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MINI CRITIQUES REVUS (1)

5 Fév

Tous les films que j’ai vu depuis que j’ai ce blog (donc un an et demi avant Sens Critique), notés en-dessous de 9, qui n’avaient pas eu les honneurs de critiques. Pour d’autres elle restera envisageable (des films marquants ou importants, de quelque manière), mais ils sont une petite portion.

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8 et demi *** (1963) : Auto-analyse de Fellini, projeté dans le réalisateur dépressif interprété par Marcello Maistroianni. Cet opus est très proche de La Dolce Vita (le tournant subjectiviste de sa carrière), avec le même type d’humanité : des membres de la haute société, celle du luxe et pas concernée par les responsabilités, jamais étouffée par le devoir ou la conscience.

Pendant deux heures en noir et blanc Marcello/Fellini déambule entre sa réalité et ses fantasmes. Ses rêveries ont une orientation nostalgique et souvent érotique. Sa femme (à lunettes) n’a que des interventions pesantes, elle lui ressemble peut-être trop et n’apporte ni plaisir ni réconfort – c’est un repère désuet. Elle forme un contraste avec le harem largement imaginaire (parce que peu vécu et à tout juste articulé mentalement comme tel) de son mari.

Fellini démontre un art du clip et de la fantasmagorie ‘adulte’ notamment au début, avec la scène d’ouverture et celle en musique autour de la réception d’aristos. Le film contient quelques moments de génie très ‘publicitaires’. Son visuel magnifique a sûrement été pris régulièrement comme modèle, dans les arts liés à la photographie. Les dialogues fourmillent de fulgurances sarcastiques ou spirituelles. Les amateurs de Barbare Steele la verront heureuse de prendre des coups de fouets – le cadre a changé mais son personnage a bien été importé. (64)

Vu le 6 août 2015 et revu sur Mubi le 30 septembre 2017.

Ça – Il est revenu ** (1990) : Téléfilm en deux parties ou ‘film’ de trois heures. J’en avais vu les premières minutes (ainsi que d’autres bouts), desservies par l’interprétation féminine. La mise en scène est lourde et efficace, expéditive et proche du grotesque dans les moments cruciaux. C’est loin d’être l’incurie sur le plan horrifique ou des idées photographiques (Tommy Lee Wallace était déjà la réalisateur d’Halloween III et Vampire vous avez dit vampire). En revanche le film manque d’épaisseur, de fluidité dans les relations. Il peut être une bonne expérience pour les enfants et notamment pour un premier film d’horreur. (54)

Vu des morceaux de la première moitié à la télévision vers 2008.

Les Anges gardiens ** (1995) : Comédie hystérique, avec Depardieu/Clavier dans un double-cabotinage ; plein d’ellipses au risque de l’absurde (une des fins les plus précipitées), du Poiré. Avec un bêtisier médiocre à la fin. J’aime même si c’est fait à l’arrache et sûrement prémédité au minimum possible. Si vous adhérez à un tel truc, essayez Les Gaous (qui pousse le bordel épileptique à un niveau ‘inédit’) ou La Vengeance d’une blonde (meilleur). (62)

Vu une fois enfant, revu en 2017.

Les délices de Tokyo * (2015) : Avec Les filles du Moyen Age, c’est un des deux films que j’ai vus dans l’année (fin décembre) mais pas critiqué (faisant de 2016 la première et seule année où je n’ai pas tenu le principe). Un troisième film entrait dans cette catégorie, mais je ne l’avais pas terminé : le coréen The Strangers.

Bien que le départ soit relativement encourageant, je confirme ma non-adhésion à ce film. Et la note si basse qui par rapport aux moyennes a l’air d’une provocation, ce qui me dépasse d’autant plus que, si je ressens du négatif envers ce film, je ressens surtout peu de choses. (32)

Vu en VOST le 26 décembre 2016, revu en VF en mai 2018.

L’empire des sens ** (Japon 1976) : Présenté dans une version restaurée en 2016. Aucunement excitant et plutôt répugnant dans ses scènes explicites (entre les micro-pénis et les touffes du passé). J’avais trouvé l’approche triviale malgré un côté pompeux, c’est confirmé. Depuis heureusement j’ai découvert Tabou (et Il est mort après la guerre).

La seule scène un peu satisfaisante et plaisante est celle où une fille, tenue par plusieurs autres, se fait enfiler un oiseau en bois (juste avant la danse de Gangnam Style version papy à l’EHPAD). Concernant la passion même charnelle et plus encore les sentiments, ce film manque d’authenticité et d’intensité, jusqu’à ce qu’il ait tout déblayé autour du couple (donc quasiment jusqu’à cette mise à mort interminable). L’espace est alors trop étroit pour que la psychologie soit encore intéressante, mais les acteurs paraissent crédibles et la volonté de madame l’est certainement.

C’est bien un porno chic, enrobé par un halo de subversion et des moyens inimaginables pour un film ‘bis/Z’ ou ‘d’exploitation’ normal. Évidemment c’est devenu ringard puisqu’il n’y a plus grand chose à subvertir depuis les années 1990-2000 (en tout cas au niveau de ces choses ‘naturelles’ et accessibles au moins en esprit et en théorie par chacun), il ne nous reste alors plus qu’à constater la mollesse de la séance, les béances du scénario, le manque de tenue – sauf sur les divers plans techniques. (56)

Vu une fois vers 2008, revu en juin 2018 sur MUBI.

Tenue de soirée *** (France 1986) : Changement d’avis, même si Buffet froid et Les valseuses planeront toujours au-dessus. Film imprévisible et grotesque, avec des omissions considérables et un dernier tiers rendu plus loin qu’en roue libre. La façon dont Michel Blanc est considéré doit être le plus drôle car le plus déroutant – quelque soit les goûts de l’observateur, son personnage n’est pas ‘beau’. L’évolution des individus est ridicule, leurs aventures invraisemblables, les deux sont jubilatoires. Dialogues et acteurs excellents. Un brillant nanar et une formidable comédie, un parfait film pour alcooliques, conçu manifestement à l’arrache ou avec une certaine négligence pour la charpente. Aussi un film remarquable sur le cocufiage et ses variétés. (72)

Vu (incomplet) une fois vers 2009, revu en août 2018.

Cendrillon **** (U 1950) : J’avais mis 7 à mon arrivée sur SC, partagé entre enthousiasme et scepticisme fondés sur des estimations lointaines. J’aime effectivement, suis probablement plus sensible aujourd’hui au mauvais chat, plus enclin à aimer les souris et les petits animaux, mais la grosse souris maladroite est toujours aussi répugnante – je souhaitais sa mort bien que ce ne soit pas dans l’esprit de Disney.

Le culte du prince charmant, l’éloge des petites filles sages et pures sont bien là et pratiqués à fond ; si le premier mérite effectivement révision, le second n’est pas si horrible – la morale de Cendrillon a ses vertus. Sauf sur cette rêverie de fille à marier, mais sur ce plan les ratés sont constants : dans La Valse dans l’ombre comme dans Blanche-Neige, les ‘princes charmants’ sont des êtres vides, sans charisme sinon celui d’une publicité pour l’hygiène. La prise en puissance de l’ex-petite fille, sa maturation sans compromissions, est aussi un motif récurrent mais ne me semble pas un problème – qu’il en soit un pour celles pétries de regrets de s’être trop ou trop vite souillées, pour celles qui n’auraient pu l’être comme elles le souhaitaient ou pour leurs complices masculins, c’est tout naturel.

Sinon le film est plein de détails charmants et marquants. Sa niaiserie est gracieuse. Les chants de souris en font les ancêtres des Chimpmunks. C’est le point le plus innocent du film, car sa morale effectivement n’est peut-être pas géniale pour les enfants (sans qu’elle soit déroutante comme celle de Peter Pan), car s’en remettant quasiment à la chance, le développement du charme personnel et la ‘magie’ pour sortir de la misère – en même temps, les enfants n’ont pas besoin d’être progressistes et de prendre du recul sur tous leurs fantasmes, pas en esprit du moins. (82)

Vu plusieurs fois enfant, revu en décembre 2018.

Peter Pan **** (U 1953) : Vu une fois enfant, j’avais moins aimé le début dans la réalité et n’en conservais aucun souvenir clair. De nombreux détails me sont parus familiers (la fée enfermée, la capture via les sapins). Représentation remarquable et amorale de l’évasion et de l’imagination, capable de parler aux enfants sans les tenir enfoncés dans la niaiserie habituelle (même si la gamine ‘responsable’ et aimante conserve un peu d’ancrage et de repères). Les enfants méritent de voir un tel Disney plutôt que la majorité de ses alter-egos (trop restrictifs) et de ses descendants (trop criards et débiles). (8)

Vu une fois enfant, vers huit ans, (re)découvert en décembre 2018.

Les Aristochats **** (U 1970) : Un excellent Disney, où le cadre est souvent plus intéressant que le sujet (les chats). Le Paris des années 1890-1910, les virées burlesques, les rencontres (avec les oies) rendent l’ambiance charmante. Beaucoup de scènes burlesques remarquables, principalement autour des deux chiens et d’Edgar. Dialogues relativement bien écrits, même si peu sont mémorables (contrairement à Blanche-Neige, Le Roi Lion ou au Livre de la Jungle, mais à l’instar de Robin des Bois ou même Cendrillon). Toujours peu fan du passage sous les toits de Paris et peu sensible à ces chats bohémiens. (8)

Vu peut-être plusieurs fois enfant, revu en décembre.

Independance Day ** (USA 1996) : J’y avais jeté un œil plus que véritablement ou intégralement regardé. Les effets spéciaux sont d’un niveau maximal pour l’époque, comme les meilleurs de Star Wars Phantom sorti trois ans après et également produit par la 20th Century Fox. Les aspects mélo sont ni brillants ni affligeants. Mais combiné au patriotisme et aux échauffements de la dernière riposte, ils multiplient les longueurs. Le véritable problème de ce film me semble donc être cette dernière partie et tout l’ennui précédant la grande attaque. Elle-même en sort gâchée, tandis que le quota de bêtises ‘l’air de rien’ et des autres défauts sont exacerbés – le président devient grotesque, heureusement le mec avec la VF de South Park a le bon goût de bien torpiller l’emphase du délire. Des trucs un peu niaiseux ou invraisemblables, comme prévu, pas dans des proportions atypiques ni trop choquantes. Les péquenauds sont plus cools et musclés que dans Mars Attacks où ils sont transformés en beaufs à la Deschiens. Le président est un tocard pendant les deux tiers au moins – son administration en sait voire en peut davantage. Ceux qui dénoncent sa sanctification supposée ne sont pas au clair – il n’y a que sa virée finale pour véritablement le flatter, pour le reste c’est un membre de la team America comme un autre – c’est bien cette normalisation du personnage qui devrait plutôt être questionnée. (54)

Vu une fois partiellement il y a une quinzaine d’années, revu en avril 2019.

Violette Nozière ** (France 1978) : Une ado de 18 ans jouée par une actrice de 26 comme dans les fictions au campus dans les années 1990. N’étais plus sûr de l’avoir vu et sûr de l’avoir vu superficiellement, confusion possible avec Une affaire de femmes. Pas étonnant tant le point de vue est attentiste, la séance presque contemplative : Chabrol ne sait pas couper ni hiérarchiser. Le père semble mal relié à sa fille, le choix de Carmet et Huppert après Dupont Lajoie où il violait ne saurait être innocent ; mais même dans les relations tout reste bien flou, on en connaît la nature qu’aux deux tiers au maximum, pour certains cas (l’amant), pas même la moitié pour les parents. Comme d’habitude Chabrol donne dans la sous-satire sans beaucoup d’humour contre les bourgeois, l’ordre établi (les féministes peuvent inscrire cet opus sur leur liste des ‘récupérables’) – et comme d’habitude il en fait sûrement trop partie pour attaquer ou même considérer sérieusement la chose. Un film pour ceux qui aiment les ambiances d’époque, à condition qu’ils n’aient pas des espérances de spécialistes ; sinon, pour les acteurs. (56)

Vu une fois superficiellement, [re]vu en juin 2019.

Walkyrie *** (USA 2009) : Sur la tentative d’assassinat d’Hitler par des haut-gradés allemands en juillet 1944 (la dernière des quinze connues de la résistance allemande d’après le carton final), quand la guerre tournait en défaveur du camp de l’Axe. Mise en scène classique et technique plutôt luxueuse. Perd de sa force et de son intérêt avec le lancement de la mission. Focus un peu neuf sur une page de la ‘grande guerre’ mais c’est encore de l’Histoire proprette et héroïque – sans tomber dans la pure figuration de service public. Finalement un film à suspense éventé foncièrement manichéen (une main de la lumière et du Bien tendue vers l’Allemagne), sans à-côtés baveux et sans trajectoires intimes très étoffées. Un épilogue plus humain et moins grave aurait été préférable – Carice Van Houten (deux ans après Black Book) n’est même pas reconnaissable car, comme l’ensemble des personnages secondaires, elle ne sert qu’à refléter une ou deux émotions. (64)

Vu une fois dans de mauvaises conditions en 2009, revu en juillet 2019.

Comment j’ai fêté la fin du monde ** (Roumanie 2006) : J’en avais aucun souvenir et c’est parti pour se répéter. Un doute subsistait : était-je passé à côté d’un tableau profond, car quelques détails relevaient la sauce !? Je me les suis effectivement rappelé (cette prof blonde typique, le vieux tout enthousiaste à la chute du dictateur et immédiatement cassé par la mise à feu tout aussi joyeuse de sa voiture – les ‘copains’ l’ont pris trop vite au sérieux) mais ils ne valaient pas de se pencher spécialement sur ce film. Le film ne présente que des anecdotes et son centrage officiel sur le garçon est curieux, puisque sa grande sœur a un joli caractère et qu’elle meuble bien mieux que tous ses camarades. (52)

Découvert en février 2016 et revu en juillet 2019, toujours sur Mubi.

Bruce tout-puissant * (USA 2003) : Vulgaire et néanmoins bizarre, furieusement débile et niais (dépasse Ace Ventura et ses parties philosophiques ne font que l’enfoncer). Les projections semblent celles d’un petit garçon proche de la mort cérébrale, abruti par ses fantasmes de super-héros. J’avais détesté et décroché après le gag du singe, en était sorti avec un a-priori déplorable [déjà induit par ses pitreries télé] concernant le clown Carrey (corrigé peu après grâce à Truman Show, puis avec Philip Morris) ; finalement ce film n’est pas une des pires choses tournées mais reste probablement la pire avec Jim Carrey. Elle a un pied dans le sentimental et la prêche émotionnelle qui rendent Carrey décalé dans un nouveau et regrettable sens (les flonflons familiaux gâchaient à peine Menteur menteur, passait pour un obstacle allègrement surmonté). Le lien avec Aniston est peu crédible également, même si son personnage est parfaitement vraisemblable. Bien sûr le film oscille entre légèrement et odieusement moche. Les séquences avec ‘Dieu’ Freeman sont trop consternantes pour rester simplement embarrassantes. Pas grand-chose à retenir, le bizutage de Steve Carell surnage à peine, quelques séquences liées aux pouvoirs sont relativement marquantes (la lune, le passage en musique dans la rue). C’était une vilaine expérience avec un arrière-goût sordide. Elle annonce la dérive ‘chamallow’ accompagnant la chute de la carrière de Carrey malgré quelques éclats (comme Eternal sunshine). (28)

Vu partiellement vers 2005, revu en juillet 2019.

L’opération Corned Beef *** (France 1991) : Une comédie grasse et flamboyante signée Poiré avec Clavier, deux ans avant Les Visiteurs et quatre avant Les anges gardiens. On y retrouve les ressorts typiques du cinéma de Poiré, avec ces gags destroy mais aussi des caricatures vaguement mesquines : la grosse avec des scènes assassines et des plans gratuits soulignant sa démarche puis sa tardive prise de conscience (deux costaudes auront un rôle-éclair similaire dans Les visiteurs 2), le dictateur latino. Le couple ‘vieille France’ est moins écorné, on sent davantage de sympathie pour les personnages certes bouffons de Clavier et Lemercier. Jean Reno n’est pas brillant et plombe presque certaines scènes, heureusement l’outrance et la vitesse de la mise en scène l’en empêchent. Tout oscille entre la beauferie adulte et les délires enfantins, la voix de Mitterrand relève du second. On pourrait croire que l’opération fait écho à l’affaire des écoutes de 1982-86, or elles n’ont été révélées qu’en 1992 : dans un autre registre les critiques en feraient des tonnes sur le flair du scénariste ou du réalisateur. (64)ou+

Vu certainement en 2016 ou 2017, revu en août 2019. Peut-être vu plus jeune.

99 francs ** (France 200) : On y croit un temps et il y a bien des passages potentiellement succulents (la réunion tout particulièrement), mais ça tient difficilement sur plus de 70 minutes. À terme c’est toujours les mêmes problèmes et la même complaisance pseudo-masochiste, vraiment exhibitionniste. On sent cette quête du petit supplément d’âme et de conscience critique pour ces gens-là, les admirateurs de leur milieu, leurs contempteurs hypocrites ou médiocres – puis bien sûr pour tous les autres qui le voudront bien, mais on sort du cœur de cible/noyau dur qui fera la force et l’aura du film. Je reconnaît qu’il y a de la ressource dans cette bête-là mais c’est encore trop ensorcelé par ce que ça prétend dénoncer et à l’image du tour de la fin, c’est superficiel et complètement penaud dès qu’il s’agit de dépasser la provoc ou la posture. (62)

Vu partiellement peu de temps après sa sortie. Revu l’été 2019.

Astérix & Obélix mission Cléopâtre ** (France 2002) : Même si ses atouts au niveau du casting et des décors gardent de leur efficacité, Mission Cléopâtre n’est pas à l’abri d’une réévaluation générale à la baisse. Une grande partie de l’humour repose sur des références anachroniques ; sans surprise celles portées par Itinéris ont mal vieilli. Jamel apparaît comme une sorte de sous-Eric Judor pas drôle. Il n’est pas exaspérant comme il le sera plus tard à cause de la faiblesse des univers autour de lui – quoiqu’il arrive son ‘génie’ n’est pas responsable du succès ou non d’une entreprise ; mais je suppose qu’il peut amuser certains enfants coutumiers de ses réflexes.

Je craignais que placer La surprise de César à peu près au même niveau soit une sorte de snobisme ou une volonté d’originalité opérant à mon insu ; je dois vérifier l’objet lui-même, mais en revenant sur son concurrent, les placer au moins à égalité ne me semble pas tricher. Mission Cléopâtre démarre fort, recycle habilement des éléments secondaires (les pirates), puis à mesure qu’il a posé les enjeux s’épuise. Il connaît une lourde chute après la sortie de pyramide en format bande-dessinée, avec des moments longuets voire assez nuls comme les batailles impliquant Darmon. Le final est assez pauvre et trop centré sur les petites personnes des participants ou du moins leurs personnages sociaux. (58)

Vu en salles à sa sortie et plusieurs fois depuis. Revu pendant le dernier trimestre 2019.

Topaz / L’étau ** (USA 1969) : De jolies scènes (la fille s’évanouissant dans sa robe violette, les grosses manifestations soviétiques), mais des interprétations douteuses, un scénario et un rythme flottants. On peut y voir la contradiction de James Bond mais l’agent principal est un OSS 117 insipide. On assiste à des scènes lentes et laborieuses plutôt que de démonstrations hautement ‘réalistes’. Politiquement le niveau ne dépasse pas la mesquinerie (envers des représentants français) mais il faudrait être un anti-américain susceptible ou un sympathisant socialo-communiste pour en être remué – même s’il est facile de se sentir plus concerné que ces guerilleros mollassons. La partie romance est encore plus fadasse et inepte. Probablement le moins bon de la carrière d’Hitchcock qui approchait de son terme – heureusement les ultimes opus bénéficient de leur relative extravagance – ou vulgarité (Frenzy particulièrement). (44)

Vu une fois en 2014 ou avant, revu en novembre 2019.

Ravenous / Vorace *** (USA 1999) : Malin et bizarre. Palabre sur la transgression et l’égoïsme viscéral, avec quelques sorties brûlantes comme « La normalité, le dernier bastion des lâches ». Une certaine légèreté et ses façons de ‘huis-clos’ interdisent d’aller au bout des ses raisonnements odieux et encourage le flou artistique dans le scénario. (64) 

Vu une fois il y a dix-onze ans.

Inland Empire ** (USA 2006) : C’était le moins bon et le moins stimulant à mes yeux à l’époque, en-dessous d’opus plus classiques ou renommés qui ne m’ont que modérément touché. C’est probablement normal que son réalisateur ait pris des distances avec le cinéma par la suite, tant il semble avoir fait le tour du medium ou de ce qu’il pouvait en triturer (à moins bien sûr de régresser vers du Godard ou du Cavalier). Le style Lynch semble sacrifié au profit de quelque chose de plus ‘cosy’, jusqu’au générique de fin annihilant toute magie du cinéma. Même si aujourd’hui le film se suit relativement facilement, probablement car il rejoint un genre de bidouillages presque courant, il contient trop de redites par rapport aux œuvres ultérieures et seul son mystère trompe l’ennui. (62)

Vu partiellement sinon totalement, pas plus de quatre ans après sa sortie. Revu sur Mubi en décembre 2019.

CROWS ZERO *

23 Oct

crows zero

1sur5  Crows Zero a été un nouveau gros coup pour Miike en 2007 et il en réalisera même la première suite. Adaptation des mangas Crow et Worst d’Hiroshi Takahashi, le film pourrait tout aussi bien n’avoir aucun modèle précis tant il ne vit que par les clichés les plus ridicules et exacerbés de l’anime japonais pour jeunes ados hystériques. Le film oppose des groupes de jeunes cherchant à prendre le contrôle du lycée de Suzuran à Tokyo ; le résultat patauge entre l’Infernal affairs des (beaux) quartiers boutonneux et attaque de BB Brunes nippons en mode darky trashouille. Musiques de groupes (pop-)rock pour jeunes rebelles à faire passer Coldplay pour un visionnaire assorti.

Miike est très volontariste, gonfle les poses, aligne des interactions foutraques, des petites soirées, les activités extrascolaires badass voir d’apprentis-mafieux, des petites échanges de groupes, les scènes de concerts pour jeunes ploucs argentés, les projections de X expliquant à V ce qu’il songe pour son avenir ou contre ses adversaires. Les quelques combats sont minables, la violence est puérile ; et surtout que de détails, de personnages avec leurs petites missions et caractéristiques, de bavardages et d’absence de colonne vertébrale, au profit d’un cumul d’anecdotes indifférenciées et de faux clips rabougris. On est dans Pokémon by Kassovitz (La Haine) et manifestement bon nombre d’ados sont enchantés.

Ce spectacle d’une totale inanité, d’un niveau sans doute fréquent dans le Z pour ados, reste déconcertant de la part d’un auteur aussi avancé que Miike. Enchaîner les films, avec parfois quatre ou cinq par an, ça a aussi ce genre de contre-coups. Il n’y a aucune discipline dans Crows Zero, pas plus d’inspiration (même narquoise), une mise en scène sans direction, une propension à la pose – bâclée, sans goût et même très laide, mais conforme à l’esthétique de roman-photos pour puceaux revendicatifs se rêvant yakuzas. Le budget se ressent, notamment avec le travail sur la photo, mais son rendu glauque ne correspond pas du tout au déroulé des événements et il n’y a moins de travail sur l’atmosphère et de puissance dans l’écriture que dans Arthur et Maltazard.

Au programme, beaucoup d’intrigues et sous-intrigues de clan, un peu de filiation, de relations à papa ou de pression à devenir un homme, qu’on se met ou que l’environnement nous met, oui mais c’est pas si facile ! C’est proche du nul, plus embarrassant que les beauferies de Taxi & co car eux évitent de s’arroger ce lyrisme en carton. Pire, Crows Zero croule sous la psychanalyse de trisomique boiteux ; Miike n’a jamais été spécialement brillant pour la psychologie, raison de plus pour ne pas essayer. Il peut faire un Taxi 5 ou s’illustrer par de nouvelles histoires torturées ou des outrances visuelles, mais il y a des terrains qu’il faut savoir s’interdire ; si Visitor Q était un naufrage redoutable c’était en partie pour ça.

Peu importe cependant pour Takashi Miike, il est capable d’envoyer des films percutants mais n’a pas vocation à travailler pour l’amour de l’art. Il tourne pour tourner, donc si lui vient le courage et l’énergie de façonner des films bien troussés, tant mieux, sinon, une série B genrée, peu importe sa qualité à la sortie, ça ne mange pas de pain. Avec Crow Zero, Miike se fout de la gueule du monde et capitalise sur une niche ? Ok, soit. Qu’il fasse sa merde, qu’elle soit adulée par les habitants de cette niche et qu’il aille se faire foutre avec ses films pour bikers débutants. S’il est rendu à ce degré de cynisme, il y a la possibilité de prendre un pseudonyme sous lequel il exécuterait les basses besognes.

Note globale 28

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Suggestions… The Raid 2 + Machine Girl 

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Miike sur Zogarok >> Crows Zero + La Maison des Sévices + Audition

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MOONRISE KINGDOM *

24 Avr

moonrise kingdom

1sur5  La patience n’est pas une vertu inépuisable : il vient un moment où on ne peut plus demeurer tolérant face à ce qui nous exaspère instinctivement. Ce moment est arrivé pour moi avec la découverte de Moonrise Kingdom, après La Famille Tenenbaum et The Grand Budapest Hotel, prises de contact stimulantes tout en étant assez pénibles, me laissant un arrière-goût amer, surtout dans le premier cas. Wes Anderson a un talent très prononcé pour la direction d’acteur et surtout un style fort : grandiloquent, haut-en-couleur, potentiellement euphorisant.

Mais c’est un cinéma sans tripes et rose bonbon, prenant le parti de la fantaisie creuse et du caprice enfantin, éludant toute violence et profondeur. Il en résulte une sensation de bonheur obligé, une brutalité bien plus désagréable au cinéma que celle d’un drame humain ou d’un pseudo-documentaire ouvertement prosélyte. Cette tendance, toujours présente, y compris dans Fantastic Mr Fox, atteint son paroxysme dans Moonrise Kingdom, ironiquement l’oeuvre la plus louée de Wes Anderson jusqu’à Budapest en 2014. Le camp de scouts de l’île Prudence (Rhode Island) est le théâtre d’une éloge crétine de la supériorité de ‘l’imagination’ sur la morne réalité des adultes.

Le caractère visionnaire des enfants les poussent ainsi, d’une part à répandre leurs délires sans souscrire aux règles des adultes, d’autre part à prendre leur relève en étant responsables tout en sachant rester joyeux, vivants et plein d’espoirs. Exactement ce que les adultes ne sont pas, naturellement, d’ailleurs Anderson inverse les rôles et nous montre des adultes déraisonnables, s’agitant inutilement. Moonrise est donc une croisière en ultra-Burtonie, les pires aspects du créateur de Edward étant comme radicalisés et supplantés. Ses dualités sociales et existentielles pour pré-adolescent emo sont terrassée par le délire démagogue et niaiseux d’Anderson.

Le carnaval selon Anderson consiste aussi à mettre en avant les deux jeunes acteurs novices, entouré par un cortège de grandes stars. Car c’est un casting quatre étoiles : Edward Norton (toujours aussi fatigué), Bill Murray (remarquablement sous-exploité), Tilda Swinton, Frances McDormand (la flic de Fargo) sont là, avec également des acteurs moins twee qu’à l’accoutumée : Bruce Willis (souvent au bord des larmes), Harvey Keitel (dans un second rôle). De leur côté, Kara Hayward/Suzy et Jared Gilman/Sam sont les parfaits dégénérés de cette île-monde, précocément en bout de course : créons-nous des drames pour remplir nos existences cotonneuses, meubler notre vacuité, s’encanailler et s’exalter en se prenant pour de grands démiurges en herbe ! Suzy est tellement vaine qu’elle en arrive à voler pour avoir un secret.

Ce monde-là, définissons-le. Il y a une esthétique Castors Juniors a-priori, univers correspondant bien à celui d’Anderson ; mais les Castors c’est encore trop pour Moonrise Kingdom. Ici l’aventure est réduite au minimum, il n’y a pas de codes d’honneur ni d’aspiration à grandir, juste celle d’imiter l’autorité (les militaires, les gestionnaires en tous genres) en leur donnant un visage plus ‘farce et attrapes’. On est plutôt dans Stand By me, mais avec des débiles bien encadrés au lieu d’enfants en marche, prêts à affronter la vie, se découvrir, oser vraiment, pas oser jouer à Denis la malice en prenant des airs graves.

Enfin il y a tout le pittoresque bidon de cette balade à la candeur exténuante : l’un des éléments les plus affreux est ce narrateur ridicule, avec son allure folklo débile et son air satisfait de vieux hippie enrhumé. Il y a trop de sucre et de déjections choupi dans ce film, avec d’ailleurs petits animaux à volonté et propension au lolcat inoffensif. Ajoutez à cela ces êtres oscillant entre la mollesse et l’hystérie, vous avez : Moonrise Kingdom, une certaine idée de l’enfer, avec son cortège de facéties écervelées et ses convulsions grotesques de faces de lune sous prozac. 

Note globale 28

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Mister Lonely

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PENTAGON PAPERS *

20 Mar

1sur5  La représentation du déballage des ‘pentagon papers’ par Spielberg est remarquablement stérile et aseptisée. Elle ressemble aux actualités d’un milieu au sommet dont les acteurs principaux se présentent presque comme des ‘petits’ entrant dans la phase de reconnaissance. Les auteurs laissent faire – comme si le pseudo ‘non-jugement’ était une absence de participation lorsqu’on collabore – à une œuvre ou à n’importe quoi. Mais The Post/Pentagon Papers n’est pas un drame psychologique pédant où il s’agirait d’organiser une expérience et la laisser se dérouler avec bienveillance ou neutralité clinique ; c’est un film politique de larbin. Ce n’est pas qu’il s’agisse de propagande ou de tentative hasardeuse d’éprouver de l’empathie pour quelques agents de l’Histoire ; c’est un film qui, si l’idéologie ‘larbinisme’ existait (c’est-à-dire était formalisée), en serait un excellent représentant.

Bien qu’il attribue à ses protagonistes l’obtention d’un exploit malgré une position initiale de faiblesse, The Post présente des routiers, des installés, protégés par de multiples connexions. Ils sont planqués individuellement à l’intérieur de leurs terriers prestigieux, n’ont pas à craindre la violence et les soubresauts du monde – ceux-là se résument pour eux à des courses à l’info (pas seulement sur le plan journalistique, mais aussi celui de ‘l’establishment’) et à des tensions de bureaux, certes parmi les élites de la capitale des États-Unis. Ils parlent de leurs positions personnelles, de tactiques – c’est impressionnant dans la mesure où c’est largement supérieur au sort des journalistes dont l’essentiel du temps se consacre aux soucis de mise en page et de bon mot du jour à faire reluire sur Twitter ou auprès de la profession et de ses commentateurs exaltés. Journalistes qui n’ont donc pas ces postes-clés ou alors subvertis.

L’opportunisme de Spielberg est massif – le sous-traitement d’un quintal de nouveaux Indiana Jones serait plus sobre (et la dernière scène s’ouvre la possibilité de transformer les gros morceaux de l’Histoire en matière à soap bouffis à suite, type Marvel à rallonge pour gens avides de choses très-très instruites et z’également très-très intelligentes). Après l’hagiographie plate et convenue Lincoln, le voilà en train de surfer sur la haine envers Nixon (c’est presque un Le Pen aux USA – il a fallu un gauchiste [d’une vénérable souche] nommé Oliver Stone pour apporter au cinéma de la hauteur à propos de ce personnage). Et au moment de traiter l’affaire précédant celle des Hommes du Président, il s’applique à tout désamorcer et à distribuer les médailles, tout en occultant de l’écran les méchants. Son film n’est qu’une somme de petites intrigues de palais autour d’une catastrophe – nationale mais aussi simplement médiatique. Ce qu’il y a de sidérant dans cette affaire, c’est que cette bêtise apparaît comme la normalité et est donc naturellement exhibée comme telle. Face à ce tourbillon Pentagon Papers répond par la fascination : fascination pour Meryl Streep et sa dignité face aux bolossages discrets, fascination devant les cocktails, les restaurants, les réceptions, les salons, l’univers intégralement bourgeois dans l’unique sens totalement suspect du terme (celui où des classes aisées génèrent leur grand cinéma, vivent de rentes fondues et cautionnées dans le ‘mouvement’ et le maintien des liens entre gens de bien – de bon goût et de bonne composition, actionnent des leviers sans avoir à payer ou se donner mais en récoltant les bénéfices – et les lauriers). Fascination pour ce gratin, ses états d’âme (sans âme – peut-être ces gens en ont-ils, mais ce serait dangereux d’aller y voir) et de service (comprenant des débuts de mouillage de chemise pendant les rush).

Il n’y a là-dedans aucun esprit critique, ou alors depuis la fenêtre d’un théorique niais ultime, qui en serait à croire le journalisme imperméable aux autres influences. Mais même dans ce cas, il continuerait avec ce film à croire la presse libre, éclairée, responsable – sauf accidents ou perversions localisées. L’entrée du Washington Post en Bourse permet de signaler la financiarisation du milieu, donc de cocher la case ‘lucidité’ et éventuellement pour les avocats ou les croisés celle de ‘dénonciateur du système’ (tout ce qui s’approche de ‘la finance’ étant démoniaque par essence à hauteur de 15 à 98% selon la sensibilité au Bien et au Juste de l’individu post-2008). Pentagon Papers nous montre bien la collusion des milieux de pouvoir, mais à un degré tel qu’un quelconque épisode de série policière qualifiée pour accompagner le spectateur vers le sommeil peut prendre des airs de lanceur d’alerte en comparaison. Au moins New York police judiciaire peut se positionner, même avec toute la stupidité imaginable, sans en être simplement à admirer benoîtement un objet, une personne, une page de l’Histoire ou un quelconque commandement. Un Cold Case ou un Criminal Minds saura au moins divertir ; ce n’est pas le cas de ce mastodonte que seule l’indigence permet d’éloigner de l’indifférenciation. Car Pentagon Papers a tout du film US ambitieux et AAA sur un épisode historique pendant la guerre froide ; cette indication posée, le cinéphile n’a plus qu’à laisser l’image se former : il a capté le film en entier. Évidemment ce n’est pas infamant, par contre ce n’est pas un contenant. Les protagonistes n’aideront pas à remplir la bête – ils sont gardés près du vide au nom de la capture ‘grand angle’ exigée par cette prestigieuse illustration. Les interprètes cabotinent comme ils peuvent – Tom Hanks a décidément une grosse conscience professionnelle – sa façon de s’en tirer plutôt que sa performance mérite des louanges. Saul Goodman de Breaking Bad est devenu un fantôme et bien motivé qui verra en quoi un tel lessivage de Bob Odenkirk peut servir sa carrière.

Conformément à sa nature le film se referme donc sur un déluge d’optimisme reposant sur une bonne dose de cécité volontaire, de lâcheté heureuse ou simplement d’hypocrisie. La foule (les petites mains du Washington Post) festoie avec à l’oreille cette sentence : « La presse doit servir les gouvernés, pas les gouvernants ». La larve devant l’écran sera ravie de ré-apprendre que Slate, Ouest-France ou Le Monde travaillent à son service (bénévolement qui plus est, au cas où quelques ignorants auraient un train de retard). Non. Les gens composant ces sociétés transmettent des faits avec une perspective acceptable ou moyenne, certains ajoutent leurs originalités, déguisent avec plus d’aplomb leurs (espoirs ou) affinités en vérités sur-vérifiées. Et ils cherchent, à torts et à raison, à lever des secrets, balayer des zones d’ombre, zoomer sur des éléments porteurs ou pertinents. Ils ne croient généralement au progrès que parce que c’est leur vocation de le subtiliser – l’instrumentaliser, le piller, l’annexer.

Le seul positionnement vaguement indépendant du film tourne autour du cas Graham : Meryl Streep n’est pas reconnue à sa juste valeur dans un monde d’hommes (la réunion est exemplaire) et la division traditionnelle s’exerçant dans la société américaine s’applique jusque chez elle, jusqu’à Washington. Lors d’une soirée intime entre journalistes, quand le groupe se divise après le café, elle se retrouve avec les épouses de ses collègues plutôt qu’avec ces derniers. Par ailleurs les femmes sont rares chez les journalistes et on pourra relever l’absence de non-blancs, hormis deux femmes noires figurantes lors de la victoire finale (transmission de la décision de la Cour suprême). Mais ce ne sont que des détails, flirtant mollement avec l’agenda politique de l’époque (comme le reste mais en pointant des totems spécifiques). Tout ce que peut apporter Pentagon Papers comme richesse de point de vue est à hauteur de considérations de commères et de complices énamourés. Activement mais indirectement il souligne le poids des détails interindividuels, du contexte. Les acteurs du ‘pentagon papers’ ne sont ni des robots ni des cerveaux sans corps, sans relations et dates-butoir ! Ce sont des hommes – tous ces connards qui décident, jouent ou estiment penser pour la masse (et n’ont pas forcément tord, car elles n’attend que de leur montrer de la reconnaissance, à défaut de meilleurs guides et parents alternatifs). Pourtant ça n’en fait pas moins des rouages – et ironiquement la réalisation le sait et le valide en même temps, en étouffant toute contribution subjective, à quelque degré qu’on souhaitera lire.

Ce film ne semble pas se rendre compte. Il convoque un épisode crucial sur la liberté de la presse, où le pouvoir des journalistes (re-?)devient comparable à celui de l’exécutif. Il est possible d’y voir leur prise en main définitive sur la fabrique d’opinion et la gestion de la conscience publique. Et ce film-larbin en fait une sorte de triomphe, de repère mythique. Or il montre une corporation coupée de ce qu’elle traite (sans parler du public – l’ignorer est peut-être une bonne chose puisque lui n’est pas spécialement pro-actif ou pertinent s’agissant de dicter ou maîtriser la marche du monde). Cette corporation traverse des pressions professionnelles et (relativement) petites menaces judiciaires au moment où elle met en péril la sécurité de l’État, la légitimité du Président et bafoue un secret-défense. C’est dérisoire ! Et le film n’en profite même pas pour tacher d’être précis, informatif. Une si aberrante exhibition pourrait faire un contre-point (voire une Némésis) utile chez ceux qui plaident pour les leaders(hip) charismatiques ou les gouvernements paternalistes (voire les autocrates si les curseurs sur les options ‘servile’ ‘dépendant’ et ‘idéaliste’ sont bien remontés). La vision de Pentagon Papers n’est pas intéressante non plus pour tous ceux sans envie ni besoin de défendre l’orgueil des journalistes ou des mondains activistes, ni de célébrer formellement une liberté via une expression classée au musée. Elle n’a d’utilité que pour les ‘insiders’ et les mous, indifférents, ou tous ces consentants a-priori qui lorsqu’ils se trouvent libéraux, ‘reacs’ ou de gauche passent leur temps à se relever les nuances pendant qu’ils posent leurs esprits et leurs envies à la même table. Qu’ils soient anonymes ou affichés, politiques ou seulement avertis, leurs adversaires et modèles ne sont que des concurrents à un degré fort bien sûr mais nul à l’égard du commun et de l’organisation du vivant – leur existence et leur avantage propre, qu’ils doivent faire semblant d’amalgamer avec une ’cause’ ou un quelconque grand dessein lorsqu’ils dépassent l’anonymat, sont assoiffés ou dépendent de la reconnaissance des ‘autres’. C’est un peu à tous ces gens que Pentagon Papers rend hommage – ces gens nécessaires car il faut bien des illusions, de la complaisance, de la vanité à l’échelle collective et via de fades figures de référence – ces gens accablants parce qu’ils escortent jusqu’au sens de l’Histoire comme si ainsi on devenait les meilleurs humains. Or cette attitude produit seulement les collabos ‘irréprochables’.

Note globale 28

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Suggestions…

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (6), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (8), Originalité (2), Ambition (8), Audace (2), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

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LE RETOUR DE CHUCKY *

7 Jan

1sur5  Nul ne l’attendait pourtant le revoici : Chucky la poupée de sang possédée par la non-âme de Charles Lee Ray rempile pour un septième épisode, vingt-neuf ans après son apparition (dans Child’s Play). L’histoire aurait dû s’arrêter dès 1991 (avec Chucky 3) mais la créature a ressuscité à deux reprises pour fonder une famille. Don Mancini, créateur de la série et présent sur chaque épisode, est passé derrière la caméra pour le cinquième volet, Le fils de Chucky (2004). Il a décidé de poursuivre l’aventure bien qu’elle ne soit plus assez demandée pour le grand-écran (et alors qu’elle n’a jamais été très respectée, sauf au tout début peut-être). Cet attachement étonnant fait de Chucky le seul objet de sa carrière, à l’exception de quelques travaux (comme writer/productor) sur des séries (Channel Zero, Hannibal).

La poupée fut donc recasée dans La Malédiction en 2013 (initialement un remake) et arrive en 2017 avec une nouvelle mouture où l’humour trash n’est plus prioritaire. Ces deux films sortent directement en vidéo/DVD/Blu-ray même dans leur pays d’origine. Avec Cult of Chucky le mythe vire au fantastique et à l’horreur lourde, anxiogène. L’immonde se découvre une fonctionnalité formidable : la capacité de dupliquer son esprit et l’injecter dans des corps – ceux d’un hôpital psychiatrique pour cas extrêmes, souvent atteints de folies meurtrières, sont des réceptacles idéals. D’ailleurs les acteurs ne déméritent pas dans cette affaire, notamment les rôles mineurs – quoique le cabotinage de Jennifer Tilly en blonde new jersian (on dirait une sorte de Liza Monet blanche et maniérée) ne plaide en la faveur de personne.

Il en va autrement pour l’écriture du film et par extension celle du filon. Cet opus se veut plus ambitieux mais ne sait pas s’y prendre pour créer une tension sur la durée et une rampe pour sa poupée. Le ton est très surfait, sans relever d’un kitsch authentique. La bouffonnerie sombre s’annonce dès le départ mais la pantalonnade pure ne saurait être assumée, aussi l’ambiance se veut clinique et étrange. Or les seuls coups efficaces se font comme les autres, par la force (immédiatement dissipée alors qu’elle n’arrive généralement qu’à exploser la petite musicalité d’une scène). La bande-son est sur-investie et le spectateur gavé de trucs, astuces et rappels constants. L’ennui l’emporterait inévitablement s’il n’y avait cette tentative d’écrasement. Le gore est lâché dès la moitié et le rendement éloquent : c’est tout ce qu’il fallait pour sauver ce film taillé pour le remplissage.

Note globale 28

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Suggestions…

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (2), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (3), Ambition (6), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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