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MIDSOMMAR ***

8 Août

4sur5 Le successeur d’Hérédité procède par envoûtement. Il relève brillamment le défi de rendre des horreurs éventuellement acceptables intellectuellement [les penseurs et transgresseurs tout émoustillés de malmener un Christian les admireront certainement], à défaut de permettre une isolation/abstraction ; tout en ménageant un certain stress quand à la suite des événements et alimentant les attentes plus primaires, plus ‘foraines’. Le suspense est pourtant passablement éventé d’entrée de jeu, mais les qualités immersives en sortent indemnes. Il doit bien y avoir un prix à ce tour de force, c’est peut-être pourquoi les personnages sont si crétins ou évanescents, malgré l’écriture d’excellente tenue. Le spectateur risque peu de les estimer et manque d’éléments pour s’y projeter profondément. La monstruosité du film et de la communauté en est atténuée, en même temps que les individualités sont dissoutes – parfaitement raccord avec cette aliénation tempérée par l’inclusion.

Les rejets aussi sont spontanés et épidermiques, car ce n’est pas seulement un film d’horreur ou d’épouvante, mais d’abord une sorte de reportage romancé (et secrètement romantique) sur cette communauté. Le public sent cette invitation dans une normalité qu’on sait (et que le film lui-même reconnaît) anormale. D’où probablement ces explosions de rire excessives dans les salles lors des scènes de copulation (éructations certainement embarrassantes pour les pauvres personnes encore persuadées ou désireuses de trouver chez la masse des Hommes des créatures matures). Dans ces manifestations on retrouve la gêne normale dès qu’on s’oriente sous la ceinture, l’amusement face au grotesque de la scène, puis surtout une occasion vigoureusement saisie de ‘soulagement’. Tout ce monde-là est quand même déplorable ou invraisemblable, cette outrance permet de casser l’hypnose et de minimiser le malaise (la résistance et éventuellement le caractère obtus des rieurs les valorisent donc finalement, en les distinguant des dangereux sujets fascinés ou pire, volontiers complices).

Or à quelques angles morts près le tableau est irréprochable. Dans les premières minutes Dani baigne dans un monde gris, plus ou moins lot de l’écrasante majorité des spectateurs, intellectuels avides y compris. Il lui manque un entourage au sens complet ; c’est pourquoi ces étranges mais pas surprenantes scènes d’hystéries sont le comble du spectacle et non une gâterie pittoresque (ce que sont les exploits gore). Ces primitifs en costumes immaculés n’ont rien à dire aux individualités (sauf dans leur chair angoissée demandeuse de protection, guidance et soutient), mais ils sont capables d’empathie pour les animaux ou païens blessés en grand désarroi. La simulation, à l’usure et en concert, devient un soutien réel et approprié pour la personne ciblée ou la foule impliquée. Les imbéciles journalistes (et beaucoup moins les critiques officiels – eux, comme le reste, se contentent de galvauder les mots et les définitions) nous rabattent les oreilles avec la ‘folk horror’, en louant l’originalité du film mais en le saisissant pour faire part de ce genre venu de loin et prétendument incroyablement prolifique ces temps-ci (il est déjà bien tard pour abandonner tout espoir de consistance de la part de ces gens, mollusques émotionnels et buses mentales, capables d’être raccords qu’avec la publicité, la pensée pré-mâchée et les indications des acteurs ou prospectivistes en chef du milieu). Midsommar s’inscrit effectivement sur ce terrain mais il est aussi sur celui, général, de la religion, dans son optique régressive puisque nous avons à faire à un culte sectaire (et meurtrier). Peut-être ne veut-on pas simplement l’apprécier comme tel car beaucoup de gens instruits d’aujourd’hui sont sensibles aux fumisteries totalitaires et à l’abrutissement par la magie, y retrouvant ce dont ils se privent en arrêtant l’Histoire au présent (voire à l’actualité) et confiant servilement le futur aux experts et aux chimères. Peut-être que les observateurs éclairés sont encore habités par la foi dans le sacrifice et les vertus de l’absolutisme, que les humanistes avancés éprouvent une attirance inconcevable pour ce qui nie ou écrase l’humain.

Bref dans Midsommar les détails sont soignés et significatifs, pour affermir le scénario, les thèmes et l’univers, spécialement pour représenter les stigmates banales ou curieuses du fondamentalisme. Le freaks du club s’avère le chaman à la dégénérescence voulue ; il cumule tous les paramètres requis pour n’être « pas obscurci par la connaissance » et avoir un accès aux « à la source ». Ce goût dévoyé de la pureté se retrouve dans une des dernières scènes où les deux volontaires n’ont apparemment pas reçu l’anti-douleur qui leur était promis pour mieux accueillir les flammes (le lieu et ses moments renvoient à Mandy – par ailleurs l’à peine moins frais The Witch a pu venir à l’esprit). On peut apercevoir plusieurs fois un blond extatique et débile en arrière-plan. Voilà une illustration tout juste exotique d’un ‘ravi de la crèche’, toujours exalté pendant les célébrations. C’est lui qui perd tout contrôle lorsqu’un innocent agresse l’arbre de l’ancêtre ; car son bien-être et sa conviction absolue sont brisés. Seule la colère, la violence et d’autres poussées irréfléchies peuvent émaner d’un tel type face à la crise. Car pendant qu’on s’extasie, on est moins enclin à progresser et s’armer – s’armer intellectuellement (ce dont on peut se passer) mais aussi sur les autres plans (et ça l’héroïne doit le sentir compte tenu de sa difficulté de se laisser-aller). Le film s’avère juste également dans ses passages les plus familiers : ces trucs de couples, de jeunes, d’étudiants universitaires, sont absolument banals mais conçus sérieusement. Sur le papier ils pourraient servir de matière à une sitcom mais ils semblent trempés dans le réel, comme ces sentiments lourds et idiots, ces relations navrantes – éventuellement comiques mais jamais grotesques ou exagérées. Le portrait d’une fille dévorée par ses peurs et anxiétés (et sûrement d’autres choses) est le premier atout par lequel le film convainc (à moins de ne supporter l’exposition de femmes ou filles faibles, compliquant vainement les choses, trop pénibles pour que leurs qualités soient encore manifestes). Le premier par lequel il se déshabille aussi : grâce à Dani, incurable en l’état, j’ai grillé la fin et l’essentiel dès le départ.

Car Dani est comme la borderline de La Maison du diable (film d’épouvante mésestimé et tenu pour un trivial ancêtre des débiles trains fantômes gavés de jump scares – l’habituelle cécité et mauvaise foi des cinéphiles), soumise à la panique, dépendante et en quête constante de réassurance. Elle est peut-être un peu plus individualiste (en pratique – c’est-à-dire qu’elle s’y efforce ou y est forcée) mais aucunement plus résiliente. Il lui faut trouver une famille ou une communauté, un cadre stable avec des liens collectifs infrangibles, confortés et animés par des traditions. Avant d’y parvenir la suspicion demeure, l’enfonce dans sa maladie psychologique et son impuissance à régler ses besoins. Sa conscience de soi éprouvante la conduit près de la paranoïa – la scène avec le groupe de ‘moqueuses’ lors de l’arrivée l’illustre de façon directe et brillante. Plus tard ces portions d’images mouvantes relèveront davantage du gadget raffiné et séduisant. Ces ressentis flous sont la meilleure justification de la passivité et de la confusion des invités à Harga. Les plans ‘vomitifs et anti-épileptiques’ (latéraux, circulaires, semi-perpendiculaires, renversés) du début ne sont pas si pertinents ni originaux – heureusement il s’agit d’une version tout-public, loin du niveau d’une expérience avec Noé (Enter the Void, Climax), plutôt voisine des effets d’un Jordan Peele (Get Out, Us).

Le seul point où le film omet la logique (outre la lenteur des produits importés n’ayant d’égal que celle du développement) doit lui être accordé sous peine de tout annuler. Car une communauté, aussi atypique et située dans le monde occidental aujourd’hui, se crée une menace en procédant ainsi (même les Amish, relativement conventionnels et fiables, se compromettraient en démarchant des visiteurs). Son élite ne semble pas assez naïve ou démente pour l’ignorer.. à moins que le groupe apporte effectivement une sensation d’invincibilité, que le culte et la bulle les ait convaincus d’être rendus ‘intouchables’. En revanche il aurait été intéressant d’en savoir sur les relations entre ce monde clôt et le monde extérieur. Il déborde au travers du terme « matcher » (utilisé, en référence aux profils astrologiques, par la patronne pour convaincre le piteux amant de livrer sa semence), de la référence aux enfants regardant Austin Powers et au petit équipement électronique sur la cheville d’une fille. Sauf qu’il doit être bien plus étendu puisque nous en sommes là ; sur ce point The Cage’s Wicker Man (le costume d’ours est probablement une référence appuyée davantage que le fruit de sages recherches sur l’occultisme) était plus solide et généreux, tout en ne précisant quasiment rien.

Note globale 74

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Candyman + L’Heure du loup + Mort à Venise + Persona + Nicky Larson et le parfum de Cupidon

Ennéagramme : Elle 6 (ou 9 désintégrée), son copain 9w8 à défaut d’une meilleure hypothèse, le black 5, le roux 7w6. Le suédois plus difficile à cerner, avec son milieu d’origine obscurcissant encore la donne : 2, 9w1, 6w7 ?

 

Les+

  • exigence de la mise en scène
  • qualités esthétiques
  • de beaux morceaux
  • sait garder l’attention malgré des manques et des surcharges qui devraient y nuire

Les-

  • longueur certainement inutile (le défaut est courant)
  • des invités bien lents et complaisants ; une communauté aux contours flous et aux relations extérieures opaques, qui pourraient bien anéantir toute crédibilité
  • prévisible

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BELLADONNA (ANIMERAMA) ***

11 Jan

3sur5  Animerama est une série d’anime érotisants composée de trois opus, indépendants les uns des autres. Belladonna en est le dernier morceau, sorti en 1973, officiellement inspiré de La Sorcière de Michelet (1862). Toujours produit par Osamu Tezuka (créateur de Astro Boy, du Roi Léo), personnage aussi important pour l’époque que Miyazaki vingt ans plus tard, le film est réalisé exclusivement par Eiichi Yamamoto, contrairement au second (Cleopatra) et à l’instar du premier (Les Mille et Une Nuits). Cette fois cependant, Yamamoto peut laisser libre cours à son emprunte, l’intervention de Tezuka étant réduite au minimum.

Heureusement ou malheureusement, cette opportunité reflète une situation générale tendue quand à la conception du film. Le studio Mushi Production est alors en faillite et fermera quelques mois après la sortie de Belladonna. Quoiqu’il en soit, la contrainte dope le projet dans une certaine mesure et abouti à une pièce notable de l’animation expérimentale. Pour compenser une animation réduite, Yamamoto mise à fond sur le style. Contrairement aux deux précédents films disposant donc d’une animation ordinaire, celui-ci alterne images fixes avec ou sans déplacements de caméra et mouvements conventionnels.

Et surtout, la direction artistique est radicalisée. La musique est déversée en flot continu et les aquarelles inventives se succèdent. C’est le déluge de l’Art Nouveau, mais aussi de références au tarot et d’inspirations empruntées auprès de Egon Schiele ou de peintes symbolistes comme Klimt ou Odile Redon. Dans ses quelques phases les plus sinistres, Belladonna tient du Pieter Bruegle allégé. Il y a dans le film de quoi fabriquer un catalogue largement exploitable ; personne ne prendra de tableaux issus des deux précédents opus dans son salon : celui-ci fournit la matière appropriée quasiment sans retenue.

Toutes ces caractéristiques peuvent être rebutantes pour une séance de cinéma, mais une telle expérience interpelle au moins pour sa singularité et son raffinement. Belladonna est un film très audacieux, une synthèse curieuse mais sans fausse note, avec même quelques séquences proches de l’érotico-gore et de l’Urotsukidoji fuguré. Yamamoto avait pu faire la démonstration de son génie créatif et de son culot dans le premier opus et a tout le loisir de s’épanouir ici. Les représentations sexuelles y gagnent et comme Les Mille et Une Nuits, Belladonna se montre conceptuel et percutant à la fois. Cleopatra souffrait d’une vision obèse, baignant dans une ambiance grivoise et simpliste.

Enfin Yamamoto présente ouvertement un film  »révolutionnaire », citant en conclusion l’emblématique La Liberté guidant le peuple de Delacroix. Comme dans Sweet Movie, la révolution s’effectue par le sexe ; par rapport à ses deux prédécesseurs, Belladonna va donc décidément jusqu’au-bout des engagements. Son rapport à la narration est très différent ; il lui donne une place plus claire, structure. La limite du film concerne ses répétitions dans les dessins, tandis que sa raideur est une affaire plus intime ou subjective. Globalement les Animerama auront donnés trois films notables, pionniers également, mais avec beaucoup d’angles morts.

Les Mille et une Nuits, le premier, reste le meilleur, même si Belladonna se distingue davantage grâce à son approche picturale, qui lui vaut d’être devenu l’opus retenu par l’Histoire.

Note globale 70

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

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FEHERLOFIA / SON OF THE WHITE MARE ***

11 Sep

4sur5  Avis aux amateurs d’escapades psychédéliques, de bandes excentriques et à tous ceux aimant être mystifiés. Son of the White Mare est pour vous. C’est un film d’animation signé Marcell Jankovics, la seconde réalisation de cette référence en Hongrie inconnue en-dehors de ses frontières ; comme pour le tchèque Svankmajer (Les Possibilités du dialogue, Otesanek), en nettement plus accentué. Il faut dire que Fehérlófia, fabriqué à partir de contes populaires nationaux, emploie un langage peu commun de surcroît.

En effet, autour d’une ligne directrice traditionnelle complètement noyée, le surréalisme est roi jusque dans les moindres détails. L’ensemble des actions et des éléments, mais aussi des personnages, relève du symbolisme au sens le plus cru. Le postulat de base sert de boussole et le script est assez simple : les dragons ont pris le pouvoir sur le monde extérieur. Fehérlófia et ses deux frères, aux capacités surhumaines, apparences lumineuses et coiffures solaires, partent lutter contre les trois principaux dragons et chercher trois princesses. Puis il y a tout le reste, charrié avec force et exubérance.

Des chevaux comme instruments de destruction de masse à la femme rouge à l’antre confortable, le spectacle grouille, se répète sur le fond, se montre inlassable sur la forme. Il diverti plus expressément que la majorité des dessins animés psychédéliques de l’époque, car il est très speed et voyant (contrairement à une Planète Sauvage). Malgré l’illisibilité relative a-priori, Son of the White Mare est un spectacle percutant en raison de son exotisme et de la puissance d’imagination déployée. L’animation est extrêmement agitée, haute-en-couleur au propre comme au figuré, avec des couleurs flashy à volonté.

Toutefois, le problème reste : Son of the White Mare est plus abordable pour une psyché familière à ces contes et la nature de leurs représentations, sauf si on est sensible à ce déversement certes explosif mais aveugle voir redondant. Kirikou, au langage sinon universel, au moins limpide et soutenu par une narration structurée, reste une merveille à tous les degrés. À la profondeur et la simplicité, il faudra préférer l’ivresse et l’opulence. C’est en tout cas le trip virulent auquel beaucoup aurons rêvé.

Note globale 73

Pas de page Allocine, page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions…  Les Maîtres du Temps  

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MIND GAME *

19 Mai

2sur5 La souffrance au cinéma a un nom, c’est Mind Game. Catalogue de tous les effets possibles dans son domaine, Mind Game est le Tueurs Nés de l’anime. Il aligne tous les aspects traditionnels, le pire notamment, comme ces attitudes à l’expressivité obscène ou ces visages démesurés, manie faisant douter de la santé psychique des créateurs et amateurs de mangas, mais surtout, pire, de leur jugement et de leur goût.

On s’oriente vers la logique d’accumulation, le sample et une animation plus occidentale dans certaines séquences, franco-belge pour être précis, avant de revenir vers les visages incrustés bien maladroits et les diapositives ringardes dans l’idée et absurdes sur la forme. Yuasa et son équipe balancent tout aveuglément, sans vision, sans cohérence, mais avec style, qu’on apprécie ou pas. Leur Mind Game est une sorte de Iskanov (Nails, Philosophy of a Knife) en anime ripoliné par Amélie Poulain.

Masaaki Yuasa, d’accord, ton, film est un OCNI, c’est bien compris. L’intention est une chose, il faut voir comment elle est accompagnée. Et Mind Game est vulgaire, criard, laid, le plus lourd y est au rendez-vous et la séance devient rapidement une souffrance, intense, sans répit. Mais une séance d’une rare générosité et une démonstration de furie créatrice. Toute imaginative qu’elle soit, il s’agirait de juguler la logorrhée automatique. Même les surréalistes se mentaient à eux-mêmes, aussi nous pouvons constater les ravages de l’intégrisme du non-sens et regretter d’être son cobaye.

Par ailleurs il est extrêmement suspect et déroutant de savoir qu’un essai comme Immortel (ad vitam) de Enki Bilal a suscité le dégoût quand cette torture haute-en-couleur est portée aux nues, certes par un cercle restreint de spectateurs. Mind Game a su intégrer les tops, même généraux, grâce à ces ressources, mais la notoriété risquerait d’abîmer sa réputation, aussi sa distribution réduite à travers le Monde (pas de sortie en France, tardive en vidéo) est un atout paradoxal.

Note globale 42

 

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Paprika + Matrix

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LES MILLE ET UNE NUITS (1969 – YAMAMOTO) ***

24 Avr

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4sur5  Les Animerama sont une trilogie de films japonais tournés entre 1969 et 1973, tous produits par Osamu Tezuka (auteur de courts-métrages expérimentaux comme Le saut) et réalisés par Eiichi Yamamoto. Les Mille et Une Nuits est le premier d’entre eux et constitue le démarrage du cinéma d’animation pour adultes au Japon. Ouvertement inspiré du recueil persan et indien des Mille et Une Nuits, il porte une vision de l’animation et un style très originaux.

Assez cynique, le film traite de choses crues sur un ton badass : la prison, la torture, sont représentées sous une forme allégée, avec une vision naive même dans les situations les plus borderline. Au lieu de mettre l’accent sur la gravité des situations, Yamamoto installe un climat extravagant et diffuse de la musique rock. Lui et son équipe façonnent un univers très riche, où se répand une sexualité figurative et hallucinée. Le jardin est désirs est aussi inventif et généreux qu’un Urotsukidoji ; moins virulent, évidemment, ce dernier étant proche du hentai et du gore.

La sexualité prend souvent des proportions vagues ou mesurées lors de ses nombreuses irruptions ; et est paradoxalement plus épanouie dans les séquences d’abstraction ultime. L’opus suivant, Cleopatra, sera plus explicite dans ses démonstrations, mais l’accent potache mis par Tezuka ne vaut pas les fulgurances de Yamamoto (confirmées sur Belladonna, le dernier opus). Comme dans celui-là en revanche, les dessins sont de qualité mais le scénario assez bancal.

De plus, les gadgets et les références sont matures, mais le trait reste superficiel et, c’est contradictoire mais c’est ainsi, somme toute très enfantin. Il y a des manques sur le fond, qui entament l’intérêt – et que l’effusion compense mais n’annule pas. Ce premier opus a cependant plus de vision que son successeur et surtout il a doublement valeur de pionnier. D’abord, en tant qu’anime pour adultes ; mais aussi en tant qu’objet psychédélique au cinéma, tout court.

Il est tôt, nous sommes en 1969, à l’aube de la décennie fourmillant de pépites et tentatives psyché ; et à cette tendance naissante de l’époque, ces Mille et Une Nuits ont pour supplément d’âme tout un univers oriental, l’inventivité débridée et le brio à créer des ambiances sensuelles de Yamamoto et Tezuka. Ça fait une somme d’exotismes inespérée. Le film sera un succès commercial, les deux suivants pas tellement, desservis de surcroît par leur exploitation confuse à l’étranger.

Note globale 73

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Le Roi et l’Oiseau

Voir le film sur YouTube : 2h05 ou 2h10 (langue US)

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