MINI-CRITIQUES MUBI 4 (2018)

7 Jan

Première publication impliquant une année entière – probablement à renouveler. La 3e édition des MNC Mubi diffusée plus tard.

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Irma Vep * (France 1996) : Enfin un film signé Assayas, mais c’est du cinéma nombriliste et peut-être pseudo-satirique des gens du métier – ceux de Paris, petits mais artistes (et vivant comme des bourgeois indolents). Séance chaotique et opportuniste, à la limite d’un voyeurisme peu alléchant pour les non-initiés/convertis (dont je suis). Replace carrément des extraits de la création de Feuillade. Certains moments ou interprètes peuvent attirer le dégoût ou la sympathie, d’une façon froide et molle. (38)

Petit Dieter doit voler ** (Allemagne 1998) : Un documentaire d’Herzog sur un type théâtral (dans les archives aussi) et excentrique en public, pilote de l’armée américaine dans le conflit avec le Viet-Nam. Dieter Dengler raconte ses expériences de façon très expressive – quelquefois, le film digresse en musique. Cette approche devient assommante, pleine de détails et d’annotations, presque impétueuse en apparence, mais elle transmet relativement peu. La matière d’un simple reportage manque et ce qui se trouve ici semble plutôt adapté à l’écrit. La formule est similaire à celle des autres opus mais donne cette fois un résultat surchargé et éparpillé. Trop de pouvoir est accordé à la parole d’un homme et à ses démonstrations manuelles. Les décors, même asiatiques, sont peu mis à contribution, ou alors à la marge du propos principal – ou en tant que supports inadéquats, inertes.

Cela reste un documentaire unique, presque étrange, inspirant de la suspicion (et de la joie) là où il est plutôt censé produire de la compassion et des sentiments éventuellement tristes mais nobles. L’hommage et le goût du luxe et de la ‘grandeur’ sont plausibles si on jauge le film, ses images, littéralement, mais ils semblent absurdes comme le seraient des œuvres de commande irréprochables et artificielles. Un certain optimisme, a-priori aberrant, se dégage par-dessus tout – il relève d’une envie, ou même d’un instinct, de prendre la vie comme un cadeau, avec son lot d’opportunités et d’anecdotes à parcourir.

À la 48e minute, nous montre comment défaire des menottes. (58)

Les Ailes de l’espoir *** (Allemagne 2000) : Cet opus forme un diptyque avec le précédent ; il suit également un survivant, en repassant sur certains lieux des incidents. Il s’agit de la seule rescapée d’un crash survenu en 1971 dans la jungle péruvienne (elle a survécu en étant éjectée à très haute altitude).

Juliane Koepke (présentée sous son nom de jeune fille, à sa demande) rapporte son expérience et ses impressions avec exactitude. Le goût de la connaissance semble l’avoir aidée à surmonter sa douleur. Le traumatisme n’est peut-être pas dissipé mais au moins il est tenu en laisse.

Ce documentaire pour la télévision donne aussi l’occasion d’approcher la jungle, passer en revue des vérités et contre-vérités, visiter rapidement plusieurs petites créatures peuplant le quotidien de la scientifique (elle a poursuivi l’œuvre de son père, biologiste avec une base établie dans la forêt).

Un film a été tiré de son aventure dans la jungle – il est humilié dans celui-ci. (72)

The White Diamond ** (Allemagne 2004) : Dernier opus du cycle Herzog (qui s’arrête juste avant Rescue Dawn, vu quelques heures plus tôt à la télé). L’âge de l’auto-parodie est arrivé – pas étonnant qu’Herzog se soit recyclé ensuite (films de fiction et documentaires pas centrés sur un ou des hommes). De belles séquences près des chutes d’eaux ou avec les lézards. Parmi les nombreuses digressions, quelques-unes où un chaman modéré fait la morale et d’autres plus sensorielles, picturales, ou même à proximité du clip. Séance un peu absurde, inutile, planante et émotionnelle selon les moments, avec du charme. (46)

Blue Collar *** (USA 1978) : Premier film tourné par Schrader, dont j’admire plusieurs œuvres (American Gigolo, Hardcore). Même ses opus mineurs ou ‘ratés’ valent le détour (Étrange séduction, The Canyons). Celui-ci raconte une affaire de crime et de corruption autour d’un syndicat, avec un trio d’ouvriers de Detroit. Techniquement le film est irréprochable et des plus agréables. L’histoire est puissante et banale, la narration sans fioritures. Les personnages sont cyniques mais réalistes, Zeke est un pur voyou sans être accablé (trop guignol pour être forcément antipathique).

‘Ils nous divisent entre noir et blancs, vieux et jeunes, pour nous garder à la même place’ (approximativement) : ressort cette phrase (lancée par Smokey) pour conclure la séance. Ce n’est pas absolument juste, fait l’impasse sur les comportements et les choix individuels, puis surtout semble vouloir attribuer la corruption à un contexte ou des acteurs particuliers. Ça reste juste dans la mesure où du point de vue d’un ‘blue collar’ c’est ce qui se passe. Le patron du syndicat, lorsqu’il doit convaincre Zeke, sort le parfait discours de collabo social-démocrate. (82)

Cat People *** (USA 1982) : ‘Remake’ très libre, proche du nanar ou de la fantaisie impossible, où la mise en scène arrive à faire tenir le manège – y croire ne dépend plus d’elle. Cousin du film coupé de Barker (Cabal) et de La Mouche de Cronenberg, avec son amour inter-espèces ou entre humains et espèces mixtes. Sensualiste, divagations sur leur race atypique, élans érotiques ou romantiques. Des actions infondées au service de séquences oniriques ou du moins bifurquant fortement – avec une ‘aura’ commune au Phenomena d’Argento pendant quelques instants. (66)

Le Poison/The Lost Weekend *** (USA 1945) : Tourné un an après Assurance sur la mort par Billy Wilder et salué par quatre Oscars. Sur l’alcoolisme d’un soit-disant trentenaire interprété par Ray Milland, 40 ans à l’époque. Le film tend à universaliser le souci du malade et de son entourage. Il est partagé entre un certain vernis mielleux, théâtral (pour l’histoire immédiate) et une approche sombre et réaliste de l’alcoolisme, proche du catalogue de la grande descente. Les symptômes s’accumulent : la vie organisée autour du produit, l’acharnement et les semblants de justification ou de rationalisation existentielles, les complaintes et l’agressivité d’un type à la dérive, repoussant les gens mais dépendant, le déni aberrant lorsqu’il est pris en faute. Le passé reste obscur, les raisons de la cuite compulsive très générales. Après une demi-heure le public a droit à quelques flash-back, ramenant à la rencontre avec la femme (vue aux côtés du frère au début, son autre ‘tuteur’) : au milieu du film, il officialise – venu à l’alcool suite à des aspirations déçues d’écrivain. La morbidité culmine avec le delirium tremens (avec hallucinations) des autres puis de lui-même. L’issue est heureuse avec ‘restauration narcissique’ pour l’égoïste dont nous ne saurons pas qui il est vraiment. (64)

La Route semée d’étoiles ** (USA 1944) : Mielleux, distingué, étiré à l’excès sur certaines séquences, surchargé de dialogues, passages musicaux chaleureux, photo et décors ‘irréprochables’. Going My Way est bien ‘ravi de la crèche’ mais difficile à suivre en ce qui me concerne. Je préfère de très loin The Naked Kiss/Police spéciale ou Assurance sur la mort. (52)

La Soledad * (Venezuela 2016) : La photo et l’aspect sont clean, la place des décors naturels plaisante, les acteurs opérationnels. Un tel réalisme est agréable. Mais les ambitions déclarées du film ne sont pas comblées. Même comme témoignage particulier il est plus que flottant. Ses illustrations n’ont pas de valeur sociale ou informative, sauf peut-être des choses isolées comme le rayon de supermarché vide, dont l’exposition n’est pas encore un propos en soi. La subjectivité est heureusement un peu ‘remplie’ grâce aux qualités de ‘film contemplatif’. La Soledad sait trouver ce qu’il y a de joli dans cette vie, ces bouts de société, ces moments qui ne comptent que pour une personne. Ça se laisse défiler. (36)

Serial Mother *** (USA 1994) : Un film de la période ‘sage’ de John Waters, sur la bienséance pervertie et sur une femme masquée (à la fois par sincérité et par nécessité – une manipulatrice colérique et compulsive sous le vernis de la ménagère). Cynique et déjanté, imprévisible, style ‘normal’ et pimpant détourné, souvent au bord du film d’horreur. Trop léger pour déranger même quand objectivement il y a de quoi. Kathleen Turner est géniale comme toujours et ressemble à une Bree Van De Kamp anticipée, avec un côté psychopathe facétieux. La gestion du procès met en évidence les vices et l’aliénation largement partagés (la société et son jugement écrasant mais superficiel, la foi dans les apparences), mais aussi la perméabilité des gens, avec ou sans le troupeau. (76)

Trouble Every Day ** (2001) : Mêle la sensualité au cannibalisme dans un contexte non-exotique. Maîtrisé, lent, délicat, téméraire, contient des moments pénibles, scénario minimaliste (comme les ‘vibrations’ de Vincent Gallo et son pire entourage). Écœurant ou même choquant plutôt que poignant (mais les aventures de Béatrice Dalle sont difficilement émouvantes, quelque soit son rôle). Pas percutant sur le plan de l’intimité dérangée, du moins pas à un niveau profond, où il donnerait la sensation d’entrer dans la normalité d’anormaux – on reste extérieurs, bercés ou pris à témoin (ce qui ne suffit pas à atténuer ou nier le caractère subversif de ce que nous avons à l’écran). La mélancolie sert de tampon – tout le monde y participe ou la traverse. Un film d’horreur cliché mais bien troussé a davantage vocation à ‘prendre le taureau par les cornes’ mais peu creuseront davantage. Excellente bande originale spécialement composée par Tindersticks. (62)

Polluting Paradise / Der mull im garten eden ** (Allemagne 2012) : Documentaire sur l’implantation d’une décharge dans un village turc et la lutte des locaux contre ce gâchis. Belle intention, bonne immersion (vie du village au sens large), mais décousu, plein de superflus voire de ‘pertes’. C’était plutôt un témoignage random (techniquement rigoureux) qu’un vrai documentaire. Cette approche est peut-être meilleure d’un point de vue militant, sauf pour conquérir un public indifférent a-priori. (52)

Marketa Lazarova ** (Tchécoslovaquie 1967) : Splendide, mais pas pédagogue pour présenter ses histoires. Le spectateur peut apprécier la réussite technique, les paysages, l’organisation de ce Moyen-Age reconstitué. Le plus mystique (ou aspirant et même laïc) pourra se sentir porté et touché par cette lutte entre paganisme et christianisme, instincts libres et culpabilité – lutte intérieure en plus de celle des représentants attitrés. Verhoeven reste préférable même quand l’aspect est plus cheap. (62)

All I Desire ** (USA 1953) : Opus du basculement ou pré-basculement pour Douglas Sirk. Sa série de mélodrames fameux commence ici, si ce n’est avec Le secret magnifique un an plus tard. Mais ce film-là, malgré sa superbe plastique et un bon potentiel sympathie, tend à s’enfoncer, avec une histoire pataude (et légèrement rocambolesque) et des personnages rectilignes. Celui de Barbara Stanwyck (Assurance sur la mort) lui-même se banalise très vite, mais il garde de la prestance grâce à l’interprétation et une moindre grossièreté – puis reprend franchement des couleurs dans la crise. La domestique/cuisinière est plus ‘en 2d’ que la moyenne des rôles avec sa fonction, mais tout aussi banale en principe. À essayer quand même, ce sera à peine 80 minutes de perdues au pire. (56)

L’hirondelle d’or ** (Hong Kong 1966) : Serait un des films d’arts martiaux ‘de référence’ et est un emblème du wu xia pian (le film de sabre chinois dont Tsui Hark a été le grand continuateur). Un peu grotesque/fantaisiste et remplis de gadgets sonores comme le sont bien d’autres. Belles couleurs même en intérieur ou en studios contrairement à eux. Avec l’existence d’une héroïne (première du genre) et la violence très cynique, c’est probablement ce qui l’a élevé. Il est paradoxalement plus accessible, généraliste. Casting de cabotins et nullité psychologique (voire au niveau de la cohérence, sans que ce soit un film activement bouffon). (58)

My name is Hallam Foe *** (UK 2007) : Billy Elliott (Jamie Bell) est maintenant en fin d’adolescence et a quelques habitudes et motivations inadaptées. Signé David MacKenzie avant tous ses films largement connus (Perfect Sense, Les poings sur les murs puis Comancheria). La bande-son a été récompensée et très appréciée, je l’ai à peine relevée. Sur la quête de la mère, voyez aussi Breakfast on Pluto. (72)

Comic Book Confidential ** (USA 1989) : Documentaire sur la BD nord-américaine et ses plus illustres ou populaires représentants depuis les années 1930. On rencontre Captain America puis Fritz the cat puis Maus et leurs créateurs, plonge dans les Mad (années 1950). Zippy m’a donné envie. Mise en scène éclectique au début (narration aussi), mouvementée côté sonore, avec des arrangements pour les initiés (ordre de présentation, références discrètes). Le plus intéressant pourrait être ces vidéos anti-comics de l’époque. (62)

Fando et Lis ** (1968) : Les débuts du cinéma de Jodorowsky. Plaisant à regarder mais sans grande vérité. (58)

La solitude des nombres premiers *** (2011) : Mystification légère, vaine si on attend du scénario, porteuse pour le style et l’ambiance, au sens complet – elle rapproche des personnages et de leur timidité ou confusion. Ils sont introvertis plus que traumatisés, mais à cause de cette inclinaison se trouvent livrés à des troubles de l’esprit ou du comportement. Leurs expériences, même dures, auraient eu d’autres effets s’ils n’étaient pas de nature si repliée (apparemment inerte) – peut-être si profonds, mais pas si ‘saillants’. (68)

The Times of Harvey Milk ** (USA 1984) : Documentaire sur le premier activiste ouvertement gay aux États-Unis (à l’étrange sourire perpétuel). Il était, sous le mandat de Carter (qui aurait préféré ne pas être pris en photo avec un homosexuel !), au centre d’une montée de la visibilité et des droits ‘gay’ à San Francisco, avec en contrepartie des crispations et de l’homophobie. En accord total avec son sujet, se montre très emphatique (la musique prend parfois une tournure religieuse), cautionne certaines niaiseries des intervenants et les émeutes suivant la peine légère de Dan White. Le dernier tiers concerne les suites de son assassinat et l’ensemble est intelligemment manié et agencé. On ne montre jamais Harvey Milk pour lui-même, il est toujours dans son environnement ; par contre les banalités et expériences des intervenants face caméra prennent beaucoup de place. (58)

Réussir sa vie ** (France 2012) : Premier long-métrage de Benoît Forgeard, qui y inclut trois de ses courts passés. Pratique radicalement l’absurde, la mise à distance, la désarticulation, le sarcasme froid, recoure au cheap flagrant (casting compris). Style ‘robotique’ vite saoulant dans le premier segment (avec Tanguy Pastureau), une fois qu’on a finit de ricaner ‘avec’ le film. Ceux avec Sylvain Dieuaide sont davantage dramatisés (en mec groggy pressé d’être vivant et animé, sans espoir d’y parvenir vu le monde encore plus aberrant que lui), le plus drôle reste le réalisateur lui-même avec ses quelques interventions brisant le 4e mur ou la partie à l’université. Gaz de France est une réussite pimpante quoiqu’un peu chiante si on accepte le ‘cadre’ de ce prédécesseur. (48)

Mourir à trente ans ** (France 1982) : Romain Goupil revient sur son engagement militant et rend hommage à Michel Recanati (son camarade de lutte entre 1967 et 1971), le mort à trente ans, le « coincé » de la bande (sérieux, tourné vers la pureté de l’action et des idées). Le film utilise des images d’archives en abondance, quelques témoignages et des images enregistrées par Goupil déjà réalisateur, en roue libre et avec une sensibilité certaine (et une saynète de castagne sinon viol sur nonnes).

Goupil se montre un peu auto-critique, sceptique ou repenti sur quelques points. Il reproche à lui et à ses camarades d’avoir été trop naïfs ou trop bornés (« en bon bolchevique, j’appliquais la ligne »). Désenchantement rampant – émotion sans doute bourgeoise, mais cela fait partie des angles morts et des nombreux objets de complaisance de Goupil et sa clique.

Efficace et assez inventif dans sa mise en scène, fade dans la seconde moitié, utilise des musiques nobles. On ‘découvre’ que ces gens étaient pour la plupart, quand ils n’étaient pas juste gavés par l’expérience ou heureux de baiser, des jeunes cons croyant avoir tout compris, incarner la vérité révolutionnaire ou le meilleur de l’Humanité, etc. Le reste, ce ne serait que des imbéciles, y compris les profs qui se prétendent de gauche et ne le sont pas en pratique (sûrement oui). Les adultes ont encore ce côté pénible des transgresseurs de conforts.

En même temps, le rejet d’une société figée, de « l’ordre moral » est légitime pour cette époque, l’usage abusif du terme « fasciste » l’est même par rapport à la nôtre, en tout cas du point de vue traditionnel, avec la société militarisée. Film salué à Cannes et aux Césars en 1982-83. Voyez aussi Il est mort après la guerre d’Oshima. (46)

Écrit sur du vent ** (USA 1956) : Très joli, mais complètement soap et superficiel par rapport aux autres vus du même réalisateur (Mirage de la vie, Le secret magnifique, Le temps d’aimer, Tout ce que le ciel permet) même les très sucrés et bien que celui-ci relève parfois du thriller. La mise en scène atteint quelques sommets, le scénario et plus encore le suspense approchent le néant. L’émotion, soit probablement le plus important, ne m’a pas atteint. (58)

La guerre des espions ** (Japon 1965) : Film de samouraïs refoulant la partie sabre et combats, malgré quelques passages crus, pour se concentrer sur le milieu des espions (et pas l’espionnage en lui-même). Chargé en dialogues, intrigues, reproches et complots entre les nombreux personnages. La mise en scène se permet quelques accélérés et sautillements, le style est à la fois sérieux et léger. Difficile d’accrocher. Beaux décors. (48)

Demain est un autre jour ** (USA 1956) : Plaisant au départ, mais piétine en plus d’être parfaitement convenu. Toujours beau malgré le noir et blanc. (58)

Rébellion *** (Japon 1967) : Froid, démonstratif, un film de Kobayashi (Kwaidan, Harakiri) où on parle énormément (pour appuyer essentiellement). Moins embrouillé et plombant que La guerre des espions, avec comme chez lui, des intrigues de personnes ou agents et mise en cause du système servi jusqu’ici. (66)

La ronde de l’aube ** (USA 1958) : En 1932 à La Nouvelle-Orléans. Tiré de Faulkner. The Tarnished Angels a pu inspirer marginalement Wonder Wheel de Woody Allen (débuts). Roy Hudson n’est pas à son meilleur, ni très bien servi, ni très bien employé. Les scènes d’action et les coups de sang sont le plus concluant. 8000e note sur SC. (56)

Le moineau ** (Égypte 1974) : Situé à l’aube de la guerre des Six jours, du point de vue égyptien. Je ne suis probablement pas taillé pour recevoir et apprécier un tel film et son contexte. J’étais curieux au départ puis j’ai décroché : trop de va-et-vient entre les situations, trop de dialogues et de personnages. Le film (Al-Asfour en VO) devait avoir des qualités de reportage (ou de ‘journal’) en gardant la vitalité permise par une fiction libre, mais ses ambitions se perdent, sa démonstration (de l’état social, des relations et des nécessités chez ces gens) s’englue. Le propos anti-corruption et l’expérience du héros (effectivement positif) traverse souvent davantage qu’il ne canalise l’ensemble. Quelques micro-débats sur l’ordinateur et ses vertus pour l’Égypte future. (48)

Night Tide / Marée nocturne ** (USA 1963) : Une série B avec le jeune Dennis Hopper épris d’une sirène. Très joli couple pour une fantaisie romantique mollassonne. Issue et révélations tragiques. Quelques plans sublimes avec Linda Lawson. Un « BYNWR » (Winding Refn) sur Mubi. La forme de l’eau reste largement plus plaisant. (52)

Le retour de l’enfant prodigue ** (Égypte 1976) : Explosion d’une famille bourgeoise. Comme dans Le moineau, de façon symbolique plus achevée et de manière plus explicite, le particulier doit représenter le ‘général’ des égyptiens et des arabes, vus par Chahine. Réunion de révoltés repentis ou fatigués avec des conservateurs chamboulés ou des apathiques sous tension. Ensemble assez chaotique, d’où ne sort que la joie des jeunes et leur scepticisme envers les ‘repères’, sans rien de bien constructif ne serait-ce que dans une éventuelle critique. Des libertaires/hippies-doudou ont donc passé la Méditerranée. Quelques passages en chanson. Piaillant plus que vivant. (38)

Les fruits de la passion ** (Japon 1981) : Un film avec Kinski chevauchant Dombasle, relevant en grande partie de l’érotisme et en petite de la comédie. Vaguement romantique et assez pauvre en intrigue comme en développements. Accroche par anecdotes. (52)

Tu imagines Robinson * (France 1968) : Pour les amateurs de Malick ouverts aux bavardages (textes de Jean Thibaudeau). Réalisé en 1967, projeté au festival de Trieste en 1968, à Cannes en mai 1970. Peu d’informations sur ce film, mais à chaque fois vous trouverez « fable utopiste » : les dossiers de presse sont donc une religion, car pour ma part l’utopie n’est pas flagrante. Le vœu utopique, oui, mais qui se heurte aux dures réalités de la solitude extrême (comme dans Into the Wild) et plus encore se noie dans la méditation et la poésie. Mieux vaut voir La tortue rouge ou Seul au monde. Merci à la lumière naturelle et à la tourterelle pour leurs contributions, les seules qui embellissent et donnent une saveur concrète à cet essai hippie individualiste sérieux et lettré. (28)

Riff-raff * (UK 1991) : Comédie dramatique souvent peu drôle et sur-dramatisée ponctuellement, comme pour aligner des exercices d’acteurs, ou cumuler des scènes émotionnelles. Ken Loach a fait moins brouillon et ras-du-bitume, même en se servant d’une affaire pittoresque pour soutenir sa peinture des rapports de force sociaux. Pas déplaisant mais futile, prend ses personnages avec complaisance et sans profondeur – sauf à la rigueur ceux qui sont tournés en dérision et ‘l’artiste’ jouée par Emer Mccourt. Démonstratif, prévisible et ‘nain’ pour tout ce qui relève des malheurs, douleurs, cicatrices, de la classe ouvrière. Quelques phrases tranchantes ou seulement fortement politisées claquent pour relever le tout. A encore le mérite de chercher le réalisme et de filmer des paysages, situations, traversées par des gens ordinaires – mais est-ce tellement un mérite ? On pourra en dire qu’il dénonce le manque de respect des normes de sécurité sur les chantiers.. (38)

Journal d’un voleur de shinjuku * (Japon 1969) : Titre inspiré de Jean Genet – indiqué à l’intérieur du film (qui certaines lectures en français). Par le réalisateur de Furyo, Tabou et L’empire des sens, tous à venir après. Manifestement dans l’ivresse de l’époque ; remarquable car c’est au Japon, dans l’absolu ça reste pauvre et brouillon. L’essentiel du film repose sur des laïus en groupe (souvent avec des experts improvisés) ou des extraits de tentatives, plutôt piteuses, à deux. Un poète à guitare passe régulièrement, nous aurons aussi droit à des bouts de spectacles – mais jamais le fond n’est champêtre ou ‘néo-rural’ (tournage à Tokyo en 1968). Il n’y a que des jeunes et leur entourage, avec l’envie ou la direction vers un mai68/mini-Woodstock, sans avoir les opportunités (sauf générée ad hoc, à leur échelle individuelle). Reste la citation de phrases, livres, auteurs subversifs. Les antiquaires de la libération sexuelle pourront apprécier mais eux aussi risquent de devoir se forcer. Un ancêtre (relativement propre et intellectuel) des déjections japonaises où la pression est violemment relâchée, plutôt qu’un essai respectable. J’ai pourtant aimé Il est mort après la guerre du même réalisateur et, sans rapport avec ce fait, j’étais enthousiaste au début de la séance (puis suis vite passé à l’indifférence). (32)

Vietnam année du cochon ** (USA 1968) : Documentaire tâchant de montrer les raisons de la guerre au Viet-Nam, en reprenant l’Histoire locale et celle partagée avec les USA depuis les années 1930. Évoque aussi la colonisation française. Principalement des images d’archives et d’interviews ou conférences de presse.

Il estime ainsi montrer en quoi la guerre en cours comme son dénouement tragique à venir pour les USA sont inéluctables. Il ne fut pas censuré à sa sortie mais objet de menaces et de vifs rejets. Il a aussi été nommé aux Oscars dans la catégorie documentaire et reste aujourd’hui présenté comme le premier documentaire américain sur le sujet.

Malgré ses qualités de mise en scène et ses images précieuses (quoique celles sur le terrain restent rares et sont toujours sensationnelles/extraordinaires) ce film est aussi trop partisan pour être accueilli sans réserves (le réalisateur est obnubilé par Ho Chi Minh et admiratif du camp ennemi de son pays). Un film discrètement partial, exclusivement à charge [contre son propre pays] et à plus forte raison un pamphlet déguisé, dans ces circonstances, lorsqu’on manipule les éléments de vérité et alors qu’ils sont rares ou controversés, n’est pas la meilleure chose à délivrer (même si le pamphlet ou la propagande sont modérés ou équilibrés). (58)

Shanghai / The Shanghai Gesture * (USA 1941) : Où Josef von Sternberg emploie son fétiche Dietrich dans un costume chaînon manquant entre la tradition asiatique et la reine de Star Wars. Elle fait partie d’une petite grappe de trois femmes ‘assertives’, dont Gene Tierney ‘sublimée’ au point de s’affadir (sauf quand elle mime très fort le caprice et la douleur) et une autre au style vulgaire.

Vision poisseuse et accusatrice – les femmes sont mauvaises par nécessité, les hommes sont fourbes, les occidentaux des arrivistes sans scrupule. Pour moi, c’est trop cosmopolite, trop plein de ce mélange admiration/mélancolie/’critique’, trop complaisant envers les femmes. Je n’avais déjà pas accroché à Shanghai Express, mais avais trouvé remarquable L’Ange Bleu il y a dix ans, où on a de la peine pour ce prof de maths aliéné. (42)

L’attentat / The attack *** (Liban 2012) : Adaptation du roman de l’algérien Yasmina Khadra (2005). Jolie mise en scène, empathique sans déraison. Équilibré dans son approche du conflit mais pas directement politisé, ou du moins engagé. (68)

Daratt / Saison sèche ** (Tchad 2006) : Sur la relation entre un père de substitution et le jeune venu pour le tuer (la séance démarre sur une promesse de vengeance). Film sentimental sobre. D’un réalisateur tchadien lancé en 1999 et vivant en France depuis 1982. Sorti au moment de la réélection sous tension d’Idriss Déby. (58)

Le projet Nim * (UK 2011) : Ce documentaire attire pour son sujet remarquable, mais les protagonistes, la forme, le propos, la bande-son, sont repoussants et constamment réducteurs. Mise en scène pachydermique, bruyante, musiques et effets envahissants – plans courts, toujours à vouloir introduire un ton léger, ludique et complice, avec des pointes d’anxiété entre deux paliers dans le processus. Trop de détails et de parole donnée aux personnes autour de cette affaire, va pas à l’essentiel. C’est plus un film de mœurs et le catalogue d’une longue expérience collective qu’un récit scientifique (ne demandons pas un ‘rapport’).

Clairement exaspérant dès les alentours de la 20e minute, où le penchant idéologiquement zoophile ou racial-(sex)-fluid du projet est déjà transparent (même s’il ne préoccupe qu’une minorité des intervenants). L’affiche sur fond blanc digne d’une comédie et les suggestions improbables pour un documentaire sérieux (sur SC : vers The Social Network, Truman Show, Little Miss Sunshine, Eternal sunshine, AI intelligence artificielle, Shaun of the dead, Snowpiercier, etc) étaient de meilleur indicateur que le synopsis. La séance est moins pénible et plus constructive dans la seconde moitié, où elle tourne à l’étalage des limites et échecs de l’expérience et où Nim entre en contact avec les siens. De nombreux relâchements et passages à la gloire du haschich sont là pour apaiser les acteurs et spectateurs investis dans cette aventure. (26)

À moi seule ** (France 2012) : Les interprétations ne sont pas forcément brillantes, mais leurs auteurs ont des circonstances atténuantes vu l’énormité du sujet et la froideur avec laquelle il est abordé. Malgré lui, il faut avoir décidé de voir du voyeurisme pour en trouver (autre que résiduel) dans ce film. Sur ce plan il est même assez décevant, tout comme les motivations du ravisseur, qui restent inconnues, mais ne sont en tout cas pas ‘les pires’, celles d’un prédateur comme les faits divers en ont connus. Ce qui est véritablement décevant est l’absence de réponses et de certitudes ou de dévoilement sur les réels états psychologiques ou récits internes (du ravisseur comme de la captive, pendant et après la fuite). Joli essai dans tous les cas, où les humains ne réagissent pas comme dans les fantasmes (ou les émissions racoleuses), en restant crédibles même quand leur attitude est médiocre ou contre-intuitive. Mise en scène ‘blanche’ et ‘beige’, comme un téléfilm qui aurait plein de limites sur son cahier des charges. (62)

Le Fil ** (France 2010) : En Tunisie et par un réalisateur tunisien, mais production franco-belge. L’homosexualité est un délit dans ce pays du Maghreb au moment de la sortie. La mère (par Claudia Cardinale) et les réactions qu’elle provoque dopent le film, très ‘cool’ sinon. Des moments drôles (ou au moins ironiques), comme la visite de la mère chez sa cousine (et son fils sorti de la piscine) – souvent prévisibles. Musique ni géniale ni appropriée. (58)

Casa Roshell * (Mexique 2017) : Dans une communauté/un club pour transgenres et associés ou amateurs. Pseudo-documentaire avec des allures de fiction passant par la voie de l’enregistrement opportuniste et apparemment passif. L’objectif est donc atteint (des acteurs ont repris les dialogues et observations établies sur les lieux) mais on ne tire pas grand chose de la séance, sinon la familiarisation avec des banalités (propos sur les apparences, les opérations, passages avec séduction et pseudo-maris) et des sentiments ou petites intrigues ou confessions de vestiaires. J’ai préféré Les intrigues de Sylvia Couski (Arrieta). (38)

Rumble Fish / Rusty James *** (USA 1983) : Comme Only Lovers Left Alive, une grande intelligence esthétique se met au service d’un cas culturel plus lourdingue. Le fossé est beaucoup plus fort ici : le milieu est vulgaire, l’heure n’est pas à la simple complaisance mais carrément à la sublimation. La réalisation est très belle, la seule image impeccable, le noir et blanc aidant probablement. La bande-son est excellente et dans l’ensemble le meilleur tient à l’ambiance. Le scénario ne vaut pas grand-chose et sans les considérations esthétiques, la façon de poser les voix par les acteurs serait simplement ridicule dans certains cas (le grand frère en particulier). Le « film préféré de Coppola parmi toute son œuvre » [Mubi] peut laisser circonspect le cinéphile puriste ou le spectateur en attente de ‘narratif’, mais comme objet d’art il est remarquable (sans imposer de recueillement ou de ‘confusion’ au spectateur). C’est un chaînon manquant entre le clip sur 90 minutes et la comédie musicale. Même si je n’ai rien éprouvé pour les personnages (quoique décidément j’aime Nicolas Cage), je préfère ce film aux Guerriers de la nuit. (68)

White God ** (Hongrie 2014) : Sous-texte sur les minorités opprimées voire les peuples aliénés, sur la pureté raciale avec une société policière et haineuse face à ces sous-êtres nuisibles que sont les chiens. Une taxe sur les ‘bâtards’, promulguée en Hongrie en 2011, est à l’origine de ce film – basique sur le fond et dans les tours du scénario, tandis que ce qu’il organise est original. Malgré ses énormes ambitions, il apparaît assez ‘lax’, ne hiérarchise et approfondit rien. Où veut-il en venir – en termes idéologiques, de principes ou de préférences sociaux/politiques, il ne fait que montrer un axe du mal auquel se heurtent les pions blancs (la fille) ou éventuellement gris (son père, à l’usure) ; en termes de scénario, il fait du surplace quand ne se répète pas (en plus d’annoncer l’essentiel avec la scène d’ouverture). Les relations et personnages humains restent bornés à des fonctions ou des stéréotypes, avec en plus un manque de réactivité à l’occasion (notamment de la part de la gamine, dont l’intensité ou les besoins se comprennent à un niveau ‘cognitif’ seulement). La direction d’acteurs tendrait-elle à lénifier pour donner l’avantage aux chiens ? Si c’est le cas c’est réussi sans devenir caricatural ou gênant. Pour les œuvres relatives, voir Krysar (car tiré du Joueur de flûte de Hamelin), White Dog (antiracisme sous forme carpenterienne), The Plague Dogs (animation) et Les Oiseaux (Hitchcock). (54)

L’œil invisible * (Argentine 2010) : Ce qui fait l’intérêt de La mirada invisible, c’est ce système d’oppression et d’ordre extrême, où la morale a soit peu de poids dans les faits, soit n’est pas rapportée à l’écran. Elle est tout juste dans les mots des matons. Il y a une ambiance de mortification sans dogme, ni souffrance sévère ni enthousiasme. Le système semble potentiellement contesté sans que les rebelles se donnent de la peine, sans qu’ils soient rebelles hors de piques insignifiantes.

Pas sûr que le film réussisse ses effets et la transmission de son discours ou de ses interprétations de la dictature. Il prend une tournure assez triviale, avec une mort à la fin – réponse funeste à toute cette (ré)pression qui ne l’est pas moins. C’est une version très atténuée du Conformiste (ou d’un épisode de Haneke) ou très pudique et ‘quotidienne’ de Colonia. Il en reste des scènes de vulgarité décalée, les images d’un pensionnat monumental, un enrobage marmoréen et les qualités d’acteurs de Julieta Zylberberg (et d’Omar Nunez).

Les recommandations sur SC (vers La guerre est déclarée, Le Havre, des romances ou comédies dramatiques ‘bobos’) attestent d’un probable ratage ou d’un décalage entre les procédés du film et ce qu’il touche. (42)

Terra Nullius, confessions d’un mercenaire ** (Portugal 2012) : Documentaire, principalement à base d’interviews de Paulo de Figueiredo. Pastilles de quelques dizaines de secondes – le procédé dynamise modérément, évite plus largement d’aller en profondeur sur chaque réflexion ou anecdote. À la place on a droit à des sortes d’aphorismes et ‘accroches’ sur des faits vécus. Le type essaie d’embellir son rôle, se trouver une double vocation (agissait contre les lâches, pas pour l’argent – mais bien sûr ‘pas d’argent, pas de mission’). Du ‘En même temps’ mafioso. (52)

Etsuraku / Les plaisirs de la chair ** (Japon 1965) : Par Oshima onze ans avant L’empire des sens, plus blasé que subversif (par quoi il est identifié) comme à son habitude. Une sorte de conte pour adultes, au postulat improbable (le type reçoit assez d’argent pour investir, fuir, se protéger) mais où l’action du protagoniste est vraiment plus aberrante. Sa capacité à passer à côté des grandes opportunités offertes est comparable à celle de la vieille jeune dans Camille redouble. Amusant et assez virtuose dans sa façon d’être déballé, quoique la répétitivité et certaines lenteurs peuvent faire lâcher le spectateur. Optimal en tant que tragi-comédie. Mubi diffusait une version de 87 minutes, peut-être purgée ou censurée (érotisme ‘direct’ absent dans ce que j’ai vu, sauf pour des séquences à demi-psychédéliques et complètement fétichistes avec un visage extatique). (62)

Rendez-vous à Palerme ** (Allemagne 2008) : Un film récent de Wim Wenders vu sur le Mubi italien, dédié à deux cinéastes morts le même jour l’an précédent (Bergman et Antonioni). Agréable mais scénario un peu moisi et trop compassé devant ses personnages. Le protagoniste est longuement filmé dans ses transes d’artiste torturé et ses allées-et-venues de romantique viril (notamment dans la rue avec son casque plein de rock alternatif). C’est un film pour faire et se faire plaisir (le cameo de Lou Reed renforce cette impression). Première moitié centrée sur lui avant Palerme puis lors de sa prise de contact, seconde partie autour de sa relation à Jana Pallaske et de levées du mystère. La séquence finale avec Dennis the Death est hautement kitsch dans la forme comme en esprit, mais sous tous les rapports elle reste décente et porteuse – peut-être valide grâce à son ambiguïté ultime. L’histoire reste pour le moins plate et distendue, les personnages ont une ou deux grosses tendances limitatives, l’ensemble des ‘suspense’ est surfait par nous encore plus que par les auteurs. La Sicile est très calme dans l’ensemble, ce qui donne l’impression de voir un film pour ‘planeurs’ sensibles encore plus que de touriste. La mise en scène a ses originalités et même si les moyens ne sont pas toujours à la hauteur, les moments de confusion ou rêverie et les amalgames ‘expressionnistes’ sont inventifs, efficaces, souvent joliment tracés. (52)

Paysage dans le brouillard/Angelopoulos ** (Grèce 1988) : D’une lenteur rarement nécessaire ou même bénéfique à l’esthétique, dont le réalisateur a un sens évident (et brillant pour ce qui est de fabriquer du sens formel, des scènes se répondant, ou toujours assises sur un détail ou un signifiant étanche). Le sort des enfants concerne peu car on les voit toujours de loin (ou lui en tant que pleurnichard), en malheureux qu’on peut bien comprendre ou pour lesquels on saura compatir, mais avant tout par principe ou en théorie. Deux heures interminables et laissant le spectateur naviguer à vue. Traversée de bouts de paysage avec quelques étalages de désolation et d’absurde forts poseurs et sans lendemain (le type entrant pour jouer du violon par exemple). Ce qui me dérange avec ce film et tous ceux assimilables c’est d’en arriver à des constats totalement dépressifs sans nuance (autre que dans un sursaut poétique ou douloureux). Le refrain est donc connu : le monde est triste, les gens sont indifférents et n’apportent pas de soutien, etc, sur fond de parallèle avec l’Histoire plombante (d’où vient ces traditions perdues, ces peuples fatigués, ces comédiens ‘classiques’ que personne n’écoute). Dans notre cas, c’est au sens littéral et dès l’enfance qu’il n’y a pas de repères, pas de guide parentaux, sociaux, pas de ‘père’ au ciel ou sur la terre, ni de mère nourricière. Sans doute un des sales coups asséné à l’Europe par la seconde guerre mondiale. À tester pour les amateurs de road-movie franchement non-américains et si on a été réceptif à L’esprit de la ruche. Joue de son ambiguïté pour suggérer lourdement les premiers émois de la fillette – elle pourrait même s’être prostituée, mais peut-être que personne derrière ce film n’avait déterminé exactement (osé le faire consciemment, au minimum) ce que recouvraient ces et notamment cette scène bizarre. (46)

La mort en ce jardin *** (Mexique 1956) : Bunuel sous un angle inhabituel, plus typique car proche de productions américaines de l’époque (western et aventures). Les fondamentaux restent : les hommes sont turbulents, la corruption les concernent, le curé (par Michel Piccoli) est ridicule. Plaisant et jamais ennuyant, bien qu’il semble parfois naviguer à vue ou s’oublier dans les marges, les détails de personnages (notamment les ambiguïtés (bien compréhensibles) de celui de Signoret). J’ai moins aimé la deuxième partie dans la jungle, où les défauts tiennent une plus grosse part. (68)

Les nuits de Zayandeh Rud ** (Iran 1990) : Pointe initialement à 100 minutes, coupé de 37 par la censure car allait à l’encontre de l’esprit de la ‘révolution iranienne’ (fondamentaliste) ; cette version aurait elle-même été censurée, mais retrouvée en 2016. Ces deux tiers de film sont intéressantes à regarder bien que des béances soit manifestes (et que se traînent en plus deux censures sonores d’une minute chacune). Les personnages sont accablés par la transformation de la société, mais pour le père et la fille les frustrations étaient déjà là. Même s’il est courageux et intelligent, le professeur (en anthropologie) est (dans le tiers ‘avant’ révolution de 1979) d’un idéalisme voué à se gâter, avec sa préférence acharnée pour l’amour malgré sa conscience plus pragmatique de l’ordre du monde. La tendance relativiste dans ses discours tourne aussi vers la niaiserie, mais il est impossible d’être sûr des intentions et des pensées ‘vraies’ du personnage comme du film à son sujet en raison des coupes. La suite le montre en plein désarroi existentiel, pendant que Khomeyni arrive au pouvoir et la société devient islamique (jusqu’à sa salle de cours où il revient en chaise roulante).

La comédie absurde émerge avec les suicidés à l’hôpital (62)

La ville des pirates *** (Portugal 1983) : Signé Raoul Ruiz (Hypothèse du tableau volé, L’île au trésor) dix ans après son exil du Chili, un de ses opus les plus aimés, mais aussi critiqué car trop abscons. Un des films les plus ‘perchés’ que j’ai vus. Les dialogues auraient pu être partiellement sacrifiés, tant certains sont redondants ou semblent avoir une faible légitimité ou pertinence. Ils viennent à l’occasion décupler le potentiel de confusion avec une parodie, notamment à la fin avec deux spectatrices dont une impatiente, ou, peu avant, lorsque les deux adultes principaux concluent qu’ils sont là pour rien et ne rien faire (lui résiste et elle s’agitait). Mais ces petites graisses font partie d’une réussite. Pour une fois la mention ‘film onirique’ est méritée et en plus, le résultat est plaisant pour l’oeil et amusant à suivre. La personnalité multiple (plus définie et transparente plus tard dans Trois vies et une seule mort) et (de biais) la transidentité sont abordées – sans rigueur ‘scientifique’ et strictement à des fins artistiques. Les auteurs sont manifestement intéressés par la psychanalyse et la préfère au règles conventionnelles du cinéma pour forger leur mise en scène. Excellente séance à tenter au réveil. Je recommande La belle captive à ceux qui y seront sensibles. (72)

Trois vies et une seule mort *** (France 1996) : Le premier film sur quatre vu de Raoul Ruiz où les phrases sont fermées, simples, normales. Plus proche d’Hypothèse par défaut, car évite le surréalisme ou l’expérimental de L’île au trésor et de La ville des pirates. Toujours excentrique mais plus distinct : film à sketches fantaisiste avec une once d’horreurs (comme il en existe d’autres, où souvent l’horreur est plus forte), clairement franco-italien (et donc pas ‘de nulle part’). Le dernier segment affaiblit l’ensemble, le gunfight éclair au bar est trop ridicule et insensé. Mastroianni est excellent, plus à son avantage que dans La cité des femmes de Fellini. (68)

L’amour c’est gai l’amour c’est triste * (France 1971) : En quasi huis-clos dans les pièces d’un grand appartement (et sur le palier) sauf lors d’un passage au bar et à la gare, repose sur son petit nombre ‘fermé’ de personnages et des dialogues mordants – comme au théâtre. Finit par lasser à force de piétiner à tous degrés (tensions, relations, espace – même les détours à un faux événement fort près). Le dernier tiers est différent mais pas plus concluant. Au moins un foirage dans l’ordre du montage. Avec Chantal Goya, Jean-Pierre Marielle et Bernadette Lafont. (42)

Marina Abramovic : The Artist is Present ** (USA 2012) : Intégrité d’une dégénérée ; une vie artistique, comme d’autres prétendent pratiquer ou louer la ‘vie philosophique’. Elle crée des expériences extrêmes, se rend martyr, mais avec un cadre, une discipline et de façon profitable et ‘lisible’ pour elle même lorsque du temps aura passé et pour les autres.

Elle se pose en « warrior » et l’est par sa détermination masochiste. Sa dysfonctionnalité ‘canalisée’, son orientation auto-mutilatoire, ne produisent que des états d’abrutissement sublimes, des états ‘limites’ – évidemment ; et un corps affaibli, marqué par les tourments (souvent durablement, voire comme des shot définitifs). Enfin elle trouve ce qu’elle souhaitait et ce qui paraît au bout d’un travail à l’os.

Ses déclarations contiennent des détails pittoresques : « ce mélange de spiritualité et de discipline communiste a fait qui je suis » (23e min) ; l’éloge de la codéine qu’elle a découvert bien qu’elle ne prenne pas de drogue en général (au milieu).

Les intervenants (‘mâles’), généralement des collaborateurs passés ou présents, tiennent des propos pompeux et ridicules – la nullité agrémentée de petites manières et de grands mots. Leur stérilité patente jusque dans les aptitudes analytiques ne rend pas service à l’artiste – même s’ils ont pu la soutenir factuellement comme le font tous ces larbins et aspirants illuminés. (62)

Minnie and Moskowitz / Ainsi va l’amour ** (USA 1971) : Film de mœurs et de sentiments, un peu long mais sans surcharge. Rapidement exécuté et diffusé, précède Une femme sous influence. Gena Rowlands tient déjà du bipolaire, ceux qu’elles croisent ne sont pas plus posés. Je ne suis pas un bon client pour Cassevetes mais ai apprécié cet épisode, bien que mon seuil de tolérance s’effondrerait face à de[ux] tels personnages dans la réalité. Ceux qui n’adhèrent pas peuvent en tirer la drôlerie – ils seront servis lors du repas avec les mères. (58)

Locataires / Bin Jimp * (Corée du Sud 2004) : J’ai crû voir le film accompli et techniquement bon d’un cousin de Patrick Sébastien, qui serait plus sombre et romantique, mais doté de perceptions tout aussi niaises et enthousiastes. Kim Ki-Duk et lui semblent aussi avoir en commun une fibre démago, providentialiste et racoleuse. Son Locataires a le mérite de montrer la prostitution de façon libre, ni à charge ni à décharge. Parfois un air de La fièvre dans le sang croisé Blow Out à partir de cibles plus vulgaires. Le terme est souvent nul mais cette fois il faut bien l’employer, ce film est : ringard. Et pourtant il a du style et surtout le sien, facilement qualifiable de « poétique ». Il est aussi d’une tendresse singulière et sensible (comme du Besson raffiné, éthéré et l’œil mouillé), quand la musique et les gros sentiments éruptifs ne sont plus de la partie. J’ai préféré sans tellement l’aimer Coast Guard. Peut-être trop ‘émouvant’ pour que je le reçoive. Sortir du jeu Thief pour tomber sur un tel protagoniste ressemblait à un de ces ‘hasards’ magiques bien kitsch dont raffole ce film. (42)

Cape Fear/ Les nerfs à vif *** (USA 1962) : Un homme abject dont la seule méthode et motivation consiste à souiller – pour faire sentir sa force et se venger. Mitchum était parfait pour un tel rôle, après La nuit du chasseur. Peut rendre anxieux, fasciné ou provoquer un rire sombre. La rectitude de Gregory Peck n’est pas lourdingue car elle est contrariée (au contraire de sa participation dans Du silence et des ombres). (74)

Cuadecuc, vampire ** (Espagne 1970) : Essai pseudo-documentaire partant d’un supposé making-off du film Les Nuits de Dracula (El Conde Dracula) de Jess Franco. Prises de vue du tournage, avec quelques scènes du film et probablement peu de rushes. Des cotés Begotten limpide et léger. Les bruitages, peut-être présents par défaut ou par hasard dans leur majorité, peuvent devenir lassants ; un silence total aurait convenu, pour le spectateur. Les musiques (minimalistes) au contraire servent l’ambiance, généralement morbide et surtout curieuse. « Métaphore de l’action ‘vampirique’ du franquisme à l’égard du peuple espagnol » d’après les intentions [synopsis] rapportées par Mubi (qui parlait aussi des « décors naturels de Christopher Lee » – alors prudence). Se clôt sur trois minutes d’enregistrement direct de Lee lisant Dracula de Stoker. Voir La rose écorchée est évidemment plus amusant. (48)

Crossing the Line **** (UK 2006) : Documentaire emphatique, précis et bien exécuté sur un phénomène extraordinaire – et son incarnation James Dresnok. Il est le deuxième soldat américain à être passé (volontairement) en Corée du Nord. Abshier y était déjà depuis 1962, Parrish va les rejoindre ; en 1965 arrivera Jenkins. Il fait valoir son grade et provoque la fin de l’entente entre les américains, d’après Dresnok, qui garde de la rancœur envers lui. Ils sont les seuls toujours vivants au moment du tournage, les deux autres étant morts précocement (40 et 54 ans). Jenkins a quitté la Corée à l’époque du film et donc de la présidence Bush ; sans l’équipe de tournage, Dresnok n’aurait probablement rien su de ce que le double fuyard et double traître Jenkins raconte sur son compte et contre le régime qui l’a nourri (car, comme les deux fils de Dresnok aujourd’hui en 2018, cet ex-GI était un formidable instrument de propagande). De basse extraction, socialement et plus encore humainement plombés dès le départ, Dresnok estime avoir optimisées ses chances en rejoignant la Corée du Nord – et s’il peut être dur, plein de déni ou hallucinant dans ses propos, il est globalement lucide. Bien sûr les ambiguïtés pointent, le cynisme aussi – une tentative de passer chez les russes est évoquée (41′). Le réalisateur Daniel Gordon avait déjà tourné deux documentaires en Corée du Nord en 2003-04, sur des équipes sportives locales. (78)

Ucho/ L’oreille *** (Tchécoslovaquie 1970) : Le poids de la corruption et les retours de bâton pour les initiés en régime communiste soviétique. Sorti en 1990 après vingt ans de censure bien compréhensible puisqu’Ucho attaque directement le Parti communiste tchèque, pas simplement les idées. La censure n’a cependant pas été immédiate et le film a été projeté en 1970 ; en 1990-91, il sort en Tchécolosvaquie mais aussi dans le reste du monde et tourne dans plusieurs festivals, dont celui de Cannes.

Le drame conjugal s’y mêle. Climat paranoïaque pertinent, surtout dans les moments les plus actifs, parfois un peu lourd avec les plans de face pour souligner l’incertitude envers les individus. Valable aussi si vous cherchez un film représentant les effets de l’alcool (avec cette femme horrible, genre Taylor de Virginia Woolf  devenue entièrement grossière, dégueulasse et insupportable). (72)

Umbracle * (Espagne 1972) : C’est donc un cinéma de fumiste d’avant-garde – je ne poursuivrais pas (plus maintenant). Pour les meilleurs (mais toujours pénibles) moments, il faut s’imaginer Eraserhead en très lourd et volage, ce qui en principe devrait être porteur, s’avère surtout assommant et pas concluant. Comme dans Cuadecuc vampir, la bande-son est régulièrement perce-tympans (le pire est en ouverture) ou violemment irritante. Sa double vocation est probablement de nous hypnotiser et de ne pas sombrer dans la banalité confortable. La représentation du fascisme espagnol sortira grandie de cet assemblage de scènes de clowns, de déambulations mystérieuses ou répétition interminable de Christopher Lee (pas gâté par le metteur en scène au théâtre) et de déblatérations de gens de la pensée et du cinéma sur la censure. Naturellement. En plus la chose est présomptueuse, avec ses citations de courts d’Harold Lloyd, Buster Keaton et Chaplin – car le génie du muet est renouvelé ici voyez-vous ! Pour les piocheurs, amateurs d’effets décalés, de ‘poésie’ à base de mix random et de séquences interminables simulant le lâcher-prise ou la distanciation – pour aucune autre sorte de novice à l’expérimental/arts et essai mystificateur. (18)

Weekend ** (UK 2011) : Peut être vu par la grande majorité des gens, à la faveur de sa cible puisqu’ils sont tous les deux adultes et dignes (et bien que les motivations premières de la rencontre soient strictement sexuelles). Certains détails restent douteux : Glen tient du tocard, voit de la propagande ‘hétéro’ dans l’organisation de la société (c’est un pompeux naturellement) ; ils sont habillés comme des ados, surtout ce Glen. Malgré les scènes et discussions fumeuses ou enfumées, l’approche est convaincante, les personnages sont bien remplis et évoluent (sans violer le vraisemblable), le huis-clos spatial et temporel a de bons effets. (58)

Japanese Story ** (Australie 2003) : Film sentimental déguisé de prime abord en road-movie. Lent et tendance à allonger (parfois alourdir aussi, notamment les caractérisations) les choses et les scènes, plutôt agréable surtout grâce à l’emballage (bande-son, cadrages, contextes). Regardé pour Toni Collette que j’ai trouvée géniale dans Hérédité, meilleur film de l’année pour le moment (avec quelques concurrents proches comme The disaster artist ou Parvana). (56)

Le Mystère Andromède *** (USA 1971) : Se présente comme une sorte de docu-fiction, la fiction devenant plus évidente dans la deuxième heure, en restant atypique (trop froid, lent, ignore l’action). Ne donne pas assez d’éléments pour rendre la séance totalement prenante – on ne fait qu’attendre des confirmations, la levée de telle hypothèse évidente dans le registre plutôt qu’une autre – elles n’arriveront pas nécessairement. Mais l’espèce de ‘réalisme’ est plaisant et le personnage féminin, anxieux et turbulent, rend cette équipe et cette aventure un peu plus attachantes. Les explications et enchaînements de théories erronées sont plus emballantes que le suspense de fond ; les vingt dernières minutes apportent la part de franc divertissement. Par le réalisateur de La maison du diable et La mélodie du bonheur. Dans la SF, il avait déjà à son compte Le jour où la terre s’arrêta et tournera plus tard Star Trek le film. (64)

L’ombre d’un doute *** (USA 1943) : Assez bourrin à sa gentille façon au départ (avec un côté Capra), avant de s’apparenter à d’autres films (ultérieurs) sur la perte d’innocence comme La nuit du chasseur et Les nerfs à vif. Les soupçons et l’angoisse de Charlie, le cynisme et la nature progressivement révélée de son oncle, sont plus stimulants que la plupart des intrigues policières. Tout ça en fait un Hitchcock des plus intéressants. Fin expédiée comme d’habitude, mais élégante. Les actrices (la fille, la mère, la serveuse lente – la gamine est trop manifestement instrumentalisée) ont de belles partitions. Reste compassé sur le fond. (68)

Nostalgie de la lumière * (Chili 2010) : Documentaire au style lâche et à la méthode trompeuse. À voir pour les images sublimes, auxquelles la photo fait honneur. Malheureusement et contrairement aux premières apparences, le focus sera mis sur les hommes à terre. Malheureusement aussi, les commentaires ne sont pas en option – et sont assurés par un conteur sous tranxène. Sa sensibilité totale n’est qu’un parasite dans le contexte. Amener la politique là-dedans était également malvenu (le réalisateur a livré plusieurs documentaires sur les effets humains de dirigeants ou régimes d’Amérique Latine). Les interviewés n’ont l’occasion de livrer que des généralités banales, au mieux leurs sentiments qui n’avancent à rien sur la prise de conscience ou la connaissance. Pour la science, les étoiles, la terre, la politique ou même l’humain, ce film ne sert à rien. On voit simplement des astronomes et des familles disserter sur les ossements des victimes de Pinochet. Serait une arnaque sans son originalité et s’il ne donnait pas la parole à des gens concernés par ses ‘nobles’ préoccupations (indépendamment de ce qu’apporte cette parole). À 1h20 un sosie d’un des pires personnages de Didier Bourdon (Les Inconnus). (34)

Midnight Movies from the margin to the mainstream ** (USA Canada 2005) : Sur les six films emblématiques du Midnight Movies. Dans l’ordre : El Topo (considéré comme le fondateur, ce dont se réjouit Jodorowsky), Night of the Living Dead, Pink Flamingos, Tout tout de suite (sur un marginal en Jamaïque – moins connu, je n’ai pas vu), Rocky Horror Picture Show, Eraserhead – puis sur le court Asparagus. Axé sur la réception des films et dans une moindre mesure leur préparation par le créateur principal. Présentation correcte, remplit son contrat. Des intervenants pompeux, cinéastes y compris mais dans leur cas ça fait partie du paquet. (58)

Demonlover ** (France 2002) : J’aime le style elliptique et éthéré, mais l’histoire est pauvre (le scénario va même s’égarer), les personnages antipathiques. Ils se protègent et jouent trop, même d’un point de vue de spectateur. Ce n’est finalement qu’une affaire de duplicité et de concurrence, avec des ingrédients sulfureux et ‘avant-gardistes’. Elle implique le snuff-movie (via tortures de cosplay) grâce au Hellfireclub (nommé comme le tome 6 à venir de la BD Requiem chevalier vampire), mais il ne faudra pas être gourmand. Tout s’arrête quand la chose doit devenir intéressante – sans aller jusqu’à Hostel II, il y avait moyen de réactualiser Videodrome, autrement qu’en le plaçant dans l’horizon. Les adeptes de Haneke et Lynch (et de Bret Easton Ellis) pourront apprécier. (52)

Ladybird ** (UK 1994) : Si on accepte de prendre les choses à froid, voilà une femme qui ne sait que s’enfoncer, s’emballer. Le juge stigmatisant son manque « d’intelligence et de retenue » a raison. Croire qu’il ne s’agit là que de malchance serait débile ; mettre en avant le poids des déterminations est plus juste (elle s’est mise avec un homme violent [mari mais pas père violent] comme si son héritage l’avait abonné à ce style de partenaires). Néanmoins l’incapacité à se remettre en question et à s’améliorer demeure. Que le cinéaste, le spectateur, ou qui que ce soit le veuille ou non, Maggie a besoin d’être prise en main – ou abandonnée à elle-même en lui retirant les moyens de nuire à autrui, ses enfants y compris. Son nouvel amant, ce réfugié paraguayen (qui lui sera gracié par le système – légitimement), est d’une patience héroïque – elle ne saurait trouver mieux, si on est un peu cruel on peut sentir qu’elle ne le mérite pas. Ni la compassion et l’attention que nous lui accordons. Mais, contrairement à Daniel Blake, son histoire est trop sincèrement pathétique et malheureuse pour la condamner – les deux sont bornés et idiots, elle bien plus turbulente, mais trop de cicatrices et de choses hors de son contrôle l’accablent. Son inaptitude au bonheur est plus forte que ses manques et sa bêtise, pourtant déjà surélevés. (58)

Au loin s’en vont les nuages ** (Finlande 1996) : Les protagonistes ont presque tous l’air d’enfants imitant des adultes – et les imitant bien. Jolie mise en scène d’un scénario médiocre et de personnages tout aussi mous ou fantômes (Ombres au paradis avait un peu plus de relief). Musique omniprésente avec des bouts de petits concerts. Du Kaurismaki typique. (48)

Dal Profondo / From the Depths *** (Italie 2013) : Plongée dans la dernière mine de charbon active en Sardaigne. Une poignée de travailleurs pris à témoin, en priorité l’unique mineuse. Les ouvriers évoquent parfois leurs conditions de travail, l’effet sur eux (le type entré avec 1,80m s’est depuis ratatiné), les représentants politiques souvent passés ici et les multiples annonces ou débats à propos de la fermeture. Quelquefois un ressentiment légitime et superficiel se fait entendre. Belles photo et mise en scène (avec un petit côté Alien dans les moments les moins humains), sans être renversantes. Les analogies avec la mort ou la vie après la mort semblent un peu opportunistes, concluantes seulement pour donner du sens à de jolis rushes rescapés. Le rythme donne l’impression de procrastiner, avec raffinement, en se tenant à bonne distance voire carrément coupé des turbulences en gestation. Hormis la séquence des douches, ferait un bon support visuel pendant l’écoute d’un album dark ambient/black atmos. (64)

Nanking * (USA 2007) : Documentaire un peu prosaïque et verbeux à propos du massacre de Nankin. Les pseudo-témoins sont censés rendre le film plus vivant, il s’avère surtout gavant. Cette initiative et les autres marqueurs de la mise en scène (musique omniprésente, focus sur les faits sensationnels et les impressions personnelles) ont le mérite d’animer, mais n’apportent rien de spécialement pertinent. Ni d’agréable. Tout ce miel pour enrober la chose est malvenu et écœurant – c’est encore sans se placer sur le terrain éthique et sans se sentir concerné par cette histoire. (32)

Qu’il est étrange de s’appeler Federico ** (Italie 2013) : Hommage apparenté biopic partiel d’Ettore Scola à Fellini et à leur relation de travail. Nostalgique, d’une époque et d’un ami bien sûr, de leur amitié et des emballements ‘sereins’ de leur jeunesse ou de leur vie créative. Style personnel, peu concluant hors des sentiments particuliers, à réserver aux abonnés. (48)

Les 120 journées de Bottrop * (Allemagne 1997) : De l’ouvrage anarcho-gauchiasse parodiant et attaquant les normes bourgeoises et la supposée identité nationale allemande. Tout en références à Fassbender, Pasolini et à l’Histoire locale. Dégénérescences en série attribuées aux ennemis incarnant la richesse, l’autorité, le succès ou le prestige (il y a même un prétendu sosie de Stephen Hawking – et un déferlement de haine [et d’envie ?] contre Helmut Berger). Les artistes et cinéastes sont en ligne de mire – les concurrents en somme. Au moins c’est théoriquement ‘amusant’ à suivre (ça a le mérite d’être ‘sans limites’) et ça ne dure qu’une heure ; mais même avec ces conditions c’est insatisfaisant, car trop répétitif, sans jamais faire autre chose que brailler dans tous les sens. Surenchérir revient à multiplier, additionner au maximum, jamais développer ou approfondir ces outrances ou ces sujets. Des critiques d’ivrognes contre le monde du spectacle ou la tendance des humains propres sur eux à discriminer émergent. C’est le genre de choses face auxquelles on peut être indulgent au début de sa cinéphilie ou à l’époque de sa sortie, moins au-delà car c’est trop pauvre et on a eu l’occasion de le confirmer. Du trash parmi le cinéma trash, juste un peu sauvé par sa virulence extrême. (24)

Menu total * (Allemagne de l’Ouest 1986) : Le cinéma hystérique et déjanté de Schlingensief, violent et étrange, mais d’une répétitivité indécente, d’une bêtise désobligeante et pire, d’un rythme à deux de tension malgré l’agitation fiévreuse (qui a le tort d’être peu cohérente). Néanmoins c’est vraiment original. La sophistication est un peu toc mais l’effort et les effets sont présents. La mise en scène renvoie aux premiers films parlants, aux années folles et aux années 30 berlinoises, donne dans l’obscène et le blasphématoire. En quoi le nazisme et sa pénétration dans le peuple allemand sont correctement présentés reste un mystère (même si c’est lourdement déclaré – par exemple les vers pro-ubermensch du violeur de l’handicapée). Une sorte de cauchemar crédible et percutant par endroits, potable dans l’ensemble, mais qui ressemble bien souvent à des gamineries déguisées et à du recyclage (ce type ridicule à sa fenêtre en train de jouer les tribuns fascistes – il rit lui-même de sa minable performance, causée par sa minable aura qui lui interdisait dès le départ d’être raccord). Allez voir Feed, Kill Me Please et le porno Nightdreams si ça vous a plu. (28)

À travers le miroir *** (Suède 1961) : Une schizophrène cherchant du soutien, celui de Dieu et ne trouvant que des réponses autres, toxiques et méprisantes, ou l’incompréhension et l’indifférence ou la fuite masquées des hommes de sa famille. Montre la part de la négligence parentale et des secrets familiaux dans le développement de ce genre de pathologies – et d’une solitude subjective intense. Beaucoup plus accessible que les autres Bergman, sur tous les critères (sobriété, limpidité, incarnation, beaucoup de dialogues). Le premier des six films situés sur l’île où il a vécu jusqu’à sa mort, Faro. (72)

Winchester 73 ** (USA 1950) : Centré sur une lutte entre frères et le totem (ce fusil de prestige) plutôt que l’épopée et l’environnement les entourant. Déçu par ce western qui m’est apparu mou et trop détaché (même si cette ‘neutralité’ du point de vue a ses vertus, laisse place aux intrigues adultes, éjecte la niaiserie et la propagande). Repose trop sur les silences éloquents et les dialogues (alternativement). Par le réalisateur du Cid de 1961. (58)

Terror 2000 – Intensivstation Deutschland ** (Allemagne 1992) : Blasphématoire, grotesque, scabreux, enragé, extravagant – et gore comme si ça ne suffisait pas. La foire totale encadrée par une mise en scène lorgnant vers le thriller. Beaucoup plus digeste que les deux précédents vus de Schligensief (Menu total et 120 jours). Tout en restant ironique et agressif, il va au moins au bout de ses parodies – même si ça doit être cheap, cet effort change tout. Les effets sonores étranges, la bande-son souvent décontractée et parfois exaltée, renforcent l’impression d’assister à un Twin Peaks à l’état d’esprit ‘porno’ voire ‘snuff’. Une durée deux fois moindre serait profitable, en l’état il faut simplement passer par des moments de flottement ou de lassitude. Le résultat fait un peu penser à De la Iglesia mais c’est bien plus taré ! Politiquement c’est toujours aussi limpide (et crétin), Schligensief tape sur les religieux, homophobes, les variétés réacs/fascistes d’hier et amalgame l’Allemagne qu’il réprouve avec le nazisme. Le camp de réfugiés ne sert à rien sauf à les montrer au tout début et à la toute fin, en signalant l’amitié des auteurs pour ces personnes par opposition à ces allemands cinglés (pourquoi préfère-t-il les suivre plutôt que les réfugiés est une question que lui et tant de ses camarades devraient se poser). Les gens qui voient ici davantage une critique qu’une grosse farce bis sont désolants – le réalisateur en premier lieu si c’était son cas, mais je doute qu’il soit (sincèrement) ce genre d’imbéciles. Udo Kier apparaît en curé, complaisant mais hébété quand ses alliés abusent d’une jeune fille. (48)

Le Silence *** (Suède 1963) : La guerre silencieuse et en différé menée par deux sœurs l’une contre l’autre, pourtant réunies, peut-être constamment reliées – on ignore leurs rapports récurrents et leurs quotidiens respectifs, sauf pour les situations principales ou publiques. La bimbo fait payer ses vieux torts à l’intello, laquelle est trop embourbée pour faire face correctement. Admirable et certainement retenu pour sa mise en scène – car au fond l’affaire est presque triviale et l’histoire manque de morceaux saillants (le film, non). Une cruauté signée Bergman et une représentation pertinente de la solitude, de l’absence d’amour véritable et du sentiment de patauger dans l’incompréhension. (72)

Cris et Chuchotements *** (Suède 1972) : Riche en sentiments et potentiellement assez mémorable pour sa chambre rouge et blanche (et la scène suivant la mutilation). Plus accessible et plus ouvertement violent que Le Silence, au moins aussi cruel. Ne m’est pas apparu comme largement supérieur aux autres, Le septième sceau reste facilement le meilleur. La faute vient du manque de substance, de drames étoffés et concrets, comme dans Persona – dans les deux cas le style reste percutant, ici il est moins satisfaisant intellectuellement, les ellipses et les non-dits se paient davantage (une attente reste). Le malaise des femmes prend la plus grande place et fait guise de psychologie avancée – l’approche me semble subtile, délicate plutôt que profonde. On est davantage dans une annexe de la descente personnelle de Bergman exhibée via Fanny et Alexandre. (68)

La solitude du chanteur de fond * (France 1974) : N’y perdez pas votre temps si êtes froid (ou pire) concernant Yves Montand. C’est un documentaire trivial avec des moins – moins d’info, moins de ‘récit’, etc. Lui pendant ses répétitions, avec quelques incrustes éclairs de spectacles. Il chante bien voire remarquablement, est affable, mais ses points de vue sont trop mielleux – qui les a pris au sérieux ?! Enfin on apprend rien de ce qui concerne les intérêts de Montand (la situation au Chili notamment), sinon par ce qu’il nous en dit (donc effectivement rien ou à peu près). (42)

Le château ** (Autriche 1994) : Représentation à l’écran du roman de Dostoïevski (avec des lectures superposées). Gris, distant et démonstratif, hivernal, pas grand intérêt. J’ai vu une majorité des deux heures vue en silencieux (pas ou peu de musique de toutes façons, rien de significatif dans le son il m’a semblé – hormis le grésillement de la copie et le sifflement du vent), avec sous-titres évidemment. (48)

Sonate d’automne ** (Suède 1978) : Relations familiales torturées entre la haine, la tendresse, l’attachement feint ou obligé, l’estime très aléatoire et aux cibles variées selon les personnes (la mère ne respecte effectivement pas sa fille, mais elle l’estime malgré tout). Deux femmes modérément immondes et pathétiques, tâchant de cohabiter, on ne sait trop pourquoi – le devoir, la morale, ne sont pas seuls à les y contraindre ; il ‘faut’ qu’elles se retrouvent, même qu’elles se confient sincèrement entre deux niaiseries et faux dialogues. Beaucoup de parlotte nichée dans l’abondance de paroles par conséquent, avec un déluge de confessions déchirantes dans la seconde partie (quasiment ‘en direct’). (62)

Le vampire érotique / House on bare mountain * (USA 1962) : Un des nombreux ‘nudie-cutie‘ et un des vieux films restaurés dans le cadre de ‘byNWR’. Contrairement à Burning Hell, l’image est très nette et sur ce plan le film ne semble pas avoir plus de 50 ans – pour du Z c’est un destin extraordinaire. La grand-mère blonde et directrice d’école évoque des personnages féminins d’Elie Semoun. Donne davantage (à moins que je les ai oubliés) d’arguments sérieux et concrets qu’Hot thrills and warm chills, pourtant étiqueté ‘érotique’ quand celui-ci serait simplement à vertu ‘comique’ (ce qu’il honore lourdement et sans talents). Pas plus d’intérêt pour le reste, moins encore sur le plan artistique (la musique est constante et constamment insipide) ; comme il n’y a pas Divine, cette pochade ne vaut à peu près rien – mais les folies des seventies ne sont pas loin, ni celles de Corman, enfin sur les ‘principes’ complémentaires aux défilés de corps nus (les monstres, une espèce de légèreté et de potacherie typées, la décontraction totale, l’hédonisme collectif). Le dernier tiers est inutile (la tentative de poser du policier, la fête interminable). Marée Nocturne/Night Tide reste facilement le meilleur des films restaurés sous l’impulsion de Winding Refn. (26)

Scènes de la vie conjugale ** (Suède 1973) : Initialement fabriqué pour la télé, mériterait d’être retaillé pour le cinéma. Bonne représentation passive de la bêtise adulte, dans sa variante et son vernis bourgeois – de ces adultes qui sont des enfants, à l’âge du déniaisage total et pourtant encore en train de se raconter des histoires, de jouer la transgression quand il n’y en a plus voire quand il n’y en a jamais eu de sérieuse. (58)

L’affaire des divisions Morituri * (France 1985) : Gros traits potentiellement attractifs a-priori (avec ses passages vaporeux ou violents, son cadre industriel ‘underground’), style blasant, résultat plombant. Audacieux et trivial, effectivement punk mais théâtral et besogneux. Trop d’explications et de répétitions, trop de flou artistique, mais un sens esthétique flagrant, un goût assuré (probablement pour une minorité). Déclamations anti-capitalistes et anti-fascisme plus ou moins concret (en pointant ce ‘programme spécial 115’ utilisant la privation sensorielle) au milieu des baratins cryptiques. (38)

Hellzapoppin ** (USA 1941) : Une excentricité hollywoodienne et une petite sœur euphorique de Citizen Kane. Multiplie les effets rares dans les ‘blockbusters’ mais probablement moins dans les programmes forains de moindre ampleur – le cinéma a commencé avec la mise en avant de cette foultitude de trucages. (58)

De la vie des marionnettes **** (Allemagne 1980) : Beau film sur la sexualité et les relations humaines assujetties à elle. Un peu voyeur, à bon escient et sans obscénité. Quelques bouts d’une frontalité et d’une sensualité ‘libre’ inédites chez Bergman (les images troublantes du Silence ou de Cris et chuchotements n’étaient qu’accidentellement appétissantes). Seuls défauts éventuels : le film gagnerait à écourter certains monologues, au lieu de laisser un ou deux personnages diriger (l’homosexuel qui n’en finit pas de pleurnicher avec une sobriété de façade devant son miroir, diluant des propos pourtant souvent pertinents ou vraiment sincères). Les explications n’ont pas toujours besoin d’être verbalisées, le compte-rendu final paraît donc un peu candide ; en même temps ce film a le mérite de saisir son sujet avec précision, sans laisser les flottements se multiplier et chaque spectateur s’arranger avec ses projections quant à la nature des événements et des individus. Ce qui n’empêche pas ce détour chez les marionnettes humaines de se permettre des décollages dignes d’Argento (les heures nobles). (78)

Dharma Guns (La succession Starkov) * (France 2010) : Ingénieux dans le visuel – tire jusqu’à l’épuisement ou l’aberrant ses effets de mise en scène. Comme c’est un long et pas un court, j’ai finit par décrocher malgré ma bienveillance. Mon ouverture a certainement des limites que les gens de ce film ne connaissent pas. Toujours est-il que celui-ci est radicalement pédant. Le snobisme devrait être incompatible avec ‘l’esprit punk’ pourtant, mais comme tant de cultures, de sous-cultures et d’étiquettes, celle-ci doit en être une d’hypocrites et de vaniteux, acceptant toutes les contradictions dès que ‘l’identité’ s’est fait remarquer. La somme de caricatures et d’exagérations sur-appuyées sape l’originalité du film et pas seulement son rythme ni sa crédibilité. Cette élocution théâtrale n’a aucun sens, aucune pertinence – et si ces dialogues ont quelque chose à porter, je suppose qu’ils n’ont rien à communiquer (sauf éventuellement un mépris du spectateur, ou lui indiquer qu’il faut surtout négliger toute espérance de ‘contenu solide’). On ne comprend qu’à peu près le scénario et s’en fout assez rapidement (évitant ainsi d’être les seuls cons à s’y attacher ?). Le grand-frère Lost Highway, abstrait et obscur lui aussi, n’avait pas recours à ces manières auto-destructrices. Il avait aussi davantage de ressources – Dharma Guns fait de jolies choses avec ses faibles moyens. (42)

Gamer * (Ukraine 2011) : Aimable et peut-être même significatif, tant qu’on est complaisant – et celui-là ne le mérite pas beaucoup moins qu’un autre. Mis en avant car son réalisateur Oleg Sentsov a été emprisonné par le pouvoir russe en 2014. Un de ces films plongés dans le réel et relevant du reportage à la cool voire à l’aveugle. Souvent ces approches sont tempérées par un liant psychologique bien lourd (ici : regardez comme ce jeune homme perdu et banal s’enferme dans ses activités vidéo-ludiques et vit un paradis infantile à travers elles, regardez son entourage essayez de le secouer en vain), en produit le moins possible. On a que des occasions de sur-interpréter ou de ne trop rien en penser d’objectif et de particulier. C’est bien pour les gens éloignés dans le temps et l’espace, ou d’un environnement très différent dans le cas des ukrainiens ; peut-être agréable à ceux qui s’y trouveront représentés. À plusieurs reprises on voit des sessions de Quake Live, moche comparé à son ancêtre (gros pixels mis de côté). Les images éthérées font pitié. (36)

Fucking in Love ** (France 2015) : Rencontres à vocation copulatoire de la réalisatrice, française à New York. Pas inintéressant, le voyeurisme fait l’essentiel – évidemment aucun intérêt comme alternative à un porno. Certains de ces branleurs sont pires que les manuels (le sado-maso et son sosie ivre de plaisir et de contentement au point d’en devenir insipide et cela dès la première apparition où lui et la réal se rencontrent). Dans ses commentaires (la plupart en voix-off), revendique affranchissement par la poursuite crue de la sexualité, l’expression de sa part sauvage qui exclurait les femmes « du groupe », etc. (46)

7 jours à La Havane ** (Espagne 2011) : Film à sketches tourné à Cuba. Les réalisateurs Kusturica et Suleiman jouent leurs propres personnes. La quatrième session est une insupportable crétinerie. Le premier et le troisième film sont de loin les plus chatoyants, le deuxième pas loin ; les autres sont trop démonstratifs, lents, compassés. Celui de Noé est quasiment deux ou trois clips alignés. Les deux derniers sont trop ras-du-bitume, quelque soit leur sensibilité (l’ultime par Cantet montre en quoi l’hypocrisie et la bêtise de cette vieille dame religieuse a des vertus pour le petit collectif, mobilisé à bon escient). Notes au cas par cas : 5+ (El Yuma), 5- (Jam Session), 6 (du réal de Lucia et le sexe), 3 (Suleiman), 5- (Noé), 4 (Dulce amargo), 5- (Cantet). (46)

Fugue orientale * (Autriche 1999) : Balade par où est passée l’impératrice Sissi dans la deuxième moitié de sa vie, celle où elle ne se faisait plus photographier. Difficile de rester concentré. (36)

Printemps tardif ** (Japon 1949) : Un Ozu assez étroit et peut-être moins profond que d’autres. Beaucoup de musiques traditionnelles, certaines d’époques. Toujours focus sur des détails, mais plus fluide et léger que les autres que j’ai vus (cinq autres : Choeur de Tokyo, Le goût du saké, Printemps précoce, Voyage à Tokyo Bonjour, que j’ai moins aimé, fait exception). Des instants poétiques. (58)

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