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MA VIE DE RÉAC (BD) **

13 Août

2sur5  Sur les appréciations du réac comme sur ses sujets, cette BD adopte un point de vue primaire. Elle donne en pâture un réac en mode ‘grincheux et réfractaire’. Il est nuisible à sa cause car superficiel et guidé principalement par ses sentiments et impressions, dans une moindre mesure ses expériences, presque jamais par la recherche ou la raison : en même temps il a le mérite de porter une parole endormie voire évanouie là où il se trouve. C’est un de ces types qui même dans les choses du quotidien exprime sa polarité réac ; en fait c’est simplement un mode d’affirmation comme un autre, ce que souligne la planche post-psychanalyse. La mauvaise foi à l’œuvre est d’ailleurs la meilleure arme humoristique de cette franchise ; en bonus, avec elle les doutes et les débats perdent prise.

Ce n’est pas du niveau de caractérisations d’À bras ouverts mais c’en est proche, la retenue (et un degré supérieur d’entendement) maintenant une marge confortable. Le catalogue zemmourien est passé en revue mais pas plus loin que les gros titres des chroniques sur RTL – et sans aller du côté des scandales (sauf par l’évocation des attentats et le viol du ‘padamalgam’), de l’Histoire, ou des graves clivages idéologiques. S’agit-il d’indulgence, de prudence ou d’indifférence ? Je ne me risquerais pas à trancher alors que l’auteur ne peut y arriver, peut-être pris dans un conflit de loyautés (sociales et intellectuelles).

Ce qui rend ce dégarni contestataire à la fois insipide et intéressant est son appartenance au monde du progressisme et du politiquement correct. Ce mâle blanc cis hétéro chauve néanmoins valide à lunettes est bien un réactionnaire mais il l’est avant tout dans le discours et certains comportements oppositionnels stériles. Ses références restent celles d’un univers post-moderne BCBG ou social-démocrate/sous-libéral aseptisé. Il est davantage un mec qui ‘réagit’, refuse généralement les innovations, qu’un droitard profond (une sorte de vieux prof comme Luchini Dans la maison d’Ozon) ; on peut le prendre en sens inverse et supposer qu’il part de loin (depuis son milieu urbain et gauchisé) mais est sur la mauvaise pente, ce que ne manqueront pas de ressentir de nombreuses personnes dans la réalité. C’est car leur niveau d’alerte est si bas que Morgan peut paraître et s’apparaître à lui-même un full réac.

La BD tend régulièrement à valider du bout des lèvres le discours du protagoniste, le ridiculise plus ou moins franchement la plupart du temps, en maintenant lisse et imperméable le monde qui lui fait face. Cette absence de confrontations autre que gentillette permet de ne pas glisser ni se dévoiler. Les arguments sont toujours trop courts ou réduits à des maximes ou des petits jeux d’esprit. En face les opposants passifs ont raison – mais passivement raison, à un point suspect qui à défaut de nourrir la ‘réaction’ ne lui fait barrage que par principe, habitude ou instinct personnel. Eux et leur monde pourraient très bien être dans l’erreur, tandis que le chauve est certainement trop borné et expéditif dans ses jugements. Son attitude est probablement le cœur du projet et doit viser à le rendre sympathique au premier ou au second degré, à la façon d’OSS 117 ; ou bien à générer du scepticisme et de l’hostilité plus prompts à animer les débats de confort ou nourrir l’aura de transgression bonhomme qu’à engager donc compromettre le personnage et son inventeur.

En tout cas ses cibles sont toujours personnalisées et jamais très fouillées : le risque de procès débile par tweeter interposés est modérément élevé, celui d’être classé souterrain de l’extrême-droite est faible, celui de créer une réelle polémique résiduel. Les occasions sont partout et Navarro va probablement déjà trop loin en donnant corps à l’incivilité ou au ‘grand remplacement’, mais il n’y aura que des replis sur tous ces sujets, par une petite chute et un recentrage sur l’individu et ses boulettes (la BD sait être drôle mais c’est rarement lors des conclusions). Sur la couverture, seulement des personnes : leurs traits distinctifs sont systématiquement relatifs aux loisirs ou au style (qui s’affiche – ou se vit dans une bulle narcissique consumériste). Il y a déjà matière à des chocs de vision mais il en faut plus pour dépasser le stade des contrastes de fin de banquet.

Ce Morgan pourrait – est déjà l’homme qui refuse de se faire marcher sur les pieds, l’homme qui n’apprécie pas qu’on fasse du bruit dans les transports en commun. Et ne pas accepter que l’autre s’étale, c’est réac – donc bête, regrettable – y compris pour le réac (le suprême con passant à côté du bon et du bien) ! Doit-on voir sous l’ironie la validation d’une bonne vieille mentalité de carpette (gauchiste ou non) ou une dénonciation désolée et peut-être effrayée ? Quand on voit que même l’autorité est saoulée, la thèse du lourd aimable en fiction et infect IRL l’emporte (c’est alors un gentil père fouettard qu’on ne saurait prendre au sérieux, ou un provocateur un brin crétin mais tout à fait ‘safe’). En même temps la directrice est rebutante avec sa propre fermeture plus proprette et d’autres sont horripilants avec leurs compulsions répressives masquées sous les bonnes intentions. Un cynisme bas-de-gamme à base de conformisme grégaire pointe constamment dans les rares contre-arguments : indirectement la BD le brocarde en retour. Mais comme elle partage les torts voire fait tout retomber sur son réac d’antihéros, elle rate sa meilleure piste.. ou glisse discrètement un miroir aux lecteurs non-réacs mais pas prêts à devenir des mollusques consentants pour autant ? Navarro tient une évidence bien plus importante que la définition (juste) qu’il donne à ‘la gauche’ (« la miséricorde sans la responsabilité ») : la soumission au réel est bien plus conservatrice que son refus, donc devrait être un meilleur indicateur d’orientation socialement ‘réac’. Sa défense acharnée à plus forte raison.

Note globale 46

Critique sur SC

L’HOMOSEXUALITÉ EN VÉRITÉ (Philippe Arino) **

27 Fév

2sur5 L‘hypocrisie et l’orgueil catho et homo mêlés : amusant et captivant, puis glauque et accablant. Arino a le mérite de rabrouer les injonctions-explications du présent, d’avancer des observations et des récits pertinents sur l’origine et le vécu de l’homosexualité. Ses généralisations sans partage lui font perdre en crédibilité, sa manie de reprendre le vrai à son compte est regrettable – par exemple l’attachement à la souffrance, qui serait omniprésente puis surtout fondatrice chez les individus de son espèce (s’y rattache l’identification à la femme violée). Comme les autres thématiques monumentales (et comme l’ensemble des échecs et travers narcissiques débouchant sur la haine de soi, l’aspiration à la réification), celle-ci est aspirée dans la perspective exclusive de l’homosexualité – et du psycho-sexuel, comme en psychanalyse.

L’ennemi ultime et contemporain est la « bisexualité psychique » avec son rouleau-compresseur des sexualités et manières d’être. Hétéros et homos sont jumeaux nous annonce l’auteur, juste après avoir étayé sur l’obsession du « désir fusionnel de division » [constant chez les gens atteints du virus tragique mais sublime de l’homosexualité, donc]. L’idée est étayée : dans les recherches et théories psychologiques du XIXe, ils étaient les deux versants du bisexuel, avant d’être séparés pendant que ces termes techniques se répandaient dans le langage commun. Arino reproche à la « société bisexuelle hédoniste » son homophobie ‘refoulée’ mais ‘positive et optimiste’. Elle passerait sous silence les rudes vérités de l’homosexualité (violences, amours instables et faux, solitude, cassures à tous les étages), pour mieux aseptiser les mœurs et laisser in fine les homosexuels à leurs malheurs ; lui au contraire garde les vieilles catégories homosexuelles tout en les dénigrant, mais avec compassion. Voilà deux monstres aux antipodes mais sur la même corde : aliénation et répression – chacun dans l’hypocrisie souriante, l’un négligeant l’âme et l’autre non.

Même si Arino en bonne ouaille prophétique ou bolcho typique pratique l’inversion [accusatoire], il marque des points contre ces cibles externes – malheureusement en manquant de précision [pénétration] et en invalidant (ou compensant) ses propos par d’autres. Car à le suivre il n’y a pas de diversité authentique dans les vocations sexuelles – l’homosexualité serait la pente fatale de l’espèce (à considérer dans un sens moral, non managérial) – bien sûr il ne l’exprime pas catégoriquement, mais c’est ce qu’il faut conclure. Il affirme que le désir homosexuel définit l’homosexuel ; que « le milieu » c’est ce désir et donc il y rattache tous les concernés (non pratiquants, continents et puceaux inclus) ; mais annonce en ouverture de la deuxième grande partie que l’essentiel de l’Humanité est traversée par ce désir primaire (presque bestial), surtout dans la jeunesse [où on se cherche] – pourtant, ça n’en fait pas des homos.

Ce décret d’Arino n’a rien de mystérieux quand on comprend qu’il est jaloux de sa condition. Il souhaite que tous embarquent à bord de son avion des pécheurs ; lui sera l’hôtesse de l’air ou la petite mascotte chargée de divertir, de troubler et d’être entendue. Il veut prendre tous à parti pour continuer son cinéma et l’asseoir dans son identité – renforcée en dénigrant sa ‘caste’ pour mieux en reproduire les travers (caricaturaux – c’est un efféminé raisonnant massivement par les dogmes, les témoignages et les sentiments, avec une certaine finesse dans le développement de sa rhétorique), en manifester l’orgueil. Les autres homosexuels n’auraient donc pas que des raisons superficielles ou ‘modernes’ de réprouver sa propagande, néanmoins ils pourraient se consoler avec les belles places et médailles que sa prose leur garanti (tous les bisexuels et ‘alters’, peut-être aussi les hétéros hédoniques et homos non-enfantins, seront au mieux spectateurs au pire des contre-exemples, avec lesquels il conviendra d’être charitable mais de-n’en-penser-pas-moins en vertu des commandements divins).

Lui et ses camarades seraient les boucs-émissaires du mal-être existentiel des hommes séparés de Dieu, des « viols sociaux » divers (encore une communauté lésée avec prétention au double-poste de martyr universel et de guide de la grande communauté terrestre). Pourtant, les agressions homophobes n’ont lieu que dans le milieu homo, c’est-à-dire avec des personnes marquées par le désir homosexuel (donc les agresseurs s’invitant dans les espaces de ‘copulation’ et de racolage homosexuel sont des homos luttant contre leur propre désir – thèse classique). Bref, à l’instar d’autres remontant à une révélation, une constitution, un événement providentiel en toutes circonstances sérieuses, Arino suggère une généalogie où l’homosexuel devient l’auxiliaire, tandis que l’agent de la Foi traditionnel ou assermenté est le véritable arbitre. La seule chose existant en-dehors du filtre homo : c’est la Foi et l’Amour, confondus en une entité – elle aussi englobante.

Arino me semble un idéaliste souhaitant rester petit garçon spécial. Il encourage et pousse vers l’Église, pratique le prosélytisme pour l’institution et les institutions. Une phrase fameuse, je crois dite ou rapportée par Pasolini, trouve ici un renfort de premier choix : « Les gays sont des Christ ratés ». Les propos d’Arino renvoient constamment à ce complexe – et puis comme tous les gens grandioses, il faut bien remettre sa mégalomanie à quelque chose capable de la canaliser, lui donner du sens et la flatter. Naturellement l’aspiration absolutiste et le déni des différences individuelles sont au rendez-vous. Arino nie la diversité, veut jeter les autres dans le même sac (avec du bien et du moins bien) et place tous ses camarades en orientation « dans le milieu » ; ce qui lui permet de le mettre en opposition à l’affiliation religieuse – il faut alors choisir le bon camp or, comme il se veut rationnel, comme il l’apprécie et ne peut faire autrement, il ne saurait prétendre que l’homosexualité est une invention – donc il plaide pour la chasteté, en laissant aux homosexuels leur identité présumée d’amuseurs lunaires.

Son horrible volonté d’inclusion et de servage s’est confirmée dans les vidéos où il intervient suite à cet essai. Il veut enfermer ses homologues – non dans un rôle ‘de cul’, c’est sa simple différence avec les ‘gays’ habituellement ‘hautement’ visibles en-dehors des revendications. Il veut de la follitude et du catholicisme – mais de la follitude au service de ! Malgré toutes ses prétentions et ses apparences, Arino est symptomatique des supposés vices profonds de la société, de ce qu’il dénonce (après y avoir bien goûté et en conservant des restes tenus pour innocents) ; il a effectivement les manières surfaites et les poses aberrantes des homosexuels des ‘médias sociaux’ (la fibre artistique étant le versant positif de ce théâtre) ; il entremêle son ego et sa mission dévouée (dans une vidéo encore, sa part de projection va jusqu’à généraliser l’aspiration à être des anges), a une attitude de troll involontaire (ses chansons ressemblent à ce qu’un comique déglingué compose pour parodier l’objet de son exaspération – ou à type régressant dans la bonne humeur). Cette confusion entre la bonne volonté catholique et la sienne, sa vérité d’individu exhibitionniste et sa vérité de personne engagée, est gênante et le rend suspect.

Note globale 52

JE VOUS SALUE MARIE **

17 Fév

2sur5 Le fétichiste des éruptions intellectuelles jette son dévolu sur la religion – catholique. Après une période de babillages conformes au pire des habitudes, son Je vous salue Marie cesse de jouer avec les mots et les questions pour mieux rapporter le cheminement d’une jeune vierge présentée comme la Marie du nouveau jour. À terme Godard refait la vérité et la vocation de Marie et finalement reformule donc la foi et un culte pré-existant à sa sauce. Conclusion : tout peut être balayé, pardonné, etc, tant qu’on est lunaire, chaste et de bonne volonté.

Toutefois mademoiselle se révolte, de façon si belle et bonne que la solution lui apparaît : la fornication alternative sera la vraie méthode pour niquer Lucifer (ça c’est dans le texte). D’où cette sentence magique : « On a pas besoin d’un trou de bouche pour manger, mais d’un trou de cul pour avaler l’infini » (62e minute dans la version courte). Décidément la pédanterie mène à des sommets, certes des sommets à l’envers, mais musclés à leur façon. La catholicité réelle est tout de même de la partie, d’ailleurs on fait retentir l’orgue ; puis les sujets sont forts : quelle cause première, qu’est-ce qui orchestre, etc.

Questions monstres, il faut évacuer ; c’est bien difficile ; alors on tartine, puis se drape dans des annonces sur l’esprit et le corps interagissant. Plouf plouf, mais avec des gratifications ! Dans une scène éclair la fausse Marie est surprise nue dans sa salle de bains et nous ferme la porte ; peu après on la retrouve dans sa baignoire avec la voix-off expliquant ses satisfactions élevées. Dans les empilements qui suivront la nudité sera très présente et le montage (par Anne-Marie Miéville, réalisatrice du Livre de Marie qui est le complément et la supposée introduction à ce Je vous salue Marie) se fait moins épileptique, presque posé, ce qui permet au style Godard de s’harmoniser dans son apathie raisonneuse.

Les multiples passages de diverses filles matures mais sans impuretés, gras ni poil divertissent, mais cette redondance a le tort de s’appliquer aux autres motifs. Les plans face au ciel se répètent, comme si Godard avait aperçu là-haut un moignon d’idée et revenait guetter, à moins que ce soit simplement par pause, habitude, ou car paraît-il la révélation surgirait de là. Quoiqu’il en soit cet opus vaut le détour, car même si au départ les manies les plus désinvoltes et débiles de Godard sont poussées à fond, avec systématisme, dans l’ensemble la séance doit être une des plus agréables. Godard se lâche en terme d’humour (pas autant que dans Week-end et sans viser ce niveau) et fait défiler un chien stoïque, son élu consacré dans Adieu au langage.

Note globale 40

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COSMOS (Michel Onfray) *

2 Fév

2sur5  Des livres de 700 pages tous les ans, voire deux ou trois par an, ça ressemble à un exploit (et sans galvauder le mot). Puis quand on a lu ce Cosmos, on comprend que ce soit faisable – extrêmement exigeant, mais à portée d’un travailleur compulsif (disposant de bons relais de préférence). Je commençais à trouver qu’Onfray est finalement une fausse valeur et à l’occasion pas loin d’être un menteur. Maintenant je sais que c’est d’abord un inquisiteur – au moins au travers de ce Cosmos. Son livre est inondé par une sorte de ressentiment typique chez les gens cultivés et les intellectuels ‘sociaux’ (petits ou grands).

Avec lui le discernement est simple : il y a les bons, auxquels il n’a que des louanges à adresser (et qu’il réduit dans l’idéalisation), puis les salauds (ou escrocs, tels Leiris, avec leurs produits, comme l’homéopathie). Le respect pour les premiers se met constamment au service de la dénonciation et de l’humiliation des seconds. C’est nécessaire pour que l’idéalisation ne soit pas trop flagrante et bête ; ça rehausse d’ailleurs l’expérience de lecteur, même pour le divertir et ça permet de quitter des tunnels (mais pour en ouvrir d’autres). Bravo pour la dénonciation de la mentalité « terre brûlée » pour plus tard s’ébaubir devant la liquidation par le feu – assurément un signe de la « grandeur tzigane » (p.120).

Onfray prétend qu’on ne l’invite jamais sur les plateaux pour parler du positif, mais dans ce livre, censé être constructif, il passe son temps à salir des individus en particulier, l’Occident judéo-chrétien en général. Quand il est positif, c’est en applaudissant les vertus des gens du voyage, des animaux ou du haïku, qui sont autant d’occasion de rabaisser une foule d’ennemis (généralement morts ou abstraits) et dont il fait des détenteurs de vérités ontologiques. Comme les répressifs dans leurs pires moments et les fanatiques dans leurs phases de déception, il s’obstine à faire du ‘moins’ le mieux, de la pauvreté le signe de la sagesse et de la puissance ultime, des manques des richesses. Son approche manque de rigueur et même de la scientificité dont elle se revendique régulièrement. Ce livre voit même un philosophe tomber dans le travers des amateurs sans confiance et des journalistes ou propagandistes paresseux : l’énumération et l’extension d’un propos ou d’une donnée simple et fermée. Quarante détails ou manières de dire ne rendent pas les choses plus fondées – cette façon de marteler pour imposer une authenticité à partir de la foi ou de la pétition de principes rappelle ce qu’il dénonce à propos des symboles de la civilisation et de la religion définissant l’Occident.

Comme tous les adeptes du moralisme Onfray est sujet au vice inhérent : l’hypocrisie (ce n’était pas soupçonnable hors de l’écrit, sauf dans ses vidéos à la tournure souvent ordurière depuis 2017). Il reproche souvent ce qu’il a fait lui-même (notamment le « Je » occidental, si horrible, une telle errance par rapport à la philosophie orientale) et ses remises en question ont peu de place (à juste titre : car l’expérience dit le vrai et car il est occupé au combat). La pensée oiseuse, le commentaire, le remplissage : il les pratiquent. Son livre n’est pas constructif (Décoloniser les provinces l’est peut-être s’il ne se contente pas de prescription comme les postes de jardiniers ouverts aux immigrés) et ne donne que des exemples simplifiés et des mots (« le sublime » et l’expérience de la « vastitude » comme programme) pour conseillers de vie pratique (mais la philosophie et les listes de grands esprits regorgent de ces choses, cette révélation concrète est d’ailleurs une grosse portion de ce qu’on y apprend). Puis surtout il dénonce les gens par le livre (passant, pensant, fructifiant) et pond un ouvrage de 700 pages. Oh il rejoint le camp des antinazis également !

Note globale 38

Chronique sur SC

RENDEZ-VOUS ROMANTIQUES (Gorki) *

25 Nov

2sur5  Ce premier film de Michka Gorki, financé par un club soixante-huitard, était confidentiel jusqu’ici (aucune note sur IMDB, pas de fiche sur Allociné). MUBI le propose actuellement (14 novembre au 13 décembre) alors que sa réalisation suivante, Interprétations (1975) sera présentée à Cannes en avril 2019.

Cet essai est une bonne illustration d’une vanité idiote et d’une agressivité tout juste masquée et démesurée, plutôt féminines. L’actrice-réalisatrice est d’une mesquinerie flagrante, utilise les prétextes de l’art et du challenge ‘intellectuel’ pour se comporter de façon inique et en rajouter dans tout ce qui la rend pénible ou déplorable. Naturellement madame veut incarner toutes les femmes, prétend qu’on trouve en elle ce qu’elle-même passe son temps à vouloir induire. Cette espèce de sirène à la ‘folie géniale’ surfaite ose en plus nous accueillir en exagérant encore la niaiserie feinte – son petit théâtre grotesque pour le générique dicté et animé, où elle inflige sa voix sur-aiguë de ‘femme-enfant-connasse’.

Les invités ont des profils très différents, plusieurs se prennent pour des genres d’artistes, ou manifestent une espèce de virilité timide ou mollement lourdingue. Ils peuvent être amusants (sauf le troisième, trop sombre, avec finalement cette assurance de dépressif) ; on satisfait son voyeurisme, voire une variété de mesquineries (selon ses attentes et son sexe).

Les injonctions aux femmes ne sont pas flagrantes – au maximum il y a quelques injonctions tout court. Leurs propos trahissent surtout le poids de la société, de la morale, des conventions, de l’imaginaire collectif. Leur machisme est dérisoire (cet homme d’affaire à la rutilance misérable par exemple). On voit davantage la pudeur et les faiblesses de ces hommes – pour un peu on deviendrait condescendant ou rieur à leur égard. Gorki nous entraîne vers de mauvais sentiments en jouant l’investigatrice innocente.

Finalement « l’expérience » (elle y tiens, ça pardonne tout) n’est pas concluante ; pas assez de dérapages pour épater la galerie, pas assez de grasses confidences pour autoriser les habilitées à exalter leur haine ou leur avidité ; mais surtout la démonstration tourne court, car elle est forcée. La pêche est bonne pour une vulgaire séance de caméra cachée, malheureusement la concurrence est si rude – et les méthodes sont plus gênantes que le résultat. Le gros bourru à la fin (que la monteuse a la décence de ne pas montrer) surpasse les espérances féministes, sauf qu’elle est effectivement affalée devant lui et l’a probablement aguiché – car manifestement l’initiative dans la rue est venue d’elle, au moins pour les candidats dont il y aurait davantage matière à se moquer.

Note globale 40

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Suggestions…

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (6), Dialogues (6), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (-), Originalité (6), Ambition (7), Audace (6), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (5), Pertinence/Cohérence (2)

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