Tag Archives: Cine 2019

LA BELLE ÉPOQUE **

20 Nov

3sur5 Du mordant dans les dialogues, mais le film reste toujours socialement correct, coche même les ‘cases nécessaires’ à l’occasion – en collant une claque à Hitler (en cosplay) ou concluant par un laïus féministe. Il porte un point de vue ‘bourgeois’ au sens complet – on a l’impression avec lui d’observer le monde en étant confortablement installé dans la vie, se moque doucement de ceux qui rament ou sont moins bien lotis (car laids, décalés, etc), jouit d’un petit nihilisme allégé et passe-partout qui ne semble rien servir d’autre que l’hédonisme. Ironiquement le romantisme a des effets protecteurs, flatte ces besoins de libertés mais invite à sauvegarder le cadre malgré tout – sans quoi il n’y aura plus de différences avec la marginalité et toutes sortes de vrais défis. Ce romantisme permet aussi d’investir sans gêne le passé et d’y prendre sa place, en fusionnant avec un héritage qui dès lors n’est plus fardeau (dans les trois liens pères-fils il y en a toujours un temporairement déchu puis restauré).

Les compositions des parents sont assez exquises mais leurs personnages verrouillés et opportunistes. Le temps présent n’entre quasiment que via les gadgets technologiques et les aperçus d’un monde du travail du haut du panier (ne serait-ce que culturellement avec l’entreprise de Canet) – ou deux secondes d’évocation de gilets jaunes à la radio, quand Victor est en pleine gueule de bois. La mère est friande d’innovation, le père présenté comme critique à ses heures ou simplement éjecté paraît en vérité indifférent. Ces difficultés à situer les personnages et à investir l’époque sont certainement liées. L’ensemble des personnages secondaires sont sous-développés, possiblement à dessein pour les enfermer dans une caractérisation à la fois pauvre et humiliante (par exemple Podalydès en amant de secours et falot incapable d’aligner une phrase complète).

Techniquement ce Westworld parisien n’a rien à se reprocher et les jeux avec les décors, comme ceux avec les masques et la confusion des identités, sont convaincants. Pourtant, les raccords sont parfois bizarres, surtout au début, digérés ou justifiés par une narration non-linéaire, option elle aussi très partielle et gratuite – elle ne dynamise pas tellement, l’intérêt ou la nécessité sont pas évidents. La comédie fonctionne parfaitement. Les récurrentes mesquineries à l’égard des sexuellement ou affectivement affamés ne suffisent à détourner totalement la conscience d’une espèce de tentation ‘cuck’ au travers de toutes ces projections (elle aussi fruit d’une espèce d’émancipation joyeuse de désinvolte tempéré par l’ego – il n’y a pas la gravité et la conviction de L’idéal qui se terminait en aplatissement devant ‘le féminin’).

Note globale 58

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… The Game + La femme d’à côté + The Truman Show + Le cinquième élément + Thalasso

Voir l’index cinéma de Zogarok

J’AI PERDU MON CORPS **

15 Nov

2sur5  Cette fameuse main à la recherche de son corps fait partie d’une poignée d’éléments servant à enrober un programme éculé. Rendre une séance attractive en se concentrant sur ce seul morceau, lui conférer des émotions, des buts voire une conscience, était un lourd défi. Et bien que le film se vende et se dope sur ce compte, la place de cette main dans la ville est marginale (spoiler : elle fournit le meilleur de très loin devant les flash-back tout en mélancolie douce, chagrins, sépia ou noir et blanc). Au départ on baigne dans un mélange équilibré, ensuite la trame classique et romantique prend toute la place – autour de l’élan piteux mais amoureux de ce jeune type pas sevré mais sentimental qui se donne du mal.

Par rapport au roman Happy Hand (signé du responsable d’Amélie Poulain), le réalisateur Jérémy Clapin aurait introduit l’essentiel des scènes pertinentes ou simplement étoffées. Les enregistrements et les principaux éléments de la conclusion [sur le toit] seraient donc entièrement dûs à l’adaptation. Or avec eux et plus encore la scène-clé de l’interphone, on a le principal de ce qui tient la séance debout ; donc soit le matériau de base était vaseux ou tout en sentiments et sensations intranscriptibles, soit Clapin et son équipe ont simplement composé avec un nom et plaqué dessus leurs inspirations.

Dans tous les cas, probablement dans l’idée de le dépasser, le scénario a été délaissé. Il s’avère simple voire carrément simplet au niveau des profils et motivations. Le film ne peint pas le monde en rose bonbon mais cumuler les trucs crades et vulgaires ne fait que lui donner un cachet réaliste, une capacité à faire écho, sans élever son niveau. Le fond demeure d’une niaiserie imparable, les sermons sur la destinée à dompter n’y changent rien – tant mieux probablement car hormis les envolées stériles du développement personnel misant sur la pensée magique, il y avait zéro débouché. Enfin les effets sont plus appuyés que convaincants, la pression émotionnelle est excessive (il y avait un empressement comparable dans Skhizein et Une histoire vertébrale) et la musique utilisée comme si l’auditoire se cocoonait dans sa safe space érigée à la gloire de Radiohead.

Évidemment un tel film vaut davantage le déplacement que Countdown, des talents sérieux sont à l’œuvre. Mais hormis ce titre-là je ne vois au mieux que des équivalents ou des déceptions (ou des saletés intéressantes comme Alice et le maire) dans les sorties de ces derniers mois (L’invasion des ours assurait le pittoresque). Enfin ce livreur finit par gagner la sympathie grâce à sa bizarre obstination et ceux qui auraient aimé Les triplettes de Belleville s’il n’était si ‘franchouille’ à leurs yeux devraient trouver une bonne alternative tout aussi nostalgique. Ceux qui viendront à J’ai perdu mon corps attirés par le label du producteur Xilam auront plutôt la confirmation qu’il a livré son meilleur il y a vingt ans avec Oggy et Les zinzins, les rares films présentés depuis n’étant jamais renversants dans leur domaine (même s’il y a eu de jolies choses comme Kaena).

Note globale 52

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Rubber + Paprika + Avril et le monde truqué

Voir l’index cinéma de Zogarok

COUNTDOWN **

13 Nov

2sur5  Ce petit film d’horreur fait son boulot. Il joue efficacement avec les clichés (avec une affinité spéciale pour la mort dans le rétro) et les limites du genre avec l’humour. Son habileté à embarquer doit beaucoup à l’héroïne, version mature de celle de l’intro – une jolie fille distante mais obéissante, acceptant à contre-cœur le jeu débile et les conditions d’utilisation qui pour les autres font quasiment partie de la fête.

Bien sûr il ne faut pas être à cran sur la logique, les contradictions. La sensation des secondes bien longues dans les derniers instants est interprétée littéralement et il faut attendre le milieu du film pour envisager la lecture des ‘term services’. Même le complotiste du bar trouve que cette histoire relève de la connerie ! Au lieu de se fourvoyer dans de telles considérations, on se focalise sur les impératifs égocentrés, ce qui permet de traverser le film de façon plus ou moins heureuse selon qu’on apprécie ou aime mépriser les personnages.

Comme les interprètes sont bons et qu’il y a quelques seconds rôles un peu grotesques, c’est assez facile – comme tout avec ce film. La limite est atteinte quand le film bascule dans l’abusif au niveau des relations : le retournement des accusations par le patron, qui se fait alors d’un mielleux à la limite de la comédie (sombre) sort du cadre des ringardises bénéfiques et semble simplement débarqué là par contrainte ou compensation. C’est que le film est (cosmo)politiquement correct l’air de rien, ou du moins particulièrement ‘conforme’.

Les femmes échappant aux menaces sont vieilles et amères, les hommes sont lâches, irresponsables ou transparents. Dans ce champ d’inconscients surgit un allié black. À la rescousse de la pauvre proie (mais forte, qui sait se battre pour sa sœur et sa camarade), il apparaît dur et swag tout en sachant apporter un soutien moral. La superficialité de l’écriture et du profil deviendrait presque un atout dans ces moments-là. Même Ozhin n’est qu’une silhouette. À terme Quinn reste la seule à produire un peu de valeur. Mais tout ça fonctionne gentiment, alors si on y va en connaissance de cause, on ne s’ennuie pas – ou si peu.

Par contre il serait insensé de prendre un ticket à deux chiffres. Pour ce continuateur de la piteuse tradition représentée par Ring et Destination finale, sortir 7 ou 8 euros est le dernier palier avant de risquer les regrets et la grimace en sortie de séance. Les amateurs d’horreur surnaturelle à sensation type La nonne devraient apprécier – il n’y a pas son ‘exotisme’ mais pas ses défauts de rythme et le grotesque est digéré. Les amateurs de slasher et de films à concept discount mais crus type Would you rather (ou même du film d’horreur thaïlandais partageant son nom) peuvent aussi tenter leur chance, même si rattraper Wedding Nightmare serait plus profitable.

Note globale 46

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Voir l’index cinéma de Zogarok

MIDWAY ***

10 Nov

3sur5  Pearl Harbor est récurrent dans le cinéma de guerre américain mais la bataille de Midway était un épisode rarement cité depuis 1976. Bien que les capitaux soient principalement allemands et chinois, car Hollywood serait réfractaire à illustrer une telle bataille d’après Roland Emmerich, les autorités américaines ont validé le film en permettant l’accès de l’équipe de tournage à des sites historiques comme la base de Ford Island. Avec les efforts concluants des décorateurs le film en tire une certaine authenticité, apte à compenser l’angle par lequel il sera le plus facilement attaqué : le tournage en studio (à Montréal) et les effets numériques seront évidents et probablement gênants pour les yeux exercés et les techniciens.

Si on est pas accaparé par ce filtre, le film a de fortes chances d’être captivant et les scènes en avion excellentes. Le cinéma d’Emmerich est peut-être pompier mais il est sûrement efficace – il l’était déjà pendant les deux tiers d’Independance Day, avant de succomber à la crétinerie. Dans sa catégorie Midway est comparable à Dunkerque mais pas aussi radicalement choral. Par son dispositif et son scénario il est moins ample, son passage en revue est moins fin. Historiquement il est certainement moins approximatif, mais là-dessus Midway profite d’une certaine modération alors que son prédécesseur prenait mécaniquement des risques avec ses ambitions quasi didactiques. Et contrairement à beaucoup de ses concurrents surtout quand ils se font partisans ou démonstratifs (spécialement quand il s’agit de cette guerre mondiale), Midway se soucie d’exactitude pour ses représentations mineures : les anecdotes personnelles sont véridiques et les étrangers parlent dans leur propre langue. Enfin sur le terrain de l’action et de l’émotion Midway concurrence largement le film de Nolan.

Il y a bien des scènes lourdes de camaraderies ou de larmes coulées dans la dignité, mais elles sont rapides et propres (au départ Ed Skrein et Kleintank en font des tonnes mais après tout ce sont de jeunes américains déterminés, primaires et insouciants). Jamais le film n’en rajoute dans les faits extraordinaires ou les moments compatissants, ni ne romantise ou s’attarde sur les vies privées. Ses architectes savent que le matériel est déjà suffisamment consistant. L’ennemi en profite puisqu’on s’abstient de le ridiculiser, ce qui est bon pour tous ici comme en général. Avec cet aplomb et cette simplicité Midway montre une façon percutante et relativement honnête d’esthétiser l’histoire guerrière d’une nation particulièrement belliqueuse sur le long-terme (qui n’a donc pas eu qu’à réagir à des provocations). Il faudrait toutefois que la guerre tâche davantage et que les stratèges aient moins de temps d’exposition pour avoir l’impact ou attirer la sympathie que pouvait générer Du sang et des larmes.

Note globale 68

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… 

Voir l’index cinéma de Zogarok

ANGRY BIRDS 2 COPAINS COMME COCHONS **

7 Nov

3sur5 Ladaptation de 2016 était une bonne surprise, un film d’animation relativement sensible où les personnages grandissaient. Le second épisode est moins équilibré, quasiment nu en-dehors de la comédie et des mignonneries. Il se conforme intégralement à l’animation à l’américaine, mielleuse et hystérique, où rien n’est jamais grave, compliqué ou menaçant (les drones peuvent espionner notre héros ça ne fait pas partie des choses sérieuses). Angry Birds 2 ne tombe pas non plus dans la débilité de Moi moche et méchant ou l’aseptisation de Comme des bêtes. Il est encore trop inventif (et cela dès l’ouverture avec ses oiseaux prenant le métro) mais n’a rien à soi pour relever la recette commune.

Le programme est inclusif à outrance et parfaitement linéaire. C’est d’ailleurs un petit exploit de garder la séance si vive malgré la faiblesse des ‘possibles’ et en important peu d’éléments gratuits (donc en insérant habilement la traditionnelle pluie de références ‘geeks’ à son propre univers, en préparant le terrain pour de futurs gags ou tangentes). Les méchants d’avant sont désormais des alliés, presque des amis généralement chacun chez soi pour le bien de tous et avec lesquels il est bon de se chamailler (en échange peut-être de leur intégration, ils sont bizutés – le roi en string, les autres souvent en posture ridicule) ; les nouveaux antagonistes sont tout sauf effrayants pour le public, la torture par glaciation étant le truc le plus susceptible de troubler et braquer un très jeune public. Tout le monde est sympathique, transparent ou insignifiant, un maximum de caractères sont assimilés et chacun profite du biais général ‘optimiste’, Chuck le jaune est toujours plus balourd.

En première ligne nous avons une coéquipière de Red bardée de diplômes, espiègle, visionnaire et sans défauts. Contrairement à Terminator Dark Fate c’est bien du féminisme ‘impératif’ et pas relatif, même s’il reste opportuniste. Du reste le contenu politique ou assimilable n’est plus de la partie (alors qu’Angry Birds le film était déjà assez conséquent pour déborder des niaiseries et des conventions en la matière). C’est donc un film d’animation gentiment drôle, au rythme impeccable, à la fois gras esthétiquement mais joliment et joyeusement coloré, avec une sorte d’appendice (ou ‘court-métrage’ dispersé) suivant les aventures d’oisillons. Efficace sur le moment mais finalement évanescent, il se rapproche de Rio ou des suites de L’âge de glace. Mieux vaut voir le second Shaun le mouton, ou même Maléfique qui répond davantage à la définition de la ‘beauté’.

Note globale 56

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Dragons 2  + LEGO + Les Croods + Tempête de boulettes géantes

Voir l’index cinéma de Zogarok