation du Christ *** (USA 1988) : Représentation sensuelle, non puriste, au service mais sans ‘absolutisme’ de la foi dans le Christ, sa passion et son message. Le film pourrait même discuter plus à fond le cheminement de la foi en évoquant davantage de tentations et de contre-réponses (toujours internes). En considérant Jésus en tant qu’homme il accepte tacitement sa part de mégalomanie et son ridicule humain dans un contexte terrestre – notamment comme dispenseur du message d’amour face au pragmatisme des autres. Il maintient l’idée que le martyr, la souffrance, la privation mènent à la vérité et ouvrent la voie vers la lucidité.

Des curiosités comme le baptiseur (Baptiste) lié à une bande de hippies nudistes et masos – il s’autorise une embrassade sur la bouche (Judas aura son tour). Le littéralisme du cœur offert, la représentation d’apparitions (dans le désert après dix jours de jeûne) et de miracles laissent circonspect : manière de mettre à l’épreuve la foi des spectateurs catholiques, de ramener subtilement cette histoire au niveau d’une fable, ou bien premier degré engagé ? Stagnations dans la deuxième heure avant la descente de la croix. Après les rares doutes de sa période active, c’est le temps des regrets le long d’une vie ordinaire, avec ses satisfactions. Jusqu’à ce que Jésus retrouve la félicité de l’homme au sacrifice porteur, ou du moins rassérénant. Le Christ de Scorsese apparaît comme un révolutionnaire plus profond et individualiste que celui vu chez Pasolini. (72)

Hélas pour moi * (France 1993) : Une grosse blague pédante de plus de la part de Godard. Son film avec Depardieu et plusieurs acteurs récurrents à la télé française à cette époque. Aussi son plus beau grâce aux paysages probablement suisses ou frontaliers. (34)

Comédie de l’innocence – Fils de deux mères ** (France 2000) : Raoul Ruiz dirige Huppert et Balibar. Plaisant et planant, peut-être à l’excès puisqu’après une heure il faut bien constater que le film n’a pas décollé, ses promesses troubles n’ont encore rien donné [de neuf]. Les acteurs et l’ambiance sont bons mais ça patine trop. (52)

Crooklyn ** (USA 1994) : Deux heures avec une famille noire de Brooklyn, sous la supervision de Spike Lee. Style relativement élégant et récit ‘so-whatever’. Remarquablement fluide, efficace et synthétique compte tenu du matériau et du manque d’enjeux. Musique en abondance. Même des lesquenistes puristes peuvent tenir – j’ai bien écrit ‘tenir’. (62)

À mort la mort ! ** (France 1999) : Cri du cœur et des couilles d’un gauchiste à l’âge dit ‘mûr’ – Romain Goupil déjà réalisateur de Mourir à 30 ans. Les anciens anars et libertaires généralement d’obédience communiste se réunissent pour mieux s’inscrire dans le déni de leur dégringolade vers l’insertion plus-que-parfaite au sein de la société cynique qu’ils abhorrent en discours. Toute la fine équipe est mobilisée, même Edwy Plenel – et Cohn-Bendit sous la pluie (les deux Charlot se sont retrouvés devant la caméra pour La traversée en 2018) !

Authentique et acceptant de voir une part de ses contradictions et de sa corruption (due à l’âge, à l’usure, à l’irresponsabilité et l’avidité) ; pourtant à l’arrivée, n’attaque pas l’essentiel, ne discute pas sa position actuelle – juste des petites gênes existentielles. Le choc avec le monde autour est minimal – on ne fait que se greffer opportunément sur deux grosses institutions, l’une périmée où passent les copains bientôt enterrés (l’Église), l’autre actuelle où on s’est bien infiltré (l’entreprise – la grande). Et où tout ce qu’on chamboule est la décoration, éventuellement les mots à l’ordre du jour, l’ambiance de quelques réunions. Ceux qui veulent croire aux capacités subversives de la fête, des relations ‘libres et fluides’ et de la foire superficielle en guise de subversion pourront faire, comme Goupil lui-même, semblant d’y croire. Ce film a le mérite de tenir ses promesses, d’être cohérent dans son carcan, donc de laisser de côté le sérieux de ses engagements pour en préférer le joyeux, le gratiné, l’insurrection rose bonbon. (48)

Lettre pour L * (France 1994) : Goupil façon BHL mais pleurant à Gaza (avant de culpabiliser les serbes – nous sommes l’année de la liste ‘L’Europe commence à Sarajevo’), après avoir déblatéré en bonne ouaille socialiste (couplets anti-argent, anti-marketeux, collectiviste crypto-totalitaire) ; il embarque sa caméra et son équipe sur des lieux en proie à la guerre, voire sur des théâtres de guerre. Toujours dans la mélancolie du gauchisme en échec, en même temps à traîner sa fibre 68tarde jamais morte – même si futile pour l’essentiel, cantonnée au discours, où on peut trouver des points de vue un peu valables mais souvent clichés, paresseux et pire, pas si engagés ; même leur tranchant occasionnel ne produit ni gros effet ni réflexion. Beaucoup de dilemmes et de questionnements sur sa pratique assez vaseux ou contre-productifs ; ce souci de pureté, de ne pas froisser, est grotesque dans le contexte. Sinon c’est tout à fait respectable, en moyenne de bonne tenue, même si À mort la mort et Mourir à 30 ans sont plus puissants. Les facéties du début ne plaident pas nécessairement en faveur du film. Amalric apparaît quelques minutes en tant que membre du tournage à la recherche d’un ouvrier ou autre prolo (il se fait chasser par des jeunes). La dénonciation des « nouveaux beaufs » près de « leurs privilèges », de leurs « comptes-épargnes » et n’ayant à la bouche que les « droits de l’homme » laisse circonspect de la part de ce soutien de Macro un quart de siècle après. (38)

Le quattro volte * (Italie 2010) : Un film contemplatif faisant vaguement écho bien que ce soit sa prétention aux cycles de la vie et des saisons, dans l’ensemble pas centré sur l’humain. Le grand succès critique et festivalier est peut-être dû à l’absence de contact des publics et jurys avec le monde hors des villes. Et à leur attendrissement par ces chèvres. Ces paysages sont apaisants et l’équipe technique est irréprochable, l’intention est jolie, mais la séance reste bien plate (sans être tellement ennuyeuse). Une majorité de plans éloignés, quelques drôleries dans le champ, une narration éthérée, pour un film instinctivement désengagé ou complaisant au maximum de son intensité. (36)

Mange tes morts – Tu ne diras point ** (France 2014) : Les sous-titres étaient dispensables (à 90% minimum) mais un lexique pendant le repas [rabouin, karave une racli qu’il trouve tchoucarde, omni] et l’option accélérée seraient les bienvenus. Fin stylisée. (46)

La cause et l’usage ** (France 2012) : Succession de scènes ordinaires, pas loin d’être capturées à l’arrache, pour une séance de 62 minutes. Je ne suis pas adepte de la mesure ‘QI’ mais là on ne peut rater l’absence du troisième chiffre. En particulier les semi-poivrots porte-voies de la bande, ou les femmes mûres sur les marchés (avec leur soutien irraisonné, leur passion et leur commisération pleines d’amertumes) ; au contraire, le pragmatisme des jeunes arabes les placent hors de la débilité courante. Certaines équipes prétendent faire de la politique autrement en interprétant les clowns (EELV) ou en lâchant des ballons (la candidate sort des crucheries exemplaires). Le film lui-même apprend peu ou rien, mais donne des illustrations éloquentes à défaut d’être toutes qualitatives. On peut constater l’aigreur et la normopathie des gens de gauche et socialistes (toujours à vouloir encadrer la réalité et la vie humaine, à faire passer les institutions avant la liberté et la personne). Laisse avancer quelques arguments complaisants envers le système Dassault : après tout les infrastructures se sont améliorées (car lui « a le bras long » contrairement aux communistes nostalgiques) et les gens ont trouvé des petits biffetons et des facilités (pour obtenir le permis de conduire ou du travail dans le bâtiment chez les jeunes ‘de quartier’). (46)

Al-Ard / La terre ** (Égypte 1970) : Sur les difficultés des exploités (paysans et en territoire occupé) à se coaliser durablement ; sur la concurrence entre l’intérêt personnel (aux réponses variées, ingrates ou médiocres en ‘moyenne’) et le combat collectif. Pas prodigieux mais a le mérite de déambuler dans un semblant de pure et dure réalité (tout en ayant une bonne et parfois belle tenue dans la mise en scène). La révolution et la politique sont manifestement une affaire d’hommes. Situé à la campagne dans les années 1930, où l’Égypte est sous colonisation britannique. Sorti en salles en France en juin 1971 et projeté à Cannes en mai 1970. Même si la concentration ne m’a été facile qu’en coupant le son, j’ai davantage apprécié qu’Al Asfour/Le moineau et Le retour de l’enfant prodigue, vus également grâce à Mubi. (58)

Dans ma liste « Cinéma & Politique » je l’ai annoté : Populiste (contestataire et réaliste, tendance sociale, patriote). Ambigu sur la lutte de libération nationale, ou plutôt sur sa suite. Les traditions semblent positive pour les personnages, le film a l’air complaisant plutôt qu’engagé sur ce point.

Leçon d’histoire * (Allemagne de l’Ouest 1972) : Encore un film connoté marxiste et jouant les visionnaires impénétrables alors qu’il ne fait que broder autour de l’origine de l’idéologie impérialiste (et de son application civile la démocratie) – donc autour de la perpétuation de la domination, la corruption et la subordination des appareils d’état. Adaptation d’un roman de Brecht (Les affaires de monsieur Jules César – 1953) avec le grand-frère du gus du Promeneur du champ de Mars allant questionner quatre contemporains de Jules César – dans la continuité d’autres travaux de Straub-Huillet où ils se déclarent en train de réunir la Rome d’aujourd’hui et celle de l’Empire. Des bavardages haut-perchés entrecoupés de balades en voiture – l’absence de dialogues dans ce cas est un bon choix. Pas dégueulassement filmé par rapport à bien d’autres de son temps et de son registre mais quand même bien évanescent autour de sa colonne théorique masturbatoire. De l’humour visuel ou par le montage un peu autiste-éthique de bas niveau. Tout n’était pas sous-titré et ce ne serait pas propre à la livraison via Mubi. Le passage avec l’avocat (autour de la 55e minute), malheureusement court comme l’était celui avec le paysan, relève le niveau en apportant des arguments plus mûrs et non-anecdotiques en faveur du commerce, présenté comme une façon ‘douce’ d’étendre l’emprise du pouvoir. (18)

Filantropica / Philanthropie *** (Roumanie 2002) : Un bolosse houellebecquien embarqué dans le commerce de la charité. Enthousiasmant au départ puis jusqu’au deux millions lâchés pour épater la galerie et éjecter l’indésirable. S’affaisse ensuite à cause de révélations qui n’en sont pas, de nouvelles pistes et conclusions relativement faibles – le cynisme en devient trop théâtral, ‘épatant’. Développer les personnages, épaissir les enjeux, aurait été préférable, sans quoi la satire vire à la simple gaudriole – bien jouée quoiqu’il arrive. (66)

Orgy of the dead * (USA 1965) : « BYNWR ». Un opus nanar-sexploitation. Trémoussages longuets et minimalistes de femmes ‘zombies’ en tenue d’Eve. Le scénario est attribué à Ed Wood mais à ce stade c’est étrange de vouloir encore le relier à qui ou quoi que ce soit, sauf pour tenter une blague. (24)

RAMBO LAST BLOOD ***

2 Oct

4sur5 Au moment où Rambo arrache l’aorte d’un mec, je me suis dit ‘oui ce film est grave’ et pour ça j’y adhère définitivement. Après une ouverture torrentielle annonçant une séance sous le sceau des sensations fortes, on nous invite à l’empathie pour lui et ses rares proches. C’est primaire mais indispensable et on y va sans retenue. Il n’y a pas cette distance mesquine imprégnant l’ensemble des productions violentes ou amères aujourd’hui. L’homme de la situation n’est pas une noble victime ou une star de bande-dessinée ; ici pas de super-héros ou de héros sophistiqué avec sa mythologie ; vous n’aurez pas le second degré ou la fantaisie douce dans lesquels se réfugier pour aimer et (s’)accepter. Rambo Last Blood présente une vision exécrable des rapports humains et ose le faire sans humour ou sarcasmes d’artiste misanthrope à ses heures. Il ne le fait pas sans cœur ni espoir. Ce film d’action bourrin renvoie à l’essentiel de ce qui a de la valeur, quand on ne croit plus ; en même temps et comme pourraient le dire ses détracteurs, il touche le fond. Il active des leviers fondamentaux : l’envie d’harmonie et le besoin de tout casser.

Sur l’effort sociologique le film mérite zéro. Pourquoi et comment les salauds en sont là, dans ce ‘job’ : peu importe, car on refuse de développer envers eux une sympathie. On peut bien deviner de nous en eux, repérer des liens à certains endroits, mais c’est la pourriture et on ne la veut pas aimable. Ce milieu est nauséeux et on ne réforme ou pardonne pas aux hommes et aux espaces qui se sont livrés à la boue des boues. C’est direct à la fosse, au goulag les places sont déjà prises ! Les mauvaises fréquentations menant à ce désastre ne sont pas moindrement abjectes ou corrompues, seulement moins criminelles. Ce dégoût généralisé, voire cette paranoïa et cette hostilité, dopent la tension. La tendance du film à récupérer des clichés ou cibler le sale sans précautions y ajoute en fatalisme et détermination. Il est évident que la gamine va s’enfoncer dans un traquenard, que son amie trop soucieuse de son apparence (pourtant ridicule) est un poison. Et naturellement chercher une connexion ou seulement des réponses dignes est souvent un acte désespéré ; l’est toujours là où il n’y a que de la bêtise et de l’égoïsme débile.

La mise en scène d’une lourdeur et d’une candeur exquises rend l’expérience presque passionnante, en tout cas immersive. Les spectateurs réticents vont d’autant plus s’exaspérer qu’ils auront légitimement l’impression d’être forcés. Si on apprécie pas ce qu’est devenu Rambo, on aura l’ivresse mauvaise ou rejettera en bloc, d’autant plus si au lieu de plans sans détours on préfère des ouvertures, au lieu d’un choix manichéen on préfère tendre la main. Pourtant ce cinquième Rambo assure une continuité et une synthèse parfaites, spécialement avec les premier et quatrième opus, soit les sérieux où le personnage apparaît comme une icône brisée et se prête facilement à la critique de l’imaginaire guerrier ou impérialiste américain. Simplement il est tard et les questions de gloire ou de contre-gloire ont perdu leur sens. John est un personnage tragique approchant le crépuscule. C’est un homme fort qui met sa monstruosité au service d’actes justes, est capable de maîtriser sa violence potentiellement infinie et chaotique. Ses actes sont extrêmes mais son attitude est simple.

La stylisation est ‘naturelle’ ou axée sur ses comportements, sa présentation pourtant complaisante n’a rien de fantoche ou à demi surnaturelle. À 73 ans il ressemble parfois à MacGyver et est à l’opposé des chorégraphies asiatiques ou des déambulations de pacotille qu’elles soient hollywoodiennes ou exotiques comme celles dans Bacurau. Contrairement à celui de sa seconde jeunesse (donc des opus II et III), le Rambo actuel a des limites, souffre durablement et sur tous les plans après une dérouillée. Même lui peut être impuissant (comme le sauveur incomplet dans Hardcore), ce n’est pas Chuck Norris ou JCVD, ni Bruce Lee, il est soumis aux mêmes lois que les autres, simplement il est largement plus fort. C’est son don et sa malédiction. C’est pourquoi ce film est à la fois réaliste et grotesque, en allant aux extrêmes du vraisemblable et d’une vie extraordinaire, celle d’un type au désir de paix éternellement frustré, honnête et capable d’amour même au comble de sa rage. Il faut peut-être un film d’exploitation désinhibé pour toucher ces émotions sans passer par des médiations amphigouriques : ceux qui souhaitent des justifications n’ont qu’à se reporter sur John Rambo, l’opus précédent approuvé par David Morell (le créateur du personnage).

Note globale 76

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions…  Harry Brown + Vigilante + Homefront

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MINI-CRITIQUES 9 (2018 – 2/2)

6 Jan

Regain *** (France 1937) : Adaptation de Giono par Pagnol, avec Fernandel. Il est dans un rôle de pleutre, dans un contre-emploi relatif et théorique (allure plus sophistiquée, personnage minable et vaniteux, mais toujours ses sourires canassons, un jeu qui finit dans la farce).Direction d’acteurs un peu rigide, trop la première demie-heure (un quart du film). Cadrages soignés, réfléchis, par rapport à la majorité de ce que j’ai vu, français, de l’époque.

Le rapport à la femme, le fait que les hommes se la disputent et que l’un (Fernandel) lui donne une valeur marchande, pourra rendre fous les esprits sensibles d’aujourd’hui. (64)

Une femme iranienne *** (Iran 2011) : La rencontre d’un transsexuel (FtM, au bord de l’opération cruciale) et d’une femme traditionnelle, chauffeuse de taxi mais largement soumise en esprit et socialement. (68)

Mirage de la vie *** (USA 1959) : Dernier film (remake et par extension adaptation de roman) signé Douglas Sirk (Tout ce que le ciel permet, Le temps d’aimer et de mourir), original par le mode de vie des protagonistes. Les principaux personnages sont tous féminins (ou sont présents par et pour Lora). Au départ, une blonde de plus de trente ans, aspirante actrice et une femme noire se rapprochent jusqu’à devenir colocataires. La noire joue le rôle de sa bonne ou de secrétaire bien qu’elle soit plutôt une amie. Ces veuves précoces ressembleront dès lors à un couple de catalogue (qui serait ‘subverti’) ou à deux sœurs célibataires – ou à un patron avec sa secrétaire aimée mais parfois oubliée, mal connue. Dans la deuxième heure elles font face à l’adolescence de leurs filles respectives, celle d’Annie ayant honte d’être née d’une noire, celle de Lora s’estimant délaissée. Sarah Jane (Susan Kohner) ira jusqu’à flirter avec la prostitution, paradant pour exciter les désirs crus – c’est le reflet scabreux de la réussite de Lora, qui elle-même aurait pu se donner plus que de raison (et y ait carrément incitée pendant sa rencontre au culot avec un producteur). Le film n’est pas entièrement critique par rapport à cette artificialité, au goût du spectacle, à la sensualité et les choisit d’ailleurs pour s’achever (et enterrer le pilier de cette aventure). (76)

Corporate (2017) : « Les personnages de ce film sont fictifs mais les méthodes sont réelles ». Film à charge contre la violence du management en entreprise et le traitement des ‘ressources humaines’. La protagoniste en était la directrice pour un troupeau d’employés de bureau. Elle est antipathique, froide, pas un personnage de cinéma ou donnant envie – mais surtout elle n’est qu’un maillon, au mieux un symptôme, d’un choix d’organisation. Le film accuse le système de pousser la responsabilité vers l’individu et ainsi décharger l’entreprise et ses représentants (la pratique spécifique peut être étendue). L’abominable Emilie a été embauchée pour manager le troupeau et notamment pour accompagner les gens vers la sortie au lieu de simplement les virer (comme dans In the Air). Dans cet univers, ‘l’euphémisation’ n’est pas que dans les mots !

[SPOILER] Emilie/Sallette essaiera de se sauver en balançant tout (en mode Miss Sloane sans le glamour ni la grande échelle). Elle prend le risque de la solitude et se garanti de foutre en l’air sa carrière. Dommage que le film s’arrête au moment de cet engagement ! Malgré les allures toujours très françaises (ou franco-belges) la dynamique sonne alors très ‘US’. [SPOILER] Justement tout dans le film est très étriqué et par suite prévisible, du pamphlet au thriller en passant par le drame d’une femme (pauvrement étayé). L’écriture est lourde et efficace, le casting bon (Wilson excellent et presque drôle en patron lisse et rude, asséché par sa fonction), le réalisme préféré sur les autres considérations. Le spectateur a de la place pour son propre jugement (sans que le film altère par là son engagement – ‘sceptique’ à défaut d’être ‘anti’-corporate). L’inspectrice du travail est à la fois armée pour être considérée comme une brave ou une parasite. (56)

Scorpio **** (1973) : Excellent film d’espionnage, avec agents doubles et doubles-vies (une au moins est dangereuse), en période de Guerre Froide. L’aventure individuelle et les gros intérêts (politiques ou assimilés) sont imbriqués. Personnages entre grandeur et secrets (cette grandeur peut faire partie de leur cadre de vie, de leur horizon – par exemple le juif à Vienne). Pour les personnages principaux et notamment pour le duo, c’est un monde rempli de petits relais (des coursiers en abondance sur leurs trajets), soutiens, de réconforts puis surtout de missions confidentielles, de conflits de loyauté. Le casting inspire le respect, le scénario fourmille. On y voit Alain Delon en ami des chats. (78)

Petit paysan *** (France 2017) : Sur la solitude d’un jeune agriculteur dont l’élevage (de vaches) devra être abattu car touché par une épidémie. Intéressant à deux niveaux, en montrant le milieu agricole professionnel, également celui social et familial. Sur tous les plans, l’individu est tributaire des règles ou besoins des autres. (72)

Thelma ** (Norvège 2017) : À un premier niveau j’ai trouvé le dernier film de Joachim Trier (Oslo 31 août) brillamment emballé et abusivement long ; à un niveau plus profond, émouvant et pénible, presque intelligemment idiot. Ce qu’il dit est parfaitement synthétisé sans jamais être (re-)pensé. Ses engagements et préférences, sa morale, sont tranchés, mais le sens des nuances, la langueur, la compassion et la tolérance allègent.

Pesant, sec dans la forme, sentimental, Thelma est un drame psy percuté par la fantaisie, sur fond très ‘horreur bis’. Il aborde et catalogue avec justesse deux grands thèmes : l’un est plus trivial, c’est l’arrivée d’une enfant cloîtrée dans le monde des jeunes adultes ; l’autre est plus grave, c’est l’effet du refoulement, qui génère les rapports humains ratés, la conscience de soi éprouvante, amène des incidents. Si le désir et l’amour n’étaient pas devenus irrecevables, il n’y aurait pas de drame – ou d’une faible ampleur, vite digéré.

Le postulat au regard de l’Histoire passée et présente est catégorique : le patriarcat oppresse des malheureuses aux maladies incomprises et les ‘démonise’ pour justifier. En quelques bouts de scènes c’est imprimé et cela commence par le père de Thelma – mais celui-ci est presque absout, dans la mesure où sa fille l’aime autant sinon davantage qu’elle le craint, où lui est corrompu par ses représentations sombres des autres. Il reste possessif dans tous les cas, même sous le vernis de la bienveillance. (58)

Films apparentés : Grave, It Follows.

Cold Skin *** (2017) : Le cinéma de Xavier Gens est toujours plein d’engagements candides. Avec ce nouveau film, il s’est appuyé sur un roman et a pu en tirer des indications, faire le tri. Mais si Cold Skin introduit la maturité dans sa filmographie, il n’est pas ludique ni aussi fort que The Divide ou même que Frontière(s). Les limites du film et de son propos le conduisent à une fin molle et consensuelle – une fin ouverte qui rend l’ensemble trop ouvert pour qu’il y ait une chose fixe ou profonde à accoler à Cold Skin sans le trahir ou sur-interpréter – sinon cette idée que vouloir comprendre c’est mieux qu’avoir peur de l’Autre et/ou de l’inconnu. Les deux personnages sont plus intéressants même si leurs ‘ombres’ sont sous-investies (les espoirs secrets du misanthrope, la lâcheté du curieux/tolérant).

Rien de si altérable sur le plan esthétique : les créatures sont originales, à la croisée des espèces (amphibiens, humains, aussi des animaux domestiques ou félins par l’attitude). Leur proximité troublante n’atteint pas le point où l’altérité devient repoussante, mais quand même celui où elle est effrayante et peut heurter un certain idéalisme anthropocentrique. Le minimalisme de l’univers, dans ce contexte, rappelle Ostrov/L’Ile, film russe incroyablement aride mais plus enrichissant. Malgré sa langueur, son peu de mots, de post-synchro, de faits et de moyens, Cold Skin ne devrait pas ennuyer les cinéphiles ou un quelconque public disposé. (68)

Films apparentés : Dark Waters de Baino (1994) et Un homme parmi les loups (1984).

Coco **** (2017) : Excellent Pixar et un des meilleurs puisque finalement la réputation de grandeur de ces studios et ma propre adhésion ne tiennent qu’à une petite poignée de ‘chefs-d’œuvre’. Le propos sur la filiation est courant mais bon et agréable, celui sur le deuil et la mort doux et sensible. Les rapports entre personnages sont émouvants. Le monde des morts est ravissant. (82)

Valley of Love * (2015) : Le couple de Loulou se retrouve 35 ans après pour un adieu au fils suicidé. Ils sont loin des créatures de Pialat. Huppert est une connasse sèche et végétarienne, Depardieu un beauf trop mûr, tous les deux des bourgeois cosmopolites. Ce film vaut le coup pour Gérard en piscine ou Gérard torse nu. (38)

Seul sur Mars ** (2015) : SF remarquablement générique et dépourvue de tensions, mais avec considérable effort de réalisme. La photo est superbe, la musique disco et Ridley Scott confirme son lâcher-prise (Alien Covenant sera plus amusant). Le film n’approfondit jamais rien et se contente d’un amalgame de clichés et de présentations ou vocabulaires aux apparences pointues. Le ton est toujours positif, la redondance, l’absence de crises et de profondeur aident à l’optimisme. Chaque dizaine de minutes ressemble aux autres. Le casting est insipide et Matt Damon exhibe son torse. (46)

Dernier domicile connu *** (France 1970) : Pas très Charlie envers les services de police (objets de corruption, faibles ou complaisants face aux forts ou nantis, propageant volontiers la rumeur ou s’emballant en conjectures mesquines sur les collègues ‘moutons noirs’ ; et surtout, assurant une protection insuffisante et même inexistante des témoins pourtant contraints par eux de passer au tribunal). Le duo Jobert/Ventura fonctionne, dialogues et personnages significatifs (avec beaucoup de moisissures). Enquête à la première personne, au porte à porte et sans même le téléphone – improbable aujourd’hui. (72)

Lucia et le sexe ** (Espagne 2002) : Croisements de la fiction, de la vraie vie et de la double-vie d’un romancier. Tient ses promesses et divertit. S’éternise dans ses méandres tragiques (et en rajoute avec son retour du bonheur relativement aseptisé). (58 )

Les mains d’Orlac ** (Autriche 1924) : Tourné par Robert Wiene quatre ans après Docteur Caligari. Lent et fluet – dans le développement, dans le ‘performatif’ comme le scénario ; sous forme de moyen-métrage ce serait déjà trop long. Tiré du roman éponyme de Maurice Renard (1920) et dans la continuité du ‘mythe’ Mr Hyde, mais davantage dans le gadget. (58)

Prémonitions *** (2015) : Mise en scène de bonne série télé, assez kitsch ou simpliste dans les dialogues et quelques scènes ‘chocs’. Généralement prévisible et efficace, bon au rayon ‘action’. Bonne fin, morale. Voir La fin des temps pour trouver plus ‘engagé’. (64)

La poupée diabolique ** (1964) : Tient ses promesses, mais exige de n’être pressé (ou trop rapide) en aucune manière. Essayez aussi Dead Silence si vous avez été intéressé par ce Devil Doll. (58)

Trois hommes à abattre ** (1980) : Prévisible mais agréable. Un des gros succès avec Alain Delon, tourné par Jacques Deray dix ans après Borsalino. Ils se retrouveront dans la décennie pour Le Marginal et Le Solitaire. (58)

Le casse de Central Park / Tower Heist ** (USA 2011) : Comédie/action simpliste, joyeux et peu crédible quand il décide de pousser. Rappelle une certaine légèreté des années 1990, avec des outrances du même type (la voiture baladée n’importe comment). Par Bret Rattner, celui qui a récolté la direction de Dragon rouge au milieu d’une carrière où tout le reste ressemble au Casse de Central Park. (56)

Les amoureux sont seuls au monde *** (France 1948) : Sur le ‘théâtre’, la fausseté, la vanité du spectacle. Convaincant et incisif, formaliste, léger. Le passage ‘central’ est celui d’une jeune fille au piano, devant un public absorbé par ses bavardages et commérages de bourgeois, enclin aux jugements excessifs. Le contraste avec la candeur et la bonne volonté de la jeune fille est intéressant, mais le film semble toujours tempéré dès qu’il s’agit de dépasser la démonstration un peu acide, très amusée, surtout pas émotive. La quête de reconnaissance apparaît dans son absurdité mais le film semble s’interdire d’étayer à ce sujet, sauf dans la mesure où cela nourrira quelques turbulences de scénario (avec cette rumeur dans le journal du lendemain). Il a aussi l’originalité de flirter avec le méta (qui n’en est plus une aujourd’hui et est visible ironiquement pour ça), au début quand Jouvet imagine que cette ‘rencontre’ est celle d’un film, puis avec la fausse fin « heureuse » avant la vraie. (64)

La femme infidèle *** (1969) : Film de mœurs ‘grand angle’ (individuel, social/professionnel, sociétal). Problèmes de bourgeois qui ne souffrent plus de culpabilité et profitent de tous les progrès, en gardant leur position ‘establishment’. Place beaucoup de détails pour signifier le déclassement du mari – devenu un bon ami ou un si adorable tuteur. Se mue en thriller avec audaces mais d’un intérêt plus prosaïque (intérêt totalement comblé), avant une dernière ligne droite en escaliers (et des chutes complaisantes avec la dépression de l’un ou la rage contenue de l’autre). Jeu des acteurs variable, musique brillante (sauf l’horreur à la radio), beaux décors dans le final à la propriété, mise en scène subtile (scénario moins). Un peu trop démonstratif parfois. Des scènes remarquables (la rencontre, le retour des perturbateurs). Beau film sur les non-dits, les petits secrets aux effets immenses. Supérieur à L’enfer sorti 25 ans plus tard, qui approchera la jalousie de façon subjective. (76)

Et au milieu coule une rivière *** (1992) : Classique, sensible et excellent. (78)

Pasolini ** (2014) : Un film ‘fantasme’ et pas de ceux qui amènent des réponses, ou même de nouvelles questions. Sorti quatre mois (en France) après Welcome to New York : Ferrara s’est repris, son nouvel opus se frotte au luxe sans dépareiller. (58)

Fatale **** (1992) : Amusant, de plus en plus émouvant puis simplement captivant. Binoche a toujours raison, Ivory part en vrille. Avant-dernier film de Louis Malle, mal nommé puisque le titre serait ‘moral’ contrairement aux intentions du réalisateur, selon le présentateur sur Arte. La sensualité kitschouille n’entame pas la force du film. (82)

Le livre de la jungle *** (1942) : Première adaptation connue du Jungle Book de Rudyard Kipling (1894). Des points communs dans l’aspect immédiat avec Le Narcisse Noir. C’est ce même premier abord qui élève le film à haut niveau. Les décors (et les recrues animales) sont remarquables, même lorsque les coutures se devinent. Le spectacle semble plus jeune qu’il en a l’air. Mais il est aussi lourd et simplet (et la bande-son est usante). Sa vocation devait être d’égayer les familles et les enfants (malgré sa violence et la noirceur des méchants). Regardez-le et ne l’écoutez pas. (66)

Nos années folles ** (2017) : C’est typiquement le film propre, lisse, à la reconstitution prestigieuse en principe, soigneuse et insipide en pratique. Il ne fait pas grand chose de son sujet sulfureux, tiré d’un fait réel. Il joue avec les déviations, mais de loin, sauf minuscules exceptions. Le vœu ou le besoin de subversion douce, de confusion des genres et des attirances, sont au programme, les minorités et atypiques forcés de se cacher se manifestent – mais tout cela se résume essentiellement dans les performances de Suzanne et deux détails (le passage de la lesbienne, le moment où Paul baise Louise en femme). Le fait réel à la source est peut-être la cause des limitations ; après l’affaire du déguisement qui fonctionne trop bien, il y a le temps de la descente, avec le connard ingrat. Peut-être que les auteurs auraient déterminé le film, lui auraient donné un sens, même grossier et bassement prosélyte mais au moins un sens, s’il n’y avait pas ce devoir ou cette paresse à s’arranger sur le réel lointain et supposé. Ce film semble ne pas pouvoir suivre son éventuelle vocation. Alors il arrange et se rend docile, pratique des omissions, des ambiguïtés ou digressions narratives, qui ne servent qu’à étoffer. Le charme manque, plus précisément ‘ne prend pas’, comme on peut le voir lors des spectacles (avec ce présentateur intenable, abandonné comme les autres personnages à sa définition laconique -et inintéressante- de base). Clairement le moins bon des Téchiné parmi tout ce que j’ai vu ; Barocco ou J’embrasse pas ne m’ont pas emballé mais avaient des arguments consistants, offraient des raisons de se faire aimer ou détester. (46)

Au revoir là-haut *** (France 2017) : Quelques points restent obscurs (comme la place de la gamine). Des excentricités et anachronismes secondaires. Efficace mais les personnages sont finalement superficiels et la plupart de leurs ‘chocs’ aussi (sauf pour ce qu’il y a de tragique dans l’histoire du mec également en avant dans 120 battements par minute). Le versant comique est bon, surtout grâce à la participation de Laurent Lafitte. (66)

Laissez bronzer les cadavres ** (Belgique 2017) : Troisième film du duo Cattet/Forzati. Leur signature vire à la pure compilation, réduite à ses intentions et ses moyens. On regarde moins un film qu’un défilé ou une sorte de ‘book’ de novice exalté – c’est étrange puisque le premier long-métrage, Amer, semblait libre, épanoui, sans pression et sans gâchis. En se donnant principalement à l’action, la ‘marque’ perd de son charme et sacrifie de son mystère, qui devient bricolé ou ré-installé sous nos yeux. Ça glisse vers le tarantinage voire l’auto-tarantinade. Le film est assez lent et totalement séquentiel, attaché à un présent turbulent, avec des inserts renvoyant à un demi-trauma/fantasme. Ajoutez à ce culte de la pose quelques filtres criards et c’est la plongée garantie dans le kitsch. Les enjeux explicites, donc explicitement quasi nuls, tirent l’ensemble vers le catalogue de mouvements de péripéties qui claquent. C’est encore original mais c’est parfaitement dispensable (même si on est davantage ‘accroché’ que dans L’étrange couleur des larmes de ton corps). On n’est pas tant convié dans le monde d’une (poignée de) personne(s) qu’à une récréation, totalement régressive mais cadrée, maniérée et découpée à outrance. (48)

We are the Flesh / Tenemos la carne ** (Mexique 2016) : Un premier long-métrage excentrique, sombre et symboliste, qui finit par lasser à force de taper pour choquer. Il n’envoie du lourd que dans cette direction – folie et sexualité, pour traduire l’anéantissement des valeurs et des repères (et oui ce sera encore une œuvre de subversion de la religion, obsédée par les motifs de l’ennemi). Le cadre restera le plus séduisant – un bout d’immeuble bordélique, un peu comme dans les vieux films de SF minimalistes. Pas de dystopie ici mais bien un climat d’apocalypse ou de post-crash nucléaire, dans un espace allégorique pré-natal glauque. Le raspoutine de service rappelle immanquablement Denis Lavant dans Holy Motors, mais il est plus intéressant, puisqu’il parle, inquiète ouvertement, pousse à l’action (incestueuse pour bien démarrer). C’est ambitieux et surchargé, finalement creux et idiot. La musique peut aider à apprécier, par exemple la scène de l’accouchement. Allez-y si vous aimez la transgression, êtes ado ou encore à vos débuts de cinéphage. Dans ce cas gardez Jodorowsky pour après. Sur SC j’ai classé ce film dans le sondage des « plus obscurs » plutôt que du « cinéma expérimental » car il manque de nouveautés pour y entrer, même si ce fatras reste original (par rapport à la moyenne et dans l’absolu). (46)

Bright ** (2017) : Buddy movie policier à la sauce fantasy, dans un monde parallèle multi-espèces (oui, plus fort que multi-racial). Marrant, convenu, énergique. Quelques clins-d’oeil aux tensions entre peuples ou ethnies (mais qu’est donc cette connerie vieille de 2000 ans ?) et au complotisme/à la vision paranoïaque du monde (les Illuminati dépassés depuis un siècle, le final où le tandem participe au mensonge public, puis toute la corruption accompagnant les péripéties). (52)

Mother ! *** (2017) : critique à venir probablement. (76)

The Subjects * (Australie 2015) : Un petit nombre de participants est impliqué dans des essais cliniques afin d’aider l’Humanité à passer à l’étape suivante, indique littéralement la pub projetée pour tous nous accueillir. Le film vaut 2 au départ puis 4 sur la fin. Il a l’air d’une parodie de films de ce sous-genre (à la Saw ou avec volontaires pour expériences mortelles en huis-clos) et ressemble à une comédie lamentable qui se paierait la tête du client. À partir de l’explosion de tête de Devin à la 21e minute, le niveau donne l’illusion de monter. Le style restera balourd, avec ce défilé de caricatures (la chinoise scientifique et le rustaud agressif étant le summum, le mystique de service restant quand même le plus grotesque – mais positivement, car il y a quelque chose à tirer de ce con), la musique pressante et interrogative (pour singer l’intelligence en marche mais comme on le ferait dans un jeu débile pour la télévision), mais les choses deviennent ludiques (télépathie, sacrifices, petites surprises). (32)

Imperium * (2016) : Se tient bien mais assez insipide quelque soit l’attente. Ces spécimens existent réellement et le film essaie de les distinguer, montre les brutes, les opportunistes, les croisés qu’ils soient paumés ou avertis. C’est moins débile, outrancier et bêtement partisan que Chez nous, qui voyait les militants FN comme la même engeance. Mais la passion pour l’Histoire et la projection dans des figures héroïques ou des leçons du passé, en somme la passion et l’identification à un grand héritage, sont vaguement amalgamées avec les sombres fantaisies de l’extrême-droite. Napoléon et le Christ sont confondus avec Hitler ; Jésus par un fasciste lui-même, Napoléon est ajouté opportunément pendant une synthèse de la culture guerrière européenne. Méritent-ils ce traitement ?

Enfin le film pose des choses contradictoires sans s’engager lui-même, laisse des portes de sorties, coche pleinement seulement quelques évidences ou passages obligés, sans trop s’étaler et sans entrer dans le délire (par exemple en affichant les thèses antisémites, à base de projections et d’arguments immodérés). Tout ça n’est peut-être qu’une sorte de déviation : ces gens ont gâché leur ‘bonne’ volonté, se sont focalisés sur des lectures pourries, la ‘crème’ parmi eux a le tort de limiter sa culture bien qu’elle soit ‘haute’. Un défaut plus primaire amoindrit la séance : le personnage de Radcliffe et certains de ses dialogues. Ses contre-offensives sont grossières et sa sensibilité engendre des attitudes stupides (par exemple, quand il se trouve offusqué et tout remué par du racisme trop deep).

Quand à cette idée (finale) que les néonazis et assimilés se prendraient pour des victimes : faut-il entendre un écho voire une accusation directe de mouvements parfaitement insérés et actuels, eux ? (38)

Werewolves of the Third Reich * (2017) : Contrairement aux autres spectateurs je ne l’ai pas rejeté en bloc (l’ennui était tellement garanti que je suis passé à l’indifférence sereine). J’y ai vu un petit potentiel et des démonstrations de sadisme convaincantes. Mais ces jeux d’exploitations psychologiques (peu de violence physique) visent bien sûr la performance – or rien n’est percutant sur ce point. Le film est lent, les scènes longues, la photo très correcte mais l’ensemble radicalement cheap. Les bâtiments décrépis où se produisent l’expérience, l’absence de figurants en attestent. Décors bucoliques pas très dans le sujet.

Le service gore et zombie est médiocre (presque nul), à sa place sont servis du blabla, des lenteurs, des poses et de la superficialité. Murph et ses acolytes servent les conclusions ‘à la cool’ dans la lignée de Tarantino (musique, ralentis, rejet hédoniste de tout jugement, etc), notamment des derniers (les champions d’Inglourious Basterds avaient le même plaisir exclusif : tuer des nazis). Lourd dans les postures viriles, la blasitude, le self-control, tout comme avec la méchanceté surnaturelle des nazis. Finalement le film ne s’humilie vraiment que lorsqu’il veut honorer son sujet – Mengele et Hitler arborent un look vraiment ‘farces et attrapes’.

Le style en général et le cynisme en particulier sont à la fois pesants et décontractés. La déception est presque garantie puisqu’il n’y aura qu’un loup aux deux tiers, puis un couple pour la finale. Or ils sont minables : un masque laid est collé sur les acteurs, ils passent, fin de l’histoire. Épilogue aberrant et idiot en Argentine. Les gens à l’œuvre sont sûrement capables de faire des choses bonnes ou décentes. (28)

The Love Hunters **** (2017) : critique à venir probablement. (78)

Thank You for Your Service *** (2017) : S’intéresse aux soldats revenus d’Irak normaux et entiers, sans PTSD ‘manifestes’. Adapté d’un roman, s’approprie le tag « based on a true story », pas nécessaire pourtant – cette fois encore. Centré sur un trio à la relation spéciale, dont on voit d’abord la camaraderie avec ses excès et son effet ‘bulle’ (d’où ce remake involontaire de ‘What is Love‘ version Jim Carrey en public). On apprend qu’un est père, qu’ils sont partis plusieurs fois – ils sont presque des étudiants. Esseulé au retour, un des trois se suicide. Ensuite c’est le parcours des deux survivants (l’un frappé de lésions cérébrales, séquelles psy, pertes diverses), intimiste tout en ayant des aspects ‘documentaires’. Les deux types ont peu de perspectives, ne sont pas recasés, reviennent à des petits boulots. Les gens ont changés, sont lourds à leur égard, ou carrément partis – les biens aussi. Le corps et l’esprit sont abîmés, la tension forte et les béquilles faibles, ce qui se traduit par une réactivité extrême aux bruits, une usure générale, des flash ou hallucinations, des accès de violence en temps de confusion. Le film met l’accent sur l’absence de reconnaissance ou de bénéfice social, qui inclus l’aide matérielle médiocre ou négative (avec les médicaments prenant le relais). Leurs interlocuteurs sont médiocres, comme cet incroyable abruti inapte à comprendre l’envie de se suicider (cite le chiffre de 22 vétérans suicidés par jour). Au centre d’aide pour vétérans ils n’obtiennent rien d’intéressant, hormis se faire inspecter. Il faut être reconnu malade pour toucher des indemnités – les conditions peuvent être tordues (rien n’inhibe la mesquinerie bureaucratique). Bonne alternative à un reportage, qui permet d’éviter les implications factuelles à risque, mais aussi l’emballage RMC-story dégueulasse et le voyeurisme. (74)

À fleur de peau *** (1996) : Bon thriller signé Soderbergh et désavoué par lui. Michael (Peter Gallagher) est un type fuyant avec des côtés ‘magicien’, un séducteur passif-agressif, à la fois assertif pour se montrer et blême en tant qu’individu. Importance des ressentis, des ambiances en train de s’assombrir (sur le lit d’hôpital). Certaines scènes sont excellentes, on ne sait pas où nous emmène le film – même si l’issue laisse dubitatif, c’était bon à prendre. (72)

Génération 45 ** (Allemagne 1966-1990) : Tourné en 1966, censuré car montrant une jeunesse dissolue et paresseuse (ou d’autres raisons pour initiés ?), sorti mondialement en 1990, dès la fin de la RDA. Un film sur les moyennes à minuscules choses de petites vies de citadins ordinaires. Souhaite capter l’air du temps, le fait au travers de scènes relationnelles (travail, amis, amantes, maman) de plusieurs minutes, d’énumérations passives et superbement cadrées, ou de quasi sketches juvéniles. Intérêt faible, pertinence dérisoire – sauf pour les photographes ? Seul long-métrage de son auteur, peintre et documentariste. (44)

Le Teckel *** (2016) : Beaucoup plus drôle et entraînant que Life during wartime, sans doute plus ‘incorrect’ aussi, surtout pas plus fin. Les parents propriétaires du chien sont les plus abjects bien que les plus proprets – la mère avec ses mensonges ou litotes, le père en déballant ses horreurs répressives de petit chef ou de dominateur cruel au petit déjeuner. Dans tous les cas, ils sont d’un cynisme con exemplaire et refusent tout effort de vérité face à un enfant. Danny DeVito est le personnage le plus agréable, avec sa tragédie aussi banale que les prétentions de ses élèves. Le (quatrième et) dernier sketche avec la vieille est plus explicitement pathétique et le cas plus émouvant. (68)

La Lune de Jupiter * (Hongrie 2017) : Le migrant en figure mystique et rédemptrice d’un Occident vieillissant, discrètement souffreteux et pourrissant. Ce n’est pas inédit, Intouchables était déjà sur cette ligne. En Europe, on écrit d’avance l’Histoire en la faveur des peuples de substitution. Sur le plan de la fiction aussi tout est ‘écrit’ d’avance et le jeune prodige est tout ‘blanc’ et pur face à un monde sombre. Quand il exige des frites dans un 5 étoiles, ce n’est pas la preuve de son inadaptation (au réel, il ne s’agit pas là d’identité nationale), c’est sa brave candeur et la revendication légitime de ses droits. Personnage sympathique au demeurant, surtout par contraste avec le pourri qui l’épaule et se sert de ce jeune (réticent à intimider les gens, à faire scandale).

Hors de ces considérations, en s’en tenant strictement au film, celui-ci ne remplit pas son contrat. Il a les qualités d’un pétard mouillé. Il est curieusement glauque – les autres spectateurs n’en font pas mention, semblent l’avoir trouvé plutôt charmant, être sensible à sa magie ou au moins à ses efforts. Il a probablement été taillé pour les gens ‘spirituels’, amateurs de démons et de sorcellerie au service d’apparentes bonnes et belles causes. Les publics anti-individualistes, autoritaires ou religieux devraient être plus réceptifs que les autres. J’ai préféré Chronicle, sur lequel il y a à redire en abondance mais qui savait nourrir son discours, sa sensibilité, sans se reposer exclusivement sur la foi et les effets. (38)

Strangled ** (Hongrie 2016) : Bien exécuté mais finalement assez vain. Casting excellent, certains personnages ont un fort potentiel, la combativité de la sœur la rend particulièrement sympathique. Le tueur, qui serait basé sur un cas réel, est nécrophile, doit tuer les femmes pour leur faire l’amour – même lorsqu’elles sont potentiellement consentantes. Avec le cadre communiste et le tournage à l’est, ce film s’apparente à Evilenko et son concurrent Child 44, également au Citoyen X. Il met l’accent sur l’enquête et les turbulences dans la hiérarchie (sans en rajouter sur la pesante bureaucratie). (58)

Julieta ** (Espagne 2016) : Très joli mais l’intérêt ne m’a pas sauté aux yeux. Peut être émouvant sinon bien plat. Attention ce film est exclusivement tourné avec des femmes (sauf trois mecs importants mais au niveau de figurants). (48)

Era el cielo *** (Brésil 2016) : Sur un couple de menteurs tristes victimes de leurs propres défauts. L’attitude du mec est parfois sidérante. Il semble incapable de faire des choix logiques et se laisse mener par son besoin de compenser (s’affichant de manière inconsidérée). L’accumulation de phobies semble abusive elle aussi. Film assez captivant, malgré ou plutôt avec cette bizarrerie. Passages dans une pépinière. (66)

Zootopie ** (2016) : Les interprétations politiques de ce film sont facilement excessives ou bêtement partiales puisque Zootopie est opportuniste et moelleux, sans point de vue même modéré, prenant du ‘par défaut’ et des conventions. Ce film n’a pour recul et pour engagement que ceux des hommes d’action lisses et sociaux, ou des créateurs prudents et détachés. (48)

La tortue rouge *** (France 2016) : Splendide visuellement, émouvant. Survivalisme et survie au programme, pas de dialogues, durée courte (heureusement car les limites se feraient trop sentir). (76)

Chère Martha ** (Allemagne 2004) : Centré sur un personnage au fort caractère. Sympathique mais pas marquant, sauf éventuellement pour ce personnage. La sortie est étalée sur deux ans pour la plupart des pays, finissant en France en 2004 (festivals d’abord en 2001). Source du remake Le Goût de la vie sorti six ans après. (56)

Prisonniers du passé / Random Harvest *** (USA 1942) : Joli mélo d’amour et amnésie, avant la naissance d’Adam Sandler. Tourné par Mervyn LeRoy. (68)

L’étreinte du serpent *** (Colombie 2015) : En replay sur arte. C’était une envie enregistrée sur SC, à cause de l’apparence du film (affiche/mots-clés/titre). J’ai apprécié cette relation d’un occidental ‘aventurier’ avec des habitants de la jungle, son absence de romantisme ou d’excès idéologiques concernant les personnages. Avec ce film le glissement n’est jamais loin ; il flirte avec l’ésotérique, devient une comédie, ressemble à un documentaire sans pression, pourrait relever du ‘contemplatif’ et finalement n’y entre jamais. J’ai eu l’impression de voir une fusion de reportages avortés, servant à raconter un espace, une façon de le traverser et de l’organiser psychiquement (davantage que d’y vivre). La nécessité du noir et blanc ne m’est pas apparue évidente. Dans le même registre, 120 canoës ne m’avait pas convaincu. (68)

Mise à mort du cerf sacré * (2017) : Photo splendide, effets crispants (ce son n’est pas un bug !), lenteurs, pesanteurs et longueurs disproportionnées. Finalement tout ça ne se justifie que par une intention de choquer, d’inquiéter ou de compliquer – même s’il doit y avoir des leçons ou une ‘perspective’ à en tirer, leur valeur est quasi nulle. Une durée et même des accessoires divisés par trois auraient suffit à tenir la même substance. (38)

Happy End * (2017) : Au fond il n’y a que de la médiocrité dans ce film et rien à sauver ou en tirer, sauf certains détails (misanthropes ou au moins amers) comme le youtubeur ou les deux scènes du fils ridicule (chouinant alors qu’il a des opportunités immédiates, ramenant des migrants dans une réception de fillonistes). La seule vraie exception repose sur les deux personnages ouvertement sombres : la gamine et son grand-père (Trintignant). Leur scène dans le bureau est de loin la meilleure. (34)

Mes vies de chien ** (2017) : Vaut 3 au départ et 6 sur la fin. Positif, entraînant une fois lancé (il faut atteindre l’incendie). Joli film, plutôt pour les enfants, dont on pourra même retenir de petites choses en fonction de son adhésion émotionnelle. Mépris de la logique ou du moins de la cohérence (les retours à la vie du chien sont mal défendus). (52)

99 homes * (2016) : Bien exécuté, assez vain finalement et pas très solide malgré l’attention portée sur le factuel. Compile les généralités sur le sujet, avec un point de vue tiède et ‘ouvert’ en apparence, totalement conventionnel et ‘moral’ à l’arrivée : des prêts pas remboursés, un ‘salaud’ lucide qui fait plus d’argent depuis le ‘krach’, des maisons de propriétaires saisies (seulement un locataire, en tout cas explicitement), un témoignage passif sonnant comme une accusation ‘inévitable’ du culte du crédit, de la propriété et du ‘libéralisme dur’. Bon tandem Shannon/Garfield. Vu en VF. (42)

Momo * (2017) : À la hauteur de mes attentes et surtout différent. Le ‘momo’ n’en est pas un ! C’est seulement ce qu’il semble baragouiner dans un de ses premiers dialogues. Voilà l’ampleur du foutage de gueule des concepteurs de ce film par rapport à leur ‘patient’ et sûrement aussi la preuve de leur légèreté. (42)

After the Wedding *** (2007) : Drame familial chez des riches avec retour ‘assisté’ d’un père prodigue. Ce dernier (par Mikkelsen) est renfermé et ‘idéaliste’ en première lecture – ensuite, l’absence de précisions et ses comportements fuyants empêchent de le cerner avec certitude. Il concentre les limites du film et est sa grande faiblesse – ou son mystère, mais hormis pour le charme, ça n’a pas d’intérêt. Sinon – jolie sensibilité, détours efficaces (le début un peu ‘thriller’), excellents acteurs. Évitez-le si vous ne tolérez pas l’humanisation et la compassion appliquées aux plus nantis. (68)

Le redoutable ** (2017) : Montre un Godard souvent dans l’auto-dénigrement, tenant des propos rigides et doctrinaires relativement courants chez les jeunes étudiants ou intellos de son temps. Ironie abondante, se mêle à celle du sujet. Quelques trucs méta et brisures du 4e mur. Des originalités ou facéties, mais aux contributions assez minces, sur un ensemble conventionnel et linéaire. Excellent en temps que comédie, notamment via les dialogues.

Tendance trop rieuse voire à charge. Je ne suis pas d’accord avec cette idée d’un type qui ne sait plus (ou pas) ce qu’il dit ; qu’il balance des aberrations ou des choses inutiles/inappropriées oui, mais il y a toujours sa logique pour les soutenir. Cette scène à l’université est-elle une façon d’alléger son dossier concernant la Palestine, de négocier en douce un rachat (pour ce réalisateur auquel Hazanavicius n’est manifestement pas loin de s’identifier) ?

La dernière scène montre Godard enfermé dans son engagement pour l’illusion et le bordel démocratique, empêchant l’artiste et l’homme seul qu’il est d’épanouir son langage et de formuler ses propositions. Allié à ‘la révolution’, ce démocratisme (direct) régressif assure de casser tout effort et tout apport individuel (s’il s’agissait seulement de broyer la ‘réussite’, nous serions massivement devenus socialistes ou collectivistes enthousiastes). Ses caprices et ses expérimentations l’emporteront tout de même, il fera sa révolution et son cinéma. Seulement, le rôle du visionnaire bravant la foule, lui aussi l’a joué seul, ou du moins sur le côté. (58)

Eyjafjallajoekull ** (France 2013) : Drôle grâce aux pics de haine et de destructivité, mais s’empâte sur la fin et l’écriture reste médiocre. (46)

Le cavalier mystérieux ** (Italie 1948) : Prend Casanova pour héros. Beaux costumes et beaux acteurs, montage fluide. Trop de parlotte et de petits tours, j’ai décroché. (48)

Une saison blanche et sèche ** (USA 1989) : Fait référence aux émeutes de Soweto en 1976, deux ans après Cry Freedom. Adapté d’un livre de 1979 (homonyme signé André Brink) interdit en Afrique du Sud. Sort deux ans avant la fin de l’apartheid, au moment où le pouvoir politique local basculait en faveur de l’abolition et où l’essentiel avait été accompli. Bavard et pataud. Prosaïque. Aspect réaliste. N’approfondit rien, reste dans la condamnation superficielle des blancs pro-apartheid, qui entourent Ben/Sutherland ; le discours de sa femme (« le reste de l’Afrique c’est de la merde ») reste un élément coché parmi les autres, mais ouvre une brèche dans laquelle les gens qui ne sont pas là pour se recueillir (donc pas les spectateurs s’exprimant apparemment) pourront s’engouffrer. En même temps les faits de la fiction sont fondés (comme la police secrète, les morts dans cette émeute, les lois répressives, les privilèges de la communauté blanche) – pour la justice truquée, à vérifier. Marlon Brando a un petit rôle de vieux type toussotant – c’est l’avocat, il va disparaître. Le personnage de Sarandon est encore plus fade, semble plus servir à faire paraître l’actrice. Mais psychologiquement même le protagoniste est minimaliste et mono-ligne avec son incroyable candeur. Ressorti en DVD en 2006. (44)

Une place au soleil ** (USA 1951) : J’ai trouvé longues ces deux heures et ait eu bien de la peine à accrocher à quelque aspect – en étant rebuté que par des détails, sauf les dialogues qui souvent sont surfaits. L’ambition, les différences sociales, même l’infidélité, sont représentés de façon bien niaise. L’angoisse du menteur et du type poursuivi par sa fiancée ouvrière s’avère le plus intéressant et la mise en scène reflète remarquablement la pression sur les individus, George pris au piège. (52)

Le chaos * (2014) : Loin d’être drôle, sauf peut-être au tout début, où il peut encore passer pour un film au potentiel devenir potable si on a décidé d’être coulant. Peu d’action et beaucoup de pleurniche. Répétitif et unilatéral avec ses bons et parfois braves personnages. La disparition des passagers d’avion rappelle le roman de King – Minuit 2 et le principe en général la série Leftovers. À voir seulement si on collectionne les Cage, les plantages insipides ou les représentations de ‘l’Enlèvement’ de l’Église.

Un peu agréable dans la dernière demi-heure grâce à divers pétages de plombs et à la surenchère de phrases d’inspiration religieuses – elles ne donnent pas à réfléchir mais vident le stock prévu, à l’image du reste des éléments (par exemple, les personnages de l’avion sont un panel [le muslim, le riche papa qui a négligé sa fille, la droguée, l’asiatique un peu exalté rayon idées, etc – le nain !??], voué à cracher sa ligne – et heureusement pour sauver le film, à déraper). (24)

Camille redouble ** (2012) : Une quarantenaire se trouve ramenée un quart de siècle en arrière – à l’exception de son chat bengali, elle doit être la seule à avoir fait ce voyage. Attention : on voit la fille avec son corps d’adulte de 2012, bien qu’elle soit revenue en 1985. Résultat mou et trop long, parfois drôle, sous-développé, un peu moche ou flashy (décors et réalisation). Ce que je regrette avec ce genre de programmes, c’est que les personnages ne profitent pas de leur situation invraisemblable pour autre chose que leurs petites et grandes problématiques personnelles – comme si le reste était juste un théâtre relatif et lui aussi subjectif. Les gens sur Senscritique rappellent Peggy Sue de Coppola quand ils souhaitent discréditer ce film. (44)

Dans la brume ** (2013) : Techniquement brillant et communicatif. La mise en scène offre quelques moments remarquables, comme la découverte du village avec les pendus hors-champ. Mais c’est encore une de ces opérations de surchauffe d’un scénario minimaliste et d’intentions très générales qui le sont plus encore. Ces plans-séquences pourraient avoir une utilité ou une valeur émotionnelle, s’ils n’étaient pas les outils d’une approche mentale voire désincarnée (plus que simplement rigoriste) ; finalement Dans la brume ne fait ‘que’ produire de la belle image dans de longues scènes de peu de déclarations ou mouvements, autour d’une ambition noble et d’un sujet exigeant (la guerre et son horreur, dans un contexte historique et géographique proches). Pas étonnant de la part de Loznitsa, l’homme des courts radicaux Pismo, Polustanok (Portret et Fabrica sont davantage ‘remplis’ et traduisibles). Requiem pour un massacre va rester la référence cinéma pour l’occupation nazie de la Biélorussie. (48)

Mustang * (2015) : Sur cinq sœurs turques opprimées par le patriarcat et les petits-bourgeois provinciaux, en premier lieu ceux de leur famille. Nul par rapport à Virgin Suicids. Malgré soi adopte des manières de film ‘documentaire’ ou ‘réaliste’ mais sans en avoir la substance, car justement ce serait gâcher l’histoire de ces filles en la tirant vers le pensum. Mais ce film est-il autre chose ?

L’horrible là-dedans c’est que la famille se mêle de tout : elle est présente pour récupérer le drap présumé souillé suite à la première copulation des mariés forcés. Plusieurs affreux occupent le film sans entrer dans le drame. Ici on montre pour colorer et laisser affirmer. Le style allège constamment – l’emballage propre est traversé par des séquences emphatiques et songeuses qui permettent d’éviter la noyade manifeste, alors qu’on ne se fonde sur rien d’autre (que ce misérabilisme – ou de la pose ouatée). Le film est unilatéral mais évite d’y aller carrément, qu’il s’agisse de mordre ou d’exhiber. Il aligne quelques événements tragiques ou pathétiques, sans liant, donc légitimement placés ‘entre deux’ voire avec une pudeur infinie.

Les filles sont interchangeables comme le reste – pas de personnalité, psychologiquement nul. Parfaitement approprié pour qui veut se laisser séduire ou aime être bercé – sans oublier les valeurs (les bonnes qui se forgent en opposition aux toxiques). (34)

Trois enterrements ** (2005) : Premier film réalisé par l’acteur Tommy Lee Jones (hors de deux téléfilms). Survole la misère sexuelle ordinaire et propre à une telle zone dans ses débuts, ensuite concentré sur la vengeance différée et la virée vers le Mexique. Illustre une aspiration à la réconciliation, au dépassement des haines. Une certaine force émotionnelle mais le scénario et le style sont trop limpides et limités pour que le film devienne poignant. Trop long et prévisible. Dans le même genre, voyez aussi Comancheria, plus large/imprécis dans ce qu’il raconte. (62)

Ant-Man ** (USA 2015) : Tiré d’une BD, exhibée dans le générique. Très classique sur tous les plans (et lourdingue car ras-du-bitume dans ses histoires de personnes), avec parfois un aspect de jeu-vidéo. Le méchant est une caricature de génie diabolique et corporate – mais il souffre aussi ! À voir pour les scènes sous transformation – et un peu pour Michael Douglas en pseudo-papy tenant le coup. (52)

Star Wars VI – Le retour du Jedi ** (USA 1983) : J’ai pris plaisir à voir celui-ci, comme pour le précédent, mais, affrontement final mis à part, le niveau chute avec l’arrivée sur Endor – plus précisément avec l’arrivée des Ewoks, car le vol du départ (qui ‘anticipe’ Avatar) est encore excellent. Le malaise n’est pas forcément dû qu’à ces petits personnages poilus – la niaiserie l’emporte en tout, la nouvelle team familiale ne réserve que des mots, émotions, actions convenues. La faune de la taverne de Jabba est un des meilleurs arguments. Palpatine m’a plût.

Les bugs et faiblesses viennent aussi des personnages ! La princesse Leila est toujours décalée, il y a un hiatus entre son apparence, l’interprétation et ‘l’énergie’ du corps de l’actrice. Harrison Solo est mal employé. Les nombreuses sortes de marionnettes, animatronics ou assimilés produisent des effets très inégaux – certaines créatures bien qu’amusantes ne semblent pas à leur place dans un blockbuster (ce qui se concevait facilement pour l’opus IV se justifie moins maintenant). Très bon au niveau sonore, plus équilibré que les films comparables. Je ne sais pas ce qu’il y avait de ‘pur’ dans la version que j’ai vue (à la télé), où un petit nombre d’ajouts transparaissait. J’ai donc fini la seconde trilogie (ou première sortie) et découvert la source d’images récurrentes (jusqu’au faciès du père de Luke, que j’avais déjà vu et enregistré sans m’en douter !). (62)

Les deux amis ** (France 2015) : Louis Garrel avait déjà trois courts à son actif ! Il passe au long-métrage. Co-scénarisé avec Christophe Honoré. Film de français pour les éventuels fétichistes locaux ou étrangers, mais efficace et varié dans le ton. Macaigne est drôle en gentil ramant pour s’affirmer. Garrel n’apparaît pas nu mais reste un péteux accompli, blasé hédoniste sans pression, devoirs ni morale pesant sur lui, sûr de son jugement stupide, n’en pouvant plus de ses quelques qualités. Un parfait bobo-penaud-pédant : le genre de types qu’il faut vraiment être con pour fréquenter. C’est aussi le personnage qui souffrira et sera chahuté le plus. (58)

Ipu – Condamné à vie / A Farewell to Fools ** (Roumanie 2013) : « Production la plus coûteuse (3,3 millions d’euros) du cinéma roumain depuis 1989 » peut-on lire sur le site replay d’arte – pourtant ce film semble parfois bien près du téléfilm ou de la série B (raccords faiblards). Contient deux titans au casting : Keitel et surtout Depardieu, dans le rôle de ‘l’idiot du village’ que les notables vont tenter de sacrifier aux occupants allemands (un soldat nazi a été tué, il faut éviter la sanction). On se rappelle Jean de Florette. (58)

Star Wars VII – le réveil de la force ** (USA 2015) : Blockbuster de base avec des atouts remarquables (paysages, gros moyens, quoique les effets spéciaux par eux-mêmes ne produisent pas grand chose à ce stade – années 2010, pas votre premier blockbuster SF) et les aspects daubiques habituels. La trilogie des années 1980 n’était pas brillante mais faisait son office. Celle-ci s’annonce triviale. L’humour minable et kikoo-recul inonde ce nouvel opus, chaque élément de l’histoire ou des cheminements des personnages est typique. Le pire étant ce duo voué à devenir couple, passant par toutes les petites déviations de service (mauvaise foi, engueulades feintes, rappel à l’action au moment de -peut-être- fondre l’un vers l’autre). Heureusement cette portion s’éteint progressivement, la pression des événements étant trop forte. Tout ce qui relève de l’action, du conflit armé, est le meilleur. L’emphase autour des méchants fascistes ne vaut pas celle de dérivés même quelconques sur la 2nde guerre mondiale – il vaut mieux voir HHhH. (48)

Le vieux garçon ** (Italie 1980) : Comédie efficace, peu sapée par son vieil âge, malgré certains look et surtout malgré les passages musicaux. Les libertés dans certaines vannes pourront aussi choquer. Des moments ‘d’enthousiasme’ et d’excès. Un peu long mais ne laisse pas s’ennuyer. (62)

La momie aztèque contre le robot * (Mexique 1958) : Une autre La Momia azteca (sans complément) est sorti neuf mois avant. Vu sur le site d’arte où il est relié à la collection ‘L’art du nanar’. Direction d’acteurs désastreuse – peut-être acteurs désastreux ? La créature n’est pas honteuse d’un point de vue purement plastique, mais la façon qu’ont les monstres de se mouvoir est aussi aberrante que les pauvres gesticulations des crétins humains autour. Mais le vrai scandale est du côté sonore – que la carte soit ‘exotique’ ou ‘suspense’, ce film nous broie les oreilles. C’est probablement l’un des plus saoulants à entendre. Pas d’intérêt en-dehors de cela, même s’il y avait des germes, de quoi faire une honnête (et ultra-pompeuse) série B. (22)

Sans identité ** (USA 2011) : Conventionnel sans se laisser saper par les clichés. Arrive à rallonger le mystère et le complot en lui-même, en restant relativement réaliste ou cohérent. Défonce régulière de voitures (trois taxis explosés). (62)

La femme du dimanche ** (Italie 1976) : Le premier film que je vois de Luigi Comencini, grâce au ‘Cinéma de minuit’ de France3. Les interprètes sont, avec les décors (à Turin) le meilleur argument : Mastreionni, Jacqueline Bisset en femme d’industriel millionnaire agacée par l’ennui, Trintignant dans un couple homo avec Aldo Reggiani (vu dans Le chat à neuf queues d’Argento). L’intérêt n’est pas vraiment dans l’enquête ou le mystère policier, d’où l’ennui face à la demi-heure précédant les révélations. (62)

Qu’bénisse la France * (France 2014) : Le film d’un artiste souvent pris en caution en faveur du rap hexagonal : Abd al Malik. C’est son biopic par lui-même. Mélange de gentillesse constructive, d’esprit service public français, d’humanisme de gauche (‘large’) intégrationniste et de choses plus personnelles ou spécifiques. La Haine de Kassovitz n’est pas tant une source d’inspiration qu’un modèle auquel il se compare, en l’imitant avec son noir et blanc, en prenant le contre-pied avec son message. Le problème de ce film est sa trop grande tendance à tout tasser, modérer. Même si c’est pour tendre vers l’harmonie et l’optimisme, il a le tort d’en dire le moins possible, de s’engager de la façon la plus feutrée et théorique possible. Souvent plus proche du doux clip. (36)

Les sorcières de Salem *** (France 1957) : Sur un sujet analogue, voir The Witch et Brimstone. Le libre-arbitre ne sert que contre soi ; on est malade, chahuté pour la vie – au mieux ça pourrait être l’équivalent d’un mauvais karma. C’est la preuve du mal en soi ; culpabilité toujours légitime et même en-dessous du nécessaire. À ces généralités religieuses s’ajoute le puritanisme protestant/anglo-saxon : la richesse est une récompense divine. Bonne reconstitution. (68)

Beaumarchais l’insolent ** (France 1996) : Dernier film de Molinaro, adapté de Guitry, sorti après Le souper et face à Ridicule. Luchini interprète le créateur de Figaro. Le film est complaisant à son égard, le montre manœuvrier et fin subversif. Il se ferme en annonçant « l’un des actes de naissance de la Révolution française ». Besnehard enfile le costume d’un roi susceptible, une sorte de Hollande en colère, aux impuissances personnelles manifestes en plus du simple ridicule. Gros casting avec certains acteurs réduits à peu de choses (rôles tristes comme Brialy, de quasi figurants pour Chabat ou Garcia, ou performances lourdingues comme Weber). (58)

Crainquebille ** (France 1922) : Tiré d’une nouvelle d’Anatole France (1901). Perspective à la Victor Hugo sur le cycle vicieux de la pauvreté vers la délinquance et l’exclusion. Proposé pendant un an sur arte-tv, signé Jacques Feyder dont j’ai vu et beaucoup aimé Pension Mimosas (1935). Sur la forme ce film est très bon, rapporté à son époque. Le développement reste très lent et l’humour très appuyé. Au moins il y a le mérite d’avoir su élaguer et rendre l’affaire limpide. Le film se distingue visuellement via ses petites digressions allégoriques représentant la pression de l’institution judiciaire, en contraste avec le réalisme du reste. (62)

Star Wars I la menace fantôme ** (USA 1999) : Après avoir découvert la trilogie des années 70-80, j’ai vu le niveau s’effondrer via Le réveil de la force, l’initiateur de la troisième trilogie. Je vais maintenant découvrir la trilogie préquel des années 2000, toujours à la télé. Il est donc possible que je rate des choses importantes à cause de la VF et d’éventuels aménagements/retouchages.

L’opus matriciel de 1977 doit être le précédent le plus proche de La menace fantôme, sauf pour la profusion d’animaux inventés, qui avait commencé dans Le retour du Jedi. La galerie de créatures est bien chargée et variée, moins au rayon kawai, surtout du côté des bouffons et des hostiles. Les intrigues politiques et les conflits sur la planète Tatooine prennent beaucoup de place. Elles apportent une dynamique bienvenue et inhibent les niaiseries. La grande force reste les décors et plusieurs scènes d’action (notamment la course de pod) sont parfaitement efficaces.

Les personnages fournissent les principales faiblesses. Les créatures en plastique (pas forcément mauvaises mais souvent fausses) enferment le film dans les années 1990 avec les équivalents dans émissions pour enfants, alors que le reste est rempli de choses neuves. Liam Neeson et Ewan McGregor m’ont presque déplût tant ils sont plats et proprets et au mieux sentencieux. Mister ‘Miissa’ est évidemment le seul vrai échec, amusant à ses dépens au départ, souvent insipide – la volonté de glisser une mascotte rigolote pour enfants est la seule chose à voir le concernant. Les Jakovasaurus de South Park (comme Cartman je les apprécie) ont pu s’en inspirer.

Malgré la fin trop longue, des déceptions compréhensibles (le diablotin de la fin ne fait que servir une de ces batailles rituelles) et les protagonistes peu charismatiques ou sympathiques à mes yeux, j’ai aimé ce film pour ses univers et en partie sa direction artistique. (62)

Notre-Dame de Paris *** (France 1956) : Signé Jean Delannoy, auteur des deux Maigret avec Gabin (tend un piège et L’affaire saint-Fiacre). Appréciable pour son côté carnavalesque, ses couleurs, sa limpidité et son dynamisme. Frollo est particulièrement renfermé, sans l’éclat apparent de celui du dessin animé – mais c’est la première fiction tirée du roman de Victor Hugo que je vois (de lui j’ai lu deux autres œuvres). (68)

Fiston ** (France 2014) : Les interprétations laissent parfois à désirer (pas pour les deux jeunes filles) et les costumes sont parfois trop lourds et mal taillés. Plusieurs gags trop évidents, des conflits et archétypes médiocres (le vieux qui ne connaît pas Twitter et Shakira) et des musiques pénibles. Mais le film tient ses promesses, fait rire pour ses réussites et pas seulement ses nullités. La mise en scène essaie des petits trucs modérément décalés (avec des ressorts à l’américaine, des gags sur la gaucherie) qui fonctionnent assez bien mais généralement avec une sortie ou une chute prévisible. Recevable si le surjeu et en général l’auto-indulgence gênent peu. Le film a en sa faveur et au contraire de ses concurrents sa sobriété relative, sa fibre émotionnelle et une bonne alchimie entre acteurs. Fin un peu foutraque suivi d’un pauvre bêtisier de circonstance (où Dubosc est drôle, pour les raisons qui limitent son jeu). (48)

Le grand restaurant ** (France 1966) : De Funès en lâche et larbin. Le niveau se dégrade dès que la mission policière commence. (46)

La sociologue et l’ourson ** (France 2016) : Semi-documentaire de parti-pris pour le mariage pour tous, contre la Manif pour tous. Suit les événements de 2012-2013 mais sort trois ans après. Alternance de ‘vraies’ prises de vue et de passages avec marionnettes et/ou animations. Une telle forme permet théoriquement d’atteindre les enfants. La sociologue elle-même apparaît en chair et en os et sous forme de souris-ours. On ne se posera pas plus de questions qu’elle, le fils-réalisateur est passif. Christiane Taubira est manifestement perçue comme une grande dame courageuse par ces gens-là. Pujadas est promu oiseau du 20heures, il n’a jamais été aussi beau. Valable pour le style, l’efficacité de la mise en scène et de la pédagogie, tiède et pompeux intellectuellement. (46)

Avril et le monde truqué *** (France 2015) : Uronie steampunk, tiré d’une BD de Tardi. Fort de son univers, moins de ses personnages (néanmoins aimables). Ambitieux notamment dans son scénario, mais un peu décevant (trop de fouillis et de conventions, pas assez de découvertes). Philippe Katerine donne sa voix au chat ! Un peu de pessimisme sur la nature ‘humaine’ à la fin, malgré le correctif et la croyance dans le dépassement et le progrès. (66)

Star Wars épisode II – L’attaque des clones ** (USA 2002) : Les ‘padawan’ viennent donc d’ici. Des défauts voire de la résignation côté casting (Samuel Lee Jackson confirme son hors-jeu total, Nathalie Portman a l’air tirée de force dans cette aventure, ce qui aide à plomber sa romance déjà bancale). Le personnage d’Obi-Wan devient complètement ‘rasoir’ et ridicule, le robot doré est toujours aussi stupide et transparent quand sa petite présence nulle ne prend pas assez de place pour saouler. Les images digitales et l’univers restent les meilleurs arguments, quoique surtout à un niveau théorique (cet univers est sous-exploité la moitié du temps au moins, les différents endroits sont souvent des versions ‘améliorées’ des anciens). Certains paysages ou plans sont remarquables, surtout sur la nouvelle planète Mars. La cohorte de créatures (humaines ou non) est marginalement renouvelée, ou en meute. Certaines séquences ont un air de jeu-vidéo et celle du tapis roulant m’a rappelé Alice Madness Returns, sorti treize ans après. Le scénario manque d’intensité et de matière, même lorsque l’action s’accélère concrètement. Le rythme fait défaut. Rien de désagréable mais les fausses notes en deviennent d’autant plus visibles.

Cet opus II rejoint le VII loin derrière les autres, dans un classement légèrement dominé par L’empire contre-attaque. Je plaçais le premier épisode de la prélogie au niveau du Retour du jedi, derrière La guerre des étoiles. (48)

Men and Chicken *** (Danemark 2016) : Pour les lecteurs d’HG Wells, par un réalisateur décidément excentrique (Les bouchers verts, Adam’s Apples). Pas aussi génial que je l’espérais, car le synopsis et les sous-entendus m’attiraient et les précédents films me mettaient en confiance – mais eux aussi avaient tendance à ne pas aller ‘trop loin’ sur les thèmes et préférer rester sur l’originalité des cas personnels. (68)

Tout feu tout flamme ** (France 1983) : Très mitigé concernant la portion ‘comédie’, mais j’ai apprécié le personnage d’Adjani. S’éternise en plongeant scénario et consistance des personnages vers la médiocrité joyeuse. Alain Souchon en journaliste amoureux et plus encore capricieux, se prend une pique : « L’observateur goguenard de la vie des autres, l’indifférent ; le journaliste quoi ! ». (48)

L’amour l’après-midi ** (France 1972) : Pensées en voix-off d’un lover rêveur parisien, marié et travaillant dans un cabinet d’affaires. La majorité du film concerne sa relation avec Chloe, une ancienne connaissance de retour – c’est plus ‘substantiel’ avant, quitte à l’être en mal. En plus cette tentatrice est de basse extraction, c’est bien pour ça qu’elle insiste ! Du Lelouch pour poètes terre-à-terre, hommes hétéros sensibles et littéraires verbeux des salons ringards. Assez drôle, mais le personnage, ses besoins et ses réflexions sont souvent exaspérants quand ils arrêtent d’être gentiment ennuyeux – mais le pire est bien pour les conversations. La jolie fin ramène le film à la moyenne. Je préfère carrément La femme infidèle de Chabrol. (46)

Pour la peau d’un flic ** (France 1981) : Le film tourné par (et avec) Alain Delon (il a réédité deux ans plus tard, avec Le Battant). Plaisant à regarder si on en attend rien ; pour être rigolo, pas convaincant ni séduisant. Direction d’acteurs et probablement acteurs tout court souvent douteux. Petite apparition de Brigitte Lahaie à l’hôpital avant la séquence finale face aux méchants (qui tourne au n’importe quoi dans sa deuxième phase). (44)

Ernest et Célestine ** (2012) : Gentil et politisé, avec sa souris qui n’aime pas la propriété et ses conclusions pour la tolérance. Si on prend la chose au sérieux, le propos devient presque suspect. Célestine viole la propriété et attribue les biens d’un autre (ours) pour satisfaire son acolyte (et se tirer d’un faux pas).

Heureusement ce propos est simplement fade et facile, juste assez charpenté pour faire entendre aux enfants : n’ayez pas trop faim d’argent, tendez la main aux lésés et aux étrangers. Les capitalistes ne sortent pas flattés ; les parents ours créent le besoin et y répondent, en vendant des saloperies et réparant les dégâts. La souris directrice des dentistes pratique un management éprouvant et renvoie aux prétentions plus ‘communautaires’ du capitalisme.

Jolie forme, rythme et dialogues efficaces, ours à la limite de la bêtise ‘excusable’ (pas assez armé pour devenir valable, contrairement à sa partenaire et à des personnages secondaires – comme le juge ours). Concernant l’intrigue et dans une moindre mesure le message : strictement pour enfants. (56)

La passion Van Gogh *** (France 2016) : Réussi son pari esthétique, même si la fiction n’est que moyenne : scénario, dialogues et personnages fonctionnels mais ‘dispensables’. Avec Bronn de GOT en tant que Dr.Brochet. (72)

The Night Watchmen / La nuit des clowns tueurs * (2017) : Du niveau des Scary Movie sans ce qui peut relever ces films, dans une moindre mesure aussi du V-video japonais lors des excentricités (la transformation des gens en zombie speed, les essais scabreux). Zéro crédibilité assumée. Humour potache et lubrique ou ‘second degré’. Équipe déplorable avec le vieux Randall, sous-chef homo et vieux débris, la ‘bombasse’ journaliste qui ‘s’avère’ lesbienne, tandis qu’on ne rameute les clowns qu’à la moitié. Pour jeunes ados éméchés au mieux. (18)

Astérix et le domaine des dieux *** (France 2014) : Une nouvelle mouture convaincante et divergente. La voix pour Obélix en fait un benêt. L’animation physique est réussie mais pas spécialement jolie et ressemble à ce que produisent les pontes ou demi-pontes de l’animation. Adapté au public français, notamment lorsqu’il dénonce les excès du capitalisme (et de l’impérialisme). La démagogie et l’habileté d’Astier s’y retrouvent. (66)

Un taxi pour Tobrouk ** (1961) : Mise en scène et scénario insipides. Le film est connu pour ses dialogues épicés, quelques-uns sauvent la mise effectivement. Autant retraverser le désert avec Cent mille dollars au soleil (1964, de Verneuil). (38)

Burger Kill * (USA 2007) : Un peu connu pour son doublage français, lequel envoie des moments d’aberration intense, sans être hilarant ou si spectaculaire (les cris de Mackenzie sont le comble de la parodie). Même en VO le film semble balancer entre sérieux et bouffonnerie. Le mix lui évite la nullité et à nous l’ennui. Ça demeure un film d’horreur médiocre (doublé d’une comédie paresseuse et explosive), bâti sur les poncifs du genre, rempli d’incohérences (surtout au début et à la fin, entre-temps plus de tenue). Il est un peu désuet dans ses caricatures et parfois ses références, qui renvoient aux années 80-90 (par exemple dans le langage des jeunes). Les amateurs de vieux slashers (les Vendredi 13) ou déjà dépassés d’une décennie (Souviens-toi l’été dernier) seront probablement plus à l’aise que ceux ne connaissant que les contemporains (donc les Destination finale). (32)

The room * (US 2003) : Le fameux nanar avec Wiseau, très apprécié aux USA et à la hausse en cette période grâce à Disaster Artist. C’est à la hauteur de sa réputation et pénible à suivre. Une sorte de soap totalement cuit avec un héros tragique et un final ‘épique’. Wiseau interprète un ‘lover’ ridicule et adopte une approche ringarde en tout et sur tout. Son ouvrage cumule dialogues déplorables, incrustes et ‘fonds verts’ ultra voyants, personnages très vaguement cohérents, répétitions absurdes (trois scènes de discussion avec la mère, qui ne servent quasiment à rien et y mènent certainement). Il doit y avoir cinq scènes érotiques (sans compter les interruptions) également redondantes et laborieuses. Ce film donne l’impression d’être conçu par un enfant considérant la vie d’adulte – il essaie de faire l’amour comme font papa et maman, sans oublier sa grande passion (jouer au ballon – constamment). Les pires clichés sur ‘l’amour-passion’ nous sont servis et semblent tirés de banques d’images pour enfants ou sketches de retardés (ou de much-politique). Sans eux le film avait déjà l’air d’un téléfilm érotique ‘poubelle’ – alors pourquoi ne pas s’enfoncer dans les espaces de dégénérescence culturelle équivalent à la telenovela. Le seul détail à sauver est cette façon confusément lynchéenne d’accompagner la parano du fiancé trompé. Le reste n’est qu’affaire de fétichisme nanardesque – et pour une fois, c’est du costaud. (18)

Crimes dans l’extase ** (Allemagne 1971) : Film d’exploitation très théâtral de Jess Franco. Flamboyant, avec d’excellents décors et une belle protagoniste chargée de venger son mari. L’inanité du scénario passe, mais trop de fautes s’accumulent – faux sang flagrant et fausses entailles grotesques, une post-synchro ratée dans le dernier meurtre, sans compter les enchaînements douteux et la fin débile, où l’élan prévu semble avorté – sinon, ce choix est prodigieusement con. Les morts bougeant encore, même dans un nanar et si verni soit celui-ci, c’est trop (et cela gâche la sulfureuse tentative nécrophile, également dans une moindre mesure les passages connotés sado-maso). Les performances ne sont pas assez énormes ou épanouies pour compenser l’absence de maturation. L’ambiance et l’image sont soignées, le reste évanescent. L’interprète du futur Inspecteur Derrick joue un enquêteur vaguement facétieux avant de devenir un peu confus dans son stéréotype, comme l’ensemble des personnages. Excellente musique bien que martelée en permanence. Je préfère de loin Les prédateurs de la nuit, seule autre opus vu à ce jour signé Franco. J’ai aussi mieux apprécié Le frisson des vampires de Rollin (film bis tout aussi ‘rococo’ sorti dans la foulée) ou même La rose écorchée ; et préfère évidemment les premiers de la franchise Scorpion/Sasori. (44)

L’auberge rouge ** (France 1951) : Pas engageant puis deux-tiers satisfaisants. Certains gags sont extrêmement lourds et en plus durent plusieurs minutes (la meute endormie lors du mariage). (58)

Don Camillo en Russie ** (Italie 1965) : Fonctionne mais trop relax à mesure que la fin approche. Le duo est très bon, les acteurs donnent le meilleur du film. (54)

Meurtres ? ** (France 1950) : Avec Fernandel et vu à la télé, comme les deux précédents mais cette fois sur arte. Dans un rôle éloigné des marioles pour lesquels on l’apprécie. Seul personnage positif avec celui de Jeanne Moreau, au milieu d’une famille de crabes. Excellents dialogues et interprètes, mais critique un peu vaine et infantile de la bourgeoisie. Aborde l’euthanasie sans entrer dans le débat. Voyez plutôt carrément Family Life de Ken Loach. (56)

L’homme des vallées perdues ** (USA 1953) : Western mou, trop bavard,, avec un brave chasseur de primes campé par un Alan Ladd inapproprié. Jean Arthur est également pas à sa place, c’est d’autant plus regrettable pour clore une carrière. Correctement emballé mais dispensable. Un sous-Il était une fois dans l’Ouest ou même sous-Porte du paradis précoce. Peu connu en France, beaucoup plus aux USA. (46)

Max * (France 2013) : Mielleux, fade et grossier. C’est avec ce gentil film, un an et demi après Polisse, qu’on a sérieusement commencé à voir en Joey Starr un acteur (il faisait déjà un cameo dans La Tour Montparnasse). Lui et les autres ne sont pas mauvais. La direction d’acteurs n’est pas reluisante dès qu’on laisse de côté le duo principal et la gamine. Idem pour l’exploitation des personnages. Co-produit par Lisa Azuelos et Thierry Ardisson. Vu à la télé, forcément. Court mais encore trop léger et simplet pour meubler 83 minutes. (28)

L’espion qui venait du surgelé * (Italie 1966) : Une parodie de James Bond dirigée par Mario Bava. Humour et scénario lamentables, mise en scène plus décente. Facéties dignes d’un film de bourrés destiné aux enfants (ou au remplacement d’un jeu télé de fin de journée). Fait relativiser la lourdeur de Danger Diabolik. (26)

L’énigme blanche ** (France 1985) : Téléfilm. D’après le roman La partie de Bambu de Roger Gouze, frère de Danielle Mitterrand. Beaux noms au casting (Rochefort, Bulle Ogier, Claude Rich, Cremer). Semi huis-clos, à la montagne, un peu mollasson. Fait inévitablement penser à Chabrol avec ses sombres bourgeois. (52)

Radius ** (Canada 2017) : Stimulant mais souvent limite. Deux histoires, des ‘vraies’ jumelles – forcément ; additionne des cas ou hasards trop extrêmes. Finit en thriller, avec une histoire qui refait surface. Côté ‘dépassement de soi’/sorte de peine cosmique qui est une nouvelle chance. Frustrant car doit conclure trop vite. (58)

La fuite/Kaçis * (Turquie 2016) : Réalisateur turc avec une probable participation allemande (vu sur le site d’arte). Pour retrouver les mêmes ingrédients, autant voir La Lune de Jupiter, Petit paysan, etc. (36)

Refuge/Freistatt ** (Allemagne 2015) : Inspiré d’une histoire vraie de 1968-70 mais le dénouement est excessif ou doit relever de l’accident isolé – au-delà des coups de pelle il ne s’agit plus de ‘dureté’ et probablement pas d’un système délibéré. Cousin masculin de Magdelene Sisters. Bon film pour montrer le sadisme dans le groupe et la hiérarchie, avec ses pratiquants et ses otages. Montre le mélange de cruauté et de faiblesse ou soumission dans les rangs, chez le garde mesquin comme chez les caïds. Malheureusement lisse et convenu dans son domaine, tout en ayant ses débordements qu’il laisse reposer (la relation incestueuse compliquant peut-être la tâche de la mère lors du retour). Photo blanchâtre. (58)

Westen/De l’autre côté du mur ** (Allemagne 2014) : S’intéresse aux zones de transit dans lesquels d’anciens résidents de RDA pouvaient passer quelques années suite à leur passage en RFA. De bonne tenue et presque prometteur au départ, en ne se vautrant pas dans les clichés et les parti-pris grossiers (qui viennent l’esprit dès qu’il s’agit de cette période de l’Histoire, de l’espionnage en temps de guerre Froide, de ce genre de zones concentrationnaires). Mais le film manque d’intensité et n’entre pas à fond dans son sujet. Il aurait pu s’intéresser à l’exclusion des exilés, infligée passivement par la population ou ‘de fait’ car les individus sont sans attaches (comme aujourd’hui avec les rares coréens du Nord passés au Sud). La protagoniste est d’une émotivité exaspérante, bien qu’elle ait appris à se contenir. (56)

Tobrouk commando pour l’enfer/Tobruk ** (1967) : De superbes plans (paysages et ciels du désert, explosions), un excellent casting (Greene et Hudson) mollement exploité, des contours visibles lors d’effets spéciaux ou de déplacements. Meilleur qu’Un taxi pour Tobrouk, avec quelques dialogues mordants même s’il n’a pas sa tornade de bons mots. (54)

Au feu les pompiers ** (Tchécoslovaquie 1967) : Signé Forman, un an avant son exil. Humilie la hiérarchie communiste via cette bureaucratie de ringards organisant un bal dans une petite ville tchèque. La fête est foirée, les gens démotivés, les jeunes en particulier. Farce balourde qui se noie avec ses personnages, avec probablement la volonté d’une sorte de Strip-Tease. Bon enfant, tourné avec les habitants d’une localité. Intérêt faible aujourd’hui et loin de la Tchécoslovaquie ; significatif pour le peuple de l’époque. Pas plus dégourdi que son contemporain Les petites marguerites, mais troque la folie hystérique pour s’égarer côté Bidasses. Un peu censuré en son temps – le printemps de Prague arrive vite après. (46)

Alouettes, le fil à la patte ** (Tchécoslovaquie 1969) : Réalisé par Jiri Menzel trois ans après son retentissant Trains étroitement surveillés (real aussi de Mon cher petit village) mais sorti seulement en 1990 à cause de la censure. Trop sautillant et gentillet ; ravissement de petits fripons non-conformistes mais aux facéties et poussées passives-agressives insignifiantes sans le contexte. Encore plus puéril que Au feu les pompiers. Les personnages présumés positifs ou sympathiques, voire mascottes, sont des tocards. (52)

La moutarde me monte au nez *** (France 1974) : Niais mais jubilatoire, avec Pierre Richard en grande forme, plus sympathique que d’habitude, toujours aussi positivement ridicule. Ses rapports avec les autres sont le plus drôle sur la longueur. La réalisation est au service du gag, d’où un succès en tant que cartoon et des passages ou détails qui seraient ratés dans d’autres circonstances (les jets de sang pendant l’opération, dignes d’un Kitano sans le glauque). La crédibilité est la première victime du ton fantaisiste – ou au moins il faut reconnaître le film comme très opportuniste. La prof de sport liée à ce doux maladroit est déjà limite, mais passable ; Birkin (une potentielle erreur de casting mais pas assez pour briser l’ensemble, elle participe à un couple fonctionnel) calée en mathématiques est trop improbable. Des pauvres lourdeurs dans les archétypes aussi, culminant avec l’intello en classe. Tout ça n’entame pas les qualités générales de cette énième comédie outrancière signée Zidi. Deux autres ingrédients excellents dopent le film : il ressasse une de ces musiques comiques et pétillante de Vladimir Cosma ; Claude Piéplu est de la partie dans un rôle de père et maire (et chirurgien) délicieusement infect. (68)

Dans ses yeux *** (Argentine 2009) : Bon, mais tient sur un fil – le type a un déclic sur une photo seule, base son investigation là-dessus, le retrouve effectivement au stade. Belle vengeance. Peut plaire en masse sans tremper dans le médiocre ou le banal, détails policiers mis à part. Les maquillages sont efficaces mais voyants dans la lumière, lors de la dernière entrevue importante avant le dénouement. (68)

Cyrano de Bergerac ** (Italie 1923) : Vu sur le site d’arte, dans une version apparemment retouchée, colorisée manifestement à l’époque, avec une musique superposée agréable. Un peu lent et long, en minimisant les scènes sans Cyrano. Certains textes sont directement imprimés à l’écran et non en intertitres – si c’est bien d’époque, c’est unique. Expressif mais la force d’émotionnelle est au moins atténuée par le média et l’absence de voix. Les qualités et les promesses sont plus fortes lors des scènes avec foules. (54)

Téléfilm> 5 headed shark attack / L’attaque du requin à cinq têtes * (USA 2017) : Un nouvel exploit de la société The Asylum (Sharknado). Pas une grande aventure : requins et humains sont toujours près de la côte. Instructif : les cris de dauphin repoussoirs pour les requins, l’homme destructeur des corails ! Petit propos écolo médiocre et décousu autour des restes qui le sont autant. Néanmoins le film est assez ‘sérieux’ pour sa catégorie, ménage du suspense, de l’émotion, tout en accumulant une dose raisonnable de faux raccords modérés. Les clichés abondent et les performances sont généreuses – il faut attendre pour la cinquième tête, ça vaut le coup. À voir pour les nanardophiles, sauf s’ils sont plus axés sur les réalisations foirées que sur la grosse farce la jouant sobre. (28)

Keeper ** (Belgique 2016) : Proche d’un reportage, la pommade et le jugement en moins (avec aucune issue concrète hors de la situation actuelle de l’enfant – même son avenir à lui reste obscur). Ces jeunes parents sont encore des enfants, particulièrement niais et bêtes pour leur âge (15 ans). Trop affalé au début, se redresse ensuite, sans apporter quoique ce soit à son sujet, sinon des illustrations simples et tièdes – même quand la réalité est tranchée. Pour les amateurs. (48)

Mayerling ** (France 1936) : Infiniment explicatif, pompeux et théâtral – ou propre et joli. Probablement pas faisable cinquante ans après et depuis (notamment ce qui concerne les interprètes), mais loué à l’époque – avec raison pour les qualités techniques. A renforcé la réputation de Charles Boyer. Musiques sublimes et connues. Le haut-de-gamme de la civilisation européenne sous format bluette d’élite. Boyer/Darrieux ont été de nouveau réunis par Ophuls pour Madame de. (48)

L’odyssée de l’African Queen * (USA 1951) : Longuet, niais, criard, avec un tandem pas crédible et un scénario déplorable. L’humour est tout aussi lent et démonstratif – et comme l’écriture, restreint. Bogart interprète un benêt aventurier, Katherine Hepburn est dans un de ses rôles habituels de vieille fille autoritaire. Encore une séance fournie par John Huston décevante ou déplaisante pour ma part, après Sierra Madre et L’homme qui voulut être roi – même si j’ai vu une majorité de films majeurs bons ou remarquables mais modérément appréciés (Faucon Maltais, Quand la ville dort, Golden Eye). Dieu seul le sait, six ans plus tard, sera très similaire et supérieur, grâce à des personnages aux qualités individuelles plus et mieux développées. Le racisme aux couleurs de la bien-penseance d’époque est encore de la partie – du colonialisme franc serait moins accablant pour tout le monde. Les répétitions sont aussi visuelles et quasiment littérales, notamment les plans avec effets spéciaux ou sous l’eau. Les moments ouvertement régressifs permettent au mieux de nuancer l’ennui – la fameuse imitation simiesque (vue dans Alléluia de Du Welz). La fin est un peu aberrante dans l’absolu mais pas tellement relativement au film, donc on peut en apprécier le romanesque. (36)

Retour chez ma mère ** (France 2016) : Tout est bien mince dans cette affaire, mais les interprétations sont agréables. Si vous aimez Josiane Balasko, c’est à ne pas rater. Sinon, vous pourrez trouver Mathilde Seigner dans un rôle intéressant et découvrir Jérôme Commandeur en loser amusant. Alexandra Lamy est dans une composition très similaire à celle pour Tout le monde debout, mais handicapée plus encore que les autres par les faiblesses de l’écriture. Gentil et aimable, mais souffre d’un scénario oublieux (où est passé l’amour de 20 ans ?) – sa vulgarité docile passe déjà, il y avait de quoi faire un ‘bon film moyen’. (44)

Les aventuriers * (France 1967) : Venturo-Delon réunis sous la direction de Robert Enrico. Décousu, manque de vitamines. Humour et exploits physiques foireux ou mal digérés. Impression d’un film encore en chantier. Dommage que tout ne soit pas au niveau de la dernière séquence sur le bateau avec Reggiani ou de la fin au Fort Boyard. (42)

Des gens sans importance *** (France 1956) : Simple, triste et surtout réaliste. Attentif aux métiers et aux conditions de l’existence. Comme du Maupassant quand il a perdu toute envie de rire. Réalisé par Henri Verneuil, qui a fourni beaucoup de films bons ou valables m’ayant laissé mitigé (sauf le Singe en hiver qui m’a déplut). Évoque l’avortement clandestin. (76)

Les nuits de Dracula * (Espagne 1970) : Film d’exploitation un jeu ‘arts et essai’ (Cuadecuc est basé sur lui)et surtout bien plombant. Ressemble à du théâtre, avec décors naturels parfois sérieusement mis à profit. Ringard et encéphalogramme plat malgré tous ses efforts pour produire de gros effets et donner dans le cérémonieux. L’esthétique est tout ce qui peut le tirer vers le haut mais les ‘trous’ sont colossaux et les moyens manquent certainement. Les interprètes sont abaissés (ou déjà rendus) au niveau de ceux des plus épiques de Jean Rollin, Christopher Lee lui-même livre une performance désolante. Les ajouts au fil général voire au roman (scrupuleusement respecté dans l’ensemble et ‘sur le papier’, sauts mis à part) ne servent à rien, Kinski en dément particulièrement – en plus ils sont incohérents ou fumeux même isolés. (38)

Les félins ** (France 1964) : Delon rencontre Jane Fonda. Suave et ennuyeux. Histoire minimaliste et négligée, dialogues et interprétations lourdingues. Techniquement haut-de-gamme. Si j’étais un peu moins cinéphile et obstiné j’aurais abandonné à la moitié. Les adulateurs de La Dolce Vita s’y retrouveront peut-être. (36)

Time Out ** (USA 2011) : Bon film SF ‘de masse’ mais spécialisé, comme Oblivion. Le concept est plus fort que l’exécution. Les appréciations, exclusivement critiques, sont orientées à gauche (le maintien de l’ordre est au service de l’injustice, ceux qui concentrent les richesses sont les vrais voleurs) mais aussi plus ouvertes (la régulation sert à protéger les pré-carrés, contrôler les entrées et garanties pour les présents à bord ; le bandit/mafieux ne vole que les pauvres et évite ainsi d’attirer les foudres du système ; l’augmentation du coût de la vie sert à mater les foules).

Bons fachos new look au service des vils capitalistes, les gardiens du temps sont les vigiles de cet ordre inique. Un retournement de Murphy serait décisif (comme celui de ces ‘populistes de droite’ d’après beaucoup de marxistes/populistes de gauche). Cet égoïste blasé est incorruptible à la fois par conviction et par défaut ; un robot law and order amélioré, peut-être seulement par la fonction – il a trop investi pour lâcher l’affaire, peu importe son odeur.

Le film offre le terrain pour un développement en mini-série, avec des épisodes consacrés à plusieurs points ou personnages ; en l’état, que de pistes ou grandes lignes – et un film d’action efficace (de suspense aussi). Sauf qu’en laissant en plan les idées, la position aussi reste basse : comme d’autres blockbusters vaguement corrosifs, In Time prétend parler peuple, ne fait qu’embrasser la démagogie et s’arrêter à temps (avant que tout ne devienne trop sombre, ou qu’une révolution capote). God Bless America osait regarder les contradictions de ses héros et l’intégrité immonde du ‘mal’ – In Time se prononce pour les siens mais se garde bien de leur indiquer une voie ou de montrer les suites de l’insurrection. (56)

Négociateur ** (USA 1998) : Banal, fait son job quoique prévisible (surtout qu’il préfère la transparence). Casting exploité superficiellement mais adroitement, avec des gueules qui doivent être celles de l’emploi ou quasiment. (48)

Mercuriales * (France 2014) : Un film à la con à voir en accéléré – je n’ai pas pu car Arte respecte sa marchandise. Des femmes qui déblatèrent leurs trucs, ça fait inquisition d’auteur à l’écoute des gens du réel. Le fil narratif est plus fantaisiste mais tellement light et poseur que c’est à se demander s’il est là autrement que par hasard ou concocté à l’arrache. L’emballage est plus propre et significatif. Les moments de garderie finissent par être drôles (ceux avec enfants mais les autres encore plus). Bien sûr le film ne rate aucune occasion de racoler. Que de banalités quand il ose exprimer quelque chose, que de branlette et d’opportunisme sur l’intégralité. Rien qui vaille sérieusement le coup. Sauf peut-être ce tocard blanc musulman depuis un an, auquel il faut reconnaître un peu de raison et de lucidité contrairement aux quelques mecs blacks aux baratins voire philosophies déplorables. Concentré sur deux filles en deuxième partie. (26)

Expendables : Unité spéciale ** (USA 2010) : Met un peu de temps à se lancer, puis envoie du lourd en commençant par un feu d’artifice sur le port. Beaucoup d’humour et de références qui peuvent se déduire/deviner. Tient ses promesses, en restant classique et superficiel à Rourke près. Potables à bons dialogues pour son genre. Si vous voulez mieux, voyez John Rambo. (56)

Trois hommes et un couffin * (France 1985) : Sur cette paternité rénovée attelée, de gré ou par hasard (pas de force ici !) à changer les couches et apprendre le lexique des couches et biberons. Avec des intrigues de mâles parisiens, jeunes ou plus mûrs, souvent des individualistes – le tout boosté par la proximité de la police. Extraordinairement mou. Direction d’acteurs, personnages et/ou acteurs entre le correct et l’affreux. Scénario complètement ‘pété’ et évanescent. (28)

Non-Stop *** (USA 2014) : Efficace et percutant, à défaut d’être parfaitement crédible. (66)

La présidente ** (France 1938) : Souvent saoulant de lourdeur guillerette, de braillages (on ne comprend pas toujours ce que prononcent certaines femmes euphoriques) et de ‘bons mots’. La meilleure partie se passe au palais du ministre, avec sa cohorte de larbins. Par Fernand Rivers, réalisateur du Maître de forges (avec Gaby Morlay) et de Bonne chance (avec Guitry). (46)

Dabba/ The Lunchbox * (Inde 2013) : Pleurnicherie molle avec des gens chiants régulièrement accablés par des cons. ‘Oh le monde a changé, personne ne vous laisse s’asseoir dans le bus’. L’Inde s’américanise et ses moyens-moyens découvrent les petits problèmes existentiels au ménage et au bureau. Gentil dans tous les sens quand même. Insipide une trentaine de minutes, plus efficace ensuite – jusqu’au faux départ à partir de quoi le film hésite entre boucler le principal et s’éterniser. (38)

Les combattants ** (France 2014) : Histoire plus attrayante que convaincante. Doit beaucoup à Haenel (souvent antagoniste avec raison), sans quoi il serait juste banal et monotone. Dialogues faux avec certains personnages. Fin regrettable avec son écriture douteuse. Lebghil est drôle. Ambiance incestueuse autour du garçon. (58)

L’olivier ** (Espagne 2016) : Une des rares fois où Paul Laverty signe un scénario en-dehors de ses collaborations avec Ken Loach. La fin est décevante sur tous les plans (politique, ‘pratique’, narratif) sauf peut-être sentimental. Efficace bien que finalement trivial et superficiel, son courage comme sa sensibilité s’amollissant progressivement – seule l’urgence aura rendu la machine fonctionnelle. Bon voire charmant sur tous les aspects secondaires ou d’emballage. (56)

Vol 93 ** (USA 2006) : Une des plus fameuses représentations des attentats du 11 septembre 2001, focalisé sur le quatrième vol, le seul à s’être échoué avant sa cible présumée. Équivaut à un docu-fiction (ou aspirant) en se reposant sur les appels des passagers pendant l’attaque et, pour les scènes terrestres depuis le centre d’observation, sur les rapports officiels. Cette dernière partie relève davantage de la pure fiction, surtout depuis qu’on sait que la version du moment s’est avérée fausse (les autorités n’auraient identifié ce 4e vol détourné qu’au moment du crash). Le film est une réussite propre, percutante, sans mièvrerie, opinion ou morale déplacée. La panique et les tentatives d’organisation sont réalistes tout en restant à l’honneur des protagonistes malgré eux. En contrepartie le film n’apporte pas d’éclairage ou d’approfondissement sérieux. Il met simplement des images (normales) sur des faits qui à l’époque ne pouvaient en avoir. (58)

Scènes de crimes ** (France 2000) : Du vaseux à la française. Policier cherchant la modernité, y parvenant, mais paraissant d’autant plus démonstratif et ringard aujourd’hui. C’est déjà plus intéressant que les séries télé démoulées à la chaîne à l’époque (et qui faisaient les meilleurs scores hors des gros événements), mais finalement pas plus concluant ni agréable – et puis trop lourd et mou, sans les vertus d’un bête téléfilm qui doit davantage faire parler et s’entrechoquer ses personnages. Quelques aperçus bien glauques atténués par l’ambiance morne. Acteurs convaincants sauf les quelques-uns aux rôles plus voyeurs ou excentriques, dont les performances sont seulement efficaces. Serge Riaboukine en curé, après La Tour Montparnasse, c’est dur à avaler. (44)

Avis de mistral * (France 2014) : Second film de Rose Bosch qui s’était auparavant illustrée par La Rafle. Ramassis de clichés ringards dans les dialogues, l’humour, les caractérisations. Acteurs investis mais tout est trop niaiseux, prévisible et répétitif. Par contre les guest font de la peine – pauvre film qui balance tout et ne sait rien produire de décent. La crise d’aristo réprimée de Charlotte de Turckheim l’emmène trop loin. Aucun intérêt, difficile à suivre encore passé une demi-heure. (16)

Le baiser mortel du dragon ** (France 2001) : Film d’action extrêmement efficace produit par Besson et suivant sa recette classique. Des bagarres rocambolesques, un déluge de violence et même un peu de gore. Pas crédible mais on s’en fout ; dommage que la vraisemblance soit aussi bafouée en quelques occasions où Jet Li et sa ou son partenaire sont trop naïfs (comme lors du retour à l’orphelinat). D’où la chute du dernier tiers. (58)

La chute de la maison Blanche * (USA 2013) : Décevant par rapport à sa suite La chute de Londres, qui allait plus loin et cognait sur davantage de monde. Met du temps à décoller puis devient insipide après la libération de la ministre ou secrétaire d’État. Gentiment efficace en moyenne, sauvé par son outrance. Equalizer du même Fuqua sorti l’an suivant est deux fois meilleur. (28)

Pour quelques dinars de plus ** (Jordanie 2017) : Vu sur le site d’arte. Les scènes hors de la prison ou à l’écart du protagoniste et du mentor à moustache sont d’un moindre (voire médiocre) intérêt. Scénario ‘poussif’ d’où un décrochage inéluctable. Heureusement court et clair. (46)

Jeux de pouvoir *** (USA 2009) : Un thriller qui ne pourrait avoir pour cadre que le monde anglo-saxon, sans quoi il aurait vraiment trop l’air d’une fiction. Encore un film très réussi de Kevin Macdonald (Le dernier roi d’Écosse, La Mort suspendue), avec un scénario efficace, des rebondissements forts sans rien d’invraisemblable.

/ !!SPOILER !!/La fin est frustrante mais intéressante car l’entreprise ‘maléfique’ ne sera pas punie bien que la justice et la vérité soient établies. /!!SPOILER !!/ (72)

L’aigle de la neuvième légion *** (USA 2011) : Excellentes écriture et incarnation. Les clichés sont présents mais seulement comme ingrédients, pas comme piliers ou ‘buts’. La relation entre les deux protagonistes semble amoureuse, surtout ou du moins plus consciemment depuis le personnage de Jamie Bell (dont la crise la plus violente survient alors que son vrai maître/faux esclave a été pris en flagrant délit de flirt avec les femmes du village). Le scénario est plus scrupuleux que spectaculaire – même si comme l’ensemble des films situés dans l’Antiquité celui-ci cumule les fautes ou anachronismes. Le dernier plan est un peu trop léger même s’il vient couronner les sous-entendus. Du même réalisateur que le précédent – à ce stade je peux le considérer comme faisant presque certainement partie du haut du panier. (76)

Robot Monster * (USA 1953) : Un nanar déclaré « pire de la SF des années 1950 avec Plan 9 ». S’avère à la hauteur de sa réputation, plus explicitement que son concurrent. Tout y est régressif, bâclé, outrancier et absurde. Les extraterrestres sont deux, sous des costumes de gorilles avec un casque ; la petite famille est supposée constituer les restes de l’Humanité, les arguments pour le soutenir sont aberrants. C’est court mais trop débile pour être avalé en une fois, en tout cas pour moi. (22)

Expendables 2 : unité spéciale ** (USA 2012) : Vu à la télé, où il m’a semblé étrangement court (bien que la durée officielle soit la même que le premier, le problème pourrait être objectif : 1h43 effectivement entre la première et la dernière minute, mais pubs inclus). Efficace mais pas bien remuant. Plus sérieux, ‘mature’ que son prédécesseur, avec moins de gaudriole, mais encore de l’humour et de belles répliques ; peu d’accroches aussi, moins d’explosions, etc. Toujours un film d’action honnête mais le plus sympathique est côté casting (Stallone et Statham surtout, Schwarzenegger légèrement) ; les nouveaux venus apportent peu (Jet Li et, quand même, Chuck Norris – il n’en reste pas grand chose). J’aurais dit que des numéros de cabotins étaient préférables, si Van Damme n’en commettait pas un qui ne relève (ni n’abaisse) spécialement le niveau. Le complément de titre en VF ne sert à rien sauf à enlaidir. VF de JCVD irrecevable. (52)

Tirez sur le pianiste ** (France 1960 ) : Second long de Truffaut (entre Les 400 coups et Jules & Jim) sorte de film noir léger et sentimental, avec Aznavour. Torpille de l’intérieur le cinéma de gangsters pour en faire un truc de poètes urbains d’une époque ou d’un monde sans (grands) malaises. Affecté par le syndrome étrange concernant cet artiste : on s’obstine à y voir ce qui ne semble pas lui appartenir ou le définir – et ne lâche pas l’affaire, pendant que lui s’applique, sans s’exalter. Ici il est supposé être un artiste sensible et une sorte de tombeur (avec modération) ; il n’est parfaitement cohérent qu’en timide. Mais comme le reste du casting (et de ses décalages), cet acteur est convaincant. Scénario bordélique amalgamant deux facettes (polar et sentimental) souvent rigoureusement séparées. Des joliesses dans la mise en scène, des ratés dans le son. Dialogues ‘très écrits’ en rafales (merci au roman original) et collection de musiques de bar. (54)

M.A.S.H. * (USA 1970) : Des Bidasses avec une grosse portée politique. Sûrement innovant et impertinent en son temps. Sauf peut-être avec le suicidaire, pas drôle un quart de seconde (je préfère radicalement la 7e compagnie). Trop lourdingue quand il pourrait le devenir (avec Margareth notamment), occasionnellement répugnant. Ce film était certainement subversif pour l’institution et la foi militaire, il sert avant tout la mesquinerie troupière – la façon dont les cibles sont humiliées, la fierté stupide des malins du groupe et de la petite hiérarchie. Il n’est finalement qu’un film de connard au rythme et aux sketches laborieux (match interminable), plutôt qu’une œuvre courageuse ou honorant ses engagements. Et un simple film de lâche, primaire au pire degré, bête comme tant d’autres dans son genre qu’il est censé transcender, méchant contrairement à eux. Vu en VF sur arte de nuit. Sans doute un inspirateur des ZAZ. (24)

Hamburger Film Sandwich * (USA 1977) : Tourné par John Landis et produit par les ZAZ. Film à sketches, succession de bande-annonces, extraits de films ou émissions. Les inventions essentiellement parodiques finissent par plomber l’ambiance (la séquence arts-martiaux est beaucoup trop longue), celles relatives aux affaires sexuelles sont généralement plus efficaces (y compris le touchorama !). A manifestement inspiré Les Nuls ; la publicité du jeu de société sur la politique pourrie (‘Scott Free’ aka ‘Les doigts dans le nez’) sera reprise par Les Inconnus. De Landis j’avais peu apprécié Les Blues Brothers, davantage aimé Le Loup-garou de Londres. (42)

Ligne de crédit * (Géorgie 2014) : Tourné après la vague de saisies immobilières (subies par 14% des familles géorgiennes entre 2009 et 2013). N’avance à rien – dans tous les sens où l’expression peut s’entendre. Humour et style patapoufs. Vernis lisse et parfois pétillant au résultat neutre et aseptisé. (28)

Monstres Academy ** (USA 2013) : Un préquel de Monstres & Cie totalement accessible sans lui. Simple sur le fond, laisse remonter les vieilles mécaniques ou leçons à quelques instants ; efficace, avec sa part de surprises. De belles variétés de monstres. Pas grand chose de potentiellement ‘culte’ mais tout est très bon. (72)

Les nouvelles aventures d’Aladdin * (France 2015) : Alignement de moments de solitude. Déplorable. Seule l’intro où les deux compères finissent Père Noël est vaguement potable, en principe ; la transformation d’Eric Judor est le seul moment un peu drôle que j’ai relevé. La plupart des acteurs sont nuls ou indifférents. Les gags sont misérables, l’humour essaie de surfer sur de vieux trucs et l’esprit Canal (type Astérix mission Cléopâtre), multiplie anachronismes et références éculées (il y aura ‘Je suis ton père’). Le niveau est au plus bas, la façon d’insister sur la nécessité d’un parti friqué pour la fille est déplorable, car il n’y a que ça – Michel Blanc lui-même ne sert qu’à le répéter (le film repose de toutes façons sur une poignée de running gag déplorables – « la princesse elle est dégueulasse » par exemple). Les sentences cyniques sont misérables, le casting et les personnages ne sont pas assortis et ne le seraient même pas si ce cynisme était un peu ‘nourri’ – sinon le cynisme de démouler de la merde tranquillement et la laisser se faire vendre. Un film débile pour les gosses achetés par la présence de Kev Adams – on ne devrait pas tant en parler. Les passages musicaux étaient ringards quinze ans avant la sortie. Retour au réel et final complètement débiles et bâclés. (18)

Des gens comme les autres/ Ordinary People ** (USA 19) : Robert Redford, se mettait à la réalisation ; plus tard, il signera l’excellent Et au milieu coule une rivière. Celui-ci n’a pas la même ampleur. Focus sur la psychologie d’un trio familial après la mort d’un des fils – assez concluant sur ce plan là. Plutôt bavard. (62)

Fever * (France 2015) : Variation autour de « la banalité du mal » et du cas déjà traité par Hitchcock dans sa Corde. Un film pressé, éparpillé, démonstratif et quand même confus ou hésitant. À moins qu’il soit simplement superficiel. Où souhaite-t-on en venir ? Le meurtre est dans le sang ? Ou bien des aspects plus intimes et triviaux sont le véritable cœur du sujet ? Le raccrochage à la Shoah est opportuniste ou du moins bien vaseux (il faut la déportation sous la Franche de Vichy pour parvenir à heurter des cœurs froids ou corrompus ?). La culpabilité des deux tueurs crypto-homos paraît souvent bien légèrement traitée, avec l’exubérance pour pallier. Il en va de même pour l’orgueil ado, ou concernant la fantaisie de liberté totale du prédateur (avec la notion de « hasard » pour ‘justifier’ ses décisions). Que de déclarations et quelques illustrations, puis tout est suspendu. De nombreuses scènes de vie et de groupe ne servent à rien, ou seulement à déboucher sur une grosse esquisse d’états d’âmes. Certains rôles féminins sont atrocement joués, mais de ce côté on porte aussi beaucoup de sous-entendus bouleversant la lecture du film (les raisons de la rousse, le déni de la prof). L’ambiance relève de la ‘petite féérie’ anxiogène quand elle ne renvoie pas simplement au film français lymphatique enlaçant des existences de lettrés bourgeois affiliés au monde de l’éducation. (38)

Hondo l’homme du désert ** (USA 1953) : Western bien mielleux avec John Wayne et des indiens pas très Charlie avec lui et les autres blancs. Pour eux comme pour les autres le lonesome cow-boy tient sa parole. Parfaitement regardable, parfaitement dispensable. (48)

Holy Lola ** (France 2004) : Centré sur un couple d’adoptants en vadrouille, plus intéressant pour la présence au Cambodge (mais pas pour l’incarner ou le fouiller – même en appuyant si fort sur les indices de corruption). Les autres adoptants ou aspirants sont souvent cons, Gamblin passe entre les gouttes, Isabelle Carré campe une femme et mère insupportable. Tavernier semble complaisant envers eux ; envers leur niaiserie, leurs aveuglements, leur hypocrisie (comme lorsqu’il fait cette promesse de chercher les parents biologiques de la gamine ; connard, fais-le maintenant, au lieu de le réserver à ton intimité spirituelle, où elle restera bien au chaud jusqu’à ce qu’elle y moisisse bien au froid). Comme à son habitude le réalisateur est documenté sur la situation et sa mise en scène a pour but de nous immerger – cette fois elle est moins inquisitrice. L’indulgence et la sympathie apparentes pour les protagonistes viennent peut-être davantage de ces ‘moins’ et d’une bienveillance a-priori que d’une démarche active en leur faveur. J’ai eu du mal à m’intéresser à ce parcours, étant écœuré par les personnages et pas captivé par leur sort. Mettre le focus sur leur expérience n’était pas le choix le plus judicieux pour en faire un film riche, en revanche il devrait largement trouver écho grâce à ce biais. La mise en scène est efficace pour cela, déplorable pour un spectateur indifférent. Il s’agit plus d’une vidéo ‘sur le vif’, d’un reportage ou film personnel, que d’une quelconque sorte de docu-fiction. Enfin c’est sans humour, sauf celui des personnages quand ils sont méchants ou avinés. (46)

Bob l’éponge le film : Un héros sort de l’eau *** (USA 2015) : Second film Bob l’éponge. On pouvait s’attendre à peu de choses ; il fait honneur à la série et à son prédécesseur, certes sans se donner aucune chance d’être considéré au sérieux, comparé aux pontes de l’animation de l’époque ou même de la comédie. Par rapport au Squarepants de 2004, cet opus est plus simple et bourrin, suit des idées faciles. Il est plus varié et dément a-priori, mais surtout plus décousu voire bâclé, alors que le premier portait son délire avec une certaine rigueur. La cohérence est donc définitivement abandonnée, en revanche les effets spéciaux sont améliorés, les pesanteurs conventionnelles sont moindres (et les mochetés flagrantes aussi – comme la princesse), le rythme est bien mieux géré (on ne laisse pas certains délires ou des étrangetés ‘solo’ grignoter trop de secondes). Tous les éventuels défauts de structure, de tenue, de vraisemblance, au lieu de plomber la séance semblent plutôt des sacrifices nécessaires à son efficacité. De nombreux moments sont vraiment drôles et positivement perchés, comme l’intervention du surveillant interstellaire. Quelques détails mignons (la lecture aux mouettes par le pirate, la métamorphose de Sandy). Les VF sont partiellement décevantes, la nouvelle voix de Carlos sans être lamentable ne peut rivaliser avec la normale (la miraculeuse signature d’Henri Courseaux). C’est donc un film d’action comique, un film d’animation comique efficace ; un film pour gosses peut-être trop fou ; le dessin animé de Dumb & Dumber enfants (avec la voix française de Harry Dumber pour le dauphin à cape). À tester si vous aimez les films ouvertement et joyeusement crétins. (66)

Le syndrome chinois ** (USA 1979) : Film anti-nucléaire (ne le voyez pas comme un ‘film catastrophe’ au sens classique). Au niveau du scénario et des protagonistes surjoue la noirceur, l’émotion et la tension plus (vite) qu’elles ne s’incarnent. Se veut réaliste et conscient des filtres médiatiques, y arrive plutôt bien quoiqu’en restant dans une vue immédiate (celle de la télé et de ses faussetés). Côté Lumet soft ou aspirant, mais plus direct et transparent, donc plus efficace au niveau militant ou propagandiste. Pointe la corruption. Michael Douglas est co-producteur et au 3e rôle. Le début avec le reportage ressemble à une comédie qui ne se donnerait pas encore pour telle. (48)

Midi gare centrale / Union Station ** (USA 1950) : Policier de l’époque du film noir. Jolis passages dans les souterrains malgré un budget apparent léger. Un mec se fait écraser par un troupeau de vaches agitées – leur course est même diffusée en accéléré. Pas grand chose à signaler sinon. (48)

Appel inconnu *** (Espagne 2016) : Avec Luis Tosar, l’antihéros de Malveillance, gueule de l’emploi pour les thrillers ou films d’horreur venus d’Espagne. Plus grande force émotionnelle que Phone Game. Efficace mais un peu trivial finalement. DTV en France et en Allemagne. Vu sur M6. (64)

Seule contre la mafia *** (Italie 1970) : Une jeune fille/adolescente face à la mafia provinciale sicilienne. Serait basé sur l’histoire de Franca Viola survenue la décennie précédente. Axé sur les relations – une histoire de sentiments, besoins et passions, de pouvoirs personnels et d’ego avant d’être un film politique (loin de Ken Loach généralement dans ce filtre social exclusif). Dans les représentations, l’incarnation d’un ordre social vaut mieux que les démonstrations à son sujet (si informatives ou fermement engagées soient-elles).

Cru, sensible et positivement lourd, sans avoir besoin de tout dire ou de montrer à rallonge (laisse deviner les détours qu’utilisent les personnes, laisse voir la façon pathétique et parfois comique dont ils fuient la vérité trop brûlante, compromettante ou humiliante). La lâcheté du père dépasse le raisonnable – mettre en avant son impuissance et sa pauvreté apparaît finalement comme une justification pour sa mesquinerie ; ensuite il se tourne vite contre son enfant.

Le réalisateur, Damiano Damiani, est connu pour El Chuncho et Amityville 2 ; ce film-ci est quasi inconnu/oublié hors d’Italie, je l’ai vu grâce à France3. Musique d’Ennio Morricone. (76)

Pour 100 briques t’as plus rien ** (France 1982) : Vu une fois enfant, j’en avais de vagues souvenirs endormis. Mise en scène tranquille de Molinaro. De la nudité (mixte) au début. Un soupçon d’angoisse plane sur la prise d’otage et empêche la décontraction exagérée de tout planter (celle d’Anémone est bigger than life même avec son anecdote). Cette angoisse est celle de perdre, ou de rater une vie meilleure pour retourner sur la pente de la lose ou de l’ennui. Bonne comédie, personnages aimables (sauf le petit bourge, insignifiant, parmi les six otages). Analogue aux fantasmes de victoire au Loto. La première moitié, cynique, est un peu meilleure que la seconde, avec sa corruption joyeuse. Le duo Jugnot/Auteuil fonctionne bien, mais pris seuls ils sont encore meilleurs. (56)

James Bond 007 contre Dr.No ** (UK 1962) : Le premier James Bond. Je l’ai davantage aimé qu’Au Service de sa Majesté et Bons Baisers de Russie, de la même décennie. La maestria de James Bond et dans une moindre mesure sa puissance d’attraction m’ont parues grotesques. C’est probablement pourquoi il y a dans cet opus assez d’humour (mais léger lui aussi) pour se passer d’une parodie. Efficace sans être trépidant, élégant sans être toujours dégoulinant de fric (le bureau du supérieur de l’agent 007 est plus proche d’un tournage de Mocky que d’un blockbuster). Quand même bien mou sur la fin. (54)

Margin Call *** (USA 2011) : Fait directement référence à la crise de 2008 et son départ depuis Goldman Sachs, sans rien citer, sauf l’année. Pédagogique, ne vaut pas un documentaire rigoureux et passant en revue l’ensemble du processus (sans parler des causes précises), car il est axé prioritairement sur l’éthique. Quelques répliques un peu abusives et des « ça va être moches » trop nombreux. Casting impeccable, réalisation parfaitement propre et directe, sans effets hors-sujets ni grandes manières (sans épique comme dans Wall Street de Stone). Les demeurés devraient cesser de reprocher à ce film de ne pas être un thriller – mais ils risqueraient de désenfler leur connerie, alors qu’ils persévèrent ! En revanche, des gens décents pourront décemment s’ennuyer devant Margin Call – qui offre peu de ‘valeur ajoutée’ à son sujet. (68)

Nous trois ou rien ** (France 2013) : Mixe la comédie, le sentimental avec l’idéalisme et le politique. Nettement plus français qu’iranien en esprit, style, dès la première partie située en Iran. L’humour au départ est assez proche de celui d’Astier, qui joue le roi d’Iran éjecté à la révolution islamiste de 1979. La leçon de vivre-ensemble est sans excès de niaiserie, sauf avec les petites envolées d’instit bienveillante et laïcarde de Fereshteh (la femme du couple résistant) – sa diapo sur les MST. Dans la deuxième moitié, le couple a une fonction sociale positive dans une société multiculturelle et multiraciale à l’intérieur de la France – ils s’efforcent d’en faire une sorte d’enclave prospère et réconciliée, au lieu d’un ghetto moisi. Pas de culpabilisation du pays ou des locaux (sauf une scène un peu planquée avec la police) – ils ne sont simplement pas dans l’équation (sauf quelques-uns, peut-être venu de l’extérieur -la France française- comme la fille de l’association, ou le directeur). Montre la difficulté à faire mûrir la population de ces quartiers, à éduquer les jeunes, les rendre conscients des opportunités et des responsabilités qui sont devant eux. Un peu trop dans la farce molle quand il s’agit de défendre et creuser le sujet, représenter l’ouverture du dialogue entre communautés (africaines et arabes). Les quelques jeunes dissidents scolaires sont gentils et médiocres (l’humour véhiculé via eux est minable, genre Debbouze en gardant la débilité et laissant de côté la chaleur fausse et répugnante), en mode Les Kaira plus politiquement correct. Mise en scène un peu trop euphorique et empathique pour pas grand chose, en renonçant à creuser ne serait-ce que les personnes. (52)

Mia Madre ** (Italie 2015) : Portraits séduisants a-priori mais vite parcourus – comme la mise en scène, les personnages manquent d’étoffes, leurs aléas symboliques sont communs. Convaincant en mode mineur. Prévisible, agréable, pertinent mais toujours vaguement, sans prendre de risque, sans griller ou exposer une sensibilité. La chambre du fils en 2001 parlait déjà du deuil, m’avait semblé plus mou et prudent (ce qu’on peut pourtant encore reprocher à Mia Madre). (62)

Le crépuscule des aigles ** (UK 1966) : Exclusivement côté allemand pendant la première guerre mondiale. Centré sur une compétition dans l’armée entre un aristocrate et un prolétaire en ascension, avec Ursula Andress en bonus au milieu. Par le réalisateur de La Tour infernale et Mort sur le Nil, John Guillermin. (58)

Coup de foudre à Notting Hill ** (UK 1999) : Un de ces contes de fées en version vraiment ‘actuelle’ puisque le prolétaire remplace la princesse. Un peu long mais plutôt bon. Mollement convaincant sur le versant comédie, sauf concernant le bon bouffon (coloc). Était enregistré dans ma BDD sur SC, manifestement confondu avec une autre de ces comédies romantiques. J’ai vu Dérapages incontrôlés -ado- du même réalisateur, ne l’ai pas enregistré car il ne m’en reste quasiment rien. Roger Mitchell n’a sorti que des films passés sous les radars par la suite. (58)

Dheepan ** (France 2015) : Exagérément attentiste sur les deux tiers, avant de virer au film d’action lourd. La Palme répondait au sujet et pas au résultat – comme souvent. Épilogue positif nébuleux – vraiment bête et compassé finalement. (48)

Thé et sympathie *** (USA 1956) : Un grand garçon sensible sous la coupe de la bienveillante Deborah Kerr. Style prude. Pas tant ‘en avance sur son temps’ (il est raccord avec ceux qui courent) qu’ouvert à la différence, tolérant et curieux. Fonctionne aux suggestions et à l’incertitude pour repousser les frontières (du convenable, de la morale pour les enfants, les familles et la vitrine sociale) sans devenir franchement scandaleux. Signé Minnelli, réalisateur d’Un Américain à Paris. (68)

Goldfinger ** (USA 1964) : Facilement le meilleur des quatre James Bond vus à ce jour (deux antérieurs à celui-ci également avec Connery et Au service de sa Majesté de cinq ans plus vieux). Bien que le début ne soit pas plus engageant et particulièrement ‘standard’ en tous points. Dans l’ensemble les moyens se font davantage sentir. Pas très politiquement correct (‘l’immunisée’ se fait rattraper dans les foins) – par contre, la tenue à l’hôtel manque de virilité. Probablement la moins bonne James Bond girl des quatre, car abuse en mettant le grappin sur cette gérante de barbies aviatrices (sans compter le final en couple et la victoire attribuée au réveil des « instincts maternels »). (62)

Dans la cour ** (France 2014) : Comédie dramatique douce, sentimentale. Dispensable mais agréable. Bons acteurs. Fin ‘dure’. (56)

La valse dans l’ombre *** (UK 1940) : Sur le conflit entre devoir (envers la profession, les nécessités sociales) et élans romanesques, sur ‘la bonne vie’ à mener ou rechercher. Fonctionne et séduit car ne s’en tient pas à l’échelle de la société – au niveau personnel aussi quelque chose de sacré s’est brisé. La tension est constante car la fêlure devrait finir par se voir et tout faire craquer – il suffirait que quelqu’un la reconnaisse – sans quoi ce serait un beau rêve, menacé de niaiserie. Ce film peut choquer car l’enfermement moral accable une partie et laisse l’autre quasi indemne ; pour lui, ce sera le souvenir romantique de sa jeunesse – il nous fera un bon mariage de raison. La limpidité et la platitude du personnage aussi peuvent choquer avec un peu de recul, car rien ne semble trop le remuer ni l’atteindre – sa participation à la guerre se fait manifestement dans le luxe, bien à l’écart. Le prince charmant est vraiment déplorable, mais sur la forme tout est bien lisse – et cette sérénité peut achever de séduire celle qui voyait en lui le moyen d’un accomplissement romantique, d’une ascension vers une vie d’ordre, de sécurité et de beautés. Visuellement le film est impeccable, avec des scènes très expressives et définitivement romanesques, comme celle finale où elle s’étourdit pour se donner du courage. (72)

Borsalino *** (France 1970) : Plus près du niveau américain que de la lose franchouillarde, même si Scorsese reste hors-de-portée. Le tandem fonctionne même si la distance entre les deux hommes est criante. (68)

The Expatriate ** (USA 2012) : Juste avant La chute de Londres et de la Maison-Blanche, Aaron Eckhart interprétait ici un McGyver de la CIA. Un complot et une chasse lancée contre lui va l’aider à se rapprocher de sa fille – et elle, à accepter ce géniteur qu’elle percevait jusqu’alors comme une sorte de Stan Smith (dans des proportions non cartoonesques). La découverte de la vraie nature héroïque de son père évoque La Totale, où une ménagère esseulée mais de bonne volonté se croit mariée à un fonctionnaire alors qu’il s’agit d’un agent secret. Un peu bordélique sur le plan géographique. J’ai apprécié, puis décroché suite à l’introduction de la fille du gouvernement (et aux révélations). Paraît trop long, se rattrape partiellement sur la fin grâce à l’ampleur de ses caricatures (les méchants notamment). (52)

Le grand soir ** (France 2012) : Réunion de Poelvoorde et Dupontel. Meilleur à partir du moment où Jean-Pierre perd son travail (trop basique et démonstratif avant). Montre bien la solitude de ces marginaux désespérés de secouer la société – et paraissant juste comme des égarés en crise ou des schizos mollassons, catégories proches d’eux d’ailleurs. Symptomatique aussi de la niaiserie gauchiste de bonne volonté, dégommant les symboles quotidiens de la société de consommation, comme s’ils étaient là seulement par et pour eux-mêmes (et naturellement sans avoir de projet viable en remplacement). Quelques bons gros moments de drôlerie et d’autres réussis (indépendamment de la validité de l’embryon de discours ou de la grogne derrière). Ce discours tend à abaisser le niveau, en rendant les gags prévisibles et certaines réparties ou issues presque décalées par rapport à la réalité du film (ce qui concerne les parents, leur « on se fait chier tout de même » comme s’ils étaient embourgeoisés et ronflants au plus haut niveau alors que la ‘chiantitude’ de leur vie ne vient pas de là, mais plutôt de leur âge, de leur situation géographique, de leur manque de passion(s) manifeste(s), etc). (52)

The Nice Guys *** (USA 2016) : Du ‘white’ Black Dynamite et de l’humour américain plus ‘divers’. Une bonne comédie policière et probablement ce qu’aurait dû être Deadpool. Vu en VF sur NRJ12, la voix de Russell Crowe est celle du doubleur de Stan Smith dans American Dad, ou bien une voie jumelle avec moins de grotesque dans l’intonation. (64)

Une famille syrienne ** (Belgique 2017) : Montre des gens ordinaires dans une situation de guerre ; ne montre pas les agresseurs, les partis, les enjeux rendant spécifique cet événement ; pourrait être n’importe quel conflit, au point où on peut se demander s’il y en a encore un. Seuls les rideaux, des cailloux, l’éventuelle sorte de thé ou ce genre de choses ancrent le film géographiquement. La notion de ‘film utile’ ou ‘nécessaire’ me semble donc usurpée, sauf à un niveau très générique où il s’agit d’exposer les dures conditions de vie non dans les tranchées ou autres théâtres spectaculaires, mais dans un immeuble cerclé par les mitrailleurs et sous les bombes. Partant de là nous avons un film ‘juste’ – ‘nécessaire’ serait beaucoup dire. La survie n’aide pas les personnages à s’éveiller sous nos yeux – c’est sans doute leur façon d’être exportable ou d’accéder à l’universel. (52)

Possessions *** (France 2012) : Habile à montrer le ressentiment des modestes ‘enfermés’ à proximité du luxe. Même s’il n’en est pas directement question, c’est une représentation des aliénés volontaires au crédit à la consommation. Par les prolos criards d’une part, par des déjà gavés d’une autre. Interprétations un peu douteuses, surtout au départ et concernant le couple de nantis. Un peu lourd à l’occasion, avec les publicités (comme dans La cérémonie de Chabrol) et pour souligner des états relationnels (Julie Depardieu lasse de son mari).

Représente correctement la part de la bêtise et de l’ignorance qui trouvent toujours à se renforcer dans le cheminement de gens comme les Caron – avec cette fierté déplacée ; ces querelles dans le couple, surtout de la part de madame incapable d’admettre que lui ne peut pas tout ; et lui, croyant à la force brute et à l’autorité, auxquelles il ne peut recourir, donc généralement s’écrase ou lâche l’affaire. Autant d’erreurs et de niaiseries qui auraient une autre coloration et surtout des incidences probablement moins graves dans une classe sociale supérieure ou un environnement plus éclairé. Le plus grand malheur c’est qu’hormis la passion du tuning de Bruno, le couple est dépendant des offres et consignes de l’extérieur, n’a pas l’opportunité d’aimer, d’agir ou de penser par et pour lui-même. (72)

Robin des bois **** (USA 1973) : Le dernier classique de la grande époque des studios Disney, sorti sept ans après la mort de Walt. Reprend des éléments de films passés (Marianne ressemble à Blanche-Neige). L’antagoniste principal est ridicule – un lion sans crinière ni légitimité. Les braves insultes se multiplient (« la dodue », « corniaud », « gros plein de soupe »). Même sous Disney, l’univers de Robin des Bois est encore relativement ‘anarchiste’. Dans le style : un voleur pour héros, son hédonisme, le travestissement avec on compagnon Petit Jean pour un braquage. Sur le fond : les hommes de pouvoir sont des crétins, il n’y a aucune sublimation même indirecte. Cependant, le pouvoir en tant que tel n’est in fine pas compromis – la réponse finale est l’appui d’un Ancien Régime à la cool, avec un roi lion puissant et probablement juste, l’Église pour appui et intermédiaire bienveillant avec le peuple (via le frère Tuck). Malgré son efficacité, le film est limité par son dessin vieillot (il est égal ou inférieur aux productions des vingt précédentes années, inférieur de loin à Cendrillon de 1950), les dialogues sont exagérément répétitif concernant ‘les taxes’ et il se termine un peu précipitamment – un épilogue plus consistant, une poursuite, seraient bienvenus. Ses qualités restent plus nombreuses : le contexte de l’Angleterre médiévale, les réussites comiques, les nombreux personnages secondaires charmants (le coq et Gertrude, le croco et le reste de la délégation hippopotamesque pour moi), les passages chantés agréables (même si pas ‘cultes’ comme ceux des Aristochats ou du Livre de la Jungle). (78)

Tron Legacy / Tron : L’héritage ** (USA 2010) : Visuellement très intéressant (même s’il se répète et fait du remplissage). Un méchant/flou a une très belle allure entre Bowie et le Joker (il plaira aussi aux fans de Marilyn Manson et Lady Gaga) ; dommage qu’il parle. Points déjà plus mitigés : les interprètes sont bien aimables et leur sort nous préoccupe sans troubler notre sérénité. Le film sait éviter l’ennui – ou le repousser si on est que peu concerné. Pour le reste, les compteurs sont à sec. Malgré ses lourdeurs et ses manières, c’est bien un film pour gosses – et encore, il prend les gosses pour des cons. Exemple pris dès le départ : Flynn ne cache pas son jeu au CA afin que le public pige bien qu’il est un brave à la cour des capitalistes. Le scénario est déplorable, assez pour pousser Quorra à un sacrifice débile – il faut bien créer des opportunités, grassement de préférence, peut-être par manque de temps ou de décision. Les surprises n’en sont jamais. Enfin concernant le héros : mettez ce genre d’acteurs dans la pub ou le clip. Heureusement lui et sa décontraction stupide sont noyés par les événements dès les retrouvailles avec le père – sauf que c’est là que le film se met à traîner. (54)

La Peau / La Pelle **** (Italie 1981) : Un point de vue cynique sur la libération à la fin de la seconde guerre mondiale, avec quelques excès et autres joyeusetés graphiques (la sirène à dîner, l’accident final). Dirigé par la réalisatrice de Portier de nuit qui s’avère bien plus virile et frondeuse que ses camarades. Bourrin, pas obscur dans ses propos – mais plein de détails. L’aviatrice américaine ressemble à Pfeiffer, surtout en circonstances mondaines. Le chef américain m’a fait penser à Ronald Reagan et il a été presque aussi cool (il n’a pas l’occasion de s’étaler) ! C’est à la fois ample, ambitieux et foncièrement artisanal, sans prétentions déplacées dans l’emballage comme dans le propos – une succession de longues séquences, presque un film à sketches, reliés élégamment. Le cinéma italien est définitivement meilleur pour traiter de la réalité crue que les cinémas français ou anglais. (78)

Safe Neighborhood / Better Watch Out ** (USA 2017) : Fonctionne sur ses idées et son programme plutôt que pour le suspense. Les personnages sont très réussis. Bonne représentation d’une ivresse d’ado mâle de type péteux nietzchéen. Une petite saloperie quasi pubère commence à comprendre la vie et à peine à y entrer – et croit pouvoir tout maîtriser. Le gamin a réfléchi à tout sauf à la crédibilité de ses actions – et pas prévu que les gens n’agissent pas seulement en fonction de ses plans. Mais il arrive à arranger les choses ; il a du talent, indéniablement. Néanmoins si lui et le film peuvent créer des scènes vraisemblables à la découverte, il paraît difficile de tromper au-delà ; cette légèreté m’a un peu gâchée la fin de séance. Le premier tiers pourrait également saouler à l’usure, jusqu’à la sortie du placard – prévisible comme l’ensemble des rebondissements. Le plaisir n’est pas gâché pour autant, l’humour est récurrent (merci aux parents) et le petit manège à la Funny Games junior est opérationnel. (62)

Tower of Evil / La Tour du diable ** (UK 1972) : Scooby-Doo légère empreinte hippie, forte ambiance et de belles idées visuelles, trop diffus, des petits côtés italiens – fulciens. Un peu slasher avant l’heure – au départ avec les jeunes. (62)

Le bossu de la morgue / El Jorobado de la morgue ** (Espagne 1973) : Beaux décors bucoliques et souterrains, petite histoire attractive (avec ses ingrédients romantique et son savant fou). Moultes chiures dans les raccords. La façon dont la doctoresse (mi-Schiappa mi-Dalida) cède est presqu’aussi grotesque que le simple fait qu’elle cède. La créature n’est pas à la hauteur de ses grognements. (58)

La bataille d’Alger *** (Italie 1966) : Quasi documentaire, moins lors des scènes strictement en langue arabe. Jeux très rigides, cette répression des acteurs a de bons effets dans le contexte. Mise en scène froide mais tonique, spécialement avant l’arrivée du colonel Mathieu. Point de vue équilibré mais forcément plus soucieux des brimades et du tragique du camp algérien. Le FLN et Ali La Pointe ne sont pas simplement ‘résistants’ : ils ont aussi une fibre théocratique, sont enclin à chasser le proxénète et les autres corruptions morales ou comportementales (malheureusement le film s’étend peu là-dessus). Ce qui n’a manifestement pas effrayé toute la gauche de l’époque, encore sous emprise des grands espoirs communistes. (72)

Where to invade next * (USA 2016) : Michael Moore à l’assaut de l’Europe ! L’armée américaine échoue systématiquement et envahit des pays innocents ; lui va envahir des pays prospères et chercher leurs grandes idées. Le paradis existe ailleurs, allons donc prendre ses recettes – à notre tour, nous en ferons la normalité. Les manipulations et omissions sont flagrantes – en Finlande par exemple, les écoliers n’ont pas de devoirs – c’est formidable, tenons-nous en-là. En France, une cantine quatre étoiles existe dans un coin de Normandie – c’est donc la généralité. Moore ne fait que nourrir ses fantasmes de socialiste hédoniste et trahit même une propension à l’autoritarisme, à la répression, via la tendresse pour la propagande de masse, l’unité à tout prix (dans l’éducation pour commencer) et le rappel aux ‘heures sombres’ de ‘notre’ Histoire. En bon communiste accompli mais aussi d’aujourd’hui, il semble raccord avec la chasse aux instincts de conservation individualistes et ethnocentriques – mais adule le culte du bien-être et souhaite une société de licences. Les panneaux en Allemagne renvoyant quotidiennement aux crimes nationaux passés sont une excellente idée selon lui, qu’il souhaite voir appliquée aux USA, pour rappeler les hauts faits de l’esclavage. La culpabilisation des écoliers serait souhaitable aussi – il ne faudrait pas que sous prétexte d’être nés plusieurs décennies après des mauvaises actions, les jeunes se sentent innocents. Comme chez les féministes pratiquant l’essentialisme à deux vitesses, l’Histoire et l’héritage ne sont là que pour (s’)accabler. (18)

La proie nue *** (USA 1966) : Un safari qui tourne mal, dans un contexte un peu flou – quelque part en Afrique, vraisemblablement près des colonies anglaises ; au XIXe siècle compte tenu de l’inspiration présumée (aventures de John Colter). De beaux moments silencieux en rafale. Quelques ajouts plus ‘documentaire animalier’ avec un grain pas ou moins mis à jour (ressortie récente en HD). Dommage qu’il n’y ait pas d’épilogue, ou simplement une fin complète. (74)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

VERY BAD THINGS **

30 Juin

very bad things 2

2sur5 Quinze minutes scabreuses de mauvaise augure en intro, une comédie remuante et très noire ensuite. En effet l’intro relève du beauf tapageur, bien connecté (mais avec un côté plus précieux) au misérable Very Bad Trip (2009), remake familial inavoué de ce Very bad things. Ça promet du laid et déblatère piteusement, avec le catalogue de base pour ploucs chauffés à bloc ; rien de révolutionnaire en matière de drogues, c’est en revanche assez cash niveau nudité. Pour l’enterrement de vie de garçon de Kyle, la bande a de la chance, puisque la prostituée est Kobe Tai, actrice porno dans son seul happening hors des film X ; la débauche commence à avoir de l’allure avec sa performance.

Et la débauche s’arrête là ! À partir de sa mort accidentelle, c’est l’escalade sans fin. Il faut donc virer au cauchemar pour que la séance cogne enfin et sérieusement. Une puissance et une malice insoupçonnables se déploient alors. On brise kékéland (en cravates) mais aussi la morale élémentaire ; et pas comme des petits Tarantino. Le groupe est plus ou moins sous l’emprise de Robert (Christian Slater), dont la fibre de gourou exalté peut alors s’épanouir. Très calme et en contrôle face aux événements dramatiques qui bouleversent ses camarades, Robert les invite à agir en ‘psychopathes’ cohérents pour sauver leur peau.

Même s’il ne prend pas l’ascendant dans le cadre du métrage (on reste à une situation ‘chorale’), Robert est l’objet de quelques petites fulgurances ; dans ce club des bourreaux malgré eux, le premier à mourir est également un très bon personnage en raison des proportions que prennent son angoisse et la conscience de sa culpabilité. Après le grand moment de bascule, VBT est assez aléatoire et revient rarement au même niveau d’intensité, mais il a su fournir une âme à ses personnages ; le drame agit en stimulant, en contraste avec la banalité clinquante et fatiguante de ces cinq types vulgaires de l’ouverture, dépourvus de tout côté crétin ou pittoresque qui les rendrait attachants (contrairement aux galeries de doux cinglés des Farelly, par exemple). Le scénario est un peu léger et le cafouillage jamais loin, mais recèle des choses bien écrites, presque fines.

À terme c’est une comédie quasi insolite, un alliage bizarre avec des fulgurances mesquines et trash. Le clap de fin se fait sur une séquence digne du drame social le plus pathétique : et c’est hilarant ! Cependant il y a toujours le sentiment d’une espèce de manque ; d’une illégitimité. Tout ce spectacle est ingénieux mais semble se mouvoir entre des zones d’interdits, incapable de s’ancrer dans une tonalité irrévocable. La filmographie de son réalisateur y fait écho : en effet Very Bad Things est le premier film d’un directeur efficace mais auquel il est difficile de prêter une emprunte reconnaissable. Ainsi Peter Berg présentera par la suite Hancock et Battleship, navets industriels ‘de qualité’ mais aussi l’ambitieux et plus subtil Du sang et des larmes.

Note globale 53

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Suggestions…  Mary à tout prix 

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Scénario & Ecriture (2)

Casting/Personnages (3)

Dialogues (3)

Son/Musique-BO (3)

Esthétique/Mise en scène (2)

Visuel/Photo-technique (2)

Originalité (3)

Ambition (3)

Audace (4)

Discours/Morale (-)

Intensité/Implication (3)

Pertinence/Cohérence (2)

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SALON KITTY ***

24 Déc

4sur5 Tenu dans le film par une réplique de Marlene Dietrich (Ingrid Thuly) un peu trash et dotée de sa morale personnelle, le Salon Kitty était un bordel de luxe prisé par l’élite nationale et les diplomates étrangers en Allemagne pendant les 30s et le début de la seconde guerre mondiale. Il a été mis sous surveillance au cours du régime nazi par la SD, le service de renseignement des SS. Tinto Brass se base sur cette anecdote de l’Histoire pour ce film outrageux, deux ans avant son Caligula et arrivant après quelques essais oubliés ou introuvables. Sans avoir l’influence des Portiers de la Nuit, Salon Kitty fait partie des pionniers de la nazisploitation, un genre typiquement 70s composé de films bis à caractère sexuel, souvent sadomasochiste et éventuellement gore.

Salon Kitty est un sommet de provocation et de burlesque ; c’est aussi une véritable comédie spirituelle, une espèce de Salo humoristique doté d’un discours très affûté sur l’exercice et la nature du pouvoir. Une abondance d’échanges intenses et assez définitifs y relève de la confrontation de philosophies morales et de consciences politiques (le conformisme et l’arrivisme déguisé ; les masques de la tradition ou de l’idéal), enlacés dans un déferlement fantasmagorique.

En effet sur plus de deux heures, Tinto Brass développe un discours sur le pouvoir très cynique. Indifférent à toute démarche procédurière ou moraliste, il inflige au nazisme (qui n’est pourtant au final qu’un prétexte, un support – le plus corrosif qui soit), plutôt qu’une dénonciation galvaudée, une double humiliation : d’abord il exhibe la médiocrité de ses lieutenants et leur antre pathétique (se ridiculisant eux-mêmes par leurs mœurs absurdes – le french cancan) ; mais aussi, l’instrumentalisation d’une foi, pour le bénéfice, avant tout, de ses chefs et de leurs seconds couteaux. La vision est plus horrible que prévu, plus triviale de surcroît : les collaborateurs aux édifices monstrueux (ici le nazisme) sont de simples parasites ; machiavéliques certes, mais plus besogneux et corrompus que visionnaires dégénérés.

Le grotesque de l’encadrement est raillé en permanence, souvent de façon insidieuse et l’inspiration de Brass semble inépuisable pour creuser le contraste entre la solennité et la grandeur des lieux, puis l’exaltation absurde de ceux qui s’y produisent. Les légionnaires sont dépassés, les officiers névrosés, les arguments dévoyés (comme la comparaison de deux cadavres, l’un avec un africain et l’autre avec une aryenne aux organes rebelles, mais néanmoins aryenne, pour attester de la hiérarchie raciale avec label scientifique à l’appui, le tout devant un parterre mixte de vertueux petits nazillons). Avec cette symphonie grand-guignole, Brass voit plus loin que le nazisme, auquel il donne le visage de l’hypocrisie la plus achevée, dans le contexte d’un accomplissement des instincts primaires exultés sous le vernis d’un ordre moral éclatant. Pour le cartoonesque Helmut Wallenberg, le nazisme lui-même n’est que le tremplin de ses ambitions et l’outil de sa « puissance » (qu’il exprime dans un monologue d’histrion mégalo).

Dynamique, le film évolue de façon imprévisible. Tout en restant linéaire, il plonge d’un contexte à un autre, isolant une particule puis revenant à une autre ou au tourbillon général (un peu comme s’il grossissait des éléments au microscope avant de dé-zoomer puis re-zoomer autre part en raccordant les niveaux). Outre les ahurissants tests de sélection sexuelle et les concours d’excellence par la soumission et la dégradation, Salon Kitty abrite également deux romances impossibles ; un sentier vers le désenchantement pour ses deux héroïnes (l’une perd son rêve fou, l’autre son antre sacrée et son prestige) ; un aperçu de la déliquescence dans la lumière crue des arcanes d’une organisation totalitaire ; puis finalement la matière d’un comédie musicale pornographique, avec un ton unique, comme si Nietzsche assumait l’humour premier degré.

Le spectateur s’attendait légitimement à une simple mise en scène de séquences voyeuristes et se trouve face à un récit beaucoup plus vaste et profond. Salon Kitty est surtout un film intelligent et explicite, au symbolisme vigoureux et transparent, dont le thème fétiche est l’emprise de la perversion sur les hommes et leur volonté d’ériger des institutions, au mépris de tous les espoirs et toutes les nobles vocations. Ce n’est pas un programme  »contestataire » pour autant : juste le film d’un terroriste théâtral, avec une pointe de mysticisme hilare.

Note globale 73

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