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AUDITION ***

21 Déc

4sur5 Auteur de Ichi the Killer et La Maison des Sévices, Takashi Miike est un cinéaste japonais particulièrement controversé, la faute à son goût pour la transgression et l’ultra-violence. C’est avec Audition (1999, son premier film sortant en France) qu’il entame son rayonnement international, débouchant notamment sur une participation aux Masters of Horror et un cameo dans Hostel. Ryu Murakami avait déjà adapté ses propres romans sur grand écran (Tokyo Decadence notamment) ; cette fois il s’en remettait à Miike pour adapter une de ses œuvres, précédemment publiée dans un magazine érotique.

Miike est aussi un des auteurs les plus prolifiques qui soit, enchaînant trois à six réalisations chaque année, cumulant maintenant une cinquantaine de films et quelques contributions pour des séries. Le prix de ce productivisme est dans la restriction des nuances ; Miike leur préfère l’exubérance, à raison, son talent résidant dans l’outrage. Les uppercut sont émaillés par des thématiques fortes, une approche essentiellement formaliste et une manie du mélange des genres.

Audition en est un parfait exemple. Pendant une heure, c’est un film intimiste et d’angoisse psychique, d’une subtilité et d’une douceur rare chez le cinéaste, avant que le Miike grand-guingol ne reprenne le dessus, jusqu’à la séquence de torture finale si souvent citée. L’ensemble oscille entre déférence aux fantômes façon Dark Water, suspense insidieux, chausse-trappe ludique (pendant l’inquisition du héros) et bis forain haut-en-couleur.

C’est aussi un film sur la condition féminine et la place des femmes dans la société japonaise contemporaine. Toutes les mutations n’ont pas été opérées et le patriarcat conserve son ancrage, au moins dans les méthodes et le regard porté pour dealer avec le monde extérieur. Dans Audition, un riche veuf profite de son statut pour approcher en tant que professionnel puis, imagine-t-on, probablement mécène, la femme qui illuminera sa vie. Pourtant cet homme ne fait que profiter d’une largesse d’un ami (des auditions factices visant à dénicher la perle rare). Il n’y a pas de machisme ni de hargne chez lui, loin de là : c’est un homme plutôt inhibé, un père conciliant. Malheureusement c’est cet homme nouveau, cet homme essoré, qui subira la colère d’une fille revancharde.

Audition a un côté Contes de la Crypte, en mode plutôt chic. Miike orchestre une douce montée vers le trauma. D’un réalisme morose et cotonneux tout vire au fantastique et finalement à la dégénérescence, sidérante et bien réelle. La pression émotionnelle diffuse et profonde laisse place au choc ; et alors que l’œuvre fonctionne sur l’identification au personnage masculin, son traitement est vécu comme une grande injustice. En effet, Audition fait du héros le spectateur de sa propre vie, attendant comme un enfant, un drogué ou un dépressif d’être ragaillardi par une relation authentique. Mais ce besoin concorde avec une emphase réelle pour la jeune femme auditionnée, une ouverture et une conscience à ses besoins, sa nature. Qu’il n’ait fait que s’enfoncer dans un piège traduit autant un malentendu qu’un divorce, lié au renversement de l’ordre sexué.

Note globale 73

Page Allocine

Interface Cinemagora

Aspects défavorables

Aspects favorables

* le sens du film dépend essentiellement du dénouement, qui retourne la donne (bien qu’il soit cohérent)

* film d’horreur adulte et hybride

* une vision de l’ordre sexué, passé et présent, tranchante

* un Miike plus subtil et profond

* moment de cinéma intense, une langueur séduisante

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UROTSUKIDOJI : LE FILM, LA SAGA, LA MARQUE

17 Nov

urotsu 11

Les Urotsukidoji sont une saga d’anime parfois classés hentai, mais constituant de véritables films, avec même des histoires assez riches. Les deux premiers opus jouissent de qualités techniques supérieures et dans l’ensemble, les scénarios sont bons, la forme élaborée même si sa qualité est propre à son époque.

Seul le premier Urotsukidoji est parfois référencé dans les bases de données (Allocine ou Sens Critique notamment) et les autres opus ne sont normalement pas cités lorsqu’on évoque le nom de Urotsukidoji.

Voici comment se décline le label Urotsukidoji – et ce sujet a un grand besoin d’éclaircissement :

 

Manga papier.

La série d’anime (OAV) . Treize épisodes ; puis trois dans la « Nouvelle saga » de 2002. La durée et la cible des épisodes n’ont pas de continuité, sauf dans le cadre des six films singuliers qu’elles composent.

Les six films (rassemblant les 16 épisodes).

Dès le second opus, les OAV sont conçues en vue d’être restituées dans le cadre du long-métrage – et sont connues principalement par ce biais. Sauf confusion des encyclopédies, on note six films mais pas 16 opus.

 

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urotsukidoji 1

UROTSUKIDOJI 1, LA LEGENDE DU DEMON ***

4sur5  Sade et Paprika se sont coalisés pour engendrer ce monstre. Urotsukidoji est d’abord un manga hentai conçu en 1986 pour une revue de mangas pour adultes (des seinen) par Toshio Maeda. Contrairement à ses pairs, Maeda est capable de donner du sens à ses dessins érotiques, d’y apporter du soin et une certaine vraisemblance. Mais son manga n’aurait jamais été célèbre sans l’adaptation animée.

Entre 1987 et 1989, trois anime portent son œuvre sur grand-écran. Ils seront fusionnés en un film, nommé La légende du démon pour l’exploitation française. Dans ce dernier, de nombreuses séquences sont coupées : les 23 minutes d’ultraviolence. Urotsukidoji devient néanmoins culte et un quart de siècle plus tard la version non-censurée du film est relativement accessible, sans avoir à passer par les épisodes. Par la suite, cinq autres films réuniront une dizaine de nouveaux épisodes, mais le premier Urotsukidoji est considéré comme le meilleur et la marque Urotsukidoji est généralement citée en référence à lui seul.

Urotsukidoji, c’est la perversion des anime japonais à son paroxysme. Le personnage principal, Nagumo, loser voyeur au début, devient le réceptacle d’un démon dont le but est de rassembler  »les » trois mondes. Et déjà les démons et jiyujinkai s’abattent sur le monde des humains pour semer le chaos dans leurs villes et surtout violer leurs jeunes représentants avec une préférence quasi exclusive pour les filles innocentes et pures. Lorsque la fusion des trois mondes sera accomplie, le Nouveau Monde sera un gigantesque parc trash où ces créatures prédatrices pourront exulter dans l’horreur, comme elles le font déjà dans ces 23 minutes.

Lors de ces séances d’extase morbide, les cibles passives reçoivent une décharge agressive sans commune mesure. C’est là que se généralise un élément dont la galaxie hentai ne se remettra jamais : les tentacules en guise de phallus mutants, armes sexuelles plus sensuelles que la foreuse pénienne de Tetsuo mais à l’hostilité subtile et illimitée. Ces tentacules s’inscrivent dans un lot de séquences érotico-gore, quasiment porno-gore même, manifestant une grande puissance d’imagination. Urotsukidoji est un spectacle extrême et brutal, comprenant le sens et la source de ces extases terrifiantes.

Cette conversion d’instincts primaires et antagonistes en déchaînement exotique et raffiné a une vertu : elle représente toute la branche sexuelle et sadique d’un éventuel Apocalypse. Cette jouissance dans un contexte sans limites est justement le meilleur argument promotionnel de tout chantre de l’Apocalypse, du chaos ou de la dégradation. Cette dimension ne se cantonne pas aux fameuses séquences de sexe, dont la proportion dans le métrage est dérisoire par rapport à un hentai traditionnel. Dans Urotsukidoji, le trash et l’invention s’insinuent dans chaque angle du cadre pour doper le tout : et à chaque instant. Le spectacle est vicieux jusqu’au-bout, l’outrance en fait partie également.

Il y a la part vulgaire : les culottes d’étudiantes, le héros minable, les phrasés aussi basiques que les les expérimentations sont raffinées. Mais le véritable sujet c’est cette intempérance absolue, cette furie blobesque, transgression par-delà la vulgarité ou l’élitisme. Face à ce délire visuel dément, Maeda a fait part de sa stupéfaction et de sa révolte tout en reconnaissant être admiratif. Le réalisateur Hideki Takayama dira lui : « Rien ne provoque une réponse aussi forte chez l’être humain que le sexe ou la violence. La fusion des deux est donc très puissante. » Il a raison et son œuvre est au-delà du désespoir car elle déroule le programme d’un Enfer compensatoire pour les déçus de l’Humanité aux appétitis impertinents ; mais aussi au-delà de l’horreur car elle constitue sinon une délectation malsaine, au moins un motif de sidération qu’aucun curieux ne peut bouder.

Note globale 76

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Suggestions… Perfect Blue

Voir le film sur YouTube : FRANCAIS, ANGLAIS

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UROTSUKIDOJI 2, L’ENFANT ERRANT **

4sur5  La suite directe de Urotsukidoji est moins connue mais parfaitement à la hauteur. Les viols tentaculaires, attaques sur la ville, crises organiques et autres orgies sadiennes sont à nouveau au programme. L’histoire se déroule peu après celle du premier opus et en reprend quelques personnages, dont Nagumo et la mascotte (l’espèce de singe).

Urotsukidoji avait une option : la surenchère. Il en prend le parti et se montre encore plus machiavélique, violent et explicite, cela dès sa redoutable intro de 8 minutes. Urotsukidoji 2 ne fait pas que persévérer dans la quantité ou la radicalité. Là où le premier opus était déjanté et très éparpillé, celui-ci se montre plus concentré et structuré.

Les scènes érotico-gores sont plus lisibles. L’aspect estudiantin et léger est plus présent, vire parfois à la grivoiserie, sans être aussi expressément vicieux que dans le premier opus ; d’ailleurs, l’allégresse est répandue quand le Monde est préservé des caprices sadiques. Ceux-là justifient des séquences très virulentes, où s’impose une broyeuse pénétrant puis finalement atomisant ses victimes. La fantaisie est totale : cette fois, Hitler et Satan, carrément, sont sur la rampe. Préférant toujours les instincts dévoyés à l’usage de la matière grise, Urotsukidoji 2 manie un certain langage théologique ou occulte et là aussi, se montre plus accompli et précis que son prédécesseur.

Le Graal représenté par le Nouveau Monde est affiché au grand jour, lui qui permettra une domination notamment sexuelle, une emprise sur les corps et une annihilation des esprits. Avec cette plus grande attention pour les motivations des démons et autres obsédés de la réunion des trois mondes, Urotsukidoji 2 fait écho aux théories complotistes. Il reflète les fantasmes alimentant le mythe des reptiliens mais aussi toutes sortes d’aspirations ésotériques qui ont pu occuper quelques hommes de pouvoir les plus haut placés.

Note globale 75

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Suggestions…

Voir le film sur YouTube : FRANÇAIS  

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UROTSUKIDOJI 3, LE RETOUR DU DÉMON ***

3sur5 Le troisième opus de la saga marque une rupture. Le niveau est moindre, la fièvre aussi retombe un peu. Il n’empêche que le spectacle vaut largement la peine de sacrifier 3h30, si on a été convaincu par les deux premiers essais. Urotsukidoji 3 se partage entre 4 épisodes cumulant 210 minutes, dont 56 pour le premier. Il chasse la plupart des protagonistes de référence jusqu’alors ainsi que leurs intrigues pour se situer dans un univers déjà acquis aux lois des démons, où certaines forces travaillent là aussi à rassembler les trois mondes.

La plupart des créatures et éléments introduits dans ce film sont totalement étrangers au manga originel et il en sera de même par la suite désormais. Urotsukidoji 3 est une mutation achevée vers le soap opera, voir le space opera. Il est très ambitieux et cela vaut dans un premier temps un retour à l’éparpillement de La légende du démon, décuplé par 10. Les 4 épisodes marquent quatre temps différents, bien marqués ; dans le second, la tragédie romantique occupe l’essentiel du terrain. Dans un climat mélangeant étrangement langueur et fureur, de nombreuses thématiques malines sont traitées.

Parmi les prédicateurs du Nouveau Monde, le nouveau Nagumo mise sur la séduction pour asservir et accomplir ses desseins, distribuant les plaisirs et laissant croire à ses sujets qu’il a pour eux un semblant d’affection ou d’amour. C’est un portrait du Mal très ingénieux, reflétant certainement le lot commun des gourous, mais surtout le mode de domination le plus répandu dans les périodes où règnent démoralisation, divertissement et immanence la plus bête et sommaire.

Au niveau narratif, ce troisième opus casse ce qui distinguait Urotsukidoji pour rejoindre un semblant d’heroic fantasy. L’univers reste toutefois trop singulier pour diluer Urotsukidoji dans une sous-galaxie précise. Les scènes de sexe sont plus rares mais basculent clairement dans le porno désormais, avec des séquences particulièrement odieuses (la longue tournante avec les monstres du troisième épisode) et d’une inventivité formidable ; intérieur des organes et phallus inside, voici la pénétration vue de l’intérieur – vingt ans avant Enter the Void.

En marge du défouloir, un romantisme cabalien. Le sentimentalisme de Urotsukidoji 3 est adulte et déviant, il est aussi omniprésent. Une certaine tendresse est là, au milieu de la haine et des ignominies. L’idylle entre la princesse et sa bête puissante et protectrice elle aussi vise nos instincts primaires, pour le meilleur et le pire. Toutefois la belle Alector n’est pas cernée seulement par son amant rebelle Buju, car un papa possessif est également de la partie. Ce climat incestueux se consacrera lors d’une abominable scène de freak porn, gargantuesque et repoussante contrairement aux autres.

Dans l’ensemble, Urotsukidoji 3 est un grand plaisir, quelquefois hagard (premier des quatre épisodes), avec des morceaux de bravoure touchés par la grâce, peut-être une once de gras en trop. Il est objectivement plus calme et tempéré, d’ailleurs du gore et de la mort, c’est surtout l’odeur qui répond présent. Une violence inouïe est cependant omniprésente, au travers de chacune des scènes, alors que les deux premiers opus avaient leurs séquences purement réalistes, même si c’étaient souvent des intersections plutôt que des séquences valant pour elles-mêmes.

Note globale 69

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Voir le film sur CineMay

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UROTSUKIDOJI 4, APOCALYPSE *

2sur5 Après la confirmation du second opus et la transformation valable du troisième, les restes. Apocalypse pour la France, Inferno Road ailleurs, Urotsukidoji 4 s’étale sur plus de deux heures et comprend trois épisodes. Il propose une version rabougrie de ce qui a été connu jusqu’à ce jour et emmène la marque vers l’anecdote. Le trip soap opera occupe la moitié de la place, les affaires du gang du Village des Damnés en prennent un tiers, le reste est sexe laborieux.

Il y a quelques beaux plans, comme celui de la jeune fille au clair de lune (partie 3) ou la balade dans ce grand château enveloppé dans une nuit bleue. Une inspiration du côté de Alien et Giger se fait sentir. Le versant graphique du film est de loin son meilleur atout. Pour le reste, le rapport avec la marque s’en tient aux pénétrations par tentacules et à la reprise de quelques personnages clés dont Nagumo.

C’est routinier, aseptisé, sans violence. Limite paisible. Le film aligne des scènes X tout à fait conventionnelles, avec une espèce d’orientalisme de circonstance pour l’orgie du début. L’intérêt est nul (comme l’essentiel de la partie 2) et même sur son terrain graveleux, le film fait défaut. En effet les spectateurs tomberont normalement avec des copies où les recoins explicites sont floutés – ce qui est pour le moins ballot pour cet hentai softcore.

Note globale 39

Page Cinemasie & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Guinea Pig 4  

Voir le film sur VoirFilms ou CineMay

 

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UROTSUKIDOJI 5, THE FINAL CHAPTER **

3sur5  Urotsukidoji 5 est un opus à part. Il contient un seul épisode (de 60 minutes), est quasiment introuvable, pas référencé même sur les sites spécialisés (comme Cinemasie) et il y a très peu d’informations sur lui. Il reprend à partir d’une scène du premier opus, La légende du démon, où Nagumo se transforme alors qu’il fait l’amour à une camarade timide.

Le film a de franches qualités formelles et plastiques. Dans la franchise, la bande-son a souvent été assez envoûtante, stéréotypée aussi : ici elle est à son meilleur, plus expressive et sensuelle que jamais. Quand à la qualité de l’image, elle situe ce cinquième opus au-dessus du lot ; les deux premiers opus n’ayant pas subis une remastérisation qui serait bienvenue, les 3 et 4 souffrant et profitant à la fois de la désuétude du trait, tandis que le 6e est très vaguement semi-numérisé et utilise des couleurs pastelles criardes.

Il s’agit bien de la propreté de l’image : sur le plan esthétique, abstrait et concret, Urotsukidoji 5 est également compétitif ! Il offre quelques effets de perspectives gratuits, de jolis aperçus caverneux et son mysticisme accru lui profite. En effet, si à l’heure de lutter contre les créatures du Mal, les scènes  »hentai » se raréfient, le film dégage beaucoup de force et d’imagination. Urotsukidoji 4 a volé son titre  »Apocalypse » à celui-ci !

Car c’est dans The Final Chapter que s’abattent sur la ville les monstres grotesques aperçus au début de la saga, que vient l’heure de tous les accomplissements. Certaines créations du film évoquent Laloux qui aurait croisé le chemin d’un Gilliam d’humeur grivoise, comme le vaisseau avec son vagin géant. De manière générale, le film est audacieux ; à un degré plus anecdotique, il sort de l’exclusivité hétéro des cinq autres.

Si on retrouve les échanges de fluides interespèces (monstres/ humaines), l’originalité tient aussi à la présence de cet androgyne à temps partiel. Pour le reste, Urotsukidoji 5 décevra les amateurs de chair fraîche, lesquels se régaleront dans les opus 4 et 6. De plus, comme pour le 4e opus et en raison de la commercialisation très limitée de The Final Chapter, les parties intimes en émulation apparaîtront normalement floutées.

Note globale 59

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Suggestions… La Planète Sauvage

Voir le film sur MyHentaiOnline  

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UROTSUKIDOJI 6, NOUVELLE SAGA **

2sur5  Après Kenketsu Hōrō hen (Apocalypse) et Kanketsu Hen, Urotsukidoji 6 est le dernier opus de la saga. Il la fait reprendre en 2002 après six ans de vide. Argument : c’est un reboot du premier volet (La légende du démon), composé de trois parties durant ensemble 131 minutes. Comme les deux premiers opus, celui-ci se veut donc directement lié aux mangas de Toshio Maeda (les trois précédents s’en étant affranchis).

Concrètement, cette nouvelle version est très différente. Il y a beaucoup d’éléments nouveaux et d’orientations à contre-courant. Une personnification de la Mort s’invite, un gang en lien avec le démon déguisé en Ozaki investi le troisième épisode. Les scènes légères sont beaucoup plus présentes, toutes liées à un sentimentalisme débridé, renforçant les contrastes entre l’innocence et la malveillance. Les enjeux sont différés, les forces du Mal moins virulentes que dans les deux premiers opus : sur l’échelle du malsain en revanche il n’y a pas de retard.

Plus de scènes érotico, mais sans gore : sauf celles reprises à La légende du démon. La seconde partie s’ouvre sur une longue scène purement porno. Nouvelle Saga adopte un nouveau look très commun, ne réserve pas de soin particuliers aux dessins, opère quelques petites modifications : les traits de Nagumo tirent vers le renard, la petite mascotte volante est passée du bleu ou noir. Pour les scènes faisant écho au premier opus, la forme est différente, plus expéditive et crade encore. Mais quelle marge dans leurs puissances respectives ! C’est le prix ingrat de cet abattage banal et ce remplissage.

Une scène sur deux lorgne vers le soap insipide, l’autre vers la SF pataude ou les morceaux de bravoure. Par contre il y a le cas Ozaki. L’homme par qui l’apocalypse arrive a changé depuis 1987. Possédé par le démon, il reste toujours lui-même la plupart du temps. Ce personnage ambigu est à jeu égal avec Nagumo. C’est sur ce terrain, celui des individus et même du reflet d’une Humanité basique, sensorielle, que Nouvelle Saga tire son épingle du jeu. Le spectateur est ainsi plus proche des victimes, au lieu de simplement les voir objetisées par les créatures.

Par exemple ici, lors de la dernière agression spectaculaire, plan de la fille : de près, à scruter son visage, entendre sa déglutition. Ce petit aparté laisse le temps d’apercevoir la réalité d’une personne et de sa chair. Dans le premier Urotsukidoji, l’hégémonie du Mal se manifestait par-dessus tout et on voyait à peine ces gens, finalement. Ici on les voit avant qu’ils ne soient sacrifiés ; comme on suit les errances de l’amoureuse d’Ozaki. Entre perversion effroyable et sensiblerie, cet opus s’approche du niveau du précédent, mais son lot de surprises (comme le phallus doré) est moindre et l’effet yo-yo garanti.

Note globale 53

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Suggestions…

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PREMUTOS **

25 Sep

premutos

3sur5  Premutos se loge loin dans les méandres du bis zeddard et du trash allemand. Connu par les adeptes et inconnu par les autres, c’est un ‘culte’ du gore et l’un des films réputés les plus sanglants : il serait deuxième derrière Braindead et compte des dizaines de morts particulièrement corsées. Les amateurs seront ravis, mais seulement les plus avertis et coutumiers de l’underground : car Premutos n’est pas un simple catalogues d’exploits violents, c’est aussi une fantaisie d’alcooliques possédés sur l’énième retour d’un ange déchu.

Il faut s’imaginer du Jean Rollin (Le lac des morts-vivants) avec de l’humour, pas forcément plus excentrique mais bien plus agressif. Olaf Ittenbach manage un remarquable sens de l’équilibre le très glauque et l’hystérie la plus pure. Il n’est pas dans la farce potache plus ou moins frontale comme les films de Peter Jackson (Bad Taste, Braindead) ou les parodies zombies par exemple (tel Zombieland) : il y a surtout ce côté marginal, limite occulte, qui l’en distingue. Jackson est trivial, Premutos est foncièrement décalé, souvent provocateur, entre le bal de caricatures et le délire (le père et son éducation à la dure ; le médecin sorti de South Park ; l’invitée excentrique) tout en ressemblant à un cousin cheap et barré d’Excalibur.

Ce ton original fait de Premutos une expérience plutôt rafraîchissante, empêchant globalement les chutes de tension dans une séance recelant somme toute beaucoup de moments dépourvus de gore. Le spectacle devient plus plombant justement dans le dernier tiers, quand le rythme se traîne juste avant l’avènement du festival splatter. C’est alors impressionnant, peu passionnant, mais là encore Ittenbach marque des points sur l’atmosphère, servie par une BO excellente. Celle-ci pourrait souligner le décalage avec le niveau plutôt nanar de Premutos ; au contraire elle sublime son caractère.

Un joli OCNI en somme, sérieux et décontracté. En route vers l’outrage gore il amalgame : flash back sentimentaux, drame léger, comique scabreux et horreur stricte. Inutile de chercher les frontières entre esprit burlesque et envolées mystiques discount. Olaf Ittenbach a poursuivi sa carrière en restant dans les circuits underground. Aucun de ses films ultérieurs n’a eu le retentissement de son Premutos.

Note globale 57

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Suggestions… L’enfer des zombies + Baxter + Grotesque + Au-delà du réel + Sanctuaire/Soavi  

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MEATBALL MACHINE **

17 Août

meatball capture3sur5 Meatball Machine est l’un des V-videos (films de genre japonais ludiques, gores et barrés) les plus fameux. Remake d’une obscure pellicule de Yakamoto, il est signé Yudai Yamagushi, lequel s’est illustré depuis par d’autres bizarreries comme Dead Ball ou Yakuza Weapon. Meatball (2005) est son film le plus célèbre et le seul à être assez accessible en Occident.

En terme de valeur, il est proche du niveau de Machine Girl, qui toutefois bénéficiait de meilleures ressources techniques (moyens de nature Z ici). Mais il en est très différent, car il développe davantage son histoire, potache et inventive ; multiplie les créatures et apparitions étranges, plus encore que les tranches de gore ; globalement, se montre plus bizarre et paradoxalement réaliste qu’hystérique.

Au-delà de ses excentricités, Meatball se distingue du lot commun de son genre par sa tonalité relativement intimiste, nous plongeant dans l’antre de son héros paumé (un jeune ouvrier apathique en situation de misère sexuelle et sentimentale), traduisant les conflits dans lesquels il se trouve engagé. Pour faire court, Meatball raconte une romance contrariée et l’aliénation des laissés-pour-compte par des extraterrestres prenant possession de leurs corps grâce aux Necro-Borgs, afin de les pousser à s’entre-tuer puis s’auto-détruire. Si la pantalonnade est bien saillante (imaginez les créatures de Arac Attack en version alien désinhibé à l’intelligence trollesque et supérieure), il y a aussi un climat de désespoir dans Meatball Machine, celui des habitants des banlieues minables de Tokyo.

Yamagushi affirme ainsi un vrai talent de raconteur d’histoire ; il introduit des flashs très construits, sinon de petites nouvelles, au sein du métrage, au milieu des créations folkloriques et des références à Tetsuo (son pilier), à Evil Dead ou même à Dead or Alive. Son Meatball Machine est toujours plus curieux, avec ses effets artisanaux, ses visions sans comparaison, ses personnages pathétiques dont le portrait est brossé avec une sensibilité étonnante. Si on passe le dégoût ou la focalisation sur la dimension de nanar exalté et fauché du départ, on se retrouve presque hypnotisé par ce spectacle hors-norme, imprévisible et irrationnel, mais maintenant toujours une sorte de cohérence interne, d’évidence qu’il s’appliquerait à nous exposer sans autres préoccupations.

Les spectateurs, hormis les zeddards obsessionnels et les bisseux accomplis, doivent être prévenus d’où ils mettront les pieds. Il est tout à fait permis de se sentir paumé, voir de s’agacer, pour celui qui tomberait par hasard, tant le film, capable d’être aussi vulgaire que précieux, fait cohabiter sérieux et dernier degré, farce et emphase, mais aussi mélancolie et divertissement, avec un naturel déroutant. C’est difficile à appréhender, il y a des tunnels, mais même l’ennui y est intense et inhabituel.

Note globale 61

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Suggestions… Marebito + Tetsuo + les V-Video + Tokyo Gore Police

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LES PREDATEURS DE LA NUIT **

8 Fév

2sur5  Jes(u)s Franco est un grand artisan bisseux, donnant essentiellement dans l’érotisme et l’épouvante. Il alimente les bases de données de répertoires de bizarreries et de nanars, mais n’a pas toujours donné dans la gaudriole ou le travail bâclé. Certains de ses films sont ‘cultes’ au sens strict (La comtesse noire, Une vierge chez les morts-vivants, Vampyros Lesbos) et au premier degré. Les Prédateurs de la nuit n’est pas de ceux-là : cet opus sorti en 1987 marque plutôt sa consécration, si on s’en tient aux chiffres et aux apparences.

En effet, le film est produit par René Chateau (sous le pseudo Fred Castle), éditeur vidéo ultra influent dans les années 1970-1980. Grâce à lui de nombreux films d’Horreur, parfois des ‘classiques’ refoulés (dont Massacre à la tronçonneuse), ainsi que le cinéma de Bruce Lee, ont trouvé un large public. Pour une fois Jess Franco bénéficie donc d’un budget décent et surtout d’un casting plein de stars, à l’échelle française (dont Stéphane Audran, vieillie et abîmée [épuisée] pour jouer la patiente curieuse et amère) sinon au-delà (Helmut Berger). Grâce à ces ressources, Les Prédateurs de la Nuit constitue une séance kitsch (voire nanardesque) et chic de premier choix, où Franco revisite Les Yeux sans Visage et son propre Orlof de 1962 (qui en était déjà un détournement) dans le Paris lascif et sous coke des années 1980.

Le film est impossible à prendre au sérieux ; s’il est ridicule, c’est au sens le plus positif. Son mélange des genres est improbable, sûrement pas brillant ni foncièrement original, mais il lui profite : thriller, horreur chirurgicale, comédie sarcastique et non-assumée.. dans chaque domaine Les prédateurs est outrancier, férocement superficiel et généreux. L’aspect parodique n’est pas bien déterminé, mais l’humour plutôt délibéré, compte tenu des remarques ‘acides’ que s’envoient les personnages, ou de la présence de protagonistes relativement bouffons. Celui de Marcel Philippot (identifié comme l’antagoniste de service dans une pub MAAF imitant le style Palace) l’est complètement, dans la peau d’un petit marquis de la mode, homosexuel : la scène « pas mon Ming ! » avec Doudou (le bodybuildé) est une grande joie nanarde.

Mais le film est aussi en partie raté, au-delà de sa légèreté ou de ses aspirations putassières. Quelques ambitions sincères semblent chercher à s’exprimer : les effets spéciaux sont très agressifs, malheureusement encore trop fauchés (et pas seulement pour les transplantations de visage) quand ils ne sont pas simplement aberrants (maquillages téméraires). Le film se veut sérieusement glamour, il y réussit assez bien, dans la mesure où c’est possible à un pseudo-porno soft. Malgré quelques coups de mous dans la première partie, il reste assez jubilatoire. Au ‘second’ degré certes, mais parce qu’il semble difficile à appréhender au premier, oscillant entre le désolant épanoui et l’absurde guindé. C’est du rococo cheap mais bien chargé, divertissant quoiqu’il arrive. Le panel de musiques est très réduit, le contenu parfois radieusement dégueulasse, presque euphorisant (le theme sirupeux de Vincenzo Thomas).

Le scénario et les promesses sont tordus, mais les repères solides, les fondamentaux les plus beaufs comme les plus grandiloquents à l’honneur (le saphisme est ici évidemment toujours complémentaire à l’hétérosexualité ; il y a également un ancien nazi). Raffinés dans leurs registres, les dialogues sont à la hauteur : petites réflexions désabusées de mondains mélancoliques et autres Mengel blasés, quoiqu’immortels. Toutefois Jess Franco, qui n’est pas du genre à se trouver des excuses, n’estimait pas beaucoup ces Prédateurs de la Nuit : ce serait davantage un film de producteur, donc celui de Château. D’ailleurs si Brigitte Lahaie n’apparaît plus nue désormais, après s’être notamment exhibée chez Jean Rollin (un autre ‘bisseux’ fantaisiste très productif), c’est parce qu’elle son amante à l’époque ; à la place, elle livre un jeu intense pour un personnage redoutable dans l’idée mais aussi puéril que les autres, celui de la dangereuse maîtresse, ange de la mort à ses heures.

Note globale 51

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Suggestions… Volte/Face + Les Prédateurs + Le Sadique à la tronçonneuse + Maniac Cop + Hellraiser II + Prince des Ténèbres   

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Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (1)

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