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MIDSOMMAR ***

8 Août

4sur5 Le successeur d’Hérédité procède par envoûtement. Il relève brillamment le défi de rendre des horreurs éventuellement acceptables intellectuellement [les penseurs et transgresseurs tout émoustillés de malmener un Christian les admireront certainement], à défaut de permettre une isolation/abstraction ; tout en ménageant un certain stress quand à la suite des événements et alimentant les attentes plus primaires, plus ‘foraines’. Le suspense est pourtant passablement éventé d’entrée de jeu, mais les qualités immersives en sortent indemnes. Il doit bien y avoir un prix à ce tour de force, c’est peut-être pourquoi les personnages sont si crétins ou évanescents, malgré l’écriture d’excellente tenue. Le spectateur risque peu de les estimer et manque d’éléments pour s’y projeter profondément. La monstruosité du film et de la communauté en est atténuée, en même temps que les individualités sont dissoutes – parfaitement raccord avec cette aliénation tempérée par l’inclusion.

Les rejets aussi sont spontanés et épidermiques, car ce n’est pas seulement un film d’horreur ou d’épouvante, mais d’abord une sorte de reportage romancé (et secrètement romantique) sur cette communauté. Le public sent cette invitation dans une normalité qu’on sait (et que le film lui-même reconnaît) anormale. D’où probablement ces explosions de rire excessives dans les salles lors des scènes de copulation (éructations certainement embarrassantes pour les pauvres personnes encore persuadées ou désireuses de trouver chez la masse des Hommes des créatures matures). Dans ces manifestations on retrouve la gêne normale dès qu’on s’oriente sous la ceinture, l’amusement face au grotesque de la scène, puis surtout une occasion vigoureusement saisie de ‘soulagement’. Tout ce monde-là est quand même déplorable ou invraisemblable, cette outrance permet de casser l’hypnose et de minimiser le malaise (la résistance et éventuellement le caractère obtus des rieurs les valorisent donc finalement, en les distinguant des dangereux sujets fascinés ou pire, volontiers complices).

Or à quelques angles morts près le tableau est irréprochable. Dans les premières minutes Dani baigne dans un monde gris, plus ou moins lot de l’écrasante majorité des spectateurs, intellectuels avides y compris. Il lui manque un entourage au sens complet ; c’est pourquoi ces étranges mais pas surprenantes scènes d’hystéries sont le comble du spectacle et non une gâterie pittoresque (ce que sont les exploits gore). Ces primitifs en costumes immaculés n’ont rien à dire aux individualités (sauf dans leur chair angoissée demandeuse de protection, guidance et soutient), mais ils sont capables d’empathie pour les animaux ou païens blessés en grand désarroi. La simulation, à l’usure et en concert, devient un soutien réel et approprié pour la personne ciblée ou la foule impliquée. Les imbéciles journalistes (et beaucoup moins les critiques officiels – eux, comme le reste, se contentent de galvauder les mots et les définitions) nous rabattent les oreilles avec la ‘folk horror’, en louant l’originalité du film mais en le saisissant pour faire part de ce genre venu de loin et prétendument incroyablement prolifique ces temps-ci (il est déjà bien tard pour abandonner tout espoir de consistance de la part de ces gens, mollusques émotionnels et buses mentales, capables d’être raccords qu’avec la publicité, la pensée pré-mâchée et les indications des acteurs ou prospectivistes en chef du milieu). Midsommar s’inscrit effectivement sur ce terrain mais il est aussi sur celui, général, de la religion, dans son optique régressive puisque nous avons à faire à un culte sectaire (et meurtrier). Peut-être ne veut-on pas simplement l’apprécier comme tel car beaucoup de gens instruits d’aujourd’hui sont sensibles aux fumisteries totalitaires et à l’abrutissement par la magie, y retrouvant ce dont ils se privent en arrêtant l’Histoire au présent (voire à l’actualité) et confiant servilement le futur aux experts et aux chimères. Peut-être que les observateurs éclairés sont encore habités par la foi dans le sacrifice et les vertus de l’absolutisme, que les humanistes avancés éprouvent une attirance inconcevable pour ce qui nie ou écrase l’humain.

Bref dans Midsommar les détails sont soignés et significatifs, pour affermir le scénario, les thèmes et l’univers, spécialement pour représenter les stigmates banales ou curieuses du fondamentalisme. Le freaks du club s’avère le chaman à la dégénérescence voulue ; il cumule tous les paramètres requis pour n’être « pas obscurci par la connaissance » et avoir un accès aux « à la source ». Ce goût dévoyé de la pureté se retrouve dans une des dernières scènes où les deux volontaires n’ont apparemment pas reçu l’anti-douleur qui leur était promis pour mieux accueillir les flammes (le lieu et ses moments renvoient à Mandy – par ailleurs l’à peine moins frais The Witch a pu venir à l’esprit). On peut apercevoir plusieurs fois un blond extatique et débile en arrière-plan. Voilà une illustration tout juste exotique d’un ‘ravi de la crèche’, toujours exalté pendant les célébrations. C’est lui qui perd tout contrôle lorsqu’un innocent agresse l’arbre de l’ancêtre ; car son bien-être et sa conviction absolue sont brisés. Seule la colère, la violence et d’autres poussées irréfléchies peuvent émaner d’un tel type face à la crise. Car pendant qu’on s’extasie, on est moins enclin à progresser et s’armer – s’armer intellectuellement (ce dont on peut se passer) mais aussi sur les autres plans (et ça l’héroïne doit le sentir compte tenu de sa difficulté de se laisser-aller). Le film s’avère juste également dans ses passages les plus familiers : ces trucs de couples, de jeunes, d’étudiants universitaires, sont absolument banals mais conçus sérieusement. Sur le papier ils pourraient servir de matière à une sitcom mais ils semblent trempés dans le réel, comme ces sentiments lourds et idiots, ces relations navrantes – éventuellement comiques mais jamais grotesques ou exagérées. Le portrait d’une fille dévorée par ses peurs et anxiétés (et sûrement d’autres choses) est le premier atout par lequel le film convainc (à moins de ne supporter l’exposition de femmes ou filles faibles, compliquant vainement les choses, trop pénibles pour que leurs qualités soient encore manifestes). Le premier par lequel il se déshabille aussi : grâce à Dani, incurable en l’état, j’ai grillé la fin et l’essentiel dès le départ.

Car Dani est comme la borderline de La Maison du diable (film d’épouvante mésestimé et tenu pour un trivial ancêtre des débiles trains fantômes gavés de jump scares – l’habituelle cécité et mauvaise foi des cinéphiles), soumise à la panique, dépendante et en quête constante de réassurance. Elle est peut-être un peu plus individualiste (en pratique – c’est-à-dire qu’elle s’y efforce ou y est forcée) mais aucunement plus résiliente. Il lui faut trouver une famille ou une communauté, un cadre stable avec des liens collectifs infrangibles, confortés et animés par des traditions. Avant d’y parvenir la suspicion demeure, l’enfonce dans sa maladie psychologique et son impuissance à régler ses besoins. Sa conscience de soi éprouvante la conduit près de la paranoïa – la scène avec le groupe de ‘moqueuses’ lors de l’arrivée l’illustre de façon directe et brillante. Plus tard ces portions d’images mouvantes relèveront davantage du gadget raffiné et séduisant. Ces ressentis flous sont la meilleure justification de la passivité et de la confusion des invités à Harga. Les plans ‘vomitifs et anti-épileptiques’ (latéraux, circulaires, semi-perpendiculaires, renversés) du début ne sont pas si pertinents ni originaux – heureusement il s’agit d’une version tout-public, loin du niveau d’une expérience avec Noé (Enter the Void, Climax), plutôt voisine des effets d’un Jordan Peele (Get Out, Us).

Le seul point où le film omet la logique (outre la lenteur des produits importés n’ayant d’égal que celle du développement) doit lui être accordé sous peine de tout annuler. Car une communauté, aussi atypique et située dans le monde occidental aujourd’hui, se crée une menace en procédant ainsi (même les Amish, relativement conventionnels et fiables, se compromettraient en démarchant des visiteurs). Son élite ne semble pas assez naïve ou démente pour l’ignorer.. à moins que le groupe apporte effectivement une sensation d’invincibilité, que le culte et la bulle les ait convaincus d’être rendus ‘intouchables’. En revanche il aurait été intéressant d’en savoir sur les relations entre ce monde clôt et le monde extérieur. Il déborde au travers du terme « matcher » (utilisé, en référence aux profils astrologiques, par la patronne pour convaincre le piteux amant de livrer sa semence), de la référence aux enfants regardant Austin Powers et au petit équipement électronique sur la cheville d’une fille. Sauf qu’il doit être bien plus étendu puisque nous en sommes là ; sur ce point The Cage’s Wicker Man (le costume d’ours est probablement une référence appuyée davantage que le fruit de sages recherches sur l’occultisme) était plus solide et généreux, tout en ne précisant quasiment rien.

Note globale 74

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Candyman + L’Heure du loup + Mort à Venise + Persona + Nicky Larson et le parfum de Cupidon

Ennéagramme : Elle 6 (ou 9 désintégrée), son copain 9w8 à défaut d’une meilleure hypothèse, le black 5, le roux 7w6. Le suédois plus difficile à cerner, avec son milieu d’origine obscurcissant encore la donne : 2, 9w1, 6w7 ?

 

Les+

  • exigence de la mise en scène
  • qualités esthétiques
  • de beaux morceaux
  • sait garder l’attention malgré des manques et des surcharges qui devraient y nuire

Les-

  • longueur certainement inutile (le défaut est courant)
  • des invités bien lents et complaisants ; une communauté aux contours flous et aux relations extérieures opaques, qui pourraient bien anéantir toute crédibilité
  • prévisible

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MANDY **

30 Déc

3sur5  Cosmatos fils confirme son identité de réalisateur avec ce film de genre caricatural virant au nanar volontaire explosif. Référencé à outrance (avec ses motards issus d’Hellraiser et Mad Max 2, sa proximité avec Winding Refn), Mandy s’avère plus incarné et vivant que Beyond the Black Rainbow, même si lent. Le scénario est grotesque, les clichés abondants, par exemple au début avec les parlottes sur l’oreiller entre Red et Mandy. Elles participent à répandre un peu de symbolisme utile pour la suite – à l’instar de la corne d’Abraxas et autres breloques.

Grâce à quelques expressions même confuses ou noyées dans la bizarrerie camée ou hippie, le film cultive une certaine force émotionnelle. Suffisamment pour soutenir la pose et digérer des moments de langueur excessifs. Le couple reste parfaitement creux, tandis qu’on trouve un peu plus d’épaisseur (même peut-être ‘psychologique’) du côté de la secte (avec son gourou tyrannique et la vieille assistante énamourée). La direction artistique est brillante même si ses dettes sont abyssales. Le rendu [‘evil psychedelic’] est généreux et généralement accompli, sauf pour les passages sous forme de bande-dessiné (évoquant Métal Hurlant), sans évolution notable à partir du premier plan.

Le son fait partie des meilleurs points. Le compositeur Johann Johannson (qui s’est précédemment illustré dans Sicario) amalgame des genres profonds mais non-extrêmes du metal avec du King Crimson ou du Vangelis revisités. Mais le meilleur vient du pétage de plombs de Nicolas Cage (en amant tragique puis en Michael Myers à Ghost Rider), permettant simultanément une prise de distance et un encouragement du ‘délire’. Après sa forge façon Conan, il part en roue libre – et le film avec dans le road-movie horrifique folklorique. Sa démarche épique de bonhomme déglingué pourrait sérieusement convaincre, ses effusions aberrantes rendent la séance jubilatoire – l’humour et la légèreté, absents de Beyond, permettent à cette séance-là de devenir séduisante.

Note globale 62

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Mother !, Annihilation, Hérédité, Tous les garçons aiment Mandy Lane, Revenge, The Devil’s Rejects

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (5), Dialogues (4), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (6), Ambition (6), Audace (7), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (6), Pertinence/Cohérence (3)

Les +

  • direction artistique
  • Nicolas Cage
  • les excentricités des acteurs, de paysages ou de citations
  • bon équilibre grâce à l’inclusion de l’humour

Les –

  • scénario et caractères assez misérables
  • souvent traînard, d’où une perte d’intensité
  • pas lumineux
  • passages BD timorés

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MINI-CRITIQUES 6

2 Nov

Port du désir ** (France 1955) : Avec Gabin (excellent) et Henri Vidal, à Marseille. Un film autour des milieux marginaux, du ‘small business’ garanti sans vertus bourgeoises. Passages au bordel, sans scènes explicites bien entendu, mais le vocabulaire et le cynisme constant compensent largement. De l’esprit (cru), pas de profondeur ni de direction dans le scénario ; côté pacotille. (52)

Merci pour le chocolat ** (2000) : Un Chabrol moyen, trois ans avant La fleur du mal, plus vicieux et du même niveau (plus saoulant aussi car trop désireux d’afficher et de choquer). Mouglalis joue une sorte de grande gamine futée, à la fois fragile et intrépide (le caractère de sa mère a dû largement forger cette apparence), ce qui donne un effet bizarre.

Son camarade Guillaume campe l’horrible abruti de service, un jeune type se montrant un peu réfractaire voire provocateur au début (lors du mariage), s’avérant incapable de discernement et de présence à tous niveaux ; vite ébranlé, forcément. Que ce personnage-là soit mis sur la touche est donc bien défendu, mais la façon dont la plupart s’évanouissent au fur et à mesure est moins évidente, ressemble davantage au résultat de lacunes de scénario.

L’évidence a éclatée, dès le début, semble-t-il. Dutronc est nonchalant sur le sujet ; les autres font semblant de rien trop savoir, qu’il n’y a là qu’un curieux concours de circonstance, une anecdote amusante au plus. Mais Mouglalis est bien là, en train de forcer l’édifice. Puis les soupçons sont balayés, le malaise se focalise ailleurs ; quoiqu’il arrive, la vérité sera derrière le personnage d’Huppert. Au fond c’était juste une énième variation autour de son aura de profonde névrosée – elle a réussi à se faire passer pour aimable pendant des années – et pendant la première demi-heure. (58) 

The Hole/ Le refuge ** (2001) : Côté satirique au début, concernant les rois du lycée, le milieu scolaire supérieur (et nanti), le conformisme et les groupes figés à l’université. Centré sur une ‘grosse’ invisible amie d’une espèce de INTJ sensible et mort de faim (‘friendzoné’).

Puis le jeu commence. Fondé sur une série de flash-back par rapport à un présent où les deux pré-cités sont survivants. Nous allons découvrir la vérité en même temps que la psychologue et les enquêteurs ; et surtout, pas simplement un nouveau points de vue, mais redécouvrir la réalité : on nous a menti sur les personnages, leurs relations, etc.

Film ‘ado’ accrocheur, plein d’effets de mise en scène superflus et tapageurs. Ne vaut pas The Faculty mais se montre plus téméraire. Avec deux acteurs qui seront très populaires dix ans plus tard : Desmond Harrington (grâce à la série Dexter) et surtout Keira Knightley. (62) 

Mauvaise graine ** (1934) : Premier film en tant que réalisateur de Billy Wilder (alors crédité pour une dizaine de scénarios), qui partage la casquette de réalisateur avec Alexandre Esway. Il quitte la France peu après et rejoint Hollywood où il entamera sa véritable carrière huit ans plus tard, en léguant la crème des comédies loufoques ou de mœurs de l’époque.

Apparition de Danielle Darrieux, au début de son ascension. Plusieurs têtes d’affiche sont assez médiocre, une autre partie du casting ne fait que passer pour cabotiner. Rythme efficace, style léger, scénario rempli et instable. Pas tourné dans des conditions théâtrales, d’où un relatif intérêt ‘documentaire’ concernant la vie à Paris en 1934, en tout cas celle des oisifs et des garagistes de luxe – avec une balade dans le sud de la France sur la fin. (48)

The Love Witch *** (2016) : Très inspiré des années 1970 – par la musique, l’esthétique (psychédélique ; les couleurs flashy ; etc), aussi dans son coté transgressif sombre et candide à la fois. Explore l’occulte et en cite de nombreux fétiches ou références – évoque la Wicca, l’arc-en-ciel (élément récurrent chez les anglo-saxons ; ‘somewhere over the rainbow’).

Les explications sur la sorcellerie, sur l’idéologie des ‘déesses primitives’, soutiennent une espèce de féminisme mystique. Les nymphos conquérantes ne sont pas des prédatrices absolues, vident voire tuent sans intention malveillante (sans grands états d’âmes pour l’autre non plus) ; c’est que les femmes qui doivent se faire aimer ainsi ! (même pas prendre le pouvoir, ce qui se produit pourtant).

Paradoxal (fumeux ?) mais beaucoup à raconter. Original mais se répète, n’évolue pas beaucoup – pour le scénario, les démonstrations (cultes, décollages ‘glamours’), les idées (rapports hommes-femmes, attentes et fantasmes respectifs). (68)

Manchester by the Sea ** (2016) : Assez typique du film soigné, très grave, sur des drames et vies de beaufs à la con. L’approche est pachydermique, l’instrumentalisation presque parodique (par exemple avec l’inconnu moralisateur dans la rue – ce qui rend la séance sympathique par le mauvais bout).

Les dehors sont raffinés, les méthodes conventionnelles, le fond vulgaire. Adagio (in G Minor) d’Albinoni est servi sur toute la nuit de l’incendie – et maintenu sur plusieurs scènes, y compris lorsqu’Affleck raconte cette nuit, avec sa façon crue.

La bêtise du personnage domine les autres aspects – sa dépression, son agressivité. Ce type continue à vivre alors qu’il en a perdu l’envie et peut-être ne s’en sent plus la légitimité. Nous observons une désintégration. Il y avait donc un terrain, mais les auteurs ont décidé de limiter leur perception à l’extérieur et aux interactions les plus turbulentes. L’ensemble des personnages féminins est bien débile aussi – une manifestation de la subjectivité de ce Lee ?

Sa résistance passive-agressive est le seul trait retenu – il faut dire qu’avant le drame révélé au bout des flash-back (et coupant le film en deux), c’était un sacré tocard. Par conséquent, peu importe les malheurs de ce type, lui et le film deviennent rapidement gonflants. Mis sous pression (en milieu de séance), il sera encore plus odieux ; un véritable abruti. (52) 

Fascination/Possessed *** (1931) : Joan Crawford en femme forte née chez les prolétaires, gravissant les échelons grâce à sa beauté et sa détermination – surtout grâce à la beauté, tant qu’il s’agit d’exister pour ses cibles ; ses ruses transparentes ne causent alors aucun dommage. L’essentiel du film se passe quelques années après son intégration éclair (lors de son arrivée à New York).

Belle fin. Dommage que l’écriture ne vise pas plus large ni profond.

Dans une courte scène, le potentiel ‘bienfaiteur’ de Crawford fait l’inspection de sa recrue, commente ce que dégagent les grands axes de son visage (bouche affectueuse, donc à cacher, etc). Dommage que le film ne multiplie pas ce genre d’exemples cyniques, concrets et ‘ludiques’ ; il fait plutôt partie de ces productions théâtrales très bavardes, pleines de joutes et de confrontations avec muselière.

Par Clarence Brown, réalisateur de Flesh and devil. Avec Clark Gable sans moustache. (74)

Non coupable *** (France 1947) : La revanche d’une crapule. Met du temps à décoller, peut-être surchargé, mais le personnage de Michel Simon, ses motivations et les dialogues sont très réussis. Troisième réussite d’Henri Decoin à me passer sous les yeux. Bon aussi en tant que film sur l’alcoolisme, la solitude, le dégoût et la médiocrité d’un individu. (72)

Contre-enquête *** (France 2007) : Bon thriller mais à proscrire aux amis de la subtilité. Les dégaines des trois pervers (dont un au passage éclair) sont bien marquées – c’est l’occasion de vérifier le talent de Jean-François Garreaud, étrangement crédible dans le costume d’un type bousillé depuis sa tendre enfance et légèrement retardé à l’arrivée. Dujardin finit par évoquer OSS 117 dans ses moments les plus raides.

Quelques répliques bien pittoresques, comme : « J’ai fait des conneries dans ma vie mais faudrait pas tout me foutre sur le dos » (le tueur de quatre enfants) et « Tu vas voir ce que ça fait de se la prendre dans le cul quand t’es pas d’accord » (à Laurent Lucas). (64)

Pension Mimosas *** (France 1935) : Sur la relation entre une mère de substitution et son fils, lors de retrouvailles après que celui-ci soit devenu un gigolo parisien. Petite apparition d’Arletty. Dialogues de qualité, style ‘droit au but’ et énergique. (74)

Les manèges humains ** (Canada 2013) : Une fille accrochée à sa caméra, initialement pour tourner un film professionnel, accumule les entrevues centrées sur la sexualité. Au milieu du film son excision est révélée. Hormis pour le voyeurisme, ce film ne sert et dit pas grand chose – mais évoque le fantasme de la vierge offerte. La confession donne le seul moment à retenir. Les réactions (des deux hommes impliqués) sont étirées sans gagner en valeur ou en profondeur. Sur le même sujet, voir Fleur du désert. (48)

Le domino vert ** (France 1935) : Tourné par Henri Decoin aux débuts de sa carrière et de sa collaboration (et relation) avec Danielle Darrieux. Produit avec une version allemande en simultané par Herbert Selpin. Très bavard, avance lentement ou pour pas grand chose et s’enlise dans la seconde moitié, mais au moins ‘parle’ franchement. (46)

Froid comme la mort ** (1986) : Film d’Arthur Penn ultra-kitsch, Dead of Winter pourra plaire aux adeptes de Brian De Palma et d’Hitchcock à ses heures les plus désinhibées. Réserve de beaux moments d’appels au secours désespérés et de paranoïa justifiée, mais aussi de face-à-face grotesques et d’horreur sans hémoglobine. Se prend facilement avec humour (l’encourage vu l’abondance de détails lourdingues), mais trop luxueux et raffiné pour un ‘nanar’ même de qualité. Final plus clairement dans la farce (et en allant au bout du grand-guignol), sans perdre en charme et en intensité. Dans un registre proche, voir aussi Dead Again et Témoin muet. (6)

Le diable dans la peau *** (France 2013) : Interpelle grâce à l’acteur principal (enfant/ado), un style très sombre et une certaine originalité. Trop jaloux de ses secrets pour se développer à bon escient. Peut plaire quand on a aimé les trois opus actuels de Laugier. Tourné en Corrèze, tout se passe à la campagne (sauf scènes dans le train). (64) 

Mud sur les rives du Mississippi *** (2013) : Meilleure expérience personnelle avec un film de Jeff Nichols, après avoir été très dubitatif face à Take Shelter puis Shotgun Stories (pas vu Midnight Special ni Loving sortis récemment). Vaut pour la forme, le fond est trivial et presque désuet, mais le rythme est efficace et la sensibilité vive. Peut devenir saoulant à force avec ses histoires d’amour déçues et les leçons de vie sur le sujet ; a trop peu à dire et ses personnages ne le prononcent pas assez bien. Casting excellent, enfilant des costumes sans complexité. (64)

Aux frontières des Indes *** (1959) : ‘Ordure cosmopolite’ rapidement spotted ! Elle a le statut d’antagoniste de braves sujets de la couronne britannique. Le méchant de service est un malpropre (et une fouine comme sa profession l’indique), mais il a tout de même droit à la parole. L’establishment britannique est clairement désigné lorsqu’on entonne l’air d’Eton Boat Song (que je connaissais grâce à sa parodie horrifique dans Society).

Les décors sont magnifiques, la narration et les répartitions efficaces ; le plus important (et éventuellement gênant, quoique cela semble peu relevé et pas au point de le pénaliser) c’est que nous avons à faire à un film de colon. Le moralisme est ‘cool’ mais jamais flexible au point d’être innocent.

Au-delà de cet aspect précis, le film diffuse en abondance des laïus bien-pensants, des réflexions très générales sur les relations humaines ou entre sexes – avec une certaine délicatesse dans la forme. Il a aussi un réel charme, capable de dissiper les résistances critiques et d’enchanter un public candide.

C’est un des premiers films ‘remarquables’ de Jack Lee Thompson, plus tard ‘director’ des Canons de Navarone, des Nerfs à vif première version et de deux suites dans la saga Planète des Singes. (68)

Domino * (France 1943) : De l’esprit, de l’humour, mais aussi de l’erreur de casting, en plus de celles en interne. Se dégonfle progressivement, les interprètes masculins perdant en crédibilité, la mise en scène peu vive ne colmatant rien. Bernard Blier apparaît dans un de ses premiers rôles. Adapté d’une pièce (éponyme) de Marcel Achard (1932). (42)

L’assassin est à l’écoute * (France 1948) : Vingt minutes au début dans la salle de radio, aussi grande qu’un plateau de jeu télé bien peuplé. Enquête le reste du temps. Scénario lourd et superficiel, cabotinage généralisé. Décousu. Certains dialogues complètement cons. Les pics de violence sont encore moins crédibles que les déguisements des deux malfrats vers la fin. Parfois, de jolis décors, ou avec un relatif intérêt ‘documentaire’. Les deux personnages féminins sont plus sympathiques. (34)

Le camion blanc ** (France 1943) : Road-movie sympathique mais pas lumineux. Typique des petites/moyennes productions ‘à gros tirage’ de l’époque, versant récréatif. Une histoire fondée sur quelques embrouilles et un truc insolite (ici, le camionneur sous le signe du destin). Quasiment aucune seconde sans parole. Acteurs connus ou récurrents de l’époque (comme François Périer, sept ans après Hôtel du nord). Mise en scène plate, rigide par défaut. (46) 

Cécile est morte ** (France 1944) : Adaptation réalisée par Maurice Tourneur (tourné entre La Main du Diable et Le Val d’enfer) du roman éponyme publié en 1942. Ponctuellement, voix-off de liseur du roman. Quelques monologues intérieurs du commissaire, dont l’interprète est dépourvu de charisme. Sympathique mais pas typique ni enrichissant pour l’univers Maigret. (56)

Le jour de la haine ** (Italie 1967) : Western mélo, surfant à plusieurs niveaux sur la popularité de Django et des ‘Il était une fois’ encore tout frais. Qualités de mise en scène et superbes décors, interprétations et ‘trucs’ proches du cartoon posé, dialogues cons. (56)

L’imposteur ** (USA 1944) : Signé Duvivier, film pompeux à forte fibre patriotique tourné aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale. Cite De Gaulle. Faible intérêt en-dehors de cette fonction et faible scénario ; pas beaucoup plus riche que Le Messager sorti onze ans avant où Gabin s’égarait aussi en ‘mission’ loin du sol français. Jolie intention avec cette conversion de l’ancien condamné à mort sans foi ni attachements ; mais que de bavardages et tout est contrit (d’où un Gabin ‘faux’ comme rarement). (46)

Antibirth * (USA 2016) : DTV tapageur avec sujets vulgaires et bons interprètes (les deux principales sont Chloe Sevigny, déjà vue chez Larry Clark et dans American Horror Story – et Natasha Lyonne, découverte pour ma part). ‘Carré’ et débraillé, axé ‘mauvais goût’ psychotique/psychédélique, conventionnel et sérieux dans son genre d’écumeur de poubelles. Potentiel évident. Divertissant et assez rigoureux à sa façon, mais mou en action comme en imagination et finalement débile dans le body horror et l’écriture. S’arrête au pire moment, en soulignant sa somme d’impuissances. Pour ceux qui se sont épris de Dremcatcher. (42) 

Capitaine sans peur ** (USA 1951) : Film de Raoul Wash (L’enfer est à lui, Le voleur de Bagdad) où Gregory Peck interprète le personnage Horatio Hornblower (héros né sous la plume du britannique Cecil Scott Foster), lui-même inspiré de l’amiral Thomas Cochrane. Démarre de façon prometteuse et s’englue rapidement dans les sentiments. La bataille à la fin ‘fait le job’ mais tout ce déroulement est très mécanique. Décevant en tant que film d’aventures, sans intérêt tout court. Délaisse les mystères et prend les personnalités par le bout ‘soap’ de la lorgnette. Reste la mise en scène et les décors, au bénéfice du plaisir fétichiste du cinéphile et du nostalgique/rêveur. (52)

Il était une forêt ** (France 2013) : Troisième film de Luc Jacquet, après La Marche de l’Empereur puis Le renard et l’enfant. Avec le botaniste Francis Hallé. Pédagogique, délicat, presque doté d’odeurs mystiques. Commentaires assez triviaux (hors-informatif) et écriture bien légère. Les ‘pousses’ artificielles sont envahissantes à en devenir laides. (58)

La garçonne *** (1936) : Adaptation homonoyme du roman (à ‘scandale’) de Victor Margueritte (1922). Sort après une version censurée (1923) ; une autre sortira en 1957. Une jeune fille (jouée par Marie Bell), qui a vécu jusqu’ici à la campagne chez sa tante est rappelée à Paris par ses parents et bientôt mariée. Elle rompt avec sa famille et un certain conventionnalisme, mais pas avec les loisirs de la ville ; elle se jette dans d’autres milieux parisiens et se développe socialement, monte son entreprise avec l’aide de l’entremetteuse jouée par Arletty.

Le film ne s’étale pas sur les côtés licencieux, ni trop tristes. Il contient les éléments ‘chocs’ du livre sur un mode très atténuée (ses nouvelles fréquentations, l’opium et la bisexualité). La mise en scène est assez elliptique. Quelquefois, un peu dans la déclamation, l’assertion empruntée (l’ouverture notamment) ; mollasson sur la fin et d’une théâtralité étouffante.

Sorti deux ans après l’instauration du code Hayes aux USA, le film est complaisant avec Monique, soutient son opposition aux mœurs bourgeoises, à l’intéressement des parents. Il devient doux voire confus, plutôt que ‘recadrer’ à partir du désir d’enfant et de la relative normalité acquise par la protagoniste.

Petit rôle d’Edith Piaf. (68)

En équilibre ** (2015) : Film sur le dépassement de calibre téléfilmique et gentillet. En mode ‘oui c’est possible – mais restons prudents, aérons-nous simplement’. Doucereux, futile, s’apprécie et s’oublie vite, sauf pour des instants ‘perçants’ (et complaisants). Les doublures sont visibles, les raccourcis et fautes de cohérence aussi. À voir pour le duo Cécile DeFrance/Bernie, tous les deux bien vieillis mais sur des chemins positifs. Dommage qu’une année de mise au point soit zappée ; c’est là qu’allait se passer le plus intéressant. Le film est tourné en Bretagne – une scène passe par les marais salants. (46)

Princesse Tam Tam * (France 1935) : Notable pour la participation de Joséphine Baker, qui chante à deux reprises. Rencontre de deux cultures : on fait difficilement plus niais. ‘L’époque’ ne doit pas être la seule raison, car elle n’a pas empêché les auteurs de cumuler les sous-entendus lubriques – ou souligner le cynisme en société (avec cette fausse distance critique typique des mondains hystériques).

Avec ou sans cela, c’est le cinéma français de l’époque – celui de la mauvaise pente – dans toute sa médiocrité mais en mettant le paquet (en termes de décors, de casting -avec sa guest- ; avec les éternelles intrigues romanesques guillerettes et mal embranchées ; ici l’exotisme en bonus).

Ni rythme ni fluidité, écriture paresseuse et bordélique, direction d’acteurs catastrophique ; souvent de jolis plans et quelques prises non-triviales (la rafale de coups de téléphone, le spectacle à la fin), mais aucune performance à retenir au détail, hors des parties musicales (au bar avec les Noirs). Les moyens sont là et pour le reste on ‘bourre’.

Dans le dernier plan, un âne dévore la couverture en papier d’un livre nommé ‘Civilisation’ – dans la joie et l’allégresse, loin des ‘snobs’. On est lo’. (28) 

Coherence *** (2014) : Thriller/SF à petit budget. Séance à envisager comme un cauchemar, passant par des moments logiques et suivant un canevas qu’elle détraque un peu à loisir.

Certaines cachotteries ajoutent au mindfuck – vient un moment où il n’est plus certain que tout ça tienne. L’isolation du groupe (et de ses variantes) par rapport au reste de la ville n’est jamais bien précisée ; tout ce qui fait le cadre n’est pas défendu. Autre problème : pourquoi ces gens évitent des initiatives rationnelles et conjointes ? L’audace d’Emily peu avant la disparition de la comète permet de balayer l’essentiel de ces flous. Le final garanti de gros effets et pas des réponses rigoureuses, même si cette sortie se justifie humainement.

Des points communs avec The Invitation (mais le dîner est plus chaleureux et les membres aimables), Timecrimes/Los Cronocrimines et Would you rather. (68) 

L’envers du paradis * (France 1953) : Par le réalisateur de Princesse Tam Tam, juste avant Port du désir avec Gabin. Sentimental complet avec une pointe d’humour ‘piquant’ mielleux (efficace contre le flic, sûrement car son cas n’a rien de romantique). Dans sa phase enquête et prises de têtes, fait des mystères en excès et à rallonge. Insipide et interminable, mais jamais gênant ou agaçant – et même mignon quand le romantisme s’accomplit. Le marin échoué là est Eric von Stroheim en mauvaise condition. (42)

El Dorado ** (1967) : Huit ans après Rio Bravo, Howard Hawks dirige une sorte d’auto-reboot. El Dorado égale voire dépasse son grand frère en abandonnant la mièvrerie des familles. Il commence bien mais manque de nerf et de gravité. Robert Mitchum en alcoolique vaillant est le seul véritable motif d’amusement à partir de la remontée en scelle du shériff. John Wayne est fort badass, sans forcer, mais aussi en train des vieillir. Les américains essaient d’être plus légers voire tremper dans le second degré, ce qui ne va pas aider à dominer la vague italienne dans le western. (58)

Fast and Furious 6 ** (2013) : Quatrième opus d’affilée réalisé par Justin Lin, qui aura plutôt convaincu après la tentative Tokyo Drift et surtout avec le 5e épisode. Le sixième reprend l’action immédiatement après. Souvent drôle dans la première moitié, surtout avec le snob agressif puis servile. Tente un certain romantisme avec la manipulation de l’amnésique (Michelle Rodriguez). Un peu long, mais remplit son contrat. (52)

Tonnerre ** (France 2014) : Film doux avec des gens ‘du réel’ et un peu bohèmes. Par le réalisateur d’Un monde sans femmes avec un acteur fraîchement hype (Vincent Macaigne). Léger jusqu’à une rupture due à un excès de sensibilité du protagoniste. Après sa réaction agressive, un bizarre apaisement. (58)

Viktor and Viktoria *** (Allemagne 1933) : Basé sur un (faux) travestissement pour raisons professionnelles, avec bientôt un objectif romantique additionnel. Approche bon enfant sans devenir niaise. Le Viktor initial est assez exalté pour paraître en état d’ivresse dans ses moments normaux ; ses simagrées en rajoutent et accompagnent naturellement le film dans ses écarts vers la comédie musicale. La séance s’améliore en lui accordant moins d’attention et se concentrant sur l’héroïne (Susanne en ‘Mr Victoria’ – par Renate Muller), embarquée dans un double combat.

Aujourd’hui le film peut être repéré grâce au Victor Victoria produit en fin de carrière de Blake Edwards. Il a été l’objet de plusieurs autres remakes, tous antérieurs (ce dernier aurait-il intimidé les prétendants ?) : une version anglaise dès 1935, une allemande en 1957. Schunzel lui-même tournera une édition alternative française nommée Georges et Georgette. (68)

Premier vainqueur du Top Hebdo qui ne sera pas l’objet d’une critique. Il arrive de très peu devant The Last Girl (67), sortie récente et critiquée.

Effets secondaires ** (USA 2013) : Cet opus de Soderbergh rappelle particulièrement Contagion sur la forme (avec l’aspect oppressant des milieux urbains) et Erin Brokovich pour son postulat ; il évolue vers le thriller plus conventionnel ensuite. La charge directe contre la psychiatrie n’a pas lieu, mais la médicalisation pathologique de la société reste indiquée jusqu’au-bout (pubs pour médicaments ; réflexe ancré, recours pour accompagner le travail, la vie sociale, dans les hautes sphères même avec une compétition modérée ou déplacée). Elle sert également le suspense et montre des méthodes à haut potentiel pour les ‘méchants’ ou n’importe quel type malveillant dans un film de ce genre (quand vient l’heure de l’arrangement où les salauds ou demi-salauds se sont confondus depuis longtemps). (62)

Ned Kelly * (Australie 2003) : Sur le fameux bushranger, objet du possible premier long-métrage (l’australien The story of Kelly Gang produit en 1906). Pompeux et idéalisant, avec bande-son hystérique et casting en or (certains acteurs, comme Heath Ledger, étant alors encore à leurs débuts de haute notoriété ou de starification). Seul les physiques ne sont pas ‘surfaits’ ou lissés : un point positif. Direction d’acteurs (mâles) et décors ‘impeccables’, éclairages sombres et cajoleurs. (38)

Le grand méchant loup * (France 2013) : Triviale histoire de double cocufiage et d’ennuis des messieurs dans le mariage. Névroses superficielles de bourgeois franciliens insipides. Comédie écrit avec le cul réunissant toute la fine fleur des super-beaufs de France, avec les nouvelles types venues de Canal. Les personnages de Kad Merad et Léa Drucker ont un petit potentiel. Pas 100% non-drôle mais d’une longueur ressentie phénoménale. Inspiré d’un conte, Les trois petits cochons, qui ne semble pas peser lourd. Dans le même registre, j’avais été réceptif aux Infidèles. (26)

Le fruit défendu ** (France 1952) : Tiré du roman Lettre à mon juge (1947) de Simenon, deuxième film réalisé par Verneuil avec Fernandel dans le rôle principal. Interprètes de qualité, mais ensemble trop long, remplit poussivement ‘entre les lignes’ du récit. Tourné à Arles et Marseille. Parlera probablement davantage aux hommes ‘d’âge mûr’ plus ou moins concernés. (58)

La rose écorchée ** (France 1970) : Série B sentant l’heure de la ‘libération sexuelle’. Directement inspiré des Yeux sans visage. Mise en scène abrupte, avec des manières caricaturales sensationnalistes, parfois jolies ou relativement sophistiquées (les flous, les cadrages subjectifs), d’autres fois à la limite de la bouffonnerie agressive. Cette brutalité ne compense pas un développement trop lent et le manque d’épaisseur – et ne rehausse pas le niveau des bagarres, les seules vaguement crédibles étant les chahuts ‘sexuels’. Le film a tout de même de bonnes idées et des pics grand-guignols en réserve. Certains acteurs, surtout femmes, donnent un jeu très théâtral en restant agréables. Moins fluide et divertissant que le futur Les prédateurs de la nuit. (52)

Fenêtre sur Pacifique ** (1990) : De Schlesinger, auteur de l’excellent Marathon Man. Thriller à base d’harcèlement ‘passif’ ou maquillé, avec un locataire parasite. N’appuie pas assez sur les ressentis spécifiques et les conflits, pose un regard très ‘neutre’ tout en s’envolant vers les lourdeurs autour de son ‘méchant’. Très marqué et typique du genre à son époque. Pour quelque chose d’un peu plus ‘pénétrant’ il faut voir plutôt JF partagerait appartement de Schroeder sorti deux ans après. (52)

Lamb / Zeleke ** (Éthiopie 2015) : Probablement le premier film que je vois de cette nationalité et un des rares africains dans ma collection. Connu internationalement grâce à sa sélection pour les Oscars étrangers de 2016 (également projeté à Cannes en 2015 dans ‘Un certain regard’).

C’est aussi un premier film avec un garçon de huit ans lancé dans une nouvelle vie, avec des parents de remplacement. Il va longtemps traîner sa brebis, seul objet restant de sa mère. Le film est gentil mais pas très enrichissant, sinon pour le coup-d’œil qu’il permet de jeter sur un ‘ailleurs’ (beaucoup de temps autour de la bouffe). Propret, ne secouera personne, mais fera se balader virtuellement sur les hauts plateaux. (48)

Anthony Zimmer ** (France 2005) : Mise en scène efficace pour le suspense et pour allécher, justifiant la qualification du réal pour l’adaptation de Largo Winch – j’ai pensé à la BD. Mais le scénario rocambolesque s’auto-intoxique. La révélation finale balaie trop d’éléments injustifiables (j’en ai douté car elle m’apparaissait trop débile, impossible à assumer hors d’un état d’esprit nanardophile). À trop vouloir ménager ses super-effets le film bousille toute sa charpente. Il faudrait n’avoir aucune mémoire, être totalement submergé et acceptant, pour être ‘ébloui’ ; d’autant plus qu’à ce niveau de ‘libertés’, il n’y a plus rien de malin dans un twist.

Un remake américain est sorti cinq ans après : The Tourist avec Angelina Jolie et Johnny Depp, qui semble un mauvais client pour la relève de l’anté-glamour Yvan Attal. (48)

Cent mille dollars au soleil ** (France 1964) : Noir et blanc, avalanche de bons mots, pas très dense en terme d’aventures et rebondissements peu remuants. (56)

La barbe à papa *** (USA 1973) : Le film le plus connu de Peter Bogdanovich après La dernière séance. Choisi le noir et blanc. Au Kansas pendant la Grande Dépression. Du Lolita passif-agressif et des Raisins de la colère retournés. Les personnages ne sont pas spécialement aimables, plutôt d’un cynisme ‘blanc’, sans arrières-pensées, devenu seconde nature de ces déshérités.

Remarquable pour son enfant manipulatrice et donc en avance, consciente – performance saluée par un Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour cette fille de 9 ans (Tatum O’Neal). Serait un des films préférés de Fincher. (64)

Sicario (USA 2015) ** : L’intro est excellente, puis Sicario se tasse après le lancement de l’opération mystère. La fille est borderline et tremblante en excès – sa psychologie faible est à l’avant-garde, puisque les caractères sont progressivement évacués, au bénéfice de la cavalcade soap, à la limite du nanar d’exploitation avec grosses idées/gros postulat. Joue le film engagé, dur, pour des intrigues pompeuses et conventionnelles. Si vous en voulez plus sur les trafics, essayez Cartel Land.

Finalement c’est du Villeneuve as usual : ça arrive avec majesté et se déballonne avec la plus grande des délicatesses, en gardant une forme pimpante et anxiogène. Trop de façons pour en venir à nous dire que les flics et les bandits sont les mêmes. Prend des détours, laisse en suspens, pour attendre la toute dernière partie où tout se règle et s’affiche avec grandiloquence. On se croirait devant un petit frère vaniteux de No country for old men.

Induit peut-être en transe ceux qui s’y tiennent, car ne ‘lâche’ jamais sa ligne. (52) 

La French ** (France 2014) : Par un réalisateur marseillais dans son premier film solo. Film de gangsters français avec le face-à-face des deux grosses stars glamour locales (déjà réunies et même soudées dans Les Infidèles).

Tiré d’une histoire vraie (celle du juge Michel et du truand Zampa), elle-même appartenant au trafic international d’héroïne démantelé en 1975 nommé la ‘french connection’ (illustrée par Friedkin dans l’œuvre homonyme de 1971).

Les deux têtes d’affiches, voire Magimel inclus, ne sont pas nécessairement crédibles dans leur rôle, mais l’écriture est suffisamment ‘réaliste’ et viscérale pour mettre de l’équilibre. Particulier dans ses choix d’ellipses ou d’étirements. Quelques incohérences ou flous dans les formes secondaires. (56)

Caught / Pris au piège ** (USA 1949) : Opus suivant Lettre d’une inconnue dans la carrière de Max Ophuls – une adaptation de roman également. Histoire d’un mariage intéressé pesant très lourd à une jeune femme dont on ne sait trop si elle est aliénée, rongée par l’ennui, ou entre les mains d’un monstre modéré. Robert Aldrich (Vera Cruz, Baby Jane) était assistant réalisateur pour ce film.

Sur un thème similaire, plus cynique et compassionnel, mieux vaut voir Fascination. (52)

The Bible – In the beginning ** (USA 1966) : Film forcément d’une ambition extraordinaire, pris en charge par John Huston et financé par les écuries De Laurentiis. Le film représente les 22 premiers chapitres de la Genèse et le réalisateur joue Noé. Images somptueuses.

Moins soucieux que Le Message d’Akkad d’en rajouter sur la morale ou d’écarter le reste (l’Histoire et les histoires) et surtout mieux doté pour le budget et les décors. Plutôt synthétique et équitable (sauf pour Noé et Abraham qui prennent une plus large place), mais perd de sa fluidité en avançant.

Les mauvaises notes générales viennent probablement d’un ‘front’ de frustrés naturels. Les chrétiens qui pourraient ne pas apprécier de voir le grand livre mis en forme, ou trouver inappropriée la sensualité de certaines scènes et de la direction d’acteurs. Des athées et les ‘cartésiens’ pourraient s’agacer de voir des ‘énormités’ ainsi sublimées. (62)

Un tramway nommé désir *** (USA 1951) : Cette fameuse adaptation de Tennesse Williams souffre d’une grave erreur de casting, sinon d’une hypocrisie remarquable. Marlon Brando est censé être ‘bestial’ ou ‘commun’ : sa belle-sœur le lui reproche, les autres acquiescent. On lui refile des tournures se voulant caractéristiques (des prolos) et un boulot ingrat (de prolo) et l’illusion doit opérer ; le spectateur voit sa plastique ‘parfaite’ (et hors-norme par ce qu’elle réunit d’apparemment contradictoire). C’est un ouvrier au physique de boxeur et à la tête d’ange, nullement abîmé. Enfin il est fréquent que les gens du cinéma oublient de souiller leurs interprètes de miséreux ; alors forcément, quand ils en tiennent un spécialement glamour, l’ajustement devient impossible.

Cet élément gêne assez peu le spectacle, l’essentiel étant tenu par Vivien Leigh, avec son personnage exagérément dramatique et aux grandes postures esthétiques. Le film reste dépendant de son modèle ; les scènes sont longues, ‘étroites’ par ce qu’elles disent ou explorent et les restrictions physiques du théâtre se sentent également. Les personnages sont assez statiques et le flux de laius contient une majorité de choses inutiles. Les considérations sont toujours très particulières, sauf recours aux vérités générales ou traditionnelles.

Sur Wikipedia on peut lire « C’est un film mythique qui annonce l’irruption des pulsions sexuelles dans l’univers cinématographique hollywoodien jusque-là très feutré ». Or ce Tramway sort pendant la mode freudienne et arrive 20 ans après la courte époque des ‘films pré-Code’. Ce genre de justifications de la réputation du film semble conditionné par les réalisations à venir d’Elia Kazan. (64) 

Mata-hari, agent h21 ** (France 196) : Artificiel et éparpillé. Les acteurs ne sont pas fautifs, mais ne font que se croiser. Tournicote entre l’espionnage et la fantaisie historique pour s’étaler dans le tragico-romantique professionnel. (50)

La maison Russie ** (USA 1990) : Sorti peu après À la poursuite d’Octobre rouge. Film d’espionnage de toute fin de Guerre froide. À voir principalement pour le couple formé par Connery et Pfeiffer. (56)

Limitless ** (2011) : Très bon comme divertissement voire comme comédie noire, à condition d’accepter une certaine naïveté (dérisoire par rapport au Lucy de Besson). Elle pose quand même quelques problèmes notables : soudain, pour l’amie de Cooper, l’optimisation des capacités se traduit par des perceptions sensorielles de cyborg ; on devine des choses plus vite que le surdoué artificiel ; puis il y a ce foirage final. La séance se suit sans ennui et avec quelques enthousiasmes. (62)

Starbuck ** (Canada 2011) : Pas si mauvais que je le redoutais, mais mielleux et conciliant au lieu de prendre son sujet à bras le corps. Le postulat est insolite, les personnages gentils, l’écriture pas brillante. L’ambiance est douce et pas désagréable, sans être accrocheuse. L’origine québecoise doit être pour beaucoup dans la popularité du film (bien achalandé pour son pays et avec des accents et tournures amusantes pour les étrangers francophones). (46)

De l’autre côté du periph * (France 2012) : Ce film engage Omar Sy un an après Intouchables, pour servir sa volonté de créer (lancer?) une Arme fatale française (cite Le flic de Beverly Hills et Le Professionnel). Le résultat peut attirer la sympathie mais sûrement pas l’admiration. Le film joue à fond et exclusivement sur les oppositions – avec un personnage original pour le cinéma dans ce genre de postures, mais plutôt commun au fond : celui de Laffite. Il incarne un jeune connard droitiste arrogant, cynique et soucieux de son image. De quoi valoriser son côté psychopathe (voir Elle). Pour le reste, c’est trop banal, avec des bouffées racoleuses et une capacité modeste mais certaine à amuser. Le récit sera rattrapé par la démago, après l’avoir employée mollement. (38)

L’Homme qu’on aimait trop ** (France 2014) : Septième collaboration de Téchiné avec Deneuve pour une commande manifeste. Tiré d’un faits divers des années 1970, prend le parti ‘contre’ le tueur présumé, interprété par un Canet assombri, quelques mois avant La prochaine fois je viserai le cœur. Deneuve apparaît vieillie et rabougrie à la fin (Canet aussi, mais là il n’y avait pas d’image à entamer). Les acteurs sont convaincants mais l’ensemble est tiède, à force de louvoyer. (54)

Equalizer ** (2014) : Adaptation d’une série diffusée sur CBS en 1985-99. Sombre et énergique, sans entrer dans la débilité ou la confusion visuelle – la réalisation a été confiée au director de Training Day. Le protagoniste est dans la continuité pour Denzel Washington et relève du vigilante movie. Ses capacités très développées avant d’entrer dans le lard rappellent Limitless – mais dans celui-là rien n’est si méthodique ou méritoire. Malgré ses gadgets ce Robert utilise son corps, s’expose et subit les mêmes limites que beaucoup de monde (transports en commun, marche à pied, boulot sans gloire le jour). Quelques très bonnes scènes (confrontations où la violence est retardé ou déplacée ; ou certaines scènes lourdes de symboles brillant surtout par leur texture). (58)

Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes ** (France 1993) : Entre les clichés balourds plus posés et la tendresse. Sans hystérie mais peu réfléchi aussi. Josiane Balasko montre l’étendue de ses talents. Quelques courts instants ou dialogues pour refléter la valeur du communisme pour les gens. (48)

Flic ou voyou ** (France 1979) : De Lautner avec les dialogues de Audiard. Marquait le retour de Belmondo après deux années sabbatiques ; lancement d’une nouvelle période, où il allait devenir une caricature. Du rocambolesque mais trivial dans tous ses ressorts, dans le cabotinage à tous les niveaux et presque aussi creux que Ne nous fâchons pas. (48)

Devdas ** (Inde 2003) : Largement diffusé en Occident en 2002-03, Devdas fait partie des rares films indiens actuellement connu par nos foules. Il est responsable de la popularisation de Bollywood, industrie de comédies musicales (gratinées) dont cet opus reste un des plus luxueux. Adaptation du célèbre écrivain bengali Chattopadhayay (‘Chatterjee’) et de son équivalent de Romeo & Juliette local. Tient ses promesses. (60)

Danger : Diabolik ! ** (Italie 1968) : Vu sur Arte où il est désigné comme un « nanar » jubilatoire. Tiré d’une série de fumetti (BD italiennes) nommée Diabolik. Certainement mieux équipé et plus habile mais pas plus passionnant que Flash Gordon ou les berezina semi-volontaires dans ce registre. Très créatif quoique typique des fièvres esthétiques sixties. Certaines productions audiovisuelles (clips, Austin Powers) recyclant les logorrhées chromatiques et érotiques de l’époque passent par ce film ‘culte’. Les acteurs et personnages y sont peu importants ou accablants (Piccoli semble égaré ou retenu de force), quoique pas autant que le scénario. Bava avait déjà versé dans le psychédélique avec The Trip. (46)

Doctor Dolittle * (USA 1998) : Vu en VF avec donc un sifflement désagréable pour le hamster. Humour infantile, potache et scato. Eddy Murphy est très bon comme d’habitude. (36)

SEANCES EXPRESS n°38

13 Juin

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TRAFFIC **

3sur5  Film choral réalisé par Steven Soderbergh (Ocean’s Eleven, Ma vie avec Liberace, Kafka) où sont intégrées plusieurs histoires autour du trafic de drogue (de la police mexicaine jusqu’à la Maison Blanche), vouées à ne pas se rencontrer. Ambitieux mais indéterminé, Traffic est un spectacle aussi minutieux et solide que décevant. Avec Erin Brockovich, Soderbergh réalisait un film fort, essentiellement grâce à son héroine. Ici, dans le cas où il y aurait un personnage monumental, il ne prendrait de toute façon que sa petite part et sa fougue elle-même n’irradierait au mieux que son espace réduit.

Il y a beaucoup de style et de précision dans Traffic, où un metteur en scène réfléchi et raffiné est aux commandes. Le vaste travail sur les couleurs en atteste. Mais hormis l’illustration scolaire sur le thème  »la drogue, son trafic, sa consommation, les agents impliqués », Traffic n’en viens nulle part. L’avantage de sa structure est négatif : Traffic évite de appesantir et n’est pas trop plombé par sa grande platitude. Il n’est pas vif, mais se suis sans ennui et laisse s’exprimer de façon volatile la sensibilité de son auteur. C’est peu compte tenu de son ambition manifeste, mais assez faste pour un divertissement quelconque.

Note globale 56

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BLOOD FREAK *

24 Avr

1sur5  Richard/Herschell le motard croise une jeune catholique. Elle l’emmène avec elle et ils passent chez sa sœur, où se trouve son groupe d’amis, des hippies bourgeois. Et la voilà à réciter les prescriptions de son pasteur et les commandements de son catéchisme devant des décadents interrogatifs mais fondamentalement sceptiques, puis fondamentalement dépassés par toutes ces louanges, parfois même moqueurs

Herschell va se rapprocher de cette sœur, la petite sorcière corrompue (affinons les symboles imbéciles de ce film, par charité et pour que ça soit plus digeste), qui va lui trouver un travail. Il sera donc cobaye pour un scientifique et son acolyte légèrement stone. Mal justifiée, l’expérience tourne au drame et transforme Herschell en homme-dindon meurtrier. Incarnation des dérives de la drogue, il est également la main de Dieu et du bon sens venue punir les comportements déviants des hommes.

Ce n’est pas une blague, Blood Freak est un film activiste, une propagande anti-drogues au parti-pris ouvertement religieux. Du T’aime destroy de service public, aussi débile que premier degré. Le point de vue est très clair. Voyons d’abord ce motard : c’est un petit con d’apparence, certes ; mais c’est surtout une brebis égarée et mieux, elle cherche à reprendre le bon chemin !

Qui est l’ordure, ce n’est pas le blouson noir ! Blood Freak est manichéen mais c’est un film avec la foi (estampillée catholique pour les puristes) et son regard sur l’Humanité se veut pénétrant et ose bousculer les positions, entre les bons et les salauds, les êtres de lumière et les forces obscures. Ces derniers sont retournés : voyons ces vils scientifiques. Eux aussi mettent au défi le pauvre petit homme perdu en titillant son orgueil de jeune mâle en besoin d’affirmation ; les transgressistes de tous poils savent comment manipuler les plus fragiles !

Comme dans tous les nanars, il faut traverser de grosses séquences d’ennui. Notamment lorsqu’il est l’heure de céder aux tentations (le sexe en particulier), moments censés constituer de vilaines déviances déguisées en pures extases. C’est le cas aussi pendant l’entre-deux, entre le début de l’expérience et le débarquement du dindon mutant. Entre la 24e et la 42e minute, une heure semble s’être écoulée. Mais ça ne s’améliorera pas. Le dindon s’infiltre : ça glousse à partir de la 20e minute, ça vient du hors-champ, ça devrait nous tomber dessus.

L’entrée en scène du dindon ne vaut rien, à quelque degré que ce soit. Ironiquement, un film a réussi à rendre un tueur pourvu d’un costume très similaire tout à fait impressionnant : Bloody Bird (1987), hybride de slasher et de giallo d’une grande beauté criarde. Blood Freak est juste désespérant : la nullité, sans la grâce qui pue qu’un nanar pétri de conviction est censée cultiver presque malgré lui. Le film aimerait virer au gore sale comme une belle croisade punitive et se donne en pré-Borderland du pauvre.

Il se répand en cris insanes, meurtres confus où les acteurs font du surplace en agitant vaguement leurs membres. Imaginez un mec avec un masque en gomme et papier mâché continuer à s’agiter pendant des minutes entières tout en restant bloqué face à un mur – ou au plancher : voilà, c’est Blood Freak, c’est lamentable et difficile d’en rire.

Il y a certes deux-trois résidus burlesques perdus de çi de là… Mais c’est un ratage et un produit totalement vain, y compris en tant que nanar folklorique. Au départ, Blood Freak sidère par ses dialogues ahurissants, avec la séquence chez les junkies mais aussi son intro où un présentateur s’illustre par ses déblatérations sur le changement constant et le rapport des catholiques à ce changement de nature mystique.

Blood Freak est donc à consommer de préférence avec sa VF de folie. Il alignera encore des dialogues d’une maladresse redoutable (« juste un extra ajouté au bonus »), mais rien n’y fait : 15 minutes de plaisir pour 60 de mort lente. Allez plutôt voir Turkish Star Wars, assez éprouvant mais pas à ce degré, capable de surprendre et de faire sourire. Pour du nanar qui en impose, autant sortir des classiques et allez découvrir De retour pour minuit ; pour du nanar total mais ambitieux, Virus Cannibale, qui n’est pas un si mauvais film, ou Zombie:the Beginning, effectivement une calamité quand à lui.

Note globale 16

 

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