Tag Archives: prison – prisonnier

INSÉPARABLES **

9 Sep

3sur5 Cette comédie ne vaudrait pas grand chose sans Ivanov, même avec sa poignée de gags décents. Tous les ingrédients pour la douce médiocrité sont réunis sans que rien ne soit assez mauvais ou bâclé pour réjouir le haineux ou le naveteux compulsifs en quête de carburant pour sa mauvaise foi. Mais la prestation d’Ivanov n’est pas simplement un bon point superposé sur un film insignifiant, elle tire tout avec elle. Son partenaire est le premier à en profiter, lui au jeu si appuyé, surtout face aux malentendus ou pour manifester une soudaine inquiétude. Certains de ces petits instants semblent pensés pour les florilèges et bande-annonces, notamment lorsque Poutine l’appelle « copain » au moment de se coucher. Ce n’est pas gravement plombant mais ce défaut bien présent rappelle, au cas où on nourrirait des espoirs, que nous sommes dans une comédie française criarde et pressée dont il ne faudra jamais attendre plus qu’un divertissement débile – éventuellement bien exécuté, c’est son cas.

Le rythme est bon, le scénario en lui-même pauvre mais carré, les dialogues honorables, la bande-son raisonnablement moche. Les acteurs sont dirigés avec sérieux, c’est-à-dire que les concepteurs de ce film comprennent que c’est au spectateur de s’amuser et que lui montrer comment faire n’est ni efficace ni nécessaire. Ivanov défile avec des costumes épatants et réserve au moins deux instants excellents (le Dark Vador africain et le blocage sur son rire cassé au dîner). L’enchaînement d’accents navrants par Mika est typiquement le genre d’humour nullissime trouvant sa voie grâce à la confrontation à un public inerte ou se faisant violence par complaisance – comme celui ramassant les vannes d’Henri. Il aurait tout de même fallu aller plus loin et plus fort sur ce terrain, par exemple en entraînant davantage Poutine à trouver de quoi rire ou envisager de la distance, au lieu de lui expliquer si souvent que ce qu’on vient de pondre est censé inviter à (sou)rire.

Bien sûr le film est dépourvu d’originalité, évoque Tais-toi (avec Depardieu en déficient gentil comme celui du Huitième jour) et Intouchables. Du reste les fictions où un type doit cacher son passé d’escroc à la fiancée ou la nouvelle famille mais sera évidemment rattrapé et probablement pardonné sont légion, sur grand-écran et encore plus dans les feuilletons télé. La partie ‘comédie romantique’ est des plus plates, un peu cynique, un peu mielleuse, pudique à une échange grasse et fausse près. Un seul point reste en suspens : la première minute est une caricature de pleurniche sur l’enfance difficile du protagoniste, on jette immédiatement cette proposition pour mettre la comédie sur ses rails, puis la récupère in extremis : pour qui, pour quoi ? D’où vient cette interférence et à quoi bon ce flirt avec le tire-larmes si c’est pour ne rien en adopter ?

Note globale 56

Page IMDB    + Zoga sur SC

Suggestions…

Voir l’index cinéma de Zogarok

Publicités

NOUS NE SOMMES PAS DES ANGES **

29 Jan

3sur5  Avant The Crying Game et Entretien avec un vampire, Neil Jordan était connu pour La Compagnie des loups, une adaptation ingénieuse du conte du Petit Chaperon Rouge. Cinq années et un échec retentissant plus tard (High Spirits, dont il est dépossédé), il tourne Nous ne sommes pas des anges (1989), dont on ne se rappelle généralement que pour conforter sa piètre réputation. Dans cette comédie sensible inspirée de pièces de théâtre, il y a pourtant deux motifs de tomber sous le charme : le casting et les décors naturels.

Au début du film, Ned et Jim, deux petits malfrats incarcérés dans un pénitencier américain dans les années 1930, doivent assister à une condamnation à mort. Mais le condamné Bobby était armé et s’évade, les emportant avec lui. Ned (Robert De Niro) et Jim (Sean Penn) se retrouvent dans une petite ville où ils sont pris pour deux théologiens. Ils sont donc hébergés par le groupe de religieux présents pour une commémoration annuelle autour de la Sainte Vierge. Leur but : éviter les patrouilles de Warden (Ray McAnally) et passer la frontière toute proche pour le Canada. Il suffit de passer le pont !

Le ton est léger mais loufoque, bienveillant et l’humeur du metteur en scène philosophe. We’re no Angels prend le parti des deux bandits, dont on ne connait pas le motif de l’incarcération, toutefois vraisemblablement mineur, au contraire de celui de Bobby. Le spectacle est plaisant, surtout pour la délectable performance de De Niro, écartelé entre quiproquos et exigences paradoxales. Son idylle musclée avec Demi Moore est charmante. Mais il y a aussi Sean Penn, son complice de galère, un jeune homme étonné de tout, suggestible, assez faible.

Juvénile mais pur. Patatras. C’est là qu’est tout le problème de We’re no angels. Jordan fait dans l’idéologie facile et le consensus mielleux, à un degré nécessitant une attitude de ravi de la crèche trop avancée. Les éléments de la gentillesse outrée prête à monter sur une petite estrade pour s’écrier « ça suffit maintenant » sont bien là : les autorités cruelles (le commissaire de la prison), prêt à semer le trouble dans la population pour retrouver deux criminels ; la religion organisée, où le dogmatisme revêt plus d’importance que la morale, la justice ou même les valeurs de pardon dont elle se revendique.

Oui, mais il y a néanmoins des gens plus éclairés, des gens modérés et bienveillants. Car il y a partout de bonnes personnes et la religion elle-même peut porter de belles aspirations (symboles appuyés jusqu’à la Vierge en free style sur un toboggan improvisé). C’est charmant, ça passerait sans mal somme toute, mais Jordan fait l’erreur de mettre une emphase totale sur ces moments où la candeur de Jim l’emporte. Faire croire que les aberrations oratoires de ce dernier aient la moindre validité est ridicule.

Lorsque le brave garçon fait son discours public sur la liberté de pensée, sur Dieu auquel il faut croire mais tant qu’on en a envie, sur les malheurs qu’on a tous, il ressemble à une mascotte à la botte de Wesh se mettant à philosopher ; qu’une foule trop abrutie ou enivrée de loukoums de Noël acclame pourtant, sabotant bêtement tant d’énergie.

Heureusement ces élans-là sont rares, même si les éléments sont omniprésents. Quoiqu’il en soit, le film a une véritable beauté, dans ce qu’il exprime à un niveau plus instinctif, au niveau des rencontres de DeNiro et ses réactions ; de Demi Moore et sa situation ; et bien sûr en se contentant d’absorber ces paysages. Sur ce dernier point, Neil Jordan a toujours eu un talent particulier, rarement relevé.

Note globale 62

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

 Voir l’index cinéma de Zogarok

LE TESTAMENT DU DR MABUSE ***

24 Avr

3sur5  Onze ans après Docteur Mabuse le joueur (1922), Fritz Lang reprend le personnage pour réaliser un film férocement anti-nazi. Depuis sa prison puis en tant que fantôme, Mabuse étend son emprise maléfique et construit son empire par le contrôle mental. Le cerveau malade mais virtuose de Mabuse envoûte même les esprits les plus brillants ou récalcitrants. Ainsi le directeur de l’hôpital psychiatrique voit en Mabuse un prophète prompt à réveiller l’Humanité en lui inspirant une terreur salvatrice. À un niveau plus large, une véritable armée se forme, suivant les aspirations de Mabuse et préparant l’avènement du Mal.

Longtemps demeuré perdu, Le Testament du Dr Mabuse est le dernier film de la période allemande de Fritz Lang. Il met dans la bouche de ce fou les slogans des propagandistes nazis et sera menacé par les SA en personne, puis censuré par le régime. Peu après se déroule la célèbre proposition de Goebbles. Cet éminent cadre du IIIe Reich lui aurait proposé de travailler pour le régime nazi et de devenir le directeur de l’industrie du cinéma allemand, ce qui fut un choc brutal pour Fritz Lang. Cet épisode est mis en doute par certains historiens et cinéphiles. Quoiqu’il en soit, Fritz Lang s’exile bien dès 1933, avec un court passage en France avant les Etats-Unis : il prétend s’être enfui le jour-même de la proposition de Goebbles. Là-bas, il atteindra la renommée mais n’aura plus jamais la place d’honneur dont il jouissait en Allemagne et ne concevra plus de  »chefs-d’oeuvres », en tout cas aussi marquant.

Au contraire, l’ex-amante et collaboratrice de Lang, Thea von Harbou, quittée l’année précédente juste après M le Maudit (conçu ensemble), travaillera pour le régime hitlérien sans problème. Son enthousiasme pour le nazisme fut précoce et reflète leurs différences de points de vue sur leurs propres films, dont Metropolis. Or concernant Le testament de Mabuse, Von Harbou travaille avec Lang pour la dernière fois et son influence est mineure. Il n’y a d’ailleurs plus aucune ambiguité de ce genre, ce dont atteste la diabolisation catégorique de Mabuse (il prépare « l’empire absolu du crime » et veut faire triompher un chaos mortifère) et son assimilation à Hitler. Cette pureté du point de vue a un prix : le jugement balaie l’analyse. Tout le paradoxe du cinéma de Fritz Lang est là : visionnaire sur le plan formel, il est naif dans sa morale et sa conception des hommes. Sa période américaine le confirmera perpétuellement, à l’instar du beau Secret derrière la porte (1948), assez primaire dans sa façon d’employer la psychanalyse (mais comme l’ensemble d’Hollywood, somme toute).

De plus le scénario est inutilement alambiqué et la tendance de Fritz Lang à s’éparpiller dans des péripéties excluant l’essentiel est en roue libre. Mabuse et son emprise viennent à manquer, son hégémonie invisible elle-même reste globalement un sujet abstrait n’affectant pas ou que dans leurs hypothèses la majorité des personnages. L’ambiance fait tout ce travail. La mise en scène et la photographie sont impressionnants, toujours si pleines, limpides et massives. La qualité et la vraisemblance des effets spéciaux sont déroutantes. Dommage que les personnages soient traités de façon si fonctionnelles. Lang, le cinéaste de la destinée, des forces invisibles et de la volonté de puissance, délaisse totalement la passion des émissaires de Mabuse pour se concentrer sur les spéculations et la tension chez les enquêteurs.

Et finalement Le Testament est surtout un policier foisonnant, complété par un commentaire sur la rencontre du pouvoir et de l’instinct de destruction. Ce que déclame Fritz Lang et ses porte-paroles est relayé, mais le spectacle vire à la démonstration pyrotechnique, aux intrigues superflues et gueules d’atmosphère sans but. Là se découvrent des vertus toutes autres, comme le numéro de Otto Wernicke, le leader des policiers dans M, ou les interventions de l’énième captive et élève de Lang, Wera Liessem. Lang tournera en 1943 une seconde version du film, avec le français René Sti. Cette pratique s’est répandue dans les années 1930 et a généré de nombreux équivalents de remake totalement snobés par l’Histoire. Concernant Le Testament du Dr Mabuse, le véritable film dure 2h et non 1h35.

Note globale 67

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… La Soif du Mal + Le Cabinet du Dr Caligari 

Voir le film

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.

INTO THE ABYSS ***

10 Avr

3sur5  Deux ans après son Bad Lieutenant avec Nicolas Cage, Werner Herzog (Kaspar Hauser, Aguirre, Fitzcarraldo) tourne un documentaire centré sur la peine de mort aux États-Unis. Into the Abyss est une série d’entretiens avec trois condamnés et une poignée d’individus impliqués par leurs actes : famille de victime, travailleurs sociaux et personnel de prison, ancien bourreau. Il présente les faits, éléments et photos d’époque, revient sur les lieux des crimes mais également ceux où les protagonistes ont vécus. Ce détour vise à mettre en lumière, en se dispensant de creuser dans la crasse, l’inanité congénitale de ces criminels presque insouciants.

Into the Abyss invite au doute et partage ceux de son directeur. Herzog est enclin aux démonstrations empathiques comme aux jugements narquois pour orienter ses interlocuteurs. Il est parfois très cru : devant la fiancée du prisonnier Jason Burkett (une de ces femmes tombées ‘amoureuses’ d’inconnus derrière les barreaux, souvent à perpétuité), il qualifie de ‘contrebande’ vers l’extérieur de la prison (sens inverse aux coutumes) le bébé qu’elle a conçu artificiellement avec ce type connu après-coup, grâce à sa célébrité. La bande-son se fait mielleuse et inquiétante. Transparent dans ses intentions, Herozg cherche à mettre en crise, à l’écran, toutes ces contributions si fébriles ; représentations individuelles nécessaires à chacun pour la survie, le confort ou l’espoir, pertinentes pour encaisser (et encore) mais jamais pour maîtriser ces processus les dépassant.

Le travail d’Herzog consiste à comprendre ou faire accoucher plus qu’à trancher, terrain sur lequel il répond de façon irrationnelle mais très prudente, suggérant sa préférence pour l’apaisement (à cause de son pessimisme et de ses convictions) : on est proche du progrès de principe et du statut-quo pratique. Factuellement, Herzog laisse le spectateur juge et assume ses impressions contradictoires à l’égard du sujet ; mais en soulignant l’absurdité de ces trajectoires, celle du système, Into the Abyss rend l’officialisation d’un parti-pris dérisoire. Le film vire au plaidoyer contrasté, empêché par l’honnêteté et la largeur de vue. La peine de mort est présentée comme un soulagement stérile au mieux, le cache-misère de situations inextricables sinon.

Le principal intérêt de ces entretiens consiste à mettre en avant les petits individus pris dans leurs états d’âmes, leurs repentances ou leurs combats, tout en ouvrant la porte aux a-côtés afin de décupler le vertige devant ces gâchis. En faisant dévier vers les anecdotes personnelles, en retenant des confessions ‘incongrues’ par rapport au sujet (parfois connectées aux lubies d’Herzog – à propos des animaux), il suggère les personnes ‘entières’ hors-champ, leur caractère spécifique et indiscernable dans l’immédiat, absorbé par ce tourbillon ‘objectif’ qui justifie le documentaire et a torpillé leurs vies. Les simples pasteurs ou accompagnants eux-mêmes sont entravés dans leurs missions ou certitudes.

La fille dont toute la famille a été décimée par un assassin (directement et indirectement : suicides à la chaîne suite au drame) est devenue une espèce de monstre malheureux, arraché à un destin trivial et sûrement tranquille qu’elle ne peut plus singer. Elle fait part de sa compulsion à vider son existence, afin de soulager sa souffrance et d’éviter tomber plus bas. La mise à mort organisée la satisfait et pourra éventuellement lui permettre de fermer une boucle, mais son secours est au fond bien mince, trop tardif et ne règle qu’en surface le problème qu’elle évoque elle-même : « certaines personnes ne devraient pas vivre ». Les circuits pour en bâtir de nouvelles sont toujours là, avec ceux pour les punir quand tout est déjà souillé.

C’est le recours absurde et nécessaire à une violence froide et catégorique pour éponger régulièrement. Forcément, dans le film la parole des exécutants et suiveurs [des délinquants devenus assassins] est moins éloquente, soit mécanique, soit bêtement plaintive (ou implorante, tièdement auto-accusatoire) et maladroitement tire-larmes. Les parties avec les flics ou les petits caïds liés aux prisonniers présentent donc moins d’intérêt, sauf pour les fétichistes des affaires. Techniquement Herozg opère des choix dont la lourdeur [de ‘départ’] est tempérée par une volonté de désaccorder ; il joue avec de légères contre-plongées face aux victimes ou autres lésés (devenant imposants et bien ancrés en apparence), les profondeurs de champ face aux accompagnateurs moralistes (perdus voire enfantins, de bons garçons), les mouvements vers l’avant avec les assassins.

Note globale 64

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Tueurs Nés + Killer Joe

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (4)

Note arrondie de 63 à 64 suite à la mise à jour générale des notes.

Voir l’index cinéma de Zogarok

.

GHOSTS OF THE CIVIL DEAD ****

6 Jan

4sur5  Avant d’être connu par le grand-public et diriger des ‘stars’ comme Jessica Chastain ou Viggo Mortensen (adaptation de La route, puis Des hommes sans loi), John Hillcoat tournait en Australie des films plutôt arides (comme le western The Proposition). Ghosts of the Civil dead est sa première réalisation, partiellement inspirée de la vie de Jack Henry Abbott, criminel devenu écrivain en prison (In the Baily of the Beast, série de lettres publiée grâce au soutien de Norman Mailer en 1980). Le titre fait référence à la perte de leurs droits par les détenus (‘civilement morts’). Le spectateur passe une heure et demie dans les couloirs de la centrale Pilote, avec des prisonniers jugés difficiles.

Ghosts se construit par fragments, sans privilégier d’histoires ou de récits particuliers. C’est une ascension inéluctable vers le déferlement de violence. Ce dispositif le met à proximité du pseudo documentaire mais des propriétés purement cinématographiques sont toujours présentes ; à de nombreuses reprises Ghosts ressemble même à un thriller ou un film d’angoisse, déployant des mouvements ‘lourds’ et assez abstraits fréquents dans ces genres. À l’image de cette prison de haute sécurité, l’ambiance est à la fois miteuse et ultra-rationnelle. Un voile poisseux couvre toutes les réalités de la prison, une bande-son perçante et des cliquetis pénibles flottent dans l’air. Ce qui fait de ces détenus des hommes et non des enfants capricieux ou des ados tarés s’estompe ; et ça leur va bien, au fond.

Ce qui va moins, c’est d’être privé et affadi de la sorte. Car dans un premier temps, ces types vivotent un peu comme des animaux en cage ; taillés pour la jungle, ils s’accommodent de cette sous-jungle. Elle est confortable, sèche et moite. Le cynisme règne et (en contrepartie du légitime despotisme des gardiens) les ‘libertés’ relatives avec : porno à foison, tolérance pour des consommations diverses. Au fur et à mesure du film l’emprise se durcit et les restrictions se multiplient, provoquant des frustrations intenses chez ceux qui ne savent pas les endurer même élémentaires. La critique de Ghosts à l’égard de la prison est ambiguë : la surenchère répressive est indirectement vilipendée pour son caractère inhumain, mais aussi pour son inefficacité. Ghosts est récupérable politiquement, mais n’est ni romantique, ni ‘idéaliste’.

Il s’en tient à constater le caractère insoluble de l’institution, poursuivant les cycles de destruction et de dégradation engagés par les criminels. Les personnages sont survolés avec intelligence et la synthèse est très éloquente (il faudrait même dire extrêmement rentable par rapport aux moyens consentis). Pas de voix-off pour balayer le passé des détenus ; eux le rapportent par bribes pendant qu’ils se livrent ou sont assistés par la caméra dans certains moments de détachement. Ils puent la bêtise et l’aliénation quasi innée. En face, pas de bourreaux ou de ‘tordus’ chez les gardiens : un système d’oppression n’a pas besoin de fanatiques, juste de vigiles. Même moralement embarrassés ou gerbant sur les écrans de contrôles lorsque les choses dérapent (le filtre des caméras de sécurité est régulièrement celui du film).

Dans son deuxième tiers le film s’assoupit un peu, car entre l’ère des régressions complaisantes et celle des foucades absurdes et fracassantes, il y a le temps de la descente, où la logique de la prison est menée à son terme (biens retirés, mise en place de cages, isolements accrus). La rage est tue et prête à surgir, il n’y a plus de soupape, plus rien à perdre mais encore à reculer, seulement des coups et des humiliations supplémentaires pour répondre aux mauvais instincts. Ghosts of the civils dead souffle le chaud et le froid : la chaleur d’une haleine de déchet se tenant debout, les ondes glacées du désespoir. Les amateurs du chanteur (et ‘artiste’) Nick Cave le retrouveront dans la peau d’un dément fournissant le climax suite à ses pétages de plombs en cellule. Cave n’est pas ici comme guest : il a travaillé avec Hillcoat à l’écriture de ce film, ainsi qu’à celle de The Proposition.

Note globale 79

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Les Ailes du Désir + L’Échelle de Jacob + Fahrenheit 451 + Family Portraits + L’Ile/Ostrov + Un Prophète  

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (-), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (4), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (4)

Voir l’index cinéma de Zogarok

.