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J’AI PERDU MON CORPS **

15 Nov

2sur5  Cette fameuse main à la recherche de son corps fait partie d’une poignée d’éléments servant à enrober un programme éculé. Rendre une séance attractive en se concentrant sur ce seul morceau, lui conférer des émotions, des buts voire une conscience, était un lourd défi. Et bien que le film se vende et se dope sur ce compte, la place de cette main dans la ville est marginale (spoiler : elle fournit le meilleur de très loin devant les flash-back tout en mélancolie douce, chagrins, sépia ou noir et blanc). Au départ on baigne dans un mélange équilibré, ensuite la trame classique et romantique prend toute la place – autour de l’élan piteux mais amoureux de ce jeune type pas sevré mais sentimental qui se donne du mal.

Par rapport au roman Happy Hand (signé du responsable d’Amélie Poulain), le réalisateur Jérémy Clapin aurait introduit l’essentiel des scènes pertinentes ou simplement étoffées. Les enregistrements et les principaux éléments de la conclusion [sur le toit] seraient donc entièrement dûs à l’adaptation. Or avec eux et plus encore la scène-clé de l’interphone, on a le principal de ce qui tient la séance debout ; donc soit le matériau de base était vaseux ou tout en sentiments et sensations intranscriptibles, soit Clapin et son équipe ont simplement composé avec un nom et plaqué dessus leurs inspirations.

Dans tous les cas, probablement dans l’idée de le dépasser, le scénario a été délaissé. Il s’avère simple voire carrément simplet au niveau des profils et motivations. Le film ne peint pas le monde en rose bonbon mais cumuler les trucs crades et vulgaires ne fait que lui donner un cachet réaliste, une capacité à faire écho, sans élever son niveau. Le fond demeure d’une niaiserie imparable, les sermons sur la destinée à dompter n’y changent rien – tant mieux probablement car hormis les envolées stériles du développement personnel misant sur la pensée magique, il y avait zéro débouché. Enfin les effets sont plus appuyés que convaincants, la pression émotionnelle est excessive (il y avait un empressement comparable dans Skhizein et Une histoire vertébrale) et la musique utilisée comme si l’auditoire se cocoonait dans sa safe space érigée à la gloire de Radiohead.

Évidemment un tel film vaut davantage le déplacement que Countdown, des talents sérieux sont à l’œuvre. Mais hormis ce titre-là je ne vois au mieux que des équivalents ou des déceptions (ou des saletés intéressantes comme Alice et le maire) dans les sorties de ces derniers mois (L’invasion des ours assurait le pittoresque). Enfin ce livreur finit par gagner la sympathie grâce à sa bizarre obstination et ceux qui auraient aimé Les triplettes de Belleville s’il n’était si ‘franchouille’ à leurs yeux devraient trouver une bonne alternative tout aussi nostalgique. Ceux qui viendront à J’ai perdu mon corps attirés par le label du producteur Xilam auront plutôt la confirmation qu’il a livré son meilleur il y a vingt ans avec Oggy et Les zinzins, les rares films présentés depuis n’étant jamais renversants dans leur domaine (même s’il y a eu de jolies choses comme Kaena).

Note globale 52

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Suggestions… Rubber + Paprika + Avril et le monde truqué

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PARIS VU PAR **

20 Jan

3sur5 La capitale en six épisodes – les grosses têtes de la ‘Nouvelle vague’ prennent chacun un arrondissement. Il faut se coltiner des débuts décourageants. Jean du premier film (‘Saint-Germain des Prés‘ par Douchet) se parle ‘à lui-même’ : voilà toute cette fausseté et cette balourdise de cinéma français ‘jeune et dynamique’ de l’époque. L’introduction architecturale pour touristes est bien aimable mais ce Paris est repoussant (il le sera encore un peu dans les suivants).

Gare du Nord‘ de Jean Rouch, avec Gilles Quéant en tombeur et « roi de la jungle » déprimé, est une bonne petite leçon existentielle – agaçant à bon escient avec ses deux idiots du départ (le mari est un ‘trop bon trop con’ surnaturel en théorie et courant en réalité), elle étant la pire (une hypocrite mesquine et une geignarde) et ça se confirmera. Le troisième, ‘Rue Saint-Denis‘ de Pollet, fait se rencontrer Melki dans son rôle de timide (quasiment le même que pour L’amour c’est gai) et Micheline Dax en prostituée présentable mais au langage sans ambiguïté – une Froide Primaire exemplaire dans la Caractérologie de Le Senne (Amorphe bien entendu, face à un Sentimental timoré). Une bonne comédie.

Place de l’étoile‘ de Rohmer est très bavard et en fait des tonnes en toutes circonstances, mais tout en penauderie – avec une once de burlesque pour relever la sauce. La mise en scène y est plus propre et ambitieuse. Godard à ‘Montparnasse et Levalois‘ joue des petits tours insensés avec sa bande-son (introduire des silences, baisser discrètement le volume des discussions) – ses bidouillages cryptiques et déliés sont aussi plats que cette première séquence pourrie à la forgerie. Le sursaut la concluant et le passage chez le second mécano rendent la chose caustique. Tout ça reste balourd dans l’élocution comme dans l’organisation, franchement bête et trivial une fois qu’on a franchi les barrières du bordel.

‘La muette’ nommé ailleurs ‘Pharmacie La Muette‘ clôt la séance sur une crise familiale bien banale et grotesque. Comme celui de Pollet il se passe en intérieur – bourgeois évidemment, Chabrol trouve encore l’occasion de les moquer, pas en province cette fois et en se mouillant personnellement. La future Femme infidèle est clairement la malheureuse du lot – son cas est même triste car on l’imagine difficilement pouvoir se relever, elle n’a ni l’avenir ni les moyens de son côté, seulement le confort et les médicaments pour s’engluer. À l’arrivée cette anthologie est réussie, grâce à son unité presque garantie et bien que les styles des réalisateurs ne se ressemblent pas.

Notes spécifiques : St-Germain 4, Gare 7, St-Denis 6, Place 5, Montparnasse 4, Muette 6.

Note globale 58

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Suggestions…

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (6), Dialogues (6), Son/Musique-BO (6), Esthétique/Mise en scène (-), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (4), Ambition (7), Audace (-), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (6), Pertinence/Cohérence (6)

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UN COUTEAU DANS LE COEUR **

11 Jan

3sur5  Produit fétichiste à outrance puisant dans les grands noms du bis ou du sulfureux (Cruising) des années 1970, de l »underground’ LGBT français, chez Dario Argento et auprès de vieilles références de l’épouvante (celles impliquant des masques ou des brûlés romantiques). Tous ces titres n’ont pas besoin d’être connus pour recevoir Un couteau dans le cœur, séance ‘fantasme’ aux habits de mélo, proche de l’expérimental éprouvé. Malgré ces antécédents et la relativité des surprises, le rendu général reste original, le film loufoque et bariolé sait se montrer limpide et concret.

Vanessa Paradis livre un jeu un peu surfait, plus adapté aux catégories ‘arts et essai’ ou aux courts-métrages qui auraient totalement sacrifié le narratif et la vraisemblance au service de la pose. D’ailleurs, s’il faut reconnaître au film d’aller au bout de son filon et de ses extravagances, on peut regretter qu’il laisse à quai tant de caractères – toute la cour et les sujets de cette productrice de cinéma porno. Car les pittoresques étaient bien là, comme ce réalisateur hautain à la sévérité ‘placide’ typique (Archibald Langevin) ou la vieille ouvrière Bouche d’or (suceur-réactiveur de queues).

Au lieu de développer ces personnes (comme dans Land of my dreams, plus ‘effectivement vivant’) Yann Gonzalez préfère exploiter un univers – avec succès mais aussi avec une superficialité assumée qui pourra lasser les non-acquis d’avance (parmi lesquels on appréciera le cameo de Mandico, auteur du film ‘alter ego’ de l’année : Les garçons sauvages). Souvent ces hommes ressemblent à des grands gosses aux fixations aussi insipides que rococo (120 battements, sans l’esthétique pour agrémenter, avait raison dans ses représentations ?) – c’est pourquoi Vanessa Paradis et les autres intervenantes féminines sont une bonne contribution. La trajectoire d’Anne est ambitieuse, sa traduction presque ennuyante, mais positivement – elle apporte un répit au milieu des hystéries accomplies et douceurs vaguement répugnantes (son passage avec Cathy est une déviation heureuse).

Ce n’est pas que ce film soit raté – simplement il peine à faire aimer son défilé, la faute à un éparpillement dans le genre qui ne semble servir qu’à les entacher de rêveries et de projections homosexuelles – presque toujours lubriques et quelquefois (mais pourquoi ?) parodiques (sans humour bien poussé). Les films tournés dans les studios alloués par Parèze sont à cette image : ils justifient une tournure de comédie (avec la scène du mexicain) ou laissent la fantaisie dominer (Le tueur homo – spoiler : le tueur est une [vraie] femme), toujours pour le plaisir d’un instant – à renouveler si affinités. Le plus brutal mais aussi plus abstrait Body Double avait le double de force émotionnelle (sans parler des autres signés DePalma, plus proches de leurs tristes héros) ; la connivence personnelle (sexuelle ?) n’est pas tant nécessaire chez tous les modèles et antécédents de ce Couteau dans le cœur. Enfin la pertinence de quelques trucs techniques bas-de-gamme (comme ces impressions en négatif) n’est pas évidente.

Note globale 58

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Suggestions… Le fantôme de l’Opéra, Mother !, Tous les garçons aiment Mandy Lane, Le Loup-Garou de Londres, Capitaine Orgazmo, Mandy, Annihilation, Hérédité

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (6), Dialogues (6), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (6), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (7), Ambition (7), Audace (7), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (4)

Les +

  • haut-en-couleur, avec des anecdotes fortes dès le départ
  • éclairages
  • se laisse suivre grâce à un certain ancrage, des détails et un ‘mauvais goût’ constants
  • le grotesque de certains rôles

Les –

  • des ‘poses’ ou des parti-pris hideux, aberrants..
  • ..par exemple dans la direction d’acteurs
  • approfondit rien sauf son esthétique, donne des personnages médiocres malgré leurs éventuelles possibilités

Note arrondie de 60 à 58 suite à l’expulsion des 10×10.

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LA NUIT A DÉVORÉ LE MONDE **

4 Sep

2sur5  Il y a sûrement autant de façons de rendre plat et routinier un film à base de zombies que de films balourds officiant dans cette catégorie. La nuit a dévoré le monde a trouvé une méthode efficace et éprouvée : le drame à la française, plus précisément le drame de chambre ou drame de pouète-pouète maudit amoureux transi – ou mélancolique.

Ce n’est pas un essai typique dans le registre comme La horde. La lourdeur (sinon débilité) des cinéphiles spécialisés à réclamer du conventionnel en le nommant ‘de genre’ aura donc encore une occasion de se manifester – pour être frustrée. C’est plutôt La route à huis-clos, mais plus proche du livre d’une pesanteur infinie que de son adaptation. Sur le viscéral au propre comme au figuré, le résultat est palot.

La recette inclus un peu de réalisme français pour soutenir le dégraissage poétique – de ce réalisme plan-plan, axé petites choses, jamais trop concerné par l’environnement, seulement obsédé par les remous d’esprit et ressentis dans le contexte. On se fout de la nature objective de la réalité ou de ce qu’elle contient, tant qu’elle n’est pas sous les yeux ou dans les replis des états d’âmes de héros pudiques mais tourmentés. Mais ça aussi n’est jamais approfondi – comme ce serait odieux – ce sera simplement démontré avec régularité.

Tout Paris a été quasiment retourné en une petite nuit, c’est normal. Tout est vidé dès le début, comme si les zombies avaient en plus fait le ménage, oui peut-être. Pas de réaction venant de l’extérieur, bien entendu. Quelle importance ? La nuit est un film sensible, ne fait pas dans le documentaire ou l’anticipation.

Dès le départ tout était clair. Ça allait être un film de zombie à la française, mais horreur, fantastique, zombie, épidémies, révolution ou requins enflammés, tout ça ne compte pas – ce qui compte c’est le héros, un héros français. Il ne saurait être autre chose que cet homme taciturne et ému (avec cette discrétion particulière, affichée), parisien de fait et vadrouilleur dans son cœur, affublé d’une grosse barbe courte et avec en bandoulière ses aspirations artistiques [comprendre musicales, spontanéistes ou larmoyeuses].

Dans l’ouverture il débarque dans une soirée pour trouver une espèce d’ex-amante (et future ?), fait sa crise d’éploré implorant (en sourdine et en le maquillant) puis très vite se cache (en se traînant et laissant apercevoir un peu). Quand la catastrophe survient, il ne s’informe pas sur l’événement. Par contre il consulte les répondeurs avec messages vocaux triviaux. Plus tard des enregistrements audio de gamins le réconforteront. Au bout d’une demi-heure (de séance – oui le produit compte et c’est lui l’important, encore une imbécillité pour les fins esprits naturellement), le voilà jouant de la batterie. Car il faut profiter de la vie même quand il n’y a plus rien.

Forcément notre héros ne plante pas les zombies – ce n’est pas que ce soit difficile, ce n’est peut-être même pas immoral, c’est simplement trop mesquin (et trop évident – ne tombons pas dans les sots clichés !). Des inhibitions doivent se lever quand tout autour s’effondre – mais les siennes étaient sans doute ailleurs. Son attitude exige une discipline. Elle donne quelques trucs doucement farfelus, comme ses moments avec l’otage de l’ascenseur (probablement sauvés par le choix de l’acteur). Sam essaie de garder son humanité, profite du désert pour donner de l’espace aux choses qu’il aime ; ses prises de risque inutiles voire ses égarements se comprennent. Il doit soutenir sa vitalité. Mais il est trop enfoncé dans ses sentiments et perpétuellement. Il ne prend quasiment aucune mesure profitable or de son souci de bien-être subjectif. Tout au plus il récolte de l’eau sur les toits – le seul élément qui l’intéresse, comme quoi son univers a le mérite de la cohérence. Il n’essaie rien même quand il en a les moyens. Les soumis déguisés en masos et les humbles forcenés trouveront encore de la beauté là-dedans. Quand il tire enfin, c’est sur un humain (après une tentative sur lui). Tragique – décidément il n’est fait que pour un style précis de sauvagerie.

Voilà donc une incursion en territoire zombie pour public féminin ou débordant d’émotivité à projeter. Un brave film sur la solitude comme on en fait tant (Oslo 31 août était d’une autre sorte), donnant dans la posture ‘minimaliste et puissant’ – donc plaquant une musique atmosphérique profonde sur un mec cuisant ses pattes dans un plan d’ensemble dégoulinant de compassion et de sobriété. C’est la version intimiste de l’espagnol Extraterrestre plus qu’un film véritablement existentiel. Il a une qualité essentielle : son intégrité (elle cautionne ses angles morts et discrédite les impressions qui ne la rejoignent pas). Les groupies pourront apprécier les quelques scènes torse nu de leur homme français idéal au moins en estime – jeune et joli, tellement romantique malgré son évident masque d’individualisme. Ceux qui ne seront ni sous le charme ni identifiés à ces vues de l’esprit et cette façon d’être se diront que le type aurait été exterminé dans Walking Dead où les rôdeurs ne courent pas.

Note globale 46

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Suggestions… Rec + Dernier train pour Busan + La nuit des morts-vivants + Je suis une légende

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (6), Originalité (4), Ambition (7), Audace (4), Discours/Morale (3), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

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MINI CRITIQUES – COURTS 1

30 Mai

Il n’y avait pas de raison que ceux-là évitent le passage sous format Mini. J’ai pensé au départ garder les courts du côté des systématiques, mais ce serait peu pratique et m’obligerait à réagir sur des choses dérisoires.

Les courts ne seront pas ma priorité – je ne suis que ponctuellement pro-actif pour en découvrir. Je pourrais me concentrer sur quelques cas : voir tous ou un bon nombre de courts/moyens d’un auteur, comme j’ai pu le faire partiellement avec Herzog (grâce à Mubi) ou comme je l’ai fait avec Starewitch. Les courts vus sur MUBI sont abordés à part

Les courts/moyens vus sur MUBI sont abordés à part (déjà une session), comme les films ‘normaux’.

Les courts appartenant à des sagas/collection, type séries de Tex Avery, seront traitées comme les autres ; les 8+ pas nécessairement à part. 

In a Heartbeat ** (USA 2017 – 4 min) : Autour d’une romance naissante entre deux pré-ados (ou plus vieux?). Initiative étrange avec ce cœur séparé, mais elle fonctionne. Voir la critique polémique de Voracinéphile. (57) + activité SC

Nocturna Artificialia *** (UK 1979 – 21 min) : Premier film présenté par les frères Quay. Ils ont également tournés deux long-métrages dont le dernier et plus célèbre est L’accordeur de tremblements de terre. Histoire en huit parties, avec des cartons en quatre langues (trois traductions dont une française). Le style n’est pas pédagogue pour autant. Chaînon manquant entre Svankmajer et Burton (plus loin du second, trop perméable). Teneur onirique et fantastique, avec pour ‘héros’ un pantin dans son appartement. C’est hautement respectable mais il est difficile de rester attentif, le charme soutenant l’intérêt davantage que la proposition en elle-même. Les adeptes du Locataire ou d’Eraserhead (ou de The Alphabet ou Grandmother) doivent essayer. (70)

More *** (USA 1998 – 6 min) : Diffuse le message habituel critique envers le ‘big business’, les vies grises et médiocres standardisées. Sa valeur ajoutée : montrer qu’un sujet du système peut dépasser sa condition pour devenir un nouveau maton. Vision négativiste du capitalisme et de la course à la réussite – peut-être même pessimiste sur la condition humaine, en tout cas celle d’un travailleur en Occident. Le réconfort est dans la nostalgie des joies enfantines – ou dans la soumission à des perceptions douces mais illusoires. Les créatures sont inspirées de celle d’ET (le geste du doigt). Par le futur réalisateur de Kung Fu Panda, accompagné du morceau Elegia de New Order. (68)

Franju> Hôtel des Invalides ** (France 1951 – 23 min) : Une visite guidée scrupuleuse a-priori et regorgeant de belles prises. En fait de documentaire nous trouvons un discours superposé – et un film peu animé malgré toutes ses initiatives (ce manque de vie, de fluidité, sert d’ailleurs le long très connu Les Yeux sans Visage). Les ‘gueules cassées’ fournissent une occasion à Franju de faire connaître ses déclarations anti-flics/militaires, son dédain pour leurs hiérarchies et pour les sacrements. (58)

Regen/La pluie (Pays-Bas 1929 – 12 min) : Amsterdam sous la pluie, vue sous différents angles et mouvements. Film ‘poème’, non-abstrait mais totalement subjectif. Sautillant avec une grâce un peu morbide, tout en inspirant plutôt de la joie et du réconfort (plaisir de mélancolique, d’hipster dépressif ?). (68)

Bugs Bunny and the Three Bears *** (USA 1944 – 7 min) : 31e des 159 films ‘Bugs Bunny’ (en incluant les trois opus ‘expérimentaux’ de 1938-39). Marque l’apparition des trois ours, qui reviendront en solo dans cinq opus. Part de la parodie d’un conte pour arriver au romantisme burlesque faisant du lapin l’arroseur arrosé. (67)

Tex Avery> Cock-a-Doodle Dog / Le chant du coq *** (USA 1951 – 6 min) : Humour lourdingue efficace, avec foule de trouvailles pour animer un mécanisme borné (on sait que le chien perdra toujours sauf peut-être à la fin). Second film vu signé Tex Avery et premier hors-Bugs Bunny. Ces univers-là ne me sont pas familiers ! (75)

Tex Avery> Rock-a-bye Bear / L’ours dormira bientôt **** (USA 1952 – 7 min) : Drôle et sadique – d’une férocité inattendue même connaissant les côtés ‘splapstick’ de ces cartoons. (79)

Franju> La première nuit *** (France 1958 – 19 min) : Manière indirecte de visiter le métro de Paris et de le léguer à la postérité sans trop d’afféteries mais avec poésie. Sans paroles, avec un éveil/espoir romantique. (72)

Tex Avery> Ventriloquist Cat *** (USA 1950 – 6 min) : Avec un chat au ‘meow’ bien à lui. Et toujours ce chien impulsif (c’était moins le cas avec l’ours et le cabot sadique) – cette fois il est même trop benêt pour qu’on soit encore un peu ‘avec lui’. Toujours enthousiasmant, mais un peu long dans ses démonstrations. (74)

Next Floor ** (2008 – 12 min) : Court de Villeneuve sorti deux ans avant sa révélation au commun des cinéphiles avec Incendies. Symbolique assez sommaire mais expansive et insistante. Déjà traité de manières à la fois plus concrètes, abstraites, originales et humoristiques chez Bunuel et Svankmajer ; le style ressemble aussi à du Gilliam en plus glauque et crispé. Brillant travail du chef op’ , mise en scène plus improbable. Trois des quasi-douze minutes appartiennent aux génériques. (48)

Wallace et Gromit : Un mauvais pantalon **** (UK 1993 – 30 min) : Vu sur France4 l’après-midi et peut-être déjà vu auparavant. Un film brillant qui pourrait accompagner une série du meilleur niveau et très addictive. Excellent mélange de comédie et de thriller. Un court-métrage parmi les plus remarquables et surtout les plus agréables que j’ai vus. (87)

Wallace et Gromit : Une grande excursion *** (UK 1990) : Nettement moins intense et brillant que son successeur Un mauvais pantalon, par lequel j’ai enfin pris connaissance avec la franchise. Mais les créatures secondaires sont émouvantes (souris et robot) et l’effort artistique reste remarquable. La VF est dissuasive, il lui manque même l’intérêt comique de celle d’Un mauvais pantalon. (72)

Shoes ** (USA 1916 – 50min) : Vu sur arte (avec un filtre jaune – sauf quelques passages bleus sur la fin, une bande-son typique et agréable) à la suite d’Une femme iranienneSuspense de la même Lois Weber était diffusé ensuite. Ce film est largement moins bon qu’Hypocrites. La durée est disproportionnée par rapport au scénario et au contenu. La représentation des hommes est calamiteuse – entre le mateur sinistre et le père paresseux, des figurants vaguement hostiles ou d’une indifférence sévère. Le langage est brutal, expressif et grave – la main de la pauvreté passe littéralement sur Eva en cauchemar. L’emphase sur cette jeune fille (poursuivant une vie meilleure, réduite à la rêver) rachète tous les défauts. (52)

Pagnol> Jofroi ** (France 1933 – 50min) : Basé sur une nouvelle de Giono. Vu juste après le long Regain, tiré de la même source (avec un conflit entre les deux auteurs à la clé). J’ai nettement moins aimé – on est trop proches du théâtre, heureusement les décors et leurs bruits relèvent la sauce. La comédie de l’aspirant pendu est bien sympathique mais la farce maigre. (52)

Starewitch> Le rat de ville et le rat des champs **** (France 1926 – 8min) : De Starewitch (auteur du Roman de Renard version 1937) dont je n’ai vu que La Cigale et la fourmi (1911). Tiré d’une fable de La Fontaine et par extension d’Esope, en y ajoutant beaucoup et en inventant un contexte contemporain (et une panique générale chez les rongeurs urbains). Les petites créatures anthropomorphes sont la plus belle réussite de ce court muet. (78)

Starewitch> Les grenouilles qui demandent un roi (France 1922 – 16min) : Toute cette foule de grenouilles est réjouissante, grâce à la technique et à quelques drôleries. Comme plus tard avec Le rat des villes, des détails et personnages importants sont ajoutés (la cigogne, l’arbre). Le film est tout de même trop long. (72)

Starewitch> La vengeance de l’opérateur de cinéma *** (Russie 1912 – 13min) : Une des premières animations de Starewitch (suivant La cigale et la fourmi) et un film dans le film (qui est le moyen d’une vengeance). Les protagonistes sont des insectes. Avec une telle configuration les reprises à venir de La Fontaine semblent une vocation, mais déjà la morale est au mieux secondaire et préférée à la drôlerie. Le manège anthropomorphe est curieusement réaliste ! Cela donne au film l’importance d’un Méliès – l’histoire est plus triviale, c’est un vaudeville (à la deuxième moitié presque ennuyante). (76)

Starewitch> Le noël des insectes *** (Russie 1913 – 6min) : Dernier de la série de films d’animation avec des insectes marquant les débuts de Starewitch (après des documentaires entomologistes). Il est moins bon que La cigale et la fourmi ou Vengeance de l’opérateur, mais les distributions d’un père Noël humain de cadeaux à des cancrelats valent le coup-d’œil. Leur séance de ski vaut même le détour. Les décors valorisent le noir et blanc qui est donc préférable aux versions ultérieures colorisées. À ne pas confondre avec sa Nuit de noël (sortie ou du moins attribuée à la même année) tirée de Gogol. (66)

Starewitch> Amour en noir et blanc ** (1923 – 23min) : Joyeuses mésaventures d’un théâtre itinérant. Un Cupidon noir (pour le couple noir) et Cupidon blanc (pour le couple blanc) sont de la partie. Film assez bordélique et un peu long, avec quelques folies. Les animaux ont disparus, à l’exception d’une souris dans les coulisses du music-hall. Un sosie de Charlot atterrit à la fin sur la branche au milieu des deux petits anges. (60)

Starewitch> La voix du rossignol ** (France 1923 – 13min) : Un des courts avec Jeanne Starewitch aka Nina Star, fille du réalisateur. Conte et leçon de vie au bénéfice des petits animaux. Sucré et parfaitement présentable aux enfants, donc inhabituel de la part de Starewitch. Coloré manuellement. Fort en jolis petits détails mais bouffi et lent. (62)

Starewitch> Le lion devenu vieux *** (France 1932 – 8min) : Digression à partir du songe d’un vieux lion. Tiré de La Fontaine d’après un texte récent en intro, appliqué pour une collection des courts de Starewitch, semble aussi inspiré des Mille et une Nuits. Les mouvements des marionnettes sont devenus plus fluides et expressifs, les tenues sont plus sophistiquées. Le ton est mélancolique aux extrémités et joyeux dans l’ensemble, grâce à ces aventures presque merveilleuse – il reste au roi ses souvenirs pour tromper une existence remplie de bassesses et de difficultés. Un autre film de Starewitch, crédité pour la même année, se nomme Le lion et le moucheron. (76)

Ménilmontant *** (France 1926) : Muet sans intertitres du russe Kirsanoff et mélo aspirant à un certain réalisme. Brillant représentant de la mouvance impressionniste. Parfois très rapide (en particulier la séquence d’intro/du meurtre) et plein de superpositions, flous et fondus. L’air du visage et surtout les yeux de Nadia Sibirskaia rappellent Lilian Gish, les costumes dans les flash-backs encouragent la confusion. Malheureusement le scénario et les nuances sont maigres, quoique cette histoire puisse fortement atteindre. Apparemment tombé dans le domaine public. (70)

Révolution interplanétaire ** (URSS 1924 – 8min) : Premier court-métrage d’animation incluant la SF en URSS, sauf éventuelles créations clandestines ou civiles et anonymes. Comme d’habitude avec la propagande soviétique, même lorsqu’elle se pique de réalisme socialiste, les films montrent le ‘paradis’ de la révolution accomplie – les résultats à l’écran sont garantis pour 1929. L’univers spatial est dans la continuité d’Aelita (la superproduction sortie quelques mois avant). Histoire surchargée en détails et redites, à la fois ambitieuse et prosaïque ; l’aspect et les décors rappellent Méliès, passé deux décennies plus tôt. Les personnages ‘mauvais’ sont représentés de façon extrêmement loufoque. (62)

Moydodyr ** (URSS 1939 – 8min) : Leçon ‘romantique’ d’hygiène pour les enfants, chapeautée par le chargé des dessins animés officiels de l’URSS, Ivan Ivanov-Vano. Mêle animations, cartes, prises de vues réelles (impersonnelles). Le dessin est précis et agréable à l’œil, contrairement aux courts de propagandes des années 1920. Les processions et le passage en revue des animaux rappellent le cinéma pour enfants américain. Une version colorisée a été diffusée en 1954. Je n’ai pas trouvé de sous-titres – peut-être qu’une telle lenteur se justifierais mieux. (52)

Budem zorki / Nous resterons à l’affût * (URSS 1927 – 2min) : Ou ‘We’ll Keep Our Eyes’ en anglais. Les soviets clament leur mépris de l’embargo britannique en fondant leurs espoirs sur la participation populaire et les obligations d’État. Un film lapidaire, aberrant et plein d’élan positif. (46)

Moydodyr *** (URSS 1954 – 17min) : Version colorisée et agrémentée du Moydodyr de 1939, toujours sous la direction d’Ivan Ivanov-Vano. Le film en sort largement amélioré et devient réellement agréable à regarder. La durée a presque doublée, de nouveaux animaux et objets entrent (souvent pour danser ou moraliser en groupe), les décors sont affinés, la narration est plus ‘tenue’ et la mise en scène plus fluide (ces deux derniers aspects sont mineurs). Les créatures et la musique sont encore plus ravies. Mr-toilette chante vraiment ! La séance reste bien longue et quelques détails ponctuels peuvent relativiser l’enthousiasme (le garçonnet croit maintenant utile de piailler, heureusement il l’ouvre rarement). (70)

Une vie de chien ** (USA 1918 – 34min) : Je n’ai vu que quelques films (longs ou quasi) avec Chaplin, il y a très longtemps. Cet opus-ci sort un an après The Emigrant, trois avant Le Kid. J’avais déjà réalisé la modération de ma réceptivité, aujourd’hui elle est confirmée. Le début avec la rencontre du chien et les embrouilles des deux policiers m’a amusé, mais la musique additionnelle m’a bien plus captivé. Ensuite j’ai dû raccrocher tout le long (partant et revenant sans efforts).

Après avoir vus de nombreux courts avec Charlot, je sais que cet opus est aussi ennuyeux que la moyenne, peut-être un peu plus. Il est moins prolixe, moins intense dans l’humour, plus explicitement soucieux du contexte social. Mais la mise en scène (surtout le strict plan technique) le ramène vers le haut du panier – c’était le premier film de Chaplin sous la houlette de la First National (où il réalisera bientôt The Kid), sa dernière étape avant celle consacrée aux longs-métrages et aux futurs ‘classiques’. L’histoire est très positive (cet optimisme porte, le scénario et les rebondissements en eux-mêmes non ou de manière fugace). (58)

Charlot garçon de café ** (USA 1914 – 16min) : Ça se remue (des coups et même des flingues dans le dernier combat) mais c’est très con. Avec (validée ou non – probablement peu importe) une moralité d’ingrats pour clore la partie. La mise en scène est remarquablement propre pour l’époque, sans être spécialement dynamique. Regardez plutôt Le songe d’un garçon de café d’Emile Cohl. (50)

Charlot dans le parc / In the park ** (USA 1915 – 14min) : Plein de quiproquos et similaire au précédent concernant la place de Charlot face à la ‘bonne société’. Personnages très expressifs, surtout lorsqu’ils sont des plus riches ou des vauriens. Le film est fait de va-et-vient et en devient vite lassant. Tourné dans le Golden Gate Park de San Francisco. (46)

Charlot à la banque / The bank ** (USA 1915 – 24min) : Un Charlot plus ambitieux, avec des jolies ‘profondeurs de champ’ et un casting mieux régulé, de l’énergie sans excès de gesticulations et pseudo-bordels hystériques. Et les décors ‘en imposent’ plus que le plein-air. Mais c’est toujours aussi traînard, sinon plus et en termes de drôleries on a massivement rogné (malgré les anecdotes physiques, avec Charlot replaçant la langue d’un type par exemple). (48)

Charlot nudiste / His Prehistoric Past ** (USA 1914 – 21min) : Un opus de la première grande année. Comme dans The Bank, Charlot part dans ses fantaisies de sauveteur, son meilleur argument pour séduire une fille. Charlot reste Charlot dans le contexte préhistorique, avec sa moustache, sa pipe et son chapeau. Toujours lent, turbulent et pachydermique, mais l’effort créatif et les farces des deux mâles/chefs rehaussent le niveau. Par contre, s’effondre au niveau des enjeux, qui n’ont jamais été très nourris. Voyez plutôt Brute Force de Griffith, en plus vous aurez droit aux dinosaures. (44)

Charlot chef de rayon / The Floorwalker ** (USA 1916 – 29min) : Avec cet opus Chaplin entame sa période sous l’égide de la Mutual – la moins épaisse dans le temps de ses courts ; par la suite, il passera à la First National et dirigera ses propres longs, pour lesquels il est resté si célèbre. Le scénario est faible, la narration et l’espace concentrés, l’humour est des plus fainéants et redondants. En une demie-heure tout ce qui marque est l’apparition d’escalators et d’un double de Chaplin, probablement deux premières. Le gros gag des escaliers sauve le film mais arrive après 25 minutes souvent ennuyeuses. (46)

Charlot marin / Shangaied * (USA 1915 – 27min) : Un opus particulièrement lent (même si les acteurs restent toujours si agités). Le mauvais parmi les sept enchaînés. (38)

Charlot vagabond / Le Vagabond / The Tramp ** (USA 1915 – 26min) : Un opus important puisque le personnage de Charlot y est plus défini, dans le sens où il sera immortalisé et recyclé à l’usage des longs-métrages (un film-doc de romancier américain tourné en 1976 se nomme The Gentleman Tramp). Beaucoup plus doux et romancé que les autres, tout en restant dans le burlesque. Le dixième piquage de fesses à la fourche arrive six fois après celui de trop. Le rapport à la fille (ou aux femmes) est toujours le même, toujours si enfantin, gentil et pathétique. (52)

Charlot machiniste/ Charlot fait du ciné / Behind the screen *** (USA 1916 – 24min) : Le septième film de Chaplin tourné avec la Mutual (la période qu’il a préféré sur le plan créatif). Le scénario est relativement dense, avec plusieurs sous-intrigues et pas de temps morts, ce qui distingue ce film des précédents. Ce qu’on voit du cinéma comme métier n’est pas très enrichissant au niveau de la profession – on aperçoit des généralités propres à toutes les corporations (ce qui n’est pas si générique, c’est la causticité envers les grévistes et les patrons). La visite des coulisses était peut-être beaucoup à l’époque, à Hollywood en particulier ce devait être énorme – évidemment un siècle après c’est monstrueusement banal. Par contre, l’exploitation des lieux reste excellente et offre de multiples occasions de farces (en plus la répétition n’use pas les gags, sauf avec lors du repas partagé avec le camarade machiniste, où la fausseté plombe tout). Un Charlot particulièrement mordant et inventif : contrairement à celui au parc, sur la mer ou à la préhistoire, c’est un plaisir de le regarder. C’est le premier sur huit Chaplin à la suite qui me fasse vraiment rire (les autres à la marge et Une vie de chien un peu au début). (66)

Charlot boxeur / The champion ** (USA 1915 – 21min) : Dépasse les 30min selon plusieurs sources, la version accessible serait donc incomplète. Le moins comique est un des plus ‘notables’ pré-Mutual (1917-18) vus à ce jour (c’est le troisième chez Essanay). Pour autant ce n’est pas brillant, simplement plus solide qu’A Prehistoric past ou le chef de rayon par exemple. C’est un petit film sur un maigrichon dégingandé se retrouvant sur un ring – le tout emballé avec du burlesque. The Knockout où Fatty domine l’affiche voyait seulement Chaplin apparaître dans une séquence en tant qu’arbitre dépassé. (54)

Charlot fait du cinéma / A Film Johnnie ** (USA 1914 – 11min) : Un des tous premiers films avec Chaplin, qui se déroule partiellement dans les studios de la maison de production de la Keystone (basé à Los Angeles). Chaplin joue un fan se tapant l’incruste, faisant la démonstration de sa niaiserie chevaleresque. Dans une scène il est le bouffon spectateur, d’une émotivité et d’un manque de recul extravagants (cela rappelle The Countryman and the Cinematograph, où le péquenaud n’était pas si sensible). L’humour est bien grossier quand il n’est pas simplement joyeusement lourd. Opus court et efficace, toujours dans l’abus. (60)

Charlot garçon de théâtre / The Property Man * (USA 1914 – 23min) : Un court de la première année (sorti en août 1914). Moins intéressant que les deux films au cinéma. Très violent pour une comédie de l’époque – du splapstick pur et dur, avec avalanche de claques et de coups. Mais entre-temps, que de répétitions. (40)

Charlot et Fatty sur le ring / The Knockout ** (USA 1914 – 29min) : Humour bon enfant quoique donnant dans le slapstick (mais sans aucune réalité, sans le début d’une vraie souffrance). Première rencontre du duo Fatty et Charlot, deux comiques à succès de l’époque. Ce film sort le 4 juin 1914 ; Charlot et Fatty font la bombe aka The Rounders sortira le 7 septembre. Chaplin n’en est qu’à ses débuts et le gros de la scène est à Fatty. Il est simplement l’arbitre du match de boxe et signe le scénario. Arbuckle en tant que Pug, ou même la fiancée, sont largement plus importants que lui. Chaplin n’est également pas à la réalisation, comme c’est le cas pour plusieurs de ses films en 1914-1915 et contrairement à tout ce qui suivra. Tout ça n’empêche pas le film d’accrocher plus facilement que nombre des premiers Charlot – les 25 minutes sont bien remplies (et sans dispersion), bêtes et efficaces. Mais le spectacle perd de sa force à mesure qu’il avance, dans l’attente d’un nouveau coup-d’éclat qui relance la machine : c’est définitivement le cas avec l’après-match, des plus folklos. (60)

Charlot et Fatty font la bombe / Charlot et Fatty / The Rounders ** (USA 1914 – 13min) : Les deux stars des jeunes studios de la Keystone Company se trouvent trois mois après The Knockout de nouveau à l’affiche (Fatty est aussi apparu dans plusieurs films centrés sur Charlot). Ils y subissent une cuite terrible. Le numéro d’ivrogne s’effondrant partout et titubant aurait été un classique de Chaplin sur scène, avant qu’il se lance au cinéma. Le film tient ses promesses avec toute la lourdeur appropriée. On peut ne pas rire ou n’être pas réceptif, mais on constate facilement la réussite. (56)

Charlot musicien / The Vagabond *** (USA 1916 – 26min) : Troisième des douze films de la période Mutual et effectivement un court parmi ceux qu’il ‘faut’ voir. Beaucoup plus dramatique et, ce que n’était pas Charlot boxeur, sentimental. Des points communs (le plan sur la route, à la campagne) avec Charlot vagabond/The Tramp. Charlot est devenu moins ridicule et désarmé grâce à son violoncelle. La mise en scène est beaucoup plus posée, a fini d’être esclave des turbulences des personnages, gagne en simplicité et en éloquence. Chaplin lâche un peu l’humour pour davantage raconter. C’est probablement la première fois qu’il donne de quoi émouvoir, ou simplement une œuvre à prendre ‘au sérieux’. (64)

Charlot et le comte / The Count ** (USA 1916 – 24min) : Veut faire rire de la duperie et de l’inversion des rôles. Contrairement à Charlot musicien, l’esprit reste ‘théâtre’ et la bouffonnerie, sans être forcément de beaucoup plus expressive que dans les courts antérieurs, prend une ampleur plus vaste, monte presque en système (donnant raison à la théorie de Bergson sur l’humour). Le film use ses gags et les décuple habilement. On accroche ou n’accroche pas, au lieu de se lasser (sauf à la revoyure, comme tous les films de ce type ?). (58)

Charlot patine / The Rink ** (USA 1916 – 24min) : Entre acrobaties et tartes à la crème, Charlot de nouveau serveur montre l’étendue de son savoir-faire physique – les gags ne sont pas forcément du même niveau (hormis les excellentes batailles de ventre et le couple improbable au restaurant). C’est le premier opus où il me semble y avoir des petits Charlot dans les quatre bords des intertitres. Deux gags à base de chats (pleinement vivants). (54)

Charlot fait une cure / The cure ** (USA 1917 – min) : Charlot en alcoolique faussement repenti fout la zizanie (involontairement le plus souvent) dans une station thermale. 10e épisode de la phase Mutual, qui à l’instar de Chef de rayon prouve que cette période n’était pas tellement formidable. (50)

Charlot s’évade / The Adventurer ** (USA 1917 – 24min) : Dernier de la période Mutual. Comme le précédent, pas passionnant – mais les notes générales sont excellentes. Par contre l’appropriation de l’espace est excellent, la construction du récit, des farces, la direction des acteurs également. (56)

Charlo brocanteur / Charlot chez l’usurier / The Pawnshop * (USA 1916 – 21min) : Tous les éléments du scénario sont typiques et rebattus (l’employé, le patron, la fille, la cachette), sauf à la rigueur la présence et concurrence d’un collègue. J’ai été totalement insensible à cet opus, qui rejoint Charlot marin en bas du classement – mais celui-ci me paraissait mauvais, alors que Charlot usurier me semble plutôt pencher vers une certaine ‘inertie’. (38)

Fatty en bombe / A Reckless Romeo ** (USA 1917 – 23min) : Un film de et avec Roscoe Arbuckle, où Fatty le bagarreur a été filmé dans ses exactions, suite à quoi le menteur est démasqué devant sa femme lors d’une projection publique. L’introduction de souvenirs et les passages dans une salle de cinéma apportent un intérêt supérieur au film. Sans cela il reste une comédie infantile remarquablement énergique. Buster Keaton apparaît dans un rôle secondaire. Une formidable cigogne aussi. (50)

Fatty cabotin / Back stage ** (USA 1919 – 21min) : Un des derniers Fatty. Keaton y partage l’affiche avec Arbuckle (et Al Saint John) et gesticule dans le monde du théâtre. Le scénario est très rempli et oppose ce film aux seules successions de gags, qu’étaient essentiellement les dizaines de précédents. Valable pour ses acrobaties et sa palanquée d’outrances, davantage que pour son humour ou la précision de la mise en scène (trucages du film aussi visibles que les trucages dans le film). (52)

Fatty et Mabel à San Diego / Fatty & Mabel at the San Diego Exposition ** (USA 1915 – 13min) : Ne pas confondre avec Fatty at San Diego de 1913. Grimaces remarquables de Fatty/Arbuckle. Turbulent et absolument superficiel. Humour simple et bourrin sur des sujets triviaux. (50)

Fatty garçon boucher / The Butcher Boy ** (USA 1917 – 24min) : Un des plus connus avec Arbuckle, grâce à la première apparition de Buster Keaton et peut-être les déguisements de Fatty. C’est aussi le premier film réalisé par Arbuckle chez son nouveau producteur Schenck à la Comique Film Corporation. Cet opus est particulièrement exubérant. (48)

Fatty’s New Role * (USA 1915 – 13min) : Avec un Fatty totalement débraillé. Intrigue mince mais le film est assez court et les personnages assez nombreux pour limiter les faiblesses. Le peu de variations et même de gags francs en revanche tire le film vers le bas. (36)

Entr’Acte ** (1924 – 20min) : Anticipation (formelle au moins) du courant surréaliste, projeté pendant l’entracte d’un ballet dadaïste. Le film sort quelques mois après Ballet mécanique (y a-t-il pioché ?) et cinq ans avant L’Homme à la caméra (il fait partie du ‘paquet’ sur lequel le russe avait les yeux tournés). Une musique d’Erik Satie a été superposée en 1967 (comme dans Ascenseur pour l’échafaud, le terme ‘accompagnement’ convient moins). Le réalisateur de La Beauté du Diable a fait plus aimable (la rapidité et l’absence de répétitions me rend les choses aimables) et directement significatif plus tard, même si ce film doit être son plus ‘notable’.

La plus grande vertu de ce film est son recours à un maximum de techniques. Il ne va pas jusqu’à refuser toute histoire un peu suivie comme Ballet mécanique, mais il a en commun l’absence de scénario et d’unité narrative. Il s’inspire du monde forain, témoigne des fantaisies de l’époque et est, sans que cela altère son caractère atypique, cousin du burlesque alors si populaire et des films à trucages autour de 1900 (type L’Homme à la tête de caoutchouc). La scène du chasseur et des œufs a dû travailler les créateurs du Roi et l’oiseau dans leur jeunesse (le toit et la vue trouble confortent l’impression). (66)

L’Émigrant / The Immigrant ** (USA 1917 – 25min) : Fait partie des opus nobles parmi les courts de Chaplin – son titre sans ‘Charlot’ en atteste (Le Vagabond est l’un des seuls à avoir eu cet honneur auparavant ; les films avec la First National l’auront bientôt tous). Plus fade qu’Une vie de chien, avec route aplanie et farces faibles en chemin. L’immigré Charlot apparaît soucieux de trouver une place discrète, d’être intégré mais pas nécessairement relevé ni s’affirmer – le couple est la vraie ‘terre d’accueil’ où il pourra s’extérioriser et s’épanouir. (60)

Paris qui dort ** (France 1925 – 36min) : Premier film de René Clair mais sorti après son Entr’acte. Superbe initiative pour un résultat décevant, nonchalant et un peu vain alors que de grands espaces sont (littéralement) libérés. L’aspiration poétique de Clair est évidente et sur ce plan c’est une réussite. Le film est également assez rare car il va sur les terres de la SF. Claude Autant-Lara a participé à la réalisation. (56)

La Tour *** (1928 – 11min) : Film à la structure originale, pour visiter et rapporter l’histoire de la Tour Eiffel. Certains effets de découpage/montage sont excellents pour l’époque. (64)

Her Boy Friend ** (USA 1924) : De Larry Semon (réalisateur, scénariste, acteur), avec Olivier Hardy (du futur duo Laurel & Hardy, formé en 1927). Enflammé mais peu stimulant car à peu près ‘vide’ malgré des exploits slapstick (sur un même éternel bolossé et faible fiancé). (52)

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