SÉANCES EXPRESS n°6

20 Août

> Le Grand Silence*** (75) western Italien

> Big Boss** (59)  kung-fu/action Hong-Kongais

*

*

LE GRAND SILENCE ***

4sur5  Le Grand Silence est à la fois un pastiche de western et sa quintessence, alors qu’il emmène les codes du genre dans un monde décalé. Les personnages, leurs attitudes, leurs rôles même, sont transfigurés : Sergio Corbucci s’amuse à réformer les enveloppes (jusqu’à choisir une veuve au bord du gouffre afro-américaine) mais garde leur nature initiale. Il manie le sarcasme (le shérif pensant par égarement) et le paroxysme bizarre, tout en conviant des créatures rebelles.

C’est un western-spaghetti dans la neige, avec un Trintignant définitivement mutique mais moins viril et stoïque qu’Eastwood, face à un dégénéré baroque, Klaus Kinksi et sa gueule d’ange scalpé, plutôt que face à un petit bandit sans hygiène ou bien un escroc en costume. Chasseur de prime et justicier-vengeur à l’occasion, solitaire et quelquefois en bande par commodité, il irradie de son soleil sombre et putride, mais ce n’est pas le seul atout du casting. Corbucci parvient à subjuguer tout en le disséquant le masque d’aplomb des veuves noires, leur dignité et leur intransigeance. Par Voneta McGee, il en fait des madone tyranniques, fascinantes dans leur façon de canaliser leur rage ; leur volonté de détruire les prédispose à la vignette flamboyante, il faut simplement que des cinéastes les encadrent, pour que ce ne soit pas des tâcherons qui les embaument.

La mise en scène est très réfléchie, au point de rendre la caméra un peu hiératique, mais l’ensemble n’est jamais séquentiel ni spéculatif, la vitalité du regard remplissant le film de qualités presque littéraires. Dans ce théâtre des instincts, minimaliste et pénétrant, Corbucci accorde une grande importance aux jeux d’ombre et de lumière. Il saisit chaque opportunité pour épanouir sa tendance à installer un  »climat de fond » contemplatif, doux et rassurant, en contraste avec la noirceur de la trame.

Car le film est caractérisé par un pessimisme exagéré sur l’Homme et son rapport au Mal, jusqu’à se conclure de façon assez rude. Cette perception étouffante, mais subtile et presque neutre, s’inscrit jusque dans la lecture de la valeur de la loi. Lorsque Kinski justifie de s’en prendre aux hors-la-loi par quelques tirades lui attribuant une noblesse de façade (« ces gens-là sont contre la morale, Dieu, l’ordre, le genre humain »), il ne fait aucun doute que sa mission chevaleresque est un prétexte, un costume sur mesure pour son caractère malsain. Ainsi Le Grand Silence a une vision de l’ordre et de la morale sociale très sceptique, un parti-pris proche de l’attitude  »anarcho-individualiste » (comprendre au sens classique, soit à la Lysander Spooner – plutôt qu’à la DSK). Une disposition propre aux westerns post-60s, où on ne peut se fier à personne, sinon à la Nature, la Liberté et le guide intime qu’on se sera inventé.

Pour l’anecdote, Le Grand Silence possède deux fins : celle désormais admise et considérée comme le final authentique fut recalée par les producteurs en 1968. Corbucci en tourna une autre pour les besoins de l’exploitation commerciale ; un happy-end aberrant pour sabotage. Cela tenait peut-être autant de la politique de la terre brûlée ou tentative de réappropriation téméraire ; c’est en tout cas une attitude qui a contribué à édifier l’aura et la notoriété du film.

Note globale 75

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

*

*

*

BIG BOSS **

3sur5 La carrière de Brucee Lee explose avec ce Big Boss, où il contribue pour la première fois au scénario. Avant 1971, Bruce Lee participe en tant que second couteau à une foule de petits films d’arts martiaux ou apparaît dans des séries TV. Dès l’année suivante, son culte naît avec le tandem La Fureur de Vaincre et La Fureur du Dragon. Ces trois masterpiece des arts martiaux au cinéma provoqueront la « bruceploitation » dans les 70s, avec notamment une suite nanardeuse à ce Big Boss, Big Boss à Borneo (1978), aussi connue sous le nom de Bruce Lee en Nouvelle-Guinée.

Dans Big Boss, Bruce Lee apparaît sous la forme d’un homme un peu naïf, avec un grand sens de la justice et une humanité débordante, toujours prompt à fouiner auprès de la hiérarchie. Une sorte de missionnaire candide, inconscient de sa propre faiblesse et de ses limites, trouvant dans le kung-fu un moyen d’expression et d’affirmation de son idéal autrement plus efficace que ses déclarations de samaritain ou de bisounours envahissant. Le Petit Dragon (son surnom) emprunte en quelque sorte le costume du syndicaliste de base, mais dans sa version  »utopique » (un homme faible devenant un leader intègre, refusant la corruption) et par un moyen de légitime violence.

Charmant mais nanardesque sur les bords (jeu du patron parfois stéréotypé), Big Boss fait peu de mystères sur le terrain du suspense, d’ailleurs le récit avance avec peine ; le personnage est dépassé par son statut et les milieux ou il est catapulté. Ses supérieurs tentent de l’endormir, de l’amadouer, de créer une connivence ou le flatter, pour l’inviter à rompre avec son souci des « autres », le seul mot qu’il ait à la bouche, le seul credo qui le conduise. Un des charmes du film est certainement cette obstination bigger than life du jeune homme.

Malgré son manque d’envergure sur le fond, Big Boss est un spectacle sympathique, léger et étoffé. Avec ses aller-et-venues dans un monde clôt, sa progression par paliers et l’intervention de personnages ou de motifs-clés (le sous-chef, la fille de joie, tous conduisent à une piste puis s’effacent ou révèlent une nouvelle part d’eux-mêmes), il ressemble à une sorte de jeu-vidéo minimaliste. Ce Big Boss a une certaine grâce puérile et il amuse finalement moins pour ses aspects outranciers que pour sa générosité, son premier degré. Les amitiés contrariées, les prises de risques et doutes du héros n’ont aucune valeur psychologique, pourtant ils participent à engendrer un divertissement serein, franchement kitsch mais efficace (osant notamment la violence et l’humour avec intrépidité).

L’allégresse ambiante occupera les plus pressés. En effet, l’accélération et l’ensemble des révélations tranchées ne sont contenues que par le dernier quart-d’heure, lorsque la bulle et percée et la révolte consommée. C’est là que Bruce sera submergé d’adrénaline et la vue du spectateur de combats mortels et aériens, un peu grotesques mais pas mal dantesques aussi. Certains lui trouveront une odeur de parfum fâné, mais même le néophyte percevra qu’il s’agit d’un show de qualité dans son genre.

Note globale 59

Page AlloCine & IMDB   + Zoga sur SC

*

Voir l’index cinéma de Zogarok

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :