DAGON ***

10 Juin

4sur5 Connu et salué pour ses trois premiers films (Re-Animator, From Beyond, Dolls), Stuart Gordon s’est évertué pendant sa carrière à porter à l’écran l’œuvre de Lovecraft. Il est parvenu à adapter « l’indescriptible » à quatre reprises : les deux premiers longs cités plus haut, puis le mal-aimé Castle Freak, conçu au milieu des 90s. Cette période correspond à un désert productif dans l’histoire du cinéaste, qui ne reprend les affaires qu’en 2001 pour rien de moins que la quatrième référence à Lovecraft. Plus puriste que ses prédécesseurs, Dagon se mesure à la figure la plus emblématique de l’auteur de fantastique, puisque Dagon est la principale créature du Mythe de Ctulhu. Le film s’inspire aussi de la nouvelle Le Cauchemar d’Innsmouth, où une race d’hommes-poissons vénèrent un monstre sous-marin et extraterrestre, tout en prenant des libertés et rebaptisant la cité au nom de Imboca.

Malgré un budget dont le minimalisme est trahi par certains effets numériques cheap, Dagon est un film nerveux, imbibé de poésie lyrique et porté par l’atmosphère de l’étrange cité de pêcheur où la pluie battante ne s’arrête jamais. Dagon réunit action et mystère : une grande partie se vit comme un survival où le spectateur est presque littéralement impliqué à la première personne dans un monde inconnu et menaçant. Avec délice et angoisse, nous parcourons cette île remplie de chausse-trappes et de mœurs improbables, poursuivis par une meute de créatures hostiles et accompagnés par un vagabond bienveillant.

Le film présente au départ un aspect humoristique, avec ses infects nantis vulgaires ; Paul lui-même, sorte de geek arrogant et vaguement benêt suscite le détachement. Sitôt que le bateau où lui et ses amis se trouvent coule auprès d’Imboca, le ton change et Paul devient la seule balise égale à nous. Le réveil de ses instincts et le mélange de panique devant l’horreur et de sidération face à l’irréel suscitent l’identification ; c’est ce genre de tours de passe-passe brillants et difficilement imitables (et explicables) qui font de Gordon ce maître de la série B et de l’underground.

Composé à partir de hautes références, de spécificités issus de divers fragments lovecraftiens et d’éléments personnels (la scène du scalp, ce mélange de soap et de terreur caractéristique de Gordon et Yuzna – producteur exauçant ici un vieux rêve de son associé), Dagon est l’une des meilleures transpositions de Lovecraft au cinéma : c’est à la fois le produit d’un fan, d’un virtuose et d’un aventurier. Associant l’érotisme, l’épouvante, l’horreur sophistiquée et l’exploration éveillée, Dagon offre une immersion intense et immisce quelques visions spectaculaires dans l’imagination, à l’instar de la magnifique sirène Uxía.

Note globale 75

Page Allocine

Voir le film sur MixtureVideo 

 .

Voir l’index cinéma de Zogarok

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