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CROWS ZERO *

23 Oct

crows zero

1sur5  Crows Zero a été un nouveau gros coup pour Miike en 2007 et il en réalisera même la première suite. Adaptation des mangas Crow et Worst d’Hiroshi Takahashi, le film pourrait tout aussi bien n’avoir aucun modèle précis tant il ne vit que par les clichés les plus ridicules et exacerbés de l’anime japonais pour jeunes ados hystériques. Le film oppose des groupes de jeunes cherchant à prendre le contrôle du lycée de Suzuran à Tokyo ; le résultat patauge entre l’Infernal affairs des (beaux) quartiers boutonneux et attaque de BB Brunes nippons en mode darky trashouille. Musiques de groupes (pop-)rock pour jeunes rebelles à faire passer Coldplay pour un visionnaire assorti.

Miike est très volontariste, gonfle les poses, aligne des interactions foutraques, des petites soirées, les activités extrascolaires badass voir d’apprentis-mafieux, des petites échanges de groupes, les scènes de concerts pour jeunes ploucs argentés, les projections de X expliquant à V ce qu’il songe pour son avenir ou contre ses adversaires. Les quelques combats sont minables, la violence est puérile ; et surtout que de détails, de personnages avec leurs petites missions et caractéristiques, de bavardages et d’absence de colonne vertébrale, au profit d’un cumul d’anecdotes indifférenciées et de faux clips rabougris. On est dans Pokémon by Kassovitz (La Haine) et manifestement bon nombre d’ados sont enchantés.

Ce spectacle d’une totale inanité, d’un niveau sans doute fréquent dans le Z pour ados, reste déconcertant de la part d’un auteur aussi avancé que Miike. Enchaîner les films, avec parfois quatre ou cinq par an, ça a aussi ce genre de contre-coups. Il n’y a aucune discipline dans Crows Zero, pas plus d’inspiration (même narquoise), une mise en scène sans direction, une propension à la pose – bâclée, sans goût et même très laide, mais conforme à l’esthétique de roman-photos pour puceaux revendicatifs se rêvant yakuzas. Le budget se ressent, notamment avec le travail sur la photo, mais son rendu glauque ne correspond pas du tout au déroulé des événements et il n’y a moins de travail sur l’atmosphère et de puissance dans l’écriture que dans Arthur et Maltazard.

Au programme, beaucoup d’intrigues et sous-intrigues de clan, un peu de filiation, de relations à papa ou de pression à devenir un homme, qu’on se met ou que l’environnement nous met, oui mais c’est pas si facile ! C’est proche du nul, plus embarrassant que les beauferies de Taxi & co car eux évitent de s’arroger ce lyrisme en carton. Pire, Crows Zero croule sous la psychanalyse de trisomique boiteux ; Miike n’a jamais été spécialement brillant pour la psychologie, raison de plus pour ne pas essayer. Il peut faire un Taxi 5 ou s’illustrer par de nouvelles histoires torturées ou des outrances visuelles, mais il y a des terrains qu’il faut savoir s’interdire ; si Visitor Q était un naufrage redoutable c’était en partie pour ça.

Peu importe cependant pour Takashi Miike, il est capable d’envoyer des films percutants mais n’a pas vocation à travailler pour l’amour de l’art. Il tourne pour tourner, donc si lui vient le courage et l’énergie de façonner des films bien troussés, tant mieux, sinon, une série B genrée, peu importe sa qualité à la sortie, ça ne mange pas de pain. Avec Crow Zero, Miike se fout de la gueule du monde et capitalise sur une niche ? Ok, soit. Qu’il fasse sa merde, qu’elle soit adulée par les habitants de cette niche et qu’il aille se faire foutre avec ses films pour bikers débutants. S’il est rendu à ce degré de cynisme, il y a la possibilité de prendre un pseudonyme sous lequel il exécuterait les basses besognes.

Note globale 28

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Suggestions… The Raid 2 + Machine Girl

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MOONRISE KINGDOM *

24 Avr

moonrise kingdom

1sur5  La patience n’est pas une vertu inépuisable : il vient un moment où on ne peut plus demeurer tolérant face à ce qui nous exaspère instinctivement. Ce moment est arrivé pour moi avec la découverte de Moonrise Kingdom, après La Famille Tenenbaum et The Grand Budapest Hotel, prises de contact stimulantes tout en étant assez pénibles, me laissant un arrière-goût amer, surtout dans le premier cas. Wes Anderson a un talent très prononcé pour la direction d’acteur et surtout un style fort : grandiloquent, haut-en-couleur, potentiellement euphorisant.

Mais c’est un cinéma sans tripes et rose bonbon, prenant le parti de la fantaisie creuse et du caprice enfantin, éludant toute violence et profondeur. Il en résulte une sensation de bonheur obligé, une brutalité bien plus désagréable au cinéma que celle d’un drame humain ou d’un pseudo-documentaire ouvertement prosélyte. Cette tendance, toujours présente, y compris dans Fantastic Mr Fox, atteint son paroxysme dans Moonrise Kingdom, ironiquement l’oeuvre la plus louée de Wes Anderson jusqu’à Budapest en 2014. Le camp de scouts de l’île Prudence (Rhode Island) est le théâtre d’une éloge crétine de la supériorité de ‘l’imagination’ sur la morne réalité des adultes.

Le caractère visionnaire des enfants les poussent ainsi, d’une part à répandre leurs délires sans souscrire aux règles des adultes, d’autre part à prendre leur relève en étant responsables tout en sachant rester joyeux, vivants et plein d’espoirs. Exactement ce que les adultes ne sont pas, naturellement, d’ailleurs Anderson inverse les rôles et nous montre des adultes déraisonnables, s’agitant inutilement. Moonrise est donc une croisière en ultra-Burtonie, les pires aspects du créateur de Edward étant comme radicalisés et supplantés. Ses dualités sociales et existentielles pour pré-adolescent emo sont terrassée par le délire démagogue et niaiseux d’Anderson.

Le carnaval selon Anderson consiste aussi à mettre en avant les deux jeunes acteurs novices, entouré par un cortège de grandes stars. Car c’est un casting quatre étoiles : Edward Norton (toujours aussi fatigué), Bill Murray (remarquablement sous-exploité), Tilda Swinton, Frances McDormand (la flic de Fargo) sont là, avec également des acteurs moins twee qu’à l’accoutumée : Bruce Willis (souvent au bord des larmes), Harvey Keitel (dans un second rôle). De leur côté, Kara Hayward/Suzy et Jared Gilman/Sam sont les parfaits dégénérés de cette île-monde, précocément en bout de course : créons-nous des drames pour remplir nos existences cotonneuses, meubler notre vacuité, s’encanailler et s’exalter en se prenant pour de grands démiurges en herbe ! Suzy est tellement vaine qu’elle en arrive à voler pour avoir un secret.

Ce monde-là, définissons-le. Il y a une esthétique Castors Juniors a-priori, univers correspondant bien à celui d’Anderson ; mais les Castors c’est encore trop pour Moonrise Kingdom. Ici l’aventure est réduite au minimum, il n’y a pas de codes d’honneur ni d’aspiration à grandir, juste celle d’imiter l’autorité (les militaires, les gestionnaires en tous genres) en leur donnant un visage plus ‘farce et attrapes’. On est plutôt dans Stand By me, mais avec des débiles bien encadrés au lieu d’enfants en marche, prêts à affronter la vie, se découvrir, oser vraiment, pas oser jouer à Denis la malice en prenant des airs graves.

Enfin il y a tout le pittoresque bidon de cette balade à la candeur exténuante : l’un des éléments les plus affreux est ce narrateur ridicule, avec son allure folklo débile et son air satisfait de vieux hippie enrhumé. Il y a trop de sucre et de déjections choupi dans ce film, avec d’ailleurs petits animaux à volonté et propension au lolcat inoffensif. Ajoutez à cela ces êtres oscillant entre la mollesse et l’hystérie, vous avez : Moonrise Kingdom, une certaine idée de l’enfer, avec son cortège de facéties écervelées et ses convulsions grotesques de faces de lune sous prozac. 

Note globale 28

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Suggestions… Mister Lonely

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PENTAGON PAPERS *

20 Mar

1sur5  La représentation du déballage des ‘pentagon papers’ par Spielberg est remarquablement stérile et aseptisée. Elle ressemble aux actualités d’un milieu au sommet dont les acteurs principaux se présentent presque comme des ‘petits’ entrant dans la phase de reconnaissance. Les auteurs laissent faire – comme si le pseudo ‘non-jugement’ était une absence de participation lorsqu’on collabore – à une œuvre ou à n’importe quoi. Mais The Post/Pentagon Papers n’est pas un drame psychologique pédant où il s’agirait d’organiser une expérience et la laisser se dérouler avec bienveillance ou neutralité clinique ; c’est un film politique de larbin. Ce n’est pas qu’il s’agisse de propagande ou de tentative hasardeuse d’éprouver de l’empathie pour quelques agents de l’Histoire ; c’est un film qui, si l’idéologie ‘larbinisme’ existait (c’est-à-dire était formalisée), en serait un excellent représentant.

Bien qu’il attribue à ses protagonistes l’obtention d’un exploit malgré une position initiale de faiblesse, The Post présente des routiers, des installés, protégés par de multiples connexions. Ils sont planqués individuellement à l’intérieur de leurs terriers prestigieux, n’ont pas à craindre la violence et les soubresauts du monde – ceux-là se résument pour eux à des courses à l’info (pas seulement sur le plan journalistique, mais aussi celui de ‘l’establishment’) et à des tensions de bureaux, certes parmi les élites de la capitale des États-Unis. Ils parlent de leurs positions personnelles, de tactiques – c’est impressionnant dans la mesure où c’est largement supérieur au sort des journalistes dont l’essentiel du temps se consacre aux soucis de mise en page et de bon mot du jour à faire reluire sur Twitter ou auprès de la profession et de ses commentateurs exaltés. Journalistes qui n’ont donc pas ces postes-clés ou alors subvertis.

L’opportunisme de Spielberg est massif – le sous-traitement d’un quintal de nouveaux Indiana Jones serait plus sobre (et la dernière scène s’ouvre la possibilité de transformer les gros morceaux de l’Histoire en matière à soap bouffis à suite, type Marvel à rallonge pour gens avides de choses très-très instruites et z’également très-très intelligentes). Après l’hagiographie plate et convenue Lincoln, le voilà en train de surfer sur la haine envers Nixon (c’est presque un Le Pen aux USA – il a fallu un gauchiste [d’une vénérable souche] nommé Oliver Stone pour apporter au cinéma de la hauteur à propos de ce personnage). Et au moment de traiter l’affaire précédant celle des Hommes du Président, il s’applique à tout désamorcer et à distribuer les médailles, tout en occultant de l’écran les méchants. Son film n’est qu’une somme de petites intrigues de palais autour d’une catastrophe – nationale mais aussi simplement médiatique. Ce qu’il y a de sidérant dans cette affaire, c’est que cette bêtise apparaît comme la normalité et est donc naturellement exhibée comme telle. Face à ce tourbillon Pentagon Papers répond par la fascination : fascination pour Meryl Streep et sa dignité face aux bolossages discrets, fascination devant les cocktails, les restaurants, les réceptions, les salons, l’univers intégralement bourgeois dans l’unique sens totalement suspect du terme (celui où des classes aisées génèrent leur grand cinéma, vivent de rentes fondues et cautionnées dans le ‘mouvement’ et le maintien des liens entre gens de bien – de bon goût et de bonne composition, actionnent des leviers sans avoir à payer ou se donner mais en récoltant les bénéfices – et les lauriers). Fascination pour ce gratin, ses états d’âme (sans âme – peut-être ces gens en ont-ils, mais ce serait dangereux d’aller y voir) et de service (comprenant des débuts de mouillage de chemise pendant les rush).

Il n’y a là-dedans aucun esprit critique, ou alors depuis la fenêtre d’un théorique niais ultime, qui en serait à croire le journalisme imperméable aux autres influences. Mais même dans ce cas, il continuerait avec ce film à croire la presse libre, éclairée, responsable – sauf accidents ou perversions localisées. L’entrée du Washington Post en Bourse permet de signaler la financiarisation du milieu, donc de cocher la case ‘lucidité’ et éventuellement pour les avocats ou les croisés celle de ‘dénonciateur du système’ (tout ce qui s’approche de ‘la finance’ étant démoniaque par essence à hauteur de 15 à 98% selon la sensibilité au Bien et au Juste de l’individu post-2008). Pentagon Papers nous montre bien la collusion des milieux de pouvoir, mais à un degré tel qu’un quelconque épisode de série policière qualifiée pour accompagner le spectateur vers le sommeil peut prendre des airs de lanceur d’alerte en comparaison. Au moins New York police judiciaire peut se positionner, même avec toute la stupidité imaginable, sans en être simplement à admirer benoîtement un objet, une personne, une page de l’Histoire ou un quelconque commandement. Un Cold Case ou un Criminal Minds saura au moins divertir ; ce n’est pas le cas de ce mastodonte que seule l’indigence permet d’éloigner de l’indifférenciation. Car Pentagon Papers a tout du film US ambitieux et AAA sur un épisode historique pendant la guerre froide ; cette indication posée, le cinéphile n’a plus qu’à laisser l’image se former : il a capté le film en entier. Évidemment ce n’est pas infamant, par contre ce n’est pas un contenant. Les protagonistes n’aideront pas à remplir la bête – ils sont gardés près du vide au nom de la capture ‘grand angle’ exigée par cette prestigieuse illustration. Les interprètes cabotinent comme ils peuvent – Tom Hanks a décidément une grosse conscience professionnelle – sa façon de s’en tirer plutôt que sa performance mérite des louanges. Saul Goodman de Breaking Bad est devenu un fantôme et bien motivé qui verra en quoi un tel lessivage de Bob Odenkirk peut servir sa carrière.

Conformément à sa nature le film se referme donc sur un déluge d’optimisme reposant sur une bonne dose de cécité volontaire, de lâcheté heureuse ou simplement d’hypocrisie. La foule (les petites mains du Washington Post) festoie avec à l’oreille cette sentence : « La presse doit servir les gouvernés, pas les gouvernants ». La larve devant l’écran sera ravie de ré-apprendre que Slate, Ouest-France ou Le Monde travaillent à son service (bénévolement qui plus est, au cas où quelques ignorants auraient un train de retard). Non. Les gens composant ces sociétés transmettent des faits avec une perspective acceptable ou moyenne, certains ajoutent leurs originalités, déguisent avec plus d’aplomb leurs (espoirs ou) affinités en vérités sur-vérifiées. Et ils cherchent, à torts et à raison, à lever des secrets, balayer des zones d’ombre, zoomer sur des éléments porteurs ou pertinents. Ils ne croient généralement au progrès que parce que c’est leur vocation de le subtiliser – l’instrumentaliser, le piller, l’annexer.

Le seul positionnement vaguement indépendant du film tourne autour du cas Graham : Meryl Streep n’est pas reconnue à sa juste valeur dans un monde d’hommes (la réunion est exemplaire) et la division traditionnelle s’exerçant dans la société américaine s’applique jusque chez elle, jusqu’à Washington. Lors d’une soirée intime entre journalistes, quand le groupe se divise après le café, elle se retrouve avec les épouses de ses collègues plutôt qu’avec ces derniers. Par ailleurs les femmes sont rares chez les journalistes et on pourra relever l’absence de non-blancs, hormis deux femmes noires figurantes lors de la victoire finale (transmission de la décision de la Cour suprême). Mais ce ne sont que des détails, flirtant mollement avec l’agenda politique de l’époque (comme le reste mais en pointant des totems spécifiques). Tout ce que peut apporter Pentagon Papers comme richesse de point de vue est à hauteur de considérations de commères et de complices énamourés. Activement mais indirectement il souligne le poids des détails interindividuels, du contexte. Les acteurs du ‘pentagon papers’ ne sont ni des robots ni des cerveaux sans corps, sans relations et dates-butoir ! Ce sont des hommes – tous ces connards qui décident, jouent ou estiment penser pour la masse (et n’ont pas forcément tord, car elles n’attend que de leur montrer de la reconnaissance, à défaut de meilleurs guides et parents alternatifs). Pourtant ça n’en fait pas moins des rouages – et ironiquement la réalisation le sait et le valide en même temps, en étouffant toute contribution subjective, à quelque degré qu’on souhaitera lire.

Ce film ne semble pas se rendre compte. Il convoque un épisode crucial sur la liberté de la presse, où le pouvoir des journalistes (re-?)devient comparable à celui de l’exécutif. Il est possible d’y voir leur prise en main définitive sur la fabrique d’opinion et la gestion de la conscience publique. Et ce film-larbin en fait une sorte de triomphe, de repère mythique. Or il montre une corporation coupée de ce qu’elle traite (sans parler du public – l’ignorer est peut-être une bonne chose puisque lui n’est pas spécialement pro-actif ou pertinent s’agissant de dicter ou maîtriser la marche du monde). Cette corporation traverse des pressions professionnelles et (relativement) petites menaces judiciaires au moment où elle met en péril la sécurité de l’État, la légitimité du Président et bafoue un secret-défense. C’est dérisoire ! Et le film n’en profite même pas pour tacher d’être précis, informatif. Une si aberrante exhibition pourrait faire un contre-point (voire une Némésis) utile chez ceux qui plaident pour les leaders(hip) charismatiques ou les gouvernements paternalistes (voire les autocrates si les curseurs sur les options ‘servile’ ‘dépendant’ et ‘idéaliste’ sont bien remontés). La vision de Pentagon Papers n’est pas intéressante non plus pour tous ceux sans envie ni besoin de défendre l’orgueil des journalistes ou des mondains activistes, ni de célébrer formellement une liberté via une expression classée au musée. Elle n’a d’utilité que pour les ‘insiders’ et les mous, indifférents, ou tous ces consentants a-priori qui lorsqu’ils se trouvent libéraux, ‘reacs’ ou de gauche passent leur temps à se relever les nuances pendant qu’ils posent leurs esprits et leurs envies à la même table. Qu’ils soient anonymes ou affichés, politiques ou seulement avertis, leurs adversaires et modèles ne sont que des concurrents à un degré fort bien sûr mais nul à l’égard du commun et de l’organisation du vivant – leur existence et leur avantage propre, qu’ils doivent faire semblant d’amalgamer avec une ’cause’ ou un quelconque grand dessein lorsqu’ils dépassent l’anonymat, sont assoiffés ou dépendent de la reconnaissance des ‘autres’. C’est un peu à tous ces gens que Pentagon Papers rend hommage – ces gens nécessaires car il faut bien des illusions, de la complaisance, de la vanité à l’échelle collective et via de fades figures de référence – ces gens accablants parce qu’ils escortent jusqu’au sens de l’Histoire comme si ainsi on devenait les meilleurs humains. Or cette attitude produit seulement les collabos ‘irréprochables’.

Note globale 28

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Suggestions…

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (6), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (8), Originalité (2), Ambition (8), Audace (2), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

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LE RETOUR DE CHUCKY *

7 Jan

1sur5  Nul ne l’attendait pourtant le revoici : Chucky la poupée de sang possédée par la non-âme de Charles Lee Ray rempile pour un septième épisode, vingt-neuf ans après son apparition (dans Child’s Play). L’histoire aurait dû s’arrêter dès 1991 (avec Chucky 3) mais la créature a ressuscité à deux reprises pour fonder une famille. Don Mancini, créateur de la série et présent sur chaque épisode, est passé derrière la caméra pour le cinquième volet, Le fils de Chucky (2004). Il a décidé de poursuivre l’aventure bien qu’elle ne soit plus assez demandée pour le grand-écran (et alors qu’elle n’a jamais été très respectée, sauf au tout début peut-être). Cet attachement étonnant fait de Chucky le seul objet de sa carrière, à l’exception de quelques travaux (comme writer/productor) sur des séries (Channel Zero, Hannibal).

La poupée fut donc recasée dans La Malédiction en 2013 (initialement un remake) et arrive en 2017 avec une nouvelle mouture où l’humour trash n’est plus prioritaire. Ces deux films sortent directement en vidéo/DVD/Blu-ray même dans leur pays d’origine. Avec Cult of Chucky le mythe vire au fantastique et à l’horreur lourde, anxiogène. L’immonde se découvre une fonctionnalité formidable : la capacité de dupliquer son esprit et l’injecter dans des corps – ceux d’un hôpital psychiatrique pour cas extrêmes, souvent atteints de folies meurtrières, sont des réceptacles idéals. D’ailleurs les acteurs ne déméritent pas dans cette affaire, notamment les rôles mineurs – quoique le cabotinage de Jennifer Tilly en blonde new jersian (on dirait une sorte de Liza Monet blanche et maniérée) ne plaide en la faveur de personne.

Il en va autrement pour l’écriture du film et par extension celle du filon. Cet opus se veut plus ambitieux mais ne sait pas s’y prendre pour créer une tension sur la durée et une rampe pour sa poupée. Le ton est très surfait, sans relever d’un kitsch authentique. La bouffonnerie sombre s’annonce dès le départ mais la pantalonnade pure ne saurait être assumée, aussi l’ambiance se veut clinique et étrange. Or les seuls coups efficaces se font comme les autres, par la force (immédiatement dissipée alors qu’elle n’arrive généralement qu’à exploser la petite musicalité d’une scène). La bande-son est sur-investie et le spectateur gavé de trucs, astuces et rappels constants. L’ennui l’emporterait inévitablement s’il n’y avait cette tentative d’écrasement. Le gore est lâché dès la moitié et le rendement éloquent : c’est tout ce qu’il fallait pour sauver ce film taillé pour le remplissage.

Note globale 28

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Suggestions…

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (2), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (3), Ambition (6), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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BANDE A PART *

5 Avr

1sur5  Proche de l’inanité de Pierrot le fou (1965, à venir) sans jouer sa carte de l’agitation euphorique, Bande à part est un cas d’école au rayon cinéma déglingué didactique. Le meilleur à en tirer est la balade dans le Paris ‘actuel’ romantisé donc d’époque : métro, cafés, rues, chantiers.. Y circulent des fils et filles à papa nonchalants et dispersés, portés par l’envie d’être des petits héros de romans d’aventure, d’escroquerie et de simagrées psy-culs candides. Ils swinguent à trente d’apparence ; des sortes de post-ados tranquillisés mais avides de bavardages, d’actualités et de culture compacte, d’expériences ludiques et théâtrales, de poses ou impulsions précieuses et fugaces.

Godard s’est autorisé cette récréation juste après Le Mépris, pour occuper une actrice, avant une période encore plus prolifique (les années 1960 resteront les plus intenses). Il assume la voix-off et à travers elle épingle des faits et des états d’âmes se voulant aériens. L’effet doit être sophistiqué, le romanesque est détruit. Fauché mais assisté, l’exercice sent le remplissage ; il faut avec lui hausser les épaules concernant le souci de vraisemblance et d’intensité (le cambriolage, son but, la méthode, les hommes : c’est intenable si on essaie de le prendre au sérieux – ce qui ne pourra se produire qu’après-coup). Pas question de s’avouer démunis malgré tout ! On y va ad hoc et jette du Jules & Jim (Truffaut 1962) d’ultimes aventuriers de salon, la course au musée étant le climax. Les ambitions sont fortes mais le dédain l’emporte.

On jette des paradoxes à la gueule du spectateur, commente sa propre narration ou ses quarts de promesse par instants. Ou l’état de chacun, qui se résume aux envies et aux pensées triviales mais grandiloquentes. La digression et les manières ne sauveront personne. Dans le métro Brasseur et la fille essaient de se représenter en direct l’effet koulechov (en tenant compte des réactions supposées du spectateur, confondu comme un seul homme). C’est l’épice ‘méta’ la plus forte et raffinée pour accompagner l’abrutissement – penaud, le spectateur n’est pas agressé, lui aussi a mille fois l’occasion de s’oublier faute de mieux. À un moment, au bar, le trio sombre dans une minute de silence ; alors le spectateur la subit aussi. On coupe le son parce qu’on est les maîtres du jeu. Youpi c’est la liberté tout peut se découper et on choisit quand on se fait chier. Ça valait le coup de grandir et d’acquérir la technique.

Note globale 28

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Suggestions…

Scénario/Écriture (1), Casting/Personnages (1), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

Note arrondie de 27 à 28 suite à la mise à jour générale des notes.

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