MINI-CRITIQUES 4

30 Juin

These Final Hours ** (Australie) : Film d’apocalypse sorti en DTV en France (2015) après un passage à la Quinzaine des réalisateurs cannoise (2014). Un type musclé consacre les douze dernières heures de l’Humanité à escorter une gamine vers sa famille (avant de rejoindre sa Zoé). L’Europe a déjà été dégommée, le cataclysme n’est pas une vue de l’esprit.

Le début est mauvais, du 28 days en mode kéké, avec le tableau normal et basique : un peu de crimes, d’illuminés (religieux ou sanguins) et de ‘négligences’, livrés comme dans un catalogue. Mais le déballage sera synthétique et pas racoleur, puis les sentiments prennent l’ascendant.

Les personnages (souvent odieux) sont en roue libre. La séance est courte et parfois intense ; ne conclue trop rien, entasse les dialogues insipides, file de manière entièrement prévisible. L’implosion du personnage est cohérente, avec ce que cela suppose d’aberrations et de contradictions, comme le passage à la fête.

Malgré les nombreux manques et défauts, le résultat est aimable et potentiellement accrocheur ; These Final Hours a, pour son plus grand bonheur et éventuellement celui du spectateur, la main lourde. Pour le même sujet, voyez plutôt 4h44 de Ferrara. (54)

Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare ** (2012) : Trois semaines avant la fin du monde, avec internet et portables hors-d’usage. Road-movie impromptu pour s’arranger avec le cataclysme. Romcom assez conventionnelle dans l’esprit, douce, bien écrite. (60)

Le val d’enfer *** (France 1943) : Film de Maurice Tourneur (Impasse des deux anges, La Main du diable), autour d’un amour impossible, entre un homme à mi-vie et une jeune trop pimpante, tombée par hasard dans son escarcelle.

Entre le Lolita flegmatique, où surnage l’hystérie agressive et les fourberies de Marthe (Ginette Leclerc) ; et le film de mœurs réaliste (et cru autant que possible). Marthe n’est pas une femme fatale ; c’est une femme enfant, dissipée au moins, au passé sulfureux peut-être, qui se fond dans son rôle, jusqu’à bouillir – à l’étroit dans cette vie austère, ‘d’avant’.

Le ton du film est raccord avec l’état d’esprit de Noël, avec en supplément la lucidité manquant à ce veuf au style et aux dispositions de vieux garçon. Au fur et à mesure le ton se fait plus aigre et violent. Fait penser à une nouvelle de Maupassant parfois. J’ai aimé le personnage du père. (67)

Vous ne l’emporterez pas avec vous ** (1938) : Éminente crewball comedy de Capra. Un jeune homme de haute extraction s’y entiche d’une fille dont la famille est exaltée et non-conventionnelle. Autour du vieux déglingué c’est un catalogue de ravis de la crèche lorgnant vers l’excentricité. Le pire étant la danseuse compulsive – moins consternante cette originalité devenait embarrassante comme du John Waters. Cette manie prend enfin de la ‘tenue’ sur le dernier acte (qui en lui-même n’est pas tellement plus cohérent).

Ce sont des gens honnêtes, blabla ; des grands gosses euphoriques, péremptoires, nonchalants dès qu’il s’agit d’esprit, d’intellect ou d’organisation ; bons et sûrement braves, avec le vieux anti-taxes dans l’esprit ‘travailler c’est collaborer’. Quand il va en prison, c’est une expérience rigolote. C’est assez vrai d’ailleurs, puisqu’on y trouve la meilleure scène (madame Kirby et les putes derrière les barreaux) et un monsieur Kirby poussé à bout – une belle prise, mais tout ça pour dire : il a de l’argent, mais pas d’amis, le monde ne l’aime pas et le regrettera pas.. L’optimisme du vieux n’est toutefois pas absurde ou infondé – et sa façon de tout transformer (et de ‘doucher’ les autorités et autres battons pris dans les roues) finit par le rendre sympathique.

Conscience molle ou faussée : elle est « Cendrillon » (selon un témoin au procès) d’une probable famille de « bourgeois » de bas étage et de goût douteux (selon madame Kirby en chemin pour rencontrer la belle-famille virtuelle). Bref, un film de bobos d’avant le terme, dans leur utopie Wes Anderson prude. Le yolo est bien plus démonstratif que dans Arsenic et vieilles dentelles, sans la foule de quiproquos – mais cet opus est plus franc et drôle, plus ambitieux dans son propos. (52)

Abus de confiance *** (France 1937) : Signé Henri Decoin (Razzia sur la chnouf, Le Masque de fer), Abus de confiance est un des opus issus de sa collaboration importante (10 films) avec Danielle Darrieux, devenue son épouse dès 1935 (année du Domino vert, leur premier projet). Compassionnel, un peu mou par moments, avec fin ‘idéaliste’.

L’abus, c’est aussi celui de cet homme, par rapport à sa femme ; des relations humaines en général. Vue plutôt cynique, d’un cynisme candide – par exemple avec ces hommes en position dominante (petite, commune) à la libido brutalement secouée sinon réveillée.

Scénario décent. Les tensions entre personnages (madame fait ‘mariner’ la menteuse) et les dialogues valent moins que l’interprétation et le tableau social – quantitativement riche (sans jamais se fondre vers le documentaire) sur les mœurs, interactions des milieux, mentalités. (66)

Le bruit des glaçons ** (France) : Métaphore demi-incarnée. Humour plus ‘méta’ et contemporain par rapport au Blier de référence (Valseuses, Buffet froid, etc). Trouve son rythme en introduisant un élément encore plus inhabituel, l’émotion. Dujardin est convaincant grâce à ses efforts, les autres souvent en font trop ou sont figés ; Mr Bernie est dans son rôle habituel, à fond, avec des bons mots, mais sans bousculer la morale. (50)

Les rois du sport ** (France 1937) : Un des nombreux témoins de la collaboration Raimu – Fernandel, jouant ici le beau-père récalcitrant et le beau-fils dissolu. Les sudistes montent à Paris et sont embarqués dans une sorte d’arnaque – Fernandel passe pour un champion de boxe et le beau-père pour son manager. Divertissement simple, brouillon et enjoué. (46)

Hippocrate ** (France 2014) : Montre l’hôpital public en voie de dégradation. Lacoste interprète le fils d’un médecin général dont la négligence (commise peu après son intégration) est couverte. Son personnage est antipathique quoique présumé se racheter, avec des excès dommageables puis en provoquant indirectement des améliorations.

Approche réaliste, pas téméraire ni analytique, plutôt ‘sociale’. Avance patiemment ses pions de film engagé, notamment sur l’euthanasie. La fin est ouvertement politisée. Le film abonde dans le sens des équipes médicales, épingle les restrictions budgétaires (compagnes des suppressions de postes), manques matériels et échanges insuffisantes (avec le chef ‘parachuté’). D’ailleurs la grève (du service de nuit) elle-même est réduite, par nécessité.

Point de vue terre-à-terre et assez doux concernant les apprentis. La plupart des internes sont de jeunes beaufs ; pratique d’un sous-bizutage, troupier et sans gravité ; comportements grégaires et pragmatiques. (59)

Dieu seul le sait *** (USA 1957) : Seconde guerre mondiale, une nonne et un marine sont seuls sur une île, sans communication possible avec l’extérieur. Ils ont régulièrement la visite inopportune de soldats japonais. Heaven Know Mr Allison est une robinsonnade tournée à (Trinité-et-)Tobago, dirigée par John Huston, plaçant face-à-face Deborah Kerr et Robert Mitchum – en terme de notoriété et de reconnaissance à l’époque, ce n’est pas Grant et Hepburn dans Charade mais c’en est proche.

La foi et les faits s’opposent pour chacun, poussent vers le doute et l’impatience. Leurs affrontements sont rares et softs, les deux enrégimentés arrivant à cohabiter et à garder la bonne distance, malgré les tentations et les flottements. Ils sont tenaces et cohérents, tous les deux. L’approche est un peu prude, ‘confiante’, le résultat ouvert aux dissertations – on pourra trouver le film ‘critique’ ou ‘complaisant’ à l’égard des mêmes institutions, de l’autorité. Heaven Know fait une belle impression sur le moment, qui s’étiole facilement ensuite. (71)

37°2 le matin ** (France 1986) : Vu à la télé sur la 25e, version courte (3h05 sur SC). Signé Beinex (Diva, La Lune dans le caniveau), film à scandale au moins rapporté, en tout cas très commenté à l’époque. Béatrice Dalle s’y révélait au travers d’un personnage impulsif, extraverti, émotionnel (elle s’avère sérieusement démente) ; il semble qu’elle y corresponde personnellement pour les deux tiers. Nudité frontale récurrente. Ambiance de marginalité ‘bohémienne’. (62)

L’emmerdeur * (France 1973) : Première apparition de François Pignon, interprété par Jacques Brel. Manifestement conçu à la fois ‘à la cool’ et avec rigueur/raideur. Sans doute la patte du réalisateur d’Oscar et La cage aux folles.

Le voir après les versions de Veber n’aide pas ; par lui-même, ce film n’est déjà pas convaincant : sans alchimie, le duo ne fonctionne pas, Ventura en train de s’user dans son costume, aucune carte jouée n’obtient de résultat supérieur. (38)

L’ombre d’une femme ** (France 2015) : Avant-dernier de Philippe Garrel, découvert très récemment sur Mubi (trois de ses premiers films). Histoires de tromperies et d’amour plombé ; lui se transforme en taliban. Son personnage n’est pas très convaincant : c’est le parano inerte et ennuyant, avec ponctuellement des manifestations surjouées. On pourra se raconter qu’il se passe beaucoup de chose à ‘l’intérieur’. Le couple en revanche est crédible, même représentatif d’un assemblage courant qu’on pourra dire dysfonctionnel ou toxique, mais inévitable et doté du mérite de combler les deux parties.

Belle photo, fluide et concis, assez ‘fun’ en grande partie sans faire exprès (la mère hypocrite, les petites excentricités) – mais il faut encaisser le début, à se traîner le documentaire. Le noir et blanc sert à esthétiser le goût du trivial et le romanesque banal. (48)

Le maître de forges ** (France 1933) : Adaptation éponyme d’un roman de 1882 (de Georges Ohnet), déjà porté à l’écran en 1912. Le réalisateur, Fernand Rivers, tournera une nouvelle version en 1948. Rififi entre bourgeois montants et aristos en chute libre. Divertissement superficiel et pimpant, doucement drôle, dialogues agréables. Découverte de Léon Bélières, à l’allure remarquable ; son personnage fera un beau laïus d’opportuniste lucide (déguisé en centriste mondain) sur la politique – à retrouver vers la 42e minute. (57)

Spasmes ** (1983) : Connu en tant que film d’horreur animalière avec un serpent pour grand méchant ; c’est davantage un thriller avec apprentis sorciers (le millionnaire en tête) et mystiques à la poursuite d’un Graal moyennement défini. La créature est rapportée d’une île (Micronésie) entrevue au début (ouverture avec une tribu primitive en furie).

Images distrayantes, le reste n’est jamais passionnant. Arrive à être généreux bien que le serpent soit rarement à l’écran. Cumule les exotismes avec la secte, les lieux nantis et les bouts de ‘jungle’ – ou encore la vue subjective bleutée et les expérimentations scientifiques. C’est parfois joli, mais trop primaire ou trivial pour avoir un charme ‘sérieux’, ou un effet à la hauteur du bordel déployé. Les nostalgiques (même pseudo-) des démences 80s trouveront plus facilement les bons côtés. (46)

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