Tag Archives: solitaire – solitude

LA NUIT A DÉVORÉ LE MONDE **

4 Sep

2sur5  Il y a sûrement autant de façons de rendre plat et routinier un film à base de zombies que de films balourds officiant dans cette catégorie. La nuit a dévoré le monde a trouvé une méthode efficace et éprouvée : le drame à la française, plus précisément le drame de chambre ou drame de pouète-pouète maudit amoureux transi – ou mélancolique.

Ce n’est pas un essai typique dans le registre comme La horde. La lourdeur (sinon débilité) des cinéphiles spécialisés à réclamer du conventionnel en le nommant ‘de genre’ aura donc encore une occasion de se manifester – pour être frustrée. C’est plutôt La route à huis-clos, mais plus proche du livre d’une pesanteur infinie que de son adaptation. Sur le viscéral au propre comme au figuré, le résultat est palot.

La recette inclus un peu de réalisme français pour soutenir le dégraissage poétique – de ce réalisme plan-plan, axé petites choses, jamais trop concerné par l’environnement, seulement obsédé par les remous d’esprit et ressentis dans le contexte. On se fout de la nature objective de la réalité ou de ce qu’elle contient, tant qu’elle n’est pas sous les yeux ou dans les replis des états d’âmes de héros pudiques mais tourmentés. Mais ça aussi n’est jamais approfondi – comme ce serait odieux – ce sera simplement démontré avec régularité.

Tout Paris a été quasiment retourné en une petite nuit, c’est normal. Tout est vidé dès le début, comme si les zombies avaient en plus fait le ménage, oui peut-être. Pas de réaction venant de l’extérieur, bien entendu. Quelle importance ? La nuit est un film sensible, ne fait pas dans le documentaire ou l’anticipation.

Dès le départ tout était clair. Ça allait être un film de zombie à la française, mais horreur, fantastique, zombie, épidémies, révolution ou requins enflammés, tout ça ne compte pas – ce qui compte c’est le héros, un héros français. Il ne saurait être autre chose que cet homme taciturne et ému (avec cette discrétion particulière, affichée), parisien de fait et vadrouilleur dans son cœur, affublé d’une grosse barbe courte et avec en bandoulière ses aspirations artistiques [comprendre musicales, spontanéistes ou larmoyeuses].

Dans l’ouverture il débarque dans une soirée pour trouver une espèce d’ex-amante (et future ?), fait sa crise d’éploré implorant (en sourdine et en le maquillant) puis très vite se cache (en se traînant et laissant apercevoir un peu). Quand la catastrophe survient, il ne s’informe pas sur l’événement. Par contre il consulte les répondeurs avec messages vocaux triviaux. Plus tard des enregistrements audio de gamins le réconforteront. Au bout d’une demi-heure (de séance – oui le produit compte et c’est lui l’important, encore une imbécillité pour les fins esprits naturellement), le voilà jouant de la batterie. Car il faut profiter de la vie même quand il n’y a plus rien.

Forcément notre héros ne plante pas les zombies – ce n’est pas que ce soit difficile, ce n’est peut-être même pas immoral, c’est simplement trop mesquin (et trop évident – ne tombons pas dans les sots clichés !). Des inhibitions doivent se lever quand tout autour s’effondre – mais les siennes étaient sans doute ailleurs. Son attitude exige une discipline. Elle donne quelques trucs doucement farfelus, comme ses moments avec l’otage de l’ascenseur (probablement sauvés par le choix de l’acteur). Sam essaie de garder son humanité, profite du désert pour donner de l’espace aux choses qu’il aime ; ses prises de risque inutiles voire ses égarements se comprennent. Il doit soutenir sa vitalité. Mais il est trop enfoncé dans ses sentiments et perpétuellement. Il ne prend quasiment aucune mesure profitable or de son souci de bien-être subjectif. Tout au plus il récolte de l’eau sur les toits – le seul élément qui l’intéresse, comme quoi son univers a le mérite de la cohérence. Il n’essaie rien même quand il en a les moyens. Les soumis déguisés en masos et les humbles forcenés trouveront encore de la beauté là-dedans. Quand il tire enfin, c’est sur un humain (après une tentative sur lui). Tragique – décidément il n’est fait que pour un style précis de sauvagerie.

Voilà donc une incursion en territoire zombie pour public féminin ou débordant d’émotivité à projeter. Un brave film sur la solitude comme on en fait tant (Oslo 31 août était d’une autre sorte), donnant dans la posture ‘minimaliste et puissant’ – donc plaquant une musique atmosphérique profonde sur un mec cuisant ses pattes dans un plan d’ensemble dégoulinant de compassion et de sobriété. C’est la version intimiste de l’espagnol Extraterrestre plus qu’un film véritablement existentiel. Il a une qualité essentielle : son intégrité (elle cautionne ses angles morts et discrédite les impressions qui ne la rejoignent pas). Les groupies pourront apprécier les quelques scènes torse nu de leur homme français idéal au moins en estime – jeune et joli, tellement romantique malgré son évident masque d’individualisme. Ceux qui ne seront ni sous le charme ni identifiés à ces vues de l’esprit et cette façon d’être se diront que le type aurait été exterminé dans Walking Dead où les rôdeurs ne courent pas.

Note globale 46

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Rec + Dernier train pour Busan + La nuit des morts-vivants + Je suis une légende

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (6), Originalité (4), Ambition (7), Audace (4), Discours/Morale (3), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

Voir l’index cinéma de Zogarok

PARANOÏA / UNSANE ***

20 Juil

3sur5  Le film surprise de Soderbergh n’en contient pas tellement [de surprises], ou tournant court, mais pour chaque carte abattue l’exécution est impeccable. Le drame psychologique et polémique laisse progressivement la place à un thriller presque convenu dans ses grandes lignes. L’anticipation et le scénario sont moins stimulants que les seules situations et précisions concernant les personnalités, la tenue de l’hôpital, les motivations intimes ou sociales. L’héroïne protège exagérément son intimité, compartimente, invite un homme chez elle sans laisser d’ambiguïtés pour vite se sentir harcelée et quasiment vomir devant lui comme une apprentie Pianiste encore urbaine (plus tard elle reprochera à un infirmier de la ‘faire vomir’). Le filmage est complaisant envers sa suspicion généralisée, créant une atmosphère de voyeurisme anxieux.

La part la plus riche et solide du film restera l’exhibition d’un enfer carcéral (auquel donne corps un hôpital réel récemment fermé). L’hôpital psychiatrique ne mérite pas le nom ‘d’asile’. La mesquinerie de son intendance et de ses cadres empêche tout repos positif – il n’y a qu’à s’abrutir ou ravaler. La secrétaire, les soignants mais aussi les flics manifestement habitués des lieux forment une petite cohorte de médiocres, blasés, prosaïques en tout, quand ils ne sont pas simplement bêtement indifférents (voilà un domaine où la robotisation pourrait faire peu de mal, tant ce qu’il y a ‘d’humain’ est nuisible donc à perdre). Le docteur Hayworth regarde ses papiers plutôt qu’elle. Il ne voit pas une personne, seulement un sujet ‘fini’ et classé – quoiqu’il soit, semble, dise. Sawyer est dans la situation où seule la soumission et la désintégration consentie peuvent lui rendre un semblant d’humanité dans les yeux de ses interlocuteurs. Elle reçoit tous les motifs pour alimenter sa tendance parano, la frustration et la colère la ‘colorant’ également.

Le suspense repose longtemps sur le doute concernant la vérité des propos de la protagoniste, tandis que celui concernant sa santé mentale persiste. La folie semble moins une donnée fondamentale qu’un phénomène. Elle est encouragé par un univers toxique, amplifiée à chaque stress, lui-même nourri par des menaces imaginaires, des projections, le plus souvent. Dans cette optique, la ‘folie’ est à la fois positive et négative : il y a le délire et aussi un affaiblissement de la conduite, une inadaptation critique. Sans le délire, cette folie devient toute relative – elle est trop répandue, trop facile. Nager contre son courant la provoque ; à l’état normal, pour un sujet comme Sawyer, il n’y a plus que des traits et un héritage, lourds et sombres dans son cas.

On compatit dans cette situation et à cause de toutes les barrières pesant sur Sawyer, mais on devine aussi un individu douteux voire mauvais. Cette femme à la fois dure et souffrante est facilement antipathique ou désespérante. Sa détresse sert de prétexte pour l’accabler, s’accompagne aussi de signes accablants. Le pli paranoïaque est omniprésent dans sa vie et semble faire partie de sa personne – on peut simplement spéculer en dernière instance, après un dénouement ne mettant au clair que ‘l’affaire’ à l’origine de celle présente. De rares indices, comme sa décision lors du final, suggèrent un caractère froid et à la limite odieux en profondeur, avec un style d’interaction sec et formel – une carrière et des frontières, voilà ce qui fait tenir toute la vie de Sawyer et face à quoi tout devient parasite.

Avec son alter ego indésirable, elle forme un duo de lésés des relations humaines, chacun flanqué d’une ‘brisure’. Face aux autres, il est un ‘demandeur’ psychopathe, elle semble réticente ou jamais à sa place. Il est rejeté et inexistant, opère dans l’ombre, elle est détachée et peut-être inadaptée quand il n’est plus question d’impératifs, traîne avec elle une certaine obscurité. La défiance et le dégoût envers les hommes (à l’exception d’un noir sain d’esprit, seul soutien en prison), le harcèlement jusqu’aux ‘balourds’ accords tacites au travail, font du film un produit tombant à pic dans son année, mais s’il y a des leçons à en tirer elles seraient davantage du côté de l’aliénation physique et morale – et à une échelle restreinte et concrète, dans la dénonciation de la folie comme marché de mercenaires (dont les profiteurs sont les assurances et les cliniques).

Unsane n’est pas un film sur les relations humaines à un niveau ‘social’ ou généraliste, mais sur des relations et cas particuliers (et anormaux). C’est aussi un film d’horreur progressif à recommander aux clients de Mindhunter, Panic Room, ou de délicieuses tortures façon Love Hunters (où notre tendresse, un bourreau et sa victime sont mis à l’épreuve). Dans son angle mort, il accumule quelques failles scénaristiques. L’excellent cheminement débouche sur des clichés (il manque la mère indigne !) et surtout l’absence de vérification (des différents espaces) est suspecte.

Ce relatif ‘petit budget’ de Soderbergh (1,2 millions de $) aura une visibilité auprès des futurs cinéphiles endurcis pour les seules raisons imparables : des raisons techniques. Comme Tangerine en 2015 (et partiellement Sugar Man dès 2012), à l’instar aussi de courts signés Gondry, Snyder, Park Chan-Wook, Unsane est tourné à l’i-phone [7]. Soderbergh l’a donc fabriqué en dix jours, peu après son retour pour une livraison standard et dans la foulée d’un autre film réalisé de façon similaire (High Flying Bird, cette fois à l’i-phone 8 pour mettre à profit son « format anamorphique »). Cet outil permet une plus grande proximité et une illusion d’intimité (presque mentale – et ‘syncopée’ sur le plan physique) avec l’action et ses objets (humains).

Paranoïa de Soderbergh donne une licence à un tel recours, avec le risque de participer à une surenchère de parasitages du grand écran. L’infect ‘found fountage’ était à la baisse, voilà son remplaçant. Le prestige de l’appli FiLMiC sort davantage garanti que celui du cinéma d’une telle séance – les relais comme Netflix risquent de légitimer une foule de demi-aberrations et d’essais tapageurs issus d’un tel format. Enfin Paranoïa ne doit pas être amalgamé avec ce mouvement et ses inévitables déchets. Il pourra servir de modèle, à dépasser de préférence.

Note globale 68

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…  Shock Corridor + Vol au-dessus d’un nid de coucou + The Crown + Psychose

Scénario & Écriture (6), Casting/Personnages (7), Dialogues (7), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (6), Originalité (6), Ambition (7), Audace (6), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (8), Pertinence/Cohérence (7)

Note arrondie de 70 à 68 suite à l’expulsion des 10×10 (juin 2019).

Voir l’index cinéma de Zogarok

LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS **

2 Déc

le train sifflera

3sur5  En 1952 s’achève l’ère classique du western, dominée par John Ford. Avant le triomphe du western spaghetti à partir du milieu des années 1960, c’est le temps du western moderne. Le Train sifflera trois fois est emblématique de la tentative de recomposition du genre, lequel tâche de muter vers une forme plus noble en s’attribuant profondeur ou sens politique. Multi-oscarisé, Le Train est devenu immédiatement un classique controversé du western, acclamé alors mais contrariant toujours.

Dénonçant le maccarthysme et la délation dans la profession, le scénariste Carl Foreman sera mis sur liste noire. Le film a tout de même aussitôt jouit de cette puissante reconnaissance critique et publique, tenant en respect la polémique politique. Zinemann réalise un film progressiste rappelant Le Corbeau de Clouzot. La place des femmes est singulière pour un western, avec le portrait raffiné de Amy Fowler (Grace Kelly) et la charismatique Mme Ramirez (Katy Jurado). Zinemann rompt avec l’optimisme patriotique, affichant la lâcheté d’une population refusant de rejoindre le sheriff Bill Kane (Gary Cooper) en besoin de renforts, alors que celui-ci se dévoue au moment où il devrait partir à la retraite.

Charmant au début, Le Train frustre vite, mais continue d’interpeller par ses intentions et sa nouveauté. Il jouit également d’interprètes remarquables. Malheureusement le ton est trop didactique, les ambitions mal relayées. On contemple un produit sentencieux, très psychologisant, audacieux tout en restant assez sommaire dans ce qu’il énonce. Par ailleurs, comme dans Rio Bravo (réaction de Howard Hawks et John Wayne à ce western non-conforme), il y a un manque d’action et d’exploitation des décors déroutant pour le spectateur venu pour un western authentique.

Ici au moins cependant, on tourne entre plusieurs lieux ; et si la morale est compassée, cette fantaisie démocratique vaut mieux que le paternalisme disneyen. Plutôt le gauchisme amer que la mobilisation et la rédemption niaiseuses. Quand au le final, ce n’est pas flamboyant, mais quand même déjà plus intense que la pauvre chute ridicule de Rio Bravo. Que Le Train sifflera trois fois ait profité de circonstances favorables pour se hisser comme référence d’un pan entier du cinéma, soit, mais au moins lui n’est pas l’objet d’une hallucination collective et ne doit pas l’estime dans laquelle il est tenu à une nostalgie mielleuse. Avis aux cinéphiles prêts à contempler une espèce de Ghosts of Mars sérieux et engagé.

Note globale 60

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… La Nuit du Chasseur + La Horde Sauvage

Voir le film

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.

A BITTERSWEET LIFE ***

27 Juil

3sur5 Kim Jee-Woon est devenu un des emblèmes du nouveau cinéma coréen avec le film d’épouvante Deux sœurs. Deux ans plus tard, il s’invite sur les terres du film noir et de gangster. Dans A Bittersweet Life, tous les codes de genre sont de la partie et Kim Jee-Woon, auteur éclectique et virtuose, prend plaisir à les aligner avec grâce et précision.

Il semble aussi s’amuser à les torpiller, à rendre toute l’essence de ces deux genres banale. Se déroule un concert mélancolique serein, une tragédie posée, compulsivement futile et superbe, tout en se permettant des pointes d’ironie acides. Le scénario est allégé et opportuniste (Sun Woo sait toujours où retrouver ses adversaires), la route aplanie (la fille est fade et sert de prétexte à ce beau déploiement et ces pseudo-sentiments). Kim Jee-Woon apparaît comme un formaliste malicieux et blasé à la fois. Le fatalisme de A Bittersweet Life est romantique cependant.

Le film se donne comme un conte adulte refusant théoriquement mensonge et possibilités d’embellissement, sans renoncer à l’agrément narcissique qu’il assume via une inflation cartoonesque dans le classicisme. Il raconte cette histoire désenchantée d’un homme soudain seul face au système pour lequel il s’est dévoué. Lâché, trahi par son unique cadre de référence au moment où il se sentait enfin ouvert à une perspective supérieure : le mort-vivant omnipotent, le petit marquis prestigieux, avait découvert l’amour. Là où il ne fallait pas. Or le temps lui échappe, alors le songe justifie l’exercice de style et les outrances spectaculaires, donc des bagarres seul contre tous dignes de Old Boy.

Œuvre élégante : c’est acquis. Elle ne l’est pas seulement par le contexte (univers du luxe et de la pègre), mais également par se mise en scène très étudiée, raffinée et millimétrée. Elle l’est enfin par cette combinaison singulière de pudeur et de violence sèche, de sophistication et de résignation vitale, que Kim Jee-Woon a réaffirmé dans J’ai rencontré le Diable. Lui aussi sera vain et pourtant enchanteur, mais plus stimulant car en chemin, les embûches seront autrement féroces.

Note globale 68

 

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… L’Impasse + Le Bon la Brute et le Cinglé + Casino  

 Voir l’index cinéma de Zogarok 

 

AMOKLAUF *

22 Sep

1sur5  Avant ses adaptations de jeu vidéo d’une médiocrité cynique et fracassante, Uwe Boll était un réalisateur peu connu, sinon tout à fait underground. Amoklauf, son deuxième film (juste après Berschel) est en dissonance avec ce qu’il présentera par la suite, mais il présente déjà les thématiques exprimées par Boll dans ses films les plus personnels ou ambitieux (dont Rampage qui est généralement tenu pour son meilleur opus). Pour les spectateurs des années 2010, cette séance-là sera autrement déroutante, révélant un visage inattendu de Uwe Boll, même si le résultat n’est pas moins bancal.

Amoklauf est un pur produit du glauque allemand tel que Buttgerreit, Schizophrenia ou à sa manière (plus ‘fun’) Premutos l’ont exulté. Toutefois en plus de passer après les autres (du moins les plus décisifs), ce maillon là n’a pas grand chose à exprimer, ni de qualités d’écriture ou d’invention suffisantes pour se démarquer. Uwe Boll plonge dans une réalité minable, affichant un héros mutique dans le désœuvrement moral le plus complet, nul et nu, suivant poussivement une existence végétative. Il se traîne au travail et s’ennuie au restaurant, avant de rentrer chez lui regarder des vidéos enregistrées.

Entre les jeux et le porno, il se passe des extraits de Face à la mort, fameux mondo présentant des morts parfois réelles. Et c’est ainsi que le film vire au gag involontaire et interminable ; ou comment habiller la médiocrité avec des déjections chocs éparses et de gros élans racoleurs de bas étage. Côté bande-son, le catalogue à disposition est excellent, employé à fond, mais cela ne suffit pas pour tronquer la marchandise. Amoklauf a son petit cachet pittoresque, le mérite d’accomplir quelques essais étranges, comme ce passage devant l’aquarium.

Malheureusement, sitôt que se découvre une bizarrerie, un ton, Uwe Boll fait durer la trouvaille, étale ses scènes à en mourir, alors que ça ne voulait déjà presque rien dire. C’est trop complaisant d’y voir une évocation fidèle de la misère ou de l’abjection humaine, car effectivement Buttgereit s’intéressait déjà à ce domaine, ne l’amenait pas toujours bien loin, mais son langage était infiniment plus riche et pénétrant (Schramm, Der Todesking). Uwe Boll fait du grotesque à la fois bouffi et rachitique. C’est soporifique, les idées ne sont jamais cristallisées et cela se termine sur une tuerie débile accompagnée de ralentis homériques.

Comme le quarantenaire amorphe interprété par Martin Armknecht, on ressent une immense lassitude, non à traverser une existence pathétique (il s’ennuie mais il est aussi dense et vif qu’un chewing-gum esseulé) mais à contempler cet aveu vide. Reste une tentative, intrépide mais court-circuitée par la bêtise et l’impuissance, de sonder l’expérience du néant, montrer comment elle débouche sur la violence. Le faire et le vouloir, même sans savoir précisément, c’était déjà énorme.

Note globale 28

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… PostalNekromantik + Nails/Iskanov + The Human Centipede II + Subconscious Cruelty + The Theatre Bizarre 

Scénario & Ecriture (1), Casting/Personnages (1), Dialogues (1), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (3), Ambition (3), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

.