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PRÉJUDICE ***

20 Avr

3sur5 La démonstration est convaincante, les intentions et les conclusions plus troubles. Le portrait du groupe et de son monstre principal est impeccable, concret et souvent précis. Ce jeune schizophrène est probablement non-désiré, non-aimé ou pire, mal-aimé, salement aimé, négligé mais pas au point d’être rendu à la liberté. Il est égocentrique, balance soudainement des phrases inadaptées voire hors-contexte, traite des montagnes d’information sans intuition, sans les pénétrer ni les instrumentaliser – en les copiant littéralement dans son disque-dur. Sa sœur n’accepte pas sa réalité et le culpabilise constamment ; il doit montrer des émotions, être heureux et reconnaissant pour les autres – pour elle. Pour son caractère fébrile c’est la meilleure façon de ne pas regarder cette réalité en entier, ni la part que les autres y prennent, ni remettre en question sa propre place dans la famille et dans le schéma où son frère est esseulé. Quand cette sœur annonce sa grossesse, lui est renfoncé dans son sentiment d’exclusion – les manifestations émotionnelles avec sa mère et leur connivence contrastent avec les rapports courants à la maison.

L’essentiel concerne son traitement ; c’est un non-traitement apparent, une absence certaine d’estime et de confiance. Son entourage tend à l’ignorer. La belle-sœur, présente malgré l’absence du fils et frère des membres de la tribu, subit le même sort – avec moins de passion et plus de courtoisie. Que la sœur et la mère parlent ainsi à côté d’elle comme si elle était invisible, dès les débuts du film, indique les dispositions familiales. Nous sommes dans une de ces familles appliquant le déni aux êtres, infligeant des violences ou en laissant courir sans bruits, sans afficher de haine ou de rejet – on ne prétend à rien d’autre que la normalité, la bienveillance ordinaire, mais on applique d’autres critères. On ostracise sans y faire attention et si une curiosité ou une indélicatesse venait à être relevée, leurs auteurs ou complices ne les verraient pas – en dernier recours, les maquilleraient ou les justifieraient. Cédric est l’otage d’un cercle vicieux, entretenu par un autre cercle propre à la famille – conjointement ils l’encouragent à se taire. Par acquis et souci de protection (de la part d’eux et de lui ; pour la personne, la réputation, les habitudes, la sérénité psychologique, pour tenir à distance une vague de purin et de douleurs), il est entretenu dans son isolement et sa sphère débile ; le ‘cas’ en restera un.

Cédric est cet autiste, ce fou, ce taré, qui pose question. Il rappelle ce qui foire ou a foiré, verbalement ou par sa simple présence. La scène sous la pluie est éloquente : la troupe laisse Cédric à lui-même, puis à l’usure et puisqu’un trop long délai serait suspect, maman appelle Cédric – qu’il arrête ‘ça’ maintenant ! Les parents ont dû s’attendre à ce que l’enfant se débrouille seul – il est déjà, toujours trop, à notre charge. Et lui, dépendant et incapable de se détacher de ses espérances affectives, demeure un boulet insistant – démuni car on lui a rien appris ; jeté le nécessaire à la gueule. Dans ce film le schizophrène (ou autiste et à quel degré ?) souffre d’un développement ‘arrêté’ voire quasi-nul. Ses fonctions ont continué à s’étoffer naturellement, mais sur des bases fragiles et des pans considérables de la maturité (‘humaine’, sans parler de celle ‘sociale’) lui resteront interdits (sauf au terme de plusieurs révolutions et pour des résultats instables ou encore déficients, ou creux).

La principale responsable de la situation actuelle est la mère. Un possible mépris du masculin s’ajoute à son dossier – il fournirait une raison supplémentaire d’avoir rejeté son enfant. Une autre possibilité lourde de sens vient renforcer cette impression : le choix de l’actrice. Nathalie Baye incarnait dans Laurence Anyways la mère d’un aspirant transsexuelle, jetant à sa progéniture « Je t’ai jamais considéré comme mon fils ; par contre je sens que t’es ma fille. » Peut-être que d’autres tracas psychologiques se sont greffés sur cette présentation d’une famille simplement troublée par la présence d’un malade psychiatrique – car le film est explicite sur tout ce qu’il énonce mais laisse beaucoup d’ouvertures. Il suit un fil cohérent, prévisible dès que ce genre de profils a été porté à votre connaissance ou que vous avez un peu réfléchi aux psychologies familiales. D’éventuels manques du film gênent également la lecture de son message. On ne sait pas toujours si certains ratés doivent refléter l’ambiance familiale, le climat mental du protagoniste – ou simplement sont des fautes. En particulier cette prise de son douteuse par endroits, ces ralentis et autres effets excessifs, mais aussi la disjonction apparente entre projection du scénariste et application du scénario ; le temps dehors est triste, maman le trouve beau, tout le monde semble raccord avec cette sensation. Il y a là une volonté de nous faire comprendre physiquement le décalage, bousculer au propre et au figuré un cadre commun et raisonnable – mal ‘cadrer’ cette banalité viciée.

Mais puisqu’il tenait à être immersif, franc et incisif, Préjudice aurait pu aller voir comment se tiennent les autres dans cette famille, tenter de mesurer la contribution et les fardeaux de chacun ; en particulier, vérifier comment s’est tenu le père (interprété par un musicien dans le costume d’un bonhomme prompt à baisser les yeux). Préjudice laisse trop en plan, cesse l’investigation quand il est arrivé au palier du sulfureux imminent, abandonne le spectateur à des suggestions malsaines. On en sort avec l’impression d’avoir assisté à un procès bien renseigné mais finalement inéquitable, jouant la pudeur toujours avec un ou deux instants de retard. Ce procès naturellement accable la mère et vient soutenir certains courants psychiatriques, donc certains biais médicaux cristallisés autour d’un bouc-émissaire (qui, bien sûr, pourrait être le plus approprié pour ce rôle, l’agent toxique essentiel). On peut estimer que ‘tout le monde est impliqué, personne n’a tort ou raison’, il y a plutôt des fautifs et des aliénés à divers degrés : la mère est chargée et la famille aliénée par elle (y compris ce père évanescent). Maman pourrait être une victime ou contrainte par une tribu déviante, ou sur laquelle a jailli des tares culturelles ou congénitales dont elle a pu être la porteuse ; c’est dans le champ trop large, donc invalide d’office, des hypothèses. Dans une moindre mesure, le spectateur peut éprouver la lassitude et la détresse connues par les proches d’handicapés.

Note globale 64

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Canine + Les Chatouilles + Le Mur Invisible

Les+

  • représentation crédible et précise, probablement ‘renseignée’ ou fruit d’une sensibilité ‘efficace’

  • interprètes, ‘façons’ des personnages

  • dialogues

Les-

  • tendance procédurière voilée

  • fouille son sujet puis respecte trop des frontières bien arrêtées

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UNDER THE SILVER LAKE ***

18 Mar

3sur5 Ce thriller grotesque et sardonique, par suite potentiellement comique, recycle De Palma (l’existence de Body Double relativise beaucoup ce qu’on peut lui trouver de grand et d’unique), Mulholland Drive, poursuit sur la lancée de films récents concernant Hollywood comme Maps to the Stars (la scène sur les chiottes est plus entière avec le Jésus du jour). Il fait écho voire reprend du Breat Easton Ellis pour la vacuité des US dorés, renvoie vaguement à Southland Tales avec son apocalypse. Et surtout rappelle ceux qui ont déjà repris le film noir pour le tirer vers le fantastique, le surréalisme, un mystère d’une nature proche de la SF ou du mystique – ou actualisé le style hitchockien et on en revient à De Palma (notamment au début et via la musique, dont l’usage ressemble à celui dans Obsession).

Les pelletées de références et d’anecdotes étranges [l’écureuil écrasé clairement factice, le pirate] sont en principe unifiées par un conspirationnisme généralisé ; l’univers est saturé de codes et entièrement gavé par lui. On donnera la source exclusive des mélodies connues depuis des siècles. Ce père Fourras compositeur est le seul point un peu concret ou finalisé dans les propos du film ; il met en doute le rôle de la culture dans l’Humanité. En passant il implique que tous les artistes à succès ont reçus leurs œuvres, ou leur matière clé. Cette splendide théorie fondamentaliste voire d’illuminé ultime met de côté les questions de production et de distribution (les œuvres ne seraient pas ‘apparemment’ ce qu’elles sont devenues sans leurs relais et en prendre conscience ouvre à une crise tout aussi abyssale). Mais il est facile de décréter que les circuits ne sont que des instruments dans ce jeu-là, les supports d’une édification despotique des goûts et des mœurs. Pour un dessein dont naturellement on apprendra rien de consistant, à moins que l’issue du film [son enlisement et les garnitures le ponctuant] soit à prendre au sérieux.

Ce film aussi est un jeu et finalement assez vain – susceptible de plaire et de tenir sous hypnose. Si on ne succombe pas à ses charmes on ne verra qu’un remake indirect de plusieurs sources, vintage et dans un certain air du temps (synthétique et pas ‘premier’). L’enquête menée par Sam est proche d’un rêve et le résultat captivant pour ça. Sauf que le temps objectif d’un rêve est bien plus court et celui du film imite peut-être trop bien celui ressenti pendant nos vraies nuits. Reste un produit stylistiquement brillant, avec un génie pas seulement tiré de chez d’autres – mais se dégonflant inéluctablement, avec une part de bouffonnerie manifeste galopante au bord du précipice.

Note globale 64

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… It Follows + The Conspiracy + Mandy

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (6), Dialogues (7), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (8), Visuel/Photo-technique (8), Originalité (7), Ambition (8), Audace (7), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (5)

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HALLOWEEN ***

17 Jan

3sur5  Suite directe du Halloween originel, cet Halloween 2018 enjambe toute la saga – sans livrer quelque chose de foncièrement différent. Quarante ans après [la sortie de son modèle phare] le domaine a été écumé et probablement épuisé – il faut le tordre pour l’amener ailleurs (quitte à le décomposer comme l’ont fait Wes Craven ou l’Angustia de Luna), de l’excellence et sans doute un génie à raffiner la sauvagerie pour le hisser à des hauteurs respectables (les Maniac, Bloody Bird ont su relever le défi).

L’équipe historique garantissait une certaine continuité pour ce déjà onzième opus (la saga est définitivement une des plus prolifiques), tandis que du sang neuf joliment labellisé assurait de se raccorder [aux attentes ou habitudes du présent]. D’un côté donc : Carpenter a participé en tant que conseiller (il n’était pas impliqué pour les précédents essais), Malek Akkad, fils de Moustapha qu’il a relayé à la (co-)production de l’ensemble de la saga à partir d’Halloween 6 est toujours là ; puis surtout Jamie Lee Curtis retrouve la peau à laquelle elle reste identifiée en priorité, malgré plusieurs succès retentissants ou performances marquantes (True Lies, Trading Places, Wanda, Freaky Friday). De l’autre, l’entreprise en phase très ascendante Blumhouse a mis la main sur la franchise, tirée du chapeautage des frères Weinstein (sur l’affaire depuis cinq épisodes) et le réalisateur est un touche-à-tout prometteur avec encore beaucoup à prouver. Le résultat est concluant mais pas mirobolant : les surprises sont minces, le drame sans profondeur, le tour de piste efficace et bien charpenté. En degré, c’est un slasher conventionnel, pourvu d’une dizaine de morts brutales (servies par les excellents effets gores de Christopher Nelson) ; en qualité, c’est tout de même le haut du panier. Il manque d’intensité par rapport à ceux (fous) de Zombie – il est bon par rapport à ce qui se fait de notable dans le registre.

L’essentiel du travail relève du fétichisme et de la ré-actualisation d’un univers et de sa marque. Ce n’est pas une reconstitution, mais une reconstruction. Les éléments cultes sont discrètement omniprésents, comme cette respiration de Nick Castle, l’homme sous le masque en 1978. Le theme mythique est de retour, via un remix (encore un) composé par le trio impliquant Carpenter John et Cody avec leur parent Daniel Davies (ces fils et filleul étaient déjà ses collaborateurs pour les excellents Lost Themes – série d’album au titre trompeur). Michael reste mutique et sans réaction – sans même volonté soupçonnable d’être fermé. Les ados lourds et épanouis prêtent à sourire, sans affectation – le dégoût perceptible envers la médiocrité en 1978 n’est de la partie qu’à un niveau résiduel, fonction du spectateur. L’Amérique trumpienne (ou provinciale) occupe le décors et le style, les vêtements surtout, sont un peu datés (des seventies, l’espace où a démarré l’an précédent la série Mindhunter). Or on parle des tests ADN, voit un couple en Bonnie & Clyde inversés. Halloween 2018 sait mettre à profit l’arrière-pays (l’ordinaire par opposition au folklorique) où présent et passé sont mélangés, où les vestiges vintage et la culture profonde disputent des parts de visibilité aux tendances gouvernant sans nuances dans les capitales.

Malheureusement les aspects positifs sont trop froids ou superficiels pour recouvrir durablement les défauts, même si la plupart sont modérés eux aussi. Si l’histoire générale et spécialement celle de Laurie a été habilement réinventée, c’est en largeur plutôt que dans le détail ou en intensité. La façade des personnages est étoffée, ils traînent une histoire définie, mais comme dans les romans de Simenon il faut surtout compter sur l’imagination pour compléter entre les lignes (ou bien ils tournent au grotesque pas tout à fait maîtrisé comme ce nouveau Loomis, responsable d’un moment de débilité à vertu pédagogique quand il rencontre Laurie). Cela conduit à un dernier acte où la cohérence souffre, pas à cause de graves négligences ou d’audaces incontrôlées, mais parce qu’une faute insignifiante suffit à broyer toute illusion. Ainsi Laurie a de mauvais comportements, une ou deux légèretés critiques pour une survivaliste – alors qu’elle approche la pureté le reste du temps. Sa réplique radicale versus Michael sera du plus bel effet, mais pour une fin irrecevable – la survie du monstre est très probable (c’est à peine spoiler). Et cette réponse est frustrante de toutes manières, à cause du gâchis des ressources (à quoi bon remplir si fort cette cave ?) et dans une moindre mesure du scénario.

Des limites plus contrariantes sont atteintes du côté du croquemitaine. H2018 évite les occasions de montrer un Michael trop diabolique ou consistant dans son indifférence à l’acceptable (pour le monde et pour le cinéma). Qu’il passe à côté d’un bébé braillard n’est pas conforme au personnage. Il peut être indolent ou ignorer certains détails/humains, mais sauf urgence il doit saccager ce qui traîne sur son chemin, surtout si la chose est turbulente. Cette erreur intervient dans le cadre d’un film d’horreur sévère puisqu’un mineur peut y mourir (suite à un accident de voiture) – sévère mais pas encore réaliste ni troublant. Il aurait mieux valu que le petit enfant soit absent, ou couper – ce qui impliquait renoncer au semblant de plan-séquence – dispensable sauf pour l’hommage.

Par conséquent et même s’il les porte à un beau niveau grâce aux qualités d’exécution, H2018 rebondit souvent sur les clichés. Son script lui-même en est cousu – seuls des nouveaux venus entendront évoquer sans broncher un transfert de la Bête le lendemain [de la réception de ces journalistes ambitieux mais stériles]. La sobriété a ses contreparties (donne une séance assez irréprochable de loin et dans les grandes lignes) – et des exigences surtout négatives : les ouvertures et excentricités de la saga sont refoulées. Ainsi le lien filial entre Michael et Laurie (annoncé dès la première suite) devient une légende urbaine d’après un dialogue. Pas de magie au programme bien entendu et pas de fille Strode venue distraire Michael de son long sommeil (c’était le cas avec Jamie Lloyd dans les épisodes 4 à 6). L’hypothétique série Haddonfield devra accepter des risques de cette nature, avec ou sans regard dans le rétro – car en même temps qu’il prouve la solidité du filon, Halloween 2018 souille les espoirs de seconde jeunesse cachée du côté des Strode.

Note globale 64

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Les griffes de la nuit/2010, Get Out, American Nightmare, Alien Covenant, La Maison du diable, La Malédiction, You’re next, Pas un bruit

Scénario/Écriture (6), Casting/Personnages (6), Dialogues (5), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (5), Ambition (7), Audace (6), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (6), Pertinence/Cohérence (4)

Les +

  • très bon comme slasher ou film d’horreur indistinct
  • relève honorable pour la franchise (qu’il resitue proprement, sans emphase et presque sans explications niaiseuses)
  • la réinvention de Laurie Strode
  • aspects techniques au sens large

Les –

  • assez mou concernant Michael
  • drame superficiel, maintient l’ensemble dans la tiédeur
  • mauvaise fin
  • personnages qui ne décollent pas (après la bonne première impression)

 

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LES VACANCES DE MR BEAN ***

18 Déc

3sur5  Difficile à épargner mais impossible de ne pas céder : Les vacances de Mr Bean mériterait des notes plus élevées, ne serait-ce qu’en raison de quelques exploits de son héros. En même temps, c’est un ersatz, voir un bouche-trou. Ce film a de merveilleux atouts, le cadre et le scénario font défaut. Si la seconde adaptation officielle (troisième si on inclut Johnny English) de Bean au cinéma demeure un divertissement recommandable, c’est à 80% en raison de la seule personne de Atkinson, le reste allant à quelques idées de gags (Bean sur un lieu de tournage) et surtout leur mise en scène intelligente.

Car l’humour est visuel avant tout : il faut regarder le film, pas le survoler, sinon c’est inutile. On profite alors d’un road-movie en solo anthologique et de la rocambolesque poursuite du ticket. Le rythme est excellent et respecte le principe de base de Bean : d’un événement anodin que n’importe qui de censé expédierait en un instant, Bean crée une avalanche d’implications surréalistes. Voilà un gros abruti aberrant sans aucun recul sur ce qu’il fait ; la tête dans le guidon au figuré puis au propre ; mais à fond dans l’action ! La normopathie illusoire de Bean elle aussi fait des étincelles, ce qui engendre ses efforts de sociabilisation à contre-temps et de toutes façon hors-sujet, dans un contexte à son niveau puisque les flonflons à la Amélie Poulain sont présumés illustrer l’identité française.

Toutefois, de l’esprit boratien de Bean, on passe à celui d’une comédie outrageusement ubuesque mais aussi manquant d’ambition. Celui-ci abouti à s’enticher d’un gamin inintéressant et d’une bonne copine dévouée à Bean, pour cultiver l’aspect chaleureux et bienveillant d’une si charmante et innocente comédie familiale. Bean n’a jamais été undeground, mais le réduire à ce point aux sentiments mielleux au lieu de pousser à bout la dimension trash du personnage est un choix regrettable, sinon carrément incohérent. Des bons petits débiles aimables, il y en aura toujours ailleurs, inutile d’allez chercher une marque dont le caractère est plus élaboré pour un projet si futile. Il y a cependant de quoi amuser la galerie jusque dans les moments les plus ronflants, car le décalage du bouffon reste plus fort que sa volonté.

Note globale 64

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MENTEUR MENTEUR ***

14 Déc

3sur5   Dans Menteur menteur, Jim Carrey est un avocat sans scrupules gagnant sa vie grâce à sa mauvaise foi. Celle-ci affecte l’ensemble de son entourage, aussi son fils fait le vœu que son père ne puisse dire que la vérité pendant 24 heures. Le vœu se réalise, Fletcher Reede ne peut plus mentir et pire, il exprime tout ce qu’il pense sans filtre, même lorsque ce n’est pas nécessaire : c’est comparable au concept de The Invention of Lying et à l’exagération dont il était le prétexte.

Situé juste entre Disjoncté et The Truman Show dans la carrière de Jim Carrey, Menteur menteur est après Dumber & Dumber la comédie où ses simagrées sont les plus jouissives. Ce n’était pourtant pas acquis puisque le film est réalisé par Tom Shadyac, avec lequel Carrey a exécuté Ace Ventura détective et Bruce tout-puissant. De surcroît, Menteur menteur est un gros spectacle familial d’Universal Pictures, avec un minimum de prise de risques et d’ambitions artistiques.

Le spectateur sera même gratifié d’un grossier bêtisier, tandis que Jim Carrey enfile les gags conventionnels et les lieux communs, parfois très crétins ; mais avec son costume de génie ! Ce paradoxe est susceptible de le rendre détestable, jusqu’à créer un étrange malaise ou à anesthésier ses performances. C’est aussi ce qui lui permet de nous faire rire de choses qui sans lui seraient poussives et rien d’autres ; un talent que Jean Dujardin a également démontré dans OSS 117 mais aussi ailleurs (Les Infidèles par exemple).

Dans cet océan de mièvrerie travesti en grosse poilade, Jim Carrey est un élément étranger, parodique et autonome. Il ne fait pas le gag convenu, il arrive avec son énergie et déambule sans se laisser apprivoiser ; s’il doit se sacrifier, il le fait en traître, même s’il doit s’acquitter du lot de jugements sur son comportement lâchés au cours de ces 24 heures de vérité (il est censé dire sa vérité, or il clame celle d’un surmoi extérieur !). Ainsi la comédie consensuelle glisse sans l’atteindre, comme l’univers de l’entreprise (Braqueurs amateurs aura le tort de vouloir confronter ce dernier avec sérieux).

Cela n’empêche pas les éléments plus conformes de prendre la place ; en premier lieu, ce gamin envahissant et incompréhensif, qui veut son papa, tout le temps auprès de lui, sans concevoir qu’il ait d’autres projets et des histoires d’adultes à régler. Et en plus c’est un menteur : voilà une raison morale de blâmer son papa ! Évidemment le film prend son parti, parce que s’il est pris en otage par un Carrey à son meilleur, il n’en demeure pas moins un semi-blockbuster niais, incapable de ne pas réduire son grand atout à des finalités moralistes de mégère stupide mais bienveillante.

Note globale 64

 

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