Tag Archives: Epouvante (cine)

SANS UN BRUIT *

5 Juin

1sur5  Il est temps que les cinéastes cessent de se vouloir intelligents et sensibles, car s’ils n’ont que ce genre de résultats en bout de chaîne, mieux vaut laisser sa chance à la fange et au cynisme. Entre rien et Sans un bruit, la nuance est faible ; oui mais cette nuance c’est toute sa subtilité ! Au départ le film a quelques mérites, il réussit à faire du neuf dans un contexte post-apocalyptique, avec cette injonction au silence sous peine de rafle immédiate par des créatures de cauchemar.

Mais déjà toute la banalité du projet saute à la gorge. Nous voyons les ruines de la civilisation et les grandes maison de la campagne américaine. C’est reparti pour un tour de survie dans un monde désolé, désert, où l’état de nature a repris ses droits – avec éventuellement des forces contre-nature voire surnaturelles, c’est le cœur du sujet ici. Même Annihilation sorti simultanément et boxant dans une autre catégorie reprend ces sortes d’images – où est la banque de données où tous les films américains approchant le survival vont puiser depuis quelques années ? À 90% au moins nous sommes en terrain connu et rebattu, les 10% restant eux-mêmes s’avéreront repompés ou alignés sur les ressorts paresseux du film d’action morbide ou d’horreur fantastique.

Sont servis la femme enceinte (quelle pression ! – et quelle irresponsabilité), le sacrifice dispensable, le son mélancolique, la carte émotion-toute-en-retenue pour combler chaque trou et le compte de trucs qui foirent comme par hasard. La banalité ne suffit pas, il faut aussi rendre l’affaire pénible, alors on jette ponctuellement des lumières aveuglantes dans l’œil du chaland (sans compter l’insupportable culte du lens flare) et lui envoie des sons perçants. Objectif probable : faire tout typique SF en plus de reprendre les pires arguments de Walking Dead, sinon d’imiter ses moments de dépression, les graisses larmoyantes en moins, le faux suspense léthargique en plus.

Ces films posés et ‘de genre’ ont trouvé le moyen de produire le moins et de tartiner au maximum leurs intentions et leurs ressources techniques. Comme s’il y avait dans ce minimalisme exubérant de la pureté ou un entendement supérieur ! Fini l’embrouille des enjeux compliqués, des conflits, des personnages tordus par eux-mêmes, par l’entourage, par des nécessités ou envies contradictoires, fini les rebondissements et les surprises (quelle vulgarité ! C’est bon pour le bis des cavernes, pas pour le bis post-moderne !). Ou alors, tout ça doit exister de façon rectiligne puis alors être martelé, surligné. Comme il y a de l’image propre, on peut prendre son temps et puisqu’on peut prendre son temps, c’est qu’il se joue quelque chose de fort, que cette œuvre en est une vraie, qu’elle n’a pas peur de la profondeur !

Le spectateur bercé aux Marvel ou à leur détestation va pouvoir apprécier – qu’il n’oublie pas de dire ‘merci’ à ce film osant lui donner le temps de méditer ! Qu’il savoure d’autant mieux les dialogues qu’ils sont rares. Qu’ils se pomponne avec ces débilités fortes en leurres existentialistes : ‘qui sommes-nous si nous ne savons protéger nos enfants’ ; oh oui profite de tes instants de répit pour baver ce genre de niaiseries ! Oh oui quelle douleur quelle conscience quelle intensité frustrée, nous n’en pouvons plus nous allons juter ! Enfin le spectateur a des raisons de se faire emporter, notamment celui découvrant Sans un bruit en salles, où le film va inciter les gens à se réprimer et par suite à consentir – avec son quasi silence (négligé, contrairement au silence de mots ‘peuplé’ dans Jeanne Dielman, produit autrement aberrant mais avec le mérite d’un parti-pris solide).

Dans sa deuxième moitié la séance bascule dans le home invasion avec créatures (sortes de transfuges d’Alien avec des oreilles en peau de miroitement), en prenant le soin de cultiver les aspects les moins intéressants à disposition et surtout ne créant rien de nouveau (l’entrée dans la cachette elle-même est stérile). Jusqu’au-bout ce film aura cumulés les petits mystères organisationnels et particularités sans aucune utilité (à l’exception de ce langage des signes, mais il ne faut pas être gourmand, ou de clou au traitement d’une lourdeur désespérante). Il ne sait qu’aligner des éléments partant en vrille pour bien pourrir LA situation, éléments disparaissant aussitôt. Les possibles anecdotes de la troisième demi-heure sont bâclées (l’inondation) et même déjà dépassées par d’autres (le passage dans la cave à grain de Jigsaw rend celui-ci encore plus minable qu’il l’est par lui-même).

Puis l’incroyable survient. Oui, la famille de survivors mutiques va bien trouver une solution à la (dark) Mars Attacks – résolution posant des problèmes de crédibilité mais surtout actant définitivement que ce film se contrefout de son sujet dans ce qu’il a de global (les auteurs sont un peu comme la voyageuse de Camille redouble, ne profitant de sa connaissance des 20 années à venir que pour renouer avec ses proches), réduit le cas et les malheurs de ses protagonistes à de l’intendance et de l’inhibition ou pleurniche pour photo, ne chérit que la reconstitution de surface. Surgit alors cette fin monstrueuse, à inscrire parmi les pires jamais démoulées, brandissant fièrement tout le mépris des concepteurs de cette chose à la gueule du spectateur. L’action, l’adrénaline, le bestiaire, ce sera sans vous. Encore une fois, un film a abusé de votre patience et de votre tolérance.

Note globale 22

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Suggestions… It comes at night + Pas un bruit + Get Out + Alien Covenant + Don’t Breathe + Life origine inconnue + Jeepers Creepers + It Follows + Split  

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (-), Son/Musique-BO (5), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (3), Ambition (7), Audace (5), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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L’ENTERRE VIVANT (1962) **

10 Avr

l'enterré vivant

3sur5  The Premature Burial appartient à la série d’adaptation de Poe réalisées par Roger Corman dans les années 1961-1965 et souvent rapprochées des productions de la Hammer à la même époque. Cette série de films a marqué l’Histoire du cinéma d’épouvante et eu une grande influence sur Tim Burton. Premature Burial est le troisième opus et le seul des huit sans Vincent Price. À sa place, Ray Milland, l’élégant salaud machiavélique du Crime était presque parfait d’Hitchcock.

La nouvelle d’Edgar Allan Poe était difficilement adaptable, aussi Corman en étale la sève existentielle avec un succès mitigé. Il en arrive au seul opus au style véritablement voisin de la Hammer, tendu vers le thriller paranoïaque et psychologique dans le sillage des Diaboliques ou de Rebecca. C’est une réussite artistique de plus sur le plan des décors, avec des effets radins mais sophistiqués. C’est aussi un opus manquant d’allant.

On y ‘croit’ pas : L’enterré vivant est un trop bon exemple de cette fausseté extrême propre à l’horreur old school (au cinéma). L’écriture pose de bonnes balises et son intelligence irradie sans problème, mais tout est psychologiquement superficiel et manque de viscéralité. Les interprètes sont très bons (surtout Heather Angel), mais ils sont plombés par ces dialogues lourdauds et un récit trop saccadé.

La faible durée n’a pourtant pas joué en la défaveur de La Chambre des Tortures ou de La Malédiction d’Arkham, parce qu’ils étaient moins explicatifs, se justifiaient en même temps qu’ils se révélaient. Néanmoins les mystères sont soigneusement gérés et il y a ce charme inqualifiable, ce plaisir un peu fétichiste et aussi purement esthétique propre à l’épouvante gothique des années 1960-70. C’en est un très joli morceau, trop sec et contemplatif.

Note globale 62

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UN CRI DANS L’OCÉAN **

31 Mar

3sur5   Produit par une filiale Disney (Cinergi), ce Cri dans l’océan est excellent dans son registre : le film d’action décérébré, mâtiné d’épouvante et de gros monstres gluants. Il cumule bis qui tâche, entertainment épais et tout-terrain, décorum de film-catastrophe. Le résultat est assez violent, hystérique, avec un humour ‘mal’ placé. Au départ il joue beaucoup sur les caractérisations pachydermiques, avec ses intellos pour médiocres, ses riches ravis d’eux et de leur suffisance et surtout son réseau troupier.

Puis on refait le coup du Poséidon (avec plus de méchanceté et de bling-bling, pour rester dans le ton) et la croisière inaugurale, ultra faste, est doublement sapée. Les truands et braves balourds se déchirent sur un vaisseau ‘fantôme’ devenu le terrain de jeu de créatures à tentacules. La séance a des points communs avec The Faculty, sorti quelques mois après (1998), par son bestiaire et avec chacun des côtés geek du bis ou de l’exploitation. En plus de rappeler le tout frais Alien Resurrection (1997), Deep Rising s’inscrit dans la lignée de certaines sagas horrifiques bien crues comme Freddy. Ses moments gores sonnent Blobesque et son démon (l’octalus) rappelle la plante de la Boutique des horreurs, en plus de renvoyer aux monstres marins réels ou imaginaires (le kraken) obsédant depuis quelques siècles.

Sur le fond la séance reste légère mais sait manier l’humour et surtout les registres, surfant sur le cynisme et la crapulerie, des motifs plus triviaux ou enfantins (digéré par vomis de punchline). Le temps de survie des personnages est en fonction de leur sympathie ou de leur degré de pittoresque ; ces braves gens sont suffisamment forts en gueule et compromis pour qu’on se passe de psychologie. Globalement Deep Rising vaut mieux que la grande majorité des films d’horreur animalière, les austères et raffinés y compris. Il est plutôt comparable à Hollow Man et il ne lui manque qu’un peu de substance pour égaler du bourrinage de luxe type True Lies. Cet échec commercial a lancé la carrière du réalisateur Stephen Sommers, plus tard auteur de La Momie et sa suite ou encore de GI Joe Cobra.

Note globale 62

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Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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KAIRO ***

14 Oct

3sur5  Sorti pendant la vague Ring, Kairo dispose d’un postulat de départ proche du film-phare incroyablement sur-évalué de Hideo Nakata. Surnaturel et technologies (nouvelles éventuellement) sont confondus dans les deux cas. Sauf que Kairo se distingue allègremment de l’ensemble des J-horror et même des catégories traditionnelles. Il n’y aura pas plus d’hémoglobine que de fantômes. Kairo est un film de Kiyoshi Kurosawa typique et accompli : il est profondément original, raffiné sur le plan formel, avance de grandes ambitions théoriques et les tient à distance faute d’avoir l’audace intellectuelle de les nourrir.

La radicalité esthétique compensera tout. L’OST de Takefumi Haketa est assez remarquable. La mise en scène est parfois éblouissante et certains plans évoquent Possession. Comme lui Kairo est un drame où l’humanité s’évapore, mais dans un contexte pré-apocalyptique. Kurosawa n’envisage pas d’avenir et promet un apocalypse final. Il le fait venir avec douceur et met l’accent sur l’agitation dérisoire de ses personnages. La première partie joue à fond sur les mystérieux suicides d’étudiants face à un étrange message internet et se montre très inquiétante. La seconde consiste en une sorte d’émiettement, où plus rien n’est vraiment à élucider et les détails prennent l’ascendant.

Pour les personnages, il s’agit autant de l’organisation de sa vie que de mises au point sur quelques préoccupations. Quand à Kurosawa, il échappe à son sujet en s’épanouissant dans l’exercice de style ; son travail n’est pas vain pour autant, car les manières du cinéaste se veulent toujours chargées de sens. Eternel dissident au solide, Kurosawa approche le cinéma comme un créateur pur, restrictif, se protégeant des influences extérieures mais aussi du possible trouble qu’induirait le face-à-face avec ses thématiques, auxquelles il répond toujours de façon laconique. S’il n’enrobait pas cela avec des expérimentations si graves et précises , ses films seraient faibles. Kairo a en plus pour lui l’emphase sur l’élément humain.

Note globale 63

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LES YEUX SANS VISAGE ***

10 Oct

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4sur5  Alors qu’il exultait via la Hammer en Grande-Bretagne et grâce à des cinéastes comme Mario Bava en Italie, le genre épouvante/horreur était une terre inconnue en France dans les années 1950. Elle est d’ailleurs restée un non-sujet jusqu’à l’aube du XXIe siècle. C’est dans ce contexte que surgit Les Yeux sans Visage, dont la contribution dans l’imaginaire du cinéma fantastique est considérable. Il a inspiré Carpenter, jusqu’à La Piel que Habito récemment, engendré le Eyes Without a Face de Billy Idol.

Au scénario participent Boileau et Narcejac, auteurs de romans policiers dont certains ont été adaptés par Hitchcok (son fameux Vertigo) et Clouzot pour devenir des films-clés du cinéma français (comme Les Diaboliques). A la mise en scène se retrouve Georges Franju, alors reconnu pour deux courts-métrages (Hôtel des Invalides et Le Sang des Bêtes), signant ici son seul film connu, sinon sa seule grande réussite. Elle a suffit à graver son nom dans les mémoires car ses Yeux sans visage, à défaut d’être irréprochable, est un joyau esthétique.

Les Yeux sans Visage a certains défauts : des seconds rôles parfois limite (l’appât), quelques caractérisations excessivement maladroites (les policiers), puis éventuellement le dérangement induit par cette vitalité morbide (lequel inclut un jeu très hiératique de la part des acteurs). Le style les gomme et l’audace de son histoire les transcendent. Grâce au mépris de son réalisateur pour le genre et aux contraintes s’exerçant sur lui, Les Yeux est une étape dans le fantastique, une proposition innovante débarrassée des tics conventionnels. Dans la lignée de ses courts-métrages documentaires, Franju adopte une mise en scène clinique, parfaitement sèche, glaciale, précise.

Il dépasse rapidement la relecture de Frankenstein pour concevoir un cauchemar cristallin, un opéra atone et implacable. Les lieux sont comme des mirages trop épais : ce château, les catacombes, les chiens, le laboratoire annexe. La violence est omniprésente mais intériorisée, tout comme le désespoir est converti par cette poursuite visionnaire. La passion du docteur Génessier et de son assistante Louise, sur laquelle il a déjà exécuté une greffe de visage, est aussi froide qu’intense : leur existence n’a d’autre horizon que de s’appliquer à la tâche. Ils sont des missionnaires, dans leur sanctuaire. Avec eux, leur otage, la fille du docteur au visage brûlé sous le masque blanc déréalisant.

L’apparition de Edith Jacob et ses déambulations sont saisissantes, mais toute l’ambiance des Yeux sans Visage est remarquable. Le film porte avec lui une esthétique singulière, un goût de la démesure qui n’empêche ni le lien au concret, ni une certaine dose d’académisme, mais qui serait le simple cadre choisi d’un artiste intégriste. Si Franju a exprimé des sympathies pour le surréalisme, son œuvre relève plutôt du réalisme poétique. Rien de surnaturel dans ce spectacle, mieux, rien qui n’échappe à la rationalité ; mais cette réalité-là est trop grave, ce manège est trop lugubre. Un enchantement s’opère, car dans cet univers atroce un absolutisme règne. Cette froideur galvanise, une telle prison, si pleine de sens et de beauté, serait le parfait endroit pour se languir éternellement.

Note globale 76

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Suggestions… Blue Holocaust + L’Horrible Docteur Orloff + Lisa et le Diable + Vampyr + Suspiria

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