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FLASH GORDON *

27 Août

2sur5  Flash Gordon était d’abord un comic strip US des années 1930 et une référence dans le domaine. À cette époque marquant l’apogée des comics sortira même un premier Flash Gordon (1936), film de plus de quatre heures. En 1980, Dino de Laurentiis produit une nouvelle version, supervisée par Mike Hodges (La Loi du Milieu, Damien:La Malédiction 2). Porté par une BO signée Queen, des décors kitschissimes et une ambiance proche de l’accident industriel ubuesque, Flash Gordon est devenu un nanar de référence.

 

Parfois adulé, souvent considéré comme un plaisir coupable ultime, il est d’une pauvreté et d’un ennui confondants. Ses qualités sont corrompues mais on peut les citer : c’est de la jolie fantasy dans l’espace, les costumes sont pittoresques, les maquillages aussi. C’est extrêmement ridicule mais c’est ici qu’est son charme potentiel, dans cette overdose de nuances fluo d’un criard supérieur à Mars Attacks. Exécuté par une équipe manifestement ennivrée à mauvais escient par cette entreprise outrancière, Flash Gordon noie ses atouts dans la bêtise et l’amateurisme.

 

Pendant près de deux heures, les 35 millions de dollars sont employés à un recyclage de morceaux de décors en friche de Rocky Horror Picture Show ou Phantom of the Paradise. Si le psychédélisme façon Altered States sans imagination lors du premier contact avec les cieux passait encore, le métrage va surprendre par son manque d’ingéniosité et de pertinence fulgurants. C’est encore sans compter sur son absence d’autonomie et donc de caractère, réalité paradoxale pour un produit si outrancier.

 

Un érotisme latent omniprésent est présumé titiller le spectateur : mais Flash Gordon est un Caligula de mollusque et ne proposera rien de jubilatoire en-dehors de la séquence avec la princesse, d’un volontarisme SM salutaire. La parodie Flesh Gordon de 1974 a le mérite d’aller au bout de ses maigres ambitions, elle. Flash Gordon n’est qu’une daube stérile, cynique et rigolarde, exploitant vulgairement de riches ressources. Dans son dernier tiers, elle commence à partir en live. Cela donne quelques débuts de séquences aptes à devenir magiques et qui ne le seront jamais (le mariage).

 

Par ailleurs le spectacle croule sous les performances piteuses de cabotins à l’enthousiasme un peu violent : l’apparition de Zarkoff est d’une triste excentricité. Le Dark Vador du coin et la méchante frigide (résidu pas si malheureux de la Reine mère de Blanche Neige) sont moins minables même si leurs interventions ne sauraient sauver le film ; quand à Max von Sydow dans la peau de l’empereur Ming, là aussi seule l’enveloppe mérite d’être relevée. Le pire est cependant Flash lui-même, incarné par Sam J.Jones. Sorde d’androgyne nordique asexué et fade à en crever, il est l’un des héros les plus ratés de tous les temps et n’a même pas le mérite d’être drôle ou sympathique comme celui de Turkish Star Wars.

Note globale 40

 

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Suggestions… Zardoz + L’Age de cristal + Willow + Labyrinth + Phantasm + Ted

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PRINCE DES TÉNÈBRES ****

26 Avr

4sur5  Difficile à appréhender, Prince of Darkness est tenu par beaucoup [de ses adeptes] comme l’un des chefs-d’œuvre de Carpenter tout en étant son film le moins compris, voire le plus négligé. Rappelant, par sa lenteur et les circonstances de l’action (des individus isolés de l’extérieur contraints de s’unir face à une menace surnaturelle) The Thing, c’est un spectacle rude et candide, au style déroutant, à la mise en scène éloquente et la musique impressionnante.

Second de la Trilogie de l’Apocalypse (clôt par L’Antre de la Folie), Prince des Ténèbres est surtout une œuvre mystique (avec sa relecture anxieuse du dualisme) : détonnant dans l’univers d’un type aussi libéré que John Carpenter (plus tellement avec le recul et après Piégée à l’intérieur  –  ce qui n’empêche pas d’humilier des prêtres dans Vampires). Corruption de l’ordre moral (et de ses représentants anéantis), destruction de l’intérieur, renversement des valeurs et dégradation de l’Homme : voilà les manifestations de cette Apocalypse imminente.

Pressés dans une église pour manipuler une menace inconnue, les analystes se trouvent en vérité dans la gueule du loup – pire, du Diable dont le fils prépare son avènement. Comme dans Halloween du même cinéaste, nous sommes les témoins de la contamination inexorable exercée par des forces obscures, face auxquelles les hommes de foi et ceux de la science sont tenus en échec.

Si Prince des ténèbres est si spécial, c’est qu’il a tout, sur le papier et peut-être même sur le fond, pour être un nanar grandiloquent, alors que le spectacle est d’une virtuosité et d’une élégance rares (sans être noble – c’est normal – ni immédiatement aimable – c’est nouveau). Tout en sublimant ce parfum de série B si caractéristique de son cinéma, Carpenter se montre au sommet de son art avec son style claustro et ses angles paranos. La réalisation est calquée sur le récit, simultanément abstraite et littérale, glaciale et puissante.

Il n’y a aucune accélération, aucun emportement, les mouvements de caméra soulignent cette stase galopante. La violence est brutale, sa réception dépouillée. Aussitôt nous revenons à l’histoire générale, vers les éléments encore réfractaires. Ce rythme est celui de la Mort, éternelle et jamais consommée. Convoquant Orphée et sa reprise par Jean Cocteau, Carpenter s’inspire également de Lovecraft : la genèse du Mal (de l’Antichrist) se déroule dans l’indicible, l’indicible explicite, affichant ses stigmates et sa volonté, sans se laisser déchiffrer, donc maîtriser.

Côté casting, on note la présence d’Alice Cooper, leader des clochards anémiés, premières légions de ce Mal sans autre but que sa propre affirmation. Les acteurs fétiches et premiers collaborateurs de Carpenter sont là : Donald Pleasance (le docteur Loomis dans Halloween et la saga), Victor Wong. Seule fausse note assez grave du film, (quoiqu’elle apporte une touche de légèreté et de familiarité, susceptibles de rendre la satisfaction complète), plusieurs interventions sonnent cheap – celle de Dennis Dun devient éprouvante en VF (nuisible en général concernant les dialogues). Son personnage gravite encore dans le monde des Aventures de Jack Burton et apparaît en décalage total.

Note globale 84

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Suggestions… Réincarnations + La fin des temps + Conjuring 2 + New York 1997 + La Maison du Diable + L’Exorciste

 

Scénario/Écriture (6), Casting/Personnages (6), Dialogues (6), Son/Musique-BO (9), Esthétique/Mise en scène (9), Visuel/Photo-technique (8), Originalité (7), Ambition (7), Audace (7), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (5)

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Les+

  • atmosphère exceptionnelle
  • musique
  • quelques plans géniaux
  • cette sorte de huis-clos
  • son hypothèse ‘mystique’
  • ce minimalisme

Mixte

  • kitschissime
  • dialogues

Les-

  • personnages peu fouillés
  • des incohérences et flottements (et l’aberration du stigmate sur le bras)
  • acteurs pas passionnants

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Note passée de 81 (82-83 sur listes SC) à 84 suite au re-visionnage en 2018 et à la réduction des notes possibles. Critique mise à jour (complétée) à l’occasion.

 

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RUNAWAY **

21 Oct

3sur5  Avec Runaway, le potentiel de Crichton comme réalisateur se précise : ses idées géniales n’en feront jamais un théoricien fascinant à l’écran, mais elles peuvent doper un divertissement aux réflexes éculés et à la vocation de vulgaire ‘saturday night movie’. Crichton comme réalisateur est alors sur la pente descendante, enchaînant des films moins respectés, alors que déjà Mondwest, Coma et La grande attaque du train d’or sont zappés au fil des ans – et oubliés par la postérité, malgré la présence d’effets numériques précoces dans Mondwest. Cette carrière-là s’achèvera avec l’opus suivant, Preuve à l’appui, quelques années avant l’avènement de Jurassic Park dont Crichton détient le scénario original et d’Urgences dont il est le créateur.

Runaway suit un tandem de flics appartenant à la brigade des [robots] déviants, aux prises avec un pirate prêt à saborder tout le réseau électronique dont dépendent les humains au quotidien. La menace est inédite par son ampleur et sa nature. Runaway est toujours très synthétique et volontiers ‘cliché’, d’où une impression légitime de kitsch : mais le film n’est que superficiel, pas niais. Il brasse beaucoup d’informations et de remarques dans sa première moitié, avant de se focaliser sur le divertissement puis s’achever sur une dizaine de minutes faite de pièges et rebondissements face à un diablotin. La menace portée par l’intelligence artificielle elle-même et notamment son autonomie (contrairement à I Robot vingt ans plus tard, dans le même registre ‘entertainment visionnaire’) n’est pas analysée mais plutôt utilisé comme un thème d’ambiance, accompagné d’annotations. Certaines caractéristiques du cinéma de Crichton se retrouvent logées à ce niveau, comme l’attribution (via les journalistes rapaces) aux médias d’une attitude de prédateurs cyniques (développée dans Looker, avec le lavage de conscience généralisé par les rois du marketing).

Pour les détails et les personnages, Runaway est conventionnel. Tom Selleck (icône 80s grâce à Magnum (série TV), qui avait un petit rôle dans Coma) campe un excellent personnage : un homme mûr, auto-discipliné, capable d’exploser de rage si nécessaire en gardant toujours la maîtrise, ne reculant jamais sans pour autant jouer au téméraire. Sa stature anoblit les plongeons dans le mielleux familial. Néanmoins, il demeure un flic au passé douloureux et à la phobie un peu improbable, a un sous-fifre black au bureau et un supérieur borné ; dans les 80s aux USA, certains éléments concernent presque tout ce qui passe par le registre ‘policier’, du zeddard à la classe A (comme la saga L’Arme fatale). Ce morceau-là n’y échappe pas, mais il a de l’avance. Il montre la banalisation de la robotique, infiltrés dans le quotidien : Lois (de l’excellente série 12-20!) surveille l’alimentation, le rythme de vie, les relations de la famille dont elle a la charge. Leur intelligence avancée permet de rebondir dans les conversations, sans devenir ‘intuitive’. Les robots absorbent, classent et demandent des informations spécifiques.

Runaway sait épater la galerie en restant cohérent, avec un traitement limpide et un jugement minimal (propos explicite : ‘la mécanique est faillible et corruptible, comme les Hommes’). Plusieurs anticipations plutôt conformes aux développements à venir sont à noter, comme l’espèce de drone envoyé en éclaireur ou le principe du portable. L’effet le plus remarquable, mais aussi le plus méchamment daté, est la vue subjective de la balle tirée par l’horrible Luther. Son attitude est celle d’une tête chercheuse normalement propre aux missiles et exceptionnellement raffinée, à la limite de la fantaisie (sachant passer les obstacles, donc les analyser au préalable, en complète autonomie ; une machine qui n’en est plus à répondre à une demande définie, mais arrivée à remplir une mission). Même s’il est quelquefois lourdaud sur les réactions émotionnelles, Runaway présente un suspense fonctionnel, un tandem aimable, une poignée de gadgets redoutables (les araignées, les mines « coureuses » sur la route). Il n’a pas de temps morts (rythme anormalement speed et ‘plein’ de la part de Crichton) et peu de temps ‘inutiles’ (comme toujours en revanche, quoique Mondwest est globalement raté car ‘allégé’ à l’excès) – sauf si on range là les scènes finales grandiloquentes. Sur le bas-côté, il laisse en friche des points forts et se contente d’un méchant sans histoire ni profondeur, le fort typé docteur Luther (par Gene Simmons en mode possédé).

Note globale 62

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Suggestions… 48 heures + E.T.l’extraterrestre + Copycat + Le Trou noir + Alphaville/Godard

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

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ZU, LES GUERRIERS DE LA MONTAGNE MAGIQUE **

22 Sep

zu guerriers montagne

3sur5  Etrange destin pour l’oeuvre de Tsui Hark. S’il n’y avait pas tous ces moyens et, surtout, cette aisance impressionnante dans les combats, ce serait du pur nanar, du méga-nanar très ambitieux. C’est évident jusque-dans Il était une fois en Chine voir même The Blade. Dans Zu, c’est carrément revendiqué : il manque une pancarte ‘nanar volontaire’ pour officialiser, quoiqu’elle serait obsolète.

Film d’action entre la farce, les numéros de haute voltige et le badass naïf, Zu opte pour une tonalité ouvertement parodique tout en insistant dans la voie du merveilleux. C’est l’un des opus les plus fous de son auteur. C’est aimable, exotique, complètement vain, cela peut clairement enchanter et c’est taillé pour être ‘culte’. Il ne faut absolument pas y venir en espérant une once de sérieux.

Les personnages sont aussi bouffons que les accès méditatifs, le tandem de sauveurs de l’Humanité est composé de deux idiots totalement dépassés par les vastes problèmes de ce monde et les cohortes de méchants satano-apocalyptiques. Quand l’humour « garde-champêtre » surgit, il ne dépareille pas. Néanmoins Zu ne vire jamais à la comédie grasse, c’est bien plutôt une parade excentrique avec une certaine ‘beauté’ kitsch.

Il dégobille les effets spéciaux à foison. Très appréciés et même salués à l’époque (1983), ils ont méchamment vieilli mais garde de leur charme, grâce à leur rococo sans entraves. Tsui Hark et son équipe peuvent être salués pour leur inventivité remarquable. Le film n’est pas génial, il est potache et prodigieux, un peu comme un hypothétique produit Besson avec du caractère. Tsui Hark tournera une suite en 2001, La légende de Zu.

Note globale 60

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Suggestions… Massacre à la tronçonneuse 2

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AU-DELÀ DE NOS RÊVES **

5 Mai

2sur5  En voilà une guimauve new age. Ce film de Vincent Ward a été un échec commercial, d’ailleurs la BO de Ennio Morricone censée l’accompagner a été supprimée après les projections-test, preuve de la dimension esthétique bancale du projet. Alors que Robin Williams (Chris) et sa femme Annabelle Sciorra (Annie) coulent des jours heureux, la mort de leurs enfants vient brutalement saper leur existence si douce et lumineuse. Chris va mourir dans un accident et dès lors vivre à travers les peintures de Anna et ainsi mieux comprendre sa femme.

Sur le plan graphique il y a de tout. De l’imagination, des clichés, des choses invraisemblables, des surprises, des totems désuets. De l’eden Barbie casse-noisette en intro à l’enfer très froid où sont entassés les gens ordinaires, mais ceux qui jurent et sont perdus, le style aligne son pompiérisme sur des schémas compassés. Les allez-retours entre les ébats dans les peintures animées (parfois très belles) ou un au-delà très réglé et les scènes d’enterrement ne sont pas toujours cohérent ni consistant dans ce qu’ils étalent.

Même s’il a trouvé son public après sa sortie, le film pêche par son vieux lyrisme d’adultes puérils, semblant traverser la vie sans jamais la connaître ni se heurter à rien. Chris et Annie sont de braves enfants jamais sortis du cocon, ni par le drame ni par la maturité.

Note globale 47

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Suggestions… Lovely Bones 

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