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ANGEL HEART ***

20 Mai

4sur5  Thriller suave et poisseux, Angel Heart est une exception dans la carrière d’Alan Parker, dont l’oeuvre est fortement connotée politiquement [Mississipi Burning, Evita, David Gale], véritable pré-Seven exotique. Démarrant dans un registre propre au film noir, il se frotte bientôt au fantastique.

Dans les 50’s, un détective privé au nom de Harry Angel [Mickey Rourke, avant la chute] est envoyé sur les traces d’un crooner d’avant-guerre, Johnny Favorite, à la demande de Louis Cyphre [Robert DeNiro]. D’un cadre urbain délétère, le film évolue vers des sentiers plus tortueux et inattendus en conduisant son héros dans une Louisiane ésotérique. Rourke campe ici un héros peu reluisant, d’abord présenté avec divers symptômes propre au registre noir, mais dans une version plus cabossée encore. Si celui-là n’est pas alcoolique, son absence de tact et de courage en font un personnage amusant et déglingué, mais très équivoque [à l’image du film], tant il se laisse submerger par l’étrangeté qu’il est amené à côtoyer.

Alan Parker ne guide pas le spectateur, sinon par quelques flashs aux significations obscures annonçant dans la première partie le tournant à venir. Le scénario ne s’égare jamais dans de quelconques mystères sans lendemain, mais l’abondance de fausses pistes, d’indices contradictoires, incite à partager la perte de repères de Harry Angel. Un mauvais compagnon pour le spectateur, qui le voit s’abîmer un peu plus à chaque plan dans une enquête intérieure particulièrement retorse.

Angel Heart appartient à une race assez rare, celle de ces films qui vous laissent quelques traces et qui surtout, parce qu’il bénéficie d’un twist redoutable [dont les plus attentifs ne pourront griller au mieux que la portion la moins savoureuse] dont les racines sont ancrées dans le métrage plutôt qu’issu d’un principe de deux ex machina, incite à s’offrir au regard du spectateur une seconde fois. L’ampleur de son univers hybride et de la mise en scène le différencie in fine du film malade, car la cohésion des multiples symboliques [religieuses, vaudou, mais aussi plus esthétisantes, greffées dans les décors] ne fait aucun doute sans pour autant alourdir l’atmosphère. Au contraire, elle la gonfle et consolide un espace qui n’a dès lors de la réalité plus que les traits les plus évidents ; si on avance pas sans heurt dans ce mélange de trivial et d’improbable, de clichés et d’insondable, la balade captive par sa témérité.

Si par hasard ce déroutant objet en laissait quelques-uns dans un flou qu’ils ne sauraient tolérer, ils n’auraient plus qu’à se raccrocher à la perspective de découvrir DeNiro dans une de ses interprétations les plus étonnantes. Il est possible que ce personnage là n’ait pas la profondeur des performances non moins jouissives opérées sous l’égide de Scorsese. Néanmoins, le très chic Mr Cyphre n’aura besoin que de quelques apparitions pour dégager la dimension d’un personnage culte. Même un effet visuel sévèrement daté ne peut entamer la puissance d’une telle démonstration.

Note globale 78

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SHANGHAI EXPRESS (1932) **

10 Déc

shanghai express

3sur5 Quatrième des sept films du tandem Sternberg/Dietrich, dont la collaboration démarre en 1929 avec L’ange bleu. C’est le premier grand succès en tant que réalisateur pour Sternberg, déjà remarqué pour Les damnés de l’océan en 1928, encore en muet. C’est aussi à cet Ange bleu que Marlène Dietrich doit sa célébrité, au point que Sternberg prétendra dans ses mémoires qu’il en est le créateur du phénomène. Il ne s’est jamais remis de sa trouvaille et estime que le cinéma s’est arrêté pour lui en 1935, date de La femme et le pantin, leur dernière collaboration.

Shanghai Express sera accueilli de manière ardente à sa sortie en 1932. C’est pourtant un produit bien faible en dépit de sa contribution à  »la légende ». Le meilleur dans cette romance agitée (et semi-policière) le temps d’un voyage en train vers Shanghai, c’est le style. Les décors, la reconstitution du train, les costumes, puis la photographie d’une grande beauté et précision, à un degré rarement atteint à l’époque. Shanghai Express vaut pour cette grâce formelle, pour la surface pure ; et donc les instants où Dietrich fait ses apparitions toutes en retenue, en arborant ce mystérieux sourire doux et narquois.

Succès commercial et film à Oscars de son temps, c’est court (1h19), charmant et on entend Dietrich parler en français à la fin. Il faut aimer les jolies balades, les belles poses d’acteurs (Ana May Wong, Clive Brook) ; et si on veut s’extasier un peu, être un fanboy de Dietrich. Car c’est très léger et on ne verra que cela sinon.

Note globale 60

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LES VIEUX DE LA VIEILLE **

2 Déc

les vieux de la vieille

3sur5  Se désignant lui-même comme « une farce de Gilles Grangier », Les Vieux de la Vieille (adaptation d’un roman éponyme) connut un grand succès à sa sortie, avec 3.5 millions d’entrées en 1960. Il fait partie de ces films de nombreuses fois diffusés à la télévision française et est caractéristique de ces produits jouissant d’une valeur populaire appelée à s’éteindre. Comme l’indique l’expression lui servant de titre, il réunit trois vieux types au parlé folklorique dans un univers champêtre.

Avec le retour de Baptiste en Vendée, les vieux amis se retrouvent. Ils se racontent leurs histoires, bien sûr, mais il ne s’en tiennent pas là et se comportent toujours comme de vrais gamins. Sans être profondément irrespectueux, ils ne respectent aucune autorité, même pas les religieuses du coin. Ils jouissent de la vie en acceptant leur part. Aujourd’hui où ce genre de personnages est devenu invisible, la majorité des spectateurs se sentiront peu concernés. Mais ce décalage justement rend la chose d’autant plus pittoresque : arriver tout neuf, c’est une aussi bonne façon d’approcher cet espèce de sketche permanent.

L’attitude de ces trois bonhommes est rafraîchissante. Les one-line et monologues improbables qu’ils baragouinent, leurs voix gutturales ou pâteuses, leur accent de la France profonde, sont dépaysants. Même si le numéro peut par moments être saoulant, car c’est bien une pochade et jamais plus, il y a de quoi rire grâce aux dialogues percutants (supervisés par Audiard) et aux performances des trois trublions. Pierre Fresnay, dans ce rôle très différent de ceux antérieurs, est particulièrement drôle. Jean Gabin ne faillit pas mais semble plus emprunté que ses deux camarades.

Note globale 58

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Suggestions… La métamorphose des cloportes

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POINT LIMITE ZÉRO *

29 Oct

2sur5 Recommandable aux amateurs de road-movie et très représentatif d’un certain cinéma des 70s, Point limite zéro est le film d’une génération contestataire essoufflée. Devenu culte, il est l’objet de sur-interprétations abondantes ; pourtant l’ambiance seule peut justifier un attachement ou un respect prononcés pour cette œuvre. Toutefois Point limite est trop candide, sporadique et sans vision. Il restera à l’ombre de Easy Rider et de Zabriski Point auxquels il emboîte le pas, tandis que tout le désenchantement nihiliste qu’il exprime ressemble à un brouillon honteux des deux premiers Max Max, conçus par George Miller en Australie à la fin de la décennie.

Vanishing Point est en fait un produit d’exploitation émancipé, où un commentaire idéaliste et anarchiste vient s’ajouter aux performances mécaniques. Le film propose de longues scènes de poursuites dans l’Amérique sauvage, sympathiques mais guère intenses ; ce qui fait le charme du film, c’est le désir de liberté exprimé, par l’action ; et la nécessité d’avancer dans cette nature hostile mais prompte à être dominée. La puissance en revanche est le gros manque de Point limite.

Ce point compromettant se marie assez bien avec le propos du film et la trajectoire de son personnage car il est aussi l’histoire d’un échec. Comme plus tard dans Thelma et Louise, on salue l’héroïsme de celui qui en évitant la punition d’une société fermée, préfère mourir libre aux pieds des forces de l’ordre qui le rattrape. Un choix regrettable mais apportant un peu de noblesse au tableau. En effet, Vanishing Point se veut brûlot et sa grossièreté ne serait pas un problème s’il frappait fort et précis, or il est insignifiant et confus.

Il exprime tout de même un rapport à l’existant d’un gauchisme navré et démoralisant. L’Amérique ? Un pays pourri rempli de bouseux racistes et d’intolérants. Les péquenauds sont vraiment les ennemis de la liberté et le cancer de l’Humanité ! Mais un cancer silencieux, regardez-bien comme ils sont là, bientôt la bave aux lèvres : la réalisation le souligne pour vous aider. Mais les soucis de l’homme viril quoique paumé ne s’arrêtent pas là.

Intervient alors la touche comique : c’est qu’on croise des pédés parfois, mais mieux vaut en rire. C’est donc l’occasion d’insinuer dans ce film très déprimé un humour gaillard, mais bon enfant, pas comme chez Eastwood. Par contre au milieu de ces figurines déshumanisées pour mieux les humilier et se rassurer sur sa condition de blaireau aux burnes contrariées, il y a les noirs ! Richard Sarafian et Kowalski sentent bien qu’ils subissent l’oppression, celle des institutions et celle des hommes du quotidien, aussi ils sont sensibles à leur cause. Enfin il y a les hippies, de bons gars mais à petite dose.

Vanishing Point est un film opportuniste et primaire, mais de bonne volonté et comme le disent les artistes et les groupies pour défendre une œuvre sans se fouler : sincère. Il a le malheur de pomper toutes ses idées chez les autres et d’avoir de la peine à aligner quoique ce soit de façon intelligible. Il n’est finalement qu’un objet cool mais dépressif, à l’existentialisme concret, dont la construction est si catastrophique (c’est en fait un empilement de flashback) qu’il semble étouffé par trop d’inspiration et de sentiments non élucidés et présentés avec peine. Ils n’en demeurent pas moins lisibles et peuvent faire écho chez un public partageant les valeurs, les rêves et les désillusions affichées.

Note globale 37

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CROWS ZERO *

23 Oct

crows zero

1sur5  Crows Zero a été un nouveau gros coup pour Miike en 2007 et il en réalisera même la première suite. Adaptation des mangas Crow et Worst d’Hiroshi Takahashi, le film pourrait tout aussi bien n’avoir aucun modèle précis tant il ne vit que par les clichés les plus ridicules et exacerbés de l’anime japonais pour jeunes ados hystériques. Le film oppose des groupes de jeunes cherchant à prendre le contrôle du lycée de Suzuran à Tokyo ; le résultat patauge entre l’Infernal affairs des (beaux) quartiers boutonneux et attaque de BB Brunes nippons en mode darky trashouille. Musiques de groupes (pop-)rock pour jeunes rebelles à faire passer Coldplay pour un visionnaire assorti.

Miike est très volontariste, gonfle les poses, aligne des interactions foutraques, des petites soirées, les activités extrascolaires badass voir d’apprentis-mafieux, des petites échanges de groupes, les scènes de concerts pour jeunes ploucs argentés, les projections de X expliquant à V ce qu’il songe pour son avenir ou contre ses adversaires. Les quelques combats sont minables, la violence est puérile ; et surtout que de détails, de personnages avec leurs petites missions et caractéristiques, de bavardages et d’absence de colonne vertébrale, au profit d’un cumul d’anecdotes indifférenciées et de faux clips rabougris. On est dans Pokémon by Kassovitz (La Haine) et manifestement bon nombre d’ados sont enchantés.

Ce spectacle d’une totale inanité, d’un niveau sans doute fréquent dans le Z pour ados, reste déconcertant de la part d’un auteur aussi avancé que Miike. Enchaîner les films, avec parfois quatre ou cinq par an, ça a aussi ce genre de contre-coups. Il n’y a aucune discipline dans Crows Zero, pas plus d’inspiration (même narquoise), une mise en scène sans direction, une propension à la pose – bâclée, sans goût et même très laide, mais conforme à l’esthétique de roman-photos pour puceaux revendicatifs se rêvant yakuzas. Le budget se ressent, notamment avec le travail sur la photo, mais son rendu glauque ne correspond pas du tout au déroulé des événements et il n’y a moins de travail sur l’atmosphère et de puissance dans l’écriture que dans Arthur et Maltazard.

Au programme, beaucoup d’intrigues et sous-intrigues de clan, un peu de filiation, de relations à papa ou de pression à devenir un homme, qu’on se met ou que l’environnement nous met, oui mais c’est pas si facile ! C’est proche du nul, plus embarrassant que les beauferies de Taxi & co car eux évitent de s’arroger ce lyrisme en carton. Pire, Crows Zero croule sous la psychanalyse de trisomique boiteux ; Miike n’a jamais été spécialement brillant pour la psychologie, raison de plus pour ne pas essayer. Il peut faire un Taxi 5 ou s’illustrer par de nouvelles histoires torturées ou des outrances visuelles, mais il y a des terrains qu’il faut savoir s’interdire ; si Visitor Q était un naufrage redoutable c’était en partie pour ça.

Peu importe cependant pour Takashi Miike, il est capable d’envoyer des films percutants mais n’a pas vocation à travailler pour l’amour de l’art. Il tourne pour tourner, donc si lui vient le courage et l’énergie de façonner des films bien troussés, tant mieux, sinon, une série B genrée, peu importe sa qualité à la sortie, ça ne mange pas de pain. Avec Crow Zero, Miike se fout de la gueule du monde et capitalise sur une niche ? Ok, soit. Qu’il fasse sa merde, qu’elle soit adulée par les habitants de cette niche et qu’il aille se faire foutre avec ses films pour bikers débutants. S’il est rendu à ce degré de cynisme, il y a la possibilité de prendre un pseudonyme sous lequel il exécuterait les basses besognes.

Note globale 28

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Suggestions… The Raid 2 + Machine Girl

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Miike sur Zogarok >> Crows Zero + La Maison des Sévices + Audition

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