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CAPITAINE ORGAZMO *

22 Oct

orgazmo

2sur5  Trey Parker et Matt Stone sont surtout connus pour la série South Park. Ils ont également conçus plusieurs films, réalisés par Trey Parker, dont le premier fut Cannibal, The Musical ! en 1992. Cinq ans plus tard, au moment où démarre South Park sort en parallèle Capitaine Orgazmo. Si Team America est une gaudriole parfois monumentale, South Park génial, son incursion au cinéma moins tout en restant à haut niveau ; comment peut-on produire un tel écart entre l’animation et le cinéma live ?

Nanar volontaire, Capitaine Orgazmo est une comédie de potaches restant au ras-du-bitume. Le niveau est digne de la suite de Dumb & Dumber, du pire de Alex de la Iglesia (le générique de Action mutante). La beauferie finale de De retour pour minuit n’est pas si loin et même Ali G de Sacha Baron Cohen est plus fin. L’esprit parodique n’excuse pas la médiocrité : indigence de la mise en scène, inspiration faible, gags idiots bloqués au stade collégien, tout est bâclé, plus foireux encore que Z.

Il y a bien sûr quelques séquences marrantes, comme la vieille du DADV, certains dialogues absurdes. Mais Parker et Stone sont paresseux, se contentent des passages classiques des parodies débiles, avec par exemple l’insistance sur les flashbacks et larmes ironiques. Les sous-intrigues caricaturales ou référencées sont là, avec notamment le restaurateur chinois harcelé par le mafia. On en arrive bien sûr aux pets et aux chutes contre des portes.

Du dépit arrive finalement la faculté à se prendre au jeu, surtout que la séance s’améliore par paliers. La performance de Trey Parker en Joe, mormon engagé sur un tournage X et dont le personnage devient une star est valable. Il ressemble à une espèce de Butters adulte au pays des pornos folklos et hauts-en-couleurs avec scénarios ringards et abrutis. Matt Stone est bien gentil en poux photographe, mais lui (et son homosexualité refoulée) rejoignent directement l’univers de Scary Movie 2, en simplement plus cru. L’indulgence est possible, mais c’est à voir avant ses 16 ans de préférence.

Note globale 36

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Suggestions…

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CAM CLASH *

14 Mai

2sur5  Cette émission fascinante est un remarquable témoin de la rectitude morale superficielle de notre époque (cette superficialité casse des réputations et anéanti les débats mais reste un progrès par rapport aux véritables inquisitions, dans la mesure où l’exclusion, les amendes et les interdictions sont la peine légale capitale). Les passants sont pris à partie ou simplement exposés à des injustices, des souffrances, des discriminations (ou même des excentricités) et réagissent ou s’abstiennent dans un contexte de caméra cachée. Cam Clash prétend donc organiser des expériences (d’observation) sociales. C’est avant tout une émission de vérificateurs : les gens sont-ils sensibles aux supposées plus hautes vertus et donc au respect de chacun, c’est-à-dire de leur égalité et de leur liberté à tous les uns par rapport aux autres ? Sous l’indifférence, n’y aurait-il pas des racistes en sommeil, des machistes ou des réactionnaires ?

Cette émission de service public (diffusée sur France 4) utilise aussi des thèmes en-dehors du catalogue de la « cage aux phobes » (haïssez De Villiers mais constatez aussi qu’un programme si surréaliste donne des armes à lui et à d’autres de son bord). Ce sont généralement des extensions ou des sujets à la mode (le manspreading). Le goût de s’indigner pour tout et n’importe quoi tant que c’est acquis ou insipide fait chuter parfois. Ainsi l’opus sur la discrimination des fumeurs est un ratage même du point de vue du gueulard enragé ou de la victime aux aguets. Celui sur le doublage dans les files d’attentes est bien crétin aussi. En fait, lorsqu’il s’agit d’incivilités pures et simples, l’effondrement est facile – les gens s’ennuient ou s’agacent, que peuvent-ils bien faire d’autre ? D’ailleurs l’émission ne récolte rien de mieux. Elle prend alors la tournure d’un sketch en train de s’écraser.

La non-surprise c’est que les gens dans la rue vont massivement dans le sens des commanditaires. Ironiquement, dans les témoignages d’individus face caméra suivant les simulations, chacun vient confirmer simplement, ou pire, marteler son indignation simplette et catégorique. Il y a même des champions pour venir pleurer, se plaindre, rappeler que le combat n’est pas fini, que le progrès ça continue, qu’il ‘y en a encore’ [des gens comme ça !], qu’il ‘y a encore’ de l’homophobie, du racisme, etc. Parfois, ce qui est simultanément mieux et pire (car on passe à la candeur suspecte), certains s’étonnent juste de l’insensibilité des gens (abstraits ou participants). Cam Clash est donc une piqûre de rappel : les gens absorbent l’ingénierie sociale et, outils, parlent comme des outils, pour sauter aux conclusions, relever le compteur et appliquer le diagnostic prescrit – qui doit rester insatisfait éternellement, comme tout idéal, comme toute utopie.

Nombre de ces témoins, à l’égal des organisateurs de l’émission, tendent à oublier la réalité dès qu’il est question des races ou des sexes (moins quand le problème tient strictement à des comportements, où l’identité de la personne perd de son importance). En regardant Cam Clash on pourrait croire que tout ce qui les structurent intellectuellement, tout ce qu’ils ont de sens moral est social, dépendant et ‘gentil’. La moralité d’ado complaisant a gagné. Nous sommes au niveau des gens postant des commentaires sur youtube ou les sites d’info (ou de réinfo new age/apocalyptique) en accusant tout le monde d’être des égoïstes, des arriérés ou atrophiés (avec des qualificatifs variables selon le niveau et les cibles propres au lieu), des abrutis. Le ‘non-jugement’ s’élève comme principe fondamental, hypocrite et éventuellement inquisiteur, de l’homme de la rue aujourd’hui. Il ne doit pas estimer, hiérarchiser les choses. Les reacs anti-selfies, eux, ‘jugent’. Chose amusante, les populations normalement préservées, en tout cas dans les sujets relatifs au racisme ou aux discriminations, peuvent s’avérer les seuls fautifs ! Même les arabes vont devoir passer au rouleau-compresseur du ‘politiquement correct’ et on voit qu’ils sont récalcitrants (et que des gens hésitent à répondre pour porter la bonne parole face à eux), notamment sur ‘Il n’est pas Charlie’. Avec la relativité du politiquement correct (la vieille musulmane devient l’intolérante de service face à une fille vêtue trop court) et le sinistrisme, chaque communauté ou personnalité peut donc avoir du souci à se faire. Voilà de quoi rassurer les troupes de non-gauche ou de non-‘civilisés’, dont les rangs pourraient grossir si les opérations et opérateurs de la justice sociale desservent davantage qu’ils ne servent leurs clients ou vaches à laits.

Pour le meilleur et pour le pire c’est efficace. On s’imagine ce qu’on répondrait dans la situation, ou revient à ce qu’on pense (et le met à jour ?). Les mises en situation basées sur le harcèlement fonctionnent, notamment lorsqu’une obèse ou une transsexuelle est attaquée gratuitement. Les ‘bourreaux’ sont alors insupportables, car ils en sont vraiment. Comme les beugleurs du métro sympathisants FN ou assimilés, ils commettent l’erreur d’attaquer un individu et d’y trouver l’incarnation prête et parfaite d’un vice, d’une menace, d’un égarement, réels ou présumés. Contrairement à eux ils se contentent du mode de vie et du cas strictement individuel d’une personne pour l’attaquer alors qu’ils n’en connaissent rien (et même dans ce cas il en faudrait beaucoup pour prétendre à un début de légitimité). L’humiliation voire l’exploitation des inférieurs en tant qu’employés sont également choquantes. Pour le reste, Cam Clash est l’occasion de constater à quel point on est dur ou cynique, ou simplement blasé ou découragé, par rapport à ce qui serait présentable devant un auditoire jeune, urbain, mixte et policé.

Mais Cam Clash et les probables trucs dans le genre oublient une chose majeure : tout le monde n’est pas dans la ‘réaction’. Et les accidents mis en scène peuvent aussi introduire d’autres impressions ou anticipations. La méfiance par rapport à un traquenard n’est jamais évoquée (n’est-elle légitime que de nuit ?) – sauf, sur une soixantaine d’éditions, par un pleutre parmi d’autres critères pour justifier sa lenteur. Tout le monde ne s’inscrit pas simplement dans le moment présent, à se braquer direct, sans voir ou entendre rien de plus que ce qui s’affiche immédiatement. Tout le monde n’a pas envie de s’impliquer dans quelque joute sans impact ni bénéfice. Cette omission de la part de Cam Clash n’est pas que toxique. Elle est conditionnée par une volonté de démonstration, qui rappelle l’optimisme nourrissant cette vision de la justice et des liens sociaux, dont Cam Clash est un agent. Mais là-dedans il n’y a pas de place pour le dialogue, ou alors hypocrite, téléguidé, servant plutôt à répartir des rôles. C’est prégnant au restaurant asiatique avec les clients hilares et incultes. Que voulez-vous faire contre des débiles décidés à brailler ? Il n’y a que la répression et le silence qui vaillent pour l’immédiat (les leçons ou même l’apport d’informations seraient bien vains) ; mais il y a aussi la possibilité de s’étaler, se souiller dans des conversations aberrantes entre sales gosses puants et gosses valeureux, enfin d’afficher son indignation et l’opposer à ces forces obscures, en l’étayant avec ses émotions et une gravité le moins feinte possible. D’après Cam Clash, les dignes et les braves s’étalent.

Tout le malheur de cette émission c’est de monter des hommes de paille. Elle nous fournit le racisme (et le reste) vus par ses ennemis ‘bien-pensants’. Les déviants vont trop loin tout en restant parfaitement odieux ou stupides, la combo étant bien sûr appréciée. Dans ‘Un pays de race blanche’ la plus vieille des complices balance « La France, on nous l’a dit à la télé hein, c’est un pays de race blanche » ; le Jean-savant en face va la rabrouer pour sa bêtise, idem dans chaque sketch basé sur la discrimination ou le racisme. Une facho ne réfléchit pas ; son contradicteur consciencieux au contraire s’abstient certainement de regarder Hanouna, d’aimer Trump et sait avoir ‘du recul’ comme tout individu posé et évolué (en pratique cela consiste à ne trop rien penser de précis, ne pas dépareiller et convoquer des expertises ponctuellement). Certaines défenses sont remarquables et devraient sonner comme des lapsus. Dans ‘Elle insulte une femme voilée’ (publié dans les débuts en février 2015, dépasse les 7 millions de vues), les compatissants (et protecteurs au grand cœur) brandissent à la facho : « vous avez qu’à fermer les yeux ». Il faut s’éteindre et accepter. Les yeux ce n’est qu’un début, l’esprit doit suivre absolument. Jusqu’à ressortir une telle phrase pour remettre sur les rails une déviante – non pour sous-entendre qu’on est contrarié soi aussi sauf qu’il n’y a pas de recours, ce qui à froid semblerait plus évident (s’agirait-il d’un retour du refoulé ?! On est jamais sûr que la bête est morte – cette émission d’ailleurs le laisse entrevoir !).

En revanche, les ‘victimes’ ou ‘bonnes personnes’ selon la mise en scène ont carte blanche (à quelques exceptions près où il s’agit de vérifier la tolérance aux nuisances dans les transports en commun). Et c’est ainsi que Cam Clash s’autodétruit. L’épisode ‘Elle ne sait pas se garer’ en est le paroxysme. La femme au volant galère longtemps et se place en mode ‘jédédroi’ pour épuiser son monde. Sa répartie ingénue mais agressive est une blague, un appel à colère ou la moquerie, surtout quand un homme propose de garer la voiture – ah mais justement, cette intervention est SEXISTE ! Le complice essaie de pousser ses cibles à prononcer des saletés afin de faire tenir la démonstration et d’épingler des coupables. Au pire il faudra des oppresseurs masqués ou des gens inconscients de leurs discriminations et de leurs préjugés. En conclusion de ‘Femme enceinte’, l’animateur et son interlocutrice doivent composer avec de maigres résultats : personne n’a dit d’horreurs, mais des gens pensent tout bas comme ‘ça’, c’est sûr !

Potentiellement, tout ça relève facilement du comique. Mais la chape morale est là, qui s’abat même dans les cas objectivement grotesques. Elle atteint le lourdingue dans ‘Femme enceinte’ avec ce personnage insupportable de femme teigneuse (une de ces ordures trop imbues de leurs bonnes raisons de s’afficher et de faire ‘scandale’), qu’apparemment il faut trouver tout à fait courageuse et méritante. Les interventions avec le chauve ou la blonde souvent tenue pour ‘vieille dame’ touchent au limite ; ‘Il n’aime pas les vieux dans les transports’ a tellement l’air d’une farce, le décalage maintenu par l’émission en devient curieux si on ne l’a pas simplement oublié car on est occupé à se marrer. Rien que cette prémisse selon laquelle il faudrait être sur le qui-vive, à chercher les injustices et victimes à protéger, a de quoi rendre sceptique ou hilare selon sa sensibilité – chez les gens ne sentant pas cet appel, naturellement. En tout cas le visionnage vaut le coup. C’est délicieusement lourd et il y traîne de modestes perles, côté chevaliers blancs ou bien salauds. L’essai sur l’avortement donne à réfléchir : la dame au bar a bien raison en proférant « des fois un coup de bite ça débouche les neurones ». Cette jeune catholique le mérite sûrement (par principe – enfin un qui soit noble et agréable) ! mais elle devrait aussi poursuivre son combat – or ce n’en est pas un, car nous sommes en 1974+41. Tout comme le refus d’accueillir des réfugiés, ce n’est pas une ’cause’ puisque c’est une mauvaise ’cause’.

Note globale 36

Critique sur SC

THE SQUARE *

5 Avr

2sur5  Ruben Ostlund a pondu un film-miroir pour les ‘élites culturelles’ qui sont en fait des élites sociales et mondaines flirtant (quand elles ne se confondent pas) avec les professionnels de l’art contemporain et de l’art consumériste (finalité véritable du premier et raison de le faire tenir – la vanité sans ses produits et sans les médailles, ça ne vaudrait pas le coup). Avec The Square, ces gens (car eux aussi sont seulement ça – des gens) ainsi que leurs admirateurs et leurs larbins en esprit peuvent satisfaire leur masochisme (un masochisme de prétentieux, de pestes hautaines bien qu’incapables de se suffire à elles-mêmes). Sa reconnaissance officielle, via la Palme cannoise, exprime un masochisme social dans le milieu culturel – en même temps qu’une avidité à paraître éclairé ; un peu comme La Grande Belleza pour les italiens et les défenseurs de son exception culturelle, où les héritiers d’aujourd’hui apparaissaient stériles, décadents mais sans la fièvre et la créativité qui inspireraient un début de pardon.

Pour les spectateurs d’une autre souche, il peut y avoir la satisfaction de contempler un pouvoir dégénéré et sa cour se (faire) cracher dessus (et en jouir avec une prétention aberrante, à la façon de ceux qui se mutilent pour le faire avant les autres, idéalement le leur interdire, dans tous les cas protéger leur intégrité tout en régressant). The Square est un film absolument crétin et copieusement creux, il est aussi bien drôle (grâce à tout ce mépris et cette soumission au faux). La forme restera le plus remarquable. La mise en scène est, littéralement, comme le point de vue : ‘géométrique’ – avec un peu d’intimité laborieuse sur la fin (quand le conservateur viré accomplit son évolution maladroite vers la solidarité et la compréhension). Elle exploite à fond et constamment les perspectives, les profondeurs (béantes), mais pour quelle possibilité ou intention, si ce n’est souligner des solitudes, montrer du décalage (et prétendre le sien par rapport à ce qui se passe) ?

En principe The Square est des plus classiques. C’est encore un de ces machins refusant toute emphase, lent, avec des scènes à rallonge dont on nous sert tous les vides et les détails (salut à Lanthimos, Haneke, Bilge Ceylan – Weerasethakul est trop ‘spirituel’ et ému pour entièrement compléter cette liste) – voilà une manie quand on fait des films pleins de dérision et de distance, avec un contenu et parfois un contenant rachitiques (par son style et sa lourdeur Toni Erdmann boxe dans cette catégorie – mais il était sérieusement piquant, vif, il n’était pas qu’une pure construction ou un pur discours se présentant comme tel). The Square sort le joker ultime – il table sur l’intellect, taille dans l’avant-garde (qui est une méthode et un costume avant tout, parfois une école ambitieuse, nourrie par des néos-torquemadas stériles, dépourvus de l’imagination dont ils se targuent, mais remplis d’instincts collectivistes et policiers – comme toutes les autres doctrines élevées en batterie, par et pour l’usage des brigades morales ou esthétiques).

Cinéma cérébral ? Oui ; à quel moment donne-t-il à réfléchir ? Il nous en laisse le temps par ses longs plans immobiles, incluant des bruits et toutes sortes de parasites, mais jamais de vrais ‘bruits’ qui s’incrusteraient, ramèneraient spontanéité ou réalité hors de ces murs lissés. Tout entier à sa démonstration, The Square ne se soucie pas de la nourrir, de l’élever – il ne se soucie même plus de lui assigner une destination, les arguments et la personnalisation sont inexistants. Il devient alors difficile de rester positif ou indulgent à son égard si on a pas de tendresse particulière – et impossible de ne pas le sabrer carrément si on est un bœuf hostile à tout happening pédant de l’intelligentsia ou un bon citoyen enthousiaste et post-moderne avec des attachements contemporains à soutenir. Chez les gens proches de cette élite socio-culturelle (ou de cette culture ne vivant que des subventions et du mécénat – et des relais complètement pourris ou commandés par ces singes pimpants en besoin d’attention), les masos et les aliénés peuvent aimer, mais, même sans aller jusqu’à ceux qui ont encore de la fierté ou des valeurs contradictoires, les exhibitionnistes et les consuméristes plus ou moins assumés ne sauraient laisser passer une telle injure (au moins, ils seront aigris et feront les morts).

Qu’un ‘grand-public’ ou un petit nombre soit ainsi malmenés ne rend pas le film plus puissant. Il y traîne quelques trucs potentiellement réjouissants ou perspicaces, relatifs à l’humiliation de l’art contemporain, mais ils sont tous livrés avec une pesanteur totale et une facilité déconcertante (l’anecdote de l’œuvre aspirée par un agent d’entretien, potentiellement géniale, est rendue minable – en plus d’être rapportée – car décidément ce film ne sait rien inventer). Ce qui se dit de plus stupide dans les comptoirs vaut sur le fond autant que toutes ces illustrations – et le discours lui-même est presque nul – il n’y a que des intentions, qui peuvent être jugées bonnes ou mauvaises. Le propos est sur-exploité, la fabrique de sens, d’idées et d’émotions négligée (par décret, peut-être, enfin le résultat est le même). De cette manière The Square évite d’engager le réalisateur, le spectateur, les personnages eux-mêmes puis le film tout court. En résulte ce grand rendez-vous d’individualistes lâches, feignant de condamner cette mascarade contemporaine, avec la détermination débile et nonchalante propre à tous les mous opportunistes.

Heureusement l’humour ponctue en permanence ce marasme (voulu ou simplement élu par paresse – la lâcheté et la démarche commencent ensemble, la complaisance les invitent à s’étaler encore un moment). Il est comme le reste forcé, systématique. Parmi les pics d’humour franc et pas purement théorique ou formel, ou surnageant malgré cette nasse, on peut compter les passages avec la journaliste blonde idiote et secrètement abjecte (par Elisabeth Moss), celui des petites filles dans la cellule ‘trust/no trust’ (où on peut constater la nullité des valeurs et des prises de conscience à transmettre d’un esclave de la hype à ses enfants), ou plus généralement certains dialogues grotesques, des tensions pathétiques.

La pente d’une grosse comédie est toujours à portée et parfois le film s’y vautre, mais il ne peut s’empêcher d’opter encore pour le rétrécissement, la répétition, la caricature triviale – c’est le cas notamment lors des moments les plus cérémonieux, avec le cas de Tourette ou avec d’autres lâchant leur petite sentence convenue et se donnant le beau rôle. Mention spéciale à la grosse pasionaria venu lâcher « Que faites-vous de la solidarité avec les sans-voix qui sont les plus vulnérables dans notre société !? » (assorti du petit « vous devriez avoir honte »). Et en plus elle doit le répéter ! Forcément madame est applaudie, quoique sans folie.

La scène remarquable de cette séance est aussi la plus burlesque, avant de devenir ubuesque et vaguement pasolinienne (celle fièrement brandie jusque sur l’affiche et préparée par l’écran dans l’écran). Elle a le mérite d’amuser la galerie – en revanche elle relève de l’escroquerie plutôt que de la révélation (elle aussi). Le performer Oleg Rogozyn (par Terry Notary) y prend son rôle d’animal au sérieux – enfin une promesse artistique est vraiment tenue, l’artiste et l’auditoire ne vont pas juste ‘parler’ et se palper à propos de, ce ne sera pas juste un jeu. Voilà ce qui est vendu par The Square et cette fois le pari est tenu ; mais une fois la démonstration accomplie, il faudrait en tirer quelques conclusions, se déterminer ou orienter le résultat, relancer la donne. Or le solde n’est qu’une petite gerbe misanthrope – voyez comme les gens même avec de beaux costumes sont des singes au fond et comme ils sont lâches. En fait c’est déjà beaucoup (et c’est sensé ou défendable), mais dans le contexte, c’est un mensonge pompeux au pire, un sursaut fugace au mieux. Quel crédit accorder à une dénonciation sans courage ? Où des vices dont on est l’incarnation (la fatuité, l’absence d’intégrité) ou dont on se repaît (la servilité, l’envie de se faire valoir) sont attribués à d’autres et moqués chez eux ?

Si l’ensemble avait été du niveau de cette scène, seulement de son ampleur, au moins le film mériterait un peu de respect – il aurait cumulé des performances et la matière l’aurait mécaniquement davantage fait se tremper, payer de sa cohérence. Du bobo maso présomptueux cédant au dégoût et à la fatigue tout en gardant son détachement, voilà ce qu’il aurait fallu exprimer avec force – pas seulement postuler et, probablement, ‘être’ – car cet ‘être’ ne mérite rien, il faut qu’il s’applique et ici il ne fait au mieux que témoigner prudemment, en fonction (et probablement dès le premier élan) du seul calcul. Tout dans la méthode, rien en substance. En somme The Square et son personnel sont vraiment, vraiment des pleutres. Ils savent garder le contact avec le ‘politiquement correct’, ses gadgets et ses crises (artificielles ou sentimentales, dans tous les cas médiocres par rapport à ce qu’exige un problème social, philosophique ou humanitaire). Que ce film soit une pute sûre de son ignominie douce le sauve peut-être – au moins, il est significatif, même si en soi il est une bêtise crasse.

Note globale 36

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Suggestions… Play/Ostlund + Funny Games + La dolce vita + Moi Daniel Blake + Winter Sleep + La vie d’Adèle + Amour

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (4), Dialogues (5), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (4), Ambition (8), Audace (6), Discours/Morale (3), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

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THE ABCs OF DEATH *

27 Jan

abc of death

2sur5  Cousin des V/H/S et de The Theatre Bizarre, ABCs of Death est un film à sketches horrifiques sorti en 2012. Composé de 26 segments pour 26 lettres de l’alphabet, il est donc forcément un recueil de courts, plus qu’un film à sketches. Les concepteurs du projet font savoir qu’ils ont laissé une totale liberté aux auteurs : encore heureux, compte tenu de l’absence quasi totale de moyens (5.000 $ pour chacun).

1) A for Apocalypse – Nacho Vigalondo (2) = Effets sanguinolents et stupides (la main), avec twist rouge sang tout pourri. Vigalondo rester l’homme d’un film (Los Cronocrimines), finalement, son Extraterrestre étant un hybride pénible et ce truc étant juste une baudruche vide.

2) B for Bigfoot – Adrian Garcia Bogliano (6+) = Des parents inventent une histoire pour contraindre leur fille à s’endormir ou au moins, rester au lit en paix. Mission réussie pour eux et pour le réalisateur : c’est implacable, un peu simpliste.

3) C for Cycle – Ernesto Diaz Espinoza (2+) = un type se découvre dépassé par son double, bien décidé à le rayer de la carte. Bonne idée emmenée nulle part, le résultat n’a aucun intérêt.

4) D for Dogfight – Marcel Sariento (6) = combat entre un chien et un homme aux gants de boxe ; tout est au ralenti et en musique, c’est impeccable techniquement. Voilà clip valable, éblouissant dans le contexte de cette collection, juste vaguement intéressant en soi.

5) E for Exterminate – Angela Bettis (3+) = un mec poursuivi par une araignée, sans savoir à quel point. Sorte de gag légèrement sinistre, avec de très moches effets, E s’arrête quand il pourrait devenir intéressant. Intriguant malgré tout, mais évitant soigneusement tout ce qui fait son intérêt, un court signé par l’interprète de May, qui a également joué dans l’opus des Masters of Horror dirigé par le même réalisateur, Lucky McKee.

6) F for Fart – Noburo Iguchi (4+) = rêve d’un au-delà où nous serions dégueulasses sans gêne ; c’est hideux mais ingénieux et tellement atterrant. Comme Shyness Machine Girl, ce mauvais goût définitif mordant sur la SF est une démonstration de ce que les V-Videos (japonais) font de plus déjanté et inassumable.

7) G for Gravity – Andrew Traucki (2-) = un surfeur part en vadrouille et se fait vraisemblablement capturer et absorber par quelque chose. Voilà. Ok. Superbe plan final sur la solitude d’une planche légèrement rouillée par le sang.

8) H for Hydro-Electric Diffusion – Thomas Malling (3-) = un homme-chien assiste à un spectacle sexy ; mais la belle femme-chienne est en fait une nazie qui lui veut mal. Salut les attardés ! Laid et stupide, mais fort en gadgets, la chose a cette identité visuelle cartoonesque pour (et contre) elle.

9) I for Ingrown – Jorge Michel Grau (6) = bonne carte de visite pour un éventuel castin du thriller glauque ; garde le mystère et ça lui va bien. Réalisateur stylé, attire l’attention, mais une fois le moment passé, ne laisse rien.

10) J for Jidai-geki – Yûdai Yamaguchi (2) = histoire de samourai à l’humour slapstick : des effets spéciaux, c’est tout – d’une bêtise assez irritante.

11) K for Klutz – Anders Morgenthaler (2+) = une femme se rend aux toilettes pendant une fête ; mais sa crotte rebondit et la poursuit. Qu’est-ce qu’on se marre. Style BD, un truc proche des sketches pour beaufs sur les petites gênes et fixations du quotidien, entre la belle-mère et un obscur délire sur la façon de marcher des gens, sauf qu’ici c’est trash et ça finit dans le sang. Pittoresque et infect.

12) L for Libido – Timo Tjahjanto (7) = enfin un vrai film, d’horreur, extrêmement malsain, barré et recherché. Une abomination, mais une inventive et soignée, touchant fondamentalement ; c’est ce que nous désespérons de trouver, non ? La sauvagerie sadienne avec les avantages d’un équipement contemporain, dans un cadre élitiste : voilà une hallucination pour paranoiaques, pessimistes et pervers torturés. Tjahjanto se met à l’ombre d’oeuvres comme Salo, Eyes Wide Shut ou Hostel ; il n’en a pas nécessairement l’intelligence ni la profondeur, c’est aux œuvres ultérieures de ce cinéaste indonésien d’éclairer le spectateur. Les fans de l’épisode La Maison des sévices de Miike pour Masters of Horror pourront aimer.

13) M for Miscarriage – Ti West (2-) = encore une histoire de caca et de toilettes ; très étrange, une femme en difficulté avec sa chasse, sa cuve pleine de sang ; une minute ; ok, et donc ? Co-réalisateur de V/H/S, Ti West pourrait être un génie, son one shot reste une arnaque et il faudrait encore les pires des gogos pour y prêter des intentions pertinentes.

14) N for Nuptials – Banjong Pisanthanakun (3) = une mignonne histoire de mariage et de perroquet, tournant mal à cause de quelques révélations. N nous prend par les sentiments, mais il faut aussi voir le contenu et le lien avec une anthologie de l’horreur : et là, c’est tout petit et quelconque, forcément. Les trois points pour toi petit oiseau chéri, mais à condition de ne pas les partager.

15) O for Orgasm – Bruno Forzani & Héléne Cattet (7+) = métaphore clippesque du cunnilingus. Le tandem Cattet/Forzani avait déjà frappé fort avec Amer et confirme : c’est reconnaissable entre mille, c’est beau, c’est un rêve de cinéphiles et s’il doit y en avoir un, ce sera le nouveau giallo. Le seul regret : que les auteurs se salissent en confiant leur petite merveille à cette sombre merde.

16) P for Pressure – Simon Rumley (6+) = Film sans dialogue et en musique, avec un petit côté Drive/Only god ; dans une banlieue latino, une mère avance au jour le jour et doit gagner de l’argent, choix bizarre pour la démonstration finale, bizarre mais pas aberrant. Point de vue valable.

17) Q for Quack – Adam Wingard & Simon Barrett (2) = les deux réalisateurs, chargés de réaliser Q profitent de l’opportunité pour faire une petite mise en abyme. C’est lourdaud dans l’idée comme dans l’humour, ça se veut cynique mais finalement humble, ça débouche sur un canard dans le désert que nos deux génies contrariés n’arrivent pas à décimer.

18) R for Removed – Srdjan Spasojevic (7-) = les expériences en laboratoire sur le corps d’un homme ; ou plutôt les restes de son dos. Segment sale en général, boucher en particulier. Mystérieux, raffiné et aux portes du surréalisme, R est une réussite de la part du réalisateur de A Serbian Film, un de ces « film le plus horrible de tous les temps », raté probablement mais peut-être pas si cynique qu’on l’a prétendu.

19) S for Speed – Jake West (5+) = du Robert Rodriguez pimpant cachant une sombre réalité. Pas mal, sur le plan graphique au moins et avec un bon twist, mais tout de même léger voir simpliste. Par le réalisateur de Evil Aliens et Razor Blade Smile.

20) T for Toilet – Lee Hardcastle (7+) = un garçon apprend à allez aux toilettes ; en pâte à modeler, excellent et très inventif. Le début, rassure pas, mais très vite, le court s’avère passionnant et est l’une des quelques réussites notables de la collection.

21) U for Unerthead – Ben Wheatley (3-) = caméra subjective, nous sommes à la place d’un démon/vampire agressé et poursuivi par des hommes. Initiative percutante, sauf que le réalisateur n’en fait rien ; la violence sauvage masque l’ennui et le vide de ce triste objet. L’emprunte du mystificateur pompeux et sans sujet de Kill List se ressent.

22) V for Vagitus – Kaare Andrews (5+) = valable techniquement, avec sa petite idée dystopique, son mysticisme bactériologique, cet opus vire au n’importe quoi, mais avec style – proche jeu vidéo.

23) W for WTF ! – Jon Schnepp (4+) = au début, un film d’animation rappelant Hôpital Brut, en version violente et MTV ; en fait, deux auteurs sont chargés de réaliser le segment « W » et tatonnant entre les termes (woman, warts, werewolf?). On explore les possibilités de façon ultra rapide puis le WTF s’abat sur la réalité. La prophétie s’éternise pour rien et le mec à la casquette au début joue mal. Sinon, c’est hystérique et WTF comme prévu, le pari est donc tenu même s’il y a des redondances.

24) X for XXL – Xavier Gens (6+) = court de Gens (The Divide) avec toujours ce côté engagé, ultra-naif mais tellement accompli dans son idée que ça fonctionne et prend sens. La seconde partie, sanglante, difficile à voir : heureusement que l’apparition finale est évidemment unautre modèle ; ce qui malheureusement, se devine un peu. La démonstration sur la dictature de la minceur et son effet mesquin et ostracisant sur certaines femmes est très ruéssie. Gens sait mettre en valeur ses idées, même quand elles sont ultra candides – Frontière(s). La ’cause’ qu’il sert ici peut être méprisée ou sans intérêt à nos yeux, le charme opère tout de même. Gens est un artisan généreux avec une espèce d’intégrité, en termes de cinéma comme à un niveau plus terre-à-terre, humain.

25) Y for Youngbuck – Jason Eisener (6) = un pédophile avec une tête d’inquisiteur d’obscur donjon et des jeunes jouant au basket. Fluorescent et rigolo au départ, parfois gênant, mais pittoresque avec une bonne vengeance à la clé.

26) Z for Zetsumetsu [extinction] – Yoshihiro Nishimura (5+) = le début est minable, avec la dénonciation misérable de l’Amérique sur un pauvre motif obscur. Puis c’est le festival WTF scabreux, avec érotico-gore : le film s’épanouit dans cette grossièreté là (le combat des deux femmes), le reste est trop débile. Pas tellement dans la lignée de Tokyo Gore Police, l’ensemble se rapproche du second degré nippon conventionnel, avec les décors enfantins, la SF improbable et les effets psychédéliques. Peu de créatures, peu d’invention véritable, c’est assez décevant lorsqu’on se rappelle que l’auteur est celui d’un Tokyo Gore si génial, meilleur opus des V-Video gores et excentriques de très loin.

Info aux réalisateurs : le spectateur n’est pas nécessairement ivre mort ; et si vous l’êtes, sachez que le spectateur n’est pas votre cobaye servile. C’était de la merde, de la sombre merde, avec même deux courts d’à peine une minute n’ayant strictement aucune validité ; et il y avait tout de même quelques bonnes choses. La qualification de film à sketches, formule déjà parfois pénible et amenée à son degré le plus inepte ici, est limite : s’il n’y a par bonheur pas de transitions, cette entorse était une nécessité.

Merci aux quelques réalisateurs capables de faire preuve de sérieux (comme Welz, Jorge Michel Grau sur I). Globalement, ce fut extrêmement désagréable, bien plus que V/H/S 2 et d’une laideur redoutable. ABCs of Death est le pire des films à sketches horrifiques des années 2010-2013. S’il ne s’enfonce pas dans les poubelles du cinéma, c’est grâce à une poignée de contributeurs remarquables, au milieu desquels s’invitent les malins, les créateurs précieux snobant l’exercice, les performers fatigués (Nishimura pour Z) et d’autres totalement cyniques ou puérils.

Note globale 36

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Suggestions…

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IT COMES AT NIGHT *

25 Sep

2sur5 Les cinéphiles et individus parlant de ‘thriller psychologique’ à propos d’It comes at night vont devoir relever un sacré défi : car où est la psychologie (que ce soit chez les personnes ou dans le schéma qui les gouverne) ? Il représente plus sûrement une certaine dégénérescence hype de l’Horreur, genre qu’il est censé snober contre toutes attentes – c’est d’ailleurs un cas flagrant de film visant ‘au-dessus’ des vulgaires espérances. Comme le spectateur issu de la multitude est bas-de-plafond, avec ses besoins en hémoglobine, en scénario chargé et en émotions denses ! Il ne sait pas savourer le catalogue des variations de ‘l’inquiétante étrangeté’ appliquée avec un infini doigté.

C’est bien le cinéma ‘indé’ ou ‘complexe’ de l’époque quand il se balade dans le domaine : il va montrer la peur, l’attente, filmer la pesanteur et l’anxiété, miser sur l’effet Koulechov, la projection (et éventuellement l’identification). La menace est comme le reste : imprécise. It comes at night cultive des mystères et ne donnera rien de solide, hormis des éclats de violence convenus et laborieux. Même la découverte derrière la porte doit être évacuée. Nous aurons un flash-back pour la titiller, sans suite. Il y aura, discrètement, de petits mensonges, des flous plus ou moins manifestes, quelques rétentions d’info. Le résultat de toute cette attitude et de cette organisation, c’est une œuvre non constructive et ne prenant pas d’épaisseur. On nous fait regarder sans nous livrer d’informations, suggérer de passé, etc.

Nous sommes bloqués au-dessus de leur situation, à devoir supposer et accepter leurs tempêtes intérieures et leurs enjeux subjectifs. Les personnages sont attachants au minimum : c’est sûrement au service d’une approche ‘analytique’ de l’angoisse, nous diront les défenseurs qui auront dû, comme les autres, monter leur propre film, avec plus d’aisance s’ils sont dévoués et impatients. The Witch faisait ce travail, n’était pas anxiogène et distant de manière purement mécanique et désincarnée. L’ambivalence était nette, la trajectoire aussi ; l’essentiel se passait entre les lignes, entre les mots et les actions franches, cet essentiel était rempli, humain, tendu et en devenir. Cette fois les situations et la construction l’emportent sur tout : il n’y a pas de présence, juste un climat artificiel (et ‘progressif’ au sens musical). It comes dicte sa tension et délaisse tout le reste.

C’est un film de formaliste courant après les poses et les modes. Pour la première il n’a pas assez de goût – ses affiches promotionnelles en avaient davantage, en trouvant leurs motifs dans un ‘ailleurs’ total. Concernant la dernière, c‘est un nouvel exemplaire de cette horreur critique totalement vide, évoluant parallèlement à une autre plus démonstrative (sur son ‘engagement’ ou ses connotations, en tant que produit de divertissement et de genre) et attractive (Get Out l’illustre bien). Après la mort qui tue des Destination finale, voici l’âge de l’abominable ignorance et du doute engendrant la peur. Après l’horreur parodique post-Scream, les consommateurs curieux doivent subir les crypto-laïus de robots affectés à propos de ‘notre’ méfiance exacerbée, ‘notre’ parano généralisée, ‘nos’ ‘fantasmes’ à propos des épidémies. S’il faut croupir à ce stade, mieux vaut s’abrutir avec de joyeuses banalités qui n’ont pas honte d’aboutir et de faire jouir.

Note globale 36

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Suggestions… Fences

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (1), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

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