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NECRONOS – TOWER OF DOOM **

10 Mai

2sur5 Z horrifique fantaisiste et érotico-gore. Le début est particulièrement cheap avec la trop manifestement vieille caméra, les lense flare des plus artisanaux en forêt. Puis dans un intérieur incertain on découvre une sorte d’alchimiste avec ses sujets ; c’est grotesque, mais moins ridicule. Le début a la vertu de présenter et pousser à fond les grands défauts du film. Notamment la répétition de sortes de scènes mais aussi carrément de plans ; en particulier cette vue sur un château seul au milieu d’un paysage verdoyant. Intertitres à foison dans ces dix premières minutes – pas traduits ; pas compris tous les dialogues mais de bonnes raisons de pas s’en soucier. Plus tard on aura des sous-titres pour les deux patients anglais.

La séance vaut le coup pour les amateurs grâce à sa générosité, sa hargne et aux décors naturels. Les nombreuses kitscheries ne sont pas nécessairement un mal (mais peuvent être bien lourdes – telles ces portes en bois s’ouvrant comme un portail électrique ou celles d’une grande salle de décideurs de space opera). Ce qui plombe le film même en tenant compte de ses conditions, c’est la trop médiocre direction d’acteurs pendant le long échauffement (puis avec la fille à l’extérieur aux séquences redondantes, pataudes et interminables). Quelques exemples frappants : la partie de sexe quasi pornographique sauf que madame garde son mini-short ; un type se laisse tirer dessus et aucun de ses mouvements musculaires, sinon ceux des yeux, ne traduit une envie de résistance active ou de fuite face à son agresseur. On fait comme si (à nous de suivre) ! Pourquoi cet accidenté s’enfonce en forêt ?

L’inanité de certains comportements est évidemment au service du scénario (sinon pourquoi cet accidenté s’enfoncerait-il en forêt ?). Comme souvent dans l’extrême-bis graphique et gratiné, ou seulement ampoulé, l’équipe du film accorde son attention au spectacle et aux gestes, ne se soucie pas de ‘solidifier’. Les poses surfaites (surtout à cause des limites techniques) des personnages extravagants (plus ou moins démons) sont donc autant des fautes [de goût, de consistance] que des petits éclats cohérents et désirables dans ce cadre.

Note globale 52

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions…

Les+

  • tient ses promesses, généreux
  • décors et notamment espaces naturels
  • tous les défauts posés au début et poussés au maximum : on sait à quoi se tenir

Les-

  • peu de situations vraiment ou sérieusement percutantes
  • direction d’acteurs négligée, trop cérémonieuse avec les extravagants
  • inconsistances

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MINI-CRITIQUES MUBI 3

7 Avr

Une session en retard, car la 4e a déjà été publiée. Les films concernés ont été vus d’octobre à décembre 2017. Leurs notes ont été mises à jour (la limitation aux paires n’avait pas encore cours). 

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Opera Jawa * (Indonésie 2006) : Film musical décousu, volontiers loufoque voire régressif, assez mou à force de planer doucement et malgré les gueulantes. Pour les gens épuisés et réceptifs appréciant d’être dépaysés et surpris tant qu’on ne les bousculent pas.

Attention spoiler : dans les derniers moments une fille se fait planter (c’était un sous-Parapluies de Cherbourg à Java ?) ; le panneau d’avant-générique nous averti que nous venons de voir un requiem contre les violences domestiques. On retiendra plutôt ses efforts et ses effets esthétiques – si les tissus et les plages vous donnent des vapeurs, ça pourra marcher. (42)

Enfance clandestine ** (Argentine 2011) : Dans l’Argentine sous dictature des années 1970. Autour du fils d’un couple de rebelles. Fibre mielleuse, accent sur les rêves du garçon et ses privations. Les passages violents ou avec les antagonistes sérieux passent sous format BD. Apport faible au niveau politique, sans toutefois dénigrer le travail des résistants ou la résistance en elle-même. Peut séduire grâce à son prisme subjectif voire romantique, son primat aux émotions (la musique lève toutes ambiguïtés sur les intentions) et son cachet nostalgique. Seule la scène avec la grand-mère remue franchement la matière à questionnements. (52)

À nos amours * (France 1983) : En découvrant le film le plus connu et reconnu de Pialat, certaines critiques corsées que j’avais lues contre le réalisateur s’expliquent soudain. À nos amours est à la limite de l’amateurisme, racoleur sans fournir de contreparties ni même combler les attentes qu’il souhaite inspirer, tout en étant une bonne caricature de l’existentialisme merdeux à la française. Que le cinéaste ait convaincu les critiques en les intimidant devient une rumeur fortement crédible.

Le film est plein de drames surfaits, de poussées hystériques soudaines, dignes d’un Tellement vrai crasseux et laborieux. Bonnaire livre un jeu calamiteux. Pialat apparaît en se donnant un beau rôle, mais en tant que directeur d’acteurs, il semble un petit exploiteur, voire un vicieux ou un cynique – sûrement à raison, puisque le monde suit. Le recours à Klaus Nomi est aberrant. (28)

Sans Soleil *** (France 1983) : Probablement un des meilleurs films de voyage. Maelstrom d’images, sensations et réflexions fluides sans suivre de programme précis. Parfois des sentences de nature idéologique ou ‘gratuites’ – effet malheureux d’une tendance à absorber l’information vers un noyau subjectif, au lieu d’explorer de façon brute ou simplement ‘ouverte’.

Les parties en Guinée-Bissau semblent d’une moindre importance et sont intéressantes dans ce qu’elles ont d’abstrait (par opposition aux témoignages concrets). (74)

Le Retour *** (Russie 2003) : Découverte de Zvyagintsev. Montre une virtuosité qui serait peut-être vaine s’il n’y avait pas un ‘sens esthétique’ si fort. Le film reste dans le mystère, pas sur tout et pas sur l’état des enfants, mais sur ce père et ses motivations. Les émotions et surtout les passages aux actes sont refrénés, l’action ‘couverte’. Le plus jeune des deux enfants essaie la résistance passive-agressive (avec option sabotage) mais comme le reste, elle est intériorisée plutôt que mise en œuvre. Le film cherche à illustrer une tension éclatante mais toujours floue dans ce qu’elle pourrait avoir de particulier. A pu inspirer Mud. (64)

Tapage nocturne * (France 1979) : Second film de Catherine Breillat dont j’ai vu Anatomie de l’enfer. Un exemplaire d’existentialisme français verbeux et random – version féminine et plus ‘sanguine’, ça change. Histoires d’amour, de culs et de baratins. S’élève un peu par ses choix musicaux, sinon est perdu dans la glue. Ancêtre de Solange te parle ? Tout de même pas si poseur et grotesque. (28)

Elena ** (Russie 2012) : Zvyagintsev (auteur du Léviathan de 2014) fait partie des élus du moment sur Mubi, peut-être à cause de son récent Faute d’amour. Je laisse de côté Le Bannissement pour directement aller à Elena. Photo impeccable encore une fois, avec un focus plus concret – sur le quotidien et les détails. Mais s’il n’est plus tellement mystérieux, la tendance à compliquer et prendre des détours inutiles ou ralentir demeure. Beaucoup de musique de Philip Glass pour peu de drames. Plus chaleureux que l’Amour d’Haneke – par défaut, car en vérité, simplement moins courageux, pénétrant et donc moins anxiogène. (48)

Umoregi / La forêt oubliée ** (Japon 2005) : Inspiré par son amie la baleine, un trio de lycéennes forge un récit fantastique. Gentil, plein de beaux décors et parfois un peu insolite (puisqu’il y a cette forêt souterraine), mais mollasson et soit peu généreux, soit borné dans sa créativité. Rempli de nostalgie (peut-être imaginaire ou générée par la compassion pour les anciens) et d’une sensibilité exacerbée qui semble étouffer la clarté de l’expression, sans entamer un sens certain de l’organisation, de la mise en forme. De bonnes initiatives, des buts ‘nobles’. (42)

Le Filmeur * (France 2005) : Plusieurs évolutions par rapport à La Rencontre ; les protagonistes apparaissent régulièrement frontalement à l’écran (jamais ensemble) ; confectionné sur une longue durée (entre dix et onze ans) et plus éclaté, délié ; pas cantonné aux gros plans et s’autorise le mouvement, donc plus ‘normal’ a-priori. Le couple reste au centre mais partage l’affiche. Le film est parfois drôle, très aléatoire ; l’exercice sûrement généreux et parfaitement vain.

Pour les fervents et la famille de Cavalier ; pour les amateurs d’insolite ou de grosses farces peut-être (ce n’en est pas une) ; sinon, à qui s’adresse le film, à qui cherche-t-il à se rendre utile (ou divertissant, ou instructif) ? Reste l’entrée dans la réalité sensorielle d’une personne réelle ; et parfois, un intérêt plus technique ou cinéphile, puisque Cavalier nous place derrière lui en train de préparer ou d’absorber des sujets (d’actualité, de réflexions, de mise en boîte). (32)

Au hasard Balthazar ** (France 1966) : Pauvre âne dans le monde tenu par une humanité aveugle et cruelle. Un des fameux opus du réalisateur à la direction d’acteurs anti-‘naturaliste’, anti-spontanée, anti-incarnée (Pickpocket, Le diable probablement, Les dames du bois de Boulogne). Certains acteurs ne sont pas à leur place dans leur costume ; quelques-uns arrivent à communiquer de l’intensité ou sembler ‘vrais’ malgré le principe de Bresson. L’âne semble plus vif, sauf lorsqu’il est soumis à des numéros très arrêtés ou répétitifs, où il se fond dans la représentation artificielle généralisée. Parfois bien fourni dans les dialogues – avec un laïus du cynique face à la grand-mère d’Adèle. Parfois seuls les mots permettent de comprendre la gravité voire peut-être l’existence de certaines situations. (52)

Still Walking ** (Japon 2008) : De Kore-eda, réalisateur de Nobody Knows et Distance (ce dernier vu sur Mubi). Les retrouvailles annuelles d’une famille, occasion de revenir sur le deuil jamais achevé d’un fils et frère mort prématurément (Junpei). Un peu assommant avant de devenir plus intéressant. Doux, son excellent. Mère mesquine et pathétique. (58)

Le pays où rêvent les fourmis vertes *** (Australie 1984) : Fiction tournée par Herzog, avec des apparences documentaires et quelques intervenants théâtrals. Prend le parti des aborigènes, largement lésés et sans droits à l’époque. Suit le représentant de la compagnie minière chargé de leur faire abandonner une de leur terre sacrée. Non-jugement face à l’infériorité manifeste, en terme de créations et de modélisations du monde, de ces tribus ; comme Bruce Spence (le géologue) on est plutôt sensibilisés à la disparition de leur culture et de leurs traditions. La remise en cause des normes occidentales et des poursuites des ‘blancs’ provoque une espèce de sidération de basse intensité ; le cynisme légal et industriel n’échappe pas à notre conscience, mais les arguments des aborigènes restent dérisoires. La magie à laquelle ils sont attachés peut cependant happer et amener une ‘ouverture’ – qui provoquerait une remise en question (dans ce sens et pas l’inverse). (72)

Humpday * (USA 2009) : Deux bouts de lards hétéros-mâles crypto-niquent pour l’amour de l’art. Sorte de mumblecore du premier rang. Les personnages sont hystériques et multiplient les effusions – tout est motif à montrer sa beauferie d’américain neutres/bohèmes mais positif et à l’écoute. Potache et pas antipathique, pas nécessairement pertinent mais se tient, adroitement écrit. Gros postulat et gros bavardages pour peu. Reste régressif comme tous les films de son courant et dépendant de la connerie du programme – comme Shrooms pour la drogue. Reste aussi une illustration appropriée pour un bon morceau du troupeau humain, ses valeurs, ses normes, ses façons de s’illusionner, de remplir le vide, ses défis désespérants. (28)

Curling ** (Canada 2010) : Très lent et d’aspect impénétrable, mais d’une patauderie calculée, parfois théâtrale et maîtrisée. Ne sonne pas ‘gratuit’, plutôt un peu ‘alien’, mais finalement se fait bien terrasser par la léthargie. Réalisé par un documentariste québecois. La manière dont le père gère sa fille ressemble à une version soft et sans réinvention de la réalité de Canine. (52)

Level Five *** (France 1997) : Deux films s’encastrent : une anticipation de l’ère internet (avec ses rencontres et ses façons nouvelles, économiques, d’aborder le monde) et un reportage thématique sur la purge d’Okinawa. Le premier versant est assuré principalement par les monologues de Catherine Belkhodja, qui peuvent être pertinents ou régressifs (« Coco »). Le second implique images d’archives en noir et blanc avec commentaires existentiels plutôt qu’historiques ou politiques. Les méditations sur le temps et la mémoire sont une constante chez Chris Marker. (64)

La vida util * (Uruguay 2010) : Sorte de comédie pathétique (pachydermique) pas nécessairement vécue comme telle au moment du démoulage, à destination des cinéphiles, versant allègrement dans l’auto-complaisance et le masturbatoire. Noir et blanc, bavard par intermittences, avec beaucoup de pistes sonores renvoyant à des séances ‘classiques’ et de courtes citations esthétiques du muet. Dans la seconde moitié, le gardien de cinémathèque, rendu à lui-même, est ‘manifestement’ sous influence de ses souvenirs (jusqu’à danser dans un escalier).

Le physique lourd et morose de Jorge Jellinek est la seule véritable contribution en propre du film – avec son passage en classe où il déblatère sur le mensonge. Comme ce cinéphile débauché, La vida util remplit avec les fantaisies des autres et se contente de ses démonstrations fétichistes. Il n’y a quasiment rien d’autre dans sa vie et peut-être dans sa conscience (au détail trivial de service : il a rencontré une femme). Mais les joies ‘d’enfance’ du spectateur suffisent à combler cet homme et la dissertation à vide ainsi que les petits éléments relatifs aux salles obscures pourront plaire au cinéphile rigide et averti. Il y a un laïus de spécialiste sur ce qu’est le cinéma, pendant une émission radiophonique, juste avant la mise au ban des employés.

Federico Verjoj n’est pas non plus totalement irréaliste (lui ou ses sponsors) puisque la torture dure moins de 70 minutes. Sur des thèmes/configurations approchantes, essayez Dernière séance, Mary & Max, Human Centipede II. (28)

Sérail * (France 1976) : Premier film d’un scénariste (l’argentin exilé Eduardo De Gregorio, a travaillé pour Rivette et Bertolucci). Serait un prolongement de Céline et Julie vont en bateau qu’il a écrit (pour Rivette). Rappelle parfois Adolfo Arrieta, mais beaucoup plus volubile – ou à Raoul Ruiz, mais carrément plus limpide. Avec Bulle Ogier et Marie-France Pisier en occupantes mystérieuses du château convoité. Esprit de film érotique oubliant de bander. Coloré et ambitieux, mais encore un peu cheap et futile, entre la fantaisie, le théâtre et le film ‘d’initiés’ mollement décadents. A le mérite de chercher l’originalité et un langage érotique et fantastique se passant de formes explicites. (38)

Van Gogh ** (France 1991) : Les deux derniers mois du peintre, incarné par Jacques Dutronc. Pialat (aspirant peintre avant de passer à l’audiovisuel) se fait plus sobre et rigoureux, le thème et la durée attestent d’une ambition supérieure. Il rejette le ‘sensationnel’ mais aussi l’analyse des caractères pour préférer l’intimité, les moments de joies et de conflits simples. L’approche reste primaire, le ressenti déterminant, la trame décousue. Au passage, quelques dialogues excellents et des bribes sur la place d’un artiste face à la société, à sa famille et à son entourage. La photo (anormalement ‘propre’ elle aussi pour du Pialat) reste le grand atout (pour son orientation, ses objets), dans une moindre mesure les interprètes. (48)

Les petites marguerites ** (Tchécoslovaquie 1966) : Film d’inspiration surréaliste, où deux filles se mêlent à ce bas-monde de dépravation en comptant bien être assorties. Place au n’importe-quoi doux-dingue, parfois agressif et toujours au moins un peu érotique. On assiste aux plaisirs destroy de deux filles infantiles déjà abonnées à la pop’culture, en train de revivre aujourd’hui de nouvelles ‘années folles’. Le travail des effets et des couleurs est relativement neuf. Ça rappelle les opus ‘classiques’ de Godard, en plus humain et coloré, sans plus tenir à ‘l’intellect’ ; c’est d’ailleurs moins hermétique que la plupart des autres productions excentriques de la Nouvelle Vague, simplement le style prend le pas et le random est érigé en principe. Vu d’après, c’est aussi une version gentille et sans hypocrisie du Sweet Movie sorti en 1974. Ce film sait aussi entêter (par ses musiques et certaines farces appuyées) même dans le cas où on l’aurait peu aimé ou désapprouvé (comme la censure nationale de l’époque). Ça reste un album de délires de jeunes ‘folles’, pestes insipides à l’occasion, pourries par la facilité à peu près tout le temps. (48)

Le Fantôme de l’Opéra *** (USA 1925) : Première adaptation [connue] du roman homonyme de Gaston Leroux (1910), avec une star de l’époque dans le rôle-titre : Lon Chaney, que j’ai d’abord adoré dans L’Inconnu de Browning (1927). Sonorisé à l’occasion de la ressortie de 1929 (l’officieuse désormais, plus courte) ; il aurait été en couleurs mais ne reste à ce jour que des copies en noir et blanc, sauf pour la fameuse scène du bal. Le voir sans musique m’a paru profitable. Souvent théâtral, sauf au début où il est bien lent. Les images avec ou sans le masque, la version ‘crâne’ dans l’escalier et dans une moindre mesure les séquences finales, sont plutôt marquantes.

Aucune suite n’a atteint à la grandeur historique. Elles sont même plutôt des échecs voire des désastres. Les cinéphiles en tout cas n’ont jamais ‘laissé passer’. Les versions d’Argento ou de Schumacher sont peut-être diffamées – pour cause de superficialité ; mais ce premier opus est-il spécialement profond ? Il l’est seulement par rapport à la moyenne de l’époque. En terme d’intensité dramatique, il est encore audible. Pour l’intensité horrifique, c’est fatalement mais raisonnablement obsolète ; il vaut mieux parler d’épouvante et sur ce plan c’est encore convaincant, sans théorie ni mise en contexte. Dans l’ensemble c’est aussi loin d’être assommant comme peuvent l’être, malheureusement, d’autres ‘classiques’ de la décennie. (74)

Anna / Anna : Ot shesti do vosemnadtsati *** (Russie 1993) : à revoir pour finir la critique engagée (‘mini’ devenue normale). (6+)

Soleil trompeur ** (Russie 1994) : Se déroule sur une journée, avec la première heure entièrement autour de la maison puis l’après-midi au lac, avant un nouveau confinement où les tensions exultent – mais jamais pour longtemps ou pour sur-dramatiser. Beaucoup de sous-entendus relatifs aux coups de l’Histoire sur les vécus individuels. L’ère stalinienne et le grand chef lui-même, sans être entièrement idéalisés, semblent avoir de bons côtés – mais le ‘bon’ n’est pas nécessairement le bien et encore moins progressiste, concernant les femmes. Appuie aussi sur les contradictions du pouvoir et de son propre maintien. (56)

Hot thrills and warm chills * (USA 1967) : Présenté dans une sélection de « two obscure exploitation sex thrillers restored » by NWR. Sorti pendant la ‘libération sexuelle’ mais n’a pas ou plus de légitimité hors de ce contexte, où il n’avait déjà rien pour avoir du poids, hors de ses nombreux plans érotiques (au lit ou à terre pour les scènes de sexe mais sans porno, ou avec la danseuse au bar). L’approche est très triviale sinon (avec percussions cubaines monolithiques et vannes ‘tribales’), avec les trois filles dans leur salon pendant la première moitié du film, la séance entrecoupée par leurs souvenirs ‘X’ et challengée par un projet incertain (contre le ‘king of sex’ d’un bal masqué). Finalement il faut reconnaître à ce film sa générosité pour l’affichage de paires de seins, son laisser-aller pendant les scènes aguicheuses (longues, avec un montage qui ne sert jamais à cacher ou atténuer) et parfois même sa ‘recherche’ dans ce registre (car ce n’est pas que de l’étalage crû de corps dévêtus). Pour le reste, que des bavardages en noir et blanc, avec ce qui ressemble à des ajouts opportunistes et des ‘bouches-trous’ – et une post-synchro scabreuse et redondante. (32)

Urga *** (Union Soviétique 1991) : Troisième film vu de Mikhalkov, je souhaitais avant Mubi voir celui-là. L’essentiel se déroule dans la steppe en Mongolie intérieure (région du nord de la Chine). Le père de famille fera un détour en ville [dans la ‘civilisation moderne’]. Joli film mais pas générateur de réflexions ou d’enrichissements concrets. Remarquable pour les paysages et dans une moindre mesure pour son ambiance, ses sentiments. (68)

Shadows in paradise ** (Finlande 1986) : Film idéaliste, pratiquant le déni de réalité pour faire de son protagoniste un homme fort, à la mesure de ce qu’il pourrait se leurrer – ou simplement espérer s’il avait une sensibilité un minimum mature.

Ambiance fausse, théâtre mou, pour un résultat style Bresson romanesque, sans la thèse ni le propos. L’artificialité culmine dans les moments de violence (agressions du début). Nikander face à son concurrent : c’est plus ‘vivant’ mais encore faux – quoique sur le plan de la vraisemblance plutôt que sur la simple forme.

Comme toute création signée Kaurimaski celle-ci est misérabiliste, mais elle s’épanouit comme son ‘héros’ avec cette relation et les tentatives de s’échapper, de trouver du vrai, bon et beau temps. Spectacle prétentieux, menteur comme un pleurnichard agressif, mais avec un ton à lui, qui finit par plaire comme tout ce qui est entier – même quand c’est bidon. (48)

Hamlet liikemaailmassa / Hamlet goes business * (Finlande 1987) : Cinquième film de Kaurismaki, pendant des débuts très actifs. Noir et blanc, cultive son originalité, rigide mais pas forcément rigoureux, apprend et diverti au minimum (en plus la durée se rapproche de la normale, au lieu d’être très courte). L’influence de l’œuvre de Shakeaspeare paraît faible. Le réalisateur applique sa vision caricaturale, assortie à une volonté de ‘faire’ conte. Cet opus n’a pas le charme habituel car il est trop occupé à montrer des méchants, souligner leurs aspects négatifs. Note positive : les méchants se détruisent entre eux ! À voir : une mise à mort haute-en-couleur et des canards en plastique. (34)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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LES AMOURS IMAGINAIRES *

28 Déc

amours imaginaires

1sur5  Son premier film J’ai tué ma mère était brillant, mais il y avait déjà les germes potentiels d’un cauchemar tel que ces Amours Imaginaires. Le second film de Xavier Dolan entretient tous les petits tics déjà ressentis, d’ado narcissique et surdoué, mais aussi de poseur lourdaud enfanté par les plus ardants blaireaux du café de Flore et les intellos policés radotant Camus tout le long de leurs bourgeoises et insipides journées. Si on y est allergique, Les Amours Imaginaires envoie une cohorte de signaux négatifs, la présence de Louis Garrel en guest étant l’objectivisation finale.

Deux amis, Marie et Francis, aiment le même type, un échalas angélique blond et bouclé crétin et vide. Ils vont interpréter tous ses gestes, transis devant ce mec fadasse mais solaire, laissant éclater leurs carapaces grandiloquentes. C’est parti pour 100 minutes de minaudages, de moues perplexes ou de circonstance, de petits gestes hautains maquillant les blessures assassines. C’est un peu comme dans les Chansons d’amour d’Honoré (avec son breton tendre et sauvage), mais en admettant la frustration, en singeant la réalité avec ces désirs grotesques, en contrariant les caprices et s’infligeant des mandales (la pointe de causticité, dont Francis est la première cible, rend la chose plus digeste, presque entraînante pour quelques instants), tout en se laissant toujours une porte ouverte vers l’accomplissement.

On parle culture, on se touche du bout des doigts avant de forniquer avec délicatesse mais en enfiévrant le contexte, on s’applique à être une créature de carte postale du parisianisme romantique tel qu’il est perçu partout dans le monde. D’ailleurs ils le disent eux-mêmes : au lit avec Marie avant d’enchaîner sur l’étreinte (il lui demande au passage si elle est « en amour »), son partenaire s’interroge : Marie, penses-tu à des vedettes de cinéma lorsque tu fait l’amour ? Les Amours Imaginaires contient des répliques fines, des analyses éclairs pas aberrantes mais rebattues sur les amoureux de l’amour et les érotomanes ordinaires [sublimés]. Mais l’agitation intense caractérisant J’ai tué ma mère ou Laurence Anyways n’est pas de mise ici.

Dolan livre au contraire un produit strictement hype, ultra soigneux, cultivant une esthétique d’urbains vintage et délicats, de mondains bavards et d’étudiants ronflants à la conscience servile. C’est tellement exaspérant que l’énergie habituelle à s’enflammer se démobilise ; autant attendre, ça passera, c’est réglé, c’est foutu, inutile de se battre ou de se réjouir en adoptant une approche sarcastique. Toutefois, le rire survient inévitablement, sur la fin en tout cas, passés les soupirs et la douleur. Face à cette sensiblerie extrême, on part nécessairement vers la stase ou le rejet, presque organique. L’argument du « chacun ses goûts » vaut pour le coup, car ce film a le mérite de la radicalité et est en mesure de plonger dans l’extase une cible définie, tout comme d’horripiler à un degré rare ceux qui s’en écartent trop.

Les Amours Imaginaires n’est donc pas intrinsèquement un échec total : oui, mais la nature du délire n’est pas le seul problème. Le manque de substance plombe le film, ses témoignages sont dérisoires, servant sa démarche de wannabee Jules et Jim (eux étaient plus simples et lucides, même avant de mûrir), de wannabee en effet (Truffaut a eu la chance de passer avant tous ses héritiers). Et si Dolan est passionnant et exaspérant d’une seconde à l’autre voire en même temps, il ne l’est ici qu’en tant qu’acteur, en tout cas pendant un certain temps. Le film s’effondre sur la fin, avec les mises au point. Au terme de la descente, une dernière séquence d’une laideur médusante. Au moins, Les Amours Imaginaires incarne quelque chose à la perfection : la chronique de petite chose protégée à la sexualité indéterminée, aux manières doucereuses et aux goûts ‘raffinés’ (au sens bobo lisse du terme), peuplée d’aspirants intellos sartriens et d’imitations de stars glamour et se branlant encore sur Pierrot le fou.

Note globale 32

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Suggestions… La Dolce Vita + Moonrise Kingdom + Guillaume et les garçons   

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (6), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (4), Ambition (7), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

Note passée de 23 à 32 suite au re-visionnage de janvier 2019 et à la mise à jour des notes. Quelques mots en plus/moins. Lors de cette redécouverte, j’ai simplement vu un film ‘lourd’ avec des qualités, une indéniable force émotionnelle comblant pas grand chose (à la sortie, même en ayant su être complaisant, un « bof » s’impose forcément) – et de toutes manières un film ne s’adressant pas à moi, donc avec lequel je devrais faire un effort de lâcher-prise et de tolérance, chose plus facile 4 ans et demi après.

 

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Xavier Dolan sur Zogarok >> Mommy + Tom à la ferme + Laurence Anyways + Les amours imaginaires + J’ai tué ma mère

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UN CHIC TYPE / EN GANSKE SNILL MAN (2010) ***

3 Mar

3sur5  L‘histoire est simple, forgée avec un genre de vie anormales mais pas extraordinaires. Par endroits ce Ganske Snill Man rappelle les comédies franchouillardes des 1970s, sans en avoir la jeunesse ni l’expressivité potache. Sa plèbe a beau avoir des heures grotesques, elle est trop vieille pour ça. La mise en scène nous met à distance pour mieux juger, le découpage insuffle plus d’empathie, des sentiments charitables transpercent les couches de gras, l’humour blanc et cruel désamorce le pathétique.

Le rapport à Ulrik (Stellan Skarsgard, qui a su massivement s’exporter suite à son apparition dans Breaking the Weaves – utilisé aux USA pour Will Hunting puis Pirates des Caraïbes) est complètement dans cette volonté ‘banale’ du cinéma de donner un protagoniste proche du spectateur, qui devra nécessairement s’identifier, projeter ou accompagner – sans quoi il passerait ‘à côté’. Détaché mais concerné, Ulrik est constamment traité en étranger ou en outil, pressé d’avancer dans un brouillard morne plein de réminiscences déformées de son cadre de référence – sapé par un passage en prison pour meurtre. Lorsqu’il rit ‘avec’ son fils et sa belle-fille, les observant sans se montrer, il semble parti pour tomber sur notre place, ce qui rend ses retours d’autant plus difficiles. Le mépris, les refus récoltés par ses élans ou ses efforts sont autant de rappels à sa damnation ; au fond il ne peut que mourir – et sans aucune évasion ou vie alternative.

Les autres autour de lui ne sont pas tellement mieux logés. Ulrik est un cancer dans un théâtre de blasés aux crises de laïus intermittentes. Le patron du garage est un sommet dans le genre ; à fond dans son métier et ses présumées ‘missions’, il sait peut-être (à moins qu’il ait sacrifiée sa véritable conscience si fort ?) qu’il fait semblant d’y croire tout comme il feinte d’avoir une morale, un avis structuré sur tout – mais tout c’est court quand on a pris des ornières ou choisi l’oubli. Ces gens se ‘rangent’. Ils n’ont plus envie de tergiverser et suivent un écoulement apathique, tellement tranquilles et sûrs de la médiocrité où ils s’enfoncent. Même la disposition d’esprit pour faire des aigris les dépasse. Au fil de ces placements il reste des ordinaires complets, mais sales, exclus, perdants, parés pour une dépravation bien terre-à-terre, plus grossière que méchante. Dans ce domaine le tapage sexuel du crapaud femelle déguisé en logeuse est un climax. Il y a un côté Broken Flowers gueux, anti-romantique et plus explicitement papy Pusher. Ce Bad Boy Bubby allégé est parfois un peu trop soucieux de ses effets mais sans sortir de la rémission cynique et nonchalante d’Ulrik. La lenteur pourrait accabler dans les débuts mais rend solidaire du protagoniste.

Note globale 68

Page IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (2), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

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BLACK DYNAMITE *

10 Mar

2sur5  La blaxploitation est un courant de films mettant au premier plan des acteurs et des milieux afro-américains. Strictement états-unien, il a sévi dans les années 1970 à partir de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song (1971) et notamment été marqué par les aventures de Shaft. Ces films étaient toutefois souvent produits par des blancs et brillaient avant tout par leur propension aux clichés, éventuellement à la bêtise ou au quasi cartoon. À l’égal des « films indépendants » sundanciens dans les années 1990-2000, ils se sont accumulés sur un temps court en reproduisant les mêmes figures, au point que le mouvement s’est éteint au bout de quelques années. Ils laissent cependant un héritage important, notamment chez les cinéastes ‘geek’ et nanardophiles (comme Tarantino avec Jackie Brown pour lequel il embauche Pam Grier).

Parodie et hommage à la blaxploitation, Black Dynamite est fidèle à ses promesses. Il rabâche sans arrêt sa volonté de viser bas et s’avère d’une intégrité exemplaire. Le spectacle se veut sûrement cool et agréable plutôt que drôle ; autrement dit, la farce est fun plus qu’hilarante. Si ce n’est pas effectivement le but des auteurs du film, c’est au moins le souhait à formuler pour optimiser la séance. Car en tant que comédie Black Dynamite est d’une paresse tout à fait ordinaire : sous le kitsch, rien ne le distingue des pantalonnades grasses comme le marché de la vidéo et les prime time d’été en sont inondés. La médiocrité de Black Dynamite n’est donc pas remarquable : elle est simplement typée.

Le film beauf des familles, avec bêtisier final et fluides dans la chantilly, a maintenant son emblème blaxploitation. Le grand succès qu’il a rencontré vient peut-être de cet alignement, opéré en sourdine mais néanmoins flagrant. Une démagogie assumée lui permet de garder ses acquis ; évidemment une telle gaudriole est inoffensive, bien qu’elle cogne sur des cibles entendues (la raclée mise au président des USA, « Richard le parano »). On peut venir à BD en acceptant d’être secoué, porté dans un délire autre, vintage, peut-être marqué par une emprunte ethnique et culturelle forte : rapidement ce genre d’ouverture s’avère obsolète. La fabrication est cynique et compte sur la connivence – ou l’abus de médicaments. Le repompage est créatif au minimum : nous sommes au stade best of en costumes, imitant avec sophistication les lourdeurs du genre : split-screens et jingle envahissants, raccords douteux, etc. Le plus puissant marqueur de la blaxploitation, la musique, n’est mis en valeur que pour glisser des pointillés funky, jamais de façon positive.

Consciencieusement grossier et absurde sur la forme, tout ce fatras est vulgaire au pire sens du terme sur tout le reste. La tendance revendiquée au collage sert de cache-sexe à une écriture amorphe. L’essentiel des gags et des préoccupations renvoient aux élans les plus primaires et vite résolus : on patauge dans l’animalité (seule garante d’un semblant d’intensité), les délires interminables autour des vices (fourberie des asiatiques) et vertus des races (service trois-pièces massif des noirs, une fierté existentielle dont la remise en question ne laisse qu’une issue : le suicide). Seth MacFarlane (Family Guy, American Dad), même dans ses passades les plus tièdes ou abruties (Ted), aurait pu faire un excellent travail avec ce matériau, qu’apparemment personne autour de Scott Sanders (DJ et réalisateur novice – juste un film avec Baldwin auparavant) ne souhaite prendre en charge – sinon pour moisir dans des reliques puantes mais pertinentes entre initiés ?

Malheureusement cet univers tellement chéri est passé à la moulinette de l’anté-mockbuster visqueux et douillet imitant le nanar rocambolesque. On tourne au vomis cotonneux, à savourer entre amis et avec les mioches, à condition d’y trouver quelques réminiscences, un genre de reflet, ou peut-être se sentir une dette, un besoin d’admirer de la sous-culture jouissant de sa débilité. Sinon on voit trop bien qu’il n’y a là qu’un cousin hype et couillu de Big Mamma et Professeur Foldingue. Si le spectateur n’est pas taillé (par ses attaches ou par sa constitution) pour la complaisance, il lui reste en gros deux solutions : compter sur son affection pour les vannes grasses pépères, ou passer son chemin. Le soin dans les lumières et dans la reconstitution, le soin même à déployer des ressources humaines et une mythologie faiblardes, ne peuvent pas tout justifier.

Note globale 41

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Comme un voleur + Nixon

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (1), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (1), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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