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MINI 14 ou 2020-2 (Mars à Juin)

22 Juil

Tous les films découverts de Mars à Juin (inclus), à l’exception de ceux vus sur Mubi. Il n’y aura plus de telles distinctions à l’avenir – seulement des vagues spéciales Courts et des vagues spéciales Revus.

 

Jalouse *** (France 2017) : Un film juste concernant le thème annoncé, les relations humaines, un certain genre d’aigreur féminine. Foenkinos réalisateur est parfaitement à la hauteur. Peut-être car le sujet est moins heureux, la glue mièvre de La délicatesse n’a quasiment aucune prise. Dans ses grands moments, le personnage de Karin Viard, avec sa mesquinerie et ses urgences pathétiques, ressemble à un mélange Christian Clavier et Bridget Jones ; dans l’ensemble, le film pointe habilement la mauvaise foi des gens, y compris le bénéfice à se cacher la réalité. Conjointement aux Chatouilles et surtout à Chanson douce ce film montre les qualités de jeu de Karin Viard et la sort définitivement du lot commun des actrices légitimement reconnues mais finalement interchangeables ou abonnées aux films et personnages ‘épais’. (64)

Butch Cassidy and the Sundance Kid / Butch Cassidy et le Kid *** (USA 1969) : Slaugterhouse five/Abattoir 5 interpelle par ses ambitions et sa mise en scène ; je ne peux le retirer à son auteur George Roy Hill et son Butch Cassidy le confirme. Détails soignés et enchaînements stylés, instants ‘profonds’ et joyeux voire moments ‘magiques’ pour qui y goûte. Certains passages guillerets ou ‘aérés’ semblent triviaux aujourd’hui mais avaient peu d’équivalence il y a cinquante ans. Mais sur la forme comme sur le fond, ce sont bien des trucs de l’époque, comme l’est déjà cette transformation romantique de la dernière époque du plus fameux gangster du réel Far West. Ce western phare du Nouvel Hollywood rejoint ainsi le cortège de Sugarland Express, Seuls sont les indomptés, Easy Rider, Bonnie & Clyde avec une certaine largesse qui le rend plus universel que ces cas-là, mais aussi plus irréaliste. J’ai trouvé qu’il reflétait la tension entre la fantaisie libertaire mais humaniste et l’anarchie réelle dont elle prétend relever ; à plusieurs reprises on croit que notre bon bad boy va trop loin et in fine ça se dégonfle ; par exemple cette femme qu’il semble contraindre est en fait sa complice bien connue. Cette tempérance de fond, ces négociations voilées avec la sauvagerie et la brutalité, sont peut-être responsables de la facilité à décrocher du film surtout dans sa seconde moitié. (66)

Numéro une ** (France 2017) : Le monde des entreprises et ‘multinationales’ d’état est présenté sous un jour pragmatique. Il est terne même dans ses accès de violence. Les nuances concernant les personnes sont minces ou vaguement ridicules (l’adversaire auquel on accorde une sensibilité à double-tranchant via ses petites larmes à l’opéra). La corruption est une affaire ordinaire et peu spectaculaire – à l’héroïne on propose celle ‘sociale’ et spirituelle, d’autres se gavent déjà sur le plan matériel mais c’est loin des affaires directement gérées à l’écran. Beaucoup de choses légères ou intimes traversent la séance ; Biolay nous livre une théorie interpellante selon laquelle les mecs peuvent cumuler 2 succès sur les trois choses menant le monde : sexe, pouvoir, argent.

Malheureusement ce film garde un petit quelque chose de sur-fabriqué. Devos joue une femme de volonté, mais d’un mordant et d’une voracité très limités, il est donc bizarre de la trouver dans ce contexte et à son niveau. Finalement le film se rapetisse en se raccrochant au wagon du féminisme brutal et simplet d’époque, culminant dans la niaiserie au goût artificiel lors de son final avec la fillette sur la plage (et dans le grotesque chialoteux avec le discours de Véra/Clément à l’enterrement d’Adrienne). Or entre-temps il n’a presque rien montré d’une trajectoire spécialement féminine, de barrages aux femmes, etc. On a vu que ce club de femmes ambitieuses et effectivement leurs discours sont flattés, tout de même prudemment, à défaut d’être étayés. Numéro une se conduit un peu comme un politicien raisonnable et informé ‘verdissant’ son discours pour le rendre immédiatement recevable. Il est aussi peut-être un peu naïf, lucide mais trop ‘normal’. (58)

Les conquérantes ** (Suisse 2017) : Sur le droit de vote ouvert aux femmes si tard en Suisse (entre 1959 et 1990 selon les cantons) ; le film se déroule avant sa reconnaissance au niveau fédéral en 1971. Actrices charismatiques, forme gentillette. Montre les fautes en chemin, comme le vote à main levée. Accent sur la sexualité (avec pour conclusion la conversion au cunni du mari). (48)

On ne choisit pas sa famille ** (France 2011) : Signé Christian Clavier, le met en scène aux côtés de Muriel Robin et Jean Reno comme dans Les Visiteurs 2. Il joue encore un beauf bling-bling à la connerie truculente. Comédie efficace et idiote, bien tenue par rapport à ses concurrentes (en restant sur les rails de la bouffonnerie contrairement par exemple à Si j’étais un homme). (52)

Elle s’en va * (France 2013) : Au début du basculement de Deneuve vers les rôles de mamie-MILF déconfite dans sa vie normale. Insipide et nain. Les deux films tournés avant et après par la réalisatrice, Les infidèles et La tête haute, le sont beaucoup moins – mais tendent également à la caricature ‘crue’ à l’occasion mais gentillette au fond. La chanteuse Camille tient un personnage horrible et déboule n’importe comment dans ce film écrit et conçu manifestement à l’aveuglette. Il n’y a qu’une pauvre mise au point via engueulade convenue pour apporter un peu de consistance aux histoires de la famille. Tout l’axe narratif avec ‘Charlie’ et son personnage voisinent la nullité. (26)

Suggestions… Fête de famille, Tu mérites un amour, Le dernier métro.

Vivre et laisser mourir ** (UK 1973) : Sur le fond, continuité en douceur tout en accentuant la gaudriole. Loin d’être aussi réjouissant que les suivants (Roger est encore trop frais) mais pas décevant par rapport à l’ensemble des opus antérieurs avec Sean Connery. (58)

Midnight Lace / Piège à minuit ** (USA 1960) : Tiré d’une pièce de théâtre, un polar bavard marchant sur les pas d’Hitchcock. Sort en même temps que Le Voyeur ! Très ‘bourgeois’ par ses décors, personnages, références. Un petit côté giallo avant l’heure lors des scènes relatives à la traque de Doris Day. Notable pour son tueur à voix de lapin. Deux ans après David Miller signera Seuls sont les indomptés. (56)

Twist again à Moscou ** (France 1986) : Le drôle de contexte et l’intrusion de ces français en dictature communiste rendent le film attirant au départ ; dès que Lamotte est sorti de sa glacière, ça devient soporifique. Comme comédie c’est plutôt inepte, sur un plan dramatique c’est bordélique, les gags laissent froid, les dialogues sont sobrement débiles [peu potache ou gras] dès qu’ils cherchent à faire rire. Faible alchimie entre les personnages, plusieurs acteurs dans un costume un peu pataud (Clavier pas à son meilleur dans cette peau de jeune rebelle, Agnès lourde dans son personnage criard et geignard). Comme dans Papy fait de la résistance (avec ce même plan de Clavier fuyant un château en hurlant), on y retrouve des petits trucs plus tard employés dans Les visiteurs (cette anecdote du vieux militaire qui a tué son ami en le prenant pour un ours). Ce film reste comme une curiosité un peu téméraire et très mal arrangée ; pas à recommander, mais à essayer (surtout si vous avez la capacité à endurer la mise en scène éméchée de Jean-Marie Poiré). (48)

Raising Arizona / Arizona Junior *** (USA 1987) : Un film perçu comme ‘plus mainstream’ de la part des frères Coen, probablement car il se rattache à un genre américain devenu typique et parce que beaucoup de cinéphiles l’ont découvert enfant. L’histoire et les personnages sont naïfs (la VF accentue l’effet et celle de Cage est inappropriée), la réalisation cartoonesque et l’univers magnétiques. Splendides scènes d’action et de courses dans le désert, ou encore de rêvasserie mais avec pour elles une couche supplémentaire d’émotion et de niaiserie. Interprètes parfaits – capables d’atténuer les demandes lourdingues de la direction (notamment avec le tandem de rapetous). Esthétique outrancière, qui sera très diversement appréciée – énormément dans mon cas, musique y compris. Le ‘fond’ et le scénario sont assez évidents et pas brillants : sur tout le reste le film excelle – ou étouffe, ou paraîtra simplement daté. Pour moi c’est plutôt ce genre de films capables de vous faire éprouver une nostalgie pour un temps ou des lieux que vous n’avez pas connu, des moments qui n’ont jamais existé. (76)

Jo *** (France 1971) : Une des quelques réunions du couple De Funès/Gensac en-dehors des Gendarmes. Très court et clairement issu du théâtre. De Funès est dans un de ses grands moments, parfait en train de ramer (spécialement quand il argumente face au policier). Dialogues benêts ou rusés pour un résultat efficace. Des détails débiles (avec les personnages secondaires : l’agent immobilière, la bonne ou Galabru) et d’autres malins (surtout avec ce vieux couple, presque mignon, ou le traitement bouffon des effets spéciaux – ce qui les a empêchés de ‘vieillir’). Meilleur qu’Hibernatus, tout aussi crétin et primaire, mais moins de choses inutiles et à demi-accomplies ; le final serait décevant si on accordait un minimum de sérieux à cette histoire ; or celui de la Soupe aux choux ferme correctement la boucle alors qu’en terme de mongoleries on était parti encore plus loin. La bonne est exagérément conne et hystérique, on souhaite un accident brutal et douloureux en l’entendant beugler – ou rire aux éclats de cette manière typique de grasse bête essayant de convaincre de sa joie de vivre. (66)

Down by Law ** (USA 1986) : Valable mais seulement sur un plan esthétique – le reste est terne ou convenable, le burlesque tiède ou endormi ; surnage quand même le goût de l’évasion. Charmant au début et après la fuite, soporifique dès que les deux types se retrouvent en prison (volontairement ?). Ce n’est alors que du blabla et de l’attentisme, l’irruption de Benigni n’y change rien. Ses petites spéculations, son hoquet : on épuise les fonds de tiroir de l’espièglerie roudoudou de la culture. Que son personnage soit un étranger plein de bonne volonté est tout ce qui fait tenir le film (ou rebondir l’histoire – mais c’est digne par son principe d’une sitcom vulgaire, comme avec l’indien dans Big Bang Theory), sans quoi c’était un clip au ralenti attendant son ornement musical. J’y trouve une sensibilité de surface ou d’intention (d’après les connaisseurs, Jarmusch rend hommage à Buster Keaton) ; la seule poésie est celle de la mise en scène. J’aimerais savoir pourquoi Jarmusch tient tellement à ce désengagement apparent – peut-être pour laisser germer l’absurde qui rassure, pour éviter de souiller ce ‘flux’ par trop de faits, d’enjeux privés ? Ce Down by Law est loin d’être assommant comme Stranger in the paradise mais par rapport à lui s’avère redondant au mieux, sinon une simple récréation laborieuse. Heureusement Jarmusch a réalisé plus tard Dead Man et Ghost Dog où son style vaporeux prend plus de sens et où un minimum d’amour de l’action et de la narration permet d’élargir l’horizon (et le public potentiellement réceptif). Notez que sauf le dernier cité ces films sont en noir et blanc alors que nous sommes au moins dans les années 80. (52) 

Suggestions… Saint Amour, Johny Guitare, La fureur de vivre.

The Cold Light of Day / Sans issue * (USA 2012) : Cinéma d’action creux mais présentable, du niveau d’un anonyme Shangai Job plutôt que de Sans identité. Fait son travail mais doit son minimum d’intérêt aux seuls acteurs. Trouver Sigourney Weaver ici laisse quand même perplexe. (32)

La vie très privée de Monsieur Sim *** (France 2015) : Malgré des côtés pralineux et nostalgiques (y compris cette musique, finalement loin d’être dérangeante), c’est un joli film, généralement drôle ; une sorte de Podium gris et à terme plus gentil ; on y voit le potentiel de libération d’un type insipide dont la vie l’est autant ; c’est donc plus trivial mais aussi plus pertinent qu’avec un cas excentrique ou franchement pathétique. Il y a des façons plus spectaculaires de passer à côté de sa vie mais c’est bon aussi de le voir dans un contexte si commun et de susciter de l’empathie pour quelqu’un d’ennuyeux et crétin sur bien des points (contrairement au protagoniste de L’année des treize lunes par exemple, un individu vif et original, autrement absurde). Bien sûr on a souvent une longueur d’avance, y compris sur les détails comme celui de la photo, mais généralement c’est bénéfique aux effets comiques et ça participe à la démonstration crypto-houellebecquienne. Et bien sûr sous le sceau du réalisateur du Nom des gens une orientation gaucho-libertaire est en bout de chaîne, spécialement avec ce final ‘homo’ – un peu abusif et irrationnel mais c’est l’esprit d’irresponsabilité et de libertarisme qui exulte au mépris de toutes autres considérations ; même au mépris de la continuité identitaire d’un type, comme si suivre les pas de son parent ‘déviant’ ou ‘élargir son horizon sexuel’ était sain, naturel ou rentable. La cohabitation de cette vision un peu guillerette et optimiste avec un regard lucide sur les gens renforce le film, met à l’écart l’écueil du glauque bedonnant et moins sûrement celui de la niaiserie. (68)

This Boy’s life / Blessures secrètes *** (USA 1993) : Conventionnel mais bon ou excellent sur l’ensemble des points, relève plus du ‘teen movie’ existentiel (comme Boys don’t cry) que du biopic même partiel (dont on ne saura jamais mesurer la validité – que l’affaire se soit résolue de façon si guillerette rend soudain dubitatif, même si la lettre d’admission apportait une voie de libération objective permettant à cette comédie de la volonté libre et spontanée de s’exercer). Bons dialogues, fort émotionnellement, sans débauches de quelque sorte. Dynamité par les excellentes interprétations ; DiCaprio encore quasiment un enfant, à trois ou quatre ans de Titanic, montre un talent exceptionnel ; puis surtout Robert DeNiro est encore dans une de ses performances monstrueuses. Son personnage de sadique et semi-loser aligné est d’une précision délicieuse ; les autres aussi ont de belles qualités dramatiques (et des ombres toujours atténuées, spécialement maman l’impulsive). Si on se décentre de l’histoire et du cas du jeune homme pour s’intéresser plutôt à celui de DeNiro, le film peut tourner à la comédie glauque involontaire toujours plus jubilatoire – la souffrance et la fatalité perçues par Tobias en rajoutent. Les gens avides de cinéma pleurnichard et de dénonciation de la masculinité toxique pourront aussi y trouver leur compte – avec la conclusion c’est ce qui m’a retenu un mois avant de céder un 8- plutôt qu’un 72-74. Titre français déplorable. (76)

Dragged Across Concrete / Traîné sur le bitume *** (USA 2019) : Séduisant, dialogues et surtout casting excellent, mais dépourvu d’originalité comme une brave série B et peut-être inutilement long ; c’est entièrement raccord avec cette mode de la lenteur et des scènes ‘comme’ en roue-libre. Ce film pourrait donc être plus ramassé et efficace (surtout lors de l’épilogue), mais ce qu’il donne ne manque pas d’intérêt (la première heure) ni d’intensité (la suivante), grâce à son emphase sur les personnages au rôle clé, même s’ils sont passagers (comme celui de Jennifer Carpenter). (68)

Suggestions… Breaking Bad, Nip/Tuck.

Stockholm *** (US 2019) : Film PrimeVideo, comme The old man and the gun. La véritable prise d’otage a duré cinq jours, on en ‘ressent’ pas tant dans la prise en compte de ce film. Huis-clos plaisant centré sur une amourette impossible et prenant tout le monde de cours. (72)

Suggestions… Moi Tonya.

Elle l’adore * (France 2014) : Un film pas dynamique et bizarrement développé, au point qu’on a oublié de lui coller une fin digne de ce nom. Les premiers laissés en friche sont ces profils déjà basiques, portés par deux acteurs de qualité : Lafitte dans son rôle de sociopathe pas ou peu ‘pervers’ livre donc son travail habituel ; Kiberlain, d’abord en cruche hypnotisable mais qu’on devine ironiquement sauvée par sa petite et son étroitesse, campe un personnage plus à contre-emploi qui gagnera en densité, mais pas en épaisseur ; cette mythomane n’est qu’une baudruche – et tout dans ce film un mirage, même s’il donne l’impression de traîner d’obscures convictions (qui auraient peut-être pu mieux s’épanouir ou s’expliciter dans un roman – éventuellement en virant à la niaiserie amorale). (36)

Suggestions… Possessions.

Habemus Papam * (Italie 2011) : voir la critique. (28)

DTV> Hunger / Affamés ** (USA 2010) : Un huis-clos à la Saw vu de loin et sans doute aussi en principe, mais pas si gore ni machiavélique. Oublie de colossales évidences liées aux besoins et aux envies primaires concernant ces confinés de l’extrême ; ou n’y vient que tardivement et succinctement dans le cas de la formation de couples et du sexe. Beaucoup de gesticulations y compris verbales au début ; une dernière partie nettement plus concentrée. Le cas du responsable reste non-développé et son aperçu des plus plats. Diffusé en festivals en 2009, sorti en vidéo en 2010, début 2011 pour la France. Actuellement disponible sur PrimeVideo. (46)

Suggestions… Captivity, J’ai rencontré le diable.

L’express bleu / Le train mongol ** (Russie ou URSS 1929) : Lutte de classes et course mortelle dans un train 84 ans avant Snowpiercer – ici la victoire ouvrière est garantie, ce qui est plus ‘remarquable’ c’est de s’en remettre aux chinois [prolos] contre les [capitalist pig] anglais. Mélo laborieux qui se termine en comédie musicale ‘virile’. Une grosse démonstration, mouvementée mais ni palpitante ni interpellante faute de profondeur ; le montage survolté peut artificiellement secouer mais en-dehors de la scène de la danse l’inspiration est mal dégrossie. (52)

Looking Glass ** (USA 2018) : Un passe-temps décent avec Nicolas Cage présenté sous un jour des plus sérieux possible. Rien n’est tout à fait nul sinon le degré d’originalité, l’histoire est superficielle et le mystère largement éventé au bout d’une poignée de secondes fatidiques. La musique, les décors et les acteurs sont de bonne tenue voire carrément aimable ; tout autour est médiocre, mais en aucun cas exécrable – et loin d’être assez minable pour amuser les nanardophiles. (44)

Operation Petticoat / Opération jupons * (USA 1959) : Comédie interminable et niaise à bord d’un sous-marin. Fortement homo-érotique, avec ses ouvriers torse nu, ses dialogues curieux ou à sous-entendus ; puis les femmes n’arrivent qu’au bout de trois quart d’heure. Humour laborieux voire un peu pathétique, comme cette scène du cochon triste au maximum. Même avec le contexte puritain de l’époque et même si justement il le titille, ce film reste affreusement infantile, avec son ton à la fois gentiment paternaliste et ses aspirations hédonistes de petits garçons et de vieilles dirigistes dans des corps d’adulte bien soignés et socialisés. Je savais que Blake Edwards avait son nom associé à des inepties ou des films d’une lourdeur éreintante (comme le fameux The Party), je supposais et maintenant sais aussi qu’il a participé à des choses simplement débiles qui ne valent pas le coup pour le commun des spectateurs. (28) 

Blake Edwards… Victor Victoria, Diamants sur canapé, Allo Brigade Spéciale.

Suggestions… Underwater, La vie aquatique, Le chant du loup, L’aventure c’est l’aventure, Tu imagines Robinson.

Du jour au lendemain * (France 2006) : Un essai sur l’addiction au ronron de la lose du citoyen-bolosse intégré et la peur du bonheur : bien essayé mais immédiatement éventé et incapable de tenir et développer ses idées. C’est un peu original par son parti-pris mais simplement triste et déjà vu dans l’ensemble, avec un gros lot de clichés (peut-être à vocation humoristique, comme ceux concernant les espagnols). La scène où les gens se mettent à trop compter sur Poelvoorde est exemplaire de cette maladresse généralisée (peut-être s’agit-il aussi de superficialité) : c’est brutal, étroit, mollasson. Même dans les meilleurs moments on reste plus près de Walter Mitty que d’Un jour sans fin ou American Beauty. Un passage de comédie musicale gravement cheap. Le réalisateur est aussi celui des Femmes du 6e étage et d’Alceste à bicyclette avec Luchini, tout aussi doux, avec ce souci de ‘vivre une vraie vie’ gentillette. (38)

Charlie Says ** (USA 2019) : Le cas de la famille Manson sous l’angle des filles embarquées et aliénées. Bien écrit mais trop prudent et même un peu planqué concernant sa variété d’intervenants. (62)

Voir la critique de Vora.

The Void ** (USA 2016) : L’image est bonne, les références aussi, le reste patine. Scénario, dialogues et personnages sont essentiellement faits de clichés ou de trous d’air. Sur le plan graphique c’est joli et assez gratiné ; c’est plus musclé que la moyenne, mais comme ces démonstrations physiques et ésotériques sont le seul os à ronger, il faudrait aller plus vite et plus fort ! Une créature à la Ctulhu et une horde sectaire sont rapidement exposées, mais la première moitié proche d’une adaptation de Stephen King ne surprend jamais et donc tend à ennuyer passé la mise en place. La seconde partie sous influence Prince des ténèbres (avec un brin d’Hellraiser pour le final) est bien meilleure, mais l’impact émotionnel reste modeste et jusqu’au-bout l’encéphalogramme sera plat. (52)

L’appât *** (France 1995) : Malgré le discours convenu similaire à celui d’Haneke dans Funny Games, avec Scarface en ligne de mire, c’est probablement pertinent et réaliste, au moins concernant les humains et leurs petits commerces (avec eux-mêmes comme marchandises et trophées, ou détenteurs de trophées réduits à leur possession et à leur emballage). Les personnages sont parfaitement écrits et pensés, l’interprète principale oublie l’essentiel de la pudeur. On se doute de l’issue même sans tenir compte d’un faits divers vieux d’une dizaine d’année dont ce film se serait inspiré. Plus limpide que d’autres, aussi percutant que L.627, cet Appât arrive haut dans mon classement des Tavernier (nettement devant l’ensemble de ses productions ultérieures – mais je n’ai pas vu Capitaine Conan). (68)

The Intruder *** (USA 1962) : voir la critique. (66)

Colonel Chabert *** (France 1994) : Adaptation moins pathétique que le roman de Balzac (1832-1844), avec un énorme casting francophone. Depardieu pas furibard comme d’habitude, Luchini aussi un peu corseté par nécessité (Angelo réalisera en 2008 son spectacle Le point sur Robert), seule Fanny Ardant a la latitude pour se montrer expansive. Quelques acteurs fameux dans les seconds rôles d’affreux ou de laquais. Pas d’originalité mais mise en scène et narration sans fautes, avec des décors soignés et de beaux flash-back sur les champs de bataille. (68)

Les zombies font du ski * (Autriche 2014) : Forcément on en attend très peu et on est à peine déçu : ça reste bien nul. Comme nanar volontaire c’est routinier et banal, loin des outrances heureuses d’un Sharknado, loin de remplir décemment sa petite heure un quart. Hormis les effusions gores c’est inepte dans l’humour comme dans l’action. Dialogues et personnages sont minables, tiennent à peine en-dehors d’un premier jet de geeks éméchés. Les références sont évidentes et pauvres comme le reste. Le yodel aurait du être davantage exploité, comme toutes les autres ressources locales ; cela valait mieux que cette piteuse tentative de transformer la malheureuse de Paradis Amour en bavaroise badass, ou de donner dans la poésie décalée qui néanmoins provoquera son effet quand nous, spectateurs et vrais humains, auront connu une véritable attaque de mutants hostiles. La réalisation est cheap mais s’attache à leurrer quelques gros événements, comme cette explosion qu’on est censé ne voir que de loin avant de revenir sur les lieux pour assister à la lutte dans les décombres ; une telle ingéniosité a perdu de sa légitimité depuis un siècle. Bien sûr ce n’est pas infâme et repoussant comme La nuit des clowns tueurs mais le niveau est aussi bas ; et c’est trop tiède pour amuser (comme savait le faire Burger Kill) ou inspirer une espèce de consternation curieuse (comme Werewolves of the third reich). Au moins les films médiocres ou odieux peuvent agacer ; celui-ci va juste vous ennuyer à moins que vous soyez fatigué, désespéré, ou trop amoureux des détournements et du zombie. (24)

La mort de Louis XIV ** (France 2016) : Film manifestement de laïcard ou gauchiste de l’ancienne garde tendance sado-libertaire. Le film est techniquement irréprochable et d’une fidélité absolue à sa promesse dont on découvre rapidement le caractère obtus et pseudo-clinique ! L’expérience est à la fois bêtement divertissante et stupide. Aucune personne saine ou sereine n’a besoin ou envie de se farcir puis d’applaudir une telle démonstration. Dans le genre mieux vaut se tourner vers Amour d’Haneke ou La gueule ouverte de Pialat – même en terme de mesquinerie et de dégradation des ‘illusions’ humaines vous aurez votre compte. (46)

La vie sexuelle des belges 1950-1978, partie 1 *** (Belgique 1995) : Ce qui devait apparemment être le premier film d’un biopic en deux temps est devenu le premier d’une série de six films. Pour ceux qui aiment constater la réalité dans toute sa puanteur douillette, comique et déplorable : foncez ! Côté technique et direction d’acteurs, c’est modeste, parfois complètement miteux – mais on s’y fait vite, l’esprit vient vite surpasser les maladresses d’écriture et de présentation des dix premières minutes. Organisation et scénario à la fois malins et paresseux, pour un rendu un peu mou mais truculent. (68)

Camping Cosmos – La vie sexuelle des belges, partie 2 *** (Belgique 1996) : Où Groland peut choir et Strip-Tease se rhabiller. Le cinéma de seconde zone à son zénith, en train de juter sur son miroir. Davantage d’outrance et de gaudriole dans ce deuxième film, plus spécifiquement politisé avec ses animateurs culturels marxistes et/ou gauchistes (univers rarement traité au cinéma à ma connaissance). Moins de pathétique, plus de violence ; ce n’est plus le quotidien misérable mais les bas-fonds ludiques. Les acteurs ne sont pas nécessairement moins amateurs mais paraissent plus naturels, certains comme la fille de 13 ans sont pros. Le caractère biographique est moins évident et l’utilisation de Lolo Ferrari achève de tirer cette franchise vers l’allégorie grotesque. (72)

Battlefield Earth / Terre champ de bataille * (USA 2000) : Largement raté et plein de clichés, de conventions ringardes et de raccourcis piteux, c’est bien un nanar ; mais sa réputation invraisemblable n’est probablement pas tant due à toutes ces faiblesses manifestes ou ces ralentis grotesques qu’à ses liens avec la scientologie. La critique et les gens aiment se payer de mauvais films ambitieux et dès que la religion est de la partie, les pudeurs minimales sautent. Les spectateurs aptes à mettre ces filtres pourris de côté pourront s’amuser de Terre champ de bataille, de son abondance de bizarreries et de fautes de continuité, de ses dialogues redondants, des inconnues abyssales laissées en suspens ou mal traitées, du manque d’alchimie mais aussi d’écriture entre certains personnages (le couple en premier lieu) ; puis surtout de l’ensemble des interventions de Forest Whitaker et John Travolta, complètement grotesques. Au niveau de l’univers ce n’est pas si mauvais (d’où le démarrage potable), peut-être car Roger Christian fut décorateur de Star Wars et d’Alien avant de réaliser de nombreux films manifestement kitsch, dont celui-ci sera peut-être le seul à passer à la postérité grâce aux amateurs de ‘mauvais films sympathiques’. La réalisation a une facture typique de la SF soap, ce qui peut la rendre agréable mais plus difficilement estimable – et l’abus de volets pour enchaîner nuit gravement à la patience du spectateur le plus indulgent. Enfin on pourrait sauver la tentative d’exprimer un propos sur la mauvaise foi flagrante d’une ‘espèce supérieure’ envers une inférieure dont elle refuse de considérer les réalisations voire les simples démonstrations.. (42)

Suggestions… Dune, After Earth, Independance Day, Matrix Reloaded.

Tetarti 04:45 / Mercredi 04:45 * (Grèce 2015) : Polar lourdaud, genre bling-bling des ‘bas-fonds’ crapuleux. Musique et photo ‘stylées’, narratif bête et sérieux, humour et logiques ras-du-bitume mais ‘propres’ sur eux. Pas compris l’intérêt des chapitres – probablement un gadget de plus. (36)

Une si jolie petite plage ** (France 1949) : Drame sombre tourné sur les plages normandes, avec une fausse pluie persistante. Avancé, affecté et appliqué concernant le casting, les dialogues et les effets techniques, minimaliste concernant le scénario. Pas loin d’être cynique en plus d’être tragique, d’où cet avertissement contraint pour protéger l’honneur des ‘pupilles de la nation’ [en rappelant à m’sieurs-dames qu’elles sont pas toutes criminelles et donnent même parfois des médecins ou architectes]. (62)

Neruda ** (Chili 2016) : voir la critique. (48)

L’homme qui en savait trop peu ** (USA 1997) : Bill Murray en semi-Bean passant grâce à sa chance et son insouciance pour un génie du banditisme et un manipulateur sensationnel. Comédie simple et efficace, qui n’aurait plus que sa bonne inspiration avec des acteurs plus fades à la place du couple principal – mais aussi avec une réalisation moins savante, qui manifestement sait relever le niveau quand les blagues ou les ressorts planifiés par le scénario sont moyens ou médiocres. Le film ressemble à plusieurs comédies britanniques de l’époque sans se perdre comme elles en bavardages. Réalisé par Jon Amiel, dont j’ai apprécié Haute Voltige et surtout Copycat. (62)

Tant qu’il y aura des hommes *** (USA 1953) : Sur l’adultère et les tentations d’évasion individualistes et amoureuses de la part de gens engagés dans (les hommes) ou pour (les femmes) l’armée. Réalisé par Zinnemann un an après Le train sifflera trois fois. Casting monstrueux, avec ses deux ‘couples’ puis Sinatra et Bornigne dans des rôles secondaires. Apprécié à l’époque et multi-oscarisé probablement parce qu’il percute l’armée (bien que les brimades soient fadasses au possible quand on pense à Full Metal Jacket) ; mais ses qualités sont réelles, l’écriture et les enjeux assez adultes pour convaincre un public un peu blasé, l’érotisme assez corseté et compartimenté pour apporter un contrepoint glamour à cette ambiance matérialiste et sévère. Malheureusement la réalisation et peut-être le film en tant qu’adaptation sont un brin paresseux et la conclusion pas solide. (64)

Four rooms / Groom Service * (USA 1994) : Film à 4 sketches, le troisième tourné par Rodriguez, le dernier avec Tarantino. Le jeu de Tim Roth laisse pantois, trouve peut-être sa source dans des ringardises plus anciennes que La Panthère Rose, inspiration probable du générique. Rarement une interprétation aura été aussi consternante de fausseté ; même dans les films pour enfants on ne voit pas de tels tics si étriqués et abondamment répétés. Au moins ce détail rendra mémorable ce spectacle rarement drôle, démesurément bavard, lent malgré son hystérie (hystérie plutôt ‘masculine’ la plupart du temps). Le premier sketche est inepte mais pas désagréable et finalement pas plus aberrant que la suite, le deuxième sketche avec son drame psychosexuel est de loin le plus lent et rebutant, le troisième avec Banderas surjoue la carte ethnique. (38)

Suggestions… Les sorcières (1990), Une nuit en enfer, Kingsman, The Grand Budapest Hotel.

Viral *** (USA 2017) : Film de contamination donnant l’occasion à des zombies mutants de s’illustrer ailleurs que dans des comédies ou du bis flamboyants. Taillé pour me plaire : j’accroche au style, à cette photo chaude et orangée, j’aime forcément l’ambiance et les ingrédients. Ce n’est pas irréprochable sur le fond mais une suite, ou un simple épilogue, pourrait tout arrondir rapidement avec quelques éclairages concernant la nature de la maladie. (72)

Kiss Kiss Bang Bang ** (USA 2005) : Comédie policière impudique, racoleuse (à la fois cynique et flagorneuse envers le public) et cousue de clichés (ceux relatifs aux vieux attouchements sont malvenus et pas justifiés par la semi-parodie), tirée vers le haut par ses interprètes et personnages. Très lourd avec ses petites farces méta mais c’est pardonnable par rapport à la concurrence et dans la mesure où la mode démarrait. Proche de Guy Ritchie, peut-être encore plus vulgaire mais moins kikoo-affranchi. A pu inspirer la série Castle. (56)

Faute d’amour * (Russie 2017) : Oh la la que le monde contemporain est froid et que les gens sont absurdes et ingrats surtout les bourgeois. Oh la la que l’homme est blasé et amorphe et comme sa femelle est rageuse et comme cette désolation ne date pas d’hier (la visite chez la mère, grotesque mais seule scène vivante du film). Observons-donc cette triste réalité avec langueur et distanciation – et probablement beaucoup de complaisance. Profitons de l’occasion pour satisfaire en loucedé nos petites envies en sensationnalisme que nous n’assumerions en aucun cas sinon – nous ne sommes pas dans du vulgaire cinéma d’horreur ! Et au terme de démonstrations pachydermiques on subit le regard face caméra de la femme banalement abjecte. Oui ce film illustre bien l’absence d’amour et l’absence tout court, l’absence de sens à la vie, l’émoussement de la vitalité ; il ne fait rien de neuf et ne sait que déplorer sans y toucher. Marre de ces films pompeux, superficiels et passif-agressifs. Que leurs auteurs retournent consulter Le septième continent et passent à autre chose ; un cinéma plus dramatique posant des alternatives ou au moins des issues à la triste condition d’humains vernis qui s’ennuient, par exemple. Marre de ces gens et de ces œuvres pleurnichant sentencieusement en pensant rejouer du Bergman ou atteindre de pédantes hauteurs tarkovskiennes. (38)

Mon nom est Clitoris * (Belgique 2019) : voir la critique. (22)

Le professionnel *** (France 1981) : Le fameux film d’action de la grande époque du Belmondo ‘bad boy’ et/ou flic (pourri), avec cet air insistant [Chi Mai de Morricone] dont une pub canine a ruiné la crédibilité dès 1986. Le héros badass ressemble à un cousin libertaire ou ‘dissident’ de Rambo (sorti en 1982), plus fort que ses traumatismes, d’une adaptabilité à toute épreuve. Le film est caricatural et racoleur voire nanar plus qu’aux entournures ; quand même un plaisir. Du bon même dans le mauvais et l’outrance – plaisir coupable ou ringard selon les occasions. À l’image de cette fin, lourde mais pas pour rien, en remettant un coup contre les services et le cynisme de l’État (français mais aussi abstrait ou générique ; pour le particulier c’est la ‘Françafrique’ pour le général la raison d’État). Si vous cherchez un bon candidat pour dénoncer la culture raciste [attention dans certaines scènes le mal et l’exploitation s’exercent en-dehors des nations ‘blanches’ ou ‘jaunes’], misogyne [les femmes sont rares et faibles au cours de la séance], lesbophobe [cette scène de la baignoire !] et l’idéal de l’aventurier macho héroïque, ce film va vous régaler – pas autant bien sûr que si vous considérez ces qualificatifs exagérés mais que vous aimez ça. (66)

Paterson ** (USA 2016) : Du Jarmusch qui ne défrisera personne et laissera dans l’expectative les nouveaux entrants – qu’ils voient plutôt Ghost Dog, Dead Man, ou même Stranger than Paradise pour des choses plus représentatives. Toujours aussi décontracté et pauvre en scénario comme en conflits, mais plus humainement consistant et donc plus sûrement sensible. Refus du drame comme de la tragédie, de la part du réalisateur comme du protagoniste. Sans les estimer j’ai apprécié les personnages, leur indifférence aux pressions extérieures et leur existence mi-végétative mi-bohémienne sans tambour ni complexe, ainsi que cette tentative de relever la poésie dans le quotidien où s’engluent des damnés modérés et civilisés vivant malgré la médiocrité dans le confort standard. Des jolis plans et une jolie volonté pour une version intello, affinée et différemment futile de cinéma amoureux des poètes de l’ombre et/ou losers magnifiques (même si celui-ci et ses camarades n’en seront que d’un point de vue ‘socialement objectif’). Condamné à une certaine inanité par sa vision angélique des êtres humains et certains petits tours faciles et un brin stupides ou crémeux (avec la gamine ou le chien) – le tout en restant adulte, sans niaiserie (mais avec tout de même des effets bien pourris lors des déclamations intérieures et des cameos lourdauds). (56)

Suggestions… Neruda, Le feu follet, The Big Lebowski.

Harmonium ** (Japon 2016) : Sur les remontées de haine et de désir de violence envers ses proches immédiats. C’est correct mais potentiellement un film raté, je ne sais trop à quel degré (et j’en fait le 12e de ma liste « Les immenses gâchis »). Les partitions sont médiocres, dramatiquement c’est à la fois profond et con, les acteurs bons, ‘ça’ ne prend pas. On dirait du Haneke sans la quantité d’aigreur et de foi en ses conneries. Ça ne dégouline pas, ça se veut et c’est malaisant mais ça s’oubliera rapidement (sauf pour les images chocs avec les corps plus ou moins dépourvus de vie) ; trop d’expectative et de mystères misérables pour des réalités dont on se fout poliment après tout. Oeuvre de dépressif(s) très ‘conscience-professionnelle’ ayant trouvé plus passionnant en chemin ? (44)

Jeune et innocent ** (UK 1937) : Un autre de ces films pas déplaisants ni complètement ordinaires mais finalement anodins signés Hitchcock. Cette fois il flirtait avec la comédie policière, d’où plusieurs scènes, final compris, laissant dubitatif ; d’autres prêtant à sourire, pour des raisons burlesques (les deux policiers bourrus invités à monter à l’arrière avec les cochons) ou de ‘mœurs’ (la mère [?] de la sauveuse). Le véritable tueur est bien sûr un désaxé au rire tordu (en plus il pratique le Black Face !) et aux motifs évanescents.. sommes-nous censés être glacés, amusés, rassurés par cette représentation pleine de bon sens, tout cela à la fois ? Livré par arte et arteTV avec sa VF surfaite, spécialement grotesque et énergique lors de la scène d’ouverture. (52)

Diplomatie *** (France 2014) : Je l’ai regardé à cause du réalisateur et une fois encore il pose des bonnes questions, se soucie de l’essentiel : la conscience individuelle, la consistance et la vérité d’un être et plus spécifiquement des êtres objectivement les plus arrachés à eux-mêmes, par le devoir d’État (national ou diplomatique). Forcément nous arrivons avec le souci de préserver Paris et/ou le refus de la destruction, mais le film sait tenir compte du point de vue du militaire, reconnaître ‘passivement’ sa validité, tout en intégrant les à-côtés cyniques à son logiciel (et ces ‘contradictions’ [cristalisées en la Spippenhaft] qui n’en sont qu’en raison de nos têtes pourries par l’hystérie collective et la diabolisation) ; quand on aborde une guerre et en particulier cette guerre, c’est assez rare. Bien qu’en-dessous des 90 minutes le film semble encore un peu long, il aurait fallu s’autoriser quelques libertés supplémentaires ou simplement des scènes d’action plus étoffées – en prenant le risque de gâter l’ensemble. Comme il est tiré d’une pièce et que ses dialogues sont excellents, il fallait un duo charismatique ou magnétique ; difficile d’imaginer de meilleurs supports qu’Arestrup [surtout] et Dussolier (d’autres directeurs d’acteurs auraient probablement pris un général plus raide et borné, un consul plus mielleux). Pour le reste, n’attendez de grands effets de mise en scène, d’originalité ou de pédagogie historique de ce film, sous peine d’en sortir consternés. Vous aurez tout de même les images d’archives [laissées en noir et blanc] pour entamer et clore le film, puis « J’ai deux amours » accompagnant le générique de fin : les publics scolaires et les amoureux de Paris ne seront donc pas perdus. (72)

HS : D’ailleurs je classe ce film en ‘Cosmopolitiquement correct’ et l’ignoble scénographie à l’Ossuaire de Douaumont pour le centenaire de Verdun a prouvé que Schlondorff, comme beaucoup de gens moins sensibles que lui, plaçait plus haut son pacifisme ou du moins son mépris des faits militaires que le respect pour les morts, les sacrifices peut-être idiots mais en tout cas accomplis, les références d’une nation pourtant voisine de la sienne (voire la sienne en pratique).

Le Chemin du passé / I’ll Follow You Down * (Canada 2013) : Difficile de croire que ce soit si récent. On croirait voir un téléfilm plus vieux de dix à quinze ans, avec sa photo sombre à la fois ‘rassurante’ et repoussante, sa dramatisation raide et sirupeuse, ses grands plans susceptibles de changer le monde et la connaissance. Le principe interpelle et il y a de bons moments, des échanges graves, mais on sait d’emblée que ces grandes possibilités vont être ratatinées voire niées au bénéfice des sentiments et d’une morale pro-famille conservatrice et/ou universellement religieuse. Ce n’est pas un mal mais cela relève d’un certain nihilisme : en-dehors de ses proches et des traditions, rien ne serait tellement important ; soyons humbles et évitons de repousser les limites quand bien même nous en aurions les capacités. Ce n’est pas si idiot ni infamant mais cette morale doit bien s’incliner quand s’offrent de si grandes opportunités pour l’Humanité ; d’où l’impression, confortée par l’absence d’humour, de contempler un film à la fois profond et dérisoire. Un peu comme Diplomatie ce Chemin du passé met en relief les tensions entre les nécessités personnelles et l’implication dans des projets où le ‘soi’ disparaît ; mais dans ce cas c’est pour ramener à la poursuite du père (comme dans Contact) et du bonheur familial, avec les autres considérations finissant leur course en simples obstacles à ce contentement. Je retiens ce film comme un exemple d’Individualisme et de Conservatisme poussés à leur comble (sans être extravagants, simplement intransigeants), par ce dédain pour le sacrifice de sa ‘petite vie’ au bénéfice de toutes sortes de progrès ; classé dans ma liste « Cinéma & Politique ». (42)

Sabotage / Agent secret *** (UK 1936) : Un nouvel opus des débuts d’Hitchcock, avant Une femme disparaît, après Les 39 marches et L’homme qui en savait trop. Je suis plus client de celui-ci, avec ses personnages ‘borderline’, hors-la-loi ou la morale dès le départ ou à cause de leur entourage, ces jeux de responsabilités qui les travaillent tous. Même si le récit [tiré d’une nouvelle de Joseph Conrad] est court, cet activiste sacrifiant sa propre sécurité et celle de ses proches est fascinant, sa conjointe vivement pathétique ; un beau couple tragique mal assorti et servi par des fortes gueules. La mise en scène est par endroits remarquable, au service du suspense ou de sous-entendus déstabilisants (scènes de la bombe ou du train, scène fatale du dîner). Cet Hitchcock britannique m’est donc apparu moins quelconque et ennuyeux, plus assuré dans ses initiatives, que Jeune et innocent. Le titre VF Agent secret crée la confusion avec Secret Agent (en VF Quatre de l’espionnage) sorti quelques mois avant ; le titre VO avec le futur Saboteur (en VF Cinquième colonne). (68)

Bugsy Malone ** (UK 1976) : L’initiative est originale et même téméraire ; les ingrédients sont des plus rebattus. Le défi est relevé, la direction d’acteurs et plusieurs jeunes acteurs sont d’une qualité inespérée. Pourtant c’est l’ennui car le film ne s’émancipe à aucune seconde de la parodie ; à quoi bon rejouer le programme des autres ? À initier les enfants au cinéma de gangster, supposé trop violent pour un spectateur de 12 ans ? Le problème c’est que, malgré de bons dialogues du couple principal, rien ne pèse et rien ne surprend ; tout peut arriver ou échapper, peu importe ; mais rien ne va arriver qui ne soit déjà largement encadré. Alors quand en clôture on décide que les tartes à la crème ne sont que ce dont elles ont l’air, on se dit qu’on aurait mieux fait de naviguer d’un numéro musical à l’autre – pour le son plutôt que pour les chorégraphies type ‘spectacle de fin d’année’, sans parler de la façon dont le scénario se raccommode à ces moments. La VF rend ridicule certains personnages mais s’efface lors des moments musicaux. (52)

L’homme à la Buick * (France 1968) : Comédie douce soporifique avec Fernandel mille fois moins à sa place que son personnage lui-même imposteur. Casting énorme (Piéplu, JP Marielle, Lonsdasle), partitions à fort potentiel, résultat inepte sans devenir désagréable. Dialogues potables. Une perte de temps manifestement diffusée en HD par France 3. (32)

Suggestions… Pour 100 briques t’as plus rien + Tenue de soirée + Quai des brumes.

La tour de Nesle ** (France 1955) : Très proche de l’ambiance des films de cape et d’épée de l’époque. C’est très bavard, pompeux, superficiel, mais aussi assez mouvementé et violent. C’est aussi très carton-pate avec rarement les moyens ou le culot de tenir ses promesses (en premier lieu, mais qu’importe car on s’en doutait, les plus sulfureuses) ; si au moins la politique, même en pure projection, pouvait se mêler aux intrigues.. peut-être s’ennuierait-on moins. Mais le film fait du surplace pendant que son récit gesticule, jusqu’à ce dénouement de mélo criard pénible. L’interprète de Marguerite de Bourgogne se donne beaucoup de mal. (46)

Suggestions… Le masque de la mort rouge + Othello.

Marie-Octobre ** (France 1959) : D’un tiers trop long et redondant. Manque d’éléments cruciaux, ne serait-ce que concernant le seul suspense. La dernière partie joue avec les mêmes hypothèses de coupable et un tout petit nombre d’enjeux. Le passage en revue des embourgeoisements est de loin plus convaincant. (58)

L’amant de Lady Chatterley ** (France 1955) : De bonnes répliques et de jolis moments – de vérité ou de sensualité (je préfère les premiers). D’une intense lourdeur dans sa démonstration ‘libertaire’ et les psychologies, comme dans la mise en scène quand soudain elle décolle. Les enjeux et les conflits sont importants mais pour le moins réduits et le récit pas loin de l’inertie. Les effets de l’engagement seraient aussi intéressants à voir que la route vers celui-ci ; encore une fois le film s’arrête quand le meilleur commence – le moins romantique probablement, avec la mise à l’épreuve de cette autorité de l’attraction et du désir sur la vie humaine. Le film gagne à être complaisant envers cette polarité hédoniste et féminine pour mieux la représenter, mais forcément il s’en tire avec une insouciance en rien obscène, mais irréaliste et certainement stérile. (58)

Cheech & Song : Still Smokin’ ** (USA 1983) : Un des films des humoristes Cheech & Song, parmi cette longue série suivant leur premier succès Up in Smoke/Faut trouver le joint. Comédie potache, laxiste et chargée ; ou stoner movie énergique. La construction est douteuse : le pseudo-scénario s’étiole et est dégagé au profit des sketches à la moitié du chemin. Mais l’essentiel est ailleurs et on est plus près du spectacle enregistré et étoffé pour l’édition DVD. Les performances sont bonnes et Cheech Marin toujours parfait dans ses personnages diversement grotesques. Ça vole très bas (avec une préférence pour l’étage du minable) et ça ne rompt pas ; l’ennui suit le respect dans la tombe. (56)

True Colors / Le jeu du pouvoir *** (USA 1991) : Sur l’arrivisme et le cloaque que constitue le milieu politicien. Le film est un brin candide concernant ses propres personnages mais dans l’ensemble il tape juste – et d’un point de vue strictement dramatique ça lui est bénéfique. À l’image du héros positif (par James Spader), il n’en fait pas trop et ne se laisse pas griser ou dégrader par le cynisme (ou sa dénonciation, ou un quelconque moralisme baveux). Le cas concret est assez étoffé, la démonstration assez précise, les motifs assez généralistes pour que le film garde du sens tant que la politique politicienne n’aura pas été dépassée ; il faudra alors reconsidérer la chose en fonction des artifices remplaçants. La forme pourra agresser un public de bon goût ; l’enrobage bien kitsch et d’époque, la bande-son un témoignage remarquable de cette ère d’ambiances et musiques d’ascenseur ou tapis roulant – Herbert Ross est plus connu pour Footloose. (72)

Le festin de Babette ** (Danemark 1987) : L’hédonisme conservateur-traditionaliste illustré. Apprentissage d’un chapitre du sens de l’existence pour des protestants normalement crispés : la grâce n’est pas que dans l’austérité et la repentance, aussi dans les satisfactions et joies de la vie ; avant le monde d’après il y a ce monde d’avant, sans l’adorer nous devrions savoir l’apprécier. Le film est bien conçu, intimiste et sans excès, pour une séance tranquille et doucement sensible. Le choix de la française reste stupide d’un point de vue économique ou simplement individuel – sa capacité de générosité vient de disparaître en même temps que celle de pourvoir à son égoïsme. Ce point continue à me gêner et limite donc ma note ; j’acceptais plus facilement ce mélange de religiosité policée et décontractée, cette passion d’humilité (qui ne va pas sans petites mesquineries) et naturellement cette fermeture au monde. (62)

Le corsaire noir ** (Italie 1976) : Une des adaptations d’un cycle de romans considéré comme anticolonialiste (le plus fameux de ces personnages et cycles signés Salgari est Sandokan). Proche des films d’aventure hollywoodiens et au début d’une bande-dessinée. Beaucoup trop long, épuise vite ses cartouches au niveau des personnages et du scénario. (48)

125 rue Montmartre *** (France 1959) : De la comédie au polar vicieux en passant par le drame psychologique : une bonne séance pleine d’affabulations, de manipulations – à l’étage individuel et dont on ne sait trop ni la nature, ni les intentions véritables. Le pleurnichard est joyeusement exaspérant mais le bourru n’est pas mieux : les deux s’échauffent et se poussent à bout. Un tel tandem a pu participer à l’invention de François Pignon et de L’emmerdeur, où le même Lino se coltinera Jacques Brel. Seul problème : tout ce montage tient à peu de choses, le film a peu de réserves, sa courte durée nous évite donc probablement des déconvenues sinon un gentil dégonflage. (66)

Gun Fury / Bataille sans merci ** (USA 1953) : De Raoul Walsh, avec Leo Gordon le filouté de The Intruder. De bonnes scènes en extérieur dont l’effet est passablement laminé par les plans de papier pour les fuites de diligence. L’écriture est bien épaisse et donne lieu à quelques dialogues savoureux de lourdeur ou de crétinerie mielleuse (via Rock Hudson). Morale ‘freedom’ vaseuse bonne pour la pose et cadenassée par la véritable orientation, la ‘fleur bleue’, pas absolument sage ou docile mais résolument gentillette et auto-satisfaite. Rien de dégoûtant, rien d’attachant (ou si vaguement) – on oublie vite ces séances-là, de ‘bons’ moments de faible intensité. Sous l’1h30, tourné en 3D et Technicolor. (52)

L’espion qui venait du froid *** (UK 1965) : Espionnage de basse intensité avec abondance de dialogues (certains un peu ronflants au début). Protagoniste amer, dans l’auto-dépréciation – un aliéné qui ne croit pas ou plus en lui ni en rien, n’a ni passé ni futur ni acquis à son compte. C’est potentiellement ennuyeux mais aussi captivant, si on est sensible aux ‘films noirs’, aux antihéros adultes, aux intrigues cyniques sur fond géopolitique. Adapté de John Le Carré. (68)

La Menace *** (France 1977) : La première moitié est séduisante (fait parfois penser aux belles heures du bis italien de l’époque), la poursuite de l’enquête bien plus poussive (le scénario devient trop démonstratif, le commissaire n’affiche que des facettes médiocres ou de demi-abruti complexé). Des plans superbes (dans la région bordelaise et en Colombie-Britannique) et sur le tard du ‘gros spectacle’ avec cette traque mutique d’une vingtaine de minutes. Jeu intense de Marie Dubois en femme désespérée et vengeresse. En-dehors des scènes excellentes avec elle, le film aurait gagné à être raccourci ou plus rapide. Acteurs assez brillants, Montand dans le polar et les configurations sombres et sans baratin est définitivement plus convaincants. (66)

Alain Corneau : Police Python 357, Série noire, Le choix des armes, Crime d’amour.

Le monde de Charlie ** (USA 2012) : Plutôt poignant sans être renversant, casting excellent, enrobage un peu nostalgique, avec même quelques effets de montage ‘criards’ eux aussi typiques des alentours de l’an 2000. Fin pas à la hauteur qui laisse sur un sentiment de superficialité voire de gâchis ; presque tout est laissé en plan sous prétexte de fin d’année scolaire. Le recours au traumatisme est d’un triste conventionnalisme et assez pleutre, même si l’illustration de ce cas précis, avec les amnésies et cette sorte de ‘confusion’, est légitime. Pourrait-on simplement aborder les phases difficiles du développement humain sans aller chercher des accidents outranciers ? Pourrait-on accepter que les événements sales et les expériences malsaines ne sont pas nécessaires pour expliquer bien des maux, des bizarreries, ou même des petits décalages ou des souffrances ? Cette incapacité à dépasser les masques rend le film vain ; à quoi bon montrer l’Humanité dans sa lâcheté, relever des traits et des manières si décisives, si c’est pour se planquer derrière ‘l’exception’ ? Simplement car cette œuvre est aussi un produit-doudou, une sorte de bonbon pour les ados ou ex-ados qui se sont sentis ou ont été exclus par les autres ou malmenés dans leurs premiers contacts avec la vie – mais avaient, forcément, beaucoup de charme et de talent. (62)

Meurtre au soleil *** (UK 1982) : Sûrement un peu moins bon que Mort sur le Nil mais pas moins plaisant. Les voix françaises tendent au cartoonesque, flattant la légèreté bigger-than-life du ton. Retrouver celle tonitruante de la vieille dans Tom & Jerry le film m’a rendu spécialement réceptif. Des dialogues curieusement crus voire salaces ! Seule réserve sérieuse : la tactique de Poirot pour boucler l’affaire pouvait être anéantie par un minuscule incident. Sinon l’enquête et la mise en scène sont carrées, laissant de nombreux indices qu’on peut repérer facilement sans savoir les déchiffrer avant la résolution. (72)

Scrooged / Fantômes en fête ** (USA 1988) : Une poignée de scènes potentiellement mémorables quand le film pousse à fond dans le fantastique. Un loukoum de mongolos contents de se tenir chaud en guise de fin. Film de l’alcoolisme joyeux. Les fans de Murray ne seront pas déçus par son jeu hystérique ; ils peuvent loger des espoirs dans son personnage mais pas dans le scénario ni le traitement qui lui est réservé. L’entrain de la comédie et des interprètes permettent de digérer en douceur la moraline ; car on est bien dans une énième sérénade prônant l’humilité et l’esprit de Noël, seulement le ‘salaud’ est notre héros et on le sent trop vivement racheté d’avance. (52)

Shiraz ** (Inde 1928) : Film romantique utilisant le Taj Mahal pour tailler une conclusion fleur bleue (le prince et l’amour d’enfance, soudés et apaisés, rendent hommage à l’ex-esclave et impératrice morte précocement). Tournage et équipe indiennes, mais réalisateur et financement allemand ; probablement raison pour laquelle nous parvient. Long à développer mais pas nécessairement plus que le commun de l’époque et sans trop ennuyer. (54)

Miss Daisy et son chauffeur ** (USA 1989) : Un film de ravis de la crèche avec peu de politique bien que la ségrégation soit de la partie – et même un discours de Martin Luther King, qu’on ne voit pas. On a droit à une scène suggérant la proximité des difficultés entre mamie juive allemande et papy descendant d’esclaves ; même à cette occasion le focus est sur l’individu et pas la société. On ne risque pas de dépasser les clichés avec ce Miss Daisy et son black souriant, plein d’entrain en théorie comme en pratique, peut-être légèrement déficient ou niais (contrairement à son employeuse qui est seulement une conne pontifiante) – interprété par Morgan Freeman censé avoir près de 70 ans !

Mais ce film est surtout une jolie histoire de vieillesse et de femme planquée inapte à regarder ses vérités, d’où ses ratés décisifs et un rabougrissement de l’esprit. Son ego est probablement le premier responsable de sa dégénérescence finale. (58)

Le jouet ** (France 1976) : Le postulat est excellent, on a immédiatement compris où le film veut en venir et lui n’a aussitôt plus rien à nous dire. C’est mou, carré, forcé. Gentiment amusant et convaincant. Les scènes tendues avec le patron et la mise à l’épreuve de la dignité de ses sujets auraient suffit. Celles avec Pierre Richard resteront difficilement en mémoire mais on risque moins l’ennui qu’avec son Distrait ou toute autre franche comédie loufoque ; le film n’a donc pas les moyens de ses ambitions mais il en tire bien un bonus, un ‘supplément d’âme’. Pour des films sur la déshumanisation et malgré une poignée de dialogues bien sentis dans celui-ci, je recommande plutôt les films de Bunuel de cette époque ou le récent Chien avec Macaigne. (52)

Paris brûle-t-il ** (France 1966) : Pas une ombre sur Paris ! Ni en son sein, ni dans son passé récent ; il n’y a que des hommes et des femmes bien braves déjà au bout de la pente de la Résistance. Ce triomphalisme obtus a ses vertus pour l’ensemble du champ social et politique : on ne peut lui reprocher de jeter de l’huile sur le feu. C’est de la propagande bien française, sans méchants ni conflits internes, terrienne mais artificielle, toute en joie démonstratives et gouaille cadenassée. Que le PCF soit également partie prenante achève peut-être de neutraliser tout élan un peu riche ou sincère. Certains acteurs déjà reconnus mais bientôt des plus éminents y apparaissent dans de pauvres rôles et sont douloureusement faux, Belmondo au garde-à-vous est en pleine gêne et Montand est déjà dans une posture de pseudo-populeux héroïque. Les acteurs américains ont l’air naturels, Kirk Douglas comme tant d’autres s’oublie rapidement, Perkins après Norman Bates (Psychose) est relativement magnétique. De jolis mouvements de caméra et une mise en scène grand angle, pourtant on pouvait donner au film dix ans de plus sans que ça paraisse trop louche. (46)

Jennifer 8 ** (USA 1992) : Il ressemble bien aux thrillers de sa décennie mais plus encore à ceux coréens sortis dix à vingt ans plus tard. Convaincant sur le rayon polar et celui des sentiments. La trentaine de minutes précédant la conclusion est très différente, la mise en accusation d’un des personnages principaux rapproche le film de tunnels conventionnels dans le genre, avec faux doutes et interrogatoires interminables – même sur ce terrain le film s’en sort en remettant en jeu la relation entre l’aveugle et l’enquêteur, en jouant de ce qu’elle peut avoir d’inconfortable voire de trouble dans un œil extérieur. (72)

CACHE *

30 Mai

1sur5  Caché a été réalisé en 2005, à la fin de la période française de Michael Haneke qui a notamment connue son très sinistre La Pianiste, où la laideur agressive de son style exulte. Il met Daniel Auteuil (devenant alors une figure du thriller hexagonal avec 36 quai des orfèvres et L’adversaire) aux prises avec un corbeau lui laissant des cassettes montrant l’extérieur de sa maison, puis se faisant de plus en plus précises et intrusives, jusqu’à rappeler des temps anciens de sa vie.

Haneke n’aura jamais autant caché son jeu : mais il en a un ici, contrairement au Temps du Loup. Qu’est-ce qui est planqué ? Une vengeance, un motif. L’essentiel du film est insipide. Haneke fait son étude de cas, avec une froideur clinique, prête son point de vue à un semblant de caméra cachée. Le résultat est un sous-Haneke par lui-même, où s’est perdue cette énergie retenue si caractéristique.

Cela va casser tout ce Caché mais tant pis : dans ce faux thriller, Haneke présente une métaphore de la mauvaise conscience du bourgeois français des beaux-quartiers parisiens. Cette mauvaise conscience a un objet particulier : le traitement des immigrés algériens par d’ingrats employeurs français. La fibre humanitaire de Haneke ne sera jamais aimable et ici elle est soutenue par une scène primitive plutôt ambiguë.

Ces finalités là sont avouées et réglés en une apparition. Le geste d’Haneke est aussi pauvre que démonstratif. Il n’exprime quasiment rien sur son sujet et le justifie au travers de ce mystère insignifiant. Le gadget du plan extérieur n’a strictement aucun intérêt, en tout cas présenté en plan-séquence au bout de la troisième fois. Les pauses théoriques relèvent du gag et n’engendrent rien. Le spectacle a sans doute un charme hypnotique mais à l’arrivée, c’est comme si Lost Highway avait choisi la voie de la nullité.

Au mieux Haneke illustre comme il se doit sa petite histoire : comme Auteuil est présentateur d’une émission littéraire, le spectateur est gratifié d’un court passage en salle de montage et d’une scène de tournage lapidaire. Comme ces étranges vidéos inspirent forcément une certaine angoisse, les engueulades du couple formé par Auteuil et Binoche s’enchaînent. L’utilité de cette dernière consiste à émettre des spéculations à l’arrache, toujours contrariées par son mari taciturne, face à l’antagoniste invisible.

Note globale 32

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Note ajustée de 31 à 32 suite aux modifications de la grille de notation.

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L’IDÉAL *

7 Mai

1sur5 Auto-adaptation de Beigbeder [de son roman Au secours pardon99 francs] pire que lourde, niaisement et furieusement provocatrice. La configuration est typique : on subit ces gens merdiques, infects, abjects et l’ouvrant à fond ; puis ils chialeront s’ils subissent une véritable pression ; mettent déjà en avant leurs raisons pour se faire pardonner au cas où la victoire ne vient pas. La seule qualité du film est de refléter ingénument cet esprit et ces personnes constamment en train de se vouloir (et s’avérer) odieuses tout en se cherchant des cautions et se mettant de côté des parachutes (ou nouvelles cartes blanches). La mise en scène est donc positivement pathétique avec les ajouts et arrêt sur des scènes ne servant qu’à montrer combien notre héros sait être un connard. Le cynisme surfait affecte le piteux humour, tout est insipide et navrant, factice et nul, incapable de cerner au-delà de leur propre médiocrité ces nantis lamentables. Le personnage d’Audrey Fleurot (une ‘Winfield’) est pathétique et s’améliore grâce à la drogue, celui de Jonathan Lambert est finalement le plus pittoresque ce qui a le mérite de cerner immédiatement la misère du programme.

Pourtant le plus malheureux dans ce purgatoire n’est pas son espèce de complaisance mi-honteuse mi-crâneuse, c’est plutôt ses tentatives de jouer les redresseurs de torts. Outre ces pauvres remarques sur le racisme présidant au choix d’égéries blanches (dites « caucasiennes » pour avancer masqué), déjà démoulées dans 99 francs avec Dujardin, le film donne carrément dans le point Godwin. Et comme si le filon était génial, il en rajoute – sur ces modèles mettant la pression, induisant l’uniformité donc la nazification, prétexte à recycler des vannes autour d’Hitler (les bourdes de la fille s’excusant pour sa sextape sont un sommet de trolling entrée-de-gamme et ringard). Il y a bien quelques parties crues et justes sur le ‘travail’, parfois avec Proust, souvent avec Lambert, mais c’est tellement tiède, court ou banal, comme ces justifications sociales aux mesquineries et arrangements ordinaires (le patron achète 51% français, chez son « ami Bernard Arnaud »).

Fatalement la vulgarité et l’outrance sauvent la séance. Dans un océan de plates débilités la bêtise démonstrative se met à avoir du goût, ou du moins une odeur qui éveille, ne serait-ce qu’un mépris amusé. Ainsi avec ce passage sur les montagnes russes (chez le milliardaire qui au passage ‘nous’ vomit dessus), substitut à celui en cartoon et en voiture de 99 francs (sous influence Las Vegas Parano). Ces grotesques répits compensent le renouvellement de trucs toujours plus communs et minables, comme la fille sortie de nulle part, plus mature que papa, talentueuse et ‘sublime’ – une parfaite baudruche pour servir les postures démagos du film. Elle nous permet d’accéder au comble de ces amalgames et alliages de parasites pompeux, vernis et avides. Le monde de la pub superficiel et capitaliste ‘à crédit’ rencontre celui des intellos communistes au fond à droite derrière le bar pour ‘[jeunes] gens raffinés’.

Un des grands problèmes de ce film et de ses impuissances, c’est que même dans l’anti-pub, lui et ses sujets sont dans la pub – et avec des représentations fausses et criardes. Et pendant qu’un certain monde joue la carte de l’humour et de l’amertume pour se protéger, veut se revendiquer cynique tout en nous suppliant de lui pardonner ses dérives et de lui lustrer son ego pas si facile à porter, on ne ressent rien de la peine, de l’envie ou de l’intérêt qu’il espère ; seulement un mélange de dépit général et de satisfaction particulière à le voir se vautrer dans des tourments de narcissiques pseudo désinvoltes réduits à l’état d’esclavage sous ce qu’ils veulent prendre pour un soleil. Que penser d’autre de cette conclusion femen-friendly où notre consommateur et connard obsédé par ses érections défaillantes (est-ce censé attendrir ? Plonger les salles dans l’hilarité, les individus dans une obscure gêne salvatrice ? Ou seulement attirer la rage tant désirée de quelqu’unes ?) trouve l’accomplissement et l’authenticité entouré des trois femmes de sa vie dans la Nature – lesquelles n’ont pas besoin de lui pour la copulation, ni de respect ou d’attente honorable concernant quoique ce soit. Après tout chacun a son idée sur ‘le bonheur’ et puis il faut bien moduler le curseur.

Note globale 28

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions…

Les+

  • techniquement correct
  • souvent potable en-dehors de ses postures
  • déballe tout avec une candeur qui semble le dépasser
  • capable d’être amusant et même pertinent bien que vaguement

Les-

  • trivial et tapageur
  • mal écrit malgré des ‘trucs’
  • style moche et froid
  • on s’amuse pour de mauvaises raisons, apparentées à celles d’un ‘nanar’ ou d’un film engagé grossier qu’on aimerait pas

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MINI CRITIQUES MUBI 7 (2020-1/2)

7 Avr

Les films Mubi vus pendant le premier trimestre de cette année 2020. Des demi-réjouissances inattendues, plus de mauvais que de tièdes-médiocres et davantage de baudruches vaniteuses qui m’ont fixé sur ce que je pouvais attendre de ce site ; en parallèle, quelques choses remarquables ou d’auteurs excellents que j’avais déjà vues.

Le pays des sourds ** (France 1992) : Un documentaire valide avec ses moments d’inepties, spécialement avec les enfants où les débordements d’emphase molle et d’abandon du montage causent des torts. Quand le film évite cette déchéance, la mise en scène est de bonne facture voire recommandable dans le domaine ; les interview face-à-face, dans un cadre apparemment informel, donnent une bonne impression et des scènes propres, pudiques et synthétiques. À l’occasion on apercevra les profs de souche humanitaire et devinera tout ce qu’ils ont de répugnant, à la fois mielleux et sentencieux, comme ces curés minables et ces gardiennes pathétiques dont ils ont volé la fonction. Je recommande plutôt Le pays du silence et de l’obscurité signé Herzog. (56)

Flesh Memory ** (2018) : Moyen-métrage ou quasi long puisqu’il est proche en secondes du seuil des 60 minutes. Des lourdeurs maniéristes, qui blasent a-priori et paient à l’heure de clore. Ce documentaire a les qualités du voyeurisme dans un contexte où celui-ci n’a rien de tabou – la fille se livre sans problèmes, indifférente. En même temps l’exercice est carrément gratuit et stérile, les apports trop personnels pour ‘dire’ quoique ce soit de la profession ou des activités. Une série d’aperçus chez des cas différents aurait été plus bénéfique (de toutes manières la tentative de portrait même indirect doit être vaine avec des individus dans le style de cette femme, qui n’a rien à ‘lâcher’, ce qui fait justement son talent). Projeté dans un festival bordelais et crédité comme français, mais issu d’un réalisateur français qui tourne toujours à l’étranger (cette fois au Texas). (48)

Seuls sont les indomptés ** (USA 196) : La qualité et la sensibilité sont indéniables, mais ce film est tout sauf un modèle. Il voit les individus, un peu leur rencontre, mais n’est que sentimental et vaguement idéologique face aux tendances en cours. L’angélisme du gars est la première stigmate de cet idéalisme et sa bagarre contre le manchot le summum du regrettable ; quelle brave personne aux belles valeurs qui ne mènent qu’à l’échec. Pourquoi en est-on là, pourquoi ce type patauge-t-il dans l’irresponsabilité ? Le film ne saurait y répondre car il ne voit pas comme est son protagoniste. Il préfère le romantisme et au travers de cet homme vaillant mais auto-destructeur, portraite une sorte d’humanisme en train de se gripper. La révolution individuelle est la plus belle mais elle est, pas vaine, peut-être pas carrément impossible, mais improbable en tout cas aujourd’hui. Une jolie séance pleine de sentiments contraires et d’élans contrariés, représentative des erreurs fondamentales de jugement des gens de ‘bonne’ volonté en son temps. (62)

Mort d’un commis voyageur *** (USA 1985) : Adaptation de la célèbre pièce, confiée à Volker Schlondorff. Fort émotionnellement et original dans la forme, bien que l’écriture laisse des trous noirs ou des approximations (probablement de ces malheureuses ‘ouvertures’ à discussions et projections – concernant le passé commun, les liens sales entre ces membres de la famille, le véritable nœud du mal) et surtout que le démarrage incite à la prudence. J’aime beaucoup le réalisateur pour Le Faussaire et Le Tambour, mais sa mise en scène est rarement ‘grand angle’ et avec un tel legs elle l’est d’autant moins – soignée mais claustrée et artificielle. Cette fois elle l’est ouvertement avec les nombreux fonds voyants, mais aussi les interprétations appuyées, affectées ou carrément satiriques – à l’occasion des écarts digne de Guy Maddin. L’approche fonctionne dans l’ensemble mais l’impuissance à se dépatouiller des affres de sa débile existence concerne le film et pas seulement ses sujets – même si tout le monde s’en tire avec des performances flamboyantes ou qui ont le mérite d’attirer la curiosité, ou un dépit froid mais ‘soutenu’. Le personnage de Malkovich ou du moins sa façon de jouer sont ‘too much’ mais d’une façon doucereuse qui contrairement à celle de Dustin Hoffman, hystérique, est loin de remplir l’espace ou de savoir convaincre à l’usure ; par contre ce type de personnage est intéressant par rapport à d’autres qu’il a joué plus tard, comme celui du sombre roublard dans Portrait de femme, un ‘prodigue dépressif’ mieux planqué. (64)

Suggestions : Le coup de grâce, Le jour du fléau, Les raisins de la colère, Rain Man, Rencontre avec Joe Black.

Silvia Prieto * (Argentine 1999) : Du Funny Ha Ha visant benoîtement le niveau Jarmusch avec une pointe des frères Dardenne pour tirer la révérence. Décidément c’était l’époque voire l’année où il était bon de souligner à quel point personne n’est un flocon de neige unique, tout en resté scotché sur le cas par sympathie ou présumée identification – et dans le cas présent, tout en se piquant mollement du petit sort de gens ordinaires, des femmes de préférence. Les déambulations et expectatives de cette fille et de son entourage n’ont aucun intérêt et elle n’est pas seulement avare de mots, son sac comme son contenu sont pauvres, comme ses situations mi-cafardeuses mi-ronronnantes. Les auteurs de cette chose ont peut-être l’impression de mettre en avant la précarité des ‘gens’ triviaux mais n’importe quelle telenovela même sensationnaliste ou pour grabataires en montrerait davantage (et serait plus amusante). Quand on s’égare dans un concert, on se prend à douter sur ce qui semblait la médiocrité de 9 songs. C’est donc encore une de ces pourritures minimalistes sauf pour s’étaler et filmer leurs interprètes sous toutes les coutures (avec en bonus local une espèce d’humour châtré). Le cinéma latino-américain est un gros fournisseur de trucs misérables (et régulièrement prétentieux) dans ce registre, ce n’est pas étonnant qu’il n’ait de réputation un minimum solide que chez les profs et les écumeurs ‘d’art & essai’. Cette fois fut tout de même particulièrement gratiné et la nullité est si proche qu’on ne peut même pas reprocher au film des fautes ou des excès. (18)

Journal d’un curé de campagne *** (France 1951) : Une certaine idée de l’intimisme glacial, où la parole et la dette à la littérature sont importantes sans écraser le matériau ‘cinéma’. Ce curé encore enfantin, victime perpétuelle, témoigne de l’intuition de certains individus religieux à l’égard du cœur humain, ainsi que de la faillibilité de leur vocation et de leur aptitude à réparer. Encore près de la source (nous sommes 15 ans avant Au hasard Balthazar), le style Bresson est pertinent et pas encore trop jaloux de ses différences ; on peut croire voir un ‘film normal’. L’absence d’ambiance sociale guindée rend même les personnages parfaitement accessibles, familiers, contrairement aux Dames du bois de Boulogne (dont la diction de l’héroïne est devenu ‘culte’ pour ma part, sans que cela ait nuit au crédit ou à la qualité du film). C’est ma 18e découverte de l’année et en atteignant le 7/10, la meilleure – un démarrage bien tiède. (68)

La moindre des choses *** (France 1996) : Comme souvent avec ce genre de documentaire sans voix-off, aspirant à l’observation la moins dénaturée (au voyeurisme ?), on écope de séquences inutilement longues à contempler les personnes. Dans le cas présent, souvent à les écouter reprendre les mêmes termes ou discuter d’élocution. Heureusement ce n’est pas avec le filmage plat et sordide du commun des documentaires. Celui-ci s’adapte aux situations et aux cibles. Dommage que cette infiltration chez les fous soit si sage et chorale, inapte à approcher les individus en-dehors de scènes partagées, de face-à-face triviaux, ou de déambulations grotesques. Le réalisateur [Philibert] comme les encadrants sont trop soucieux d’harmonie, d’inclusion douce, de convaincre les présents comme le public que tout va bien, tout est sain – et en plus joyeux (voire poétique à l’occasion). Toute cette bienveillance ne change rien à la gratuité du tournage ; dans ce zoo on est sans doute censé voir des sortes d’enfants ou d’handicapés ; j’ai surtout eu l’impression de voir des gens qui n’en ‘faisaient qu’à leur tête’, en laissant des animaux plus sociaux essayer vainement de les domestiquer gentiment. (64-66)

Structure de cristal *** (Pologne 1969) : Premier film de Zanussi, dont j’ai apprécié Maximilian Kolbe mais pas pour sa mise en scène. Choix ou pseudo-choix de vie confrontés – sans éclats (même de voix). Dommage que le film s’obstine à ne pas décoller ni commettre d’écarts. (64)

Qui sait ? * (France 1996) : Documentaire de Philibert. Intrusion pas inintéressante dans une troupe de théâtre avec des ébats curieux et des discussions sempiternelles. Remises en question constante, voire pathologique, de toute habitude ou norme établie, assortie d’une adhésion critique et d’une compulsion vers le groupe : heureusement il n’est pas question de projet politique. Les sympathies exprimées et les prétentions expérimentales peuvent faire sourire – spécialement le personnage de gitane. Malheureusement tous ces flottements, ces écarts et ces ouvertures mènent à des béances gonflantes ; c’est deux fois trop long et ça devient simplement ennuyeux au bout d’une heure. À force d’être atone et non-interventionniste le film ne fait au mieux qu’accompagner des gens dans la stérilité – avec les aliénés en asile (dans La moindre des choses) l’inanité sans onanisme avait meilleur goût. (42)

Les deux anglaises et le continent * (France 1971) : Photo haut-de-gamme, inspiration revendiquée auprès de Renoir, pour une saveur esthétique à laquelle je goûte peu. Truffaut a réalisé d’autres bricolages pédants avec un sens des décors pour le moins ‘détendu’, mais il en tirait parti, que ce soit avec les jouets géants de Fahrenheit 451 ou en laissant l’accès à la confection du film dans La nuit américaine. Mais cette fois on semble être dans la quête de sublimation d’un film érotique, à la fois bon marché et bien situé, avec de savants effets de montages et des ‘médaillons’ bientôt affreusement ringards (plus à leur place au générique de La croisière s’amuse). Plein grâce à ses dialogues et ses sous-entendus, mais baveux et froid à cause de ses postures ; truc de bourgeois libertaires impuissants ayant l’infini pour finasser, habités par de grands sentiments mais désertés par l’émotion voire par toute sorte d’instinct et de vitalité. Peut-être que la seule différence sérieuse avec Jules & Jim, première adaptation par Truffaut de Roché, c’est cette absence d’élan, même si déjà c’était un film ‘affecté’. (36)

Sugarland Express ** (USA 1974) : Un des premiers films de Spielberg, après Duel et avant Les dents de la mer. Ses qualités sont déjà flagrantes, c’est limpide et rythmé, c’est riche en prises de vues impliquantes, en images jolies voire saisissantes. Pourtant à mes yeux c’est ennuyeux. L’approche se veut chaude et le rendu est glacial. Puis ces gens sont trop cons, les vieux avec leur morale comme les jeunes avec leur agitation puérile. On voit de telles personnes dans la réalité, les premières sont croulantes éternelles, les secondes des cas irrécupérables trop pauvres sur tous les plans pour qu’il y ait à s’en lamenter. Ils n’ont rien de digne ni de romantique, ni d’intense sauf leurs turbulences ; au mieux leur vocation est de figurer dans les best-off ‘white trash’ d’un reality show attardé. Spielberg sublime cette misère en nous faisant voir et entendre du pays, davantage qu’en relayant cette fameuse histoire de course-poursuite.

Cette époque pleine de films formidables et transgressifs a aussi ses faiblesses et sa face lourdingue : une candeur exubérante et ironiquement crispée, un goût de la rébellion compulsif, l’amour du démolissage des codes et de l’opposition aux ‘normes sociales’ plus fort que celui de leur remplacement. Une période ‘crise d’ado’ pour le cinéma comme pour de nombreux arts. C’est pourquoi de nombreux classiques mineurs proches du Nouvel Hollywood, du road-movie, ou leur appartenant, me laissent sceptique – voire désolé sur le fond. Sauf qu’en déboulant sur ce terrain, Spielberg ne manifeste rien du sentimentalisme pour lequel on le connaîtra si bien par la suite (que ce soit pour ET ou par ses prises de positions anti-racistes) ; on a donc un de ces road-movie avec une jeunesse désespérée mais sans la charge subversive ni la ferveur, même sale ou naine, qu’on y trouver souvent chez les concurrents. (46)

Suggestions… La balade sauvage, Tueurs nés, Monster, Christine, La tête haute, Massacre à la tronçonneuse, Les Incorruptibles, Blow Out.

Stark fear ** (USA 1962) : Intrigant et de bonne facture, soit incroyablement respectable pour un « by NWR » (les films restaurés sous l’impulsion de Winding Refn). À la fois drame sentimental adulte et film noir bon marché. Tension sexuelle permanente entre l’héroïne et les principaux hommes autour, avec toujours le poids de la hiérarchie reflétant l’ampleur ou la qualité du lien affectif. Sous influence de Psychose et Suspicion d’Hitchcock. (62)

Boarding Gate *** (France 2007) : Réalisation captivante pour un contenu assez commun et parfois proche d’un porno féminin et plus généralement d’une production spontanée (un pseudo ‘work in progress’). Sur la vie dangereuse avec ses recrues à succès (ou simplement liées au commerce), ses pourries et ses fantômes, ou les trois mêlés, tous portés par des motivations obscures ou évanouies. Mondialisation mafieuse et demi-heureuse. Asia Argento géniale en post-junkie épuisée en constante fuite en avant – instable jusque dans ses relations, elle peut dominer ou se faire embobiner sur la même lancée. L’écriture est pour le moins aérée, sauf au niveau des dialogues ; les gens (femmes) sont souvent à la fois pompeux, pressés et détendus, d’une façon sonnant un peu grossière mais restant vraisemblable. Tout de même trop d’explications, spécialement dans la première moitié pleine de psychologie en friche. Comme un écho sobre et clair au cinéma d’Abel Ferrara, de plus en plus accablé par la drogue à cette époque (celle de Go Go Tales). Ce film pourrait être encore plus plat que Demonlover avec une autre protagoniste, mais il garderait sa radicalité formelle – à côté de laquelle on peut tranquillement passer ; simplement pour ma part c’est la meilleure expérience avec le cinéma d’Assayas, ce monde-là et surtout ce rapport-là pèsent davantage à mes yeux que ceux d’Irma Vep – et Demonlover avait cette manie de préférer la proximité au polar à celle de ses personnages, donc à créer des obstacles sans intérêt. La VF donne un effet grotesque et rapproche définitivement du feuilleton estival accompagnant les comateux du matin. (64)

Suggestions… The Canyons, Le deuxième souffle, Black Coal, Only God Forgives, La reine Margot.

Dazed and Confused/ Génération rebelle ** (USA 1993) : Mise en scène alléchante pour un contenu ennuyeux – moins si on est adepte de Tarantino, qui lui-même adule ce film paraît-il. Sait se tenir malgré son sujet mais n’a pas la richesse émotionnelle ni la saveur ‘authentique’ de Breakfast Club. Une des images principales du site Mubi est puisée ici (Matthew Conaughey avec trois autres mecs pendant qu’il joue au vigile). (58)

Imitation of Life / Images de la vie ** (USA 1934) : Bien aimable et assurément précoce, mais assez douteux malgré son volontarisme ‘inclusif’. La noire reste une benête, s’avère incapable de défendre son intérêt et d’élever par elle-même son standing alors que le meilleur est à sa portée, pour ne pas dire offert – au moins elle est l’outil de ce succès ! Donc l’écrasant regard caméra accusateur est des plus inconvenants, puisque ce film entretient aussi le matériel de la discrimination. Nous sommes dans du paternalisme progressiste, acquis aux valeurs de la libre-entreprise, du capitalisme bien compris et bien sous tous rapports. Nous sommes dans un film de l’ère ‘du code’ et dans l’inconscience généralisée, même quand les sujets sont graves – d’ailleurs sur la honte de la fille blanche d’une femme noire, il n’y a aucun progrès, même pas lors de la scène d’enterrement. Un film bien statique y compris face à de grands changements, d’où les événements sont absents ou pour le moins aseptisés et survolés. Le remake de Douglas Sirk est supérieur sur tous les plans parce qu’il normalise la situation, sans sermonner, simplement en admettant que cette union puisse être normale et saine, avec une individualité noire et pas une brave femme à demi grotesque. Le miel de Mirage de la vie apporte plus de dignité et de crédibilité à cette affaire. Enfin ce film de racistes anti-racisme (de style et d’orientation ‘libérale’) présente de belles qualités, se regarde et attire facilement la sympathie, a une certaine hauteur de vue malgré tout. (58)

Retour en Normandie ** (France 2007) : Retour sur les lieux et auprès des acteurs de Moi Pierre Rivière dont Philibert fut assistant réalisateur (sa première fois). Ce que disent les gens n’est pas nécessairement intéressant et encore moins structuré ou dégrossi, mais l’intrusion vaut le coup ; on a pas l’habitude de voir de telles réalités sur pellicules, largement plus ordinaires et pourtant encore plus rares que celles des patients psychiatriques (sujets de La moindre des choses). (62)

Ice Storm *** (USA 1997) : Ang Lee à la tête d’un casting colossal et disparate (où Sigourney Weaver joue une pouffe amère et égoïste mais résolument adaptée, quitte à professer du catéchisme). Sur la tristesse de la reproduction des mœurs et les murs intimes que se prend la petite-bourgeoisie américaine – à l’époque d’une révolution sexuelle déjà liquéfiée en nouveau conformisme décevant. Peut-être un peu trop banal effectivement. Le coup final, excessif et inutile, tire le film vers une espèce de passion de dépression et de compassion génératrice de peu de bénéfices. Produit typique des années 1990 (jusqu’aux costumes) censé se produire dans les seventies. (66)

Suggestions… De beaux lendemains, Smoke.

Clockers ** (USA 1995) : Du Spike Lee routinier avec Harvey Keitel en blanc aidant de service. Musique cool mais le contrepoint et le random à ce point deviennent ennuyeux passé une demi-heure. Théâtral et pauvre, insignifiant à terme malgré la force du style. (54)

Wolf and Sheep ** (Afghanistan 2016) : L’idéalisation de cet état de vie ‘modérément’ primitif et les saines communautés allant avec se prend un démenti. Le capitalisme et la corruption des médias sont loin mais leurs mesquineries et effets pervers supposés pourtant sont présents – les enfants sont impitoyables, un bœuf vaut réparation pour un fils éborgné. Documentaire semi-dramatisé (par exemple pour matérialiser la louve kashmirie déguisée en fée verte à taille humaine) sans intérêt solide pour le reste. Présenté sur Mubi sous le label « La quinzaine des réalisateurs ». La réalisatrice est afghane mais les crédits partiellement danois. (46)

The Spoilers / Les écumeurs * (USA 1942) : Western de salo(o)n où le casting tire des trognes grotesques et pompeuses pendant près d’une heure trente. Effet Dietrich ? Heureusement hors du couple de tête et des phénomènes de foire l’interprétation est posée. Le film est décemment dialogué mais l’histoire insipide et le trait toujours ultra-lourd (ce qui choquera avec la servante noire dont même le ‘black face’ n’altère pas la bonne humeur). Heureusement une grosse scène de mêlée vient remettre à niveau cette ‘aventure’ (mais forcément Wayne en sort à demi-vainqueur avec une dégaine encore plus fausse et ennuyeuse). (38)

Nénette ** (France 2010) : Quasiment un moyen-métrage. Travail sur la bande-son, avec la succession d’intervenants spéciaux, de visiteurs ou passants et quelques musiques (inhabituel chez Philibert – celles en générique sont crispantes). Pas de visages humains (mais des laïus diversement comiques), seulement les orangs-outangs dans leur espace, généralement derrière la vitre. On apprend que les orangs-outangs sont placides, pas du tout vocaux contrairement aux chimpanzés et on les voit sourire ou tirer des bouilles irrésistibles. (62)

No * (Chili 2012) : voir la critique. (32)

Maggie * (Corée du Sud 2018) : Original mais pas explosif en-dehors de sa bande-son. Les auteurs sont probablement dans les grandes ‘largesses’ au point d’oublier des pistes narratives, pourtant il n’y avait pas de quoi se sentir engloutis ou emmêlés. Un film plus à sec qu’absurde ou juste concernant les relations humaines. Comme d’habitude l’expectative soignée l’emporte sur la poésie mais cet essai-là semble à peu près aussi sincère que possible. Le cœur de cible est probablement les filles bien ou normalement éduquées et formatées qui se trouvent bizarres. (42)

Pillow Talk / Confidences sur l’oreiller *** (USA 1959) : Je n’attendais rien de ce film, après cette rafale de médiocres et de mauvais sur MUBI et étant tiède envers ces comédies guillerettes des années 1940-60. Cette bonne comédie romantique, certainement au-dessus de la moyenne de tout le secteur et en toutes époques, doit beaucoup à son couple. Sans Rock Hudson et Doris Day, acteurs charmants dont les personnages le sont presque autant, ce ne serait peut-être qu’un film amusant et bien écrit, sans construction ni tours spécialement brillants – clairement le suspense n’est pas sa qualité. À quelques clichés doucement datés (sur les rôles sexués, encore que le film soit dans l’ensemble équilibré, ni archaïque ni révolutionnaire, propre mais pas prude) leur rencontre fonctionne impeccablement. (68)

Agantuk / Le visiteur ** (Inde 1991) : Dernier film d’un fameux auteur indien multiformes, centré sur un vieux vagabond philosophe de retour auprès de sa famille où il diffuse une morale teintée de cosmopolitisme tiers-mondiste apaisé. Scénario minimaliste, logorrhées ‘intellectuelles’ raisonnables, discours transparent. (58)

One shocking moment * (USA 1965) : Rien à retenir hormis une scène de lacérations domestiques d’une quasi-lesbienne intégriste sur un brave gaillard au mariage poussif. Il y a de la tension chez les personnages et les acteurs sont bons pour la rendre, tout le reste est proche du niveau zéro, spécialement la narration. Scènes à deux de tension et seins nus s’accumulent en tâchant de titiller le conventionnalisme de l’époque ; vu un demi-siècle plus tard, reste de l’agitation lubrique et des turbulences vaines, dans un contexte de sous-bourgeoisie un peu moisi. (28)

Panique au village *** (Belgique 2009) : Hystérique, usant ou grisant ; une succession de grands moments d’absurdités et de débilités. Vu des bouts du film ou de la série à l’époque. Comme je découvrais et que ça relève d’un genre qui vous ‘passe’ dessus – ou devant, je n’ai pas gardé de souvenirs clairs. Je recommande fortement mais avec avertissement : ça peut fonctionner merveilleusement si vous appréciez les cartoons, les cris, à la limite la ‘folie’ légère et expansive ; sinon ça peut être une torture et vous laisser dubitatif concernant tous ces spectateurs et critiques si complaisants pour une création ouvertement idiote. Malgré un moment difficile j’ai trop ri pour tomber ailleurs que dans la première catégorie. Je suis fan du débit du paysan (Poelvoorde) et du personnage Cheval. (72)

Missing – Porté disparu *** (U 198-) : L’aspect surréel d’une dictature et d’événements violents, leur toxicité si radicale qu’elle en devient non banale mais ‘normale’ ; avec la sublime musique de Vangelis cette situation éprouvante, avec sa faculté à tout remettre en question ou ‘à plat’, en devient presque magique. Le tandem d’opposés est des plus judicieux : deux idéalistes sans idéal ou inversement, reliés par le disparu. Costa-Gavras est connu et reconnu en tant que cinéaste politique qui s’est attelé à de vraies affaires, mais c’est en passant au-delà des seuls dossiers, en osant l’émotion, qu’il livre le meilleur. (68) 

Kaili Blues * (Chine 2015) : Film sophistiqué et vaporeux à deux de tension comme ce coin en produit en abondance et comme Mubi aime les relayer. J’ai pensé notamment à Postcards from the zoo et à divers titres des cinémas thais et indonésiens. Celui-là a eu la chance ou le génie d’être acclamé dans les festivals et lancé internationalement. C’est sa seule spécificité éclatante à mes yeux, hormis en terme de proportions : l’influence bouddhiste et les paysages sont particulièrement obèses ce coup-ci. Cette séance est une perte de temps avec de longues déambulations nébuleuses et des moments de vie traversés significativement par aucune autre force que l’inertie. J’ai apprécié les moments où la caméra semble s’émanciper mais ne suis pas client des expériences d’hypnose, surtout s’il s’agit de miroiter l’onirisme alors qu’on est simplement invités à planer ; de la même façon on doit oublier pour se mettre en position de convoquer des souvenirs hypothétiques ou être totalement réceptifs au présent, or on est simplement en train de faire table rase de toute obligation ou volonté humaine, spirituelle ou même naturelle un peu vive ou divergente. C’est normal : s’il en remontait, on sentirait obligatoirement l’inanité de l’expérience et la dimension parodique du genre d’extase et de libération qu’elle postule. (32)

Les diamants de la nuit ** (Tchécoslovaquie 1964) : Typique voire caricatural dans le genre indé total, centré sur des prisonniers pendant la seconde guerre mondiale. Fausseté malaisante à les voir déambuler dans les bois, jouer les hagards et les affamés, supposément souffrir. Une scène autrement éloquente : celle à la fin, lorsque les victimes ont été capturées, dans une grande salle où les gars de la troupe mangent bruyamment (le film est plein de sons hypertrophiés), puis s’enjaillent sur un petit air d’accordéon (?). Des moments de divagations, où l’esprit d’un des deux fuyards esquive l’horreur présente ; à son meilleur, c’est un ancêtre laconique de ces choses sophistiquées, creuses et lourdingues comme It comes at night. (38)

The prowler / Le rôdeur ** (USA 1951) : Assez audacieux mais m’a semblé sous-développé. Malgré la gravité de l’ambiance, les situations restent faibles et le point de vue reste externe, presque tiède. (62)

Monika *** (Suède 1953) : Fin et implacable. Débuts entre le néo-réalisme italien et une hypothétique ‘Nouvelle Vague’ lisible et consistante. Mise en scène sobre, ponctuellement douce et ‘passionnée’, centrée sur une gourdasse moderne et son tout aussi jeune amant en train de brader sa vie. Hédonisme à courte-vue des cousins défaits de Jules & Jim et toute la clique des consuméristes bohèmes et des pré-soixantehuitards. Ils sont réellement dans l’évasion mais les impératifs du ‘réel’ sont encore là et ramènent finalement à ceux de la société. Même lorsqu’il finit par frapper le garçon reste le faible du couple (un couple d’ado-enfants dans un monde d’adultes), écrasé par l’intempérance de sa petite conjointe pulpeuse. (76)

Domicile conjugal * (France 1970) : Antoine Doinel de Truffaut avec Jean-Pierre Léaud. Pas d’avis, que de l’ennui mais strictement poli. C’est manifestement très auto-référentiel or j’ai ratés Baisers volés. De toute façon je suis allergique à ce genre de simagrées, cet existentialisme et cette loufoquerie de zombie des quartiers ‘typés’ parisiens. C’est indéniablement original, pas prévisible comme Les deux anglaises et le continent, mais le flot de réflexions creuses et d’outrances tièdes me semble simplement stérile (avec ou sans connotations culturelles) ; et cette façon de se frotter à l’exotisme ou l’inattendu m’apparaît comme des plus aliénées (on ramène l’imaginaire et le sens de l’aventure aux besognes, on peinturlure naïvement les choses de la vie avec des couleurs neuves peut-être, dévitalisées et laides certainement). Quand à cette façon de représenter et d’approcher les femmes, elle laisse dubitatif (même si à ce niveau de candeur et de doux crétinisme les féministes auraient tort de s’emballer) ; apparemment elle était courante à l’époque parmi les mâles châtrés mais pas moins affamés, tout pleins de ‘science infuse’ & de Nouvelle Vague. (34)

The Palm Beach story / Madame et ses flirts ** (USA 1942) : Pas puritain en esprit (on parle de sexe et d’argent) mais rien d’intime, de privé, de troublant ou d’ambigu. Et bien sûr rien de notable visuellement hormis les pitreries et les costumes soignés de chacun. Pour les amateurs de ces comédies loufoques ; pour les autres, rien à en attendre. (44)

El despertar de las hormigas / The awakening of the ants ** (Costa Rica 2019) : Si vous cherchez du cinéma entièrement féminin, ceci est pour vous. Le focus sur les ‘petites choses’ et le contact avec la réalité, l’appropriation hédoniste et sereine de son environnement, l’insurrection contre l’enfermement dans un destin social et sexuel, peut avoir son charme, susciter la complicité, ou radicalement mais poliment ennuyer. Pour le peu qui en dépasse ce n’est que simplisme : le mari fait du foot et du bricolage, elle, son ménage, elle est seule et dévouée, la vie domestique est un peu pénible, la baise pour elle est éprouvante voire gentiment morbide. En général dans ces films consacrés à la condition féminine, le ton est compassionnel ou agressif, parfois les deux, cette fois c’est la première exclusivement ; on est assez proche de Jeanne Dielman avec l’évasion au lieu de la violence. Que les enfants soit deux garçons et non deux fillettes aurait été intéressant ; comme dans Les conquérantes, on aurait sans doute vu ces germes corrompus du patriarcat en train de l’asservir jusque dans l’intimité de sa cuisine ! Mais ils l’auraient été en toute innocence – car tout le monde est bien bête et innocent là-dedans. Heureusement l’optimisme prévaut ce qui permet de passer les coups de durs et les sensations de solitude ; aussi d’éviter la hargne débile et l’auto-destruction. (48)

Selfie * (Italie 2019) : De braves musiques ou joyeusetés sonores et des moments plus ‘poétiques’ mais aussi plus sérieux dans la seconde moitié ; ça reste une idiotie qui ne nous apprend rien sur la mafia et le climat social, si peu sur ces rues de Naples ou la vie dans cette Italie (des peccadilles sur la fatalité ou les déterminismes sociaux, les divertissements et fascinations bling-bling des jeunes). Prenez un reportage, un laïus sur Whats App, un filmage en mode automatique digne des spiritueux d’Asie du Sud-Est mais focus sur des rues dégueulasses et des cuisines filmées à mi-hauteur. Réduisez l’intérêt de chacun à néant : pas plus que les babioles, toujours en gardant les deux bonhommes dans les parages. Instillez la platitude et la prétention aveugle à la véracité du film humaniste expérimental de festival. Cela donne cet essai moche et futile. N’importe quelle compilation d’extraits vidéos merdiques sur YouTube apportera plus de sens et de perspective sur le sujet que vous voudrez – ou à peu près autant si comme le réalisateur de ce film vous n’osez pas trier. Les gens dans ce film ne sont pas antipathiques. Néanmoins quand je vois que ce film atteint 8,7/10 avec 2.170 votes sur Mubi se barrer n’est plus une option. (28)

Guilty Bystanders * (USA 1950) : Film noir charmant, soucieux de la tenue de ses rares personnages et de ses rares décors ; mais un film à la musique peu inspirée et envahissante, tourné à huis clos avec des moyens incertains, au développement laborieux, où tout est forcé et l’intrigue particulièrement bricolée, où l’interprète principal manque d’authenticité et de crédibilité. (42)

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Autres Mini-critiques :  13, 12, 11, 10, 9, 8, 7654321 + Mubi 6, 5, 4, 3, 21 + Courts 3, 2, 1 + Mubi courts 2, 1

J’AI PERDU MON CORPS **

15 Nov

2sur5  Cette fameuse main à la recherche de son corps fait partie d’une poignée d’éléments servant à enrober un programme éculé. Rendre une séance attractive en se concentrant sur ce seul morceau, lui conférer des émotions, des buts voire une conscience, était un lourd défi. Et bien que le film se vende et se dope sur ce compte, la place de cette main dans la ville est marginale (spoiler : elle fournit le meilleur de très loin devant les flash-back tout en mélancolie douce, chagrins, sépia ou noir et blanc). Au départ on baigne dans un mélange équilibré, ensuite la trame classique et romantique prend toute la place – autour de l’élan piteux mais amoureux de ce jeune type pas sevré mais sentimental qui se donne du mal.

Par rapport au roman Happy Hand (signé du responsable d’Amélie Poulain), le réalisateur Jérémy Clapin aurait introduit l’essentiel des scènes pertinentes ou simplement étoffées. Les enregistrements et les principaux éléments de la conclusion [sur le toit] seraient donc entièrement dûs à l’adaptation. Or avec eux et plus encore la scène-clé de l’interphone, on a le principal de ce qui tient la séance debout ; donc soit le matériau de base était vaseux ou tout en sentiments et sensations intranscriptibles, soit Clapin et son équipe ont simplement composé avec un nom et plaqué dessus leurs inspirations.

Dans tous les cas, probablement dans l’idée de le dépasser, le scénario a été délaissé. Il s’avère simple voire carrément simplet au niveau des profils et motivations. Le film ne peint pas le monde en rose bonbon mais cumuler les trucs crades et vulgaires ne fait que lui donner un cachet réaliste, une capacité à faire écho, sans élever son niveau. Le fond demeure d’une niaiserie imparable, les sermons sur la destinée à dompter n’y changent rien – tant mieux probablement car hormis les envolées stériles du développement personnel misant sur la pensée magique, il y avait zéro débouché. Enfin les effets sont plus appuyés que convaincants, la pression émotionnelle est excessive (il y avait un empressement comparable dans Skhizein et Une histoire vertébrale) et la musique utilisée comme si l’auditoire se cocoonait dans sa safe space érigée à la gloire de Radiohead.

Évidemment un tel film vaut davantage le déplacement que Countdown, des talents sérieux sont à l’œuvre. Mais hormis ce titre-là je ne vois au mieux que des équivalents ou des déceptions (ou des saletés intéressantes comme Alice et le maire) dans les sorties de ces derniers mois (L’invasion des ours assurait le pittoresque). Enfin ce livreur finit par gagner la sympathie grâce à sa bizarre obstination et ceux qui auraient aimé Les triplettes de Belleville s’il n’était si ‘franchouille’ à leurs yeux devraient trouver une bonne alternative tout aussi nostalgique. Ceux qui viendront à J’ai perdu mon corps attirés par le label du producteur Xilam auront plutôt la confirmation qu’il a livré son meilleur il y a vingt ans avec Oggy et Les zinzins, les rares films présentés depuis n’étant jamais renversants dans leur domaine (même s’il y a eu de jolies choses comme Kaena).

Note globale 52

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Rubber + Paprika + Avril et le monde truqué

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